d'Artagnan.
Athos avait une grande influence sur le jeune homme: les conseils
de son ami joints aux cris de son propre coeur l'avaient
déterminé, maintenant que son orgueil était sauvé et sa vengeance
satisfaite, à ne plus revoir Milady. Pour toute réponse il prit
donc une plume et écrivit la lettre suivante:
«Ne comptez pas sur moi, madame, pour le prochain rendez-vous:
depuis ma convalescence j'ai tant d'occupations de ce genre qu'il
m'a fallu y mettre un certain ordre. Quand votre tour viendra,
j'aurai l'honneur de vous en faire part.
«Je vous baise les mains.
«Comte de Wardes.»
Du saphir pas un mot: le Gascon voulait-il garder une arme contre
Milady? ou bien, soyons franc, ne conservait-il pas ce saphir
comme une dernière ressource pour l'équipement?
On aurait tort au reste de juger les actions d'une époque au point
de vue d'une autre époque. Ce qui aujourd'hui serait regardé comme
une honte pour un galant homme était dans ce temps une chose toute
simple et toute naturelle, et les cadets des meilleures familles
se faisaient en général entretenir par leurs maîtresses.
D'Artagnan passa sa lettre tout ouverte à Ketty, qui la lut
d'abord sans la comprendre et qui faillit devenir folle de joie en
la relisant une seconde fois.
Ketty ne pouvait croire à ce bonheur: d'Artagnan fut forcé de lui
renouveler de vive voix les assurances que la lettre lui donnait
par écrit; et quel que fût, avec le caractère emporté de Milady,
le danger que courût la pauvre enfant à remettre ce billet à sa
maîtresse, elle n'en revint pas moins place Royale de toute la
vitesse de ses jambes.
Le coeur de la meilleure femme est impitoyable pour les douleurs
d'une rivale.
Milady ouvrit la lettre avec un empressement égal à celui que
Ketty avait mis à l'apporter, mais au premier mot qu'elle lut,
elle devint livide; puis elle froissa le papier; puis elle se
retourna avec un éclair dans les yeux du côté de Ketty.
«Qu'est-ce que cette lettre? dit-elle.
-- Mais c'est la réponse à celle de madame, répondit Ketty toute
tremblante.
-- Impossible! s'écria Milady; impossible qu'un gentilhomme ait
écrit à une femme une pareille lettre!»
Puis tout à coup tressaillant:
«Mon Dieu! dit-elle, saurait-il...» Et elle s'arrêta.
Ses dents grinçaient, elle était couleur de cendre: elle voulut
faire un pas vers la fenêtre pour aller chercher de l'air; mais
elle ne put qu'étendre les bras, les jambes lui manquèrent, et
elle tomba sur un fauteuil.
Ketty crut qu'elle se trouvait mal et se précipita pour ouvrir son
corsage. Mais Milady se releva vivement:
«Que me voulez-vous? dit-elle, et pourquoi portez-vous la main sur
moi?
-- J'ai pensé que madame se trouvait mal et j'ai voulu lui porter
secours, répondit la suivante tout épouvantée de l'expression
terrible qu'avait prise la figure de sa maîtresse.
-- Me trouver mal, moi? moi? me prenez-vous pour une femmelette?
Quand on m'insulte, je ne me trouve pas mal, je me venge,
entendez-vous!»
Et de la main elle fit signe à Ketty de sortir.
CHAPITRE XXXVI
RÊVE DE VENGEANCE
Le soir Milady donna l'ordre d'introduire M. d'Artagnan aussitôt
qu'il viendrait, selon son habitude. Mais il ne vint pas.
Le lendemain Ketty vint voir de nouveau le jeune homme et lui
raconta tout ce qui s'était passé la veille: d'Artagnan sourit;
cette jalouse colère de Milady, c'était sa vengeance.
Le soir Milady fut plus impatiente encore que la veille, elle
renouvela l'ordre relatif au Gascon; mais comme la veille elle
l'attendit inutilement.
Le lendemain Ketty se présenta chez d'Artagnan, non plus joyeuse
et alerte comme les deux jours précédents, mais au contraire
triste à mourir.
D'Artagnan demanda à la pauvre fille ce qu'elle avait; mais celle-
ci, pour toute réponse, tira une lettre de sa poche et la lui
remit.
Cette lettre était de l'écriture de Milady: seulement cette fois
elle était bien à l'adresse de d'Artagnan et non à celle de
M. de Wardes.
Il l'ouvrit et lut ce qui suit:
«Cher monsieur d'Artagnan, c'est mal de négliger ainsi ses amis,
surtout au moment où l'on va les quitter pour si longtemps. Mon
beau-frère et moi nous avons attendu hier et avant-hier
inutilement. En sera-t-il de même ce soir?
«Votre bien reconnaissante,
«Lady Clarick.»
«C'est tout simple, dit d'Artagnan, et je m'attendais à cette
lettre. Mon crédit hausse de la baisse du comte de Wardes.
-- Est-ce que vous irez? demanda Ketty.
-- Écoute, ma chère enfant, dit le Gascon, qui cherchait à
s'excuser à ses propres yeux de manquer à la promesse qu'il avait
faite à Athos, tu comprends qu'il serait impolitique de ne pas se
rendre à une invitation si positive. Milady, en ne me voyant pas
revenir, ne comprendrait rien à l'interruption de mes visites,
elle pourrait se douter de quelque chose, et qui peut dire
jusqu'où irait la vengeance d'une femme de cette trempe?
-- Oh! mon Dieu! dit Ketty, vous savez présenter les choses de
façon que vous avez toujours raison. Mais vous allez encore lui
faire la cour; et si cette fois vous alliez lui plaire sous votre
véritable nom et votre vrai visage, ce serait bien pis que la
première fois!»
L'instinct faisait deviner à la pauvre fille une partie de ce qui
allait arriver.
D'Artagnan la rassura du mieux qu'il put et lui promit de rester
insensible aux séductions de Milady.
Il lui fit répondre qu'il était on ne peut plus reconnaissant de
ses bontés et qu'il se rendrait à ses ordres; mais il n'osa lui
écrire de peur de ne pouvoir, à des yeux aussi exercés que ceux de
Milady, déguiser suffisamment son écriture.
À neuf heures sonnant, d'Artagnan était place Royale. Il était
évident que les domestiques qui attendaient dans l'antichambre
étaient prévenus, car aussitôt que d'Artagnan parut, avant même
qu'il eût demandé si Milady était visible, un d'eux courut
l'annoncer.
«Faites entrer», dit Milady d'une voix brève, mais si perçante que
d'Artagnan l'entendit de l'antichambre.
On l'introduisit.
«Je n'y suis pour personne, dit Milady; entendez-vous, pour
personne.»
Le laquais sortit.
D'Artagnan jeta un regard curieux sur Milady: elle était pâle et
avait les yeux fatigués, soit par les larmes, soit par l'insomnie.
On avait avec intention diminué le nombre habituel des lumières,
et cependant la jeune femme ne pouvait arriver à cacher les traces
de la fièvre qui l'avait dévorée depuis deux jours.
D'Artagnan s'approcha d'elle avec sa galanterie ordinaire; elle
fit alors un effort suprême pour le recevoir, mais jamais
physionomie plus bouleversée ne démentit sourire plus aimable.
Aux questions que d'Artagnan lui fit sur sa santé:
«Mauvaise, répondit-elle, très mauvaise.
-- Mais alors, dit d'Artagnan, je suis indiscret, vous avez besoin
de repos sans doute et je vais me retirer.
-- Non pas, dit Milady; au contraire, restez, monsieur d'Artagnan,
votre aimable compagnie me distraira.»
«Oh! oh! pensa d'Artagnan, elle n'a jamais été si charmante,
défions-nous.»
Milady prit l'air le plus affectueux qu'elle put prendre, et donna
tout l'éclat possible à sa conversation. En même temps cette
fièvre qui l'avait abandonnée un instant revenait rendre l'éclat à
ses yeux, le coloris à ses joues, le carmin à ses lèvres.
D'Artagnan retrouva la Circé qui l'avait déjà enveloppé de ses
enchantements. Son amour, qu'il croyait éteint et qui n'était
qu'assoupi, se réveilla dans son coeur. Milady souriait et
d'Artagnan sentait qu'il se damnerait pour ce sourire.
Il y eut un moment où il sentit quelque chose comme un remords de
ce qu'il avait fait contre elle.
Peu à peu Milady devint plus communicative. Elle demanda à
d'Artagnan s'il avait une maîtresse.
«Hélas! dit d'Artagnan de l'air le plus sentimental qu'il put
prendre, pouvez-vous être assez cruelle pour me faire une pareille
question, à moi qui, depuis que je vous ai vue, ne respire et ne
soupire que par vous et pour vous!»
Milady sourit d'un étrange sourire.
«Ainsi vous m'aimez? dit-elle.
-- Ai-je besoin de vous le dire, et ne vous en êtes-vous point
aperçue?
-- Si fait; mais, vous le savez, plus les coeurs sont fiers, plus
ils sont difficiles à prendre.
-- Oh! les difficultés ne m'effraient pas, dit d'Artagnan; il n'y
a que les impossibilités qui m'épouvantent.
-- Rien n'est impossible, dit Milady, à un véritable amour.
-- Rien, madame?
-- Rien», reprit Milady.
«Diable! reprit d'Artagnan à part lui, la note est changée.
Deviendrait-elle amoureuse de moi, par hasard, la capricieuse, et
serait-elle disposée à me donner à moi-même quelque autre saphir
pareil à celui qu'elle m'a donné me prenant pour de Wardes?»
D'Artagnan rapprocha vivement son siège de celui de Milady.
«Voyons, dit-elle, que feriez-vous bien pour prouver cet amour
dont vous parlez?
-- Tout ce qu'on exigerait de moi. Qu'on ordonne, et je suis prêt.
-- À tout?
-- À tout! s'écria d'Artagnan qui savait d'avance qu'il n'avait
pas grand-chose à risquer en s'engageant ainsi.
-- Eh bien, causons un peu, dit à son tour Milady en rapprochant
son fauteuil de la chaise de d'Artagnan.
-- Je vous écoute, madame», dit celui-ci.
Milady resta un instant soucieuse et comme indécise puis
paraissant prendre une résolution:
«J'ai un ennemi, dit-elle.
-- Vous, madame! s'écria d'Artagnan jouant la surprise, est-ce
possible, mon Dieu? belle et bonne comme vous l'êtes!
-- Un ennemi mortel.
-- En vérité?
-- Un ennemi qui m'a insultée si cruellement que c'est entre lui
et moi une guerre à mort. Puis-je compter sur vous comme
auxiliaire?»
D'Artagnan comprit sur-le-champ où la vindicative créature en
voulait venir.
«Vous le pouvez, madame, dit-il avec emphase, mon bras et ma vie
vous appartiennent comme mon amour.
-- Alors, dit Milady, puisque vous êtes aussi généreux qu'amoureux...»
Elle s'arrêta.
«Eh bien? demanda d'Artagnan.
-- Eh bien, reprit Milady après un moment de silence, cessez dès
aujourd'hui de parler d'impossibilités.
-- Ne m'accablez pas de mon bonheur», s'écria d'Artagnan en se
précipitant à genoux et en couvrant de baisers les mains qu'on lui
abandonnait.
-- Venge-moi de cet infâme de Wardes, murmura Milady entre ses
dents, et je saurai bien me débarrasser de toi ensuite, double
sot, lame d'épée vivante!
-- Tombe volontairement entre mes bras après m'avoir raillé si
effrontément, hypocrite et dangereuse femme, pensait d'Artagnan de
son côté, et ensuite je rirai de toi avec celui que tu veux tuer
par ma main.»
D'Artagnan releva la tête.
«Je suis prêt, dit-il.
-- Vous m'avez donc comprise, cher monsieur d'Artagnan! dit
Milady.
-- Je devinerais un de vos regards.
-- Ainsi vous emploieriez pour moi votre bras, qui s'est déjà
acquis tant de renommée?
-- À l'instant même.
Mais moi, dit Milady, comment paierai-je un pareil service; je
connais les amoureux, ce sont des gens qui ne font rien pour rien?
-- Vous savez la seule réponse que je désire, dit d'Artagnan, la
seule qui soit digne de vous et de moi!»
Et il l'attira doucement vers lui.
Elle résista à peine.
«Intéressé! dit-elle en souriant.
-- Ah! s'écria d'Artagnan véritablement emporté par la passion que
cette femme avait le don d'allumer dans son coeur, ah! c'est que
mon bonheur me paraît invraisemblable, et qu'ayant toujours peur
de le voir s'envoler comme un rêve, j'ai hâte d'en faire une
réalité.
-- Eh bien, méritez donc ce prétendu bonheur.
-- Je suis à vos ordres, dit d'Artagnan.
-- Bien sûr? fit Milady avec un dernier doute.
-- Nommez-moi l'infâme qui a pu faire pleurer vos beaux yeux.
-- Qui vous dit que j'ai pleuré? dit-elle.
-- Il me semblait...
-- Les femmes comme moi ne pleurent pas, dit Milady.
-- Tant mieux! Voyons, dites-moi comment il s'appelle.
-- Songez que son nom c'est tout mon secret.
-- Il faut cependant que je sache son nom.
-- Oui, il le faut; voyez si j'ai confiance en vous!
-- Vous me comblez de joie. Comment s'appelle-t-il?
-- Vous le connaissez.
-- Vraiment?
-- Oui.
-- Ce n'est pas un de mes amis? reprit d'Artagnan en jouant
l'hésitation pour faire croire à son ignorance.
-- Si c'était un de vos amis, vous hésiteriez donc?» s'écria
Milady. Et un éclair de menace passa dans ses yeux.
«Non, fût-ce mon frère!» s'écria d'Artagnan comme emporté par
l'enthousiasme.
Notre Gascon s'avançait sans risque; car il savait où il allait.
«J'aime votre dévouement, dit Milady.
-- Hélas! n'aimez-vous que cela en moi? demanda d'Artagnan.
-- Je vous aime aussi, vous», dit-elle en lui prenant la main.
Et l'ardente pression fit frissonner d'Artagnan, comme si, par le
toucher, cette fièvre qui brûlait Milady le gagnait lui-même.
«Vous m'aimez, vous! s'écria-t-il. Oh! si cela était, ce serait à
en perdre la raison.»
Et il l'enveloppa de ses deux bras. Elle n'essaya point d'écarter
ses lèvres de son baiser, seulement elle ne le lui rendit pas.
Ses lèvres étaient froides: il sembla à d'Artagnan qu'il venait
d'embrasser une statue.
Il n'en était pas moins ivre de joie, électrisé d'amour, il
croyait presque à la tendresse de Milady; il croyait presque au
crime de de Wardes. Si de Wardes eût été en ce moment sous sa
main, il l'eût tué.
Milady saisit l'occasion.
«Il s'appelle..., dit-elle à son tour.
-- De Wardes, je le sais, s'écria d'Artagnan.
-- Et comment le savez-vous?» demanda Milady en lui saisissant les
deux mains et en essayant de lire par ses yeux jusqu'au fond de
son âme.
D'Artagnan sentit qu'il s'était laissé emporter, et qu'il avait
fait une faute.
«Dites, dites, mais dites donc! répétait Milady, comment le savez-
vous?
-- Comment je le sais? dit d'Artagnan.
-- Oui.
-- Je le sais, parce que, hier, de Wardes, dans un salon où
j'étais, a montré une bague qu'il a dit tenir de vous.
-- Le misérable!» s'écria Milady.
L'épithète, comme on le comprend bien, retentit jusqu'au fond du
coeur de d'Artagnan.
«Eh bien? continua-t-elle.
-- Eh bien, je vous vengerai de ce misérable, reprit d'Artagnan en
se donnant des airs de don Japhet d'Arménie.
-- Merci, mon brave ami! s'écria Milady; et quand serai-je vengée?
-- Demain, tout de suite, quand vous voudrez.»
Milady allait s'écrier: «Tout de suite»; mais elle réfléchit
qu'une pareille précipitation serait peu gracieuse pour
d'Artagnan.
D'ailleurs, elle avait mille précautions à prendre, mille conseils
à donner à son défenseur, pour qu'il évitât les explications
devant témoins avec le comte. Tout cela se trouva prévu par un mot
de d'Artagnan.
«Demain, dit-il, vous serez vengée ou je serai mort.
-- Non! dit-elle, vous me vengerez; mais vous ne mourrez pas.
C'est un lâche.
-- Avec les femmes peut-être, mais pas avec les hommes. J'en sais
quelque chose, moi.
-- Mais il me semble que dans votre lutte avec lui, vous n'avez
pas eu à vous plaindre de la fortune.
-- La fortune est une courtisane: favorable hier, elle peut me
trahir demain.
-- Ce qui veut dire que vous hésitez maintenant.
-- Non, je n'hésite pas, Dieu m'en garde; mais serait-il juste de
me laisser aller à une mort possible sans m'avoir donné au moins
un peu plus que de l'espoir?»
Milady répondit par un coup d'oeil qui voulait dire:
«N'est-ce que cela? parlez donc.»
Puis, accompagnant le coup d'oeil de paroles explicatives.
«C'est trop juste, dit-elle tendrement.
-- Oh! vous êtes un ange, dit le jeune homme.
-- Ainsi, tout est convenu? dit-elle.
-- Sauf ce que je vous demande, chère âme!
-- Mais, lorsque je vous dis que vous pouvez vous fier à ma
tendresse?
-- Je n'ai pas de lendemain pour attendre.
-- Silence; j'entends mon frère: il est inutile qu'il vous trouve
ici.»
Elle sonna; Ketty parut.
«Sortez par cette porte, dit-elle en poussant une petit porte
dérobée, et revenez à onze heures; nous achèverons cet entretien:
Ketty vous introduira chez moi.»
La pauvre enfant pensa tomber à la renverse en entendant ces
paroles.
«Eh bien, que faites-vous, mademoiselle, à demeurer immobile comme
une statue? Allons, reconduisez le chevalier; et ce soir, à onze
heures, vous avez entendu!»
«Il paraît que ses rendez-vous sont à onze heures, pensa
d'Artagnan: c'est une habitude prise.»
Milady lui tendit une main qu'il baisa tendrement.
«Voyons, dit-il en se retirant et en répondant à peine aux
reproches de Ketty, voyons, ne soyons pas un sot; décidément cette
femme est une grande scélérate: prenons garde.»
CHAPITRE XXXVII
LE SECRET DE MILADY
D'Artagnan était sorti de l'hôtel au lieu de monter tout de suite
chez Ketty, malgré les instances que lui avait faites la jeune
fille, et cela pour deux raisons: la première parce que de cette
façon il évitait les reproches, les récriminations, les prières;
la seconde, parce qu'il n'était pas fâché de lire un peu dans sa
pensée, et, s'il était possible, dans celle de cette femme.
Tout ce qu'il y avait de plus clair là-dedans, c'est que
d'Artagnan aimait Milady comme un fou et qu'elle ne l'aimait pas
le moins du monde. Un instant d'Artagnan comprit que ce qu'il
aurait de mieux à faire serait de rentrer chez lui et d'écrire à
Milady une longue lettre dans laquelle il lui avouerait que lui et
de Wardes étaient jusqu'à présent absolument le même, que par
conséquent il ne pouvait s'engager, sous peine de suicide, à tuer
de Wardes. Mais lui aussi était éperonné d'un féroce désir de
vengeance; il voulait posséder à son tour cette femme sous son
propre nom; et comme cette vengeance lui paraissait avoir une
certaine douceur, il ne voulait point y renoncer.
Il fit cinq ou six fois le tour de la place Royale, se retournant
de dix pas en dix pas pour regarder la lumière de l'appartement de
Milady, qu'on apercevait à travers les jalousies; il était évident
que cette fois la jeune femme était moins pressée que la première
de rentrer dans sa chambre.
Enfin la lumière disparut.
Avec cette lueur s'éteignit la dernière irrésolution dans le coeur
de d'Artagnan; il se rappela les détails de la première nuit, et,
le coeur bondissant, la tête en feu, il rentra dans l'hôtel et se
précipita dans la chambre de Ketty.
La jeune fille, pâle comme la mort, tremblant de tous ses membres,
voulut arrêter son amant; mais Milady, l'oreille au guet, avait
entendu le bruit qu'avait fait d'Artagnan: elle ouvrit la porte.
«Venez», dit-elle.
Tout cela était d'une si incroyable imprudence, d'une si
monstrueuse effronterie, qu'à peine si d'Artagnan pouvait croire à
ce qu'il voyait et à ce qu'il entendait. Il croyait être entraîné
dans quelqu'une de ces intrigues fantastiques comme on en
accomplit en rêve.
Il ne s'élança pas moins vers Milady, cédant à cette attraction
que l'aimant exerce sur le fer. La porte se referma derrière eux.
Ketty s'élança à son tour contre la porte.
La jalousie, la fureur, l'orgueil offensé, toutes les passions
enfin qui se disputent le coeur d'une femme amoureuse la
poussaient à une révélation; mais elle était perdue si elle
avouait avoir donné les mains à une pareille machination; et, par-
dessus tout, d'Artagnan était perdu pour elle. Cette dernière
pensée d'amour lui conseilla encore ce dernier sacrifice.
D'Artagnan, de son côté, était arrivé au comble de tous ses voeux:
ce n'était plus un rival qu'on aimait en lui, c'était lui-même
qu'on avait l'air d'aimer. Une voix secrète lui disait bien au
fond du coeur qu'il n'était qu'un instrument de vengeance que l'on
caressait en attendant qu'il donnât la mort, mais l'orgueil, mais
l'amour-propre, mais la folie faisaient taire cette voix,
étouffaient ce murmure. Puis notre Gascon, avec la dose de
confiance que nous lui connaissons, se comparait à de Wardes et se
demandait pourquoi, au bout du compte, on ne l'aimerait pas, lui
aussi, pour lui-même.
Il s'abandonna donc tout entier aux sensations du moment. Milady
ne fut plus pour lui cette femme aux intentions fatales qui
l'avait un instant épouvanté, ce fut une maîtresse ardente et
passionnée s'abandonnant tout entière à un amour qu'elle semblait
éprouver elle-même. Deux heures à peu près s'écoulèrent ainsi.
Cependant les transports des deux amants se calmèrent; Milady, qui
n'avait point les mêmes motifs que d'Artagnan pour oublier, revint
la première à la réalité et demanda au jeune homme si les mesures
qui devaient amener le lendemain entre lui et de Wardes une
rencontre étaient bien arrêtées d'avance dans son esprit.
Mais d'Artagnan, dont les idées avaient pris un tout autre cours,
s'oublia comme un sot et répondit galamment qu'il était bien tard
pour s'occuper de duels à coups d'épée.
Cette froideur pour les seuls intérêts qui l'occupassent effraya
Milady, dont les questions devinrent plus pressantes.
Alors d'Artagnan, qui n'avait jamais sérieusement pensé à ce duel
impossible, voulut détourner la conversation, mais il n'était plus
de force.
Milady le contint dans les limites qu'elle avait tracées d'avance
avec son esprit irrésistible et sa volonté de fer.
D'Artagnan se crut fort spirituel en conseillant à Milady de
renoncer, en pardonnant à de Wardes, aux projets furieux qu'elle
avait formés.
Mais aux premiers mots qu'il dit, la jeune femme tressaillit et
s'éloigna.
«Auriez-vous peur, cher d'Artagnan? dit-elle d'une voix aiguë et
railleuse qui résonna étrangement dans l'obscurité.
-- Vous ne le pensez pas, chère âme! répondit d'Artagnan; mais
enfin, si ce pauvre comte de Wardes était moins coupable que vous
ne le pensez?
-- En tout cas dit gravement Milady, il m'a trompée, et du moment
où il m'a trompée il a mérité la mort.
-- Il mourra donc, puisque vous le condamnez!» dit d'Artagnan d'un
ton si ferme, qu'il parut à Milady l'expression d'un dévouement à
toute épreuve.
Aussitôt elle se rapprocha de lui.
Nous ne pourrions dire le temps que dura la nuit pour Milady; mais
d'Artagnan croyait être près d'elle depuis deux heures à peine
lorsque le jour parut aux fentes des jalousies et bientôt envahit
la chambre de sa lueur blafarde.
Alors Milady, voyant que d'Artagnan allait la quitter, lui rappela
la promesse qu'il lui avait faite de la venger de de Wardes.
«Je suis tout prêt, dit d'Artagnan, mais auparavant je voudrais
être certain d'une chose.
-- De laquelle? demanda Milady.
-- C'est que vous m'aimez.
-- Je vous en ai donné la preuve, ce me semble.
-- Oui, aussi je suis à vous corps et âme.
-- Merci, mon brave amant! mais de même que je vous ai prouvé mon
amour, vous me prouverez le vôtre à votre tour, n'est-ce pas?
-- Certainement. Mais si vous m'aimez comme vous me le dites,
reprit d'Artagnan, ne craignez-vous pas un peu pour moi?
-- Que puis-je craindre?
-- Mais enfin, que je sois blessé dangereusement, tué même.
-- Impossible, dit Milady, vous êtes un homme si vaillant et une
si fine épée.
-- Vous ne préféreriez donc point, reprit d'Artagnan, un moyen qui
vous vengerait de même tout en rendant inutile le combat.»
Milady regarda son amant en silence: cette lueur blafarde des
premiers rayons du jour donnait à ses yeux clairs une expression
étrangement funeste.
«Vraiment, dit-elle, je crois que voilà que vous hésitez
maintenant.
-- Non, je n'hésite pas; mais c'est que ce pauvre comte de Wardes
me fait vraiment peine depuis que vous ne l'aimez plus, et il me
semble qu'un homme doit être si cruellement puni par la perte
seule de votre amour, qu'il n'a pas besoin d'autre châtiment.
-- Qui vous dit que je l'aie aimé? demanda Milady.
-- Au moins puis-je croire maintenant sans trop de fatuité que
vous en aimez un autre, dit le jeune homme d'un ton caressant, et
je vous le répète, je m'intéresse au comte.
-- Vous? demanda Milady.
-- Oui moi.
-- Et pourquoi vous?
-- Parce que seul je sais...
-- Quoi?
-- Qu'il est loin d'être ou plutôt d'avoir été aussi coupable
envers vous qu'il le paraît.
-- En vérité! dit Milady d'un air inquiet; expliquez-vous, car je
ne sais vraiment ce que vous voulez dire.»
Et elle regardait d'Artagnan, qui la tenait embrassée avec des
yeux qui semblaient s'enflammer peu à peu.
«Oui, je suis galant homme, moi! dit d'Artagnan décidé à en finir;
et depuis que votre amour est à moi, que je suis bien sûr de le
posséder, car je le possède, n'est-ce pas?...
-- Tout entier, continuez.
-- Eh bien, je me sens comme transporté, un aveu me pèse.
-- Un aveu?
-- Si j'eusse douté de votre amour je ne l'eusse pas fait; mais
vous m'aimez, ma belle maîtresse? n'est-ce pas, vous m'aimez?
-- Sans doute.
-- Alors si par excès d'amour je me suis rendu coupable envers
vous, vous me pardonnerez?
-- Peut-être!»
D'Artagnan essaya, avec le plus doux sourire qu'il pût prendre, de
rapprocher ses lèvres des lèvres de Milady, mais celle-ci
l'écarta.
«Cet aveu, dit-elle en pâlissant, quel est cet aveu?
-- Vous aviez donné rendez-vous à de Wardes, jeudi dernier, dans
cette même chambre, n'est-ce pas?
-- Moi, non! cela n'est pas, dit Milady d'un ton de voix si ferme
et d'un visage si impassible, que si d'Artagnan n'eût pas eu une
certitude si parfaite, il eût douté.
-- Ne mentez pas, mon bel ange, dit d'Artagnan en souriant, ce
serait inutile.
-- Comment cela? parlez donc! vous me faites mourir!
-- Oh! rassurez-vous, vous n'êtes point coupable envers moi, et je
vous ai déjà pardonné!
-- Après, après?
-- De Wardes ne peut se glorifier de rien.
-- Pourquoi? Vous m'avez dit vous-même que cette bague...
-- Cette bague, mon amour, c'est moi qui l'ai. Le comte de Wardes
de jeudi et le d'Artagnan d'aujourd'hui sont la même personne.»
L'imprudent s'attendait à une surprise mêlée de pudeur, à un petit
orage qui se résoudrait en larmes; mais il se trompait
étrangement, et son erreur ne fut pas longue.
Pâle et terrible, Milady se redressa, et, repoussant d'Artagnan
d'un violent coup dans la poitrine, elle s'élança hors du lit.
Il faisait alors presque grand jour.
D'Artagnan la retint par son peignoir de fine toile des Indes pour
implorer son pardon; mais elle, d'un mouvement puissant et résolu,
elle essaya de fuir. Alors la batiste se déchira en laissant à nu
les épaules et sur l'une de ces belles épaules rondes et blanches,
d'Artagnan avec un saisissement inexprimable, reconnut la fleur de
lis, cette marque indélébile qu'imprime la main infamante du
bourreau.
«Grand Dieu!» s'écria d'Artagnan en lâchant le peignoir.
Et il demeura muet, immobile et glacé sur le lit.
Mais Milady se sentait dénoncée par l'effroi même de d'Artagnan.
Sans doute il avait tout vu: le jeune homme maintenant savait son
secret, secret terrible, que tout le monde ignorait, excepté lui.
Elle se retourna, non plus comme une femme furieuse mais comme une
panthère blessée.
«Ah! misérable, dit-elle, tu m'as lâchement trahie, et de plus tu
as mon secret! Tu mourras!»
Et elle courut à un coffret de marqueterie posé sur la toilette,
l'ouvrit d'une main fiévreuse et tremblante, en tira un petit
poignard à manche d'or, à la lame aiguë et mince et revint d'un
bond sur d'Artagnan à demi nu.
Quoique le jeune homme fût brave, on le sait, il fut épouvanté de
cette figure bouleversée, de ces pupilles dilatées horriblement,
de ces joues pâles et de ces lèvres sanglantes; il recula jusqu'à
la ruelle, comme il eût fait à l'approche d'un serpent qui eût
rampé vers lui, et son épée se rencontrant sous sa main souillée
de sueur, il la tira du fourreau.
Mais sans s'inquiéter de l'épée, Milady essaya de remonter sur le
lit pour le frapper, et elle ne s'arrêta que lorsqu'elle sentit la
pointe aiguë sur sa gorge.
Alors elle essaya de saisir cette épée avec les mains mais
d'Artagnan l'écarta toujours de ses étreintes et, la lui
présentant tantôt aux yeux, tantôt à la poitrine, il se laissa
glisser à bas du lit, cherchant pour faire retraite la porte qui
conduisait chez Ketty.
Milady, pendant ce temps, se ruait sur lui avec d'horribles
transports, rugissant d'une façon formidable.
Cependant cela ressemblait à un duel, aussi d'Artagnan se
remettait petit à petit.
«Bien, belle dame, bien! disait-il, mais, de par Dieu, calmez-
vous, ou je vous dessine une seconde fleur de lis sur l'autre
épaule.
-- Infâme! infâme!» hurlait Milady.
Mais d'Artagnan, cherchant toujours la porte, se tenait sur la
défensive.
Au bruit qu'ils faisaient, elle renversant les meubles pour aller
à lui, lui s'abritant derrière les meubles pour se garantir
d'elle, Ketty ouvrit la porte. D'Artagnan, qui avait sans cesse
manoeuvré pour se rapprocher de cette porte, n'en était plus qu'à
trois pas. D'un seul élan il s'élança de la chambre de Milady dans
celle de la suivante, et, rapide comme l'éclair, il referma la
porte, contre laquelle il s'appuya de tout son poids tandis que
Ketty poussait les verrous.
Alors Milady essaya de renverser l'arc-boutant qui l'enfermait
dans sa chambre, avec des forces bien au-dessus de celles d'une
femme; puis, lorsqu'elle sentit que c'était chose impossible, elle
cribla la porte de coups de poignard, dont quelques-uns
traversèrent l'épaisseur du bois.
Chaque coup était accompagné d'une imprécation terrible.
«Vite, vite, Ketty, dit d'Artagnan à demi-voix lorsque les verrous
furent mis, fais-moi sortir de l'hôtel, ou si nous lui laissons le
temps de se retourner, elle me fera tuer par les laquais.
-- Mais vous ne pouvez pas sortir ainsi, dit Ketty, vous êtes tout
nu.
-- C'est vrai, dit d'Artagnan, qui s'aperçut alors seulement du
costume dans lequel il se trouvait, c'est vrai; habille-moi comme
tu pourras, mais hâtons-nous; comprends-tu, il y va de la vie et
de la mort!»
Ketty ne comprenait que trop; en un tour de main elle l'affubla
d'une robe à fleurs, d'une large coiffe et d'un mantelet; elle lui
donna des pantoufles, dans lesquelles il passa ses pieds nus, puis
elle l'entraîna par les degrés. Il était temps, Milady avait déjà
sonné et réveillé tout l'hôtel. Le portier tira le cordon à la
voix de Ketty au moment même où Milady, à demi nue de son côté,
criait par la fenêtre:
«N'ouvrez pas!»
CHAPITRE XXXVIII
COMMENT, SANS SE DÉRANGER, ATHOS TROUVA SON ÉQUIPEMENT
Le jeune homme s'enfuit tandis qu'elle le menaçait encore d'un
geste impuissant. Au moment où elle le perdit de vue, Milady tomba
évanouie dans sa chambre.
D'Artagnan était tellement bouleversé, que, sans s'inquiéter de ce
que deviendrait Ketty, il traversa la moitié de Paris tout en
courant, et ne s'arrêta que devant la porte d'Athos. L'égarement
de son esprit, la terreur qui l'éperonnait, les cris de quelques
patrouilles qui se mirent à sa poursuite, et les huées de quelques
passants qui, malgré l'heure peu avancée, se rendaient à leurs
affaires, ne firent que précipiter sa course.
Il traversa la cour, monta les deux étages d'Athos et frappa à la
porte à tout rompre.
Grimaud vint ouvrir les yeux bouffis de sommeil. D'Artagnan
s'élança avec tant de force dans l'antichambre qu'il faillit le
culbuter en entrant.
Malgré le mutisme habituel du pauvre garçon, cette fois la parole
lui revint.
«Hé, là, là! s'écria-t-il, que voulez-vous, coureuse? que
demandez-vous, drôlesse?»
D'Artagnan releva ses coiffes et dégagea ses mains de dessous son
mantelet; à la vue de ses moustaches et de son épée nue, le pauvre
diable s'aperçut qu'il avait affaire à un homme.
Il crut alors que c'était quelque assassin.
«Au secours! à l'aide! au secours! s'écria-t-il.
-- Tais-toi, malheureux! dit le jeune homme, je suis d'Artagnan,
ne me reconnais-tu pas? Où est ton maître?
-- Vous, monsieur d'Artagnan! s'écria Grimaud épouvanté.
Impossible.
-- Grimaud, dit Athos sortant de son appartement en robe de
chambre, je crois que vous vous permettez de parler.
-- Ah! monsieur! c'est que...
-- Silence.»
Grimaud se contenta de montrer du doigt d'Artagnan à son maître.
Athos reconnut son camarade, et, tout flegmatique qu'il était, il
partit d'un éclat de rire que motivait bien la mascarade étrange
qu'il avait sous les yeux: coiffes de travers, jupes tombantes sur
les souliers; manches retroussées et moustaches raides d'émotion.
«Ne riez pas, mon ami, s'écria d'Artagnan; de par le Ciel ne riez
pas, car, sur mon âme, je vous le dis, il n'y a point de quoi
rire.»
Et il prononça ces mots d'un air si solennel et avec une épouvante
si vraie qu'Athos lui prit aussitôt les mains en s'écriant:
«Seriez-vous blessé, mon ami? vous êtes bien pâle!
-- Non, mais il vient de m'arriver un terrible événement. Êtes-
vous seul, Athos?
-- Pardieu! qui voulez-vous donc qui soit chez moi à cette heure?
-- Bien, bien.»
Et d'Artagnan se précipita dans la chambre d'Athos.
«Hé, parlez! dit celui-ci en refermant la porte et en poussant les
verrous pour n'être pas dérangés. Le roi est-il mort? avez-vous
tué M. le cardinal? vous êtes tout renversé; voyons, voyons,
dites, car je meurs véritablement d'inquiétude.
-- Athos, dit d'Artagnan se débarrassant de ses vêtements de femme
et apparaissant en chemise, préparez-vous à entendre une histoire
incroyable, inouïe.
-- Prenez d'abord cette robe de chambre», dit le mousquetaire à
son ami.
D'Artagnan passa la robe de chambre, prenant une manche pour une
autre tant il était encore ému.
«Eh bien? dit Athos.
-- Eh bien, répondit d'Artagnan en se courbant vers l'oreille
d'Athos et en baissant la voix, Milady est marquée d'une fleur de
lis à l'épaule.
-- Ah! cria le mousquetaire comme s'il eût reçu une balle dans le
coeur.
-- Voyons, dit d'Artagnan, êtes-vous sûr que l'autre soit bien
morte?
-- L'autre? dit Athos d'une voix si sourde, qu'à peine si
d'Artagnan l'entendit.
-- Oui, celle dont vous m'avez parlé un jour à Amiens.»
Athos poussa un gémissement et laissa tomber sa tête dans ses
mains.
«Celle-ci, continua d'Artagnan, est une femme de vingt-six à
vingt-huit ans.
-- Blonde, dit Athos, n'est-ce pas?
-- Oui.
-- Des yeux clairs, d'une clarté étrange, avec des cils et
sourcils noirs?
-- Oui.
-- Grande, bien faite? Il lui manque une dent près de l'oeillère
gauche.
-- Oui.
-- La fleur de lis est petite, rousse de couleur et comme effacée
par les couches de pâte qu'on y applique.
-- Oui.
-- Cependant vous dites qu'elle est anglaise!
-- On l'appelle Milady, mais elle peut être française. Malgré
cela, Lord de Winter n'est que son beau-frère.
-- Je veux la voir, d'Artagnan.
-- Prenez garde, Athos, prenez garde; vous avez voulu la tuer,
elle est femme à vous rendre la pareille et à ne pas vous manquer.
-- Elle n'osera rien dire, car ce serait se dénoncer elle-même.
-- Elle est capable de tout! L'avez-vous jamais vue furieuse?
-- Non, dit Athos.
-- Une tigresse, une panthère! Ah! mon cher Athos! j'ai bien peur
d'avoir attiré sur nous deux une vengeance terrible!»
D'Artagnan raconta tout alors: la colère insensée de Milady et ses
menaces de mort.
'
.
1
2
:
3
'
4
,
5
,
.
6
:
7
8
«
,
,
-
:
9
'
'
'
10
'
.
,
11
'
'
.
12
13
«
.
14
15
«
.
»
16
17
:
-
18
?
,
,
-
19
'
?
20
21
'
22
'
.
'
23
24
,
25
.
26
27
'
,
28
'
29
.
30
31
:
'
32
33
;
,
,
34
35
,
'
36
.
37
38
39
'
.
40
41
42
'
,
'
,
43
;
;
44
.
45
46
«
'
-
?
-
.
47
48
-
-
'
,
49
.
50
51
-
-
!
'
;
'
52
!
»
53
54
:
55
56
«
!
-
,
-
.
.
.
»
'
.
57
58
,
:
59
'
;
60
'
,
,
61
.
62
63
'
64
.
:
65
66
«
-
?
-
,
-
67
?
68
69
-
-
'
'
70
,
'
71
'
.
72
73
-
-
,
?
?
-
?
74
'
,
,
,
75
-
!
»
76
77
.
78
79
80
81
82
83
'
'
.
'
84
'
,
.
.
85
86
87
'
:
'
;
88
,
'
.
89
90
,
91
'
;
92
'
.
93
94
'
,
95
,
96
.
97
98
'
'
;
-
99
,
,
100
.
101
102
'
:
103
'
'
104
.
.
105
106
'
:
107
108
«
'
,
'
,
109
'
.
110
-
-
111
.
-
-
?
112
113
«
,
114
115
«
.
»
116
117
«
'
,
'
,
'
118
.
.
119
120
-
-
-
?
.
121
122
-
-
,
,
,
123
'
'
124
,
'
125
.
,
126
,
'
,
127
,
128
'
'
?
129
130
-
-
!
!
,
131
.
132
;
133
,
134
!
»
135
136
'
137
.
138
139
'
'
140
.
141
142
'
143
'
;
'
144
,
145
,
.
146
147
,
'
.
148
'
149
,
'
,
150
'
,
'
151
'
.
152
153
«
»
,
'
,
154
'
'
'
.
155
156
'
.
157
158
«
'
,
;
-
,
159
.
»
160
161
.
162
163
'
:
164
,
,
'
.
165
,
166
167
'
.
168
169
'
'
'
;
170
,
171
.
172
173
'
:
174
175
«
,
-
,
.
176
177
-
-
,
'
,
,
178
.
179
180
-
-
,
;
,
,
'
,
181
.
»
182
183
«
!
!
'
,
'
,
184
-
.
»
185
186
'
'
,
187
'
.
188
'
'
189
,
,
.
190
'
'
191
.
,
'
'
192
'
,
.
193
'
'
.
194
195
196
'
.
197
198
.
199
'
'
.
200
201
«
!
'
'
'
202
,
-
203
,
,
,
204
!
»
205
206
'
.
207
208
«
'
?
-
.
209
210
-
-
-
,
-
211
?
212
213
-
-
;
,
,
,
214
.
215
216
-
-
!
'
,
'
;
'
217
'
.
218
219
-
-
'
,
,
.
220
221
-
-
,
?
222
223
-
-
»
,
.
224
225
«
!
'
,
.
226
-
,
,
,
227
-
-
228
'
'
?
»
229
230
'
.
231
232
«
,
-
,
-
233
?
234
235
-
-
'
.
'
,
.
236
237
-
-
?
238
239
-
-
!
'
'
'
'
'
240
-
'
.
241
242
-
-
,
,
243
'
.
244
245
-
-
,
»
,
-
.
246
247
248
:
249
250
«
'
,
-
.
251
252
-
-
,
!
'
'
,
-
253
,
?
'
!
254
255
-
-
.
256
257
-
-
?
258
259
-
-
'
'
260
.
-
261
?
»
262
263
'
-
-
264
.
265
266
«
,
,
-
,
267
.
268
269
-
-
,
,
'
.
.
.
»
270
271
'
.
272
273
«
?
'
.
274
275
-
-
,
,
276
'
'
.
277
278
-
-
'
»
,
'
'
279
'
280
.
281
282
-
-
-
,
283
,
,
284
,
'
!
285
286
-
-
'
287
,
,
'
288
,
289
.
»
290
291
'
.
292
293
«
,
-
.
294
295
-
-
'
,
'
!
296
.
297
298
-
-
.
299
300
-
-
,
'
301
?
302
303
-
-
'
.
304
305
,
,
-
;
306
,
?
307
308
-
-
,
'
,
309
!
»
310
311
'
.
312
313
.
314
315
«
!
-
.
316
317
-
-
!
'
'
318
'
,
!
'
319
,
'
320
'
,
'
'
321
.
322
323
-
-
,
.
324
325
-
-
,
'
.
326
327
-
-
?
.
328
329
-
-
-
'
.
330
331
-
-
'
?
-
.
332
333
-
-
.
.
.
334
335
-
-
,
.
336
337
-
-
!
,
-
'
.
338
339
-
-
'
.
340
341
-
-
.
342
343
-
-
,
;
'
!
344
345
-
-
.
'
-
-
?
346
347
-
-
.
348
349
-
-
?
350
351
-
-
.
352
353
-
-
'
?
'
354
'
.
355
356
-
-
'
,
?
»
'
357
.
.
358
359
«
,
-
!
»
'
'
360
'
.
361
362
'
;
.
363
364
«
'
,
.
365
366
-
-
!
'
-
?
'
.
367
368
-
-
,
»
,
-
.
369
370
'
'
,
,
371
,
-
.
372
373
«
'
,
!
'
-
-
.
!
,
374
.
»
375
376
'
.
'
'
377
,
.
378
379
:
'
'
380
'
.
381
382
'
,
'
,
383
;
384
.
385
,
'
.
386
387
'
.
388
389
«
'
.
.
.
,
-
.
390
391
-
-
,
,
'
'
.
392
393
-
-
-
?
»
394
'
395
.
396
397
'
'
'
,
'
398
.
399
400
«
,
,
!
,
-
401
?
402
403
-
-
?
'
.
404
405
-
-
.
406
407
-
-
,
,
,
,
408
'
,
'
.
409
410
-
-
!
»
'
.
411
412
'
,
,
'
413
'
.
414
415
«
?
-
-
.
416
417
-
-
,
,
'
418
'
.
419
420
-
-
,
!
'
;
-
?
421
422
-
-
,
,
.
»
423
424
'
:
«
»
;
425
'
426
'
.
427
428
'
,
,
429
,
'
430
.
431
'
.
432
433
«
,
-
,
.
434
435
-
-
!
-
,
;
.
436
'
.
437
438
-
-
-
,
.
'
439
,
.
440
441
-
-
,
'
442
.
443
444
-
-
:
,
445
.
446
447
-
-
.
448
449
-
-
,
'
,
'
;
-
450
'
451
'
?
»
452
453
'
:
454
455
«
'
-
?
.
»
456
457
,
'
.
458
459
«
'
,
-
.
460
461
-
-
!
,
.
462
463
-
-
,
?
-
.
464
465
-
-
,
!
466
467
-
-
,
468
?
469
470
-
-
'
.
471
472
-
-
;
'
:
'
473
.
»
474
475
;
.
476
477
«
,
-
478
,
;
:
479
.
»
480
481
482
.
483
484
«
,
-
,
,
485
?
,
;
,
486
,
!
»
487
488
«
-
,
489
'
:
'
.
»
490
491
'
.
492
493
«
,
-
494
,
,
;
495
:
.
»
496
497
498
499
500
501
'
'
502
,
503
,
:
504
,
,
;
505
,
'
'
506
,
,
'
,
.
507
508
'
-
,
'
509
'
'
'
510
.
'
'
511
'
512
513
'
,
514
'
,
,
515
.
'
516
;
517
;
518
,
.
519
520
,
521
'
522
,
'
;
523
524
.
525
526
.
527
528
'
529
'
;
,
,
530
,
,
'
531
.
532
533
,
,
,
534
;
,
'
,
535
'
'
:
.
536
537
«
»
,
-
.
538
539
'
,
'
540
,
'
'
541
'
'
.
542
'
543
.
544
545
'
,
546
'
.
.
547
548
'
.
549
550
,
,
'
,
551
'
552
;
553
;
,
-
554
,
'
.
555
'
.
556
557
'
,
,
:
558
'
'
,
'
-
559
'
'
'
.
560
'
'
'
'
561
'
,
'
,
562
'
-
,
,
563
.
,
564
,
565
,
,
'
,
566
,
-
.
567
568
'
.
569
570
'
,
571
'
'
572
-
.
'
.
573
574
;
,
575
'
'
,
576
577
578
'
.
579
580
'
,
,
581
'
'
582
'
'
.
583
584
'
585
,
.
586
587
'
,
'
588
,
,
'
589
.
590
591
'
'
592
.
593
594
'
595
,
,
'
596
.
597
598
'
,
599
'
.
600
601
«
-
,
'
?
-
'
602
'
.
603
604
-
-
,
!
'
;
605
,
606
?
607
608
-
-
,
'
,
609
'
.
610
611
-
-
,
!
»
'
'
612
,
'
'
'
613
.
614
615
.
616
617
;
618
'
'
619
620
.
621
622
,
'
,
623
'
.
624
625
«
,
'
,
626
'
.
627
628
-
-
?
.
629
630
-
-
'
'
.
631
632
-
-
,
.
633
634
-
-
,
.
635
636
-
-
,
!
637
,
,
'
-
?
638
639
-
-
.
'
,
640
'
,
-
?
641
642
-
-
-
?
643
644
-
-
,
,
.
645
646
-
-
,
,
647
.
648
649
-
-
,
'
,
650
.
»
651
652
:
653
654
.
655
656
«
,
-
,
657
.
658
659
-
-
,
'
;
'
660
'
,
661
'
662
,
'
'
'
.
663
664
-
-
'
?
.
665
666
-
-
-
667
,
'
,
668
,
'
.
669
670
-
-
?
.
671
672
-
-
.
673
674
-
-
?
675
676
-
-
.
.
.
677
678
-
-
?
679
680
-
-
'
'
'
681
'
.
682
683
-
-
!
'
;
-
,
684
.
»
685
686
'
,
687
'
.
688
689
«
,
,
!
'
;
690
,
691
,
,
'
-
?
.
.
.
692
693
-
-
,
.
694
695
-
-
,
,
.
696
697
-
-
?
698
699
-
-
'
'
;
700
'
,
?
'
-
,
'
?
701
702
-
-
.
703
704
-
-
'
705
,
?
706
707
-
-
-
!
»
708
709
'
,
'
,
710
,
-
711
'
.
712
713
«
,
-
,
?
714
715
-
-
-
,
,
716
,
'
-
?
717
718
-
-
,
!
'
,
'
719
'
,
'
'
720
,
.
721
722
-
-
,
,
'
,
723
.
724
725
-
-
?
!
!
726
727
-
-
!
-
,
'
,
728
!
729
730
-
-
,
?
731
732
-
-
.
733
734
-
-
?
'
-
.
.
.
735
736
-
-
,
,
'
'
.
737
'
'
'
.
»
738
739
'
'
,
740
;
741
,
.
742
743
,
,
,
'
744
'
,
'
.
745
746
.
747
748
'
749
;
,
'
,
750
.
751
'
,
752
'
,
753
,
'
754
.
755
756
«
!
»
'
'
.
757
758
,
.
759
760
'
'
.
761
:
762
,
,
,
.
763
764
,
765
.
766
767
«
!
,
-
,
'
,
768
!
!
»
769
770
,
771
'
'
,
772
'
,
'
773
'
.
774
775
,
,
776
,
,
777
;
'
778
,
'
'
779
,
780
,
.
781
782
'
'
,
783
,
'
'
784
.
785
786
787
'
'
,
788
,
,
789
,
790
.
791
792
,
,
'
793
,
'
.
794
795
,
'
796
.
797
798
«
,
,
!
-
,
,
,
-
799
,
'
800
.
801
802
-
-
!
!
»
.
803
804
'
,
,
805
.
806
807
'
,
808
,
'
809
'
,
.
'
,
810
,
'
'
811
.
'
'
812
,
,
'
,
813
,
'
814
.
815
816
'
-
'
817
,
-
'
818
;
,
'
'
,
819
,
-
820
'
.
821
822
'
.
823
824
«
,
,
,
'
-
825
,
-
'
,
826
,
.
827
828
-
-
,
,
829
.
830
831
-
-
'
,
'
,
'
832
,
'
;
-
833
,
-
;
-
,
834
!
»
835
836
;
'
837
'
,
'
'
;
838
,
,
839
'
.
,
840
'
.
841
,
,
842
:
843
844
«
'
!
»
845
846
847
848
,
,
849
850
'
'
'
851
.
,
852
.
853
854
'
,
,
'
855
,
856
,
'
'
.
'
857
,
'
,
858
,
859
,
'
,
860
,
.
861
862
,
'
863
.
864
865
.
'
866
'
'
'
867
.
868
869
,
870
.
871
872
«
,
,
!
'
-
-
,
-
,
?
873
-
,
?
»
874
875
'
876
;
,
877
'
'
.
878
879
'
.
880
881
«
!
'
!
!
'
-
-
.
882
883
-
-
-
,
!
,
'
,
884
-
?
?
885
886
-
-
,
'
!
'
.
887
.
888
889
-
-
,
890
,
.
891
892
-
-
!
!
'
.
.
.
893
894
-
-
.
»
895
896
'
.
897
898
,
,
'
,
899
'
900
'
:
,
901
;
'
.
902
903
«
,
,
'
'
;
904
,
,
,
,
'
905
.
»
906
907
'
908
'
'
:
909
910
«
-
,
?
!
911
912
-
-
,
'
.
-
913
,
?
914
915
-
-
!
-
?
916
917
-
-
,
.
»
918
919
'
'
.
920
921
«
,
!
-
922
'
.
-
?
-
923
.
?
;
,
,
924
,
'
.
925
926
-
-
,
'
927
,
-
928
,
.
929
930
-
-
'
»
,
931
.
932
933
'
,
934
.
935
936
«
?
.
937
938
-
-
,
'
'
939
'
,
'
940
'
.
941
942
-
-
!
'
943
.
944
945
-
-
,
'
,
-
'
946
?
947
948
-
-
'
?
'
,
'
949
'
'
.
950
951
-
-
,
'
.
»
952
953
954
.
955
956
«
-
,
'
,
-
957
-
.
958
959
-
-
,
,
'
-
?
960
961
-
-
.
962
963
-
-
,
'
,
964
?
965
966
-
-
.
967
968
-
-
,
?
'
969
.
970
971
-
-
.
972
973
-
-
,
974
'
.
975
976
-
-
.
977
978
-
-
'
!
979
980
-
-
'
,
.
981
,
'
-
.
982
983
-
-
,
'
.
984
985
-
-
,
,
;
,
986
.
987
988
-
-
'
,
-
.
989
990
-
-
!
'
-
?
991
992
-
-
,
.
993
994
-
-
,
!
!
!
'
995
'
!
»
996
997
'
:
998
.
999
1000