--Mlle Valentine n'a plus besoin de secours, dit d'Avrigny, puisque Mlle Valentine est morte. --Morte! morte! soupira Villefort dans le paroxysme d'une douleur d'autant plus déchirante qu'elle était nouvelle, inconnue, inouïe pour ce coeur de bronze. --Morte! dites-vous? s'écria une troisième voix; qui a dit que Valentine était morte?» Les deux hommes se retournèrent, et sur la porte aperçurent Morrel debout, pâle, bouleversé, terrible. Voici ce qui était arrivé: À son heure habituelle, et par la petite porte qui conduisait chez Noirtier, Morrel s'était présenté. Contre la coutume, il trouva la porte ouverte, il n'eut donc pas besoin de sonner, il entra. Dans le vestibule, il attendit un instant, appelant un domestique quelconque qui l'introduisît près du vieux Noirtier. Mais personne n'avait répondu; les domestiques, on le sait, avaient déserté la maison. Morrel n'avait ce jour-là aucun motif particulier d'inquiétude: il avait la promesse de Monte-Cristo que Valentine vivrait, et jusque-là la promesse avait été fidèlement tenue. Chaque soir, le comte lui avait donné de bonnes nouvelles, que confirmait le lendemain Noirtier lui-même. Cependant cette solitude lui parut singulière; il appela une seconde fois, une troisième fois, même silence. Alors il se décida à monter. La porte de Noirtier était ouverte comme les autres portes. La première chose qu'il vit fut le vieillard dans son fauteuil, à sa place habituelle; ses yeux dilatés semblaient exprimer un effroi intérieur que confirmait encore la pâleur étrange répandue sur ses traits. «Comment allez-vous, monsieur? demanda le jeune homme, non sans un certain serrement de coeur. --Bien! fit le vieillard avec son clignement d'yeux, bien!» Mais sa physionomie sembla croître en inquiétude. «Vous êtes préoccupé, continua Morrel, vous avez besoin de quelque chose. Voulez-vous que j'appelle quelqu'un de vos gens? --Oui», fit Noirtier. Morrel se suspendit au cordon de la sonnette; mais il eut beau le tirer à le rompre, personne ne vint. Il se retourna vers Noirtier; la pâleur et l'angoisse allaient croissant sur le visage du vieillard. «Mon Dieu! mon Dieu! dit Morrel, mais pourquoi ne vient-on pas? Est-ce qu'il y a quelqu'un de malade dans la maison?» Les yeux de Noirtier parurent prêts à jaillir de leurs orbites. «Mais qu'avez-vous donc, continua Morrel, vous m'effrayez. Valentine! Valentine!... --Oui! oui!» fit Noirtier. Maximilien ouvrit la bouche pour parler, mais sa langue ne put articuler aucun son: il chancela et se retint à la boiserie. Puis il étendit la main vers la porte. «Oui, oui, oui!» continua le vieillard. Maximilien s'élança par le petit escalier, qu'il franchit en deux bonds, tant que Noirtier semblait lui crier des yeux: «Plus vite! plus vite!» Une minute suffit au jeune homme pour traverser plusieurs chambres, solitaires comme le reste de la maison, et pour arriver jusqu'à celle de Valentine. Il n'eut pas besoin de pousser la porte, elle était toute grande ouverte. Un sanglot fut le premier bruit qu'il perçut. Il vit, comme à travers un nuage, une figure noire agenouillée et perdue dans un amas confus de draperies blanches. La crainte, l'effroyable crainte le clouait sur le seuil. Ce fut alors qu'il entendit une voix qui disait: «Valentine est morte», et une seconde voix qui comme un écho, répondait: «Morte! morte!» CIII Maximilien. Villefort se releva presque honteux d'avoir été surpris dans l'accès de cette douleur. Le terrible état qu'il exerçait depuis vingt-cinq ans était arrivé à en faire plus ou moins qu'un homme. Son regard, un instant égaré, se fixa sur Morrel. «Qui êtes-vous, monsieur, dit-il, vous qui oubliez qu'on n'entre pas ainsi dans une maison qu'habite la mort? «Sortez, monsieur! sortez!» Mais Morrel demeurait immobile, il ne pouvait détacher ses yeux du spectacle effrayant de ce lit en désordre et de la pâle figure qui était couchée dessus. «Sortez, entendez-vous!» cria Villefort, tandis que d'Avrigny s'avançait de son côté pour faire sortir Morrel. Celui-ci regarda d'un air égaré ce cadavre, ces deux hommes, toute la chambre, sembla hésiter un instant, ouvrit la bouche; puis enfin, ne trouvant pas un mot à répondre, malgré l'innombrable essaim d'idées fatales qui envahissaient son cerveau, il rebroussa chemin en enfonçant ses mains dans ses cheveux; de telle sorte que Villefort et d'Avrigny, un instant distraits de leurs préoccupations, échangèrent, après l'avoir suivi des yeux, un regard qui voulait dire: «Il est fou!» Mais avant que cinq minutes se fussent écoulées, on entendit gémir l'escalier sous un poids considérable, et l'on vit Morrel qui, avec une force surhumaine, soulevant le fauteuil de Noirtier entre ses bras, apportait le vieillard au premier étage de la maison. Arrivé au haut de l'escalier, Morrel posa le fauteuil à terre et le roula rapidement jusque dans la chambre de Valentine. Toute cette manoeuvre s'exécuta avec une force décuplée par l'exaltation frénétique du jeune homme. Mais une chose était effrayante surtout, c'était la figure de Noirtier s'avançant vers le lit de Valentine, poussé par Morrel, la figure de Noirtier en qui l'intelligence déployait toutes ses ressources, dont les yeux réunissaient toute leur puissance pour suppléer aux autres facultés. Aussi ce visage pâle, au regard enflammé, fut-il pour Villefort une effrayante apparition. Chaque fois qu'il s'était trouvé en contact avec son père, il s'était toujours passé quelque chose de terrible. «Voyez ce qu'ils en ont fait! cria Morrel une main encore appuyée au dossier du fauteuil qu'il venait de pousser jusqu'au lit, et l'autre étendue vers Valentine; voyez, mon père, voyez!» Villefort recula d'un pas et regarda avec étonnement ce jeune homme qui lui était presque inconnu, et qui appelait Noirtier son père. En ce moment toute l'âme du vieillard sembla passer dans ses yeux, qui s'injectèrent de sang; puis les veines de son cou se gonflèrent, une teinte bleuâtre comme celle qui envahit la peau de l'épileptique, couvrit son cou, ses joues et ses tempes; il ne manquait à cette explosion intérieure de tout l'être qu'un cri. Ce cri sortit pour ainsi dire de tous les pores, effrayant dans son mutisme, déchirant dans son silence. D'Avrigny se précipita vers le vieillard et lui fit respirer un violent révulsif. «Monsieur! s'écria alors Morrel, en saisissant la main inerte du paralytique, on me demande ce que je suis, et quel droit j'ai d'être ici. Ô vous qui le savez, dites-le, vous! dites-le!» Et la voix du jeune homme s'éteignit dans les sanglots. Quant au vieillard, sa respiration haletante secouait sa poitrine. On eût dit qu'il était en proie à ces agitations qui précèdent l'agonie. Enfin, les larmes vinrent jaillir des yeux de Noirtier, plus heureux que le jeune homme qui sanglotait sans pleurer. Sa tête ne pouvant se pencher, ses yeux se fermèrent. «Dites, continua Morrel d'une voix étranglée, dites que j'étais son fiancé! «Dites qu'elle était ma noble amie, mon seul amour sur la terre! «Dites, dites, dites, que ce cadavre m'appartient!» Et le jeune homme, donnant le terrible spectacle d'une grande force qui se brise, tomba lourdement à genoux devant ce lit que ses doigts crispés étreignirent avec violence. Cette douleur était si poignante que d'Avrigny se détourna pour cacher son émotion, et que Villefort, sans demander d'autre explication, attiré par ce magnétisme qui nous pousse vers ceux qui ont aimé ceux que nous pleurons, tendit sa main au jeune homme. Mais Morrel ne voyait rien; il avait saisi la main glacée de Valentine, et, ne pouvant parvenir à pleurer, il mordait les draps en rugissant. Pendant quelque temps, on n'entendit dans cette chambre que le conflit des sanglots, des imprécations et de la prière. Et cependant un bruit dominait tous ceux-là, c'était l'aspiration rauque et déchirante qui semblait, à chaque reprise d'air, rompre un des ressorts de la vie dans la poitrine de Noirtier. Enfin, Villefort, le plus maître de tous, après avoir pour ainsi dire cédé pendant quelque temps sa place à Maximilien, Villefort prit la parole. «Monsieur, dit-il à Maximilien, vous aimiez Valentine, dites-vous: vous étiez son fiancé; j'ignorais cet amour, j'ignorais cet engagement; et cependant, moi, son père, je vous le pardonne, car, je le vois, votre douleur est grande, réelle et vraie. «D'ailleurs, chez moi aussi la douleur est trop grande pour qu'il reste en mon coeur place pour la colère.» «Mais, vous le voyez, l'ange que vous espériez a quitté la terre: elle n'a plus que faire des adorations des hommes, elle qui, à cette heure, adore le Seigneur; faites donc vos adieux, monsieur, à la triste dépouille qu'elle a oubliée parmi nous; prenez une dernière fois sa main que vous attendiez, et séparez-vous d'elle à jamais: Valentine n'a plus besoin maintenant que du prêtre qui doit la bénir. --Vous vous trompez, monsieur, s'écria Morrel en se relevant sur un genou, le coeur traversé par une douleur plus aiguë qu'aucune de celles qu'il eût encore ressenties; vous vous trompez: Valentine, morte comme elle est morte, a non seulement besoin d'un prêtre, mais encore d'un vengeur. «Monsieur de Villefort, envoyez chercher le prêtre; moi, je serai le vengeur. --Que voulez-vous dire, monsieur? murmura Villefort tremblant à cette nouvelle inspiration du délire de Morrel. --Je veux dire, continua Morrel, qu'il y a deux hommes en vous, monsieur. Le père a assez pleuré; que le procureur du roi commence son office.» Les yeux de Noirtier étincelèrent, d'Avrigny se rapprocha. «Monsieur, continua le jeune homme, en recueillant des yeux tous les sentiments qui se révélaient sur les visages des assistants, je sais ce que je dis, et vous savez tous aussi bien que moi ce que je vais dire. «Valentine est morte assassinée!» Villefort baissa la tête; d'Avrigny avança d'un pas encore; Noirtier fit oui des yeux. «Or, monsieur, continua Morrel, au temps où nous vivons, une créature, ne fût-elle pas jeune, ne fût-elle pas belle, ne fût-elle pas adorable comme était Valentine, une créature ne disparaît pas violemment du monde sans que l'on demande compte de sa disparition. «Allons, monsieur le procureur du roi, ajouta Morrel avec une véhémence croissante, pas de pitié! je vous dénonce le crime, cherchez l'assassin!» Et son oeil implacable interrogeait Villefort, qui de son côté sollicitait du regard tantôt Noirtier, tantôt d'Avrigny. Mais au lieu de trouver secours dans son père et dans le docteur, Villefort ne rencontra en eux qu'un regard aussi inflexible que celui de Morrel. «Oui! fit le vieillard. --Certes! dit d'Avrigny. --Monsieur, répliqua Villefort, essayant de lutter contre cette triple volonté et contre sa propre émotion, monsieur, vous vous trompez, il ne se commet pas de crimes chez moi; la fatalité me frappe, Dieu m'éprouve; c'est horrible à penser; mais on n'assassine personne!» Les yeux de Noirtier flamboyèrent, d'Avrigny ouvrit la bouche pour parler. Morrel étendit le bras en commandant le silence. «Et moi, je vous dis que l'on tue ici! s'écria Morrel dont la voix baissa sans rien perdre de sa vibration terrible. «Je vous dis que voilà la quatrième victime frappée depuis quatre mois. «Je vous dis qu'on avait déjà une fois, il y a quatre jours de cela, essayé d'empoisonner Valentine, et que l'on avait échoué grâce aux précautions qu'avait prises M. Noirtier! «Je vous dis que l'on a doublé la dose ou changé la nature du poison, et que cette fois on a réussi! «Je vous dis que vous savez tout cela aussi bien que moi, enfin, puisque monsieur que voilà vous en a prévenu, et comme médecin et comme ami. --Oh, vous êtes en délire! monsieur, dit Villefort, essayant vainement de se débattre dans le cercle où il se sentait pris. --Je suis en délire! s'écria Morrel; eh bien, j'en appelle à M. d'Avrigny lui-même. «Demandez-lui, monsieur, s'il se souvient encore des paroles qu'il a prononcées dans votre jardin, dans le jardin de cet hôtel, le soir même de la mort de Mme de Saint-Méran, alors que tous deux, vous et lui, vous croyant seuls, vous vous entreteniez de cette mort tragique, dans laquelle cette fatalité dont vous parlez et Dieu, que vous accusez injustement, ne peuvent être comptés que pour une chose; c'est-à-dire pour avoir créé l'assassin de Valentine!» Villefort et d'Avrigny se regardèrent. «Oui, oui, rappelez-vous, dit Morrel, car ces paroles, que vous croyiez livrées au silence et à la solitude sont tombées dans mon oreille. Certes, de ce soir-là, en voyant la coupable complaisance de M. de Villefort pour les siens, j'eusse dû tout découvrir à l'autorité; je ne serais pas complice comme je le suis en ce moment de ta mort, Valentine! ma Valentine bien-aimée! mais le complice deviendra le vengeur; ce quatrième meurtre est flagrant et visible aux yeux de tous, et si ton père t'abandonne, Valentine, c'est moi, c'est moi, je te le jure, qui poursuivrai l'assassin.» Et cette fois, comme si la nature avait enfin pitié de cette vigoureuse organisation prête à se briser par sa propre force, les dernières paroles de Morrel s'éteignirent dans sa gorge; sa poitrine éclata en sanglots, les larmes, si longtemps rebelles, jaillirent de ses yeux, il s'affaissa sur lui-même, et retomba à genoux pleurant près du lit de Valentine. Alors ce fut le tour de d'Avrigny. «Et moi aussi, dit-il d'une voix forte, moi aussi, je me joins à M. Morrel pour demander justice du crime; car mon coeur se soulève à l'idée que ma lâche complaisance a encouragé l'assassin! --Ô mon Dieu! mon Dieu!» murmura Villefort anéanti. Morrel releva la tête, en lisant dans les yeux du vieillard qui lançaient une flamme surnaturelle: «Tenez, dit-il, tenez, M. Noirtier veut parler. --Oui, fit Noirtier avec une expression d'autant plus terrible que toutes les facultés de ce pauvre vieillard impuissant étaient concentrées dans son regard. --Vous connaissez l'assassin? dit Morrel. --Oui, répliqua Noirtier. --Et vous allez nous guider? s'écria le jeune homme. Écoutons! M. d'Avrigny, écoutons!» Noirtier adressa au malheureux Morrel un sourire mélancolique, un de ces doux sourires des yeux qui tant de fois avaient rendu Valentine heureuse, et fixa son attention. Puis, ayant rivé pour ainsi dire les yeux de son interlocuteur aux siens, il les détourna vers la porte. «Voulez-vous que je sorte, monsieur? s'écria douloureusement Morrel. --Oui, fit Noirtier. --Hélas! hélas! monsieur; mais ayez donc pitié de moi!» Les yeux du vieillard demeurèrent impitoyablement fixés vers la porte. «Pourrais-je revenir, au moins? demanda Morrel. --Oui. --Dois-je sortir seul? --Non. --Qui dois-je emmener avec moi? M. le procureur au roi? --Non. --Le docteur? --Oui. --Vous voulez rester seul avec M. de Villefort? --Oui. --Mais pourrait-il vous comprendre, lui? --Oui. --Oh! dit Villefort presque joyeux de ce que l'enquête allait se faire en tête-à-tête, oh! soyez tranquille, je comprends très bien mon père.» Et tout en disant cela avec cette expression de joie que nous avons signalée, les dents du procureur du roi s'entrechoquaient avec violence. D'Avrigny prit le bras de Morrel et entraîna le jeune homme dans la chambre voisine. Il se fit alors dans toute cette maison un silence plus profond que celui de la mort. Enfin, au bout d'un quart d'heure, un pas chancelant se fit entendre, et Villefort parut sur le seuil du salon où se tenaient d'Avrigny et Morrel, l'un absorbé et l'autre suffoquant. «Venez», dit-il. Et il les ramena près du fauteuil de Noirtier. Morrel, alors, regarda attentivement Villefort. La figure du procureur du roi était livide; de larges taches de couleur de rouille sillonnaient son front; entre ses doigts, une plume tordue de mille façons criait en se déchiquetant en lambeaux. «Messieurs, dit-il d'une voix étranglée à d'Avrigny et à Morrel, messieurs, votre parole d'honneur que l'horrible secret demeurera enseveli entre nous!» Les deux hommes firent un mouvement. «Je vous en conjure!... continua Villefort. --Mais, dit Morrel, le coupable!... le meurtrier!... l'assassin!... --Soyez tranquille, monsieur, justice sera faite, dit Villefort. Mon père m'a révélé le nom du coupable; mon père a soif de vengeance comme vous, et cependant mon père vous conjure, comme moi de garder le secret du crime. «N'est-ce pas, mon père? --Oui», fit résolument Noirtier. Morrel laissa échapper un mouvement d'horreur et d'incrédulité. «Oh! s'écria Villefort, en arrêtant Maximilien par le bras, oh! monsieur, si mon père, l'homme inflexible que vous connaissez, vous fait cette demande, c'est qu'il sait que Valentine sera terriblement vengée. «N'est-ce pas, mon père?» Le vieillard fit signe que oui. Villefort continua. «Il me connaît, lui, et c'est à lui que j'ai engagé ma parole. Rassurez-vous donc, messieurs; trois jours, je vous demande trois jours, c'est moins que ne vous demanderait la justice, et dans trois jours la vengeance que j'aurai tirée du meurtre de mon enfant fera frissonner jusqu'au fond de leur coeur les plus indifférents des hommes. «N'est-ce pas, mon père?» Et en disant ces paroles, il grinçait des dents et secouait la main engourdie du vieillard. «Tout ce qui est promis sera-t-il tenu, monsieur Noirtier? demanda Morrel, tandis que d'Avrigny interrogeait du regard. --Oui, fit Noirtier, avec un regard de sinistre joie. --Jurez donc, messieurs, dit Villefort en joignant les mains de d'Avrigny et de Morrel, jurez que vous aurez pitié de l'honneur de ma maison, et que vous me laisserez le soin de le venger?» D'Avrigny se détourna et murmura un oui bien faible, mais Morrel arracha sa main du magistrat, se précipita vers le lit, imprima ses lèvres sur les lèvres glacées de Valentine, et s'enfuit avec le long gémissement d'une âme qui s'engloutit dans le désespoir. Nous avons dit que tous les domestiques avaient disparu. M. de Villefort fut donc forcé de prier d'Avrigny de se charger des démarches, si nombreuses et si délicates, qu'entraîne la mort dans nos grandes villes, et surtout la mort accompagnée de circonstances aussi suspectes. Quant à Noirtier, c'était quelque chose de terrible à voir que cette douleur sans mouvement, que ce désespoir sans gestes, que ces larmes sans voix. Villefort rentra dans son cabinet; d'Avrigny alla chercher le médecin de la mairie qui remplit les fonctions d'inspecteur après décès, et que l'on nomme assez énergiquement le médecin des morts. Noirtier ne voulut point quitter sa petite-fille. Au bout d'une demi-heure, M. d'Avrigny revint avec son confrère; on avait fermé les portes de la rue, et comme le concierge avait disparu avec les autres serviteurs, ce fut Villefort lui-même qui alla ouvrir. Mais il s'arrêta sur le palier; il n'avait plus le courage d'entrer dans la chambre mortuaire. Les deux docteurs pénétrèrent donc seuls jusqu'à la chambre de Valentine. Noirtier était près du lit, pâle comme la morte, immobile et muet comme elle. Le médecin des morts s'approcha avec l'indifférence de l'homme qui passe la moitié de sa vie avec les cadavres, souleva le drap qui recouvrait la jeune fille, et entrouvrit seulement les lèvres. «Oh! dit d'Avrigny en soupirant, pauvre jeune fille, elle est bien morte, allez. --Oui», répondit laconiquement le médecin en laissant retomber le drap qui recouvrait le visage de Valentine. Noirtier fit entendre un sourd râlement. D'Avrigny se retourna, les yeux du vieillard étincelaient. Le bon docteur comprit que Noirtier réclamait la vue de son enfant, il le rapprocha du lit, et tandis que le médecin des morts trempait dans de l'eau chlorurée les doigts qui avaient touché les lèvres de la trépassée, il découvrit ce calme et pâle visage qui semblait celui d'un ange endormi. Une larme qui reparut au coin de l'oeil de Noirtier fut le remerciement que reçut le bon docteur. Le médecin des morts dressa son procès-verbal sur le coin d'une table, dans la chambre même de Valentine, et, cette formalité suprême accomplie, sortit reconduit par le docteur. Villefort les entendit descendre et reparut à la porte de son cabinet. En quelques mots il remercia le médecin, et, se retournant vers d'Avrigny: «Et maintenant! dit-il, le prêtre? --Avez-vous un ecclésiastique que vous désirez plus particulièrement charger de prier près de Valentine? demanda d'Avrigny. --Non, dit Villefort, allez chez le plus proche. --Le plus proche, fit le médecin est un bon abbé italien qui est venu demeurer dans la maison voisine de la vôtre. Voulez-vous que je le prévienne en passant? --D'Avrigny, dit Villefort, veuillez, je vous prie, accompagner monsieur. «Voici la clef pour que vous puissiez entrer et sortir à volonté. «Vous ramènerez le prêtre, et vous vous chargerez de l'installer dans la chambre de ma pauvre enfant. --Désirez-vous lui parler, mon ami? --Je désire être seul. Vous m'excuserez, n'est-ce pas? Un prêtre doit comprendre toutes les douleurs, même la douleur paternelle.» Et M. de Villefort, donnant un passe-partout à d'Avrigny, salua une dernière fois le docteur étranger et rentra dans son cabinet, où il se mit à travailler. Pour certaines organisations, le travail est le remède à toutes les douleurs. Au moment où ils descendaient dans la rue, ils aperçurent un homme vêtu d'une soutane, qui se tenait sur le seuil de la porte voisine. «Voici celui dont je vous parlais», dit le médecin des morts à d'Avrigny. D'Avrigny aborda l'ecclésiastique. «Monsieur, lui dit-il, seriez-vous disposé à rendre un grand service à un malheureux père qui vient de perdre sa fille, à M. le procureur du roi Villefort? --Ah! monsieur, répondit le prêtre avec un accent italien des plus prononcés, oui, je sais, la mort est dans sa maison. --Alors, je n'ai point à vous apprendre quel genre de service il ose attendre de vous. --J'allais aller m'offrir, monsieur, dit le prêtre; c'est notre mission d'aller au-devant de nos devoirs. --C'est une jeune fille. --Oui, je sais cela, je l'ai appris des domestiques que j'ai vus fuyant la maison. J'ai su qu'elle s'appelait Valentine; et j'ai déjà prié pour elle. --Merci, merci, monsieur, dit d'Avrigny, et puisque vous avez déjà commencé d'exercer votre saint ministère, daignez le continuer. Venez vous asseoir près de la morte, et toute une famille plongée dans le deuil vous sera bien reconnaissante. --J'y vais, monsieur, répondit l'abbé, et j'ose dire que jamais prières ne seront plus ardentes que les miennes.» D'Avrigny prit l'abbé par la main, et sans rencontrer Villefort, enfermé dans son cabinet, il le conduisit jusqu'à la chambre de Valentine, dont les ensevelisseurs devaient s'emparer seulement la nuit suivante. En entrant dans la chambre, le regard de Noirtier avait rencontré celui de l'abbé, et sans doute il crut y lire quelque chose de particulier, car il ne le quitta plus. D'Avrigny recommanda au prêtre non seulement la morte, mais le vivant, et le prêtre promit à d'Avrigny de donner ses prières à Valentine et ses soins à Noirtier. L'abbé s'y engagea solennellement, et, sans doute pour n'être pas dérangé dans ses prières, et pour que Noirtier ne fût pas dérangé dans sa douleur, il alla, dès que M. d'Avrigny eut quitté la chambre, fermer non seulement les verrous de la porte par laquelle le docteur venait de sortir, mais encore les verrous de celle qui conduisait chez Mme de Villefort. CIV La signature Danglars. Le jour du lendemain se leva triste et nuageux. Les ensevelisseurs avaient pendant la nuit accompli leur funèbre office, et cousu le corps déposé sur le lit dans le suaire qui drape lugubrement les trépassés en leur prêtant, quelque chose qu'on dise de l'égalité devant la mort, un dernier témoignage du luxe qu'ils aimaient pendant leur vie. Ce suaire n'était autre chose qu'une pièce de magnifique batiste que la jeune fille avait achetée quinze jours auparavant. Dans la soirée, des hommes appelés à cet effet avaient transporté Noirtier de la chambre de Valentine dans la sienne, et, contre toute attente, le vieillard n'avait fait aucune difficulté de s'éloigner du corps de son enfant. L'abbé Busoni avait veillé jusqu'au jour, et, au jour, il s'était retiré chez lui, sans appeler personne. Vers huit heures du matin, d'Avrigny était revenu; il avait rencontré Villefort qui passait chez Noirtier, et il l'avait accompagné pour savoir comment le vieillard avait passé la nuit. Ils le trouvèrent dans le grand fauteuil qui lui servait de lit, reposant d'un sommeil doux et presque souriant. Tous deux s'arrêtèrent étonnés sur le seuil. «Voyez, dit d'Avrigny à Villefort, qui regardait son père endormi; voyez, la nature sait calmer les plus vives douleurs; certes, on ne dira pas que M. Noirtier n'aimait pas sa petite-fille; il dort cependant. --Oui, et vous avez raison, répondit Villefort avec surprise; il dort, et c'est bien étrange, car la moindre contrariété le tient éveillé des nuits entières. --La douleur l'a terrassé», répliqua d'Avrigny. Et tous deux regagnèrent pensifs le cabinet du procureur du roi. «Tenez, moi, je n'ai pas dormi, dit Villefort en montrant à d'Avrigny son lit intact; la douleur ne me terrasse pas, moi, il y a deux nuits que je ne me suis couché; mais, en échange, voyez mon bureau; ai-je écrit, mon Dieu! pendant ces deux jours et ces deux nuits!... ai-je fouillé ce dossier, ai-je annoté cet acte d'accusation de l'assassin Benedetto!... Ô travail, travail! ma passion, ma joie, ma rage, c'est à toi de terrasser toutes mes douleurs!» Et il serra convulsivement la main de d'Avrigny. «Avez-vous besoin de moi? demanda le docteur. --Non, dit Villefort; seulement revenez à onze heures, je vous prie; c'est à midi qu'a lieu... le départ... Mon Dieu! ma pauvre enfant! ma pauvre enfant!» Et le procureur du roi, redevenant homme, leva les yeux au ciel et poussa un soupir. «Vous tiendrez-vous donc au salon de réception? --Non, j'ai un cousin qui se charge de ce triste honneur. Moi, je travaillerai, docteur; quand je travaille, tout disparaît.» En effet, le docteur n'était point à la porte que déjà le procureur du roi s'était remis au travail. Sur le perron, d'Avrigny rencontra ce parent dont lui avait parlé Villefort, personnage insignifiant dans cette histoire comme dans la famille, un de ces êtres voués en naissant à jouer le rôle d'utilité dans le monde. Il était ponctuel, vêtu de noir, avait un crêpe au bras, et s'était rendu chez son cousin avec une figure qu'il s'était faite, qu'il comptait garder tant que besoin serait, et quitter ensuite. À onze heures, les voitures funèbres roulèrent sur le pavé de la cour, et la rue du Faubourg-Saint-Honoré s'emplit des murmures de la foule, également avide des joies ou du deuil des riches, et qui court à un enterrement pompeux avec la même hâte qu'à un mariage de duchesse. Peu à peu le salon mortuaire s'emplit et l'on vit arriver d'abord une partie de nos anciennes connaissances, c'est-à-dire Debray, Château-Renaud, Beauchamp, puis toutes les illustrations du parquet, de la littérature et de l'armée; car M. de Villefort occupait moins encore par sa position sociale que par son mérite personnel, un des premiers rangs dans le monde parisien. Le cousin se tenait à la porte et faisait entrer tout le monde, et c'était pour les indifférents un grand soulagement, il faut le dire, que de voir là une figure indifférente qui n'exigeait point des conviés une physionomie menteuse ou de fausses larmes, comme eussent fait un père, un frère ou un fiancé. Ceux qui se connaissaient s'appelaient du regard et se réunissaient en groupes. Un de ces groupes était composé de Debray, de Château-Renaud et de Beauchamp. «Pauvre jeune fille! dit Debray, payant, comme chacun au reste le faisait malgré soi, un tribut à ce douloureux événement; pauvre jeune fille! si riche, si belle! Eussiez-vous pensé cela, Château-Renaud, quand nous vînmes, il y a combien?... trois semaines ou un mois tout au plus, pour signer ce contrat qui ne fut pas signé? --Ma foi, non, dit Château-Renaud. --La connaissiez-vous? --J'avais causé une fois ou deux avec elle au bal de Mme de Morcerf, elle m'avait paru charmante quoique d'un esprit un peu mélancolique. Où est la belle-mère? savez-vous? --Elle est allée passer la journée avec la femme de ce digne monsieur qui nous reçoit. --Qu'est-ce que c'est que ça? --Qui ça? --Le monsieur qui nous reçoit. Un député? --Non, dit Beauchamp; je suis condamné à voir nos honorables tous les jours, et sa tête m'est inconnue. --Avez-vous parlé de cette mort dans votre journal? --L'article n'est pas de moi, mais on en a parlé; je doute même qu'il soit agréable à M. de Villefort. Il est dit, je crois, que si quatre morts successives avaient eu lieu autre part que dans la maison de M. le procureur du roi, M. le procureur du roi s'en fût certes plus ému. --Au reste, dit Château-Renaud, le docteur d'Avrigny, qui est le médecin de ma mère, le prétend fort désespéré. --Mais qui cherchez-vous donc, Debray? --Je cherche M. de Monte-Cristo, répondit le jeune homme. --Je l'ai rencontré sur le boulevard en venant ici. Je le crois sur son départ, il allait chez son banquier, dit Beauchamp. --Chez son banquier? Son banquier, n'est-ce pas Danglars? demanda Château-Renaud à Debray. --Je crois que oui, répondit le secrétaire intime avec un léger trouble; mais M. de Monte-Cristo n'est pas le seul qui manque ici. Je ne vois pas Morrel. --Morrel! est-ce qu'il les connaissait? demanda Château-Renaud. --Je crois qu'il avait été présenté à Mme de Villefort seulement. --N'importe, il aurait dû venir, dit Debray; de quoi causera-t-il, ce soir? cet enterrement, c'est la nouvelle de la journée; mais, chut, taisons-nous, voici M. le ministre de la Justice et des Cultes, il va se croire obligé de faire son petit -speech- au cousin larmoyant.» Et les trois jeunes gens se rapprochèrent de la porte pour entendre le petit -speech- de M. le ministre de la Justice et des Cultes. Beauchamp avait dit vrai; en se rendant à l'invitation mortuaire, il avait rencontré Monte-Cristo, qui, de son côté, se dirigeait vers l'hôtel de Danglars, rue de la Chaussée-d'Antin. Le banquier avait, de sa fenêtre, aperçu la voiture du comte entrant dans la cour, et il était venu au-devant de lui avec un visage attristé, mais affable. «Eh bien, comte, dit-il en tendant la main à Monte-Cristo, vous venez me faire vos compliments de condoléance. En vérité, le malheur est dans ma maison; c'est au point que, lorsque je vous ai aperçu, je m'interrogeais moi-même pour savoir si je n'avais pas souhaité malheur à ces pauvres Morcerf, ce qui eût justifié le proverbe: Qui mal veut, mal lui arrive. Eh bien, sur ma parole, non, je ne souhaitais pas de mal à Morcerf; il était peut-être un peu orgueilleux pour un homme parti de rien, comme moi, se devant tout à lui-même, comme moi, mais chacun a ses défauts. Ah, tenez-vous bien, comte, les gens de notre génération... Mais, pardon, vous n'êtes pas de notre génération, vous, vous êtes un jeune homme... Les gens de notre génération ne sont point heureux cette année: témoin notre puritain de procureur du roi, témoin Villefort, qui vient encore de perdre sa fille. Ainsi, récapitulez: Villefort, comme nous disions, perdant toute sa famille d'une façon étrange; Morcerf déshonoré et tué; moi, couvert de ridicule par la scélératesse de ce Benedetto, et puis... --Puis, quoi? demanda le comte. --Hélas! vous l'ignorez donc? --Quelque nouveau malheur? --Ma fille... --Mlle Danglars? --Eugénie nous quitte. --Oh! mon Dieu! que me dites-vous là! --La vérité, mon cher comte. Mon Dieu! que vous êtes heureux de n'avoir ni femme ni enfant, vous! --Vous trouvez? --Ah! mon Dieu! --Et vous dites que Mlle Eugénie... --Elle n'a pu supporter l'affront que nous a fait ce misérable, et m'a demandé la permission de voyager. --Et elle est partie? --L'autre nuit. --Avec Mme Danglars? --Non, avec une parente... Mais nous ne la perdons pas moins, cette chère Eugénie; car je doute qu'avec le caractère que je lui connais, elle consente jamais à revenir en France! --Que voulez-vous, mon cher baron, dit Monte-Cristo, chagrins de famille, chagrins qui seraient écrasants pour un pauvre diable dont l'enfant serait toute la fortune, mais supportables pour un millionnaire. Les philosophes ont beau dire, les hommes pratiques leur donneront toujours un démenti là-dessus: l'argent console de bien des choses; et vous, vous devez être plus vite consolé que qui que ce soit, si vous admettez la vertu de ce baume souverain: vous, le roi de la finance, le point d'intersection de tous les pouvoirs.» Danglars lança un coup d'oeil oblique au comte, pour voir s'il raillait ou s'il parlait sérieusement. «Oui, dit-il, le fait est que si la fortune console, je dois être consolé: je suis riche. --Si riche, mon cher baron, que votre fortune ressemble aux Pyramides; voulût-on les démolir, on n'oserait; osât-on, on ne pourrait.» Danglars sourit de cette confiante bonhomie du comte. «Cela me rappelle, dit-il, que lorsque vous êtes entré, j'étais en train de faire cinq petits bons; j'en avais déjà signé deux; voulez-vous me permettre de faire les trois autres? --Faites, mon cher baron, faites.» Il y eut un instant de silence, pendant lequel on entendit crier la plume du banquier, tandis que Monte-Cristo regardait les moulures dorées au plafond. «Des bons d'Espagne, dit Monte-Cristo, des bons d'Haïti, des bons de Naples? --Non, dit Danglars en riant de son rire suffisant, des bons au porteur, des bons sur la Banque de France. Tenez, ajouta-t-il, monsieur le comte, vous qui êtes l'empereur de la finance, comme j'en suis le roi, avez-vous vu beaucoup de chiffons de papier de cette grandeur-là valoir chacun un million?» Monte-Cristo prit dans sa main, comme pour les peser, les cinq chiffons de papier que lui présentait orgueilleusement Danglars, et lut: «Plaise à M. le Régent de la Banque de faire payer à mon ordre, et sur les fonds déposés par moi, la somme d'un million, valeur en compte. «BARON DANGLARS.» --Un, deux, trois, quatre, cinq, fit Monte-Cristo; cinq millions! peste! comme vous y allez, seigneur Crésus! --Voilà comme je fais les affaires, moi, dit Danglars. --C'est merveilleux, si surtout, comme je n'en doute pas, cette somme est payée comptant. --Elle le sera, dit Danglars. --C'est beau d'avoir un pareil crédit; en vérité il n'y a qu'en France qu'on voie ces choses-là: cinq chiffons de papier valant cinq millions; et il faut le voir pour le croire. --Vous en doutez? --Non. --Vous dites cela avec un accent... Tenez, donnez-vous-en le plaisir: conduisez mon commis à la banque, et vous l'en verrez sortir avec des bons sur le trésor pour la même somme. --Non, dit Monte-Cristo pliant les cinq billets, ma foi non, la chose est trop curieuse, et j'en ferai l'expérience moi-même. Mon crédit chez vous était de six millions, j'ai pris neuf cent mille francs, c'est cinq millions cent mille francs que vous restez me devoir. Je prends vos cinq chiffons de papier que je tiens pour bons à la seule vue de votre signature, et voici un reçu général de six millions qui régularise notre compte. Je l'avais préparé d'avance, car il faut vous dire que j'ai fort besoin d'argent aujourd'hui.» Et d'une main Monte-Cristo mit les cinq billets dans sa poche, tandis que de l'autre il tendait son reçu au banquier. La foudre tombant aux pieds de Danglars ne l'eût pas écrasé d'une terreur plus grande. «Quoi! balbutia-t-il, quoi! monsieur le comte, vous prenez cet argent? Mais, pardon, pardon, c'est de l'argent que je dois aux hospices, un dépôt, et j'avais promis de payer ce matin. --Ah! dit Monte-Cristo, c'est différent. Je ne tiens pas précisément à ces cinq billets, payez-moi en autres valeurs; c'était par curiosité que j'avais pris celles-ci, afin de pouvoir dire de par le monde que, sans avis aucun, sans me demander cinq minutes de délai, la maison Danglars m'avait payé cinq millions comptant! c'eût été remarquable! Mais voici vos valeurs; je vous le répète, donnez-m'en d'autres.» Et il tendait les cinq effets à Danglars qui, livide, allongea d'abord la main, ainsi que le vautour allonge la griffe par les - - ' , ' , 1 . 2 3 - - ! ! ' 4 ' ' , , 5 . 6 7 - - ! - ? ' ; 8 ? » 9 10 , 11 , , , . 12 13 : 14 15 , 16 , ' . 17 18 , , ' 19 , . 20 21 , , 22 ' . 23 24 ' ; , , 25 . 26 27 ' - ' : 28 - , 29 - . , 30 , 31 - . 32 33 ; 34 , , . 35 36 . 37 38 . 39 40 ' , 41 ; 42 43 . 44 45 « - , ? , 46 . 47 48 - - ! 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