- Et le moustique qui en donne des millions...
- Non!... des milliards! »
Mais Robur, l’interrompu, n’interrompit pas sa démonstration.
« Entre ces divers écarts..., reprit-il.
- Il y a le grand! répliqua une voix.
- ... il y a la possibilité de trouver une solution pratique. Le jour
où M. de Lucy a pu constater que le cerf-volant, cet insecte qui ne
pèse que deux grammes, pouvait enlever un poids de quatre cents
grammes, soit deux cents fois ce qu’il pèse, le problème de
l’aviation était résolu. En outre, il était démontré que la surface
de l’aile décroît relativement à mesure qu’augmentent la dimension et
le poids de l’animal. Dès lors, on est arrivé à imaginer ou
construire plus de Soixante appareils...
- Qui n’ont jamais pu voler! s’écria le secrétaire Phil Evans.
- Qui ont volé ou qui voleront, répondit Rohur, sans se déconcerter.
Et, soit qu’on les appelle des stréophores, des hélicoptères, des
orthopthères, ou, à l’imitation du mot nef qui vient de navis, qu’on
les fasse venir de avis pour les nommer des « efs... » on arrive à
l’appareil dont la création doit rendre l’homme maître de l’espace.
- Ah! l’hélice! repartit Phil Evans. Mais l’oiseau n’a pas
d’hélice... que nous sachions!
- Si, répondit Robur. Comme l’a démontré M. Penaud, en réalité
l’oiseau se fait hélice, et son vol est hélicoptère. Aussi, le moteur
de l’avenir est-il l’hélice...
-« D’un pareil maléfice,
-Sainte-Hélice,- préservez-nous!... »
chantonna un des assistants qui, par hasard, avait retenu ce motif du
Zampa d’Hérold.
Et tous de reprendre ce refrain en chœur, avec des intonations
à faire frémir le compositeur français dans sa tombe.
Puis, lorsque les dernières notes se furent noyées dans un
épouvantable charivari, Uncle Prudent, profitant d’une accalmie
momentanée, crut devoir dire :
« Citoyen étranger, jusqu’ici on vous a laissé parler sans vous
interrompre... »
Il paraît que, pour le président du Weldon-Institute, ces reparties,
ces cris, ces coq-à-l’âne, n’étaient même pas des interruptions, mais
un simple échange d’arguments.
Toutefois, continua-t-il, je vous rappellerai que la théorie de
l’aviation est condamnée d’avance et repoussée par la plupart des
ingénieurs américains ou étrangers. Un système qui a dans son passif
la mort du Sarrasin Volant, à Constantinople, celle du moine Voador,
à Lisbonne, celle de Letur en 1852, celle de Groof en 1864, sans
compter les victimes que j’oublie, ne fût-ce que le mythologique
Icare...
- Ce système, riposta Robur, n’est pas plus condamnable que celui
dont le martyrologe contient les noms de Pilâtre de Rozier, à Calais,
de Mme Blanchard, à Paris, de Donaldson et Grimwood, tombés dans le
lac Michigan, de Sivel et de Crocé-Spinelli, d’Eloy et de tant
d’autres que l’on se gardera bien d’oublier! »
C’était une riposte « du tac au tac », comme on dit en escrime.
« D’ailleurs, reprit Robur, avec vos ballons, si perfectionnés qu’ils
soient, vous ne pourriez jamais obtenir une vitesse véritablement
pratique. Vous mettriez dix ans à faire le tour du monde - ce qu’une
machine volante pourra faire en huit jours! »
Nouveaux cris de protestation et de dénégation qui durèrent trois
grandes minutes, jusqu’au moment où Phil Evans put prendre la parole.
« Monsieur l’aviateur, dit-il, vous qui venez nous vanter les
bienfaits de l’aviation, avez-vous jamais « avié » ?
- Parfaitement!
- Et fait la conquête de l’air?
- Peut-être, monsieur!
- Hurrah pour Robur-le-Conquérant! s’écria une voix ironique.
- Eh bien, oui! Robur-le-Conquérant, et ce nom, je l’accepte, et je
le porterai, car j’y ai droit!
- Nous nous permettons d’en douter! s’écria Jem Cip.
- Messieurs, reprit Robur, dont les sourcils se froncèrent, quand je
viens sérieusement discuter une chose sérieuse, je n’admets pas qu’on
me réponde par des démentis, et je serais heureux de connaître le nom
de l’interlocuteur...
- Je me nomme Jem Cip... et suis légumiste...
- Citoyen Jem Cip, répondit Robur, je savais que les légumistes ont
généralement les intestins plus longs que ceux des autres hommes -
d’un bon pied au moins. C’est déjà beaucoup... et ne m’obligez pas à
vous les allonger encore en commençant par vos oreilles...
- A la porte!
- A la rue!
- Qu’on le démembre!
- La loi de Lynch!
- Qu’on le torde en hélice!...
La fureur des ballonistes était arrivée à son comble. Ils venaient de
se lever. Ils entouraient la tribune. Robur disparaissait au milieu
d’une gerbe de bras qui s’agitaient comme au souffle de la tempête.
En vain la trompe à vapeur lançait-elle des volées de fanfares sur
l’assemblée! Ce soir-là, Philadelphie dut croire que le feu dévorait
un de ses quartiers et que toute l’eau de la Schuylkill-river ne
suffirait pas à l’éteindre.
Soudain, un mouvement de recul se produisit dans le tumulte, Robur,
après avoir retiré ses mains de ses poches, les tendait vers les
premiers rangs de ces acharnés.
A ces deux mains étaient passés deux de ces coups-de-poing à
l’américaine, qui forment en même temps revolvers, et que la pression
des doigts suffit à faire partir. - de petites mitrailleuses de poche.
Et alors, profitant non seulement du recul des assaillants, mais
aussi du silence qui avait accompagné ce recul :
Décidément, dit-il, ce n’est pas Améric Vespuce qui a découvert le
Nouveau Monde, c’est Sébastien Cabot! Vous n’êtes pas des Américains,
citoyens ballonistes! Vous n’êtes que des cabo... »
A ce moment, quatre ou cinq coups de feu éclatèrent, tirés dans le
vide. Ils ne blessèrent personne. Au milieu de la fumée, l’ingénieur
disparut, et, quand elle se fut dissipée, on ne trouva plus sa trace.
Robur-le-Conquérant s’était envolé, comme si quelque appareil
d’aviation l’eût emporté dans les airs.
IV
Dans lequel, à propos du valet Frycollin, l’auteur essaie de
réhabiliter la lune.
Certes, et plus d’une fois déjà, à la suite de discussions orageuses,
au sortir de leurs séances, les membres du Weldon-Institute avaient
rempli de clameurs Walnut-Street et les rues adjacentes. Plus d’une
fois, les habitants de ce quartier s’étaient justement plaints de ces
bruyantes queues de discussions qui les troublaient jusque dans leurs
domiciles. Plus d’une fois, enfin, les policemen avaient dû
intervenir pour assurer la circulation des passants, la plupart très
indifférents à cette question de la navigation aérienne. Mais, avant
cette soirée, jamais ce tumulte n’avait pris de telles proportions,
jamais les plaintes n’eussent été plus fondées, jamais l’intervention
des policemen plus nécessaire.
Toutefois les membres du Weldon-Institute étaient quelque peu
excusables. On n’avait pas craint de venir les attaquer jusque chez
eux. A ces enragés du « Plus léger que l’air » un non moins enragé du
« Plus lourd » avait dit des choses absolument désagréables. Puis, au
moment où on allait le traiter comme il le méritait, il s’était
éclipsé.
Or, cela criait vengeance. Pour laisser de telles injures impunies,
il ne faudrait pas avoir du sang américain dans les veines! Des fils
d’Améric traités de fils de Cabot! N’était-ce pas une insulte,
d’autant plus impardonnable qu’elle tombait juste, - historiquement?
Les membres du club se jetèrent donc par groupes divers dans
Walnut-street, puis au milieu des rues voisines, puis à travers tout
le quartier. Ils réveillèrent les habitants. Ils les obligèrent à
laisser fouiller leurs maisons, quitte à les indemniser, plus tard,
du tort fait à la vie privée de chacun, laquelle est particulièrement
respectée chez les peuples d’origine anglo-saxonne. Vain déploiement
de tracasseries et de recherches. Robur ne fut aperçu nulle part.
Aucune trace de lui. Il serait parti dans le -Go a head-, le ballon
du Weldon-Institute, qu’il n’aurait pas été plus introuvable. Après
une heure de perquisitions, il fallut y renoncer, et les collègues se
séparèrent, non sans s’être juré d’étendre leurs recherches à tout le
territoire de cette double Amérique qui forme le Nouveau Continent.
Vers onze heures, le calme était à peu près rétabli dans le quartier.
Philadelphie allait pouvoir se replonger dans ce bon sommeil, dont
les cités, qui ont le bonheur de n’être point industrielles, ont
l’enviable privilège. Les divers membres du club ne songèrent plus
qu’à regagner chacun son chez-soi. Pour n’en nommer que quelques-uns
des plus marquants, William T. Forbes se dirigea du côté de sa grande
chiffonnière à sucre, où Miss Doll et Miss Mat lui avaient préparé le
thé du soir, sucré avec sa propre glucose. Truk Milnor prit le chemin
de sa fabrique, dont la pompe à feu haletait jour et nuit dans le
plus reculé des faubourgs. Le trésorier Jem Cip, publiquement accusé
d’avoir un pied de plus d’intestins que n’en comporte la machine
humaine, regagna la salle à manger où l’attendait son souper végétal.
Deux des plus importants ballonistes - deux seulement - ne
paraissaient pas songer à réintégrer de sitôt leur domicile. Ils
avaient profité de l’occasion pour causer avec plus d’acrimonie
encore. C’étaient les irréconciliables Uncle Prudent et Phil Evans,
le président et le secrétaire du Weldon-Institute.
A la porte du club, le valet Frycollin attendait Uncle Prudent, son
maître.
Il se mit à le suivre, sans s’inquiéter du sujet qui mettait aux
prises les deux collègues.
C’est par euphémisme que le verbe causer a été employé pour exprimer
l’acte auquel se livraient de concert le président et le secrétaire
du club. En réalité, ils se disputaient avec une énergie qui prenait
son origine dans leur ancienne rivalité.
« Non, monsieur, non! répétait Phil Evans. Si j’avais eu l’honneur de
présider le Weldon-Institute, jamais, non, jamais il ne se serait
produit un tel scandale!
- Et qu’auriez-vous fait, si vous aviez eu cet honneur? demanda Uncle
Prudent.
- J’aurais coupé la parole à cet insulteur public, avant même qu’il
eût ouvert la bouche!
- Il me semble que pour couper la parole, il faut au moins avoir
laissé parler!
- Pas en Amérique, monsieur, pas en Amérique! »
Et, tout en se renvoyant des reparties plus aigres que douces, ces
deux personnages enfilaient des rues qui les éloignaient de plus en
plus de leur demeure; ils traversaient des quartiers dont la
situation les obligerait à faire un long détour.
Frycollin suivait toujours; mais il ne se sentait pas rassuré à voir
son maître s’engager au milieu d’endroits déjà déserts. Il n’aimait
pas ces endroits-là, le valet
Frycollin, surtout un peu avant minuit. En effet, l’obscurité était
profonde, et la lune, dans son croissant, commençait à peine « à
faire ses vingt-huit jours »
Frycollin regardait donc à droite, à gauche, si des ombres suspectes
ne les épiaient point. Et précisément, il crut voir cinq ou six
grands diables qui semblaient ne pas les perdre de vue.
Instinctivement, Frycollin se rapprocha de son maître; mais, pour
rien au monde, il n’eût osé l’interrompre au milieu d’une
conversation dont il aurait reçu quelques éclaboussures.
En somme, le hasard fit que le président et le secrétaire du
Weldon-Institute, sans s’en douter, se dirigeaient vers
Fairmont-Park. Là, au plus fort de leur dispute, ils traversèrent la
Schuylkill-river sur le fameux pont métallique; ils ne rencontrèrent
que quelques passants attardés, et se trouvèrent enfin au milieu de
vastes terrains, les uns se développant en immenses prairies, les
autres ombragés de beaux arbres, qui font de ce parc un domaine
unique au monde.
Là, les terreurs du valet Frycollin l’assaillirent de plus belle, et,
avec d’autant plus de raison que les cinq ou six ombres s’étaient
glissées à sa suite par le pont de la Schuylkill-river. Aussi
avait-il la pupille de ses yeux si largement dilatée qu’elle
s’agrandissait jusqu’à la circonférence de l’iris. Et, en même temps,
tout son corps s amoindrissait, se retirait, comme s’il eût été doué
de cette contractilité spéciale aux mollusques et à certains animaux
articulés.
C’est que le valet Frycollin était un parfait poltron. Un vrai Nègre
de la Caroline du Sud, avec une tête bêtasse sur un corps de
gringalet. Tout juste âgé de vingt et un ans, c’est dire qu’il
n’avait jamais été esclave, pas même de naissance, mais il n’en
valait guère mieux. Grimacier, gourmand, paresseux et surtout d’une
poltronnerie superbe. Depuis trois ans, il était au service de Uncle
Prudent. Cent fois, il avait failli se faire mettre à la porte; on
l’avait gardé, de crainte d’un pire. Et, pourtant, mêlé à la vie d’un
maître toujours prêt à se lancer dans les plus audacieuses
entreprises, Frycollin devait s’attendre à maintes occasions dans
lesquelles sa couardise aurait été mise à de rudes épreuves. Mais il
y avait des compensations. On ne le chicanait pas trop sur sa
gourmandise, encore moins sur sa paresse. Ah! valet Frycollin, si tu
avais pu lire dans l’avenir!
Aussi pourquoi Frycollin n’était-il pas resté à Boston, au service
d’une certaine famille Sneffel qui, sur le point de faire un voyage
en Suisse, y avait renoncé à cause des éboulements? N’était-ce pas la
maison qui convenait à Frycollin, et non celle de Uncle Prudent, où
la témérité était en permanence?
Enfin, il y était, et son maître avait même fini par s’habituer à ses
défauts. Il avait une qualité, d’ailleurs. Bien qu’il fût nègre
d’origine, il ne parlait pas nègre, - ce qui est à considérer, car
rien de désagréable comme cet odieux jargon dans lequel l’emploi du
pronom possessif et des infinitifs est poussé jusqu’à l’abus.
Donc, il est bien établi que le valet Frycollin était poltron, et,
ainsi qu’on le dit, « poltron comme la lune ».
Or, à ce propos, il n’est que juste de protester contre cette
comparaison insultante pour la blonde Phébé, la douce Hélène, la
chaste sœur du radieux Apollon. De quel droit accuser de
poltronnerie un astre qui, depuis que le monde est monde, a toujours
regardé la terre en face, sans jamais lui tourner le dos?
Quoi qu’il en soit, à cette heure - il était bien près de minuit - le
croissant de la « pâle calomniée » commençait à disparaître à l’ouest
derrière les hautes ramures du parc. Ses rayons, glissant à travers
les branches, semaient quelques découpures sur le sol. Les dessous du
bois en paraissaient moins sombres.
Cela permit à Frycollin de porter un regard plus inquisiteur.
« Brr! fit-il. Ils sont toujours là, ces coquins! Positivement, ils
se rapprochent! »
Il n’y tint plus, et, allant vers son maître :
« Master Uncle », dit-il.
C’est ainsi qu’il le nommait et que le président du Weldon-Institute
voulait être nomme.
En ce moment, la dispute des deux rivaux était arrivée au plus haut
degré. Et, comme ils s’envoyaient promener l’un l’autre, Frycollin
fut brutalement prié de prendre sa part de cette promenade.
Puis, tandis qu’ils se parlaient les yeux dans les yeux, Uncle
Prudent s’enfonçait plus avant à travers les prairies désertes de
Fairmont-Park, s’éloignant toujours de la Schuylkill-river et du pont
qu’il fallait reprendre pour rentrer dans la ville.
Tous trois se trouvèrent alors au centre d’une haute futaie d’arbres,
dont la cime s’imprégnait des dernières lueurs lunaires. A la limite
de cette futaie s’ouvrait une large clairière, vaste champ ovale,
merveilleusement disposé pour les luttes d’un ring. Pas un accident
de terrain n’y eût gêné le galop des chevaux, pas un bouquet d’arbres
n’aurait arrêté le regard des spectateurs le long d’une piste
circulaire de plusieurs milles.
Et cependant, si Uncle Prudent et Phil Evans n’eussent pas été
occupés de leurs disputes, s’ils avaient regardé avec quelque
attention, ils n’auraient plus retrouvé à la clairière son aspect
habituel. Etait-ce donc une minoterie qui s’y était fondée depuis la
veille? En vérité, on eût dit une minoterie, avec l’ensemble de ses
moulins à vent, dont les ailes, immobiles alors, grimaçaient dans la
demi-ombre?
Mais ni le président ni le secrétaire du Weldon-Institute ne
remarquèrent cette étrange modification apportée au paysage de
Fairmont-Park. Frycollin n’en vit rien non plus. Il lui semblait que
les rôdeurs s’approchaient, se resserraient comme au moment d’un
mauvais coup. Il en était à la peur convulsive, paralysé dans ses
membres, hérissé dans son système pileux, - enfin au dernier degré de
l’épouvante.
Toutefois, pendant que ses genoux fléchissaient, il eut encore la
force de crier une dernière fois :
« Master Uncle!... Master Uncle!
- Eh! qu’y a-t-il donc à la fin! répondit Uncle Prudent. »
Peut-être Phil Evans et lui n’auraient-ils pas été fâchés de soulager
leur colère en rossant d’importance le malheureux valet. Mais il n’en
eurent pas le temps, pas plus que celui-ci n’eut le temps de leur
répondre.
Un coup de sifflet venait d’être lancé sous bois. A l’instant, une
sorte d’étoile électrique s’alluma au milieu de la clairière.
Un signal, sans doute, et, dans ce cas, c’est que le moment était
venu d’exécuter quelque œuvre de violence.
En moins de temps qu’il n’en faut pour l’imaginer, six hommes
bondirent à travers la futaie, deux sur Uncle Prudent, deux sur Phil
Evans, deux sur le valet Frycollin, - ces deux derniers de trop,
évidemment, car le Nègre était incapable de se défendre.
Le président et le secrétaire du Weldon-Institute, quoique surpris
par cette attaque, voulurent résister. Ils n’en eurent ni le temps ni
la force. En quelques secondes, rendus aphones par un bâillon,
aveugles par un bandeau, maîtrisés, ligotés, ils furent emportés
rapidement à travers la clairière. Que devaient-ils penser, sinon
qu’ils avaient affaire à cette race de gens peu scrupuleux, qui
n’hésitent point à dépouiller les gens attardés au fond des bois? Il
n’en fut rien, cependant. On ne les fouilla même pas, bien que Uncle
Prudent eut toujours sur lui, suivant son habitude, quelques milliers
de dollars-papier.
Bref, une minute après cette agression, sans qu’aucun mot eût été
échangé entre les agresseurs, Uncle Prudent, Phil Evans et Frycollin
sentaient qu’on les déposait doucement, non sur l’herbe de la
clairière, mais sur une sorte de plancher que leur poids fit gémir.
Là, ils furent accotés l’un près de l’autre. Une porte se referma sur
eux. Puis, le grincement d’un pêne dans une gâche leur apprit qu’ils
étaient prisonniers.
Il se fit alors un bruissement continu, comme un frémissement, un
frrrr, dont les rrr se prolongeaient à l’infini, sans qu’aucun autre
bruit fût perceptible au milieu de cette nuit si calme.
.................................
Quel émoi, le lendemain, dans Philadelphie! Dès les premières heures,
on savait ce qui s’était passé la veille à la séance du
Weldon-Institute : l’apparition d’un mystérieux personnage, un
certain ingénieur nommé Robur - Robur-le-Conquérant! - la lutte qu’il
semblait vouloir engager contre les ballonistes, puis sa disparition
inexplicable.
Mais ce fut bien une autre affaire, lorsque toute la ville apprit que
le président et le secrétaire du club, eux aussi, avaient disparu
pendant la nuit du 12 au 13 juin.
Ce que l’on fit de recherches dans toute la cité et aux environs!
Inutilement, d’ailleurs. Les feuilles publiques de Philadelphie, puis
les journaux de la Pennsylvanie, puis ceux de toute l’Amérique,
s’emparèrent du fait et l’expliquèrent de cent façons, dont aucune ne
devait être la vraie. Des sommes considérables furent promises par
annonces et affiches - non seulement à qui retrouverait les
honorables disparus, mais à quiconque pourrait produire quelque
indice de nature à mettre sur leurs traces. Rien n’aboutit. La terre
se serait entrouverte pour les engloutir, que le président et le
secrétaire du Weldon-Institute n’auraient pas été plus supprimés de
la surface du globe.
A ce propos, les journaux du gouvernement demandèrent que le
personnel de la police fût augmenté dans une forte proportion,
puisque de pareils attentats pouvaient se produire contre les
meilleurs citoyens des Etats-Unis - et ils avaient raison...
Il est vrai, les journaux de l’opposition demandèrent que ce
personnel fût licencié comme inutile, puisque de pareils attentats
pouvaient se produire, sans qu’il fût possible d’en retrouver les
auteurs - et peut-être n’avaient-ils pas tort.
En somme, la police resta ce qu’elle était, ce qu’elle sera toujours
dans le meilleur des mondes qui n’est pas parfait et ne saurait
l’être.
V
Dans lequel une suspension d’hostilités est consentie entre le
president et le secrétaire du Weldon-Institute.
Un bandeau sur les yeux, un bâillon dans la bouche, une corde aux
poignets, une corde aux pieds, donc impossible de voir, de parler, de
se déplacer. Cela n’était pas fait pour rendre plus acceptable la
situation de Uncle Prudent, de Phil Evans et du valet Frycollin. En
outre, ne point savoir quels sont les auteurs d’un pareil rapt, en
quel endroit on a été jeté comme de simples colis dans un wagon de
bagages, ignorer où l’on est, à quel sort on est réservé, il y avait
là de quoi exaspérer les plus patients dé l’espèce ovine, et l’on
sait que les membres du Weldon-Institute ne sont pas précisément des
moutons pour la patience. Etant donné sa violence de caractère, on
imagine aisément dans quel état Uncle Prudent devait être.
En tout cas, Phil Evans et lui devaient penser qu’il leur serait
difficile de prendre place, le lendemain soir, au bureau du club.
Quant à Frycollin, yeux fermés, bouche close, il lui était impossible
de songer à quoi que ce fût. Il était plus mort que vif.
Pendant une heure, la situation des prisonniers ne se modifia pas.
Personne ne vint les visiter ni leur rendre la liberté de mouvement
et de parole, dont ils auraient eu si grand besoin. Ils étaient
réduits à des soupirs étouffés, à des « heins! » poussés à travers
leurs bâillons, à des soubresauts de carpes qui se pâment hors de
leur bassin natal. Ce que cela indiquait de colère muette, de fureur
rentrée ou plutôt ficelée, on le comprend de reste. Puis, après ces
infructueux efforts, ils demeurèrent quelque temps inertes. Et alors,
puisque le sens de la vue leur manquait, ils s’essayèrent à tirer,
par le sens de l’ouïe, quelque indice de ce qu’était cet inquiétant
état de choses. Mais en vain cherchaient-ils à surprendre d’autre
bruit que l’interminable et inexplicable frrrr qui semblait les
envelopper d’une atmosphère frissonnante.
Cependant, il arriva ceci : c’est que Phil Evans, procédant avec
calme, parvint à relâcher la corde qui lui liait les poignets. Puis,
peu à peu, le nœud se desserra, ses doigts glissèrent les uns
sur les autres, ses mains reprirent leur aisance habituelle.
Un vigoureux frottement rétablit la circulation, gênée par le
ligotement. Un instant après, Phil Evans avait enlevé le bandeau qui
lui couvrait les yeux, arraché le bâillon de sa bouche, coupé les
cordes avec la fine lame de son « bowie-knife ». Un Américain qui
n’aurait pas toujours son bowie-knife en poche ne serait plus un
Américain.
Du reste, si Phil Evans y gagna de pouvoir remuer et parler, ce fut
tout. Ses yeux ne trouvèrent pas à s’exercer utilement, - en ce
moment, du moins. Obscurité complète dans cette cellule. Toutefois,
un peu de clarté filtrait à travers une sorte de meurtrière, percée
dans la paroi à six ou sept pieds de hauteur.
On le pense bien, quoi qu’il en eût, Phil Evans n’hésita pas un
instant à délivrer son rival. Quelques coups de bowie-knife suffirent
à trancher les nœuds qui le serraient aux pieds et aux mains.
Aussitôt Uncle Prudent, à demi enragé, de se redresser sur les
genoux, d’arracher bandeau et bâillon; puis, d’une voix étranglée :
« Merci! dit-il.
- Non!... Pas de remerciements, répondit l’autre.
- Phil Evans?
- Uncle Prudent?...
- Ici, plus de président ni de secrétaire du Weldon-Institute, plus
d’adversaires!
- Vous avez raison, répondit Phil Evans. Il n’y a plus que deux
hommes qui ont à se venger d’un troisième, dont l’attentat exige de
sévères représailles. Et ce troisième...
- C’est Robur !...
- C’est Robur! »
Voilà donc un point sur lequel les deux ex-concurrents furent
absolument d’accord. A ce sujet, aucune dispute à craindre.
« Et votre valet? fit observer Phil Evans, montrant Frycollin qui
soufflait comme un phoque, il faut le déficeler.
- Pas encore, répondit Uncle Prudent. Il nous assommerait de ses
jérémiades, et nous avons autre chose à faire qu’à récriminer.
- Quoi donc, Uncle Prudent?
- A nous sauver, si c’est possible.
- Et même si c’est impossible.
- Vous avez raison, Phil Evans, même si c’est impossible! »
Quant à douter un instant que cet enlèvement dût être attribué à cet
étrange Robur, cela ne pouvait venir à la pensée du président et de
son collègue. En effet, de simples et honnêtes voleurs, après leur
avoir dérobé montres, bijoux, portefeuilles, porte-monnaie, les
auraient jetés au fond de la Schuylkill-river, avec un bon coup de
couteau dans la gorge, au lieu de les enfermer au fond de... De quoi?
- Grave question, en vérité, qu’il convenait d’élucider, avant de
commencer les préparatifs d’une évasion avec quelques chances de
succès.
« Phil Evans, reprit Uncle Prudent, après notre sortie de cette
séance, au lieu d’échanger des aménités sur lesquelles il n’y a pas
lieu de revenir, nous aurions mieux fait d’être moins distraits. Si
nous étions restés dans les rues de Philadelphie, rien de tout cela
ne serait arrivé. Evidemment, ce Robur s’était douté de ce qui allait
se passer au club; il prévoyait les colères que son attitude
provocante devait soulever, il avait placé à la porte quelques-uns de
ses bandits pour lui prêter main-forte. quand nous avons quitté la
rue Walnut, ces sbires nous ont épiés, suivis, et, lorsqu’ils nous
ont vus imprudemment engagés dans les avenues de Fairmont-Park, ils
ont eu la partie belle.
- D’accord, répondit Phil Evans. Oui! nous avons eu grand tort de ne
pas regagner directement notre domicile.
- On a toujours tort de ne pas avoir raison », répondit Uncle Prudent.
En ce moment, un long soupir s’échappa du coin le plus obscur de la
cellule.
Qu’est-ce cela? demanda Phil Evans.
- Rien!... Frycollin qui rêve.
Et Uncle Prudent reprit :
Entre le moment où nous avons été saisis, à quelques pas de la
clairière, et le moment où on nous a jetés dans ce réduit, il ne
s’est pas écoulé plus de deux minutes. Il est donc évident que ces
gens ne nous ont pas entraînés au-delà de Fairmont-Park.
- Et s’ils l’avaient fait, nous aurions bien senti un mouvement de
translation.
- D’accord, répondit Uncle Prudent. Donc il n’est pas douteux que
nous soyons enfermés dans le compartiment d’un véhicule, - peut-être
un de ces longs chariots des Prairies, ou quelque voiture de
saltimbanques...
- Evidemment! Si c’était un bateau amarré aux rives de la
Schuylkill-river, cela se reconnaîtrait à certains balancements que
le courant lui imprimerait d’un bord à l’autre.
- D’accord, toujours d’accord, répéta Uncle Prudent, et je pense que,
puisque nous sommes encore dans la clairière, c’est le moment ou
jamais de fuir, quitte à retrouver plus tard ce Robur...
- Et à lui faire payer cher cette atteinte à la liberté de deux
citoyens des Etats-Unis d’Amérique!
- Cher... très cher!
- Mais quel est cet homme?... D’où vient-il?... Est-ce un Anglais, un
Allemand, un Français...?
- C’est un misérable, cela suffit, répondit Uncle Prudent. -
Maintenant, à l’œuvre! »
Tous deux, les mains tendues, les doigts Ouverts, palpèrent alors les
parois du compartiment pour y trouver un joint ou une fissure. Rien.
Rien, non plus, à la porte. Elle était hermétiquement fermée, et il
eût été impossible de faire sauter la serrure. Il fallait donc
pratiquer un trou et s’échapper par ce trou. Restait la question de
savoir si les bowie-knifes pourraient entamer les parois, si leurs
lames ne s’émousseraient pas ou ne se briseraient pas dans ce travail.
« Mais d’où vient ce frémissement qui ne cesse pas? demanda Phil
Evans, très surpris de ce frrrr continu.
- Le vent, sans doute, répondit Uncle Prudent.
- Le vent ?... Jusqu’à minuit, il me semble que la soirée a été
absolument calme...
- Evidemment, Phil Evans. Si ce n’était pas le vent, que
voudriez-vous que ce fût? »
Phil Evans, après avoir dégagé la meilleure lame de son couteau,
essaya d’entamer les parois près de la porte. Peut-être suffirait-il
de faire un trou pour l’ouvrir par l’extérieur, si elle n’était
maintenue que par un verrou, ou si la clef avait été laissée dans la
serrure.
Quelques minutes de travail n’eurent d’autre résultat que d’ébrécher
les lames du bowie-knife, de les épointer, de les transformer en
scies à mille dents.
« Ça ne mord pas, Phil Evans?
- Non.
- Est-ce que nous serions dans une cellule en tôle?
- Point, Uncle Prudent: Ces parois, quand on les frappe, ne rendent
aucun son métallique.
- Du bois de fer, alors?
- Non! ni fer ni bois.
- Qu’est-ce alors?
- Impossible de le dire, mais, en tout cas, une substance sur
laquelle l’acier ne peut mordre. »
Uncle Prudent, pris d’un violent accès de colère, jura, frappa du
pied le plancher sonore, tandis que ses mains cherchaient à étrangler
un Robur imaginaire.
« Du calme, Uncle Prudent, lui dit Phil Evans, du calme! Essayez à
votre tour. »
Uncle Prudent essaya, mais le bowie-knife ne put entamer une paroi
qu’il ne parvenait même pas à rayer de ses meilleures lames, comme si
elle eût été de cristal.
Donc, toute fuite devenait impraticable, en admettant qu’elle eût pu
être tentée, la porte une fois ouverte.
Il fallut se résigner, momentanément, ce qui n’est guère dans le
tempérament yankee, et tout attendre du hasard, ce qui doit répugner
à des esprits éminemment pratiques. Mais ce ne fut pas sans
objurgations, gros mots, violentes invectives à l’adresse de ce Robur
- lequel ne devait point être homme à s’en émouvoir. pour peu qu’il
se montrât dans la vie privée le personnage qu’il avait été au milieu
du Weldon-Institute.
Cependant Frycollin commençait à donner quelques signes non
équivoques de malaise. Soit qu’il éprouvât des crampes à l’estomac ou
des crampes dans les membres, il se démenait d’une lamentable façon.
Uncle Prudent crut devoir mettre un terme à cette gymnastique, en
coupant les cordes qui serraient le Nègre.
Peut-être eut-il lieu de s’en repentir. Ce fut aussitôt une
interminable litanie, dans laquelle les affres de l’épouvante se
mêlaient aux souffrances de la faim. Frycollin n’était pas moins pris
par le cerveau que par l’estomac. Il eût été difficile de dire auquel
de ces deux viscères le Nègre était plus particulièrement redevable
de ce qu’il éprouvait.
« Frycollin! s’écria Uncle Prudent.
- Master Uncle!... Master Uncle!... répondit le Nègre entre deux
vagissements lugubres.
Il est possible que nous soyons condamnés à mourir de faim dans cette
prison. Mais nous sommes décidés à ne succomber que lorsque nous
aurons épuisé tous les moyens d’alimentation susceptibles de
prolonger notre vie...
- Me manger? s’écria Frycollin.
- Comme on fait toujours d’un Nègre en pareille occurrence!... Ainsi,
Frycollin, tâche de te faire oublier...
- Ou l’on te Fry-cas-se-ra! ajouta Phil Evans. »
Et, très sérieusement, Frycollin eut peur d’être employé à la
prolongation de deux existences évidemment plus précieuses que la
sienne. Il se borna donc à gémir in petto.
Cependant le temps s’écoulait, et toute tentative pour forcer la
porte ou la paroi était demeurée infructueuse. En quoi était cette
paroi, impossible de le reconnaître.
Ce n’était pas du métal, ce n’était pas du bois, ce n’était pas de la
pierre. En outre, le plancher de la cellule semblait fait de la même
matière. Lorsqu’on le frappait du pied, il rendait un son
particulier, que Uncle Prudent aurait eu quelque peine à classer dans
la catégorie des bruits connus. Autre remarque : en dessous, ce
plancher paraissait sonner le vide, comme s’il n’eût pas directement
reposé sur le sol de la clairière. Oui! l’inexplicable frrr semblait
en caresser la face inférieure. Tout cela n’était pas rassurant.
« Uncle Prudent? dit Phil Evans.
- Phil Evans? répondit Uncle Prudent.
- Pensez-vous que notre cellule se soit déplacée? En aucune façon.
- Pourtant, au premier moment de notre incarcération, j’ai pu
distinctement percevoir la fraîche odeur de l’herbe et la senteur
résineuse des arbres du parc. Maintenant, j’ai beau humer l’air, il
me semble que toutes ces senteurs ont disparu...
- En effet.
- Comment expliquer cela?
Expliquons-le de n’importe quelle façon, Phil Evans, excepté par
l’hypothèse que notre prison ait changé de place. Je le répète, si
nous étions sur un chariot en marche ou sur un bateau en dérive, nous
le sentirions. »
Frycollin poussa alors un long gémissement qui eût pu passer pour son
dernier soupir, s’il n’eût été suivi de plusieurs autres.
« J’aime à croire que ce Robur nous fera bientôt comparaître devant
lui, reprit Phil Evans.
- Je l’espère bien, s’écria Uncle Prudent, et je lui dirai...
- Quoi?
- Qu’après avoir débuté comme un insolent, il a fini comme un coquin!
»
En ce moment, Phil Evans observa que le jour commençait à se faire.
Une lueur, vague encore, filtrait à travers l’étroite meurtrière,
évidée dans la partie supérieure de la paroi, à l’opposé de la porte.
Il devait donc être quatre heures du matin, environ, puisque c’est à
cette heure que, dans ce mois de juin et sous cette latitude,
l’horizon de Philadelphie se blanchit des premiers rayons du matin.
Cependant, quand Uncle Prudent eut fait sonner sa montre à répétition
- chef-d’œuvre qui provenait de l’usine même de son collègue -,
le petit timbre n’indiqua que trois heures moins le quart, bien que
la montre ne se fût point arrêtée.
« Bizarre! dit Phil Evans. A trois heures moins le quart, il devrait
encore faire nuit.
- Il faudrait donc que ma montre eût éprouvé un retard..., répondit
Uncle Prudent.
- Une montre de la Walton Watch Company! » s’écria Phil Evans
Quoi qu’il en fût, c’était bien le jour qui se levait. Peu à peu, la
meurtrière se dessinait en blanc dans la profonde obscurité dé la
cellule. Cependant, si l’aube apparaissait plus, hâtivement que ne le
permettait le quarantième parallèle, qui est celui de Philadelphie,
elle ne se faisait pas avec cette rapidité spéciale aux basses
latitudes.
Nouvelle observation de Uncle Prudent à ce sujet, nouveau phénomène
inexplicable.
« On pourrait peut-être se hisser jusqu’à la meurtrière, fit observer
Phil Evans, et tâcher de voir où on est?
- On le peut », répondit Uncle Prudent.
Et, s’adressant à Frycollin :
« Allons, Fry, haut sur pied! »
Le Nègre se redressa.
Appuie ton dos contre cette paroi, reprit Uncle Prudent, et vous,
Phil Evans, veuillez monter sur l’épaule de ce garçon, pendant que je
contre-buterai afin qu’il ne vous manque pas.
- Volontiers », répondit Phil Evans.
Un instant après, les deux genoux sur les épaules de Frycollin, il
avait ses yeux à la hauteur de la meurtrîere.
Cette meurtrière était fermée, non par un verre lenticulaire comme
celui d’un hublot de navire, mais par une simple vitre. Bien qu’elle
ne fût pas très épaisse, elle gênait le regard de Phil Evans, dont le
rayon de vue était excessivement borné.
« Eh bien, cassez cette vitre, dit Uncle Prudent, et peut-être
pourrez-vous mieux voir? »
Phil Evans donna un violent coup du manche de son bowie-knife sur la
vitre qui rendit un son argentin mais ne cassa pas.
Second coup plus violent. Même résultat.
« Bon! s’écria Phil Evans, du verre incassable! »
En effet, il fallait que cette vitre fût faite d’un verre trempé
d’après les procédés de l’inventeur Siemens, puisque, malgré des
coups répétés, elle demeura intacte.
Toutefois, l’espace était assez éclairé maintenant pour que le regard
pût s’étendre au-dehors - du moins dans la limite du champ de vision
coupé par l’encadrement de la meurtrière.
« Que voyez-vous? demanda Uncle Prudent.
- Rien.
- Comment? Pas un massif d’arbres?
- Non.
- Pas même le haut des branches?
- Pas même.
- Nous ne sommes donc plus au centre de la clairière?
- Ni dans la clairière ni dans le parc.
- Apercevez-vous au moins des toits de maisons, des faîtes de
monuments? dit Uncle Prudent, dont le désappointement, mêlé de
fureur, ne cessait de s’accroître.
- Ni toits ni faîtes.
- Quoi! pas même un mât de pavillon, pas même un clocher d’église,
pas même une cheminée d’usine?
- Rien que l’espace.
Juste à ce moment, la porte de la cellule s’ouvrit. Un homme apparut
sur le seuil.
C’était Robur.
« Honorables ballonistes, dit-il d’une voix grave, vous êtes
maintenant libres d’aller et de venir...
- Libres! s’écria Uncle Prudent.
- Oui... dans les limites de l’Albatros! »
Uncle Prudent et Phil Evans se précipitèrent hors de la cellule.
Et que virent-ils?
A douze ou treize cents mètres au-dessous d’eux, la surface d’un pays
qu’ils cherchaient en vain à reconnaître.
VI
Les ingénieurs, les mécaniciens et autres savants feraient peut-être
bien de passer.
« A quelle époque l’homme cessera-t-il de ramper dans les bas-fonds
pour vivre dans l’azur et la paix du ciel? »
A cette demande de Camille Flammarion, la réponse est facile : ce
sera à l’époque où les progrès de la mécanique auront permis de
résoudre le problème de l’aviation. Et, depuis quelques années - on
le prévoyait - une utilisation plus pratique de l’électricité devait
conduire à la solution du problème.
En 1783, bien avant que les frères Montgolfier eussent construit la
première montgolfière, et le physicien Charles son premier ballon,
quelques esprits aventureux avalent rêvé la conquête de l’espace au
moyen d’appareils mécaniques. Les premiers inventeurs n’avaient donc
pas songé aux appareils plus légers que l’air - ce que la physique de
leur temps n’eût point permis d’imaginer. C’était aux appareils plus
lourds que lui, aux machines volantes, faites à l’imitation de
l’oiseau, qu’ils demandaient de réaliser la locomotion aérienne.
C’est précisément ce qu’avait fait ce fou d’Icare, fils de Dédale,
dont les ailes, attachées avec de la cire, tombèrent aux approches du
soleil.
Mais, sans remonter jusqu’aux temps mythologiques, parler d’Archytas
de Tarente, on trouve déjà dans les travaux de Dante de Pérouse, de
Léonard de Vinci, de Guidotti, l’idée de machines destinées à se
mouvoir au milieu de l’atmosphère. Deux siècles et demi après, les
inventeurs commencent à se multiplier. En 1742, le marquis de
Bacqueville fabrique un système d’ailes, l’essaie au-dessus de la
Seine et se casse le bras en tombant. En 1768, Paucton conçoit la
disposition d’un appareil à deux hélices suspensive et propulsive. En
1781, Meerwein, architecte du prince de Bade, construit une machine à
mouvement orthoptérique, et proteste contre la direction des
aérostats qui venaient d’être inventés. En 1784, Launoy et Bienvenu
font manœuvrer un hélicoptère, mu par des ressorts. En 1808,
essais de vol par l’Autrichien Jacques Degen. En 1810, brochure de
Deniau, de Nantes, où les principes du « Plus lourd que l’air » sont
posés. Puis, de 1811 à 1840, études et inventions de Berblinger, de
Vignal, de Sarti, de Dubochet, de Cagniard de Latour. En 1842, on
trouve l’Anglais Henson avec son système de plans inclinés et
d’hélices actionnées par la vapeur; en 1845, Cossus et son appareil à
hélices ascensionnelles; en 1847, Camille Vert et son hélicoptère à
ailes de plumes; en 1852, Letur avec son système de parachute
dirigeable, dont l’expérience lui coûta la vie; en la même année,
Michel Loup avec son plan de glissement muni de quatre ailes
tournantes; en 1853, Béléguic et son aéroplane mu par des hélices de
traction, Vaussin-Chardannes avec son cerf-volant libre dirigeable,
Georges Cauley avec ses plans de machines volantes, pourvues d’un
moteur à gaz. De 1854 à 1863, apparaissent Joseph Pline, breveté pour
plusieurs systèmes aériens, Bréant, Carlingford, Le Bris, Du Temple,
Bright, dont les hélices ascensionnelles tournent en sens inverse,
Smythies, Panafieu, Crosnier, etc. Enfin, en 1863, grâce aux efforts
de Nadar, une Société du Plus lourd que l’air est fondée à Paris. Là
les inventeurs font expérimenter des machines dont quelques-unes sont
déjà brevetées : de Ponton d’Amécourt et son hélicoptère à vapeur, de
la Landelle et son système à combinaisons d’hélices avec plans
inclinés et parachutes, de Louvrié et son aéroscaphe, d’Esterno et
son oiseau mécanique, de Groof et son appareil à ailes mues par des
leviers. L’élan était donné, les inventeurs inventent, les
calculateurs calculent tout ce qui doit rendre pratique la locomotion
aérienne. Bourcart, Le Bris, Kaufmann, Smyth, Stringfellow, Prigent,
Danjard, Pomès et de la Pauze, Moy, Pénaud, Jobert, Hureau de
Villeneuve, Achenbach, Garapon, Duchesne, Danduran, Parisel,
Dieuaide, Melkisff, Forlanini, Brearey, Tatin, Dandrieux, Edison, les
uns avec des ailes ou des hélices, les autres avec des plans
inclinés, imaginent, créent, fabriquent, perfectionnent leurs
machines volantes qui seront prêtes à fonctionner le jour où un
moteur d’une puissance considérable et d’une légèreté excessive leur
sera appliqué par quelque inventeur.
Que l’on pardonne cette nomenclature un peu longue. Ne fallait-il pas
montrer tous ces degrés de l’échelle de la locomotion aérienne au
sommet de laquelle apparaît Robur-le-Conquérant? Sans les
tâtonnements, les expériences de ses devanciers, l’ingénieur eût-il
pu concevoir un appareil si parfait? Non, certes! Et, s’il n’avait
que dédains pour ceux qui s’obstinent encore à chercher la direction
des ballons, il tenait en haute estime tous les partisans du « Plus
lourd que l’air », Anglais, Américains, Italiens, Autrichiens,
Français, - Français surtout, dont les travaux, perfectionnés par
lui, l’avaient amené à créer, puis à construire cet engin volateur,
l’Albatros, lancé à travers les courants de l’atmosphère.
« Pigeon vole! s’était écrié l’un des plus persistants adeptes de
l’aviation.
« On foulera l’air comme on foule la terre! avait répondu un de ses
plus acharnés partisans.
- A locomotive, aéromotive! » avait jeté le plus bruyant de tous, qui
embouchait les trompettes de la publicité pour réveiller l’Ancien et
le Nouveau Monde.
Rien de mieux établi, en effet, par expérience et par calcul, que
l’air est un point d’appui très résistant. Une circonférence d’un
mètre de diamètre, formant parachute, peut non seulement modérer une
descente dans l’air, mais aussi la rendre isochrone. Voilà ce qu’on
savait.
On savait également que, quand la vitesse de translation est grande,
le travail de pesanteur varie à peu près en raison inverse du carré
de cette vitesse et devient presque insignifiant.
On savait encore que plus le poids d’un animal volant augmente, moins
augmente proportionnellement la surface ailée nécessaire pour le
soutenir, bien que les mouvements qu’il doit faire soient plus lents.
Un appareil d’aviation doit donc être construit de manière à utiliser
ces lois naturelles, à imiter l’oiseau, ce type admirable de la
locomotion aérienne », a dit le docteur Marey, de l’Institut de
France.
En somme, les appareils qui peuvent résoudre ce problème se résument
en trois sortes :
10 Les hélicoptères ou spiralifères, qui ne sont que des hélices à
axes verticaux;
20 Les orthoptères, engins qui tendent à reproduire le vol naturel
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