«Ah! Ah! s'écria un des gardes, diras-tu encore, discret Aramis, que tu es mal avec Mme de Bois-Tracy, quand cette gracieuse dame a l'obligeance de te prêter ses mouchoirs?» Aramis lança à d'Artagnan un de ces regards qui font comprendre à un homme qu'il vient de s'acquérir un ennemi mortel; puis, reprenant son air doucereux: «Vous vous trompez, messieurs, dit-il, ce mouchoir n'est pas à moi, et je ne sais pourquoi monsieur a eu la fantaisie de me le remettre plutôt qu'à l'un de vous, et la preuve de ce que je dis, c'est que voici le mien dans ma poche.» À ces mots, il tira son propre mouchoir, mouchoir fort élégant aussi, et de fine batiste, quoique la batiste fût chère à cette époque, mais mouchoir sans broderie, sans armes et orné d'un seul chiffre, celui de son propriétaire. Cette fois, d'Artagnan ne souffla pas mot, il avait reconnu sa bévue; mais les amis d'Aramis ne se laissèrent pas convaincre par ses dénégations, et l'un d'eux, s'adressant au jeune mousquetaire avec un sérieux affecté: «Si cela était, dit-il, ainsi que tu le prétends, je serais forcé, mon cher Aramis, de te le redemander; car, comme tu le sais, Bois- Tracy est de mes intimes, et je ne veux pas qu'on fasse trophée des effets de sa femme. -- Tu demandes cela mal, répondit Aramis, et tout en reconnaissant la justesse de ta réclamation quant au fond, je refuserais à cause de la forme. -- Le fait est, hasarda timidement d'Artagnan, que je n'ai pas vu sortir le mouchoir de la poche de M. Aramis. Il avait le pied dessus, voilà tout, et j'ai pensé que, puisqu'il avait le pied dessus, le mouchoir était à lui. -- Et vous vous êtes trompé, mon cher monsieur», répondit froidement Aramis, peu sensible à la réparation. Puis, se retournant vers celui des gardes qui s'était déclaré l'ami de Bois-Tracy: «D'ailleurs, continua-t-il, je réfléchis, mon cher intime de Bois- Tracy, que je suis son ami non moins tendre que tu peux l'être toi-même; de sorte qu'à la rigueur ce mouchoir peut aussi bien être sorti de ta poche que de la mienne. -- Non, sur mon honneur! s'écria le garde de Sa Majesté. -- Tu vas jurer sur ton honneur et moi sur ma parole et alors il y aura évidemment un de nous deux qui mentira. Tiens, faisons mieux, Montaran, prenons-en chacun la moitié. -- Du mouchoir? -- Oui. -- Parfaitement, s'écrièrent les deux autres gardes, le jugement du roi Salomon. Décidément, Aramis, tu es plein de sagesse.» Les jeunes gens éclatèrent de rire, et comme on le pense bien, l'affaire n'eut pas d'autre suite. Au bout d'un instant, la conversation cessa, et les trois gardes et le mousquetaire, après s'être cordialement serré la main, tirèrent, les trois gardes de leur côté et Aramis du sien. «Voilà le moment de faire ma paix avec ce galant homme», se dit à part lui d'Artagnan, qui s'était tenu un peu à l'écart pendant toute la dernière partie de cette conversation. Et, sur ce bon sentiment, se rapprochant d'Aramis, qui s'éloignait sans faire autrement attention à lui: «Monsieur, lui dit-il, vous m'excuserez, je l'espère. -- Ah! monsieur, interrompit Aramis, permettez-moi de vous faire observer que vous n'avez point agi en cette circonstance comme un galant homme le devait faire. -- Quoi, monsieur! s'écria d'Artagnan, vous supposez... -- Je suppose, monsieur, que vous n'êtes pas un sot, et que vous savez bien, quoique arrivant de Gascogne, qu'on ne marche pas sans cause sur les mouchoirs de poche. Que diable! Paris n'est point pavé en batiste. -- Monsieur, vous avez tort de chercher à m'humilier, dit d'Artagnan, chez qui le naturel querelleur commençait à parler plus haut que les résolutions pacifiques. Je suis de Gascogne, c'est vrai, et puisque vous le savez, je n'aurai pas besoin de vous dire que les Gascons sont peu endurants; de sorte que, lorsqu'ils se sont excusés une fois, fût-ce d'une sottise, ils sont convaincus qu'ils ont déjà fait moitié plus qu'ils ne devaient faire. -- Monsieur, ce que je vous en dis, répondit Aramis, n'est point pour vous chercher une querelle. Dieu merci! je ne suis pas un spadassin, et n'étant mousquetaire que par intérim, je ne me bats que lorsque j'y suis forcé, et toujours avec une grande répugnance; mais cette fois l'affaire est grave, car voici une dame compromise par vous. -- Par nous, c'est-à-dire, s'écria d'Artagnan. -- Pourquoi avez-vous eu la maladresse de me rendre le mouchoir? -- Pourquoi avez-vous eu celle de le laisser tomber? -- J'ai dit et je répète, monsieur, que ce mouchoir n'est point sorti de ma poche. -- Eh bien, vous en avez menti deux fois, monsieur, car je l'en ai vu sortir, moi! -- Ah! vous le prenez sur ce ton, monsieur le Gascon! eh bien, je vous apprendrai à vivre. -- Et moi je vous renverrai à votre messe, monsieur l'abbé! Dégainez, s'il vous plaît, et à l'instant même. -- Non pas, s'il vous plaît, mon bel ami; non, pas ici, du moins. Ne voyez-vous pas que nous sommes en face de l'hôtel d'Aiguillon, lequel est plein de créatures du cardinal? Qui me dit que ce n'est pas Son Éminence qui vous a chargé de lui procurer ma tête? Or j'y tiens ridiculement, à ma tête, attendu qu'elle me semble aller assez correctement à mes épaules. Je veux donc vous tuer, soyez tranquille, mais vous tuer tout doucement, dans un endroit clos et couvert, là où vous ne puissiez vous vanter de votre mort à personne. -- Je le veux bien, mais ne vous y fiez pas, et emportez votre mouchoir, qu'il vous appartienne ou non; peut-être aurez-vous l'occasion de vous en servir. -- Monsieur est Gascon? demanda Aramis. -- Oui. Monsieur ne remet pas un rendez-vous par prudence? -- La prudence, monsieur, est une vertu assez inutile aux mousquetaires, je le sais, mais indispensable aux gens d'Église, et comme je ne suis mousquetaire que provisoirement, je tiens à rester prudent. À deux heures, j'aurai l'honneur de vous attendre à l'hôtel de M. de Tréville. Là je vous indiquerai les bons endroits.» Les deux jeunes gens se saluèrent, puis Aramis s'éloigna en remontant la rue qui remontait au Luxembourg, tandis que d'Artagnan, voyant que l'heure s'avançait, prenait le chemin des Carmes-Deschaux, tout en disant à part soi: «Décidément, je n'en puis pas revenir; mais au moins, si je suis tué, je serai tué par un mousquetaire.» CHAPITRE V LES MOUSQUETAIRES DU ROI ET LES GARDES DE M. LE CARDINAL D'Artagnan ne connaissait personne à Paris. Il alla donc au rendez-vous d'Athos sans amener de second, résolu de se contenter de ceux qu'aurait choisis son adversaire. D'ailleurs son intention était formelle de faire au brave mousquetaire toutes les excuses convenables, mais sans faiblesse, craignant qu'il ne résultât de ce duel ce qui résulte toujours de fâcheux, dans une affaire de ce genre, quand un homme jeune et vigoureux se bat contre un adversaire blessé et affaibli: vaincu, il double le triomphe de son antagoniste; vainqueur, il est accusé de forfaiture et de facile audace. Au reste, ou nous avons mal exposé le caractère de notre chercheur d'aventures, ou notre lecteur a déjà dû remarquer que d'Artagnan n'était point un homme ordinaire. Aussi, tout en se répétant à lui-même que sa mort était inévitable, il ne se résigna point à mourir tout doucettement, comme un autre moins courageux et moins modéré que lui eût fait à sa place. Il réfléchit aux différents caractères de ceux avec lesquels il allait se battre, et commença à voir plus clair dans sa situation. Il espérait, grâce aux excuses loyales qu'il lui réservait, se faire un ami d'Athos, dont l'air grand seigneur et la mine austère lui agréaient fort. Il se flattait de faire peur à Porthos avec l'aventure du baudrier, qu'il pouvait, s'il n'était pas tué sur le coup, raconter à tout le monde, récit qui, poussé adroitement à l'effet, devait couvrir Porthos de ridicule; enfin, quant au sournois Aramis, il n'en avait pas très grand-peur, et en supposant qu'il arrivât jusqu'à lui, il se chargeait de l'expédier bel et bien, ou du moins en le frappant au visage, comme César avait recommandé de faire aux soldats de Pompée, d'endommager à tout jamais cette beauté dont il était si fier. Ensuite il y avait chez d'Artagnan ce fonds inébranlable de résolution qu'avaient déposé dans son coeur les conseils de son père, conseils dont la substance était: «Ne rien souffrir de personne que du roi, du cardinal et de M. de Tréville.» Il vola donc plutôt qu'il ne marcha vers le couvent des Carmes Déchaussés, ou plutôt Deschaux, comme on disait à cette époque, sorte de bâtiment sans fenêtres, bordé de prés arides, succursale du Pré- aux-Clercs, et qui servait d'ordinaire aux rencontres des gens qui n'avaient pas de temps à perdre. Lorsque d'Artagnan arriva en vue du petit terrain vague qui s'étendait au pied de ce monastère, Athos attendait depuis cinq minutes seulement, et midi sonnait. Il était donc ponctuel comme la Samaritaine, et le plus rigoureux casuiste à l'égard des duels n'avait rien a dire. Athos, qui souffrait toujours cruellement de sa blessure, quoiqu'elle eût été pansée à neuf par le chirurgien de M. de Tréville, s'était assis sur une borne et attendait son adversaire avec cette contenance paisible et cet air digne qui ne l'abandonnaient jamais. À l'aspect de d'Artagnan, il se leva et fit poliment quelques pas au-devant de lui. Celui-ci, de son côté, n'aborda son adversaire que le chapeau à la main et sa plume traînant jusqu'à terre. «Monsieur, dit Athos, j'ai fait prévenir deux de mes amis qui me serviront de seconds, mais ces deux amis ne sont point encore arrivés. Je m'étonne qu'ils tardent: ce n'est pas leur habitude. -- Je n'ai pas de seconds, moi, monsieur, dit d'Artagnan, car arrivé d'hier seulement à Paris, je n'y connais encore personne que M. de Tréville, auquel j'ai été recommandé par mon père qui a l'honneur d'être quelque peu de ses amis.» Athos réfléchit un instant. «Vous ne connaissez que M. de Tréville? demanda-t-il. -- Oui, monsieur, je ne connais que lui. -- Ah çà, mais..., continua Athos parlant moitié à lui-même, moitié à d'Artagnan, ah... çà, mais si je vous tue, j'aurai l'air d'un mangeur d'enfants, moi! -- Pas trop, monsieur, répondit d'Artagnan avec un salut qui ne manquait pas de dignité; pas trop, puisque vous me faites l'honneur de tirer l'épée contre moi avec une blessure dont vous devez être fort incommodé. -- Très incommodé, sur ma parole, et vous m'avez fait un mal du diable, je dois le dire; mais je prendrai la main gauche, c'est mon habitude en pareille circonstance. Ne croyez donc pas que je vous fasse une grâce, je tire proprement des deux mains; et il y aura même désavantage pour vous: un gaucher est très gênant pour les gens qui ne sont pas prévenus. Je regrette de ne pas vous avoir fait part plus tôt de cette circonstance. -- Vous êtes vraiment, monsieur, dit d'Artagnan en s'inclinant de nouveau, d'une courtoisie dont je vous suis on ne peut plus reconnaissant. -- Vous me rendez confus, répondit Athos avec son air de gentilhomme; causons donc d'autre chose, je vous prie, à moins que cela ne vous soit désagréable. Ah! sangbleu! que vous m'avez fait mal! l'épaule me brûle. -- Si vous vouliez permettre..., dit d'Artagnan avec timidité. -- Quoi, monsieur? -- J'ai un baume miraculeux pour les blessures, un baume qui me vient de ma mère, et dont j'ai fait l'épreuve sur moi-même. -- Eh bien? -- Eh bien, je suis sûr qu'en moins de trois jours ce baume vous guérirait, et au bout de trois jours, quand vous seriez guéri: eh bien, monsieur, ce me serait toujours un grand honneur d'être votre homme.» D'Artagnan dit ces mots avec une simplicité qui faisait honneur à sa courtoisie, sans porter aucunement atteinte à son courage. «Pardieu, monsieur, dit Athos, voici une proposition qui me plaît, non pas que je l'accepte, mais elle sent son gentilhomme d'une lieue. C'est ainsi que parlaient et faisaient ces preux du temps de Charlemagne, sur lesquels tout cavalier doit chercher à se modeler. Malheureusement, nous ne sommes plus au temps du grand empereur. Nous sommes au temps de M. le cardinal, et d'ici à trois jours on saurait, si bien gardé que soit le secret, on saurait, dis-je, que nous devons nous battre, et l'on s'opposerait à notre combat. Ah çà, mais! ces flâneurs ne viendront donc pas? -- Si vous êtes pressé, monsieur, dit d'Artagnan à Athos avec la même simplicité qu'un instant auparavant il lui avait proposé de remettre le duel à trois jours, si vous êtes pressé et qu'il vous plaise de m'expédier tout de suite, ne vous gênez pas, je vous en prie. -- Voilà encore un mot qui me plaît, dit Athos en faisant un gracieux signe de tête à d'Artagnan, il n'est point d'un homme sans cervelle, et il est à coup sûr d'un homme de coeur. Monsieur, j'aime les hommes de votre trempe, et je vois que si nous ne nous tuons pas l'un l'autre, j'aurai plus tard un vrai plaisir dans votre conversation. Attendons ces messieurs, je vous prie, j'ai tout le temps, et cela sera plus correct. Ah! en voici un, je crois.» En effet, au bout de la rue de Vaugirard commençait à apparaître le gigantesque Porthos. «Quoi! s'écria d'Artagnan, votre premier témoin est M. Porthos? -- Oui, cela vous contrarie-t-il? -- Non, aucunement. -- Et voici le second.» D'Artagnan se retourna du côté indiqué par Athos, et reconnut Aramis. «Quoi! s'écria-t-il d'un accent plus étonné que la première fois, votre second témoin est M. Aramis? -- Sans doute, ne savez-vous pas qu'on ne nous voit jamais l'un sans l'autre, et qu'on nous appelle, dans les mousquetaires et dans les gardes, à la cour et à la ville, Athos, Porthos et Aramis ou les trois inséparables? Après cela, comme vous arrivez de Dax ou de Pau... -- De Tarbes, dit d'Artagnan. --... Il vous est permis d'ignorer ce détail, dit Athos. -- Ma foi, dit d'Artagnan, vous êtes bien nommés, messieurs, et mon aventure, si elle fait quelque bruit, prouvera du moins que votre union n'est point fondée sur les contrastes.» Pendant ce temps, Porthos s'était rapproché, avait salué de la main Athos; puis, se retournant vers d'Artagnan, il était resté tout étonné. Disons, en passant, qu'il avait changé de baudrier et quitté son manteau. «Ah! ah! fit-il, qu'est-ce que cela? -- C'est avec monsieur que je me bats, dit Athos en montrant de la main d'Artagnan, et en le saluant du même geste. -- C'est avec lui que je me bats aussi, dit Porthos. -- Mais à une heure seulement, répondit d'Artagnan. -- Et moi aussi, c'est avec monsieur que je me bats, dit Aramis en arrivant à son tour sur le terrain. -- Mais à deux heures seulement, fit d'Artagnan avec le même calme. -- Mais à propos de quoi te bats-tu, toi, Athos? demanda Aramis. -- Ma foi, je ne sais pas trop, il m'a fait mal à l'épaule; et toi, Porthos? -- Ma foi, je me bats parce que je me bats», répondit Porthos en rougissant. Athos, qui ne perdait rien, vit passer un fin sourire sur les lèvres du Gascon. «Nous avons eu une discussion sur la toilette, dit le jeune homme. -- Et toi, Aramis? demanda Athos. -- Moi, je me bats pour cause de théologie», répondit Aramis tout en faisant signe à d'Artagnan qu'il le priait de tenir secrète la cause de son duel. Athos vit passer un second sourire sur les lèvres de d'Artagnan. «Vraiment, dit Athos. -- Oui, un point de saint Augustin sur lequel nous ne sommes pas d'accord, dit le Gascon. -- Décidément c'est un homme d'esprit, murmura Athos. -- Et maintenant que vous êtes rassemblés, messieurs, dit d'Artagnan, permettez-moi de vous faire mes excuses.» À ce mot d'excuses, un nuage passa sur le front d'Athos, un sourire hautain glissa sur les lèvres de Porthos, et un signe négatif fut la réponse d'Aramis. «Vous ne me comprenez pas, messieurs, dit d'Artagnan en relevant sa tête, sur laquelle jouait en ce moment un rayon de soleil qui en dorait les lignes fines et hardies: je vous demande excuse dans le cas où je ne pourrais vous payer ma dette à tous trois, car M. Athos a le droit de me tuer le premier, ce qui ôte beaucoup de sa valeur à votre créance, monsieur Porthos, et ce qui rend la vôtre à peu près nulle, monsieur Aramis. Et maintenant, messieurs, je vous le répète, excusez-moi, mais de cela seulement, et en garde!» À ces mots, du geste le plus cavalier qui se puisse voir, d'Artagnan tira son épée. Le sang était monté à la tête de d'Artagnan, et dans ce moment il eût tiré son épée contre tous les mousquetaires du royaume, comme il venait de faire contre Athos, Porthos et Aramis. Il était midi et un quart. Le soleil était à son zénith et l'emplacement choisi pour être le théâtre du duel se trouvait exposé à toute son ardeur. «Il fait très chaud, dit Athos en tirant son épée à son tour, et cependant je ne saurais ôter mon pourpoint; car, tout à l'heure encore, j'ai senti que ma blessure saignait, et je craindrais de gêner monsieur en lui montrant du sang qu'il ne m'aurait pas tiré lui-même. -- C'est vrai, monsieur, dit d'Artagnan, et tiré par un autre ou par moi, je vous assure que je verrai toujours avec bien du regret le sang d'un aussi brave gentilhomme; je me battrai donc en pourpoint comme vous. -- Voyons, voyons, dit Porthos, assez de compliments comme cela, et songez que nous attendons notre tour. -- Parlez pour vous seul, Porthos, quand vous aurez à dire de pareilles incongruités, interrompit Aramis. Quant à moi, je trouve les choses que ces messieurs se disent fort bien dites et tout à fait dignes de deux gentilshommes. -- Quand vous voudrez, monsieur, dit Athos en se mettant en garde. -- J'attendais vos ordres», dit d'Artagnan en croisant le fer. Mais les deux rapières avaient à peine résonné en se touchant, qu'une escouade des gardes de Son Éminence, commandée par M. de Jussac, se montra à l'angle du couvent. «Les gardes du cardinal! s'écrièrent à la fois Porthos et Aramis. L'épée au fourreau, messieurs! l'épée au fourreau! Mais il était trop tard. Les deux combattants avaient été vus dans une pose qui ne permettait pas de douter de leurs intentions. «Holà! cria Jussac en s'avançant vers eux et en faisant signe à ses hommes d'en faire autant, holà! mousquetaires, on se bat donc ici? Et les édits, qu'en faisons-nous? -- Vous êtes bien généreux, messieurs les gardes, dit Athos plein de rancune, car Jussac était l'un des agresseurs de l'avant- veille. Si nous vous voyions battre, je vous réponds, moi, que nous nous garderions bien de vous en empêcher. Laissez-nous donc faire, et vous allez avoir du plaisir sans prendre aucune peine. -- Messieurs, dit Jussac, c'est avec grand regret que je vous déclare que la chose est impossible. Notre devoir avant tout. Rengainez donc, s'il vous plaît, et nous suivez. -- Monsieur, dit Aramis parodiant Jussac, ce serait avec un grand plaisir que nous obéirions à votre gracieuse invitation, si cela dépendait de nous; mais malheureusement la chose est impossible: M. de Tréville nous l'a défendu. Passez donc votre chemin, c'est ce que vous avez de mieux à faire.» Cette raillerie exaspéra Jussac. «Nous vous chargerons donc, dit-il, si vous désobéissez. -- Ils sont cinq, dit Athos à demi-voix, et nous ne sommes que trois; nous serons encore battus, et il nous faudra mourir ici, car je le déclare, je ne reparais pas vaincu devant le capitaine.» Alors Porthos et Aramis se rapprochèrent à l'instant les uns des autres, pendant que Jussac alignait ses soldats. Ce seul moment suffit à d'Artagnan pour prendre son parti: c'était là un de ces événements qui décident de la vie d'un homme, c'était un choix à faire entre le roi et le cardinal; ce choix fait, il allait y persévérer. Se battre, c'est-à-dire désobéir à la loi, c'est-à-dire risquer sa tête, c'est-à-dire se faire d'un seul coup l'ennemi d'un ministre plus puissant que le roi lui-même: voilà ce qu'entrevit le jeune homme, et, disons-le à sa louange, il n'hésita point une seconde. Se tournant donc vers Athos et ses amis: «Messieurs, dit-il, je reprendrai, s'il vous plaît, quelque chose à vos paroles. Vous avez dit que vous n'étiez que trois, mais il me semble, à moi, que nous sommes quatre. -- Mais vous n'êtes pas des nôtres, dit Porthos. -- C'est vrai, répondit d'Artagnan; je n'ai pas l'habit, mais j'ai l'âme. Mon coeur est mousquetaire, je le sens bien, monsieur, et cela m'entraîne. -- Écartez-vous, jeune homme, cria Jussac, qui sans doute à ses gestes et à l'expression de son visage avait deviné le dessein de d'Artagnan. Vous pouvez vous retirer, nous y consentons. Sauvez votre peau; allez vite.» D'Artagnan ne bougea point. «Décidément vous êtes un joli garçon, dit Athos en serrant la main du jeune homme. -- Allons! allons! prenons un parti, reprit Jussac. -- Voyons, dirent Porthos et Aramis, faisons quelque chose. -- Monsieur est plein de générosité», dit Athos. Mais tous trois pensaient à la jeunesse de d'Artagnan et redoutaient son inexpérience. «Nous ne serons que trois, dont un blessé, plus un enfant, reprit Athos, et l'on n'en dira pas moins que nous étions quatre hommes. -- Oui, mais reculer! dit Porthos. -- C'est difficile», reprit Athos. D'Artagnan comprit leur irrésolution. «Messieurs, essayez-moi toujours, dit-il, et je vous jure sur l'honneur que je ne veux pas m'en aller d'ici si nous sommes vaincus. -- Comment vous appelle-t-on, mon brave? dit Athos. -- D'Artagnan, monsieur. -- Eh bien, Athos, Porthos, Aramis et d'Artagnan, en avant! cria Athos. -- Eh bien, voyons, messieurs, vous décidez-vous à vous décider? cria pour la troisième fois Jussac. -- C'est fait, messieurs, dit Athos. -- Et quel parti prenez-vous? demanda Jussac. Nous allons avoir l'honneur de vous charger, répondit Aramis en levant son chapeau d'une main et tirant son épée de l'autre. -- Ah! vous résistez! s'écria Jussac. -- Sangdieu! cela vous étonne?» Et les neuf combattants se précipitèrent les uns sur les autres avec une furie qui n'excluait pas une certaine méthode. Athos prit un certain Cahusac, favori du cardinal; Porthos eut Biscarat, et Aramis se vit en face de deux adversaires. Quant à d'Artagnan, il se trouva lancé contre Jussac lui-même. Le coeur du jeune Gascon battait à lui briser la poitrine, non pas de peur, Dieu merci! il n'en avait pas l'ombre, mais d'émulation; il se battait comme un tigre en fureur, tournant dix fois autour de son adversaire, changeant vingt fois ses gardes et son terrain. Jussac était, comme on le disait alors, friand de la lame, et avait fort pratiqué; cependant il avait toutes les peines du monde à se défendre contre un adversaire qui, agile et bondissant, s'écartait à tout moment des règles reçues, attaquant de tous côtés à la fois, et tout cela en parant en homme qui a le plus grand respect pour son épiderme. Enfin cette lutte finit par faire perdre patience à Jussac. Furieux d'être tenu en échec par celui qu'il avait regardé comme un enfant, il s'échauffa et commença à faire des fautes. D'Artagnan, qui, à défaut de la pratique, avait une profonde théorie, redoubla d'agilité. Jussac, voulant en finir, porta un coup terrible à son adversaire en se fendant à fond; mais celui-ci para prime, et tandis que Jussac se relevait, se glissant comme un serpent sous son fer, il lui passa son épée au travers du corps. Jussac tomba comme une masse. D'Artagnan jeta alors un coup d'oeil inquiet et rapide sur le champ de bataille. Aramis avait déjà tué un de ses adversaires; mais l'autre le pressait vivement. Cependant Aramis était en bonne situation et pouvait encore se défendre. Biscarat et Porthos venaient de faire coup fourré: Porthos avait reçu un coup d'épée au travers du bras, et Biscarat au travers de la cuisse. Mais comme ni l'une ni l'autre des deux blessures n'était grave, ils ne s'en escrimaient qu'avec plus d'acharnement. Athos, blessé de nouveau par Cahusac, pâlissait à vue d'oeil, mais il ne reculait pas d'une semelle: il avait seulement changé son épée de main, et se battait de la main gauche. D'Artagnan, selon les lois du duel de cette époque, pouvait secourir quelqu'un; pendant qu'il cherchait du regard celui de ses compagnons qui avait besoin de son aide, il surprit un coup d'oeil d'Athos. Ce coup d'oeil était d'une éloquence sublime. Athos serait mort plutôt que d'appeler au secours; mais il pouvait regarder, et du regard demander un appui. D'Artagnan le devina, fit un bond terrible et tomba sur le flanc de Cahusac en criant: «À moi, monsieur le garde, je vous tue!» Cahusac se retourna; il était temps. Athos, que son extrême courage soutenait seul, tomba sur un genou. «Sangdieu! criait-il à d'Artagnan, ne le tuez pas, jeune homme, je vous en prie; j'ai une vieille affaire à terminer avec lui, quand je serai guéri et bien portant. Désarmez-le seulement, liez-lui l'épée. C'est cela. Bien! très bien!» Cette exclamation était arrachée à Athos par l'épée de Cahusac qui sautait à vingt pas de lui. D'Artagnan et Cahusac s'élancèrent ensemble, l'un pour la ressaisir, l'autre pour s'en emparer; mais d'Artagnan, plus leste, arriva le premier et mit le pied dessus. Cahusac courut à celui des gardes qu'avait tué Aramis, s'empara de sa rapière, et voulut revenir à d'Artagnan; mais sur son chemin il rencontra Athos, qui, pendant cette pause d'un instant que lui avait procurée d'Artagnan, avait repris haleine, et qui, de crainte que d'Artagnan ne lui tuât son ennemi, voulait recommencer le combat. D'Artagnan comprit que ce serait désobliger Athos que de ne pas le laisser faire. En effet, quelques secondes après, Cahusac tomba la gorge traversée d'un coup d'épée. Au même instant, Aramis appuyait son épée contre la poitrine de son adversaire renversé, et le forçait à demander merci. Restaient Porthos et Biscarat. Porthos faisait mille fanfaronnades, demandant à Biscarat quelle heure il pouvait bien être, et lui faisait ses compliments sur la compagnie que venait d'obtenir son frère dans le régiment de Navarre; mais tout en raillant, il ne gagnait rien. Biscarat était un de ces hommes de fer qui ne tombent que morts. Cependant il fallait en finir. Le guet pouvait arriver et prendre tous les combattants, blessés ou non, royalistes ou cardinalistes. Athos, Aramis et d'Artagnan entourèrent Biscarat et le sommèrent de se rendre. Quoique seul contre tous, et avec un coup d'épée qui lui traversait la cuisse, Biscarat voulait tenir; mais Jussac, qui s'était élevé sur son coude, lui cria de se rendre. Biscarat était un Gascon comme d'Artagnan; il fit la sourde oreille et se contenta de rire, et entre deux parades, trouvant le temps de désigner, du bout de son épée, une place à terre: «Ici, dit-il, parodiant un verset de la Bible, ici mourra Biscarat, seul de ceux qui sont avec lui. -- Mais ils sont quatre contre toi; finis-en, je te l'ordonne. -- Ah! si tu l'ordonnes, c'est autre chose, dit Biscarat, comme tu es mon brigadier, je dois obéir.» Et, faisant un bond en arrière, il cassa son épée sur son genou pour ne pas la rendre, en jeta les morceaux pardessus le mur du couvent et se croisa les bras en sifflant un air cardinaliste. La bravoure est toujours respectée, même dans un ennemi. Les mousquetaires saluèrent Biscarat de leurs épées et les remirent au fourreau. D'Artagnan en fit autant, puis, aidé de Biscarat, le seul qui fut resté debout, il porta sous le porche du couvent Jussac, Cahusac et celui des adversaires d'Aramis qui n'était que blessé. Le quatrième, comme nous l'avons dit, était mort. Puis ils sonnèrent la cloche, et, emportant quatre épées sur cinq, ils s'acheminèrent ivres de joie vers l'hôtel de M. de Tréville. On les voyait entrelacés, tenant toute la largeur de la rue, et accostant chaque mousquetaire qu'ils rencontraient, si bien qu'à la fin ce fut une marche triomphale. Le coeur de d'Artagnan nageait dans l'ivresse, il marchait entre Athos et Porthos en les étreignant tendrement. «Si je ne suis pas encore mousquetaire, dit-il à ses nouveaux amis en franchissant la porte de l'hôtel de M. de Tréville, au moins me voilà reçu apprenti, n'est-ce pas?» CHAPITRE VI SA MAJESTÉ LE ROI LOUIS TREIZIÈME L'affaire fit grand bruit. M. de Tréville gronda beaucoup tout haut contre ses mousquetaires, et les félicita tout bas; mais comme il n'y avait pas de temps à perdre pour prévenir le roi, M. de Tréville s'empressa de se rendre au Louvre. Il était déjà trop tard, le roi était enfermé avec le cardinal, et l'on dit à M. de Tréville que le roi travaillait et ne pouvait recevoir en ce moment. Le soir, M. de Tréville vint au jeu du roi. Le roi gagnait, et comme Sa Majesté était fort avare, elle était d'excellente humeur; aussi, du plus loin que le roi aperçut Tréville: «Venez ici, monsieur le capitaine, dit-il, venez que je vous gronde; savez-vous que Son Éminence est venue me faire des plaintes sur vos mousquetaires, et cela avec une telle émotion, que ce soir Son Éminence en est malade? Ah çà, mais ce sont des diables à quatre, des gens à pendre, que vos mousquetaires! -- Non, Sire, répondit Tréville, qui vit du premier coup d'oeil comment la chose allait tourner; non, tout au contraire, ce sont de bonnes créatures, douces comme des agneaux, et qui n'ont qu'un désir, je m'en ferais garant: c'est que leur épée ne sorte du fourreau que pour le service de Votre Majesté. Mais, que voulez- vous, les gardes de M. le cardinal sont sans cesse à leur chercher querelle, et, pour l'honneur même du corps, les pauvres jeunes gens sont obligés de se défendre. -- Écoutez M. de Tréville! dit le roi, écoutez-le! ne dirait-on pas qu'il parle d'une communauté religieuse! En vérité, mon cher capitaine, j'ai envie de vous ôter votre brevet et de le donner à Mlle de Chémerault, à laquelle j'ai promis une abbaye. Mais ne pensez pas que je vous croirai ainsi sur parole. On m'appelle Louis le Juste, monsieur de Tréville, et tout à l'heure, tout à l'heure nous verrons. -- Ah! c'est parce que je me fie à cette justice, Sire, que j'attendrai patiemment et tranquillement le bon plaisir de Votre Majesté. -- Attendez donc, monsieur, attendez donc, dit le roi, je ne vous ferai pas longtemps attendre.» En effet, la chance tournait, et comme le roi commençait à perdre ce qu'il avait gagné, il n'était pas fâché de trouver un prétexte pour faire -- qu'on nous passe cette expression de joueur, dont, nous l'avouons, nous ne connaissons pas l'origine --, pour faire charlemagne. Le roi se leva donc au bout d'un instant, et mettant dans sa poche l'argent qui était devant lui et dont la majeure partie venait de son gain: «La Vieuville, dit-il, prenez ma place, il faut que je parle à M. de Tréville pour affaire d'importance. Ah!... j'avais quatre- vingts louis devant moi; mettez la même somme, afin que ceux qui ont perdu n'aient point à se plaindre. La justice avant tout.» Puis, se retournant vers M. de Tréville et marchant avec lui vers l'embrasure d'une fenêtre: «Eh bien, monsieur, continua-t-il, vous dites que ce sont les gardes de l'Éminentissime qui ont été chercher querelle à vos mousquetaires? -- Oui, Sire, comme toujours. -- Et comment la chose est-elle venue, voyons? car, vous le savez, mon cher capitaine, il faut qu'un juge écoute les deux parties. -- Ah! mon Dieu! de la façon la plus simple et la plus naturelle. Trois de mes meilleurs soldats, que Votre Majesté connaît de nom et dont elle a plus d'une fois apprécié le dévouement, et qui ont, je puis l'affirmer au roi, son service fort à coeur; -- trois de mes meilleurs soldats, dis-je, MM. Athos, Porthos et Aramis, avaient fait une partie de plaisir avec un jeune cadet de Gascogne que je leur avais recommandé le matin même. La partie allait avoir lieu à Saint-Germain, je crois, et ils s'étaient donné rendez-vous aux Carmes-Deschaux, lorsqu'elle fut troublée par M. de Jussac et MM. Cahusac, Biscarat, et deux autres gardes qui ne venaient certes pas là en si nombreuse compagnie sans mauvaise intention contre les édits. -- Ah! ah! vous m'y faites penser, dit le roi: sans doute, ils venaient pour se battre eux-mêmes. -- Je ne les accuse pas, Sire, mais je laisse Votre Majesté apprécier ce que peuvent aller faire cinq hommes armés dans un lieu aussi désert que le sont les environs du couvent des Carmes. -- Oui, vous avez raison, Tréville, vous avez raison. -- Alors, quand ils ont vu mes mousquetaires, ils ont changé d'idée et ils ont oublié leur haine particulière pour la haine de corps; car Votre Majesté n'ignore pas que les mousquetaires, qui sont au roi et rien qu'au roi, sont les ennemis naturels des gardes, qui sont à M. le cardinal. -- Oui, Tréville, oui, dit le roi mélancoliquement, et c'est bien triste, croyez-moi, de voir ainsi deux partis en France, deux têtes à la royauté; mais tout cela finira, Tréville, tout cela finira. Vous dites donc que les gardes ont cherché querelle aux mousquetaires? -- Je dis qu'il est probable que les choses se sont passées ainsi, mais je n'en jure pas, Sire. Vous savez combien la vérité est difficile à connaître, et à moins d'être doué de cet instinct admirable qui a fait nommer Louis XIII le Juste... -- Et vous avez raison, Tréville; mais ils n'étaient pas seuls, vos mousquetaires, il y avait avec eux un enfant? -- Oui, Sire, et un homme blessé, de sorte que trois mousquetaires du roi, dont un blessé, et un enfant, non seulement ont tenu tête à cinq des plus terribles gardes de M. le cardinal, mais encore en ont porté quatre à terre. -- Mais c'est une victoire, cela! s'écria le roi tout rayonnant; une victoire complète! -- Oui, Sire, aussi complète que celle du pont de Cé. -- Quatre hommes, dont un blessé, et un enfant, dites-vous? -- Un jeune homme à peine; lequel s'est même si parfaitement conduit en cette occasion, que je prendrai la liberté de le recommander à Votre Majesté. -- Comment s'appelle-t-il? -- D'Artagnan, Sire. C'est le fils d'un de mes plus anciens amis; le fils d'un homme qui a fait avec le roi votre père, de glorieuse mémoire, la guerre de partisan. -- Et vous dites qu'il s'est bien conduit, ce jeune homme? Racontez-moi cela, Tréville; vous savez que j'aime les récits de guerre et de combat.» Et le roi Louis XIII releva fièrement sa moustache en se posant sur la hanche. «Sire, reprit Tréville, comme je vous l'ai dit M. d'Artagnan est presque un enfant, et comme il n'a pas l'honneur d'être mousquetaire, il était en habit bourgeois; les gardes de M. le cardinal, reconnaissant sa grande jeunesse et, de plus, qu'il était étranger au corps, l'invitèrent donc à se retirer avant qu'ils attaquassent. -- Alors, vous voyez bien, Tréville, interrompit le roi, que ce sont eux qui ont attaqué. -- C'est juste, Sire: ainsi, plus de doute; ils le sommèrent donc de se retirer; mais il répondit qu'il était mousquetaire de coeur et tout à Sa Majesté, qu'ainsi donc il resterait avec messieurs les mousquetaires. -- Brave jeune homme! murmura le roi. -- En effet, il demeura avec eux; et Votre Majesté a là un si ferme champion, que ce fut lui qui donna à Jussac ce terrible coup d'épée qui met si fort en colère M. le cardinal. -- C'est lui qui a blessé Jussac? s'écria le roi; lui, un enfant! Ceci, Tréville, c'est impossible. -- C'est comme j'ai l'honneur de le dire à Votre Majesté. -- Jussac, une des premières lames du royaume! -- Eh bien, Sire! il a trouvé son maître. -- Je veux voir ce jeune homme, Tréville, je veux le voir, et si l'on peut faire quelque chose, eh bien, nous nous en occuperons. -- Quand Votre Majesté daignera-t-elle le recevoir? -- Demain à midi, Tréville. -- L'amènerai-je seul? -- Non, amenez-les-moi tous les quatre ensemble. Je veux les remercier tous à la fois; les hommes dévoués sont rares, Tréville, et il faut récompenser le dévouement. -- À midi, Sire, nous serons au Louvre. -- Ah! par le petit escalier, Tréville, par le petit escalier. Il est inutile que le cardinal sache... -- Oui, Sire. -- Vous comprenez, Tréville, un édit est toujours un édit; il est défendu de se battre, au bout du compte. -- Mais cette rencontre, Sire, sort tout à fait des conditions ordinaires d'un duel: c'est une rixe, et la preuve, c'est qu'ils étaient cinq gardes du cardinal contre mes trois mousquetaires et M. d'Artagnan. -- C'est juste, dit le roi; mais n'importe, Tréville, venez toujours par le petit escalier.» Tréville sourit. Mais comme c'était déjà beaucoup pour lui d'avoir obtenu de cet enfant qu'il se révoltât contre son maître, il salua respectueusement le roi, et avec son agrément prit congé de lui. Dès le soir même, les trois mousquetaires furent prévenus de l'honneur qui leur était accordé. Comme ils connaissaient depuis longtemps le roi, ils n'en furent pas trop échauffés: mais d'Artagnan, avec son imagination gasconne, y vit sa fortune à venir, et passa la nuit à faire des rêves d'or. Aussi, dès huit heures du matin, était-il chez Athos. D'Artagnan trouva le mousquetaire tout habillé et prêt à sortir. Comme on n'avait rendez-vous chez le roi qu'à midi, il avait formé le projet, avec Porthos et Aramis, d'aller faire une partie de paume dans un tripot situé tout près des écuries du Luxembourg. Athos invita d'Artagnan à les suivre, et malgré son ignorance de ce jeu, auquel il n'avait jamais joué, celui-ci accepta, ne sachant que faire de son temps, depuis neuf heures du matin qu'il était à peine jusqu'à midi. Les deux mousquetaires étaient déjà arrivés et pelotaient ensemble. Athos, qui était très fort à tous les exercices du corps, passa avec d'Artagnan du côté opposé, et leur fit défi. Mais au premier mouvement qu'il essaya, quoiqu'il jouât de la main gauche, il comprit que sa blessure était encore trop récente pour lui permettre un pareil exercice. D'Artagnan resta donc seul, et comme il déclara qu'il était trop maladroit pour soutenir une partie en règle, on continua seulement à s'envoyer des balles sans compter le jeu. Mais une de ces balles, lancée par le poignet herculéen de Porthos, passa si près du visage de d'Artagnan, qu'il pensa que si, au lieu de passer à côté, elle eût donné dedans, son audience était probablement perdue, attendu qu'il lui eût été de toute impossibilité de se présenter chez le roi. Or, comme de cette audience, dans son imagination gasconne, dépendait tout son avenir, il salua poliment Porthos et Aramis, déclarant qu'il ne reprendrait la partie que lorsqu'il serait en état de leur tenir tête, et il s'en revint prendre place près de la corde et dans la galerie. Malheureusement pour d'Artagnan, parmi les spectateurs se trouvait un garde de Son Éminence, lequel, tout échauffé encore de la défaite de ses compagnons, arrivée la veille seulement, s'était promis de saisir la première occasion de la venger. Il crut donc que cette occasion était venue, et s'adressant à son voisin: «Il n'est pas étonnant, dit-il, que ce jeune homme ait eu peur d'une balle, c'est sans doute un apprenti mousquetaire.» D'Artagnan se retourna comme si un serpent l'eût mordu, et regarda fixement le garde qui venait de tenir cet insolent propos. «Pardieu! reprit celui-ci en frisant insolemment, sa moustache, regardez-moi tant que vous voudrez, mon petit monsieur, j'ai dit ce que j'ai dit. -- Et comme ce que vous avez dit est trop clair pour que vos paroles aient besoin d'explication, répondit d'Artagnan à voix basse, je vous prierai de me suivre. -- Et quand cela? demanda le garde avec le même air railleur. -- Tout de suite, s'il vous plaît. -- Et vous savez qui je suis, sans doute? --Moi, je l'ignore complètement, et je ne m'en inquiète guère. -- Et vous avez tort, car, si vous saviez mon nom, peut-être seriez-vous moins pressé. -- Comment vous appelez-vous? -- Bernajoux, pour vous servir. -- Eh bien, monsieur Bernajoux, dit tranquillement d'Artagnan, je vais vous attendre sur la porte. -- Allez, monsieur, je vous suis. -- Ne vous pressez pas trop, monsieur, qu'on ne s'aperçoive pas que nous sortons ensemble; vous comprenez que pour ce que nous allons faire, trop de monde nous gênerait. -- C'est bien», répondit le garde, étonné que son nom n'eût pas produit plus d'effet sur le jeune homme. En effet, le nom de Bernajoux était connu de tout le monde, de d'Artagnan seul excepté, peut-être; car c'était un de ceux qui figuraient le plus souvent dans les rixes journalières que tous les édits du roi et du cardinal n'avaient pu réprimer. Porthos et Aramis étaient si occupés de leur partie, et Athos les regardait avec tant d'attention, qu'ils ne virent pas même sortir leur jeune compagnon, lequel, ainsi qu'il l'avait dit au garde de Son Éminence, s'arrêta sur la porte; un instant après, celui-ci descendit à son tour. Comme d'Artagnan n'avait pas de temps à perdre, vu l'audience du roi qui était fixée à midi, il jeta les yeux autour de lui, et voyant que la rue était déserte: «Ma foi, dit-il à son adversaire, il est bien heureux pour vous, quoique vous vous appeliez Bernajoux, de n'avoir affaire qu'à un apprenti mousquetaire; cependant, soyez tranquille, je ferai de mon mieux. En garde! -- Mais, dit celui que d'Artagnan provoquait ainsi, il me semble que le lieu est assez mal choisi, et que nous serions mieux derrière l'abbaye de Saint-Germain ou dans le Pré-aux-Clercs. -- Ce que vous dites est plein de sens, répondit d'Artagnan; malheureusement j'ai peu de temps à moi, ayant un rendez-vous à midi juste. En garde donc, monsieur, en garde!» Bernajoux n'était pas homme à se faire répéter deux fois un pareil compliment. Au même instant son épée brilla à sa main, et il fondit sur son adversaire que, grâce à sa grande jeunesse, il espérait intimider. Mais d'Artagnan avait fait la veille son apprentissage, et tout frais émoulu de sa victoire, tout gonflé de sa future faveur, il était résolu à ne pas reculer d'un pas: aussi les deux fers se trouvèrent-ils engagés jusqu'à la garde, et comme d'Artagnan tenait ferme à sa place, ce fut son adversaire qui fit un pas de retraite. Mais d'Artagnan saisit le moment où, dans ce mouvement, le fer de Bernajoux déviait de la ligne, il dégagea, se fendit et toucha son adversaire à l'épaule. Aussitôt d'Artagnan, à son tour, fit un pas de retraite et releva son épée; mais Bernajoux lui cria que ce n'était rien, et se fendant aveuglément sur lui, il « ! ! ' , - , , 1 - , 2 ' ? » 3 4 ' 5 ' ' ; , 6 : 7 8 « , , - , ' 9 , 10 ' ' , , 11 ' . » 12 13 , , 14 , , 15 , , ' 16 , . 17 18 , ' , 19 ; ' 20 , ' ' , ' 21 : 22 23 « , - , , , 24 , ; , , - 25 , ' 26 . 27 28 - - , , 29 , 30 . 31 32 - - , ' , ' 33 . . 34 , , ' , ' 35 , . 36 37 - - , » , 38 , . 39 40 , ' 41 ' - : 42 43 « ' , - - , , - 44 , ' 45 - ; ' 46 . 47 48 - - , ! ' . 49 50 - - 51 . , , 52 , - . 53 54 - - ? 55 56 - - . 57 58 - - , ' , 59 . , , . » 60 61 , , 62 ' ' ' . ' , 63 , , 64 ' , , 65 . 66 67 « » , 68 ' , ' ' 69 . , 70 , ' , ' 71 : 72 73 « , - , ' , ' . 74 75 - - ! , , - 76 ' 77 . 78 79 - - , ! ' ' , . . . 80 81 - - , , ' , 82 , , ' 83 . ! 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