Le surlendemain du jour, ou plutôt de la nuit, où s'étaient passés les événements que nous venons de raconter, deux hommes marchaient côte à côte dans le grand salon des Tuileries donnant sur le jardin. Ils parlaient vivement; des deux côtés, les paroles étaient accompagnées de gestes rapides et animés. Ces deux hommes, c'étaient le premier consul Bonaparte et Georges Cadoudal. Georges Cadoudal, touché des malheurs que pouvait entraîner pour la Bretagne une plus longue résistance, venait de signer la paix avec Brune. C'était après la signature de cette paix qu'il avait délié de leur serment les compagnons de Jéhu. Par malheur, le congé qu'il leur donnait était arrivé, comme nous l'avons vu, vingt-quatre heures trop tard. En traitant avec Brune, Georges Cadoudal n'avait rien stipulé pour lui-même, que la liberté de passer immédiatement en Angleterre. Mais Brune avait tant insisté, que le chef vendéen avait consenti à une entrevue avec le premier consul. Il était, en conséquence, parti pour Paris. Le matin même de son arrivée, il s'était présenté aux Tuileries, s'était nommé et avait été reçu. C'était Rapp qui, en l'absence de Roland, l’avait introduit. En se retirant, l'aide de camp avait laissé les deux portes ouvertes, afin de tout voir du cabinet de Bourrienne, et de porter secours au premier consul, s'il était besoin. Mais Bonaparte, qui avait compris l'intention de Rapp, avait été fermer la porte. Puis, revenant vivement vers Cadoudal: -- Ah! c'est vous, enfin! lui avait-il dit; je suis bien aise de vous voir; un de vos ennemis, mon aide de camp, Roland de Montrevel, m'a dit le plus grand bien de vous. -- Cela ne m'étonne point, avait répondu Cadoudal; pendant le peu de temps que j'ai vu M. de Montrevel, j'ai cru reconnaître en lui les sentiments les plus chevaleresques. -- Oui, et cela vous a touché? répondit le premier consul. Puis, fixant sur le chef royaliste son oeil de faucon: -- Écoutez, Georges, reprit-il, j'ai besoin d'hommes énergiques pour accomplir l’oeuvre que j'entreprends. Voulez-vous être des miens? Je vous ai fait offrir le grade de colonel; vous valez mieux que cela: je vous offre le grade de général de division. -- Je vous remercie du plus profond de mon coeur, citoyen premier consul, répondit Georges; mais vous me mépriseriez si j'acceptais. -- Pourquoi cela? demanda vivement Bonaparte. -- Parce que j'ai prêté serment à la maison de Bourbon, et que je lui resterai fidèle, quand même. -- Voyons, reprit le premier consul, n'y a-t-il aucun moyen de vous rallier à moi? -- Général, répondit l'officier royaliste, m'est-il permis de vous répéter ce que l'on ma dit? -- Et pourquoi pas? -- C'est que cela touche aux plus profonds arcanes de la politique. -- Bon! quelque niaiserie, fit le premier consul avec un sourire inquiet. Cadoudal s'arrêta et regarda fixement son interlocuteur. -- On dit qu'il y a eu un accord fait à Alexandrie, entre vous et le commodore Sidney Smith; que cet accord avait pour objet de vous laisser le retour libre en France, à la condition, acceptée par vous, de relever le trône de nos anciens rois. Bonaparte éclata de rire. -- Que vous êtes étonnants, vous autres plébéiens, dit-il, avec votre amour pour vos anciens rois! Supposez que je rétablisse ce trône -- chose dont je n'ai nulle envie, je vous le déclare -- que vous en reviendra-t-il, à vous qui avez versé votre sang pour le rétablissement de ce trône? Pas même la confirmation du grade que vous avez conquis, colonel! Et où avez-vous vu dans les armées royales un colonel qui ne fût pas noble? Avez-vous jamais entendu dire que, près de ces gens-là, un homme se soit élevé par son propre mérite? Tandis qu'auprès de moi, Georges, vous pouvez atteindre à tout, puisque plus je m'élèverai, plus j'élèverai avec moi ceux qui m'entoureront. Quant à me voir jouer le rôle de Monk, n'y comptez pas; Monk vivait dans un siècle où les préjugés que nous avons combattus et renversés en 1789 avaient toute leur vigueur; Monk eût voulu se faire roi, qu'il ne l'eût pas pu; dictateur, pas davantage! Il fallait être Cromwell pour cela. Richard n'y a pas pu tenir; il est vrai que c'était un véritable fils de grand homme, c'est-à-dire un sot. Si j'eusse voulu me faire roi, rien ne m'en eût empêché, et, si l'envie m'en prend jamais, rien ne m'en empêchera. Voyons, vous avez quelque chose à répondre! Répondez. -- Vous dites, citoyen premier consul, que la situation n'est point la même en France en 1800 qu'en Angleterre en 1660; je n'y vois moi aucune différence. Charles Ier avait été décapité en 1649, Louis XVI l’a été en 1793; onze ans se sont écoulés en Angleterre entre la mort du père et la restauration du fils; sept ans se sont déjà écoulés en France depuis la mort de Louis XVI... Peut-être me direz-vous que la révolution anglaise fut une révolution religieuse, tandis que la révolution française est une révolution politique; eh bien, je répondrai qu'une charte est aussi facile à faire qu'une abjuration. Bonaparte sourit. -- Non, reprit-il, je ne vous dirai pas cela; je vous dirai simplement: Cromwell avait cinquante ans quand Charles Ier a été exécuté; moi, j'en avais vingt-quatre, à la mort de Louis XVI. Cromwell est mort en 1658, c'est-à-dire à cinquante-neuf ans; en dix ans de pouvoir, il a eu le temps d'entreprendre beaucoup, mais d'accomplir peu; et, d'ailleurs, lui, c'était une réforme complète qu'il entreprenait, réforme politique par la substitution du gouvernement républicain au gouvernement monarchique. Eh bien, accordez-moi de vivre les années de Cromwell, cinquante-neuf ans, ce n'est pas beaucoup. J'ai encore vingt ans à vivre, juste le double de Cromwell, et, remarquez-le, je ne change rien, je poursuis; je ne renverse pas, j'élève. Supposez qu'à trente ans, César, au lieu de n’être encore que le premier débauché de Rome, en ait été le premier citoyen; supposez que sa campagne des Gaules ait été faite, sa campagne d'Égypte achevée, sa campagne d'Espagne menée à bonne fin; supposez qu'il ait eu trente ans au lieu d'en avoir cinquante, croyez-vous qu'il n'eût pas été à la fois César et Auguste? -- Oui, s'il n'eût pas trouvé sur son chemin Brutus, Cassius et Casca. -- Ainsi, dit Bonaparte avec mélancolie, c'est sur un assassinat que mes ennemis comptent! en ce cas, la chose leur sera facile et à vous tout le premier, qui êtes mon ennemi; car qui vous empêche en ce moment, si vous avez la conviction de Brutus, de me frapper comme il a frappé César? Je suis seul avec vous, les portes sont fermées; vous auriez le temps d'être à moi avant qu'on fût à vous. Cadoudal fit un pas en arrière. -- Non, dit-il, nous ne comptons point sur l'assassinat, et je crois qu'il faudrait une extrémité bien grave pour que l'un de nous se déterminât à se faire assassin; mais les chances de la guerre sont là. Un seul revers peut vous faire perdre votre prestige; une défaite introduit l'ennemi au coeur de la France: des frontières de la Provence, on peut voir le feu des bivouacs autrichiens; un boulet peut vous enlever la tête, comme au maréchal de Berwick; alors, que devient la France? Vous n'avez point d'enfants, et vos frères... -- Oh! sous ce point de vue, vous avez raison; mais, si vous ne croyez pas à la Providence, j'y crois, moi; je crois qu'elle ne fait rien au hasard; je crois que, lorsqu'elle a permis que, le 15 août 1769 -- un an jour pour jour après que Louis XV eut rendu l’édit qui réunissait la Corse à la France -- naquît à Ajaccio un enfant qui ferait le 13 vendémiaire et le 18 brumaire, elle avait sur cet enfant de grandes vues, de suprêmes projets. Cet enfant, c'est moi; si j'ai une mission, je ne crains rien, ma mission me sert de bouclier; si je n'en ai pas, si je me trompe, si, au lieu de vivre les vingt-cinq ou trente ans qui me sont nécessaires pour achever mon oeuvre, je suis frappé d'un coup de couteau comme César, ou atteint d'un boulet comme Berwick, c'est que la Providence aura sa raison d'agir ainsi, et ce sera à elle de pourvoir à ce qui convient à la France... Nous parlions de César tout à l'heure: quand Rome suivait en deuil les funérailles du dictateur et brûlait les maisons de ses assassins; quand, aux quatre points cardinaux du monde, la ville éternelle regardait d'où lui viendrait le génie qui mettrait fin à ses guerres civiles; quand elle tremblait à la vue de l'ivrogne Antoine ou de l'hypocrite Lépide, elle était loin de songer à l'écolier d'Apollonie, au neveu de César, au jeune Octave. Qui pensait à ce fils du banquier de Velletri, tout blanchi par la farine de ses aïeux? Qui le devina lorsqu'on le vit arriver boitant et clignotant des yeux pour passer en revue les vieilles bandes de César? Pas même le prévoyant Cicéron: O-rnandum et tollen-dum, disait-il. Eh bien, l'enfant joua toutes les barbes grises du sénat, et régna presque aussi longtemps que Louis XIV! Georges, Georges, ne luttez pas contre la Providence qui me suscite; car la Providence vous brisera. -- J'aurai été brisé en suivant la voie et la religion de mes pères, répondit Cadoudal en s'inclinant, et j'espère que Dieu me pardonnera mon erreur qui sera celle d'un chrétien fervent et d'un fils pieux. Bonaparte posa la main sur l'épaule du jeune chef: -- Soit, lui dit-il; mais, au moins, restez neutre; laissez les événements s'accomplir, regardez les trônes s'ébranler, regardez tomber les couronnes; ordinairement, ce sont les spectateurs qui payent: moi, je vous payerai pour regarder faire. -- Et combien me donnerez-vous pour cela, citoyen premier consul? demanda en riant Cadoudal. -- Cent mille francs par an, monsieur, répondit Bonaparte. -- Si vous donnez cent mille francs par an à un simple chef de rebelles, dit Cadoudal, combien offrirez-vous au prince pour lequel il a combattu? -- Rien, monsieur; ce que je paye en vous, c'est le courage et non pas le principe qui vous a fait agir; je vous prouve que pour moi, homme de mes oeuvres, les hommes n'existent que par leurs oeuvres. Acceptez, Georges, je vous en prie. -- Et si je refuse? -- Vous aurez tort. -- Serai-je toujours libre de me retirer où il me conviendra? Bonaparte alla à la porte et l'ouvrit. -- L'aide de camp de service! demanda-t-il. Il s'attendait à voir paraître Rapp. Il vit paraître Roland. -- Ah! dit-il, c'est toi? Puis, se retournant vers Cadoudal: -- Je n'ai pas besoin, colonel, de vous présenter mon aide de camp Roland de Montrevel: c'est une de vos connaissances. -- Roland, dis au colonel qu'il est aussi libre à Paris que tu l'étais dans son camp de Muzillac, et que, s'il désire un passeport pour quelque pays du monde que ce soit, Fouché a l'ordre de le lui donner. -- Votre parole me suffit, citoyen premier consul, répondit en s'inclinant Cadoudal; ce soir, je pars. -- Et peut-on vous demander où vous allez? -- À Londres, général. -- Tant mieux. -- Pourquoi tant mieux? -- Parce que, là, vous verrez de près les hommes pour lesquels vous vous êtes battu. -- Après? -- Et que, quand vous les aurez vus... -- Eh bien? -- Vous les comparerez à ceux contre lesquels vous vous êtes battu... Seulement, une fois sorti de France, colonel... Bonaparte s'arrêta. -- J'attends, fit Cadoudal. -- Eh bien, n'y rentrez qu'en me prévenant, ou sinon, ne vous étonnez pas d'être traité en ennemi. -- Ce sera un honneur pour moi, général, puisque vous me prouverez, en me traitant ainsi, que je suis un homme à craindre. Et Georges salua le premier consul et se retira. -- Eh bien, général, demanda Roland, après que la porte fut refermée sur Cadoudal, est-ce bien l'homme que je vous avais dit? -- Oui, répondit Bonaparte pensif; seulement, il voit mal l'état des choses; mais l'exagération de ses principes prend sa source dans de nobles sentiments, qui doivent lui donner une grande influence parmi les siens. Alors, à voix basse: -- Il faudra pourtant en finir! ajouta-t-il. Puis, s'adressant à Roland: -- Et toi? demanda-t-il. -- Moi, répondit Roland, j'en ai fini. -- Ah! ah! de sorte que les compagnons de Jéhu...? -- Ont cessé d'exister, général; les trois quarts sont morts, le reste est prisonnier. -- Et toi sain et sauf? -- Ne m'en parlez pas, général; je commence à croire que, sans m'en douter, j'ai fait un pacte avec le diable. Le même soir, comme il l'avait dit au premier consul, Cadoudal partit pour l'Angleterre. À la nouvelle que le chef breton était heureusement arrivé à Londres, Louis XVIII lui écrivait: «J'ai appris avec la plus vive satisfaction, général, que vous êtes enfin échappé aux mains du tyran, qui vous a méconnu au point de vous proposer de le servir; j'ai gémi des malheureuses circonstances qui vous ont forcé de traiter avec lui; mais je n'ai jamais conçu la plus légère inquiétude: le coeur de mes fidèles Bretons et le vôtre en particulier me sont trop bien connus. Aujourd'hui, vous êtes libre, vous êtes auprès de mon frère: tout mon espoir renaît: je n'ai pas besoin d'en dire davantage à un Français tel que vous. «Louis» À cette lettre étaient joints le brevet de lieutenant-général et le grand cordon de Saint-Louis. LI -- L'ARMÉE DE RÉSERVE Le premier consul en était arrivé au point qu'il désirait: les compagnons de Jéhu étaient détruits, la Vendée était pacifiée. Tout en demandant la paix à l'Angleterre, il avait espéré la guerre; il comprenait très bien que, né de la guerre, il ne pouvait grandir que par la guerre; il semblait deviner qu'un jour un poète l'appellerait -le géant des batailles.- Mais cette guerre, comment la ferait-il? Un article de la constitution de l'an VIII s'opposait à ce que le premier consul commandât les armées en personne et quittât la France. Il y a toujours dans les constitutions un article absurde; bien heureuses les constitutions où il n'y en a qu'un! Le premier consul trouva un moyen. Il établit un camp à Dijon; l’armée qui devait occuper ce camp prendrait le nom d'armée de réserve. Le noyau de cette armée fut formé par ce que l'on put tirer de la Vendée et de la Bretagne, trente mille hommes à peu près. Vingt mille conscrits y furent incorporés. Le général Berthier en fut nommé commandant en chef. Le plan qu'avait, un jour, dans son cabinet du Luxembourg, expliqué Bonaparte à Roland, était resté le même dans son esprit. Il comptait reconquérir l'Italie par une seule bataille; cette bataille devait être une grande victoire. Moreau, en récompense de sa coopération au 18 brumaire, avait obtenu ce commandement militaire qu'il désirait: il était général en chef de l'armée du Rhin, et avait quatre-vingt mille hommes sous ses ordres. Augereau commandait l'armée gallo-batave, forte de vingt-cinq mille hommes. Enfin, Masséna commandait l'armée d'Italie, réfugiée dans le pays de Gênes, et soutenait avec acharnement le siège de la capitale de ce pays, bloquée du côté de la terre par le général autrichien Ott, et du côté de la mer par l'amiral Keith. Pendant que ces mouvements s'opéraient en Italie, Moreau avait pris l'offensive sur le Rhin et battu l’ennemi à Stockach et à Moeskirch. Une seule victoire devait être, pour l'armée de réserve, le signal d'entrer à son tour en ligue; deux victoires ne laissaient aucun doute sur l'opportunité de ses opérations. Seulement, comment cette armée descendrait-elle en Italie? La première pensée de Bonaparte avait été de remonter le Valais et de déboucher par le Simplon: on tournait ainsi le Piémont et l'on entrait à Milan; mais l'opération était longue et se manifestait au grand jour. Bonaparte y renonça; il entrait dans son plan de surprendre les Autrichiens, et d'être avec toute son armée dans les plaines du Piémont avant que l'on pût se douter qu'il eût passé les Alpes. Il s'était donc décidé à opérer son passage par le grand Saint- Bernard. C'était alors qu'il avait envoyé aux pères desservant le monastère qui couronne cette montagne les cinquante mille francs dont s'étaient emparés les compagnons de Jéhu. Cinquante mille autres avaient été expédiés, qui étaient parvenus heureusement à leur destination. Grâce à ces cinquante mille francs, les moines devaient être abondamment pourvus de rafraîchissements nécessaires à une armée de cinquante mille hommes faisant une halte d'un jour. En conséquence, vers la fin d'avril, toute l'artillerie fut dirigée sur Lausanne, Villeneuve, Martigny et Saint-Pierre. Le général Marmont, commandant l’artillerie, avait été envoyé en avant pour veiller au transport des pièces. Ce transport des pièces était une chose à peu près impraticable. Il fallait cependant qu'il eût lieu. Il n'y avait point d'antécédent sur lequel on pût s'appuyer; Annibal avec ses éléphants, ses Numides et ses Gaulois, Charlemagne avec ses Francs, n’avaient rien eu de semblable à surmonter. Lors de la première campagne d'Italie, en 1796, on n'avait pas franchi les Alpes, on les avait tournées; on était descendu de Nice à Chérasco par la route de la Corniche. Cette fois, on allait entreprendre une oeuvre véritablement gigantesque. Il fallait d'abord s'assurer que la montagne n'était point occupée; la montagne sans Autrichiens était déjà un ennemi assez difficile à vaincre! Lannes fut lancé en enfant perdu avec toute une division; il passa le col du Saint-Bernard, sans artillerie, sans bagages, et s'empara de Châtillon. Les Autrichiens n'avaient rien laissé dans le Piémont, que de la cavalerie, des dépôts et quelques postes d'observation; il n'y avait donc plus d'autres obstacles à vaincre que ceux de la nature. On commença les opérations. On avait fait construire des traîneaux pour transporter les canons; mais, si étroite que fût leur voie, on reconnut qu'elle serait toujours trop large. Il fallut aviser à un autre moyen. On creusa des troncs de sapins, on y emboîta les pièces; à l'extrémité supérieure, on fixa un câble pour tirer; à l’extrémité inférieure, un levier pour diriger. Vingt grenadiers s'attelaient au câble, vingt autres portaient, avec leur bagage, le bagage de ceux qui traînaient les pièces. Un artilleur commandait chaque détachement, et avait sur lui pouvoir absolu, au besoin droit de vie et de mort. Le bronze, en pareille circonstance, était bien autrement précieux que la chair! Avant de partir, on donna à chaque homme une paire de souliers neufs et vingt biscuits. Chacun chaussa les souliers, et se pendit les biscuits au cou. Le premier consul, installé au bas de la montagne, donnait à chaque prolonge le signal du départ. Il faut avoir traversé les mêmes chemins en simple touriste, à pied ou à mulet, avoir sondé de l'oeil les mêmes précipices pour se faire une idée de ce qu'était ce voyage: toujours gravir par des pentes escarpées, par des sentiers étroits, sur des cailloux qui coupaient les souliers d'abord, les pieds ensuite! De temps en temps, on s'arrêtait, on reprenait haleine et l'on se remettait en route sans une plainte. On arriva aux glaces: avant de s'y engager, les hommes reçurent d'autres souliers: ceux du matin étaient en lambeaux; on cassa un morceau de biscuit, on but une goutte d'eau-de-vie à la gourde, et l'on se remit en chemin. On ne savait où l'on montait; quelques-uns demandaient pour combien de jours on en avait encore; d'autres, s'il serait permis de s'arrêter un instant à la lune. Enfin, l'on atteignit les neiges éternelles. Là, le travail devenait plus facile; les sapins glissaient sur la neige, et l'on allait plus vite. Un fait donnera la mesure du pouvoir concédé à l'artilleur conduisant chaque prolonge. Le général Chamberlhac passait; il trouva que l'on n'allait pas assez vite, et, voulant faire hâter le pas, il s'approcha du canonnier et prit avec lui un ton de maître. -- Ce n'est pas vous qui commandez ici, répondit l'artilleur; c'est moi! c'est moi qui suis responsable de la pièce, c'est moi qui la dirige; passez votre chemin! Le général s'avança vers le canonnier comme pour lui mettre la main au collet. Mais celui-ci, faisant un pas en arrière: -- Général, dit-il, ne me touchez pas, ou je vous assomme d'un coup de levier et je vous jette dans le précipice. Après des fatigues inouïes, on atteignit le pied de la montée au sommet de laquelle s'élève le couvent. Le général se retira. Là, on trouva la trace du passage de la division Lannes: comme la pente est très rapide, les soldats avaient pratiqué une espèce d'escalier gigantesque. On l’escalada. Les pères du Saint-Bernard attendaient sur la plate-forme. Ils conduisirent successivement à l’hospice chaque peloton formant les prolonges. Des tables étaient dressées dans de longs corridors, et, sur ces tables, il y avait du pain, du fromage de Gruyère et du vin. En quittant le couvent, les soldats serraient les mains des moines et embrassaient leurs chiens. La descente, au premier abord, semblait plus commode que l'ascension; aussi les officiers déclarèrent-ils que c'était à leur tour de traîner les pièces. Mais, cette fois, les pièces entraînaient l'attelage et quelques-unes descendaient beaucoup plus vite qu'ils n'eussent voulu. Le général Lannes, avec sa division, marchait toujours à l'avant- garde. Il était descendu avant le reste de l'armée dans la vallée; il était entré à Aoste et avait reçu l'ordre de se porter sur Ivrée, à l'entrée des plaines du Piémont. Mais, là, il rencontra un obstacle que nul n'avait prévu: c'était le fort de Bard. Le village de Bard est situé à huit lieues d'Aoste; en descendant le chemin d'Ivrée, un peu en arrière du village, un monticule ferme presque hermétiquement la vallée; la Doire coule entre ce monticule et la montagne de droite. La rivière ou plutôt le torrent remplit tout l'intervalle. La montagne de gauche présente à peu près le même aspect; seulement, au lieu de la rivière, c'est la route qui y passe. C'est de ce côté qu'est bâti le fort de Bard; il occupe le sommet du monticule et descend jusqu'à la moitié de son élévation. Comment personne n'avait-il songé à cet obstacle, qui était tout simplement insurmontable? Il n'y avait pas moyen de le battre en brèche du bas de la vallée, et il était impossible de gravir les rocs qui le dominaient. Cependant, à force de chercher, on trouva un sentier que l'on aplanit et par lequel l'infanterie et la cavalerie pouvaient passer; mais on essaya vainement de le faire gravir à l'artillerie, même en la démontant comme au Saint-Bernard. Bonaparte fit braquer deux pièces de canon sur la route et ouvrir le feu contre la forteresse; mais on s'aperçut bientôt que ces pièces étaient sans effet; d'ailleurs, un boulet du fort s'engouffra dans une des deux pièces qui fut brisée et perdue. Le premier consul ordonna un assaut par escalade; des colonnes formées dans le village et munies d'échelles s'élancèrent au pas de course et se présentèrent sur plusieurs points. Il fallait, pour réussir, non seulement de la célérité, mais encore du silence: c'était une affaire de surprise. Au lieu de cela, le colonel Dufour, qui commandait une des colonnes, fit battre la charge et marcha bravement à l'assaut. La colonne fut repoussée, et le commandant reçut une balle au travers du corps. Alors, on fit choix des meilleurs tireurs; on les approvisionna de vivres et de cartouches; ils se glissèrent entre les rochers et parvinrent à une plate-forme d'où ils dominaient le fort. Du haut de cette plate-forme, on en découvrait une autre moins élevée et qui cependant plongeait également sur le fort; à grand- peine on y hissa deux pièces de canon que l'on mit en batterie. Ces deux pièces d'un côté, et les tirailleurs, de l'autre, commencèrent à inquiéter l'ennemi. Pendant ce temps, le général Marmont proposait au premier consul un plan tellement hardi, qu'il n'était pas possible que l'ennemi s'en défiât. C'était de faire tout simplement passer l'artillerie, la nuit, sur la grande route, malgré la proximité du fort. On fit répandre sur cette route du fumier et la laine de tous les matelas que l'on put trouver dans le village, puis on enveloppa les roues, les chaînes et toutes les parties sonnantes des voitures avec du foin tordu. Enfin, on détela les canons et les caissons, et l'on remplaça, pour chaque pièce, les chevaux par cinquante hommes placés en galère. Cet attelage offrait deux avantages considérables: d'abord, les chevaux pouvaient hennir, tandis que les hommes avaient tout intérêt à garder le plus profond silence; ensuite un cheval tué arrêtait tout le convoi, tandis qu'un homme tué ne tenait point à la voiture, était poussé de côté, remplacé par un autre, et n'arrêtait rien. On mit à la tête de chaque voiture un officier et un sous-officier d'artillerie, et l'on promit six cents francs pour le transport de chaque voiture hors de la vue du fort. Le général Marmont, qui avait donné ce conseil, présidait lui-même à la première opération. Par bonheur, un orage avait rendu la nuit fort obscure. Les six premières pièces d'artillerie et les six premiers caissons arrivèrent à leur destination sans qu'un seul coup de fusil eût été tiré du fort. On revint par le même chemin sur la pointe du pied, à la queue les uns des autres; mais, cette fois, l’ennemi entendit quelque bruit, et, voulant en connaître la cause, il lança des grenades. Les grenades, par bonheur, tombaient de l’autre côté du chemin. Pourquoi ces hommes, une fois passés, revenaient-ils sur leurs pas? Pour chercher leurs fusils et leurs bagages; on eût pu leur épargner cette peine et ce danger, en plaçant bagages et fusils sur les caissons; mais on ne pense pas à tout; et la preuve, c'est que l'on n'avait pas pensé non plus au fort de Bard. Une fois la possibilité du passage démontrée, le transport de l'artillerie fut un service comme un autre; seulement, l’ennemi prévenu, il devenait plus dangereux. Le fort semblait un volcan, tant il vomissait de flammes et de fumée; mais, vu la façon verticale dont il était obligé de tirer, il faisait plus de bruit que de mal. On perdit cinq ou six hommes par voiture, c'est-à-dire un dixième sur cinquante; mais l’artillerie passa, le sort de la campagne était là! Plus tard, on s'aperçut que le col du petit Saint-Bernard était praticable et que l'on eût pu y faire passer toute l’artillerie sans démonter une seule pièce. Il est vrai que le passage eût été moins beau, étant moins difficile. Enfin, on se trouva dans les magnifiques plaines du Piémont. Sur le Tessin, on rencontra un corps de douze mille hommes détaché de l'armée du Rhin par Moreau, qui, après les deux victoires remportées par lui, pouvait prêter à l'armée d'Italie ce supplément de soldats; il avait débouché par le Saint-Gothard, et, renforcé de ces douze mille hommes, le premier consul entra dans Milan sans coup férir. À propos, comment avait fait le premier consul, qui, d'après un article de la constitution de l’an VIII, ne pouvait sortir de France et se mettre à la tête des armées? Nous allons vous le dire. La veille du jour où il devait quitter Paris, c'est-à-dire le 5 mai, ou, selon le calendrier du temps, le 15 floréal, il avait fait venir chez lui les deux autres consuls et les ministres, et avait dit à Lucien: -- Préparez pour demain une circulaire aux préfets. Puis, à Fouché: -- Vous ferez publier cette circulaire dans les journaux; elle dira que je suis parti pour Dijon, où je vais inspecter l’armée de réserve; vous ajouterez, mais sans rien affirmer, que j'irai peut- être jusqu'à Genève; en tous cas, faites bien remarquer que je ne serai pas absent plus de quinze jours. S'il se passait quelque chose d'insolite, je reviendrais comme la foudre. Je vous recommande à tous les grands intérêts de la France; j'espère que bientôt on parlera de moi, à Vienne et à Londres. Et, le 6, il était parti. Dès lors, son intention était bien de descendre dans les plaines du Piémont et d'y livrer une grande bataille; puis, comme il ne doutait pas de la victoire, il répondrait, de même que Scipion accusé, à ceux qui lui reprocheraient de violer la constitution: «À pareil jour et à pareille heure, je battais les Carthaginois; montons au Capitole et rendons grâce aux dieux!» Parti de Paris le 6 mai, le 26 du même mois, le général en chef campait avec son armée entre Turin et Casal. Il avait plu toute la journée; vers le soir, l'orage se calma, et le ciel, comme il arrive en Italie, passa en quelques instants de la teinte la plus sombre au plus bel azur, et les étoiles s'y montrèrent scintillantes. Le premier consul fit signe à Roland de le suivre; tous deux sortirent de la petite ville de Chivasso et suivirent les bords du fleuve. À cent pas au-delà des dernières maisons, un arbre abattu par la tempête offrait un banc aux promeneurs. Bonaparte s'y assit et fit signe à Roland de prendre place près de lui. Le général en chef avait évidemment quelque confidence intime à faire à son aide de camp. Tous deux gardèrent un instant le silence. Bonaparte l'interrompit le premier. -- Te rappelles-tu, Roland, lui dit-il, une conversation que nous eûmes ensemble au Luxembourg? -- Général, dit Roland en riant, nous avons eu beaucoup de conversations au Luxembourg, une entre autres où vous m'avez annoncé que nous descendrions en Italie au printemps, et que nous battrions le général Mélas à Torre di Garofolo ou San-Giuliano; cela tient-il toujours? -- Oui; mais ce n'est pas de cette conversation que je voulais parler. -- Voulez-vous me remettre sur la voie, général? -- Il était question de mariage. -- Ah! oui, du mariage de ma soeur. Ce doit être fini à présent, général. -- Non pas du mariage de ta soeur, Roland, mais du tien. -- Ah! bon! dit Roland avec son sourire amer, je croyais cette question-là coulée à fond entre nous, général. Et il fit un mouvement pour se lever. Bonaparte le retint par le bras. -- Lorsque je te parlai de cela, Roland, continua-t-il avec un sérieux qui prouvait son désir d'être écouté, sais-tu qui je te destinais? -- Non, général. -- Et bien, je te destinais ma soeur Caroline. -- Votre soeur? -- Oui; cela t'étonne? -- Je ne croyais pas que jamais vous eussiez pensé à me faire un tel honneur. -- Tu es un ingrat, Roland, ou tu ne me dis pas ce que tu penses; tu sais que je t’aime. -- Oh! mon général! s'écria Roland. Et il prit les deux mains du premier consul, qu'il serra avec une profonde reconnaissance. -- Eh bien, j'aurais voulu t'avoir pour beau-frère. -- Votre soeur et Murat s'aimaient, général, dit Roland: mieux vaut donc que votre projet ne se soit point réalisé. D'ailleurs, ajouta-t-il d'une voix sourde, je croyais vous avoir déjà dit, général, que je ne me marierais jamais. Bonaparte sourit. -- Que ne dis-tu tout de suite que tu te feras trappiste. -- Ma foi; général, rétablissez les couvents et enlevez-moi les occasions de me faire tuer, qui, Dieu merci, ne vont point nous manquer, je l’espère, et vous pourriez bien avoir deviné la façon dont je finirai. -- Quelque chagrin de coeur? quelque infidélité de femme? -- Ah! bon! fit Roland, vous me croyez amoureux! il ne me manquait plus que cela pour être dignement classé dans votre esprit. -- Plains-toi de la place que tu y occupes, toi à qui je voulais donner ma soeur. -- Oui; mais, par malheur, voilà la chose devenue impossible! vos trois soeurs sont mariées, général; la plus jeune a épousé le général Leclerc, la seconde a épousé le prince Bacciocchi, l’autre a épousé Murat. -- De sorte, dit Bonaparte en riant, que te voilà tranquille et heureux; tu te crois débarrassé de mon alliance. -- Oh! général!... fit Roland. -- Tu n'es pas ambitieux, à ce qu'il paraît? -- Général, laissez-moi vous aimer pour le bien que vous m'avez fait, et non pour celui que vous voulez me faire. -- Et si c'était par égoïsme que je désirasse t’attacher à moi, non seulement par les liens de l’amitié, mais encore par ceux de la parenté; si je te disais: «Dans mes projets d'avenir, je compte peu sur mes frères, tandis que je ne douterais pas un instant de toi?» -- Sous le rapport du coeur, vous auriez bien raison. -- Sous tous les rapports! Que veux-tu que je fasse de Leclerc? c'est un homme médiocre; de Bacciocchi, qui n'est pas Français? de Murat, coeur de lion, mais tête folle? Il faudra pourtant bien qu'un jour j'en fasse des princes, puisqu'ils seront les maris de mes soeurs. Pendant ce temps, que ferais-je de toi? -- Vous ferez de moi un maréchal de France. -- Et puis après? -- Comment, après? Je trouve que c'est fort joli déjà. -- Et alors tu seras un douzième au lieu d'être une unité. -- Laissez-moi être tout simplement votre ami; laissez-moi vous dire éternellement la vérité; et, je vous en réponds, vous m'aurez tiré de la foule. -- C'est peut-être assez pour toi, Roland, ce n'est point assez pour moi, insista Bonaparte. Puis, comme Roland gardait le silence: -- Je n'ai plus de soeurs, dit-il, c'est vrai; mais j'ai rêvé pour toi quelque chose de mieux encore que d'être mon frère. Roland continua de se taire. -- Il existe de par le monde, Roland, une charmante enfant que j'aime comme ma fille; elle vient d'avoir dix-sept ans; tu en as vingt-six, tu es général de brigade de fait; avant la fin de la campagne, tu seras général de division; eh bien, Roland, à la fin de la campagne, nous reviendrons à Paris, et tu épouseras... -- Général, interrompit Roland, voici, je crois, Bourrienne qui vous cherche. En effet, le secrétaire du premier consul était à dix pas à peine des deux causeurs. -- C'est toi, Bourrienne? demanda Bonaparte avec quelque impatience. -- Oui, général... Un courrier de France. -- Ah! -- Et une lettre de madame Bonaparte. -- Bon! dit le premier consul se levant vivement; donne. Et il lui arracha presque la lettre des mains. -- Et pour moi, demanda Roland, rien? -- Rien. -- C'est étrange! fit le jeune homme tout pensif. La lune s'était levée, et, à la lueur de cette belle lune d'Italie, Bonaparte pouvait lire et lisait. Pendant les deux premières pages, son visage indiqua la sérénité la plus parfaite; Bonaparte adorait sa femme: les lettres publiées par la reine Hortense font foi de cet amour. Roland suivait sur le visage du général les impressions de son âme. Mais, vers la fin de la lettre, son visage se rembrunit, son sourcil se fronça, il jeta à la dérobée un regard sur Roland. -- Ah! fit le jeune homme, il paraît qu'il est question de moi dans cette lettre. Bonaparte ne répondit point et acheva sa lecture. La lecture achevée, il plia la lettre et la mit dans la poche de côté de son habit; puis, se tournant vers Bourrienne: -- C'est bien, dit-il, nous allons rentrer; probablement expédierai-je un courrier. Allez m'attendre en me taillant des plumes. Bourrienne salua et reprit le chemin de Chivasso. Bonaparte alors s'approcha de Roland, et, lui posant la main sur l’épaule: -- Je n'ai pas de bonheur avec les mariages que je désire, dit-il. -- Pourquoi cela? demanda Roland. -- Le mariage de ta soeur est manqué. -- Elle a refusé? -- Non, pas elle. -- Comment! pas elle? Serait-ce lord Tanlay, par hasard? -- Oui. -- Il a refusé ma soeur après avoir demandée à moi, à ma mère, à vous, à elle-même? -- Voyons, ne commence point par t'emporter, et tâche de comprendre qu'il y a quelque mystère là-dessous. -- Je ne vois pas de mystère, je vois une insulte. -- Ah! voilà bien mon homme! cela m'explique pourquoi ni ta mère ni ta soeur n'ont voulu t'écrire; mais Joséphine a pensé que, l'affaire étant grave, tu devais en être instruit. Elle m'annonce donc cette nouvelle en m'invitant à te la transmettre si je le crois convenable. Tu vois que je n'ai pas hésité. -- Je vous remercie sincèrement, général... Et lord Tanlay donne- t-il une raison à ce refus? -- Une raison qui n'en est pas une. -- Laquelle? -- Cela ne peut pas être la véritable cause. -- Mais encore? -- Il ne faut que voir l'homme et causer cinq minutes avec lui pour le juger sous ce rapport. -- Mais, enfin, général, que dit-il pour dégager sa parole? -- Que ta soeur est moins riche qu'il ne le croyait. Roland éclata de ce rire nerveux qui décelait chez lui la plus violente agitation. -- Ah! fit-il, justement, c'est la première chose que je lui ai dite. -- Laquelle? -- Que ma soeur n'avait pas le sou. Est-ce que nous sommes riches, nous autres enfants de généraux républicains? -- Et que t'a-t-il répondu? -- Qu'il était assez riche pour deux. -- Tu vois donc que ce ne peut être là le motif de son refus. -- Et vous êtes d'avis qu'un de vos aides de camp ne peut pas recevoir une insulte dans la personne de sa soeur, sans en demander raison? -- Dans ces sortes de situations, mon cher Roland, c'est à la personne qui se croit offensée à peser elle-même le pour et le contre. -- Général, dans combien de jours croyez-vous que nous ayons une affaire décisive? Bonaparte calcula. -- Pas avant quinze jours ou trois semaines, répondit-il. -- Général, je vous demande un congé de quinze jours. -- À une condition. -- Laquelle? -- C'est que tu passeras par Bourg et que tu interrogeras ta soeur pour savoir d'elle de quel côté vient le refus. -- C'était bien mon intention. , , ' 1 , 2 3 . 4 5 ; , 6 . 7 8 , ' 9 . 10 11 , 12 , 13 . 14 15 ' ' 16 . 17 18 , ' , 19 ' , - . 20 21 , ' 22 - , . 23 24 , 25 . 26 27 , , . 28 29 , ' , 30 ' . 31 32 ' , ' , . 33 34 , ' 35 , , 36 , ' . 37 38 , ' , 39 . 40 41 , : 42 43 - - ! ' , ! - ; 44 ; , , 45 , ' . 46 47 - - ' , ; 48 ' . , ' 49 . 50 51 - - , ? . 52 53 , : 54 55 - - , , - , ' ' 56 ' . - 57 ? ; 58 : . 59 60 - - , 61 , ; ' . 62 63 - - ? . 64 65 - - ' , 66 , . 67 68 - - , , ' - - 69 ? 70 71 - - , ' , ' - 72 ' ? 73 74 - - ? 75 76 - - ' 77 . 78 79 - - ! , 80 . 81 82 ' . 83 84 - - ' , 85 ; 86 , , 87 , . 88 89 . 90 91 - - , , - , 92 ! 93 - - ' , - - 94 - - , 95 ? 96 , ! - 97 ? - 98 , - , 99 ? ' , , 100 , ' , ' 101 ' . , 102 ' ; 103 104 ; , ' ' ; 105 , ! . 106 ' ; ' 107 , ' - - . ' 108 , ' , , ' ' 109 , ' . , 110 ! . 111 112 - - , , ' 113 ' ; ' 114 . 115 , ; 116 ; 117 . . . 118 - - 119 , 120 ; , ' 121 ' . 122 123 . 124 125 - - , - , ; 126 : 127 ; , ' - , . 128 , ' - - - ; 129 , ' , 130 ' ; , ' , , ' 131 ' , 132 . , 133 - , - , 134 ' . ' , 135 , , - , , 136 ; , ' . ' , 137 , , 138 ; 139 , ' , ' 140 ; ' ' 141 , - ' ' 142 ? 143 144 - - , ' ' , 145 . 146 147 - - , , ' 148 ! , 149 , ; 150 , , 151 ? , 152 ; ' ' . 153 154 . 155 156 - - , - , ' , 157 ' ' 158 ; 159 . 160 ; ' : 161 , 162 ; , 163 ; , ? ' 164 ' , . . . 165 166 - - ! , ; , 167 , ' , ; ' 168 ; , ' , 169 - - 170 - - 171 , 172 , . , 173 ' ; ' , , 174 ; ' , , , 175 - 176 , ' 177 , ' , ' 178 ' , 179 . . . 180 ' : 181 ; , 182 , 183 ' 184 ; ' 185 ' , ' 186 ' , , . 187 , 188 ? ' 189 190 ? : - - , 191 - . , ' 192 , ! , 193 , ; 194 . 195 196 - - ' 197 , ' , ' 198 ' ' 199 . 200 201 ' : 202 203 - - , - ; , , ; 204 ' , ' , 205 ; , 206 : , . 207 208 - - - , ? 209 . 210 211 - - , , . 212 213 - - 214 , , - 215 ? 216 217 - - , ; , ' 218 ; , 219 , ' . 220 , , . 221 222 - - ? 223 224 - - . 225 226 - - - ? 227 228 ' . 229 230 - - ' ! - - . 231 232 ' . 233 234 . 235 236 - - ! - , ' ? 237 238 , : 239 240 - - ' , , 241 : ' . 242 243 - - , ' 244 ' , , ' 245 , ' 246 . 247 248 - - , , 249 ' ; , . 250 251 - - - ? 252 253 - - , . 254 255 - - . 256 257 - - ? 258 259 - - , , 260 . 261 262 - - ? 263 264 - - , . . . 265 266 - - ? 267 - - 268 . . . , , . . . 269 270 ' . 271 272 - - ' , . 273 274 - - , ' ' , , 275 ' . 276 277 - - , , 278 , , . 279 280 . 281 282 - - , , , 283 , - ' ? 284 285 - - , ; , ' 286 ; ' 287 , 288 . 289 290 , : 291 292 - - ! - - . 293 294 , ' : 295 296 - - ? - - . 297 298 - - , , ' . 299 - - ! ! . . . ? 300 301 - - ' , ; , 302 . 303 304 - - ? 305 306 - - ' , ; , 307 ' , ' . 308 309 , ' , 310 ' . 311 312 313 , : 314 315 « ' , , 316 , 317 ; ' 318 ; ' 319 : 320 . 321 ' , , : 322 : ' ' 323 . 324 325 « » 326 327 - 328 - . 329 330 331 - - ' 332 333 ' : 334 , . 335 336 ' , 337 ; , , 338 ; ' 339 ' - . - 340 341 , - ? 342 343 ' ' 344 345 . 346 347 ; 348 ' ' ! 349 350 . 351 352 ; 353 ' . 354 355 ' 356 , . 357 . 358 . 359 360 ' , , , 361 , . 362 363 ' ; 364 . 365 366 , , 367 ' : 368 ' , - 369 . 370 371 ' - , - 372 . 373 374 , ' ' , 375 , 376 , 377 , ' . 378 379 ' , 380 ' 381 . , ' 382 , ' ; 383 ' . 384 385 , - ? 386 387 388 : ' 389 ; ' 390 . 391 392 ; 393 , ' 394 ' ' . 395 396 ' - 397 . 398 ' ' 399 400 ' . 401 402 , 403 . 404 405 , 406 407 ' . 408 409 , ' , ' 410 , , - . 411 412 , , 413 . 414 415 . 416 ' . 417 418 ' ' ' ; 419 , , 420 , 421 . 422 423 ' , , ' 424 , ; 425 . 426 427 , 428 . 429 430 ' ' ' 431 ; 432 ! 433 434 ; 435 - , , , 436 ' . 437 438 ' , 439 , ' ; ' 440 ' 441 . . 442 443 444 ; , , ' 445 . 446 447 . 448 449 , ; 450 ' , ; 451 , . 452 453 ' , , 454 , . 455 , 456 , . 457 458 , , 459 ! 460 461 , 462 . 463 464 , . 465 466 , , 467 . 468 469 , 470 , ' 471 ' : 472 , , 473 ' , ! 474 475 , ' , ' 476 . 477 478 : ' , 479 ' : ; 480 , ' - - , 481 ' . 482 483 ' ; - 484 ; ' , ' 485 ' . 486 487 , ' . 488 489 , ; 490 , ' . 491 492 ' 493 . 494 495 ; ' ' 496 , , , ' 497 . 498 499 - - ' , ' ; 500 ' ! ' , ' 501 ; ! 502 503 ' 504 . 505 506 - , : 507 508 - - , - , , ' 509 . 510 511 , 512 ' . 513 514 . 515 516 , : 517 , 518 ' . 519 520 . 521 522 - - . 523 524 . , 525 , , , 526 . 527 528 , 529 . 530 531 , , 532 ' ; - ' 533 . , , 534 ' - 535 ' ' . 536 537 , , ' - 538 . ' ; 539 ' 540 , ' . 541 542 , , ' : ' 543 . 544 545 ' ; 546 ' , , 547 ; 548 . 549 550 ' . 551 552 ; 553 , , ' . 554 555 ' ' ; 556 ' . 557 558 ' - , 559 ? 560 561 ' , 562 . 563 564 , , ' 565 ' 566 ; 567 ' , - . 568 569 570 ; ' 571 ; ' , 572 ' . 573 574 ; 575 ' ' 576 . , 577 , , 578 : ' . , 579 , , 580 ' . 581 582 , 583 . 584 585 , ; 586 ; 587 - ' . 588 589 - , 590 ; - 591 ' . 592 593 ' , , ' , 594 ' . 595 596 , 597 , ' ' ' 598 ' . 599 600 ' ' , , 601 , . 602 603 604 ' , 605 , 606 . 607 608 , , ' , 609 , 610 . 611 612 : ' , 613 , 614 ; 615 , ' 616 , , , 617 ' . 618 619 - 620 ' , ' 621 . 622 623 , , - 624 . 625 626 , . 627 628 ' 629 ' 630 . 631 632 , 633 ; , , , 634 , , . 635 636 , , . 637 638 , , - 639 ? 640 641 ; 642 , 643 ; ; , ' 644 ' ' . 645 646 , 647 ' ; , 648 , . , 649 ; , 650 , 651 . 652 653 , ' - - 654 ; , 655 ! 656 657 , ' - 658 ' 659 . 660 661 , 662 . 663 664 , . 665 666 , 667 ' , , 668 , ' ' 669 ; - , , 670 , 671 . 672 673 , , , ' 674 , 675 ? 676 677 . 678 679 , ' - - 680 , , , , 681 , 682 : 683 684 - - . 685 686 , : 687 688 - - ; 689 , 690 ; , , ' - 691 ' ; , 692 . ' 693 ' , . 694 ; ' 695 , . 696 697 , , . 698 699 , 700 ' ; , 701 , , 702 , : 703 « , ; 704 ! » 705 706 , , 707 . 708 ; , ' , , 709 , 710 , ' 711 . 712 713 ; 714 715 . - , 716 . ' 717 . 718 719 720 . 721 722 . 723 724 ' . 725 726 - - - , , - , 727 ? 728 729 - - , , 730 , ' 731 , 732 - ; 733 - ? 734 735 - - ; ' 736 . 737 738 - - - , ? 739 740 - - . 741 742 - - ! , . , 743 . 744 745 - - , , . 746 747 - - ! ! , 748 - , . 749 750 . 751 752 . 753 754 - - , , - - 755 ' , - 756 ? 757 758 - - , . 759 760 - - , . 761 762 - - ? 763 764 - - ; ' ? 765 766 - - 767 . 768 769 - - , , ; 770 . 771 772 - - ! ! ' . 773 774 , ' 775 . 776 777 - - , ' ' - . 778 779 - - ' , , : 780 . ' , 781 - - ' , , 782 , . 783 784 . 785 786 - - - . 787 788 - - ; , - 789 , , , 790 , , 791 . 792 793 - - ? ? 794 795 - - ! ! , ! 796 . 797 798 - - - , 799 . 800 801 - - ; , , ! 802 , ; 803 , , 804 . 805 806 - - , , 807 ; . 808 809 - - ! ! . . . . 810 811 - - ' , ' ? 812 813 - - , - ' 814 , . 815 816 - - ' , 817 , 818 ; : « ' , 819 , 820 ? » 821 822 - - , . 823 824 - - ! - ? 825 ' ; , ' ? 826 , , ? 827 ' ' , ' 828 . , - ? 829 830 - - . 831 832 - - ? 833 834 - - , ? ' . 835 836 - - ' . 837 838 - - - ; - 839 ; , , ' 840 . 841 842 - - ' - , , ' 843 , . 844 845 , : 846 847 - - ' , - , ' ; ' 848 ' . 849 850 . 851 852 - - , , 853 ' ; ' - ; 854 - , ; 855 , ; , , 856 , , . . . 857 858 - - , , , , 859 . 860 861 , 862 . 863 864 - - ' , ? 865 . 866 867 - - , . . . . 868 869 - - ! 870 871 - - . 872 873 - - ! ; . 874 875 . 876 877 - - , , ? 878 879 - - . 880 881 - - ' ! . 882 883 ' , , 884 ' , . 885 886 , 887 ; : 888 . 889 . 890 891 , , , 892 , . 893 894 - - ! , ' 895 . 896 897 . 898 899 , 900 ; , : 901 902 - - ' , - , ; 903 - . ' 904 . 905 906 . 907 908 ' , , 909 : 910 911 - - ' , - . 912 913 - - ? . 914 915 - - . 916 917 - - ? 918 919 - - , . 920 921 - - ! ? - , ? 922 923 - - . 924 925 - - , , 926 , - ? 927 928 - - , ' , 929 ' - . 930 931 - - , . 932 933 - - ! ! ' 934 ' ' ; , 935 ' , . ' 936 ' 937 . ' . 938 939 - - , . . . - 940 - ? 941 942 - - ' . 943 944 - - ? 945 946 - - . 947 948 - - ? 949 950 - - ' 951 . 952 953 - - , , , - ? 954 955 - - ' . 956 957 958 . 959 960 - - ! - , , ' 961 . 962 963 - - ? 964 965 - - ' . - , 966 ? 967 968 - - ' - - ? 969 970 - - ' . 971 972 - - . 973 974 - - ' ' 975 , 976 ? 977 978 - - , , ' 979 - 980 . 981 982 - - , - 983 ? 984 985 . 986 987 - - , - . 988 989 - - , . 990 991 - - . 992 993 - - ? 994 995 - - ' 996 ' . 997 998 - - ' . 999 1000