offert à sa jeune maîtresse de coucher dans le corps de logis
principal, afin d'être à même de lui porter secours en cas de
besoin; mais celle-ci avait, dune voix ferme, déclaré qu'elle
n'avait pas peur et qu'elle désirait que rien ne fût changé aux
dispositions habituelles du château.
Michel n'avait point autrement insisté et s'était retiré tout en
disant que, du reste, mademoiselle pouvait dormir tranquille, et
que lui et Jacques feraient des rondes autour du château.
Ces rondes de Michel avaient paru un instant inquiéter Amélie;
mais elle avait bientôt reconnu que Michel se bornait à aller,
avec Jacques, se mettre à l'affût sur la lisière de la forêt de
Seillon, et la fréquente apparition sur la table, ou d'un râble de
lièvre ou d'un cuissot de chevreuil, prouvait que Michel tenait sa
parole à l'endroit des rondes promises.
Amélie avait donc cessé de s'inquiéter de ces rondes de Michel qui
avaient lieu justement du côté opposé à celui où elle avait craint
d'abord qu'il ne les fît.
Or, comme nous l'avons dit, trois jours après les événements que
nous venons de raconter, ou, pour parler plus correctement,
pendant la nuit qui suivit ce troisième jour, ceux qui étaient
habitués à ne voir de lumière qu'à deux fenêtres du château des
Noires-Fontaines, c'est-à-dire à la fenêtre d'Amélie au premier
étage, et à la fenêtre de Charlotte au troisième, eussent pu
remarquer avec étonnement que, de onze heures du soir à minuit,
les quatre fenêtres du premier étaient éclairées.
Il est vrai que chacune d'elles n'était éclairée que par une seule
bougie.
Ils eussent pu voir encore la forme d'une jeune fille qui, à
travers son rideau, fixait les yeux dans la direction du village
de Ceyzeriat.
Cette jeune fille, c'était Amélie, Amélie pâle, la poitrine
oppressée, et paraissant attendre anxieusement un signal.
Au bout de quelques minutes, elle s'essuya le front et respira
presque joyeusement.
Un feu venait de s'allumer dans la direction où se perdait son
regard.
Aussitôt elle passa de chambre en chambre, et éteignit les unes
après les autres les trois bougies, ne laissant vivre et brûler
que celle qui se trouvait dans sa chambre.
Comme si le feu n'eût attendu que cette obscurité, il s'éteignit à
son tour.
Amélie s'assit près de sa fenêtre, et demeura immobile, les yeux
fixés sur le jardin.
Il faisait une nuit sombre, sans étoiles, sans lune, et cependant,
au bout d'un quart d'heure, elle vit, ou plutôt elle devina une
ombre qui traversait la pelouse et s'approchait du château.
Elle plaça son unique bougie dans l'angle le plus reculé de la
chambre et revint ouvrir sa fenêtre.
Celui qu'elle attendait était déjà sur le balcon.
Comme la première nuit où nous lavons vu faire cette escalade, il
enveloppa de son bras la taille de la jeune fille et l'entraîna
dans la chambre.
Mais celle-ci opposa une légère résistance; elle cherchait de la
main la cordelette de la jalousie: elle la détacha du clou qui la
retenait, et la jalousie retomba avec plus de bruit que la
prudence ne leût peut-être voulu.
Derrière la jalousie, elle ferma la fenêtre.
Puis elle alla chercher la bougie dans langle où elle lavait
cachée.
La bougie alors éclaira son visage.
Le jeune homme jeta un cri d'effroi; le visage d'Amélie était
couvert de larmes.
-- Qu'est-il donc arrivé? demanda-t-il.
-- Un grand malheur! dit la jeune fille.
-- Oh! je m'en suis douté en voyant le signal par lequel tu me
rappelais, m'ayant reçu la nuit dernière... Mais, dis, ce malheur
est-il irréparable?
-- À peu près, répliqua Amélie.
-- Au moins, j'espère, ne menace-t-il que moi?
-- Il nous menace tous deux.
Le jeune homme passa sa main sur son front pour en essuyer la
sueur.
-- Allons, fit-il, j'ai de la force.
-- Si tu as la force d'écouter tout, je n'ai point celle de tout
te dire.
Alors, prenant une lettre sur la cheminée:
-- Lis, dit-elle; voici ce que j'ai reçu par le courrier du soir.
Le jeune homme prit la lettre, et, l'ouvrant, courut à la
signature.
-- Elle est de madame de Montrevel, dit-il.
-- Oui, avec un post-scriptum de Roland.
Le jeune homme lut:
«Ma fille bien-aimée,
«Je désire que la nouvelle que je t'annonce te cause une joie
égale à celle qu'elle m'a faite et qu'elle fait à notre cher
Roland. Sir John, à qui tu contestais un coeur et que tu
prétendais être une mécanique sortie des ateliers de Vaucanson,
reconnaît qu'on eût eu parfaitement raison de le juger ainsi
jusqu'au jour où il ta vue; mais il soutient que, depuis ce jour,
il a véritablement un coeur, et que ce coeur t'adore.
«T'en serais-tu doutée, ma chère Amélie, à ses manières
aristocratiquement polies, mais où l'oeil même de ta mère n'avait
rien reconnu de tendre?
«Ce matin, en déjeunant avec ton frère, il lui a fait la demande
officielle de ta main. Ton frère a accueilli cette ouverture avec
joie; cependant, il n'a rien promis d'abord. Le premier consul,
avant le départ de Roland pour la Vendée, avait déjà parlé de se
charger de ton établissement; mais voilà que le premier consul a
désiré voir lord Tanlay, qu'il la vu, et que lord Tanlay, du
premier coup, tout en faisant ses réserves nationales, est entré
dans les bonnes grâces du premier consul, au point que celui-ci
la chargé, séance tenante, d'une mission pour son oncle lord
Grenville. Lord Tanlay est parti à linstant même pour
l'Angleterre.
«Je ne sais combien de jours sir John restera absent; mais, à coup
sûr, à son retour, il demandera la permission de se présenter
devant toi comme ton fiancé.
«Lord Tanlay est jeune encore, d'une figure agréable, immensément
riche; il est admirablement apparenté en Angleterre; il est l'ami
de Roland. Je ne sais pas d'homme qui ait plus de droits, je ne
dirai point à ton amour, ma chère Amélie, mais à ta profonde
estime.
«Maintenant, tout le reste en deux mots.
«Le premier consul est toujours parfaitement bon pour moi et pour
tes deux frères, et madame Bonaparte m'a fait entendre qu'elle
n'attendait que ton mariage pour t'appeler près d'elle.
«Il est question de quitter le Luxembourg et d'aller demeurer aux
Tuileries: Comprends-tu toute la portée de ce changement de
domicile?
«Ta mère, qui t'aime,
«CLOTILDE DE MONTREVEL»
Sans s'arrêter, le jeune homme passa au post-scriptum de Roland.
Il était conçu en ces termes:
«Tu as lu, chère petite soeur, ce que t'écrit notre bonne mère. Ce
mariage est convenable sous tous les rapports. Il ne s'agit point
ici de faire la petite fille; le premier consul -désire- que tu
sois lady Tanlay, c'est-à-dire qu'il -le veut.-
«Je quitte Paris pour quelques jours; mais, si je ne te vois pas,
tu entendras parler de moi.
«Je t'embrasse.
«ROLAND»
-- Eh bien, Charles, demanda Amélie lorsque le jeune homme eut
fini sa lecture, que dis-tu de cela?
-- Que c'était une chose à laquelle nous devions nous attendre
d'un jour à l'autre, mon pauvre ange, mais qui n'en est pas moins
terrible.
-- Que faire?
-- Il y a trois choses à faire.
-- Dis.
-- Avant tout, résiste, si tu en as la force; c'est le plus court
et le plus sûr.
Amélie baissa la tête.
-- Tu n'oseras jamais, n'est-ce pas?
-- Jamais.
-- Cependant tu es ma femme, Amélie. Un prêtre a béni notre union.
-- Mais ils disent que ce mariage est nul devant la loi, parce
qu'il n'a été que béni par un prêtre.
-- Et toi, dit Morgan, toi, lépouse d'un proscrit, cela ne te
suffit pas?
En parlant ainsi, sa voix tremblait.
Amélie eut un élan pour se jeter dans ses bras.
-- Mais ma mère! dit-elle. Nous n'avions pas la présence et la
bénédiction de ma mère.
-- Parce qu'il y avait des risques à courir et que nous avons
voulu les courir seuls.
-- Et cet homme, surtout... N'as-tu pas entendu que mon frère dit
qu'il -veut?-
--Oh! si tu m'aimais, Amélie, cet homme verrait bien qu'il peut
changer la face d'un État, porter la guerre d'un bout du monde à
lautre, fonder une législation, bâtir un trône, mais qu'il ne
peut forcer une bouche à dire oui lorsque le coeur dit non.
-- Si je t'aimais! dit Amélie du ton d'un doux reproche. Il est
minuit, tu es dans ma chambre, je pleure dans tes bras, je suis la
fille du général de Montrevel, la soeur de Roland, et tu dis: «Si
tu m'aimais.»
-- J'ai tort, j'ai tort, mon adorée Amélie; oui, je sais que tu es
élevée dans ladoration de cet homme; tu ne comprends pas que l'on
puisse lui résister, et quiconque lui résiste est à tes yeux un
rebelle.
-- Charles, tu as dit que nous avions trois choses à faire; quelle
est la seconde?
-- Accepter en apparence l'union qu'on te propose, mais gagner du
temps en la retardant sous toutes sortes de prétextes. L'homme
n'est pas immortel.
-- Non; mais il est bien jeune pour que nous comptions sur sa
mort. La troisième chose, mon ami?
-- Fuir... mais, à cette ressource extrême, Amélie, il y a deux
obstacles: tes répugnances d'abord.
-- Je suis à toi, Charles; ces répugnances, je les surmonterai.
-- Puis, ajouta le jeune homme, mes engagements.
-- Tes engagements?
-- Mes compagnons sont liés à moi, Amélie; mais je suis lié à eux.
Nous aussi, nous avons un homme dont nous relevons, un homme à qui
nous avons juré obéissance. Cet homme, c'est le futur roi de
France. Si tu admets le dévouement de ton frère à Bonaparte,
admets le nôtre à Louis XVIII.
Amélie laissa tomber sa tête dans ses mains en poussant un soupir.
-- Alors, dit-elle, nous sommes perdus.
-- Pourquoi cela? Sous différents prétextes, sous celui de ta
santé surtout, tu peux gagner un an; avant un an, il sera obligé
de recommencer une guerre en Italie probablement; une seule
défaite lui ôte tout son prestige; enfin, en un an, il se passe
bien des choses.
-- Tu n'as donc pas lu le post-scriptum de Roland, Charles?
-- Si fait; mais je n'y vois rien de plus que dans la lettre de ta
mère.
-- Relis la dernière phrase.
Et Amélie remit la lettre sous les yeux du jeune homme.
Il lut:
«Je quitte Paris pour quelques jours; mais, si tu ne me vois pas,
tu entendras parler de moi.»
-- Eh bien?
-- Sais-tu ce que cela veut dire?
-- Non.
-- Cela veut dire que Roland est à ta poursuite.
-- Qu'importe, puisqu'il ne peut mourir de la main d'aucun de
nous?
-- Mais, toi, malheureux, tu peux mourir de la sienne!
-- Crois-tu que je dusse lui en vouloir beaucoup s'il me tuait,
Amélie?
-- Oh! cela ne s'était point encore présenté à mon esprit, dans
mes craintes les plus sombres.
-- Ainsi, tu crois ton frère en chasse de nous?
-- J'en suis sûre.
-- D'où te vient cette certitude?
-- Sur sir John mourant et qu'il croyait mort, il a juré de le
venger.
-- S'il eût été mort au lieu d'être mourant, fit le jeune homme
avec amertume, nous ne serions pas où nous en sommes, Amélie.
-- Dieu la sauvé, Charles; il était donc bon qu'il ne mourût pas.
-- Pour nous?...
-- Je ne sonde pas les desseins du Seigneur. Je te dis, mon
Charles bien-aimé, garde-toi de Roland; Roland est près d'ici.
Charles sourit d'un air de doute.
-- Je te dis qu'il est non seulement près d'ici, mais ici; on l'a
vu.
-- On l'a vu! où? Qui?
-- Qui la vu?
-- Oui.
-- Charlotte, la femme de chambre, la fille du concierge de la
prison; elle m'avait demandé la permission d'aller visiter ses
parents hier dimanche: je devais te voir, je lui ai donné congé
jusqu'à ce matin.
-- Eh bien?
-- Elle a donc passé la nuit chez ses parents. À onze heures, le
capitaine de gendarmerie est venu amener des prisonniers. Tandis
qu'on les écrouait, un homme est arrivé enveloppé d'un manteau, et
a demandé le capitaine. Charlotte a cru reconnaître la voix du
nouvel arrivant; elle a regardé avec attention; et, dans un moment
où le manteau s'est écarté du visage, elle a reconnu mon frère.
Le jeune homme fit un mouvement.
-- Comprends-tu, Charles? mon frère qui vient ici, à Bourg; qui y
vient mystérieusement, sans me prévenir de sa présence; mon frère
qui demande le capitaine de gendarmerie, qui le suit jusque dans
la prison, qui ne parle qu'à lui et qui disparaît? N'est-ce point
une menace terrible pour mon amour, dis?
Et, en effet, au fur et à mesure qu'Amélie parlait, le front de
son amant se couvrait d'un nuage sombre.
-- Amélie, dit-il, quand nous nous sommes faits ce que nous
sommes, nul de nous ne s'est dissimulé les périls qu'il courait.
-- Mais, au moins, demanda Amélie, vous avez changé d'asile, vous
avez abandonné la chartreuse de Seillon?
-- Nos morts seuls y sont restés et lhabitent à cette heure.
-- Est-ce un asile bien sûr que la grotte de Ceyzeriat?
-- Aussi sûr que peut l'être tout asile ayant deux issues.
-- La chartreuse de Seillon aussi avait deux issues, et cependant,
tu le dis, vous y avez laissé vos morts.
-- Les morts sont plus en sûreté que les vivants: ils sont
certains de ne pas mourir sur l'échafaud.
Amélie sentit un frisson lui passer par tout le corps.
-- Charles! murmura-t-elle.
-- Écoute, dit le jeune homme, Dieu m'est témoin, et toi aussi,
que j'ai toujours, dans nos entrevues, mis mon sourire et ma
gaieté entre tes pressentiments et mes craintes; mais,
aujourd'hui, l'aspect des choses a changé; nous arrivons en face
de la lutte. Quel qu'il soit, nous approchons du dénouement; je ne
te demande point, mon Amélie, ces choses folles et égoïstes que
les amants menacés d'un grand danger exigent de leurs maîtresses,
je ne te demande pas de garder ton coeur au mort, ton amour au
cadavre...
-- Ami, fit la jeune fille en lui posant la main sur le bras,
prends garde, tu vas douter de moi.
-- Non: je te fais le mérite plus grand en te laissant libre
d'accomplir le sacrifice dans toute son étendue; mais je ne veux
pas qu'aucun serment te lie, qu'aucun lien t'étreigne.
-- C'est bien, fit Amélie.
-- Ce que je te demande, continua le jeune homme, ce que tu vas me
jurer sur notre amour, hélas! si funeste pour toi, c'est que, si
je suis arrêté, si je suis désarmé, si je suis emprisonné,
condamné à mort, ce que je te demande, ce que j'exige de toi,
Amélie, c'est que, par tous les moyens possibles, tu me fasses
passer des armes, non seulement pour moi, mais encore pour mes
compagnons, afin que nous soyons toujours maîtres de notre vie.
--Mais alors, Charles, ne me permettrais-tu donc pas de tout dire,
d'en appeler à la tendresse de mon frère, à la générosité du
premier consul?
La jeune fille n'acheva point, son amant lui saisissait violemment
le poignet.
-- Amélie, lui dit-il, ce n'est plus un serment, ce sont deux
serments que je te demande. 'Tu vas me jurer d'abord, et avant
tout, que tu ne solliciteras point ma grâce. Jure, Amélie, jure!
-- Ai-je besoin de jurer, ami? dit la jeune fille en éclatant en
sanglots; je te le promets.
-- Sur le moment où je t'ai dit que je t'aimais, sur celui où tu
m'as répondu que j'étais aimé?
-- Sur ta vie, sur la mienne, sur le passé, sur l'avenir, sur nos
sourires, sur nos larmes!
-- C'est que je n'en mourrais pas moins, vois-tu, Amélie, dussé-je
me briser la tête contre la muraille; seulement, je mourrais
déshonoré.
-- Je te le promets, Charles.
-- Reste ma seconde prière, Amélie: si nous sommes pris et
condamnés; des armes ou du poison, enfin un moyen de mourir; un
moyen, quelconque! Me venant de toi, la mort me sera encore un
bonheur.
-- De près ou de loin, libre ou prisonnier, vivant ou mort, tu es
mon maître, je suis ton esclave; ordonne et je t'obéirai.
-- Voilà tout, Amélie; tu le vois, c'est simple et clair: point de
grâce, et des armes.
-- Simple et clair, mais terrible.
-- Et cela sera ainsi, n'est-ce pas?
-- Tu le veux?
-- Je t'en supplie.
-- Ordre ou prière, mon Charles, ta volonté sera faite.
Le jeune homme soutint de son bras gauche la jeune fille, qui
semblait près de s'évanouir, et rapprocha sa bouche de la sienne.
Mais, au moment où leurs lèvres allaient se toucher, le cri de la
chouette se fit entendre si près de la fenêtre, qu'Amélie
tressaillit, et que Charles releva la tête.
Le cri se fit entendre une seconde fois, puis une troisième.
-- Ah! murmura Amélie, reconnais-tu le cri de l'oiseau de mauvais
augure! Nous sommes condamnés, mon ami.
Mais Charles secoua la tête.
-- Ce n'est point le cri de la chouette, Amélie, dit-il, c'est
l'appel de l'un de mes compagnons. Éteins la bougie.
Amélie souffla la lumière, tandis que son amant ouvrait la
fenêtre.
-- Ah! jusqu'ici! murmura-t-elle; on vient te chercher jusqu'ici!
-- Oh! c'est notre ami, notre confident, le comte de Jayat; nul
autre que lui ne sait où je suis.
Puis, du balcon:
-- Est-ce toi, Montbar? demanda-t-il.
-- Oui, est-ce toi, Morgan?
-- Oui.
Un homme sortit d'un massif d'arbres.
-- Nouvelles de Paris; pas un instant à perdre: il y va de notre
vie à tous.
-- Tu entends, Amélie?
Et, prenant la jeune fille dans ses bras, il la serra
convulsivement contre son coeur.
-- Va, dit-elle d'une voix mourante, va; n'as-tu pas entendu qu'il
s'agissait de votre vie à tous?
-- Adieu, mon Amélie bien-aimée, adieu!
-- Oh! ne dis pas adieu!
-- Non, non, au revoir.
-- Morgan! Morgan! dit la voix de celui qui attendait au bas du
balcon.
Le jeune homme appuya une dernière fois ses lèvres sur celles
d'Amélie, et, s'élançant vers la fenêtre, il enjamba le balcon,
et, d'un seul bond, se trouva près de son ami.
Amélie poussa un cri et s'avança jusqu'à la balustrade; mais elle
ne vit plus que deux ombres qui se perdaient dans les ténèbres,
rendues plus épaisses par le voisinage des grands arbres qui
formaient le parc.
XXXIX -- LA GROTTE DE CEYZERIAT
Les deux jeunes gens s'enfoncèrent sous lombre des grands arbres;
Morgan guida son compagnon, moins familier que lui avec les
détours du parc, et le conduisit juste à lendroit où il avait
lhabitude d'escalader le mur.
Il ne fallut qu'une seconde à chacun d'eux pour accomplir cette
opération.
Un instant après, ils étaient sur les bords de la Reyssouse.
Un bateau attendait au pied d'un saule.
Ils s'y jetèrent tous deux, et, en trois coups d'aviron,
touchèrent l'autre bord.
Un sentier côtoyait la berge de la rivière et conduisait à un
petit bois qui s'étend de Ceyzeriat à Étrez, c'est-à-dire sur une
longueur de trois lieues, faisant ainsi, de l'autre côté de la
Reyssouse, le pendant de la forêt de Seillon.
Arrivés à la lisière du bois, ils s'arrêtèrent; jusque-là, ils
avaient marché aussi rapidement qu'il est possible de le faire
sans courir, et ni l'un ni l'autre n'avaient prononcé une parole.
Toute la route parcourue était déserte; il était probable, certain
même, qu'on n'avait été vu de personne.
On pouvait donc respirer.
-- Où sont les compagnons? demanda Morgan.
-- Dans la grotte, répondit Montbar.
-- Et pourquoi ne nous y rendons-nous pas à linstant même?
-- Parce qu'au pied de ce hêtre nous devons trouver un des nôtres
qui nous dira si nous pouvons aller plus loin sans danger.
-- Lequel?
-- D'Assas.
Une ombre apparut derrière l'arbre et s'en détacha.
-- Me voici, dit l'ombre.
-- Ah! c'est toi, firent les deux jeunes gens.
-- Quoi de nouveau? demanda Montbar.
-- Rien; on vous attend pour prendre une décision.
-- En ce cas, allons vite.
Les trois jeunes gens reprirent leur course; au bout de trois
cents pas, Montbar s'arrêtait de nouveau.
-- Armand! fit-il à demi-voix.
À cet appel, on entendit le froissement des feuilles sèches, et
une quatrième ombre sortit d'un massif et s'approcha des trois
compagnons.
-- Rien de nouveau? demanda Montbar.
-- Si fait: un envoyé de Cadoudal.
-- Celui qui est déjà venu?
-- Oui.
-- Où est-il?
-- Avec les frères, dans la grotte.
-- Allons.
Montbar s'élança le premier; le sentier était devenu si étroit,
que les quatre jeunes gens ne pouvaient marcher que l'un après
l'autre.
Le chemin monte, pendant cinq cents pas à peu près, par une pente
assez douce, mais tortueuse.
Arrivé à une clairière, Montbar s'arrêta et fit entendre trois
fois ce même cri de la chouette qui avait indiqué sa présence à
Morgan.
Un seul houhoulement de hibou lui répondit.
Puis, du milieu des branches d'un chêne touffu, un homme se laissa
glisser à terre; c'était la sentinelle qui veillait à l'ouverture
de la grotte.
Cette ouverture était à dix pas du chêne.
Par la disposition des massifs qui l'entouraient, il fallait être
presque dessus pour l'apercevoir.
La sentinelle échangea quelques mots tout bas avec Montbar, qui
semblait, en remplissant les devoirs d'un chef, vouloir laisser
Morgan tout entier à ses pensées; puis, comme sa faction sans
doute n'était point achevée, le bandit remonta dans les branches
du chêne, et, au bout d'un instant, se trouva si bien ne faire
qu'un avec le corps de l'arbre, que ceux à la vue desquels il
venait d'échapper le cherchaient vainement dans son bastion
aérien.
Le défilé devenait plus étroit au fur et à mesure qu'on approchait
de lentrée de la grotte.
Montbar y pénétra le premier, et, d'un enfoncement où il les
savait trouver, tira un briquet, une pierre à feu, de lamadou,
des allumettes et une torche.
L'étincelle jaillit, l'amadou prit feu, l'allumette répandit sa
flamme bleuâtre et incertaine, à laquelle succéda la flamme
pétillante et résineuse de la torche.
Trois ou quatre chemins se présentaient, Montbar en prit un sans
hésiter.
Ce chemin tournait sur lui-même en s'enfonçant dans la terre; on
eût dit que les jeunes gens reprenaient sous le sol la trace de
leurs pas, et suivaient le contre-pied de la route qui les avait
amenés.
Il était évident que l'on parcourait les détours d'une ancienne
carrière, peut-être celle d'où sortirent, il y a dix-neuf cents
ans, les trois villes romaines qui ne sont plus aujourd'hui que
des villages, et le camp de César qui les surmonte.
De place en place, le sentier souterrain que l'on suivait était
coupé dans toute sa largeur par un large fossé, franchissable
seulement à l'aide d'une planche, que l'on pouvait d'un coup de
pied faire tomber au fond de la tranchée.
De place en place encore, on voyait des épaulements derrière
lesquels on pouvait se retrancher et faire feu, sans exposer à la
vue de l'ennemi aucune partie de son corps.
Enfin, à cinq cents pas de l'entrée à peu près, une barricade à
hauteur d'homme offrait un dernier obstacle à ceux qui eussent
voulu parvenir jusqu'à une espèce de rotonde où se tenaient, assis
ou couchés, une dizaine d'hommes occupés, les uns à lire, les
autres à jouer.
Aucun des lecteurs ni des joueurs ne se dérangea au bruit des pas
des arrivants, ou à la vue de la lumière qui se jouait sur les
parois de la carrière, tant ils étaient sûrs que des amis seuls
pouvaient pénétrer jusqu'à eux, gardés comme ils létaient.
Au reste, l'aspect qu'offrait ce campement était des plus
pittoresques; les bougies, qui brûlaient à profusion -- les
compagnons de Jéhu étaient trop aristocrates pour s'éclairer à une
autre lumière que celle de la bougie --, se reflétaient sur des
trophées d'armes de toute espèce, parmi lesquelles les fusils à
deux coups et les pistolets tenaient le premier rang; des fleurets
et des masques d'armes étaient pendus dans les intervalles;
quelques instruments de musique étaient posés çà et là; enfin une
ou deux glaces dans leurs cadres dorés indiquaient que la toilette
n'était pas un de ces passe-temps les moins appréciés des étranges
habitants de cette demeure souterraine.
Tous paraissaient aussi tranquilles que si la nouvelle qui avait
tiré Morgan des bras d'Amélie eût été inconnue, ou regardée comme
sans importance.
Cependant, lorsque à l'approche du petit groupe venant du dehors,
ces mots: «Le capitaine! le capitaine!» se furent fait entendre,
tous se levèrent, non pas avec la servilité des soldats qui voient
venir leur chef, mais avec la déférence affectueuse de gens
intelligents et forts pour un plus fort et plus intelligent
qu'eux.
Morgan alors secoua la tête, releva le front, et, passant devant
Montbar, pénétra au centre du cercle qui s'était formé à sa vue.
-- Eh bien, amis, demanda-t-il, il paraît qu'il y a des nouvelles?
-- Oui, capitaine, dit une voix; on assure que la police du
premier consul nous fait l'honneur de s'occuper de nous.
-- Où est le messager? demanda Morgan.
-- Me voici, dit un jeune homme vêtu de l'uniforme des courriers
de cabinet, et tout couvert encore de poussière et de boue.
-- Avez-vous des dépêches?
-- Écrites, non; verbales, oui.
-- D'où viennent-elles?
-- Du cabinet particulier du ministre.
-- Alors, on peut y croire?
-- Je vous en réponds; c'est tout ce qu'il y a de plus officiel.
-- Il est bon d'avoir des amis partout, fit Montbar en manière de
parenthèse.
-- Et surtout près de M. Fouché, reprit Morgan; voyons les
nouvelles.
-- Dois-je les dire tout haut, ou à vous seul?
-- Comme je présume qu'elles nous intéressent tous, dites-nous les
tout haut.
-- Eh bien, le premier consul a fait venir le citoyen Fouché au
palais du Luxembourg, et lui a lavé la tête à notre endroit.
-- Bon! Après?
-- Le citoyen Fouché a répondu que nous étions des drôles fort
adroits, fort difficiles à joindre, plus difficiles encore à
prendre quand on nous avait rejoints. Bref, il a fait le plus
grand éloge de nous.
-- C'est bien aimable à lui. Après?
-- Après, le premier consul a répondu que cela ne le regardait
pas, que nous étions des brigands, et que c'étaient nous qui, avec
nos brigandages, soutenions la guerre de la Vendée; que le jour où
nous ne ferions plus passer d'argent en Bretagne, il n'y aurait
plus de Chouannerie.
-- Cela me paraît admirablement raisonné.
-- Que c'était dans l'Est et dans le Midi qu'il fallait frapper
l'Ouest.
-- Comme l'Angleterre dans l'Inde.
-- Qu'en conséquence, il donnait carte blanche au citoyen Fouché,
et que, dût-il dépenser un million et faire tuer cinq cents
hommes, il lui fallait nos têtes.
-- Eh bien, mais il sait à qui il les demande; reste à, savoir si
nous les laisserons prendre.
-- Alors, le citoyen Fouché est rentré furieux, et il a déclaré
qu'il fallait, qu'avant huit jours, il n'existât plus en France un
seul compagnon de Jéhu.
-- Le délai est court.
-- Le même jour, des courriers sont partis pour Lyon, pour Mâcon,
pour Lons-le-Saulnier, pour Besançon et pour Genève, avec ordre
aux chefs des garnisons de faire personnellement tout ce qu'ils
pourraient pour arriver à notre destruction, mais, en outre,
d'obéir sans réplique à M. Roland de Montrevel, aide de camp du
premier consul, et de mettre à sa disposition, pour en user comme
bon lui semblerait, toutes les troupes dont il pourrait avoir
besoin.
-- Et je puis ajouter ceci, dit Morgan, que M. Roland de Montrevel
est déjà en campagne; hier, il a eu, à la prison de Bourg, une
conférence avec le capitaine de gendarmerie.
-- Sait-on dans quel but? demanda une voix.
-- Pardieu! dit un autre, pour y retenir nos logements.
-- Maintenant le sauvegarderas-tu toujours? demanda d'Assas.
-- Plus que jamais.
-- Ah! c'est trop fort, murmura une voix.
-- Pourquoi cela? répliqua Morgan d'un ton impérieux; n'est-ce pas
mon droit de simple compagnon?
-- Certainement, dirent deux autres voix.
-- Eh bien, j'en use, et comme simple compagnon, et comme votre
capitaine.
-- Si cependant, au milieu de la mêlée, une balle s'égare! dit une
voix.
-- Alors, ce n'est pas un droit que je réclame, ce n'est pas un
ordre que je donne, c'est une prière que je fais; mes amis,
promettez-moi, sur l'honneur, que la vie de Roland de Montrevel
vous sera sacrée.
D'une voix unanime, tous ceux qui étaient là répondirent en
étendant la main
-- Sur l'honneur, nous le jurons!
-- Maintenant, reprit Morgan, il s'agit d'envisager notre position
sous son véritable point de vue, de ne pas nous faire d'illusions,
le jour où une police intelligente se mettra à notre poursuite et
nous fera véritablement la guerre, il est impossible que nous
résistions: nous ruserons comme le renard, nous nous retournerons
comme le sanglier, mais notre résistance sera une affaire de
temps, et voilà tout: c'est mon avis du moins.
Morgan interrogea des yeux ses compagnons, et l'adhésion fut
unanime: seulement, c'était le sourire sur les lèvres qu'ils
reconnaissaient que leur perte était assurée.
II en était ainsi à cette étrange époque: on recevait la mort sans
crainte, comme on la donnait sans émotion.
-- Et maintenant, demanda Montbar, n'as-tu rien à ajouter?
-- Si fait, dit Morgan; j'ai à ajouter que rien n'est plus facile
que de nous procurer des chevaux ou même de partir à pied: nous
sommes tous chasseurs et plus ou moins montagnards. À cheval, il
nous faut six heures pour être hors de France; à pied, il nous en
faut douze; une fois en Suisse, nous faisons la nique au citoyen
Fouché et à sa police; voilà ce que j'avais à ajouter.
-- C'est bien amusant de se moquer du citoyen Fouché, dit Adler,
mais c'est bien ennuyeux de quitter la France.
-- Aussi ne mettrai-je aux voix ce parti extrême qu'après que nous
aurons entendu le messager de Cadoudal.
-- Ah! c'est vrai, dirent deux ou trois voix, le Breton! où donc
est le Breton?
-- Il dormait quand je suis parti, dit Montbar.
-- Et il dort encore, dit Adler en désignant du doigt un homme
couché sur un lit de paille dans un renfoncement de la grotte.
On réveilla le Breton, qui se dressa sur ses genoux en se frottant
les yeux d'une main et en cherchant par habitude sa carabine de
l'autre.
-- Vous êtes avec des amis, dit une voix, n'ayez donc pas peur.
-- Peur! dit le Breton; qui donc suppose là-bas que je puisse
avoir peur?
-- Quelqu'un qui probablement ne sait pas ce que c'est, mon cher
Branche-d'or, dit Morgan (car il reconnaissait le messager de
Cadoudal pour celui qui était déjà venu et qu'on avait reçu dans
la chartreuse pendant la nuit où lui-même était arrivé à Avignon),
et au nom duquel je vous fais des excuses.
Branche-d'or regarda le groupe de jeunes gens devant lequel il se
trouvait, d'un air qui ne laissait pas de doute sur la répugnance
avec laquelle il acceptait un certain genre de plaisanteries;
mais, comme ce groupe n'avait rien d'offensif et qu'il était
évident que sa gaieté n'était point de la raillerie, il demanda
d'un air assez gracieux:
-- Lequel de vous tous, messieurs, est le chef? J'ai à lui
remettre une lettre de la part de mon général.
Morgan fit un pas en avant.
-- C'est moi, dit-il.
-- Votre nom?
-- J'en ai deux.
-- Votre nom de guerre?
-- Morgan.
-- Oui, c'est bien celui-là que le général a dit; d'ailleurs, je
vous reconnais; c'est vous qui, le soir où j'ai été reçu par des
moines, m'avez remis un sac de soixante mille francs: alors, j'ai
une lettre pour vous.
-- Donne.
Le paysan prit son chapeau, en arracha la coiffe, et, entre la
coiffe et le feutre, prit un morceau de papier qui avait l'air
d'une double coiffe et qui semblait blanc au premier abord.
Puis, avec le salut militaire, il présenta le papier à Morgan.
Celui-ci commença par le tourner et le retourner; voyant que rien
n'y était écrit, ostensiblement du moins:
-- Une bougie, dit-il.
On approcha une bougie; Morgan exposa le papier à la flamme.
Peu à peu le papier se couvrit de caractères, et à la chaleur
l'écriture parut.
Cette expérience paraissait familière aux jeunes gens; le Breton
seul la regardait avec une certaine surprise.
Pour cet esprit naïf, il pouvait bien y avoir, dans cette
opération, une certaine magie; mais, du moment où le diable
servait la cause royaliste, le Chouan n'était pas loin de pactiser
avec le diable.
-- Messieurs, dit Morgan, voulez-vous savoir ce que nous dit le
maître?
Tous s'inclinèrent, écoutant.
Le jeune homme lut:
«Mon cher Morgan,
«Si lon vous disait que j'ai abandonné la cause et traité avec le
gouvernement du premier consul en même temps que les chefs
vendéens, n'en croyez pas un mot; je suis de la Bretagne
bretonnante, et par conséquent, entêté comme un vrai Breton. Le
premier consul a envoyé un de ses aides de camp m'offrir amnistie
entière pour mes hommes, et pour moi le grade de colonel; je n'ai
pas même consulté mes hommes, et j'ai refusé pour eux et pour moi.
«Maintenant, tout dépend de vous: comme nous ne recevons des
princes ni argent ni encouragement, vous êtes notre seul
trésorier; fermez-nous votre caisse, ou plutôt cessez de nous
ouvrir celle du gouvernement, et l'opposition royaliste, dont le
coeur ne bat plus qu'en Bretagne, se ralentit peu à peu et finit
par s'éteindre tout à fait.
«Je n'ai pas besoin de vous dire que, lorsqu'il se sera éteint,
c'est que le mien aura cessé de battre.
«Notre mission est dangereuse; il est probable que nous y
laisserons notre tête; mais ne trouvez-vous pas qu'il sera beau
pour nous d'entendre dire après nous, si lon entend encore
quelque chose au-delà de la tombe: -Tous avaient désespéré, eux ne
désespérèrent pas!-
«L'un de nous deux survivra à lautre, mais pour succomber à son
tour; que celui-là dise en mourant: -Etiamsi omnes, ego non.-
«Comptez sur moi comme je compte sur vous.
«GEORGES CADOUDAL»
«P.S. Vous savez que vous pouvez remettre à Branche-d'or tout ce
que vous avez d'argent pour la cause; il m'a promis de ne pas se
laisser prendre, et je me fie à sa parole.»
Un murmure d'enthousiasme s'éleva, parmi les jeunes gens lorsque
Morgan eut achevé les derniers mots de cette lettre.
-- Vous avez entendu, messieurs? dit-il.
-- Oui, oui, oui, répétèrent toutes les voix.
-- D'abord, quelle somme avons-nous à remettre à Branche-d'or?
-- Treize mille francs du lac de Silans; vingt-deux mille des
Carronnières, quatorze mille de Meximieux; en tout, quarante-neuf
mille, dit Adler.
-- Vous entendez, mon cher Branche-d'or? dit Morgan; ce n'est pas
grand-chose, et nous sommes de moitié plus pauvres que la dernière
fois; mais vous connaissez le proverbe: «La plus belle fille du
monde ne peut donner que ce qu'elle a.»
-- Le général sait ce que vous risquez pour conquérir cet argent,
et il a dit que, si peu que vous puissiez lui envoyer, il le
recevrait avec reconnaissance.
-- D'autant plus que le prochain envoi sera meilleur, dit la voix
d'un jeune homme qui venait de se mêler au groupe sans être vu,
tant l'attention s'était concentrée sur la lettre de Cadoudal et
sur celui qui la lisait, surtout si nous voulons dire deux mots à
la malle de Chambéry samedi prochain.
-- Ah! c'est toi, Valensolle, dit Morgan.
-- Pas de noms propres, s'il te plaît, baron; faisons-nous
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