me contenter de ce que vous me donnez. Mais un dernier mot, comte.
--Comment donc?
--Un conseil.
--Prenez garde; un conseil, c'est pis qu'un service.
--Oh! celui-ci, vous pouvez me le donner sans vous compromettre.
--Dites.
--La dot de ma femme est de cinq cent mille livres.
--C'est le chiffre que M. Danglars m'a annoncé à moi-même.
--Faut-il que je la reçoive ou que je la laisse aux mains du
notaire?
--Voici, en général, comment les choses se passent quand on veut
qu'elles se passent galamment: vos deux notaires prennent rendez-vous
au contrat pour le lendemain ou le surlendemain; le lendemain
ou le surlendemain, ils échangent les deux dots, dont ils se
donnent mutuellement reçu, puis, le mariage célébré, ils mettent
les millions à votre disposition, comme chef de la communauté.
--C'est que, dit Andrea avec une certaine inquiétude mal
dissimulée, je croyais avoir entendu dire à mon beau-père qu'il
avait l'intention de placer nos fonds dans cette fameuse affaire
de chemin de fer dont vous me parliez tout à l'heure.
--Eh bien, mais, reprit Monte-Cristo, c'est, à ce que tout le
monde assure, un moyen que vos capitaux soient triplés dans
l'année. M. le baron Danglars est bon père et sait compter.
--Allons donc, dit Andrea, tout va bien, sans votre refus,
toutefois, qui me perce le coeur.
--Ne l'attribuez qu'à des scrupules fort naturels en pareille
circonstance.
--Allons, dit Andrea, qu'il soit donc fait comme vous le voulez; à
ce soir, neuf heures.
--À ce soir.»
Et malgré une légère résistance de Monte-Cristo, dont les lèvres
pâlirent, mais qui cependant conserva son sourire de cérémonie,
Andrea saisit la main du comte, la serra, sauta dans son phaéton
et disparut.
Les quatre ou cinq heures qui lui restaient jusqu'à neuf heures,
Andrea les employa en courses, en visites destinées à intéresser
ces amis dont il avait parlé, à paraître chez le banquier avec
tout le luxe de leurs équipages, les éblouissant par ces promesses
d'actions qui, depuis, ont fait tourner toutes les têtes, et dont
Danglars, en ce moment-là, avait l'initiative.
En effet, à huit heures et demie du soir, le grand salon de
Danglars, la galerie attenante à ce salon et les trois autres
salons de l'étage étaient pleins d'une foule parfumée qu'attirait
fort peu la sympathie, mais beaucoup cet irrésistible besoin
d'être là où l'on sait qu'il y a du nouveau.
Un académicien dirait que les soirées du monde sont des
collections de fleurs qui attirent papillons inconstants, abeilles
affamées et frelons bourdonnants.
Il va sans dire que les salons étaient resplendissants de bougies,
la lumière roulait à flots des moulures d'or sur les tentures de
soie, et tout le mauvais goût de cet ameublement, qui n'avait pour
lui que la richesse, resplendissait de tout son éclat.
Mlle Eugénie était vêtue avec la simplicité la plus élégante: une
robe de soie blanche brochée de blanc, une rose blanche à moitié
perdue dans ses cheveux d'un noir de jais, composaient toute sa
parure que ne venait pas enrichir le plus petit bijou.
Seulement on pouvait lire que dans ses yeux cette assurance parfaite
destinée à démentir ce que cette candide toilette avait de
vulgairement virginal à ses propres yeux.
Mme Danglars, à trente pas d'elle, causait avec Debray, Beauchamp
et Château-Renaud. Debray avait fait sa rentrée dans cette maison
pour cette grande solennité, mais comme tout le monde et sans
aucun privilège particulier.
M. Danglars, entouré de députés, d'hommes de finance, expliquait
une théorie de contributions nouvelles qu'il comptait mettre en
exercice quand la force des choses aurait contraint le
gouvernement à l'appeler au ministère.
Andrea, tenant sous son bras un des plus fringants dandys de
l'Opéra, lui expliquait assez impertinemment, attendu qu'il avait
besoin d'être hardi pour paraître à l'aise, ses projets de vie à
venir, et les progrès de luxe qu'il comptait faire faire avec ses
cent soixante-quinze mille livres de rente à la fashion
parisienne.
La foule générale roulait dans ces salons comme un flux et un
reflux de turquoises, de rubis, d'émeraudes d'opales et de
diamants.
Comme partout, on remarquait que c'étaient les plus vieilles
femmes qui étaient les plus parées, et les plus laides qui se
montraient avec le plus d'obstination.
S'il y avait quelque beau lis blanc, quelque rose suave et
parfumée, il fallait la chercher et la découvrir cachée dans
quelque coin par une mère à turban, ou par une tante à oiseau de
paradis.
À chaque instant, au milieu de cette cohue, de ce bourdonnement,
de ces rires, la voix des huissiers lançait un nom connu dans les
finances, respecté dans l'armée ou illustre dans les lettres;
alors un faible mouvement des groupes accueillait ce nom.
Mais pour un qui avait le privilège de faire frémir cet océan de
vagues humaines, combien passaient accueillis par l'indifférence
ou le ricanement du dédain!
Au moment où l'aiguille de la pendule massive, de la pendule
représentant Endymion endormi, marquait neuf heures sur un cadran
d'or, et où le timbre, fidèle reproducteur de la pensée machinale,
retentissait neuf fois, le nom du comte de Monte-Cristo retentit à
son tour, et, comme poussée par la flamme électrique, toute
l'assemblée se tourna vers la porte.
Le comte était vêtu de noir et avec sa simplicité habituelle; son
gilet blanc dessinait sa vaste et noble poitrine; son col noir
paraissait d'une fraîcheur singulière, tant il ressortait sur la
mâle pâleur de son teint; pour tout bijou, il portait une chaîne
de gilet si fine qu'à peine le mince filet d'or tranchait sur le
piqué blanc.
Il se fit à l'instant même un cercle autour de la porte.
Le comte, d'un seul coup d'oeil, aperçut Mme Danglars à un bout du
salon, M. Danglars à l'autre, et Mlle Eugénie devant lui.
Il s'approcha d'abord de la baronne, qui causait avec
Mme de Villefort, qui était venue seule, Valentine étant toujours
souffrante; et sans dévier, tant le chemin se frayait devant lui,
il passa de la baronne à Eugénie, qu'il complimenta en termes si
rapides et si réservés, que la fière artiste en fut frappée.
Près d'elle était Mlle Louise d'Armilly, qui remercia le comte des
lettres de recommandation qu'il lui avait si gracieusement données
pour l'Italie, et dont elle comptait, lui dit-elle, faire
incessamment usage.
En quittant ces dames, il se retourna et se trouva près de
Danglars, qui s'était approché pour lui donner la main.
Ces trois devoirs sociaux accomplis, Monte-Cristo s'arrêta,
promenant autour de lui ce regard assuré empreint de cette
expression particulière aux gens d'un certain monde et surtout
d'une certaine portée, regard qui semble dire:
«J'ai fait ce que j'ai dû; maintenant que les autres fassent ce
qu'ils me doivent.»
Andrea, qui était dans un salon contigu, sentit cette espèce de
frémissement que Monte-Cristo avait imprimé à la foule, et il
accourut saluer le comte.
Il le trouva complètement entouré; on se disputait ses paroles,
comme il arrive toujours pour les gens qui parlent peu et qui ne
disent jamais un mot sans valeur.
Les notaires firent leur entrée en ce moment, et vinrent installer
leurs pancartes griffonnées sur le velours brodé d'or qui couvrait
la table préparée pour la signature, table en bois doré.
Un des notaires s'assit, l'autre resta debout.
On allait procéder à la lecture du contrat que la moitié de Paris,
présente à cette solennité, devait signer.
Chacun prit place, ou plutôt les femmes firent cercle, tandis que
les hommes, plus indifférents à l'endroit du -style énergique-,
comme dit Boileau, firent leurs commentaires sur l'agitation
fébrile d'Andrea, sur l'attention de M. Danglars, sur
l'impassibilité d'Eugénie et sur la façon leste et enjouée dont la
baronne traitait cette importante affaire.
Le contrat fut lu au milieu d'un profond silence. Mais, aussitôt
la lecture achevée, la rumeur recommença dans les salons, double
de ce qu'elle était auparavant: ces sommes brillantes, ces
millions roulant dans l'avenir des deux jeunes gens et qui
venaient compléter l'exposition qu'on avait faite, dans une
chambre exclusivement consacrée à cet objet, du trousseau de la
mariée et des diamants de la jeune femme, avaient retenti avec
tout leur prestige dans la jalouse assemblée.
Les charmes de Mlle Danglars en étaient doubles aux yeux des
jeunes gens, et pour le moment ils effaçaient l'éclat du soleil.
Quant aux femmes, il va sans dire que, tout en jalousant ces
millions, elles ne croyaient pas en avoir besoin pour être belles.
Andrea, serré par ses amis, complimenté, adulé, commençant à
croire à la réalité du rêve qu'il faisait, Andrea était sur le
point de perdre la tête.
Le notaire prit solennellement la plume, l'éleva au-dessus de sa
tête et dit:
«Messieurs, on va signer le contrat.»
Le baron devait signer le premier, puis le fondé de pouvoir de
M. Cavalcanti père, puis la baronne, puis les futurs conjoints,
comme on dit dans cet abominable style qui a cours sur papier
timbré.
Le baron prit la plume et signa, puis le chargé de pouvoir.
La baronne s'approcha, au bras de Mme de Villefort.
«Mon ami, dit-elle en prenant la plume, n'est-ce pas une chose
désespérante? Un incident inattendu, arrivé dans cette affaire
d'assassinat et de vol dont M. le comte de Monte-Cristo a failli
être victime, nous prive d'avoir M. de Villefort.
--Oh! mon Dieu! fit Danglars, du même ton dont il aurait dit: Ma
foi, la chose m'est bien indifférente!
--Mon Dieu! dit Monte-Cristo en s'approchant, j'ai bien peur
d'être la cause involontaire de cette absence.
--Comment! vous, comte? dit Mme Danglars en signant. S'il en est
ainsi, prenez garde, je ne vous le pardonnerai jamais.»
Andrea dressait les oreilles.
«Il n'y aurait cependant point de ma faute, dit le comte; aussi je
tiens à le constater.»
On écoutait avidement: Monte-Cristo, qui desserrait si rarement
les lèvres, allait parler.
«Vous vous rappelez, dit le comte au milieu du plus profond
silence, que c'est chez moi qu'est mort ce malheureux qui était
venu pour me voler, et qui, en sortant de chez moi a été tué, à ce
que l'on croit, par son complice?
--Oui, dit Danglars.
--Eh bien, pour lui porter secours, on l'avait déshabillé et l'on
avait jeté ses habits dans un coin où la justice les a ramassés;
mais la justice, en prenant l'habit et le pantalon pour les
déposer au greffe, avait oublié le gilet.»
Andrea pâlit visiblement et tira tout doucement du côté de la
porte; il voyait paraître un nuage à l'horizon, et ce nuage lui
semblait renfermer la tempête dans ses flancs.
«Eh bien, ce malheureux gilet, on l'a trouvé aujourd'hui tout
couvert de sang et troué à l'endroit du coeur.»
Les dames poussèrent un cri, et deux ou trois se préparèrent à
s'évanouir.
«On me l'a apporté. Personne ne pouvait deviner d'où venait cette
guenille; moi seul songeai que c'était probablement le gilet de la
victime. Tout à coup mon valet de chambre, en fouillant avec
dégoût et précaution cette funèbre relique, a senti un papier dans
la poche et l'en a tiré: c'était une lettre adressée à qui? à
vous, baron.
--À moi? s'écria Danglars.
--Oh! mon Dieu! oui, à vous; je suis parvenu à lire votre nom
sous le sang dont le billet était maculé, répondit Monte-Cristo au
milieu des éclats de surprise générale.
--Mais, demanda Mme Danglars regardant son mari avec inquiétude,
comment cela empêche-t-il M. de Villefort?
--C'est tout simple, madame, répondit Monte-Cristo; ce gilet et
cette lettre étaient ce qu'on appelle des pièces de conviction;
lettre et gilet, j'ai tout envoyé à M. le procureur du roi. Vous
comprenez, mon cher baron, la voie légale est la plus sûre en
matière criminelle: c'était peut-être quelque machination contre
vous.»
Andrea regarda fixement Monte-Cristo et disparut dans le deuxième
salon.
«C'est possible, dit Danglars; cet homme assassiné n'était-il
point un ancien forçat?
--Oui, répondit le comte, un ancien forçat nommé Caderousse.»
Danglars pâlit légèrement; Andrea quitta le second salon et gagna
l'antichambre.
«Mais signez donc, signez donc! dit Monte-Cristo; je m'aperçois
que mon récit a mis tout le monde en émoi et j'en demande bien
humblement pardon à vous, madame la baronne et à Mlle Danglars.»
La baronne, qui venait de signer, remit la plume au notaire.
«Monsieur le prince Cavalcanti, dit le tabellion, monsieur le
prince Cavalcanti, où êtes-vous?
--Andrea! Andrea! répétèrent plusieurs voix de jeunes gens qui en
étaient déjà arrivés avec le noble Italien à ce degré d'intimité
de l'appeler par son nom de baptême.
--Appelez donc le prince, prévenez-le donc que c'est à lui de
signer!» cria Danglars à un huissier.
Mais au même instant la foule des assistants reflua, terrifiée,
dans le salon principal, comme si quelque monstre effroyable fût
entré dans les appartements, -quaerens quem devoret-.
Il y avait en effet de quoi reculer, s'effrayer, crier.
Un officier de gendarmerie plaçait deux gendarmes à la porte de
chaque salon, et s'avançait vers Danglars, précédé d'un
commissaire de police ceint de son écharpe.
Mme Danglars poussa un cri et s'évanouit.
Danglars, qui se croyait menacé (certaines consciences ne sont
jamais calmes), Danglars offrit aux yeux de ses conviés un visage
décomposé par la terreur.
«Qu'y a-t-il donc, monsieur? demanda Monte-Cristo s'avançant au-devant
du commissaire.
--Lequel de vous, messieurs, demanda le magistrat sans répondre
au comte, s'appelle Andrea Cavalcanti?»
Un cri de stupeur partit de tous les coins du salon. On chercha;
on interrogea.
«Mais quel est donc cet Andrea Cavalcanti? demanda Danglars
presque égaré.
--Un ancien forçat échappé du bagne de Toulon.
--Et quel crime a-t-il commis?
--Il est prévenu, dit le commissaire de sa voix impassible,
d'avoir assassiné le nommé Caderousse, son ancien compagnon de
chaîne, au moment où il sortait de chez le comte de Monte-Cristo.»
Monte-Cristo jeta un regard rapide autour de lui.
Andrea avait disparu.
XCVII
La route de Belgique.
Quelques instants après la scène de confusion produite dans les
salons de M. Danglars par l'apparition inattendue du brigadier de
gendarmerie, et par la révélation qui en avait été la suite, le
vaste hôtel s'était vidé avec une rapidité pareille à celle qu'eût
amenée l'annonce d'un cas de peste ou de choléra-morbus arrivé
parmi les conviés: en quelques minutes par toutes les portes, par
tous les escaliers, par toutes les sorties, chacun s'était
empressé de se retirer, ou plutôt de fuir; car c'était là une de
ces circonstances dans lesquelles il ne faut pas même essayer de
donner ces banales consolations qui rendent dans les grandes
catastrophes les meilleurs amis si importuns.
Il n'était resté dans l'hôtel du banquier que Danglars, enfermé
dans son cabinet, et faisant sa déposition entre les mains de
l'officier de gendarmerie; Mme Danglars, terrifiée, dans le
boudoir que nous connaissons, et Eugénie qui, l'oeil hautain et la
lèvre dédaigneuse, s'était retirée dans sa chambre avec son
inséparable compagne, Mlle Louise d'Armilly.
Quant aux nombreux domestiques, plus nombreux encore ce soir-là
que de coutume, car on leur avait adjoint, à propos de la fête,
les glaciers, les cuisiniers et les maîtres d'hôtel du Café de
Paris, tournant contre leurs maîtres la colère de ce qu'ils
appelaient leur affront, ils stationnaient par groupes à l'office,
aux cuisines, dans leurs chambres, s'inquiétant fort peu du
service, qui d'ailleurs se trouvait tout naturellement interrompu.
Au milieu de ces différents personnages, frémissant d'intérêts
divers, deux seulement méritent que nous nous occupions d'eux:
c'est Mlle Eugénie Danglars et Mlle Louise d'Armilly.
La jeune fiancée, nous l'avons dit, s'était retirée l'air hautain,
la lèvre dédaigneuse, et avec la démarche d'une reine outragée,
suivie de sa compagne, plus pâle et plus émue qu'elle.
En arrivant dans sa chambre, Eugénie ferma sa porte en dedans,
pendant que Louise tombait sur une chaise.
«Oh! mon Dieu, mon Dieu! l'horrible chose, dit la jeune
musicienne; et qui pouvait se douter de cela? M. Andrea
Cavalcanti... un assassin... un échappé du bagne... un forçat!»
Un sourire ironique crispa les lèvres d'Eugénie.
«En vérité, j'étais prédestinée, dit-elle. Je n'échappe au Morcerf
que pour tomber dans le Cavalcanti!
--Oh! ne confonds pas l'un avec l'autre, Eugénie.
--Tais-toi, tous les hommes sont des infâmes, et je suis heureuse
de pouvoir faire plus que de les détester; maintenant, je les
méprise.
--Qu'allons-nous faire? demanda Louise.
--Ce que nous allons faire?
--Oui.
--Mais ce que nous devions faire dans trois jours... partir.
--Ainsi, quoique tu ne te maries plus, tu veux toujours?
--Écoute, Louise, j'ai en horreur cette vie du monde ordonnée,
compassée, réglée comme notre papier de musique. Ce que j'ai
toujours désiré, ambitionné, voulu, c'est la vie d'artiste, la vie
libre, indépendante, où l'on ne relève que de soi, où l'on ne doit
de compte qu'à soi. Rester, pour quoi faire? pour qu'on essaie,
d'ici à un mois, de me marier encore; à qui? à M. Debray, peut-être,
comme il en avait été un instant question. Non, Louise; non,
l'aventure de ce soir me sera une excuse: je n'en cherchais pas,
je n'en demandais pas; Dieu m'envoie celle-ci, elle est la
bienvenue.
--Comme tu es forte et courageuse! dit la blonde et frêle jeune
fille à sa brune compagne.
--Ne me connaissais-tu point encore? Allons, voyons, Louise,
causons de toutes nos affaires. La voiture de poste...
--Est achetée heureusement depuis trois jours.
--L'as-tu fait conduire où nous devions la prendre?
--Oui.
--Notre passeport?
--Le voilà!»
Et Eugénie, avec son aplomb habituel, déplia un papier et lut:
«M. Léon d'Armilly, âgé de vingt ans, profession d'artiste,
cheveux noirs, yeux noirs, voyageant avec sa soeur.»
«À merveille! Par qui t'es-tu procuré ce passeport?
--En allant demander à M. de Monte-Cristo des lettres pour les
directeurs des théâtres de Rome et de Naples, je lui ai exprimé
mes craintes de voyager en femme; il les a parfaitement comprises,
s'est mis à ma disposition pour me procurer un passeport d'homme;
et, deux jours après, j'ai reçu celui-ci, auquel j'ai ajouté de ma
main: -Voyageant avec sa soeur.-
--Eh bien, dit gaiement Eugénie, il ne s'agit plus que de faire
nos malles: nous partirons le soir de la signature du contrat, au
lieu de partir le soir des noces: voilà tout.
--Réfléchis bien, Eugénie.
--Oh! toutes mes réflexions sont faites; je suis lasse de
n'entendre parler que de reports, de fins de mois, de hausse, de
baisse, de fonds espagnols, de papier haïtien. Au lieu de cela,
Louise, comprends-tu l'air, la liberté, le chant des oiseaux, les
plaines de la Lombardie, les canaux de Venise, les palais de Rome,
la plage de Naples. Combien possédons-nous, Louise?»
La jeune fille qu'on interrogeait tira d'un secrétaire incrusté un
petit portefeuille à serrure qu'elle ouvrit, et dans lequel elle
compta vingt-trois billets de banque.
«Vingt-trois mille francs, dit-elle.
--Et pour autant au moins de perles, de diamants et bijoux, dit
Eugénie. Nous sommes riches. Avec quarante-cinq mille francs, nous
avons de quoi vivre en princesses pendant deux ans ou
convenablement pendant quatre.
«Mais avant six mois, toi avec ta musique, moi avec ma voix, nous
aurons doublé notre capital. Allons, charge-toi de l'argent, moi,
je me charge du coffret aux pierreries; de sorte que si l'une de
nous avait le malheur de perdre son trésor, l'autre aurait
toujours le sien. Maintenant, la valise: hâtons-nous, la valise!
--Attends, dit Louise, allant écouter à la porte de Mme Danglars.
--Que crains-tu?
--Qu'on ne nous surprenne.
--La porte est fermée.
--Qu'on ne nous dise d'ouvrir.
--Qu'on le dise si l'on veut, nous n'ouvrons pas.
--Tu es une véritable amazone, Eugénie.»
Et les deux jeunes filles se mirent, avec une prodigieuse
activité, à entasser dans une malle tous les objets de voyage dont
elles croyaient avoir besoin.
«Là, maintenant, dit Eugénie, tandis que je vais changer de
costume, ferme la valise, toi.»
Louise appuya de toute la force de ses petites mains blanches sur
le couvercle de la malle.
«Mais je ne puis pas, dit-elle, je ne suis pas assez forte; ferme-la, toi.
--Ah! c'est juste, dit en riant Eugénie, j'oubliais que je suis
Hercule, moi, et que tu n'es, toi, que la pâle Omphale.»
Et la jeune fille, appuyant le genou sur la malle, raidit ses bras
blancs et musculeux jusqu'à ce que les deux compartiments de la
valise fussent joints, et que Mlle d'Armilly eût passé le crochet
du cadenas entre les deux pitons.
Cette opération terminée, Eugénie ouvrit une commode dont elle
avait la clef sur elle, et en tira une mante de voyage en soie
violette ouatée.
«Tiens, dit-elle, tu vois que j'ai pensé à tout; avec cette mante
tu n'auras point froid.
--Mais toi?
--Oh! moi, je n'ai jamais froid, tu le sais bien; d'ailleurs avec
ces habits d'homme...
--Tu vas t'habiller ici?
--Sans doute.
--Mais auras-tu le temps?
--N'aie donc pas la moindre inquiétude, poltronne; tous nos gens
sont occupés de la grande affaire. D'ailleurs, qu'y a-t-il
d'étonnant, quand on songe au désespoir dans lequel je dois être,
que je me sois enfermée, dis?
--Non, c'est vrai, tu me rassures.
--Viens, aide-moi.»
Et du même tiroir dont elle avait fait sortir la mante qu'elle
venait de donner à Mlle d'Armilly, et dont celle-ci avait déjà
couvert ses épaules, elle tira un costume d'homme complet, depuis
les bottines jusqu'à la redingote, avec une provision de linge où
il n'y avait rien de superflu, mais où se trouvait le nécessaire.
Alors, avec une promptitude qui indiquait que ce n'était pas sans
doute la première fois qu'en se jouant elle avait revêtu les
habits d'un autre sexe, Eugénie chaussa ses bottines, passa un
pantalon, chiffonna sa cravate, boutonna jusqu'à son cou un gilet
montant, et endossa une redingote qui dessinait sa taille fine et
cambrée.
«Oh! c'est très bien! en vérité, c'est très bien, dit Louise en la
regardant avec admiration; mais ces beaux cheveux noirs, ces
nattes magnifiques qui faisaient soupirer d'envie toutes les
femmes, tiendront-ils sous un chapeau d'homme comme celui que
j'aperçois là?
--Tu vas voir», dit Eugénie.
Et saisissant avec sa main gauche la tresse épaisse sur laquelle
ses longs doigts ne se refermaient qu'à peine, elle saisit de sa
main droite une paire de longs ciseaux, et bientôt l'acier cria au
milieu de la riche et splendide chevelure, qui tomba tout entière
aux pieds de la jeune fille, renversée en arrière pour l'isoler de
sa redingote.
Puis, la natte supérieure abattue, Eugénie passa à celles de ses
tempes, qu'elle abattit successivement, sans laisser échapper le
moindre regret: au contraire, ses yeux brillèrent, plus pétillants
et plus joyeux encore que de coutume, sous ses sourcils noirs
comme l'ébène.
«Oh! les magnifiques cheveux! dit Louise avec regret.
--Eh! ne suis-je pas cent fois mieux ainsi? s'écria Eugénie en
lissant les boucles éparses de sa coiffure devenue toute
masculine, et ne me trouves-tu donc pas plus belle ainsi?
--Oh! tu es belle, belle toujours! s'écria Louise. Maintenant, où
allons-nous?
--Mais, à Bruxelles, si tu veux; c'est la frontière la plus
proche. Nous gagnerons Bruxelles, Liège, Aix-la-Chapelle; nous
remonterons le Rhin jusqu'à Strasbourg, nous traverserons la
Suisse et nous descendrons en Italie par le Saint-Gothard. Cela te
va-t-il?
--Mais, oui.
--Que regardes-tu?
--Je te regarde. En vérité, tu es adorable ainsi; on dirait que
tu m'enlèves.
--Eh pardieu! on aurait raison.
--Oh! je crois que tu as juré, Eugénie?»
Et les deux jeunes filles, que chacun eût pu croire plongées dans
les larmes, l'une pour son propre compte, l'autre par dévouement à
son amie, éclatèrent de rire, tout en faisant disparaître les
traces les plus visibles du désordre qui naturellement avait
accompagné les apprêts de leur évasion.
Puis, ayant soufflé leurs lumières, l'oeil interrogateur,
l'oreille au guet, le cou tendu, les deux fugitives ouvrirent la
porte d'un cabinet de toilette qui donnait sur un escalier de
service descendant jusqu'à la cour, Eugénie marchant la première,
et soutenant d'un bras la valise que, par l'anse opposée,
Mlle d'Armilly soulevait à peine de ses deux mains.
La cour était vide. Minuit sonnait.
Le concierge veillait encore.
Eugénie s'approcha tout doucement et vit le digne suisse qui
dormait au fond de sa loge, étendu dans son fauteuil.
Elle retourna vers Louise, reprit la malle qu'elle avait un
instant posée à terre, et toutes deux, suivant l'ombre projetée
par la muraille, gagnèrent la voûte.
Eugénie fit cacher Louise dans l'angle de la porte, de manière que
le concierge, s'il lui plaisait par hasard de se réveiller, ne vît
qu'une personne.
Puis, s'offrant elle-même au plein rayonnement de la lampe qui
éclairait la cour:
«La porte!» cria-t-elle de sa plus belle voix de contralto, en
frappant à la vitre.
Le concierge se leva comme l'avait prévu Eugénie, et fit même
quelques pas pour reconnaître la personne qui sortait; mais voyant
un jeune homme qui fouettait impatiemment son pantalon de sa
badine, il ouvrit sur-le-champ.
Aussitôt Louise se glissa comme une couleuvre par la porte
entrebâillée, et bondit légèrement dehors. Eugénie, calme en
apparence, quoique, selon toute probabilité, son coeur comptât
plus de pulsations que dans l'état habituel, sortit à son tour.
Un commissionnaire passait, on le chargea de la malle, puis les
deux jeunes filles lui ayant indiqué comme le but de leur course
la rue de la Victoire et le numéro 36 de cette rue, elles
marchèrent derrière cet homme, dont la présence rassurait Louise;
quant à Eugénie, elle était forte comme une Judith ou une Dalila.
On arriva au numéro indiqué. Eugénie ordonna au commissionnaire de
déposer la malle, lui donna quelques pièces de monnaie, et, après
avoir frappé au volet, le renvoya.
Ce volet auquel avait frappé Eugénie était celui d'une petite
lingère prévenue à l'avance: elle n'était point encore couchée,
elle ouvrit.
«Mademoiselle, dit Eugénie, faites tirer par le concierge la
calèche de la remise, et envoyez-le chercher des chevaux à l'hôtel
des Postes. Voici cinq francs pour la peine que nous lui donnons.
--En vérité, dit Louise, je t'admire, et je dirai presque que je
te respecte.»
La lingère regardait avec étonnement; mais comme il était convenu
qu'il y aurait vingt louis pour elle, elle ne fit pas la moindre
observation.
Un quart d'heure après, le concierge revenait ramenant le
postillon et les chevaux, qui, en un tour de main, furent attelés
à la voiture, sur laquelle le concierge assura la malle à l'aide
d'une corde et d'un tourniquet.
«Voici le passeport, dit le postillon; quelle route prenons-nous,
notre jeune bourgeois?
--La route de Fontainebleau, répondit Eugénie avec une voix
presque masculine.
--Eh bien, que dis-tu donc? demanda Louise.
--Je donne le change, dit Eugénie; cette femme à qui nous donnons
vingt louis peut nous trahir pour quarante: sur le boulevard nous
prendrons une autre direction.»
Et la jeune fille s'élança dans le briska établi en excellente
dormeuse, sans presque toucher le marchepied.
«Tu as toujours raison, Eugénie», dit la maîtresse de chant en
prenant place près de son amie.
Un quart d'heure après, le postillon, remis dans le droit chemin,
franchissait, en faisant claquer son fouet, la grille de la
barrière Saint-Martin.
«Ah! dit Louise en respirant, nous voilà donc sorties de Paris!
--Oui, ma chère, et le rapt est bel et bien consommé, répondit
Eugénie.
--Oui, mais sans violence, dit Louise.
--Je ferai valoir cela comme circonstance atténuante», répondit
Eugénie.
Ces paroles se perdirent dans le bruit que faisait la voiture en
roulant sur le pavé de la Villette.
M. Danglars n'avait plus sa fille.
XCVIII
L'auberge de la Cloche et de la Bouteille.
Et maintenant, laissons Mlle Danglars et son amie rouler sur la
route de Bruxelles, et revenons au pauvre Andrea Cavalcanti, si
malencontreusement arrêté dans l'essor de sa fortune.
C'était, malgré son âge encore peu avancé, un garçon fort adroit
et fort intelligent que M. Andrea Cavalcanti.
Aussi, aux premières rumeurs qui pénétrèrent dans le salon,
l'avons-nous vu par degrés se rapprocher de la porte, traverser
une ou deux chambres, et enfin disparaître.
Une circonstance que nous avons oublié de mentionner, et qui
cependant ne doit pas être omise, c'est que dans l'une de ces deux
chambres que traversa Cavalcanti était exposé le trousseau de la
mariée, écrins de diamants, châles de cachemire, dentelles de
Valenciennes, voiles d'Angleterre, tout ce qui compose enfin ce
monde d'objets tentateurs dont le nom seul fait bondir de joie le
coeur des jeunes filles et que l'on appelle la corbeille.
Or, en passant par cette chambre, ce qui prouve que non seulement
Andrea était un garçon fort intelligent et fort adroit, mais
encore prévoyant, c'est qu'il se saisit de la plus riche de toutes
les parures exposées.
Muni de ce viatique, Andrea s'était senti de moitié plus léger
pour sauter par la fenêtre et glisser entre les mains des
gendarmes.
Grand et découplé comme le lutteur antique, musculeux comme un
Spartiate, Andrea avait fourni une course d'un quart d'heure, sans
savoir où il allait, et dans le but seul de s'éloigner du lieu où
il avait failli être pris.
Parti de la rue du Mont-Blanc, il s'était retrouvé, avec cet
instinct des barrières que les voleurs possèdent, comme le lièvre
celui du gîte, au bout de la rue Lafayette.
Là, suffoqué, haletant, il s'arrêta.
Il était parfaitement seul, et avait à gauche le clos Saint-Lazare,
vaste désert, et, à sa droite, Paris dans toute sa
profondeur.
«Suis-je perdu? se demanda-t-il. Non, si je puis fournir une somme
d'activité supérieure à celle de mes ennemis. Mon salut est donc
devenu tout simplement une question de myriamètres.»
En ce moment il aperçut, montant du haut du faubourg Poissonnière,
un cabriolet de régie dont le cocher, morne et fumant sa pipe,
semblait vouloir regagner les extrémités du faubourg Saint-Denis
où, sans doute, il faisait son séjour ordinaire.
«Hé! l'ami! dit Benedetto.
--Qu'y a-t-il, notre bourgeois? demanda le cocher.
--Votre cheval est-il fatigué?
--Fatigué! ah! bien oui! il n'a rien fait de toute la sainte
journée. Quatre méchantes courses et vingt sous de pourboire, sept
francs en tout, je dois en rendre dix au patron!
--Voulez-vous à ces sept francs en ajouter vingt que voici, hein?
--Avec plaisir, bourgeois; ce n'est pas à mépriser, vingt francs.
Que faut-il faire pour cela? voyons.
--Une chose bien facile, si votre cheval n'est pas fatigué
toutefois.
--Je vous dis qu'il ira comme un zéphir; le tout est de dire de
quel côté il faut qu'il aille.
--Du côté de Louvres.
--Ah! ah! connu: pays du ratafia?
--Justement. Il s'agit tout simplement de rattraper un de mes
amis avec lequel je dois chasser demain à la Chapelle-en-Serval.
Il devait m'attendre ici avec son cabriolet jusqu'à onze heures et
demie: il est minuit; il se sera fatigué de m'attendre et sera
parti tout seul.
--C'est probable.
--Eh bien, voulez-vous essayer de le rattraper?
--Je ne demande pas mieux.
--Mais si nous ne le rattrapons pas d'ici au Bourget vous aurez
vingt francs; si nous ne le rattrapons pas d'ici à Louvres,
trente.
--Et si nous le rattrapons?
--Quarante! dit Andrea qui avait eu un moment d'hésitation, mais
qui avait réfléchi qu'il ne risquait rien de promettre.
--Ça va! dit le cocher. Montez, et en route. Prrroum!...»
Andrea monta dans le cabriolet qui, d'une course rapide, traversa
le faubourg Saint-Denis, longea le faubourg Saint-Martin, traversa
la barrière, et enfila l'interminable Villette.
On n'avait garde de rejoindre cet ami chimérique; cependant de
temps en temps, aux passants attardés ou aux cabarets qui
veillaient encore, Cavalcanti s'informait d'un cabriolet vert
attelé d'un cheval bai-brun; et, comme sur la route des Pays-Bas
il circule bon nombre de cabriolets, que les neuf dixièmes des
cabriolets sont verts, les renseignements pleuvaient à chaque pas.
On venait toujours de le voir passer; il n'avait pas plus de cinq
cents, de deux cents, de cent pas d'avance; enfin, on le
dépassait, ce n'était pas lui.
Une fois le cabriolet fut dépassé à son tour; c'était par une
calèche rapidement emportée au galop de deux chevaux de poste.
«Ah! se dit Cavalcanti, si j'avais cette calèche, ces deux bons
chevaux, et surtout le passeport qu'il a fallu pour les prendre!»
Et il soupira profondément.
Cette calèche était celle qui emportait Mlle Danglars et
Mlle d'Armilly.
«En route! en route! dit Andrea, nous ne pouvons pas tarder à le
rejoindre.»
Et le pauvre cheval reprit le trot enragé qu'il avait suivi depuis
la barrière, et arriva tout fumant à Louvres.
«Décidément, dit Andrea, je vois bien que je ne rejoindrai pas mon
ami et que je tuerai votre cheval. Ainsi donc, mieux vaut que je
m'arrête. Voilà vos trente francs, je m'en vais coucher au Cheval-Rouge,
et la première voiture dans laquelle je trouverai une
place, je la prendrai. Bonsoir, mon ami.»
Et Andrea, après avoir mis six pièces de cinq francs dans la main
du cocher, sauta lestement sur le pavé de la route.
Le cocher empocha joyeusement la somme et reprit au pas le chemin
de Paris; Andrea feignit de gagner l'hôtel du Cheval-Rouge; mais
après s'être arrêté un instant contre la porte, entendant le bruit
du cabriolet qui allait se perdant à l'horizon, il reprit sa
course, et d'un pas gymnastique fort relevé, il fournit une course
de deux lieues.
Là, il se reposa, il devait être tout près de la Chapelle-en-Serval,
où il avait dit qu'il allait.
Ce n'était pas la fatigue qui arrêtait Andrea Cavalcanti: c'était
le besoin de prendre une résolution, c'était la nécessité
d'adopter un plan.
Monter en diligence, c'était impossible; prendre la poste, c'était
également impossible. Pour voyager de l'une ou de l'autre façon un
passeport est de toute nécessité.
Demeurer dans le département de l'Oise, c'est-à-dire dans un des
départements les plus découverts et les plus surveillés de France,
c'était chose impossible encore, impossible surtout pour un homme
expert comme Andrea en matière criminelle.
Andrea s'assit sur les revers du fossé, laissa tomber sa tête
entre ses deux mains et réfléchit.
Dix minutes après, il releva la tête; sa résolution était arrêtée.
Il couvrit de poussière tout un côté du paletot qu'il avait eu le
temps de décrocher dans l'antichambre et de boutonner par-dessus
sa toilette de bal, et, gagnant la Chapelle-en-Serval, il alla
frapper hardiment à la porte de la seule auberge du pays.
L'hôte vint ouvrir.
«Mon ami, dit Andrea, j'allais de Mortefontaine à Senlis quand mon
cheval, qui est un animal difficile, a fait un écart et m'a envoyé
à dix pas. Il faut que j'arrive cette nuit à Compiègne sous peine
de causer les plus graves inquiétudes à ma famille; avez-vous un
cheval à louer?»
Bon ou mauvais, un aubergiste a toujours un cheval.
L'aubergiste de la Chapelle-en-Serval appela le garçon d'écurie,
lui ordonna de seller -le Blanc-, et réveilla son fils, enfant de
sept ans, lequel devait monter en croupe du monsieur et ramener le
quadrupède.
Andrea donna vingt francs à l'aubergiste, et, en les tirant de sa
poche, laissa tomber une carte de visite.
Cette carte de visite était celle d'un de ses amis du Café de
Paris; de sorte que l'aubergiste, lorsque Andrea fut parti et
qu'il eut ramassé la carte tombée de sa poche, fut convaincu qu'il
avait loué son cheval à M. le comte de Mauléon, rue Saint-Dominique, 25:
c'était le nom et l'adresse qui se trouvaient sur
la carte.
-Le Blanc- n'allait pas vite, mais il allait d'un pas égal et
assidu: en trois heures et demie Andrea fit les neuf lieues qui le
séparaient de Compiègne; quatre heures sonnaient à l'horloge de
l'hôtel de ville lorsqu'il arriva sur la place où s'arrêtent les
diligences.
Il y a à Compiègne un excellent hôtel, dont se souviennent ceux-là
mêmes qui n'y ont logé qu'une fois.
Andréa, qui y avait fait une halte dans une de ses courses aux
environs de Paris, se souvint de l'hôtel de la Cloche et de la
Bouteille: il s'orienta, vit à la lueur d'un réverbère l'enseigne
indicatrice, et, ayant congédié l'enfant, auquel il donna tout ce
qu'il avait sur lui de petite monnaie, il alla frapper à la porte,
réfléchissant avec beaucoup de justesse qu'il avait trois ou
quatre heures devant lui, et que le mieux était de se prémunir,
par un bon somme et un bon souper, contre les fatigues à venir.
Ce fut un garçon qui vint ouvrir.
«Mon ami, dit Andrea, je viens de Saint-Jean-au-Bois, où j'ai
dîné; je comptais prendre la voiture qui passe à minuit; mais je
me suis perdu comme un sot, et voilà quatre heures que je me
promène dans la forêt. Donnez-moi donc une de ces jolies petites
chambres qui donnent sur la cour, et faites-moi monter un poulet
froid et une bouteille de vin de Bordeaux.»
Le garçon n'eut aucun soupçon: Andrea parlait avec la plus
parfaite tranquillité, il avait le cigare à la bouche et les mains
dans les poches de son paletot; ses habits étaient élégants, sa
barbe fraîche, ses bottes irréprochables; il avait l'air d'un
voisin attardé, voilà tout.
Pendant que le garçon préparait sa chambre, l'hôtesse se leva:
Andrea l'accueillit avec son plus charmant sourire, et lui demanda
s'il ne pourrait pas avoir le numéro 3, qu'il avait déjà eu à son
dernier passage à Compiègne; malheureusement le numéro 3 était
pris par un jeune homme qui voyageait avec sa soeur.
Andrea parut désespéré; il ne se consola que lorsque l'hôtesse lui
eut assuré que le numéro 7, qu'on lui préparait, avait absolument
la même disposition que le numéro 3; et, tout en se chauffant les
pieds et en causant des dernières courses de Chantilly, il
attendit qu'on vînt lui annoncer que sa chambre était prête.
Ce n'était pas sans raison qu'Andrea avait parlé de ces jolis
appartements donnant sur la cour; la cour de l'hôtel de la Cloche,
avec son triple rang de galeries qui lui donnait l'air d'une salle
de spectacle, avec ses jasmins et ses clématites qui montent le
long de ses colonnades, légères comme une décoration naturelle,
est une des plus charmantes entrées d'auberge qui existent au
monde.
Le poulet était frais, le vin était vieux, le feu clair et
pétillant: Andrea se surprit soupant d'aussi bon appétit que s'il
ne lui était rien arrivé.
Puis il se coucha, et s'endormit presque aussitôt de ce sommeil
implacable que l'homme trouve toujours à vingt ans, même lorsqu'il
a des remords.
Or, nous sommes forcés d'avouer qu'Andrea aurait pu avoir des
remords, mais qu'il n'en avait pas.
Voici quel était le plan d'Andrea, plan qui lui avait donné la
meilleure partie de sa sécurité.
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