En les prenant, elle me regarda. Je baissai les yeux, je rougis.
Elle se pencha à l'oreille de sa voisine, lui dit quelques mots tout
bas, et toutes deux éclatèrent de rire.
Bien certainement j'étais la cause de cette hilarité; mon embarras en
redoubla. À cette époque, j'avais pour maîtresse une petite bourgeoise
fort tendre et fort sentimentale, dont le sentiment et les lettres
mélancoliques me faisaient rire. Je compris le mal que j'avais dû lui
faire par celui que j'éprouvais, et, pendant cinq minutes, je l'aimai
comme jamais on n'aima une femme.
Marguerite mangeait ses raisins sans plus s'occuper de moi.
Mon introducteur ne voulut pas me laisser dans cette position ridicule.
--Marguerite, fit-il, il ne faut pas vous étonner si M. Duval ne vous
dit rien, vous le bouleversez tellement qu'il ne trouve pas un mot.
--Je crois plutôt que monsieur vous a accompagné ici parce que cela vous
ennuyait d'y venir seul.
--Si cela était vrai, dis-je à mon tour, je n'aurais pas prié Ernest de
vous demander la permission de me présenter.
--Ce n'était peut-être qu'un moyen de retarder le moment fatal.
Pour peu que l'on ait vécu avec les filles du genre de Marguerite, on
sait le plaisir qu'elles prennent à faire de l'esprit à faux et à
taquiner les gens qu'elles voient pour la première fois. C'est sans
doute une revanche des humiliations qu'elles sont souvent forcées de
subir de la part de ceux qu'elles voient tous les jours.
Aussi faut-il pour leur répondre une certaine habitude de leur monde,
habitude que je n'avais pas; puis, l'idée que je m'étais faite de
Marguerite m'exagéra sa plaisanterie. Rien ne m'était indifférent de la
part de cette femme. Aussi je me levai en lui disant, avec une
altération de voix qu'il me fut impossible de cacher complètement:
--Si c'est là ce que vous pensez de moi, madame, il ne me reste plus
qu'à vous demander pardon de mon indiscrétion, et à prendre congé de
vous en vous assurant qu'elle ne se renouvellera pas.
Là-dessus, je saluai et je sortis.
À peine eus-je fermé la porte, que j'entendis un troisième éclat de
rire. J'aurais bien voulu que quelqu'un me coudoyât en ce moment.
Je retournai à ma stalle.
On frappa le lever de la toile.
Ernest revint auprès de moi.
--Comme vous y allez! me dit-il en s'asseyant; elles vous croient fou.
--Qu'a dit Marguerite, quand j'ai été parti?
--Elle a ri et m'a assuré qu'elle n'avait jamais rien vu d'aussi drôle
que vous. Mais il ne faut pas vous tenir pour battu; seulement ne faites
pas à ces filles-là l'honneur de les prendre au sérieux. Elles ne savent
pas ce que c'est que l'élégance et la politesse; c'est comme les chiens
auxquels on met des parfums, ils trouvent que cela sent mauvais et vont
se rouler dans le ruisseau.
--Après tout, que m'importe? dis-je en essayant de prendre un ton
dégagé, je ne reverrai jamais cette femme, et si elle me plaisait avant
que je la connusse, c'est bien changé maintenant que je la connais.
--Bah! je ne désespère pas de vous voir un jour dans le fond de sa loge,
et d'entendre dire que vous vous ruinez pour elle. Du reste, vous aurez
raison, elle est mal élevée, mais c'est une jolie maîtresse à avoir.
Heureusement, on leva le rideau et mon ami se tut. Vous dire ce que l'on
jouait me serait impossible. Tout ce que je me rappelle, c'est que de
temps en temps je levais les yeux sur la loge que j'avais si brusquement
quittée, et que des figures de visiteurs nouveaux s'y succédaient à
chaque instant.
Cependant, j'étais loin de ne plus penser à Marguerite. Un autre
sentiment s'emparait de moi. Il me semblait que j'avais son insulte et
mon ridicule à faire oublier; je me disais que, dussé-je y dépenser ce
que je possédais, j'aurais cette fille et prendrais de droit la place
que j'avais abandonnée si vite.
Avant que le spectacle fût terminé, Marguerite et son amie quittèrent
leur loge.
Malgré moi, je quittai ma stalle.
--Vous vous en allez? me dit Ernest.
--Oui.
--Pourquoi?
En ce moment, il s'aperçut que la loge était vide.
--Allez, allez, dit-il, et bonne chance, ou plutôt meilleure chance.
Je sortis.
J'entendis dans l'escalier des frôlements de robes et des bruits de
voix. Je me mis à l'écart et je vis passer, sans être vu, les deux
femmes et les deux jeunes gens qui les accompagnaient.
Sous le péristyle du théâtre se présenta à elles un petit domestique.
--Va dire au cocher d'attendre à la porte du café Anglais, dit
Marguerite; nous irons à pied jusque-là.
Quelques minutes après, en rôdant sur le boulevard, je vis, à une
fenêtre d'un des grands cabinets du restaurant, Marguerite, appuyée sur
le balcon, effeuillant un à un les camélias de son bouquet.
Un des deux hommes était penché sur son épaule et lui parlait tout bas.
J'allai m'installer à la Maison d'Or, dans les salons du premier étage,
et je ne perdis pas de vue la fenêtre en question.
À une heure du matin, Marguerite remontait dans sa voiture avec ses
trois amis.
Je pris un cabriolet et je la suivis.
La voiture s'arrêta rue d'Antin, nº 9.
Marguerite en descendit et rentra seule chez elle.
C'était sans doute un hasard, mais ce hasard me rendit bien heureux.
À partir de ce jour, je rencontrai souvent Marguerite au spectacle, aux
Champs-Elysées. Toujours même gaieté chez elle, toujours même émotion
chez moi.
Quinze jours se passèrent cependant sans que je la revisse nulle part.
Je me trouvai avec Gaston, à qui je demandai de ses nouvelles.
--La pauvre fille est bien malade, me répondit-il.
--Qu'a-t-elle donc?
--Elle a qu'elle est poitrinaire, et que, comme elle a fait une vie qui
n'est pas destinée à la guérir, elle est dans son lit et qu'elle se
meurt.
Le cœur est étrange; je fus presque content de cette maladie.
J'allai tous les jours savoir des nouvelles de la malade, sans cependant
m'inscrire, ni laisser ma carte. J'appris ainsi sa convalescence et son
départ pour Bagnères.
Puis, le temps s'écoula, l'impression, sinon le souvenir, parut
s'effacer peu à peu de mon esprit. Je voyageai; des liaisons, des
habitudes, des travaux prirent la place de cette pensée, et, lorsque je
songeais à cette première aventure, je ne voulais voir ici qu'une de ces
passions comme on en a lorsque l'on est tout jeune, et dont on rit peu
de temps après.
Du reste, il n'y aurait pas eu de mérite à triompher de ce souvenir, car
j'avais perdu Marguerite de vue depuis son départ, et, comme je vous
l'ai dit, quand elle passa près de moi, dans le corridor des Variétés,
je ne la reconnus pas.
Elle était voilée, il est vrai; mais si voilée qu'elle eût été, deux ans
plus tôt, je n'aurais pas eu besoin de la voir pour la reconnaître: je
l'aurais devinée.
Ce qui n'empêcha pas mon cœur de battre quand je sus que c'était elle;
et les deux années passées sans la voir et les résultats que cette
séparation avait paru amener s'évanouirent dans la même fumée au seul
toucher de sa robe.
Chapitre VIII
Cependant, continua Armand après une pause, tout en comprenant que
j'étais encore amoureux, je me sentais plus fort qu'autrefois, et, dans
mon désir de me retrouver avec Marguerite, il y avait aussi la volonté
de lui faire voir que je lui étais devenu supérieur.
Que de routes prend et que de raisons se donne le cœur pour en arriver à
ce qu'il veut! Aussi, je ne pus rester longtemps dans les corridors, et
je retournai prendre ma place à l'orchestre, en jetant un coup d'œil
rapide dans la salle, pour voir dans quelle loge elle était.
Elle était dans l'avant-scène du rez-de-chaussée, et toute seule. Elle
était changée, comme je vous l'ai dit, je ne retrouvais plus sur sa
bouche son sourire indifférent. Elle avait souffert, elle souffrait
encore.
Quoiqu'on fût déjà en avril, elle était encore vêtue comme en hiver et
toute couverte de velours.
Je la regardais si obstinément que mon regard attira le sien.
Elle me considéra quelques instants, prit sa lorgnette pour mieux me
voir, et crut sans doute me reconnaître, sans pouvoir positivement dire
qui j'étais, car lorsqu'elle reposa sa lorgnette, un sourire, ce
charmant salut des femmes, erra sur ses lèvres, pour répondre au salut
qu'elle avait l'air d'attendre de moi; mais je n'y répondis point, comme
pour prendre barres sur elle et paraître avoir oublié, quand elle se
souvenait.
Elle crut s'être trompée et détourna la tête.
On leva le rideau.
J'ai vu bien des fois Marguerite au spectacle, je ne l'ai jamais vue
prêter la moindre attention à ce qu'on jouait.
Quant à moi, le spectacle m'intéressait aussi fort peu, et je ne
m'occupais que d'elle, mais en faisant tous mes efforts pour qu'elle ne
s'en aperçût pas.
Je la vis ainsi échanger des regards avec la personne occupant la loge
en face de la sienne; je portai mes yeux sur cette loge, et je reconnus
dedans une femme avec qui j'étais assez familier.
Cette femme était une ancienne femme entretenue, qui avait essayé
d'entrer au théâtre, qui n'y avait pas réussi, et qui, comptant sur ses
relations avec les élégantes de Paris, s'était mise dans le commerce et
avait pris un magasin de modes.
Je vis en elle un moyen de me rencontrer avec Marguerite, et je profitai
d'un moment où elle regardait de mon côté pour lui dire bonsoir de la
main et des yeux.
Ce que j'avais prévu arriva, elle m'appela dans sa loge.
Prudence Duvernoy, c'était l'heureux nom de la modiste, était une de ces
grosses femmes de quarante ans avec lesquelles il n'y a pas besoin d'une
grande diplomatie pour leur faire dire ce que l'on veut savoir, surtout
quand ce que l'on veut savoir est aussi simple que ce que j'avais à lui
demander.
Je profitai d'un moment où elle recommençait ses correspondances avec
Marguerite pour lui dire:
--Qui regardez-vous ainsi?
--Marguerite Gautier.
--Vous la connaissez?
--Oui; je suis sa modiste, et elle est ma voisine.
--Vous demeurez donc rue d'Antin?
--Nº 7. La fenêtre de son cabinet de toilette donne sur la fenêtre du
mien.
--On dit que c'est une charmante fille.
--Vous ne la connaissez pas?
--Non, mais je voudrais bien la connaître.
--Voulez-vous que je lui dise de venir dans notre loge?
--Non, j'aime mieux que vous me présentiez à elle.
--Chez elle?
--Oui.
--C'est plus difficile.
--Pourquoi?
--Parce qu'elle est protégée par un vieux duc très jaloux.
--Protégée est charmant.
--Oui, protégée, reprit Prudence. Le pauvre vieux, il serait bien
embarrassé d'être son amant.
Prudence me raconta alors comment Marguerite avait fait connaissance du
duc à Bagnères.
--C'est pour cela, continuai-je, qu'elle est seule ici?
--Justement.
--Mais, qui la reconduira?
--Lui.
--Il va donc venir la prendre?
--Dans un instant.
--Et vous, qui vous reconduit?
--Personne.
--Je m'offre.
--Mais vous êtes avec un ami, je crois.
--Nous nous offrons alors.
--Qu'est-ce que c'est que votre ami?
--C'est un charmant garçon, fort spirituel, et qui sera enchanté de
faire votre connaissance.
--Eh bien, c'est convenu, nous partirons tous les quatre après cette
pièce, car je connais la dernière.
--Volontiers, je vais prévenir mon ami.
--Allez.
--Ah! me dit Prudence au moment où j'allais sortir, voilà le duc qui
entre dans la loge de Marguerite.
Je regardai.
Un homme de soixante-dix ans, en effet, venait de s'asseoir derrière la
jeune femme et lui remettait un sac de bonbons dans lequel elle puisa
aussitôt en souriant, puis elle l'avança sur le devant de sa loge en
faisant à Prudence un signe qui pouvait se traduire par:
--En voulez-vous?
--Non, fit Prudence.
Marguerite reprit le sac et, se retournant, se mit à causer avec le duc.
Le récit de tous ces détails ressemble à de l'enfantillage, mais tout ce
qui avait rapport à cette fille est si présent à ma mémoire, que je ne
puis m'empêcher de le rappeler aujourd'hui.
Je descendis prévenir Gaston de ce que je venais d'arranger pour lui et
pour moi.
Il accepta.
Nous quittâmes nos stalles pour monter dans la loge de Madame Duvernoy.
À peine avions-nous ouvert la porte des orchestres que nous fûmes forcés
de nous arrêter pour laisser passer Marguerite et le duc qui s'en
allaient.
J'aurais donné dix ans de ma vie pour être à la place de ce vieux
bonhomme.
Arrivé sur le boulevard, il lui fit prendre place dans un phaéton qu'il
conduisait lui-même, et ils disparurent emportés au trot de deux
superbes chevaux.
Nous entrâmes dans la loge de Prudence.
Quand la pièce fut finie, nous descendîmes prendre un simple fiacre qui
nous conduisit rue d'Antin, nº 7. A la porte de sa maison, Prudence nous
offrit de monter chez elle pour nous faire voir ses magasins que nous ne
connaissions pas et dont elle paraissait être très fière. Vous jugez
avec quel empressement j'acceptai.
Il me semblait que je me rapprochais peu à peu de Marguerite. J'eus
bientôt fait retomber la conversation sur elle.
--Le vieux duc est chez votre voisine? dis-je à Prudence.
--Non pas; elle doit être seule.
--Mais elle va s'ennuyer horriblement, dit Gaston.
--Nous passons presque toutes nos soirées ensemble, ou, lorsqu'elle
rentre, elle m'appelle. Elle ne se couche jamais avant deux heures du
matin. Elle ne peut pas dormir plus tôt.
--Pourquoi?
--Parce qu'elle est malade de la poitrine et qu'elle a presque toujours
la fièvre.
--Elle n'a pas d'amants? demandai-je.
--Je ne vois jamais personne rester quand je m'en vais; mais je ne
réponds pas qu'il ne vient personne quand je suis partie; souvent je
rencontre chez elle, le soir, un certain comte de N... qui croit avancer
ses affaires en faisant ses visites à onze heures, en lui envoyant des
bijoux tant qu'elle en veut; mais elle ne peut pas le voir en peinture.
Elle a tort, c'est un garçon très riche. J'ai beau lui dire de temps en
temps: ma chère enfant, c'est l'homme qu'il vous faut! Elle qui m'écoute
assez ordinairement, elle me tourne le dos et me répond qu'il est trop
bête. Qu'il soit bête, j'en conviens; mais ce serait pour elle une
position, tandis que ce vieux duc peut mourir d'un jour à l'autre. Les
vieillards sont égoïstes; sa famille lui reproche sans cesse son
affection pour Marguerite: voilà deux raisons pour qu'il ne lui laisse
rien. Je lui fais de la morale, à laquelle elle répond qu'il sera
toujours temps de prendre le comte à la mort du duc.
«Cela n'est pas toujours drôle, continua Prudence, de vivre comme elle
vit. Je sais bien, moi, que cela ne m'irait pas et que j'enverrais bien
vite promener le bonhomme. Il est insipide, ce vieux; il l'appelle sa
fille, il a soin d'elle comme d'un enfant, il est toujours sur son dos.
Je suis sûre qu'à cette heure un de ses domestiques rôde dans la rue
pour voir qui sort, et surtout qui entre.
--Ah! cette pauvre Marguerite! dit Gaston en se mettant au piano et en
jouant une valse, je ne savais pas cela, moi. Cependant je lui trouvais
l'air moins gai depuis quelque temps.
--Chut! dit Prudence en prêtant l'oreille.
Gaston s'arrêta.
--Elle m'appelle, je crois.
Nous écoutâmes.
En effet, une voix appelait Prudence.
--Allons, messieurs, allez-vous-en, nous dit madame Duvernoy.
--Ah! c'est comme cela que vous entendez l'hospitalité, dit Gaston en
riant, nous nous en irons quand bon nous semblera.
--Pourquoi nous en irions-nous?
--Je vais chez Marguerite.
--Nous attendrons ici.
--Cela ne se peut pas.
--Alors, nous irons avec vous.
--Encore moins.
--Je connais Marguerite, moi, fit Gaston, je puis bien aller lui faire
une visite.
--Mais Armand ne la connaît pas.
--Je le présenterai.
--C'est impossible.
Nous entendîmes de nouveau la voix de Marguerite appelant toujours
Prudence. Celle-ci courut à son cabinet de toilette. Je l'y suivis avec
Gaston. Elle ouvrit la fenêtre.
Nous nous cachâmes de façon à ne pas être vus du dehors.
--Il y a dix minutes que je vous appelle, dit Marguerite de sa fenêtre
et d'un ton presque impérieux.
--Que me voulez-vous?
--Je veux que vous veniez tout de suite.
--Pourquoi?
--Parce que le comte de N... est encore là et qu'il m'ennuie à périr.
--Je ne peux pas maintenant.
--Qui vous en empêche?
--J'ai chez moi deux jeunes gens qui ne veulent pas s'en aller.
--Dites-leur qu'il faut que vous sortiez.
--Je le leur ai dit.
--Eh bien, laissez-les chez vous; quand ils vous verront sortie, ils
s'en iront.
--Après avoir mis tout sens dessus dessous!
--Mais qu'est-ce qu'ils veulent?
--Ils veulent vous voir.
--Comment se nomment-ils?
--Vous en connaissez un, M. Gaston R...
--Ah! oui, je le connais; et l'autre?
--M Armand Duval. Vous ne le connaissez pas?
--Non; mais amenez-les toujours, j'aime mieux tout que le comte. Je vous
attends, venez vite.
Marguerite referma sa fenêtre, Prudence la sienne.
Marguerite, qui s'était un instant rappelé mon visage, ne se rappelait
pas mon nom. J'aurais mieux aimé un souvenir à mon désavantage que cet
oubli.
--Je savais bien, dit Gaston, qu'elle serait enchantée de nous voir.
--Enchantée n'est pas le mot, répondit Prudence en mettant son châle et
son chapeau, elle vous reçoit pour faire partir le comte. Tâchez d'être
plus aimables que lui, ou, je connais Marguerite, elle se brouillera
avec moi.
Nous suivîmes Prudence qui descendait.
Je tremblais; il me semblait que cette visite allait avoir une grande
influence sur ma vie.
J'étais encore plus ému que le soir de ma présentation dans la loge de
l'Opéra-Comique.
En arrivant à la porte de l'appartement que vous connaissez, le cœur me
battait si fort que la pensée m'échappait.
Quelques accords de piano arrivaient jusqu'à nous.
Prudence sonna.
Le piano se tut.
Une femme qui avait plutôt l'air d'une dame de compagnie que d'une femme
de chambre vint nous ouvrir.
Nous passâmes dans le salon, du salon dans le boudoir, qui était à cette
époque ce que vous l'avez vu depuis.
Un jeune homme était appuyé contre la cheminée.
Marguerite, assise devant son piano, laissait courir ses doigts sur les
touches, et commençait des morceaux qu'elle n'achevait pas.
L'aspect de cette scène était l'ennui, résultant pour l'homme de
l'embarras de sa nullité, pour la femme de la visite de ce lugubre
personnage.
À la voix de Prudence, Marguerite se leva, et, venant à nous après avoir
échangé un regard de remerciements avec madame Duvernoy, elle nous dit:
--Entrez, messieurs, et soyez les bienvenus.
Chapitre IX
--Bonsoir, mon cher Gaston, dit Marguerite à mon compagnon, je suis bien
aise de vous voir. Pourquoi n'êtes-vous pas entré dans ma loge aux
Variétés?
--Je craignais d'être indiscret.
--Les amis, et Marguerite appuya sur ce mot, comme si elle eût voulu
faire comprendre à ceux qui étaient là que, malgré la façon familière
dont elle l'accueillait, Gaston n'était et n'avait toujours été qu'un
ami, les amis ne sont jamais indiscrets.
--Alors, vous me permettez de vous présenter M. Armand Duval!
--J'avais déjà autorisé Prudence à le faire.
--Du reste, madame, dis-je alors en m'inclinant et en parvenant à rendre
des sons à peu près intelligibles, j'ai déjà eu l'honneur de vous être
présenté.
L'œil charmant de Marguerite sembla chercher dans son souvenir, mais
elle ne se souvint point, ou parut ne point se souvenir.
--Madame, repris-je alors, je vous suis reconnaissant d'avoir oublié
cette première présentation, car j'y fus très ridicule et dus vous
paraître très ennuyeux. C'était, il y a deux ans, à l'Opéra-Comique;
j'étais avec Ernest de ***...
--Ah! je me rappelle! reprit Marguerite avec un sourire. Ce n'est pas
vous qui étiez ridicule, c'est moi qui étais taquine, comme je le suis
encore un peu, mais moins cependant. Vous m'avez pardonné, monsieur?
Et elle me tendit sa main que je baisai.
--C'est vrai, reprit-elle. Figurez-vous que j'ai la mauvaise habitude de
vouloir embarrasser les gens que je vois pour la première fois. C'est
très sot. Mon médecin dit que c'est parce que je suis nerveuse et
toujours souffrante: croyez mon médecin.
--Mais vous paraissez très bien portante.
--Oh! j'ai été bien malade.
--Je le sais.
--Qui vous l'a dit?
--Tout le monde le savait; je suis venu souvent savoir de vos nouvelles,
et j'ai appris avec plaisir votre convalescence.
--On ne m'a jamais remis votre carte.
--Je ne l'ai jamais laissée.
--Serait-ce vous, ce jeune homme qui venait tous les jours s'informer de
moi pendant ma maladie, et qui n'a jamais voulu dire son nom?
--C'est moi.
--Alors, vous êtes plus qu'indulgent, vous êtes généreux. Ce n'est pas
vous, comte, qui auriez fait cela, ajouta-t-elle en se tournant vers M.
de N..., et après avoir jeté sur moi un de ces regards par lesquels les
femmes complètent leur opinion sur un homme.
--Je ne vous connais que depuis deux mois, répliqua le comte.
--Et monsieur qui ne me connaît que depuis cinq minutes! Vous répondez
toujours des niaiseries.
Les femmes sont impitoyables avec les gens qu'elles n'aiment pas.
Le comte rougit et se mordit les lèvres.
J'eus pitié de lui, car il paraissait être amoureux comme moi, et la
dure franchise de Marguerite devait le rendre bien malheureux, surtout
en présence de deux étrangers.
--Vous faisiez de la musique quand nous sommes entrés, dis-je alors pour
changer la conversation, ne me ferez-vous pas le plaisir de me traiter
en vieille connaissance, et ne continuerez-vous pas?
--Oh! fit-elle en se jetant sur le canapé et en nous faisant signe de
nous y asseoir, Gaston sait bien quel genre de musique je fais. C'est
bon quand je suis seule avec le comte, mais je ne voudrais pas vous
faire endurer pareil supplice.
--Vous avez cette préférence pour moi? Répliqua M. de N... avec un
sourire qu'il essaya de rendre fin et ironique.
--Vous avez tort de me la reprocher; c'est la seule.
Il était décidé que ce pauvre garçon ne dirait pas un mot. Il jeta sur
la jeune femme un regard vraiment suppliant.
--Dites donc, Prudence, continua-t-elle, avez-vous fait ce que je vous
avais priée de faire?
--Oui.
--C'est bien, vous me conterez cela plus tard. Nous avons à causer, vous
ne vous en irez pas sans que je vous parle.
--Nous sommes sans doute indiscrets, dis-je alors, et, maintenant que
nous avons ou plutôt que j'ai obtenu une seconde présentation pour faire
oublier la première, nous allons nous retirer, Gaston et moi.
--Pas le moins du monde; ce n'est pas pour vous que je dis cela. Je veux
au contraire que vous restiez.
Le comte tira une montre fort élégante, à laquelle il regarda l'heure:
--Il est temps que j'aille au club, dit-il.
Marguerite ne répondit rien.
Le comte quitta alors la cheminée, et venant à elle:
--Adieu, madame.
Marguerite se leva.
--Adieu, mon cher comte, vous vous en allez déjà?
--Oui, je crains de vous ennuyer.
--Vous ne m'ennuyez pas plus aujourd'hui que les autres jours. Quand
vous verra-t-on?
--Quand vous le permettrez.
--Adieu, alors!
C'était cruel, vous l'avouerez.
Le comte avait heureusement une fort bonne éducation et un excellent
caractère. Il se contenta de baiser la main que Marguerite lui tendait
assez nonchalamment, et de sortir après nous avoir salués.
Au moment où il franchissait la porte, il regarda Prudence.
Celle-ci leva les épaules d'un air qui signifiait:
--Que voulez-vous, j'ai fait tout ce que j'ai pu.
--Nanine! cria Marguerite, éclaire M. le comte.
Nous entendîmes ouvrir et fermer la porte.
--Enfin! s'écria Marguerite en reparaissant, le voilà parti; ce
garçon-là me porte horriblement sur les nerfs.
--Ma chère enfant, dit Prudence, vous êtes vraiment trop méchante avec
lui, lui qui est si bon et si prévenant pour vous. Voilà encore sur
votre cheminée une montre qu'il vous a donnée, et qui lui a coûté au
moins mille écus, j'en suis sûre.
Et madame Duvernoy, qui s'était approchée de la cheminée, jouait avec le
bijou dont elle parlait, et jetait dessus des regards de convoitise.
--Ma chère, dit Marguerite en s'asseyant à son piano quand je pèse d'un
côté ce qu'il me donne et de l'autre ce qu'il me dit, je trouve que je
lui passe ses visites bon marché.
--Ce pauvre garçon est amoureux de vous.
--S'il fallait que j'écoutasse tous ceux qui sont amoureux de moi, je
n'aurais seulement pas le temps de dîner.
Et elle fit courir ses doigts sur le piano, après quoi se retournant
elle nous dit:
--Voulez-vous prendre quelque chose? Moi, je boirais bien un peu de
punch.
--Et moi, je mangerais bien un peu de poulet, dit Prudence; si nous
soupions?
--C'est cela, allons souper, dit Gaston.
--Non, nous allons souper ici.
Elle sonna. Nanine parut.
--Envoie chercher à souper.
--Que faut-il prendre?
--Ce que tu voudras, mais tout de suite, tout de suite.
Nanine sortit.
--C'est cela, dit Marguerite en sautant comme une enfant, nous allons
souper. Que cet imbécile de comte est ennuyeux!
Plus je voyais cette femme, plus elle m'enchantait. Elle était belle à
ravir. Sa maigreur même était une grâce.
J'étais en contemplation.
Ce qui se passait en moi, j'aurais peine à l'expliquer. J'étais plein
d'indulgence pour sa vie, plein d'admiration pour sa beauté. Cette
preuve de désintéressement qu'elle donnait en n'acceptant pas un homme
jeune, élégant et riche, tout prêt à se ruiner pour elle, excusait à mes
yeux toutes ses fautes passées.
Il y avait dans cette femme quelque chose comme de la candeur.
On voyait qu'elle en était encore à la virginité du vice. Sa marche
assurée, sa taille souple, ses narines roses et ouvertes, ses grands
yeux légèrement cerclés de bleu, dénotaient une de ces natures ardentes
qui répandent autour d'elles un parfum de volupté, comme ces flacons
d'Orient qui, si bien fermés qu'ils soient, laissent échapper le parfum
de la liqueur qu'ils renferment.
Enfin, soit nature, soit conséquence de son état maladif, il passait de
temps en temps dans les yeux de cette femme des éclairs de désirs dont
l'expansion eût été une révélation du ciel pour celui qu'elle eût aimé.
Mais ceux qui avaient aimé Marguerite ne se comptaient plus, et ceux
qu'elle avait aimés ne se comptaient pas encore.
Bref, on reconnaissait dans cette fille la vierge qu'un rien avait faite
courtisane, et la courtisane dont un rien eût fait la vierge la plus
amoureuse et la plus pure. Il y avait encore chez Marguerite de la
fierté et de l'indépendance: deux sentiments qui, blessés, sont capables
de faire ce que fait la pudeur. Je ne disais rien, mon âme semblait être
passée toute dans mon cœur et mon cœur dans mes yeux.
--Ainsi, reprit-elle tout à coup, c'est vous qui veniez savoir de mes
nouvelles quand j'étais malade?
--Oui.
--Savez-vous que c'est très beau, cela! Et que puis-je faire pour vous
remercier?
--Me permettre de venir de temps en temps vous voir.
--Tant que vous voudrez, de cinq heures à six, de onze heures à minuit.
Dites donc, Gaston, jouez-moi l'Invitation à la valse.
--Pourquoi?
--Pour me faire plaisir d'abord, et ensuite parce que je ne puis pas
arriver à la jouer seule.
--Qu'est-ce qui vous embarrasse donc?
--La troisième partie, le passage en dièse.
Gaston se leva, se mit au piano et commença cette merveilleuse mélodie
de Weber, dont la musique était ouverte sur le pupitre.
Marguerite, une main appuyée sur le piano, regardait le cahier, suivait
des yeux chaque note qu'elle accompagnait tout bas de la voix, et, quand
Gaston en arriva au passage qu'elle lui avait indiqué, elle chantonna en
faisant aller ses doigts sur le dos du piano:
--Ré, mi, ré, do, ré, fa, mi, ré, voilà ce que je ne puis faire.
Recommencez.
Gaston recommença, après quoi Marguerite lui dit:
--Maintenant laissez-moi essayer.
Elle prit sa place et joua à son tour; mais ses doigts rebelles se
trompaient toujours sur l'une des notes que nous venons de dire.
--Est-ce incroyable, dit-elle avec une véritable intonation d'enfant,
que je ne puisse pas arriver à jouer ce passage! Croiriez-vous que je
reste quelquefois jusqu'à deux heures du matin dessus! Et quand je pense
que cet imbécile de comte le joue sans musique et admirablement, c'est
cela qui me rend furieuse contre lui, je crois.
Et elle recommença, toujours avec les mêmes résultats.
--Que le diable emporte Weber, la musique et les pianos! dit-elle en
jetant le cahier à l'autre bout de la chambre; comprend-on que je ne
puisse pas faire huit dièses de suite?
Et elle se croisait les bras en nous regardant et en frappant du pied.
Le sang lui monta aux joues et une toux légère entr'ouvrit ses lèvres.
--Voyons, voyons, dit Prudence, qui avait ôté son chapeau et qui lissait
ses bandeaux devant la glace, vous allez encore vous mettre en colère et
vous faire mal; allons souper, cela vaudra mieux; moi, je meurs de faim.
Marguerite sonna de nouveau, puis elle se remit au piano et commença à
demi-voix une chanson libertine, dans l'accompagnement de laquelle elle
ne s'embrouilla point.
Gaston savait cette chanson, et ils en firent une espèce de duo.
--Ne chantez donc pas ces saletés-là, dis-je familièrement à Marguerite
et avec un ton de prière.
--Oh! comme vous êtes chaste! me dit-elle en souriant et en me tendant
la main.
--Ce n'est pas pour moi, c'est pour vous.
Marguerite fit un geste qui voulait dire: oh! il y a longtemps que j'en
ai fini, moi, avec la chasteté.
En ce moment Nanine parut.
--Le souper est-il prêt? demanda Marguerite.
--Oui, madame, dans un instant.
--À propos, me dit Prudence, vous n'avez pas vu l'appartement; venez,
que je vous le montre.
Vous le savez, le salon était une merveille.
Marguerite nous accompagna un peu, puis elle appela Gaston et passa avec
lui dans la salle à manger pour voir si le souper était prêt.
--Tiens, dit tout haut Prudence en regardant sur une étagère et en y
prenant une figure de Saxe, je ne vous connaissais pas ce petit
bonhomme-là!
--Lequel?
--Un petit berger qui tient une cage avec un oiseau.
--Prenez-le, s'il vous fait plaisir.
--Ah! Mais je crains de vous en priver.
--Je voulais le donner à ma femme de chambre, je le trouve hideux; mais
puisqu'il vous plaît, prenez-le.
Prudence ne vit que le cadeau et non la manière dont il était fait. Elle
mit son bonhomme de côté, et m'emmena dans le cabinet de toilette, où,
me montrant deux miniatures qui se faisaient pendant, elle me dit:
--Voilà le comte de G... qui a été très amoureux de Marguerite; c'est
lui qui l'a lancée. Le connaissez-vous?
--Non. Et celui-ci? demandai-je en montrant l'autre miniature.
--C'est le petit vicomte de L... il a été forcé de partir.
--Pourquoi?
--Parce qu'il était à peu près ruiné. En voilà un qui aimait Marguerite!
--Et elle l'aimait beaucoup sans doute?
--C'est une si drôle de fille, on ne sait jamais à quoi s'en tenir. Le
soir du jour où il est parti, elle était au spectacle, comme d'habitude,
et cependant elle avait pleuré au moment du départ.
En ce moment, Nanine parut, nous annonçant que le souper était servi.
Quand nous entrâmes dans la salle à manger, Marguerite était appuyée
contre le mur, et Gaston, lui tenant les mains, lui parlait tout bas.
--Vous êtes fou, lui répondait Marguerite, vous savez bien que je ne
veux pas de vous. Ce n'est pas au bout de deux ans que l'on connaît une
femme comme moi, qu'on lui demande à être son amant. Nous autres, nous
nous donnons tout de suite ou jamais. Allons, messieurs, à table.
Et, s'échappant des mains de Gaston, Marguerite le fit asseoir à sa
droite, moi à sa gauche, puis elle dit à Nanine:
--Avant de t'asseoir, recommande à la cuisine que l'on n'ouvre pas si
l'on vient sonner.
Cette recommandation était faite à une heure du matin.
On rit, on but et l'on mangea beaucoup à ce souper. Au bout de quelques
instants, la gaieté était descendue aux dernières limites, et ces mots
qu'un certain monde trouve plaisants et qui salissent toujours la bouche
qui les dit éclataient de temps à autre, aux grandes acclamations de
Nanine, de Prudence et de Marguerite. Gaston s'amusait franchement;
c'était un garçon plein de cœur, mais dont l'esprit avait été un peu
faussé par les premières habitudes. Un moment, j'avais voulu m'étourdir,
faire mon cœur et ma pensée indifférents au spectacle que j'avais sous
les yeux et prendre ma part de cette gaieté qui semblait un des mets du
repas; mais peu à peu, je m'étais isolé de ce bruit, mon verre était
resté plein, et j'étais devenu presque triste en voyant cette belle
créature de vingt ans boire, parler comme un portefaix, et rire d'autant
plus que ce que l'on disait était plus scandaleux.
Cependant cette gaieté, cette façon de parler et de boire, qui me
paraissaient chez les autres convives les résultats de la débauche, de
l'habitude ou de la force, me semblaient chez Marguerite un besoin
d'oublier, une fièvre, une irritabilité nerveuse. À chaque verre de vin
de Champagne, ses joues se couvraient d'un rouge fiévreux, et une toux,
légère au commencement du souper, était devenue à la longue assez forte
pour la forcer à renverser sa tête sur le dos de sa chaise et à
comprimer sa poitrine dans ses mains toutes les fois qu'elle toussait.
Je souffrais du mal que devaient faire à cette frêle organisation ces
excès de tous les jours.
Enfin arriva une chose que j'avais prévue et que je redoutais. Vers la
fin du souper, Marguerite fut prise d'un accès de toux plus fort que
tous ceux qu'elle avait eus depuis que j'étais là. Il me sembla que sa
poitrine se déchirait intérieurement. La pauvre fille devint pourpre,
ferma les yeux sous la douleur et porta à ses lèvres sa serviette qu'une
goutte de sang rougit. Alors elle se leva et courut dans son cabinet de
toilette.
--Qu'a donc Marguerite? demanda Gaston.
--Elle a qu'elle a trop ri et qu'elle crache le sang, fit Prudence. Oh!
ce ne sera rien, cela lui arrive tous les jours. Elle va revenir.
Laissons-la seule, elle aime mieux cela.
Quant à moi, je ne pus y tenir, et, au grand ébahissement de Prudence et
de Nanine qui me rappelaient, j'allai rejoindre Marguerite.
Chapitre X
La chambre où elle s'était réfugiée n'était éclairée que par une seule
bougie posée sur une table. Renversée sur un grand canapé, sa robe
défaite, elle tenait une main sur son cœur et laissait pendre l'autre.
Sur la table il y avait une cuvette d'argent à moitié pleine d'eau;
cette eau était marbrée de filets de sang.
Marguerite, très pâle et la bouche entr'ouverte, essayait de reprendre
haleine. Par moments, sa poitrine se gonflait d'un long soupir qui,
exhalé, paraissait la soulager un peu, et la laissait pendant quelques
secondes dans un sentiment de bien-être.
Je m'approchai d'elle, sans qu'elle fît un mouvement, je m'assis et pris
celle de ses mains qui reposait sur le canapé.
--Ah! c'est vous? me dit-elle avec un sourire.
Il paraît que j'avais la figure bouleversée, car elle ajouta:
--Est-ce que vous êtes malade aussi?
--Non; mais vous, souffrez-vous encore?
--Très peu; et elle essuya avec son mouchoir les larmes que la toux
avait fait venir à ses yeux; je suis habituée à cela maintenant.
--Vous vous tuez, madame, lui dis-je alors d'une voix émue; je voudrais
être votre ami, votre parent, pour vous empêcher de vous faire mal
ainsi.
--Ah! cela ne vaut vraiment pas la peine que vous vous alarmiez,
répliqua-t-elle d'un ton un peu amer; voyez si les autres s'occupent de
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