Au dessert, ils étaient d'accord, et le plan était arrêté. Le même soir, Morgan recevait une lettre ainsi conçue: «Comme nous l’a dit Adler, vendredi prochain, à cinq heures du soir, la malle partira de Paris avec cinquante mille francs destinés aux pères du Saint-Bernard. «Les trois places, la place du coupé et les deux places de l’intérieur sont déjà retenues par trois voyageurs qui monteront, le premier à Sens, les deux autres à Tonnerre. «Ces voyageurs seront, dans le coupé, un des plus braves agents du citoyen Fouché, et dans l’intérieur, M. Roland de Montrevel et le chef de brigade du 7e chasseurs, en garnison à Mâcon. «Ils seront en costumes bourgeois, pour ne point inspirer de soupçons, mais armés jusqu'aux dents. «Douze chasseurs à cheval, avec mousquetons, pistolets et sabres, escorteront la malle, mais à distance, et de manière à arriver au milieu de l'opération. «Le premier coup de pistolet tiré doit leur donner le signal de mettre leurs chevaux au galop et de tomber sur les dévaliseurs. «Maintenant, mon avis est que, malgré toutes ces précautions, et même à cause de toutes ces précautions, l'attaque soit maintenue et s'opère à l'endroit indiqué, c'est-à-dire à la Maison-Blanche. «Si c'est l’avis des compagnons, qu'on me le fasse savoir; c'est moi qui conduirai la malle en postillon, de Mâcon à Belleville. «Je fait mon affaire du chef de brigade; que l'un de vous fasse la sienne de l’agent du citoyen Fouché. «Quant à M. Roland de Montrevel, il ne lui arrivera rien, attendu que je me charge, par un moyen à moi connu et par moi inventé, de l'empêcher de descendre de la malle-poste. «L'heure précise où la malle de Chambéry passe à la Maison-Blanche est samedi, à six heures du soir. «Un seul mot de réponse conçu en ces termes: -Samedi à six heures du soir-, et tout ira comme sur des roulettes. «MONTBAR» À minuit, Montbar, qui effectivement s'était plaint du bruit fait par son voisin et avait été mis dans une chambre située à l'autre extrémité de l'hôtel, était réveillé par un courrier, lequel n'était autre que le palefrenier qui lui avait amené sur la route un cheval tout sellé. Cette lettre contenait simplement ces mots, suivis d'un post- scriptum: «Samedi, à six heures du soir. «MORGAN. «P.S. Ne pas oublier, même au milieu du combat, que la vie de Roland de Montrevel est sauvegardée.» Le jeune homme lut cette réponse avec une joie visible; ce n'était plus une simple arrestation de diligence, cette fois, c'était une espèce d'affaire d'honneur entre hommes d'une opinion différente, une rencontre entre braves. Ce n'était pas seulement de l’or qu'on allait répandre sur la grande route, c'était du sang. Ce n'était pas aux pistolets sans balles du conducteur, maniés par les mains d'un enfant, qu'on allait avoir affaire, c'était aux armes mortelles de soldats habitués à s'en servir. Au reste, on avait toute la journée qui allait s'ouvrir, et toute celle du lendemain, pour prendre ses mesures. Montbar se contenta donc de demander au palefrenier quel était le postillon de service qui devait, à cinq heures, prendre la malle à Mâcon et faire la poste ou plutôt les deux postes qui s'étendent de Mâcon à Belleville. Il lui recommanda en outre d'acheter quatre pitons et deux cadenas fermant à clef. Il savait d'avance que la malle arrivait à quatre heures et demie à Mâcon, y dînait, et en repartait à cinq heures précises. Sans doute, toutes les mesures de Montbar étaient prises d'avance, car, ces recommandations faites à son domestique, il le congédia, et s'endormit comme un homme qui a un arriéré de sommeil à combler. Le lendemain, il ne se réveilla, ou plutôt ne descendit qu'à neuf heures du matin. Il demanda sans affectation à l'hôte des nouvelles de son bruyant voisin. Le voyageur était parti à six heures du matin, par la malle-poste de Lyon à Paris, avec son ami le chef de brigade des chasseurs, et l'hôte avait cru entendre qu'ils n'avaient retenu leurs places que jusqu'à Tonnerre. Au reste, de même que M. de Jayat s'inquiétait du jeune officier, le jeune officier, de son côté, s'était inquiété de lui, avait demandé qui il était, s'il venait d'habitude dans l'hôtel, et si l'on croyait qu'il consentît à vendre son cheval. L'hôte avait répondu qu'il connaissait parfaitement M. de Jayat, que celui-ci avait l'habitude de loger à son hôtel toutes les fois que ses affaires l'appelaient à Mâcon, et que, quant à son cheval, il ne croyait pas, vu la tendresse que le jeune gentilhomme avait manifestée pour lui, qu'il consentît à s'en défaire à quelque prix que ce fût. Sur quoi, le voyageur était parti sans insister davantage. Après le déjeuner, M. de Jayat, qui paraissait fort désoeuvré, fit seller son cheval, monta dessus et sortit de Mâcon par la route de Lyon. Tant qu'il fut dans la ville, il laissa marcher son cheval à l'allure qui convenait à l'élégant animal; mais, une fois hors de la ville, il rassembla les rênes et serra les genoux. L'indication était suffisante. L'animal partit au galop. Montbar traversa les villages de Varennes et de la Crèche et la Chapelle-de-Guinchay, et ne s'arrêta qu'à la Maison-Blanche. Le lieu était bien tel que l'avait dit Valensolle, et merveilleu- sement choisi pour une embuscade. La Maison-Blanche était située au fond d'une petite vallée, entre une descente et une montée; à l'angle de son jardin passait un petit ruisseau sans nom qui allait se jeter dans la Saône à la hauteur de Challe. Des arbres touffus et élevés suivaient le cours de la rivière et, décrivant un demi-cercle, enveloppaient la maison. Quant à la maison elle-même, après avoir été autrefois une auberge dont l'aubergiste n'avait pas fait ses affaires, elle était fermée depuis sept ou huit ans, et commençait à tomber en ruine. Avant d'y arriver, en venant de Mâcon, la route faisait un coude. Montbar examina les localités avec le soin d'un ingénieur chargé de choisir le terrain d'un champ de bataille, tira un crayon et un portefeuille de sa poche et traça un plan exact de la position. Puis il revint à Mâcon. Deux heures après, le palefrenier partait, portant le plan à Morgan et laissant à son maître le nom du postillon qui devait conduire la malle; il s'appelait Antoine. Le palefrenier avait, en outre, acheté les quatre pitons et les deux cadenas. Montbar fit monter une bouteille de vieux bourgogne et demanda Antoine. Dix minutes après, Antoine entrait. C'était un grand et beau garçon de vingt-cinq à vingt-six ans, de la taille à peu près de Montbar, ce que celui-ci, après l'avoir toisé des pieds à la tête, avait remarqué avec satisfaction. Le postillon s'arrêta sur le seuil de la porte, et, mettant la main à son chapeau à la manière des militaires: -- Le citoyen m'a fait demander? dit-il. -- C'est bien vous qu'on appelle Antoine? fit Montbar. -- Pour vous servir, si j'en étais capable, vous et votre compagnie. -- Eh bien, oui, mon ami, tu peux me servir... Ferme donc la porte et viens ici. Antoine ferma la porte, s'approcha jusqu'à distance de deux pas de Montbar, et, portant de nouveau la main à son chapeau: -- Voilà, notre maître. -- D'abord, dit Montbar, si tu n'y vois point d'inconvénient, nous allons boire un verre de vin à la santé de ta maîtresse. -- Oh! oh! de ma maîtresse! fit Antoine, est-ce que les gens comme nous ont des maîtresses? C'est bon pour des seigneurs comme vous d'avoir des maîtresses. -- Ne vas-tu pas me faire accroire, drôle, qu'avec une encolure comme la tienne, on fait voeu de continence? -- Oh! je ne veux pas dire que l'on soit un moine à cet endroit; on a par-ci par-là quelque amourette sur le grand chemin. -- Oui, à chaque cabaret; c'est pour cela qu'on s'arrête si souvent avec les chevaux de retour pour boire la goutte ou allumer sa pipe. -- Dame! fit Antoine avec un intraduisible mouvement d'épaules, il faut bien rire. -- Eh bien, goûte-moi ce vin-là, mon garçon! je te réponds que ce n'est pas lui qui te fera pleurer. Et, prenant un verre plein, Montbar fit signe au postillon de prendre l’autre verre. -- C'est bien de l’honneur pour moi... À votre santé et à celle de votre compagnie! C'était une locution familière au brave postillon, une espèce d'extension de politesse qui n'avait pas besoin d'être justifiée pour lui par une compagnie quelconque. -- Ah! oui, dit-il après avoir bu et en faisant clapper sa langue, en voilà du chenu, et moi, qui l'ai avalé sans le goûter, comme si c'était du petit bleu. -- C'est un tort, Antoine. -- Mais oui, que c'est un tort. -- Bon! fit Montbar en versant un second verre, heureusement qu'il peut se réparer. -- Pas plus haut que le pouce, notre bourgeois, dit le facétieux postillon en tendant le verre et ayant soin que son pouce fût au niveau du bord. -- Minute, fit Montbar au moment où Antoine allait porter le verre à sa bouche. -- Il était temps, dit le postillon; il allait y passer, le malheureux! Qu'y a-t-il? -- Tu n'as pas voulu que je boive à la santé de ta maîtresse; mais tu ne refuseras pas, je l’espère, de boire à la santé de la mienne. -- Oh! ça ne se refuse pas, surtout avec de pareil vin; à la santé de votre maîtresse et de sa compagnie! Et le citoyen Antoine avala la rouge liqueur, en la dégustant cette fois. -- Eh bien, fit Montbar, tu t'es encore trop pressé, mon ami. -- Bah! fit le postillon. -- Oui... suppose que j'aie plusieurs maîtresses: du moment où nous ne nommons pas celle à la santé de laquelle nous buvons, comment veux-tu que cela lui profite. -- C'est ma foi, vrai! -- C'est triste, mais il faut recommencer cela, mon ami. -- Ah! recommençons! Il ne s'agit pas, avec un homme comme vous, de mal faire les choses; on a commis la faute, on la boira. Et Antoine tendit son verre que Montbar remplit jusqu'au bord. -- Maintenant, dit-il en jetant un coup d'oeil sur la bouteille, et en s'assurant par ce coup d'oeil qu'elle était vide, il ne s'agit plus de nous tromper. Son nom? -- À la belle Joséphine! dit Montbar. -- À la belle Joséphine! répéta Antoine. Et il avala le bourgogne avec une satisfaction qui semblait aller croissant. Puis, après avoir bu et s'être essuyé les lèvres avec sa manche, au moment de reposer le verre sur la table: -- Eh! dit-il, un instant, bourgeois. -- Bon! fit Montbar, est-ce qu'il y a encore quelque chose qui ne va pas? -- Je crois bien: nous avons fait de la mauvaise besogne, mais il est trop tard. -- Pourquoi cela? -- La bouteille est vide. -- Celle-ci, oui, mais pas celle-là. Et Montbar prit dans le coin de la cheminée une bouteille toute débouchée. -- Ah! ah! fit Antoine, dont le visage s'éclaira d'un radieux sourire. -- Y a-t-il du remède? demanda Montbar. -- Il y en a fit Antoine. Et il tendit son verre. Montbar le remplit avec la même conscience qu'il y avait mise les trois premières fois. -- Eh bien, fit le postillon mirant au jour le liquide rubis qui étincelait dans son verre, je disais donc que nous avions bu à la santé de la belle Joséphine... -- Oui, dit Montbar. -- Mais, continua Antoine, il y a diablement de Joséphines en France. -- C'est vrai; combien crois-tu qu'il y en ait, Antoine? -- Bon! il y en a bien cent mille. -- Je t'accorde cela; après? -- Eh bien, sur ces cent mille, j'admets qu'il n'y en a qu'un dixième de belles. -- C'est beaucoup. -- Mettons un vingtième. -- Soit. -- Cela fait cinq mille. -- Diable! sais-tu que tu es fort en arithmétique? -- Je suis fils de maître d'école. -- Eh bien? -- Eh bien, à laquelle de ces cinq mille avons-nous bu?... ah! -- Tu as, par ma foi, raison, Antoine; il faut ajouter le nom de famille au nom de baptême; à la belle Joséphine... -- Attendez, le verre est entamé, il ne peut plus servir; il faut, pour que la santé soit profitable, le vider et le remplir. Antoine porta le verre à sa bouche. -- Le voilà vide, dit-il. -- Et le voilà rempli, fit Montbar en le mettant en contact avec la bouteille. -- Aussi, j'attends; à la belle Joséphine?... -- À la belle Joséphine... Lollier! Et Montbar vida son verre. -- Jarnidieu! fit Antoine; mais, attendez donc, Joséphine Lollier, je connais cela. -- Je ne dis pas non. -- Joséphine Lollier, mais c'est la fille du maître de la poste aux chevaux de Belleville. -- Justement. -- Fichtre! fit le postillon, vous n'êtes pas à plaindre, notre bourgeois; un joli brin de fille! À la santé de la belle Joséphine Lollier! Et il avala son cinquième verre de Bourgogne. -- Eh bien, maintenant, demanda Montbar, comprends-tu pourquoi je t'ai fait monter, mon garçon? -- Non; mais je ne vous en veux pas tout de même. -- C'est bien gentil de ta part. -- Oh! moi, je suis bon diable. -- Eh bien, je vais te le dire, pourquoi je t'ai fait monter. -- Je suis tout oreilles. -- Attends! Je crois que tu entendras encore mieux si ton verre est plein que s'il est vide. -- Est-ce que vous avez été médecin des sourds, vous, par hasard? demanda le postillon en goguenardant. -- Non; mais j'ai beaucoup vécu avec les ivrognes, répondit Montbar en remplissant de nouveau le verre d'Antoine. -- On n'est pas ivrogne parce qu'on aime le vin, dit Antoine. -- Je suis de ton avis, mon brave, répliqua Montbar; on n'est ivrogne que quand on ne sait pas le porter. -- Bien dit! fit Antoine, qui paraissait porter le sien à merveille; j'écoute. -- Tu m'as dit que tu ne comprenais pas pourquoi je t'avais fait monter? -- Je l'ai dit. -- Cependant, tu dois bien te douter que j'avais un but? -- Tout homme en a un, bon ou mauvais, à ce que prétend notre curé, dit sentencieusement Antoine. -- Eh bien, le mien, mon ami, reprit Montbar, est de pénétrer la nuit, sans être reconnu, dans la cour de maître Nicolas Denis Lollier, maître de poste de Belleville. -- À Belleville, répéta Antoine, qui suivait les paroles de Montbar avec toute l'attention dont il était capable; je comprends. Et vous voulez pénétrer, sans être reconnu, dans la cour de maître Nicolas Denis Lollier, maître de poste à Belleville, pour voir à votre aise la belle Joséphine? Ah! mon gaillard! -- Tu y es, mon cher Antoine; et je veux y pénétrer sans être reconnu, parce que le père Lollier a tout découvert, et qu'il a défendu à sa fille de me recevoir. -- Voyez-vous!... Et que puis-je à cela, moi? -- Tu as encore les idées obscures, Antoine; bois ce verre de vin- là pour les éclaircir. -- Vous avez raison, fit Antoine. Et il avala son sixième verre de vin. -- Ce que tu y peux, Antoine? -- Oui, qu'est-ce que j'y peux? Voilà ce que je demande. -- Tu y peux tout, mon ami. -- Moi? -- Toi. -- Ah! je serais curieux de savoir cela: éclaircissez, éclaircissez. Et il tendit son verre. -- Tu conduis, demain, la malle de Chambéry? -- Un peu; à six heures. -- Eh bien, supposons qu’Antoine soit un bon garçon. -- C'est tout supposé, il l'est. -- Eh bien, voici ce que fait Antoine... -- Voyons, que fait-il? -- D'abord, il vide son verre. -- Ce n'est pas difficile... c'est fait. -- Puis il prend ces dix louis. Montbar aligna dix louis sur la table. -- Ah! ah! fit Antoine, des jaunets, des vrais! Je croyais qu'ils avaient tous émigré, ces diables-là! -- Tu vois qu'il en reste. -- Et que faut-il qu'Antoine fasse pour qu'ils passent dans sa poche? -- Il faut qu'Antoine me prête son plus bel habit de postillon. -- À vous? -- Et me donne sa place demain au soir. -- Eh! oui, pour que vous voyiez la belle Joséphine sans être reconnu. -- Allons donc! J'arrive à huit heures à Belleville, j'entre dans la cour, je dis que les chevaux sont fatigués, je les fais reposer jusqu'à dix heures, et, de huit heures à dix... -- Ni vu ni connu, je t'embrouille le père Lollier. -- Eh bien, ça y est-il, Antoine? -- Ça y est! on est jeune, on est du parti des jeunes; on est garçon, on est du parti des garçons; quand on sera vieux et papa, on sera du parti des papas et des vieux, et on criera: «Vivent les ganaches!» -- Ainsi, mon brave Antoine, tu me prêtes ta plus belle veste et ta plus belle culotte? -- J'ai justement une veste et une culotte que je n'ai pas encore mises. -- Tu me donnes ta place? -- Avec plaisir. -- Et moi, je te donne d'abord ces cinq louis d'arrhes. -- Et le reste? -- Demain, en passant les bottes; seulement, tu auras une précaution... -- Laquelle? -- On parle beaucoup de brigand qui dévalisent les diligences; tu auras soin de mettre des fontes à la selle du porteur. -- Pour quoi faire? -- Pour y fourrer des pistolets. -- Allons donc! n'allez-vous pas leur faire du mal à ces braves gens? -- Comment! tu appelles braves gens des voleurs qui dévalisent les diligences? -- Bon! on n'est pas un voleur parce qu'on vole l'argent du gouvernement. -- C'est ton avis. -- Je crois bien, et encore que c'est l'avis de bien d'autres. Je sais bien, quant à moi, que, si j'étais juge, je ne les condamnerais pas. -- Tu boirais peut-être à leur santé? -- Ah! tout de même, ma foi, si le vin était bon. -- Je t'en défie, dit Montbar en versant dans le verre d'Antoine tout ce qui restait de la seconde bouteille. -- Vous savez le proverbe? dit le postillon. -- Lequel? -- Il ne faut pas défier un fou de faire sa folie. À la santé des compagnons de Jéhu. -- Ainsi soit-il! dit Montbar. -- Et les cinq louis? fit Antoine en reposant le verre sur la table. -- Les voilà. -- Merci; vous aurez des fontes à votre selle; mais, croyez-moi, ne mettez pas de pistolets dedans ou, si vous mettez des pistolets dedans, faites comme le père Jérôme, le conducteur de Genève, ne mettez pas de balles dans vos pistolets. Et, sur cette recommandation philanthropique, le postillon prit congé de Montbar et descendit l'escalier en chantant d'une voix avinée. «Le matin, je me prends, je me lève; «Dans le bois, je m'en suis allé; «J'y trouvai ma bergère qui rêve; «Doucement je la réveillai. «Je lui dis: -Aimable bergère,- «-Un berger vous ferait-il peur?- «-Un berger! à moi pourquoi faire?- «-Taisez-vous, monsieur le trompeur.»- Montbar suivit consciencieusement le chanteur jusqu'à la fin du second couplet; mais, quelque intérêt qu'il prît à la romance de maître Antoine, la voix de celui-ci s'étant perdue dans l'éloignement; il fut obligé de faire son deuil du reste de la chanson. XLII -- LA MALLE DE CHAMBÉRY Le lendemain, à cinq heures de l’après-midi, Antoine, pour ne point être en retard sans doute, harnachait, dans la cour de l'hôtel de la poste, les trois chevaux qui devaient enlever la malle. Un instant après, la malle entrait au grand galop dans la cour de l'hôtel et venait se ranger sous les fenêtres de la chambre qui avait tant paru préoccuper Antoine, c'est-à-dire à trois pas de la dernière marche de l'escalier de service. Si l'on eût pu faire, sans y avoir un intérêt positif, attention à un si petit détail, on eût remarqué que le rideau de la fenêtre s'écartait d'une façon presque imprudente pour permettre à la personne qui habitait la chambre de voir qui descendait de la malle-poste. Il en descendit trois hommes qui, avec la hâte de voyageurs affamés, se dirigèrent vers les fenêtres ardemment éclairées de la salle commune. À peine étaient-ils entrés, que l'on vit, par l'escalier de service, descendre un élégant postillon non chaussé encore de ses grosses bottes, mais simplement de fins escarpins par-dessus lesquels il comptait les passer. Le postillon élégant passa les grosses bottes d'Antoine, lui glissa cinq louis dans la main, puis se tourna pour que celui-ci lui jetât sur les épaules sa houppelande, que la rigueur de la saison rendait à peu près nécessaire. Cette toilette achevée, Antoine rentra lestement dans l'écurie, où il se dissimula dans le coin le plus obscur. Quant à celui auquel il venait de céder sa place, rassuré sans doute par la hauteur du col de la houppelande, qui lui cachait la moitié du visage, il alla droit aux trois chevaux harnachés d'avance par Antoine, glissa une paire de pistolets à deux coups dans les arçons, et, profitant de l'isolement où était la malle- poste par le détellement des chevaux et l'éloignement du postillon de Tournus, il planta, à l'aide d'un poinçon aigu qui pouvait à la rigueur devenir un poignard, ses quatre pitons dans le bois de la malle-poste, c'est-à-dire à chaque portière, et les deux autres en regard dans le bois de la caisse. Après quoi, il se mit à atteler les chevaux avec une promptitude et une adresse qui indiquaient un homme familiarisé depuis son enfance avec tous les détails de l'art poussé si loin de nos jours par cette honorable classe de la société que nous appelons les -gentilshommes riders.- Cela fait, il attendit, calmant ses chevaux impatients à l'aide de la parole et du fouet, savamment combinés, ou employés chacun à son tour. On connaît la rapidité avec laquelle s'exécutaient les repas des malheureux condamnés au régime de la malle-poste; la demi-heure n'était donc pas écoulée, qu'on entendit la voix du conducteur qui criait: -- Allons, citoyens voyageurs, en voiture. Montbar se tint près de la portière, et, malgré leur déguisement, reconnut parfaitement Roland et le chef de brigade du 7e chasseurs, qui montèrent et prirent place dans l'intérieur sans faire attention au postillon. Celui-ci referma sur eux la portière, passa le cadenas dans les deux pitons et donna un tour de clef. Puis, contournant la malle, il fit semblant de laisser tomber son fouet devant l'autre portière, passa, en se baissant, le second cadenas dans les autres pitons, lui donna un tour de clef en se relevant et, sûr que les deux officiers étaient bien verrouillés, il enfourcha son cheval en gourmandant le conducteur, qui lui laissait faire sa besogne. En effet, le voyageur du coupé était déjà à sa place, que le conducteur débattait encore un reste de compte avec l'hôte. -- Est-ce pour ce soir, pour cette nuit, ou pour demain matin, père François? cria le faux postillon en imitant de son mieux la voix du vrai. -- C'est bon, c'est bon, on y va, répondit le conducteur. Puis, regardant autour de lui: -- Tiens! où sont donc les voyageurs? demanda-t-il. -- Nous voilà, dirent à la fois les deux officiers, dans l’intérieur de la malle, et l’agent du coupé. -- La portière est bien fermée? insista le père François. -- Oh! je vous en réponds, fit Montbar. -- En ce cas, en route, mauvaise troupe! cria le conducteur tout en gravissant le marchepied, en prenant place près du voyageur et en tirant la portière après lui. Le postillon ne se le fit pas redire; il enleva ses chevaux en enfonçant ses éperons dans le ventre du porteur et en cinglant aux deux autres un vigoureux coup de fouet. La malle-poste partit au galop. Montbar conduisait comme s'il n'eût fait que cela toute sa vie; il traversa la ville en faisant danser les vitres et trembler les maisons; jamais véritable postillon n'avait fait claquer son fouet d'une si savante manière. À la sortie de Mâcon, il vit un petit groupe de cavaliers: c'étaient les douze chasseurs qui devaient suivre la malle sans avoir l'air de l'escorter. Le chef de brigade passa la tête par la portière et fit signe au maréchal des logis qui les commandait. Montbar ne parut rien remarquer; mais, au bout de cinq cents pas, tout en exécutant une symphonie avec son fouet, il retourna la tête et vit que l’escorte s'était mise en marche. -- Attendez, mes petits enfants, dit Montbar, je vais vous en faire voir du pays! Et il redoubla de coups d'éperons et de coups de fouet. Les chevaux semblaient avoir des ailes, la malle volait sur le pavé, on eût dit le char du tonnerre qui passait. Le conducteur s'inquiéta. -- Eh! maître Antoine, cria-t-il, est-ce que nous serions ivre par hasard? -- Ivre? ah bien oui! répondit Montbar, j'ai dîné avec une salade de betterave. -- Mais, morbleu? s'il va de ce train-là, cria Roland en passant à son tour la tête par la portière, l’escorte ne pourra nous suivre. -- Tu entends ce qu'on te dit! cria le conducteur. -- Non, répondit Montbar, je n'entends pas. -- Eh bien, on te fait observer que, si tu vas de ce train-là, l'escorte ne pourra pas suivre. -- Il y a donc une escorte? demanda Montbar. -- Eh oui! puisque nous avons de l’argent du gouvernement. -- C'est autre chose, alors; il fallait donc dire cela tout de suite. Mais, au lieu de ralentir sa course, la malle continua d'aller le même train, et, s'il se fit un changement, ce fut qu'elle gagna encore en vélocité. -- Tu sais que, s'il nous arrive un accident, dit le conducteur, je te casse la tête d'un coup de pistolet. -- Allons donc! fit Montbar, on les connaît vos pistolets, il n'y a pas de balles dedans. -- C'est possible, mais il y en a dans les miens! cria l’agent de police. -- C'est ce qu'on verra dans l'occasion, répondit Montbar. Et il continua sa route sans plus s'inquiéter des observations. On traversa, avec la vitesse de l'éclair, le village de Varennes, celui de la Crèche et la petite ville de la Chapelle-de-Guinchay. Il restait un quart de lieue, à peine, pour arriver à la Maison- Blanche. Les chevaux ruisselaient et hennissaient de rage en jetant l'écume par la bouche. Montbar jeta les yeux derrière lui; à plus de mille pas de la malle-poste, les étincelles jaillissaient sous les pieds de l'escorte. Devant lui était la déclivité de la montagne. Il s'élança sur la pente, mais tout en rassemblant ses rênes de manière à se rendre maître des chevaux quand il voudrait. Le conducteur avait cessé de crier, car il reconnaissait qu'il était conduit par une main habile et vigoureuse à la fois. Seulement, de temps en temps, le chef de brigade regardait par la portière pour voir à quelle distance étaient ses hommes. À la moitié de la pente, Montbar était maître de ses chevaux, sans avoir eu un seul moment l'air de ralentir leur course. Il se mit alors à entonner à pleine voix le -Réveil du Peuple: -c'était la chanson des royalistes, comme la -Marseillaise -était le chant des jacobins. -- Que fait donc ce drôle-là? cria Roland en passant la tête par la portière; dites-lui donc qu'il se taise, conducteur, ou je lui envoie une balle dans les reins. Peut-être le conducteur allait-il répéter au postillon la menace de Roland, mais il lui sembla voir une ligne noire qui barrait la route. En même temps, une voix tonnante cria: -- Halte-là, conducteur! -- Postillon, passez-moi sur le ventre de ces bandits-là! cria l'agent de police. -- Bon! comme vous y allez, vous! dit Montbar. Est-ce que l'on passe comme cela sur le ventre des amis?... Hoooh! La malle-poste s'arrêta comme par enchantement. -- En avant! en avant! crièrent à la fois Roland et le chef de brigade, comprenant que l’escorte était trop loin pour les soutenir. -- Ah! brigand de postillon! cria l’agent de police en sautant à bas du coupé et en dirigeant un pistolet sur Montbar, tu vas payer pour tous. Mais il n'avait pas achevé, que Montbar, le prévenant, faisait feu et que l'agent roulait, mortellement blessé, sous les roues de la malle. Son doigt crispé par l’agonie appuya sur la gâchette, le coup partit, mais au hasard, sans que la balle atteignît personne. -- Conducteur, criaient les deux officiers, de par tous les tonnerres du ciel, ouvrez donc! -- Messieurs, dit Morgan s'avançant, nous n'en voulons pas à vos personnes, mais seulement à l'argent du gouvernement. Ainsi donc, conducteur, les cinquante mille livres et vivement! Deux coups de feu partis de l'intérieur furent la réponse des deux officiers, qui, après avoir vainement ébranlé les portières, essayaient vainement encore de sortir par l'ouverture des vitres. Sans doute, un des coups de feu porta, car on entendit un cri de rage en même temps qu'un éclair illuminait la route. Le chef de brigade poussa un soupir et tomba sur Roland. Il venait d'être tué raide. Roland fit feu de son second pistolet, mais personne ne lui riposta. Ses deux pistolets étaient déchargés; enfermé qu'il était, il ne pouvait se servir de son sabre et hurlait de colère. Pendant ce temps, on forçait le conducteur, le pistolet sur la gorge, de donner l'argent; deux hommes prirent les sacs qui contenaient les cinquante mille francs et en chargèrent le cheval de Montbar, que son palefrenier lui amenait tout sellé et bridé comme à un rendez-vous de chasse. Montbar s'était débarrassé de ses grosses bottes, et sauta en selle avec ses escarpins. -- Bien des choses au premier consul, monsieur de Montrevel! cria Morgan. Puis, se tournant vers ses compagnons: -- Au large, enfants, et par la route que chacun voudra. Vous connaissez le rendez-vous; à demain au soir. -- Oui, oui, répondirent dix ou douze voix. Et toute la bande s'éparpilla comme une volée d'oiseaux, disparaissant dans la vallée sous l’ombre des arbres qui côtoyaient la rivière et enveloppaient la Maison-Blanche. En ce moment, on entendit le galop des chevaux et l'escorte, attirée par les coups de feu, apparut au sommet de la montée, qu'elle descendit comme une avalanche. Mais elle arriva trop tard: elle ne trouva plus que le conducteur assis sur le bord du fossé; les deux cadavres de l'agent de police et du chef de brigade, et Roland, prisonnier et rugissant comme un lion qui mord les barreaux de sa cage. XLIII -- LA RÉPONSE DE LORD GRENVILLE Pendant que les événements que nous venons de raconter s'accomplissaient et occupaient les esprits et les gazettes de la province, d'autres événements, bien autrement graves, se préparaient à Paris qui allaient occuper les esprits et les gazettes du monde tout entier. Lord Tanlay était revenu avec la réponse de son oncle lord Grenville. Cette réponse consistait en une lettre adressée à M. de Talleyrand, et dans une note écrite pour le premier consul. La lettre était conçue en ces termes: «Downing-street, le 14 février 1800. «Monsieur, «J'ai reçu et mis sous les yeux du roi la lettre que vous m'avez transmise par l'intermédiaire de mon neveu lord Tanlay. Sa Majesté, ne voyant aucune raison de se départir des formes qui ont été longtemps établies en Europe pour traiter d'affaires avec les États étrangers, m'a ordonné de vous faire passer en son nom la réponse officielle que je vous envoie ci-incluse. «J'ai l'honneur d'être avec une haute considération, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur, «GRENVILLE» La, réponse était sèche, la note précise. De plus, une lettre avait été écrite -autographe- par le premier consul au roi Georges, et le roi Georges, -ne se départissant point des formes établies en Europe pour traiter avec les États étrangers, -répondait par une simple note de l'écriture du premier secrétaire venu. Il est vrai que la note était signée Grenville. Ce n'était qu'une longue récrimination contre la France, contre l'esprit de désordre qui l'agitait, contre les craintes que cet esprit de désordre inspirait à toute l'Europe, et sur la nécessité imposée, par le soin de leur propre conservation, à tous les souverains régnants de la réprimer. En somme, c'était la continuation de la guerre. À la lecture d'un pareil factum, les yeux de Bonaparte brillèrent de cette flamme qui précédait chez lui les grandes décisions, comme l'éclair précède la foudre. -- Ainsi, monsieur, dit-il en se retournant vers lord Tanlay, voilà tout ce que vous avez pu obtenir? -- Oui, citoyen premier consul. -- Vous n'avez donc point répété verbalement à votre oncle tout ce que je vous avais chargé de lui dire? -- Je n’en ai pas oublié une syllabe. -- Vous ne lui avez donc pas dit que vous habitiez la France depuis deux ou trois ans, que vous l'aviez vue, que vous l'aviez étudiée, qu'elle était forte, puissante, heureuse, désireuse de la paix, mais préparée à la guerre? -- Je lui ai dit tout cela. -- Vous n'avez donc pas ajouté que c'est une guerre insensée que nous font les Anglais; que cet esprit de désordre dont ils parlent, et qui n'est, à tout prendre, que les écarts de la liberté trop longtemps comprimée, il fallait l'enfermer dans la France même par une paix universelle; que cette paix était le seul cordon sanitaire qui pût l'empêcher de franchir nos frontières; qu'en allumant en France le volcan de la guerre, la France, comme une lave, va se répandre sur l'étranger... L'Italie est délivrée, dit le roi d'Angleterre; mais délivrée de qui? De ses libérateurs! L'Italie est délivrée, mais pourquoi? Parce que je conquérais l'Égypte, du Delta à la troisième cataracte; l'Italie est délivrée, parce que je n'étais pas en Italie... Mais me voilà: dans un mois, je puis y être, en Italie, et, pour la reconquérir des Alpes à l'Adriatique, que me faut-il? Une bataille. Que croyez-vous que fasse Masséna en défendant Gênes? Il m'attend... Ah! les souverains de l'Europe ont besoin de la guerre pour assurer leur couronne! eh bien, milord, c'est moi qui vous le dis, je secouerai si bien l'Europe, que la couronne leur en tremblera au front. Ils ont besoin de la guerre? Attendez... Bourrienne! Bourrienne! La porte de communication du cabinet du premier consul avec le cabinet du premier secrétaire s'ouvrit précipitamment, et Bourrienne parut, le visage aussi effaré que s'il eût cru que Bonaparte appelait au secours. Il vit celui-ci fort animé, froissant la note diplomatique d'une main et frappant de l'autre sur le bureau, et lord Tanlay calme, debout et muet à trois pas de lui. Il comprit tout de suite que c'était la réponse de l'Angleterre qui irritait le premier consul. -- Vous m'avez appelé, général? dit-il. -- Oui, fit le premier consul; mettez vous là et écrivez. Et, d'une voix brève et saccadée, sans chercher les mots, mais, au contraire, comme si les mots se pressaient aux portes de son esprit, il dicta la proclamation suivante: «Soldats! «En promettant la paix au peuple français, j'ai été votre organe; je connais votre valeur. «Vous êtes les mêmes hommes qui conquirent le Rhin, la Hollande, l'Italie, et qui donnèrent la paix sous les murs de Vienne étonnée. , ' , . 1 2 , : 3 4 « , , 5 , 6 - . 7 8 « , 9 , 10 , . 11 12 « , , 13 , , . 14 , . 15 16 « , 17 , ' . 18 19 « , , , 20 , , 21 ' . 22 23 « 24 . 25 26 « , , , 27 , ' 28 ' ' , ' - - - . 29 30 « ' , ' ; ' 31 , . 32 33 « ; ' 34 . 35 36 « . , , 37 , , 38 ' - . 39 40 « ' - 41 , . 42 43 « : - 44 - , . 45 46 « » 47 48 , , ' 49 ' 50 ' , , 51 ' 52 . 53 54 , ' - 55 : 56 57 « , . 58 59 « . 60 61 « . . , , 62 . » 63 ; ' 64 , , ' 65 ' ' ' , 66 . 67 68 ' ' 69 , ' . 70 71 ' , 72 ' , ' , ' 73 ' . 74 75 , ' , 76 , . 77 78 , , 79 ' 80 . 81 82 ' 83 . 84 85 ' 86 , , . 87 88 , ' , 89 , , , 90 ' 91 . 92 93 , , ' 94 . 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