-- Grimaud est un laquais de bonne maison, qui ne se serait pas
permis le même ordinaire que moi; il a bu à la pièce seulement;
tenez, je crois qu'il a oublié de remettre le fosset. Entendez-
vous? cela coule.»
D'Artagnan partit d'un éclat de rire qui changea le frisson de
l'hôte en fièvre chaude.
En même temps, Grimaud parut à son tour derrière son maître, le
mousqueton sur l'épaule, la tête tremblante, comme ces satyres
ivres des tableaux de Rubens. Il était arrosé par-devant et par-
derrière d'une liqueur grasse que l'hôte reconnut pour être sa
meilleure huile d'olive.
Le cortège traversa la grande salle et alla s'installer dans la
meilleure chambre de l'auberge, que d'Artagnan occupa d'autorité.
Pendant ce temps, l'hôte et sa femme se précipitèrent avec des
lampes dans la cave, qui leur avait été si longtemps interdite et
où un affreux spectacle les attendait.
Au-delà des fortifications auxquelles Athos avait fait brèche pour
sortir et qui se composaient de fagots, de planches et de
futailles vides entassées selon toutes les règles de l'art
stratégique, on voyait çà et là, nageant dans les mares d'huile et
de vin, les ossements de tous les jambons mangés, tandis qu'un
amas de bouteilles cassées jonchait tout l'angle gauche de la cave
et qu'un tonneau, dont le robinet était resté ouvert, perdait par
cette ouverture les dernières gouttes de son sang. L'image de la
dévastation et de la mort, comme dit le poète de l'Antiquité,
régnait là comme sur un champ de bataille.
Sur cinquante saucissons, pendus aux solives, dix restaient à
peine.
Alors les hurlements de l'hôte et de l'hôtesse percèrent la voûte
de la cave, d'Artagnan lui-même en fut ému. Athos ne tourna pas
même la tête.
Mais à la douleur succéda la rage. L'hôte s'arma d'une broche et,
dans son désespoir, s'élança dans la chambre où les deux amis
s'étaient retirés.
«Du vin! dit Athos en apercevant l'hôte.
-- Du vin! s'écria l'hôte stupéfait, du vin! mais vous m'en avez
bu pour plus de cent pistoles; mais je suis un homme ruiné, perdu,
anéanti!
-- Bah! dit Athos, nous sommes constamment restés sur notre soif.
-- Si vous vous étiez contentés de boire, encore; mais vous avez
cassé toutes les bouteilles.
-- Vous m'avez poussé sur un tas qui a dégringolé. C'est votre
faute.
-- Toute mon huile est perdue!
-- L'huile est un baume souverain pour les blessures, et il
fallait bien que ce pauvre Grimaud pansât celles que vous lui avez
faites.
-- Tous mes saucissons rongés!
-- Il y a énormément de rats dans cette cave.
-- Vous allez me payer tout cela, cria l'hôte exaspéré.
-- Triple drôle!» dit Athos en se soulevant. Mais il retomba
aussitôt; il venait de donner la mesure de ses forces. D'Artagnan
vint à son secours en levant sa cravache.
L'hôte recula d'un pas et se mit à fondre en larmes.
«Cela vous apprendra, dit d'Artagnan, à traiter d'une façon plus
courtoise les hôtes que Dieu vous envoie.
-- Dieu..., dites le diable!
-- Mon cher ami, dit d'Artagnan, si vous nous rompez encore les
oreilles, nous allons nous renfermer tous les quatre dans votre
cave, et nous verrons si véritablement le dégât est aussi grand
que vous le dites.
-- Eh bien, oui, messieurs, dit l'hôte, j'ai tort, je l'avoue;
mais à tout péché miséricorde; vous êtes des seigneurs et je suis
un pauvre aubergiste, vous aurez pitié de moi.
-- Ah! si tu parles comme cela, dit Athos, tu vas me fendre le
coeur, et les larmes vont couler de mes yeux comme le vin coulait
de tes futailles. On n'est pas si diable qu'on en a l'air. Voyons,
viens ici et causons.»
L'hôte s'approcha avec inquiétude.
«Viens, te dis-je, et n'aie pas peur, continua Athos. Au moment où
j'allais te payer, j'avais posé ma bourse sur la table.
-- Oui, Monseigneur.
-- Cette bourse contenait soixante pistoles, où est-elle?
-- Déposée au greffe, Monseigneur: on avait dit que c'était de la
fausse monnaie.
-- Eh bien, fais-toi rendre ma bourse, et garde les soixante
pistoles.
-- Mais Monseigneur sait bien que le greffe ne lâche pas ce qu'il
tient. Si c'était de la fausse monnaie, il y aurait encore de
l'espoir; mais malheureusement ce sont de bonnes pièces.
-- Arrange-toi avec lui, mon brave homme, cela ne me regarde pas,
d'autant plus qu'il ne me reste pas une livre.
-- Voyons, dit d'Artagnan, l'ancien cheval d'Athos, où est-il?
-- À l'écurie.
-- Combien vaut-il?
-- Cinquante pistoles tout au plus.
-- Il en vaut quatre-vingts; prends-le, et que tout soit dit.
-- Comment! tu vends mon cheval, dit Athos, tu vends mon Bajazet?
et sur quoi ferai-je la campagne? sur Grimaud?
-- Je t'en amène un autre, dit d'Artagnan.
-- Un autre?
-- Et magnifique! s'écria l'hôte.
-- Alors, s'il y en a un autre plus beau et plus jeune, prends le
vieux, et à boire!
-- Duquel? demanda l'hôte tout à fait rasséréné.
-- De celui qui est au fond, près des lattes; il en reste encore
vingt-cinq bouteilles, toutes les autres ont été cassées dans ma
chute. Montez-en six.
-- Mais c'est un foudre que cet homme! dit l'hôte à part lui; s'il
reste seulement quinze jours ici, et qu'il paie ce qu'il boira, je
rétablirai mes affaires.
-- Et n'oublie pas, continua d'Artagnan, de monter quatre
bouteilles du pareil aux deux seigneurs anglais.
-- Maintenant, dit Athos, en attendant qu'on nous apporte du vin,
conte-moi, d'Artagnan, ce que sont devenus les autres; voyons.»
D'Artagnan lui raconta comment il avait trouvé Porthos dans son
lit avec une foulure, et Aramis à une table entre les deux
théologiens. Comme il achevait, l'hôte rentra avec les bouteilles
demandées et un jambon qui, heureusement pour lui, était resté
hors de la cave.
«C'est bien, dit Athos en remplissant son verre et celui de
d'Artagnan, voilà pour Porthos et pour Aramis; mais vous, mon ami,
qu'avez-vous et que vous est-il arrivé personnellement? Je vous
trouve un air sinistre.
-- Hélas! dit d'Artagnan, c'est que je suis le plus malheureux de
nous tous, moi!
-- Toi malheureux, d'Artagnan! dit Athos. Voyons, comment es-tu
malheureux? Dis-moi cela.
-- Plus tard, dit d'Artagnan.
-- Plus tard! et pourquoi plus tard? parce que tu crois que je
suis ivre, d'Artagnan? Retiens bien ceci: je n'ai jamais les idées
plus nettes que dans le vin. Parle donc, je suis tout oreilles.»
D'Artagnan raconta son aventure avec Mme Bonacieux.
Athos l'écouta sans sourciller; puis, lorsqu'il eut fini:
«Misères que tout cela, dit Athos, misères!»
C'était le mot d'Athos.
«Vous dites toujours misères! mon cher Athos, dit d'Artagnan; cela
vous sied bien mal, à vous qui n'avez jamais aimé.»
L'oeil mort d'Athos s'enflamma soudain, mais ce ne fut qu'un
éclair, il redevint terne et vague comme auparavant.
«C'est vrai, dit-il tranquillement, je n'ai jamais aimé, moi.
-- Vous voyez bien alors, coeur de pierre, dit d'Artagnan, que
vous avez tort d'être dur pour nous autres coeurs tendres.
-- Coeurs tendres, coeurs percés, dit Athos.
-- Que dites-vous?
-- Je dis que l'amour est une loterie où celui qui gagne, gagne la
mort! Vous êtes bien heureux d'avoir perdu, croyez-moi, mon cher
d'Artagnan. Et si j'ai un conseil à vous donner, c'est de perdre
toujours.
-- Elle avait l'air de si bien m'aimer!
-- Elle en avait l'air.
-- Oh! elle m'aimait.
-- Enfant! il n'y a pas un homme qui n'ait cru comme vous que sa
maîtresse l'aimait, et il n'y a pas un homme qui n'ait été trompé
par sa maîtresse.
-- Excepté vous, Athos, qui n'en avez jamais eu.
-- C'est vrai, dit Athos après un moment de silence, je n'en ai
jamais eu, moi. Buvons!
-- Mais alors, philosophe que vous êtes, dit d'Artagnan,
instruisez-moi, soutenez-moi; j'ai besoin de savoir et d'être
consolé.
-- Consolé de quoi?
-- De mon malheur.
-- Votre malheur fait rire, dit Athos en haussant les épaules; je
serais curieux de savoir ce que vous diriez si je vous racontais
une histoire d'amour.
-- Arrivée à vous?
-- Ou à un de mes amis, qu'importe!
-- Dites, Athos, dites.
-- Buvons, nous ferons mieux.
-- Buvez et racontez.
-- Au fait, cela se peut, dit Athos en vidant et remplissant son
verre, les deux choses vont à merveille ensemble.
-- J'écoute», dit d'Artagnan.
Athos se recueillit, et, à mesure qu'il se recueillait, d'Artagnan
le voyait pâlir; il en était à cette période de l'ivresse où les
buveurs vulgaires tombent et dorment. Lui, il rêvait tout haut
sans dormir. Ce somnambulisme de l'ivresse avait quelque chose
d'effrayant.
«Vous le voulez absolument? demanda-t-il.
-- Je vous en prie, dit d'Artagnan.
-- Qu'il soit fait donc comme vous le désirez. Un de mes amis, un
de mes amis, entendez-vous bien! pas moi, dit Athos en
s'interrompant avec un sourire sombre; un des comtes de ma
province, c'est-à-dire du Berry, noble comme un Dandolo ou un
Montmorency, devint amoureux à vingt-cinq ans d'une jeune fille de
seize, belle comme les amours. À travers la naïveté de son âge
perçait un esprit ardent, un esprit non pas de femme, mais de
poète; elle ne plaisait pas, elle enivrait; elle vivait dans un
petit bourg, près de son frère qui était curé. Tous deux étaient
arrivés dans le pays: ils venaient on ne savait d'où; mais en la
voyant si belle et en voyant son frère si pieux, on ne songeait
pas à leur demander d'où ils venaient. Du reste, on les disait de
bonne extraction. Mon ami, qui était le seigneur du pays, aurait
pu la séduire ou la prendre de force, à son gré, il était le
maître; qui serait venu à l'aide de deux étrangers, de deux
inconnus? Malheureusement il était honnête homme, il l'épousa. Le
sot, le niais, l'imbécile!
-- Mais pourquoi cela, puisqu'il l'aimait? demanda d'Artagnan.
-- Attendez donc, dit Athos. Il l'emmena dans son château, et en
fit la première dame de sa province; et il faut lui rendre
justice, elle tenait parfaitement son rang.
-- Eh bien? demanda d'Artagnan.
-- Eh bien, un jour qu'elle était à la chasse avec son mari,
continua Athos à voix basse et en parlant fort vite, elle tomba de
cheval et s'évanouit; le comte s'élança à son secours, et comme
elle étouffait dans ses habits, il les fendit avec son poignard et
lui découvrit l'épaule. Devinez ce qu'elle avait sur l'épaule,
d'Artagnan? dit Athos avec un grand éclat de rire.
-- Puis-je le savoir? demanda d'Artagnan.
-- Une fleur de lis, dit Athos. Elle était marquée!»
Et Athos vida d'un seul trait le verre qu'il tenait à la main.
«Horreur! s'écria d'Artagnan, que me dites-vous là?
-- La vérité. Mon cher, l'ange était un démon. La pauvre fille
avait volé.
-- Et que fit le comte?
-- Le comte était un grand seigneur, il avait sur ses terres droit
de justice basse et haute: il acheva de déchirer les habits de la
comtesse, il lui lia les mains derrière le dos et la pendit à un
arbre.
-- Ciel! Athos! un meurtre! s'écria d'Artagnan.
-- Oui, un meurtre, pas davantage, dit Athos pâle comme la mort.
Mais on me laisse manquer de vin, ce me semble.»
Et Athos saisit au goulot la dernière bouteille qui restait,
l'approcha de sa bouche et la vida d'un seul trait, comme il eût
fait d'un verre ordinaire.
Puis il laissa tomber sa tête sur ses deux mains; d'Artagnan
demeura devant lui, saisi d'épouvante.
«Cela m'a guéri des femmes belles, poétiques et amoureuses, dit
Athos en se relevant et sans songer à continuer l'apologue du
comte. Dieu vous en accorde autant! Buvons!
-- Ainsi elle est morte? balbutia d'Artagnan.
-- Parbleu! dit Athos. Mais tendez votre verre. Du jambon, drôle,
cria Athos, nous ne pouvons plus boire!
-- Et son frère? ajouta timidement d'Artagnan.
-- Son frère? reprit Athos.
-- Oui, le prêtre?
-- Ah! je m'en informai pour le faire pendre à son tour; mais il
avait pris les devants, il avait quitté sa cure depuis la veille.
-- A-t-on su au moins ce que c'était que ce misérable?
-- C'était sans doute le premier amant et le complice de la belle,
un digne homme qui avait fait semblant d'être curé peut-être pour
marier sa maîtresse et lui assurer un sort. Il aura été écartelé,
je l'espère.
-- Oh! mon Dieu! mon Dieu! fit d'Artagnan, tout étourdi de cette
horrible aventure.
-- Mangez donc de ce jambon, d'Artagnan, il est exquis, dit Athos
en coupant une tranche qu'il mit sur l'assiette du jeune homme.
Quel malheur qu'il n'y en ait pas eu seulement quatre comme celui-
là dans la cave! j'aurais bu cinquante bouteilles de plus.»
D'Artagnan ne pouvait plus supporter cette conversation, qui l'eût
rendu fou; il laissa tomber sa tête sur ses deux mains et fit
semblant de s'endormir.
«Les jeunes gens ne savent plus boire, dit Athos en le regardant
en pitié, et pourtant celui-là est des meilleurs!...»
CHAPITRE XXVIII
RETOUR
D'Artagnan était resté étourdi de la terrible confidence d'Athos;
cependant bien des choses lui paraissaient encore obscures dans
cette demi-révélation; d'abord elle avait été faite par un homme
tout à fait ivre à un homme qui l'était à moitié, et cependant,
malgré ce vague que fait monter au cerveau la fumée de deux ou
trois bouteilles de bourgogne, d'Artagnan, en se réveillant le
lendemain matin, avait chaque parole d'Athos aussi présente à son
esprit que si, à mesure qu'elles étaient tombées de sa bouche,
elles s'étaient imprimées dans son esprit. Tout ce doute ne lui
donna qu'un plus vif désir d'arriver à une certitude, et il passa
chez son ami avec l'intention bien arrêtée de renouer sa
conversation de la veille mais il trouva Athos de sens tout à fait
rassis, c'est-à-dire le plus fin et le plus impénétrable des
hommes.
Au reste, le mousquetaire, après avoir échangé avec lui une
poignée de main, alla le premier au-devant de sa pensée.
«J'étais bien ivre hier, mon cher d'Artagnan, dit-il, j'ai senti
cela ce matin à ma langue, qui était encore fort épaisse, et à mon
pouls qui était encore fort agité; je parie que j'ai dit mille
extravagances.»
Et, en disant ces mots, il regarda son ami avec une fixité qui
l'embarrassa.
«Mais non pas, répliqua d'Artagnan, et, si je me le rappelle bien,
vous n'avez rien dit que de fort ordinaire.
-- Ah! vous m'étonnez! Je croyais vous avoir raconté une histoire
des plus lamentables.»
Et il regardait le jeune homme comme s'il eût voulu lire au plus
profond de son coeur.
«Ma foi! dit d'Artagnan, il paraît que j'étais encore plus ivre
que vous, puisque je ne me souviens de rien.»
Athos ne se paya point de cette parole, et il reprit:
«Vous n'êtes pas sans avoir remarqué, mon cher ami, que chacun a
son genre d'ivresse, triste ou gaie, moi j'ai l'ivresse triste,
et, quand une fois je suis gris, ma manière est de raconter toutes
les histoires lugubres que ma sotte nourrice m'a inculquées dans
le cerveau. C'est mon défaut; défaut capital, j'en conviens; mais,
à cela près, je suis bon buveur.»
Athos disait cela d'une façon si naturelle, que d'Artagnan fut
ébranlé dans sa conviction.
«Oh! c'est donc cela, en effet, reprit le jeune homme en essayant
de ressaisir la vérité, c'est donc cela que je me souviens, comme,
au reste, on se souvient d'un rêve, que nous avons parlé de
pendus.
-- Ah! vous voyez bien, dit Athos en pâlissant et cependant en
essayant de rire, j'en étais sûr, les pendus sont mon cauchemar, à
moi.
-- Oui, oui, reprit d'Artagnan, et voilà la mémoire qui me
revient; oui, il s'agissait... attendez donc... il s'agissait
d'une femme.
-- Voyez, répondit Athos en devenant presque livide, c'est ma
grande histoire de la femme blonde, et quand je raconte celle-là,
c'est que je suis ivre mort.
-- Oui, c'est cela, dit d'Artagnan, l'histoire de la femme blonde,
grande et belle, aux yeux bleus.
-- Oui, et pendue.
-- Par son mari, qui était un seigneur de votre connaissance,
continua d'Artagnan en regardant fixement Athos.
-- Eh bien, voyez cependant comme on compromettrait un homme quand
on ne sait plus ce que l'on dit, reprit Athos en haussant les
épaules, comme s'il se fût pris lui-même en pitié. Décidément, je
ne veux plus me griser, d'Artagnan, c'est une trop mauvaise
habitude.»
D'Artagnan garda le silence.
Puis Athos, changeant tout à coup de conversation:
«À propos, dit-il, je vous remercie du cheval que vous m'avez
amené.
-- Est-il de votre goût? demanda d'Artagnan.
-- Oui, mais ce n'était pas un cheval de fatigue.
-- Vous vous trompez; j'ai fait avec lui dix lieues en moins d'une
heure et demie, et il n'y paraissait pas plus que s'il eût fait le
tour de la place Saint-Sulpice.
-- Ah çà, vous allez me donner des regrets.
-- Des regrets?
-- Oui, je m'en suis défait.
-- Comment cela?
-- Voici le fait: ce matin, je me suis réveillé à six heures, vous
dormiez comme un sourd, et je ne savais que faire; j'étais encore
tout hébété de notre débauche d'hier; je descendis dans la grande
salle, et j'avisai un de nos Anglais qui marchandait un cheval à
un maquignon, le sien étant mort hier d'un coup de sang. Je
m'approchai de lui, et comme je vis qu'il offrait cent pistoles
d'un alezan brûlé: «Par Dieu, lui dis-je, mon gentilhomme, moi
aussi j'ai un cheval à vendre.
«-- Et très beau même, dit-il, je l'ai vu hier, le valet de votre
ami le tenait en main.
«-- Trouvez-vous qu'il vaille cent pistoles?
«-- Oui, et voulez-vous me le donner pour ce prix-là?
«-- Non, mais je vous le joue.
«-- Vous me le jouez?
«-- Oui.
«-- À quoi?
«-- Aux dés.»
«Ce qui fut dit fut fait; et j'ai perdu le cheval. Ah! mais par
exemple, continua Athos, j'ai regagné le caparaçon.»
D'Artagnan fit une mine assez maussade.
«Cela vous contrarie? dit Athos.
-- Mais oui, je vous l'avoue, reprit d'Artagnan; ce cheval devait
servir à nous faire reconnaître un jour de bataille; c'était un
gage, un souvenir. Athos, vous avez eu tort.
-- Eh! mon cher ami, mettez-vous à ma place, reprit le
mousquetaire; je m'ennuyais à périr, moi, et puis, d'honneur, je
n'aime pas les chevaux anglais. Voyons, s'il ne s'agit que d'être
reconnu par quelqu'un, eh bien, la selle suffira; elle est assez
remarquable. Quant au cheval, nous trouverons quelque excuse pour
motiver sa disparition. Que diable! un cheval est mortel; mettons
que le mien a eu la morve ou le farcin.»
D'Artagnan ne se déridait pas.
«Cela me contrarie, continua Athos, que vous paraissiez tant tenir
à ces animaux, car je ne suis pas au bout de mon histoire.
-- Qu'avez-vous donc fait encore?
-- Après avoir perdu mon cheval, neuf contre dix, voyez le coup,
l'idée me vint de jouer le vôtre.
-- Oui, mais vous vous en tîntes, j'espère, à l'idée?
-- Non pas, je la mis à exécution à l'instant même.
-- Ah! par exemple! s'écria d'Artagnan inquiet.
-- Je jouai, et je perdis.
-- Mon cheval?
-- Votre cheval; sept contre huit; faute d'un point..., vous
connaissez le proverbe.
-- Athos, vous n'êtes pas dans votre bon sens, je vous jure!
-- Mon cher, c'était hier, quand je vous contais mes sottes
histoires, qu'il fallait me dire cela, et non pas ce matin. Je le
perdis donc avec tous les équipages et harnais possibles.
-- Mais c'est affreux!
-- Attendez donc, vous n'y êtes point, je ferais un joueur
excellent, si je ne m'entêtais pas; mais je m'entête, c'est comme
quand je bois; je m'entêtai donc...
-- Mais que pûtes-vous jouer, il ne vous restait plus rien?
-- Si fait, si fait, mon ami; il nous restait ce diamant qui
brille à votre doigt, et que j'avais remarqué hier.
-- Ce diamant! s'écria d'Artagnan, en portant vivement la main à
sa bague.
-- Et comme je suis connaisseur, en ayant eu quelques-uns pour mon
propre compte, je l'avais estimé mille pistoles.
-- J'espère, dit sérieusement d'Artagnan à demi mort de frayeur,
que vous n'avez aucunement fait mention de mon diamant?
-- Au contraire, cher ami; vous comprenez, ce diamant devenait
notre seule ressource; avec lui, je pouvais regagner nos harnais
et nos chevaux, et, de plus, l'argent pour faire la route.
-- Athos, vous me faites frémir! s'écria d'Artagnan.
-- Je parlai donc de votre diamant à mon partenaire, lequel
l'avait aussi remarqué. Que diable aussi, mon cher, vous portez à
votre doigt une étoile du ciel, et vous ne voulez pas qu'on y
fasse attention! Impossible!
-- Achevez, mon cher; achevez! dit d'Artagnan, car, d'honneur!
avec votre sang-froid, vous me faites mourir!
-- Nous divisâmes donc ce diamant en dix parties de cent pistoles
chacune.
-- Ah! vous voulez rire et m'éprouver? dit d'Artagnan que la
colère commençait à prendre aux cheveux comme Minerve prend
Achille, dans l'Iliade.
-- Non, je ne plaisante pas, mordieu! j'aurais bien voulu vous y
voir, vous! il y avait quinze jours que je n'avais envisagé face
humaine et que j'étais là à m'abrutir en m'abouchant avec des
bouteilles.
-- Ce n'est point une raison pour jouer mon diamant, cela?
répondit d'Artagnan en serrant sa main avec une crispation
nerveuse.
-- Écoutez donc la fin; dix parties de cent pistoles chacune en
dix coups sans revanche. En treize coups je perdis tout. En treize
coups! Le nombre 13 m'a toujours été fatal, c'était le 13 du mois
de juillet que...
-- Ventrebleu! s'écria d'Artagnan en se levant de table,
l'histoire du jour lui faisant oublier celle de la veille.
-- Patience, dit Athos, j'avais un plan. L'Anglais était un
original, je l'avais vu le matin causer avec Grimaud, et Grimaud
m'avait averti qu'il lui avait fait des propositions pour entrer à
son service. Je lui joue Grimaud, le silencieux Grimaud, divisé en
dix portions.
-- Ah! pour le coup! dit d'Artagnan éclatant de rire malgré lui.
-- Grimaud lui-même, entendez-vous cela! et avec les dix parts de
Grimaud, qui ne vaut pas en tout un ducaton, je regagne le
diamant. Dites maintenant que la persistance n'est pas une vertu.
-- Ma foi, c'est très drôle! s'écria d'Artagnan consolé et se
tenant les côtes de rire.
-- Vous comprenez que, me sentant en veine, je me remis aussitôt à
jouer sur le diamant.
-- Ah! diable, dit d'Artagnan assombri de nouveau.
-- J'ai regagné vos harnais, puis votre cheval, puis mes harnais,
puis mon cheval, puis reperdu. Bref, j'ai rattrapé votre harnais,
puis le mien. Voilà où nous en sommes. C'est un coup superbe;
aussi je m'en suis tenu là.»
D'Artagnan respira comme si on lui eût enlevé l'hôtellerie de
dessus la poitrine.
«Enfin, le diamant me reste? dit-il timidement.
-- Intact! cher ami; plus les harnais de votre Bucéphale et du
mien.
-- Mais que ferons-nous de nos harnais sans chevaux?
-- J'ai une idée sur eux.
-- Athos, vous me faites frémir.
-- Écoutez, vous n'avez pas joué depuis longtemps, vous,
d'Artagnan?
-- Et je n'ai point l'envie de jouer.
-- Ne jurons de rien. Vous n'avez pas joué depuis longtemps,
disais-je, vous devez donc avoir la main bonne.
-- Eh bien, après?
-- Eh bien, l'Anglais et son compagnon sont encore là. J'ai
remarqué qu'ils regrettaient beaucoup les harnais. Vous, vous
paraissez tenir à votre cheval. A votre place, je jouerais vos
harnais contre votre cheval.
-- Mais il ne voudra pas un seul harnais.
-- Jouez les deux, pardieu! je ne suis point un égoïste comme
vous, moi.
-- Vous feriez cela? dit d'Artagnan indécis, tant la confiance
d'Athos commençait à le gagner à son insu.
-- Parole d'honneur, en un seul coup.
-- Mais c'est qu'ayant perdu les chevaux, je tenais énormément à
conserver les harnais.
-- Jouez votre diamant, alors.
-- Oh! ceci, c'est autre chose; jamais, jamais.
-- Diable! dit Athos, je vous proposerais bien de jouer Planchet;
mais comme cela a déjà été fait, l'Anglais ne voudrait peut-être
plus.
-- Décidément, mon cher Athos, dit d'Artagnan, j'aime mieux ne
rien risquer.
-- C'est dommage, dit froidement Athos, l'Anglais est cousu de
pistoles. Eh! mon Dieu, essayez un coup, un coup est bientôt joué.
-- Et si je perds?
-- Vous gagnerez.
-- Mais si je perds?
-- Eh bien, vous donnerez les harnais.
-- Va pour un coup», dit d'Artagnan.
Athos se mit en quête de l'Anglais et le trouva dans l'écurie, où
il examinait les harnais d'un oeil de convoitise. L'occasion était
bonne. Il fit ses conditions: les deux harnais contre un cheval ou
cent pistoles, à choisir. L'Anglais calcula vite: les deux harnais
valaient trois cents pistoles à eux deux; il topa.
D'Artagnan jeta les dés en tremblant et amena le nombre trois; sa
pâleur effraya Athos, qui se contenta de dire:
«Voilà un triste coup, compagnon; vous aurez les chevaux tout
harnachés, monsieur.»
L'Anglais, triomphant, ne se donna même la peine de rouler les
dés, il les jeta sur la table sans regarder, tant il était sûr de
la victoire; d'Artagnan s'était détourné pour cacher sa mauvaise
humeur.
«Tiens, tiens, tiens, dit Athos avec sa voix tranquille, ce coup
de dés est extraordinaire, et je ne l'ai vu que quatre fois dans
ma vie: deux as!»
L'Anglais regarda et fut saisi d'étonnement, d'Artagnan regarda et
fut saisi de plaisir.
«Oui, continua Athos, quatre fois seulement: une fois chez
M. de Créquy; une autre fois chez moi, à la campagne, dans mon
château de... quand j'avais un château; une troisième fois chez
M. de Tréville, où il nous surprit tous; enfin une quatrième fois
au cabaret, où il échut à moi et où je perdis sur lui cent louis
et un souper.
-- Alors, monsieur reprend son cheval, dit l'Anglais.
-- Certes, dit d'Artagnan.
-- Alors il n'y a pas de revanche?
-- Nos conditions disaient: pas de revanche, vous vous le
rappelez?
-- C'est vrai; le cheval va être rendu à votre valet, monsieur.
-- Un moment, dit Athos; avec votre permission, monsieur, je
demande à dire un mot à mon ami.
-- Dites.»
Athos tira d'Artagnan à part.
«Eh bien, lui dit d'Artagnan, que me veux-tu encore, tentateur, tu
veux que je joue, n'est-ce pas?
-- Non, je veux que vous réfléchissiez.
-- À quoi?
-- Vous allez reprendre le cheval, n'est-ce pas?
-- Sans doute.
-- Vous avez tort, je prendrais les cent pistoles; vous savez que
vous avez joué les harnais contre le cheval ou cent pistoles, à
votre choix.
-- Oui.
-- Je prendrais les cent pistoles.
-- Eh bien, moi, je prends le cheval.
-- Et vous avez tort, je vous le répète; que ferons-nous d'un
cheval pour nous deux, je ne puis pas monter en croupe; nous
aurions l'air des deux fils Aymon qui ont perdu leurs frères; vous
ne pouvez pas m'humilier en chevauchant près de moi, en
chevauchant sur ce magnifique destrier. Moi, sans balancer un seul
instant, je prendrais les cent pistoles, nous avons besoin
d'argent pour revenir à Paris.
-- Je tiens à ce cheval, Athos.
-- Et vous avez tort, mon ami; un cheval prend un écart, un cheval
bute et se couronne, un cheval mange dans un râtelier où a mangé
un cheval morveux: voilà un cheval ou plutôt cent pistoles
perdues; il faut que le maître nourrisse son cheval, tandis qu'au
contraire cent pistoles nourrissent leur maître.
-- Mais comment reviendrons-nous?
-- Sur les chevaux de nos laquais, pardieu! on verra toujours bien
à l'air de nos figures que nous sommes gens de condition.
-- La belle mine que nous aurons sur des bidets, tandis qu'Aramis
et Porthos caracoleront sur leurs chevaux!
-- Aramis! Porthos! s'écria Athos, et il se mit à rire.
-- Quoi? demanda d'Artagnan, qui ne comprenait rien à l'hilarité
de son ami.
-- Bien, bien, continuons, dit Athos.
-- Ainsi, votre avis...?
-- Est de prendre les cent pistoles, d'Artagnan; avec les cent
pistoles nous allons festiner jusqu'à la fin du mois; nous avons
essuyé des fatigues, voyez-vous, et il sera bon de nous reposer un
peu.
-- Me reposer! oh! non, Athos, aussitôt à Paris je me mets à la
recherche de cette pauvre femme.
-- Eh bien, croyez-vous que votre cheval vous sera aussi utile
pour cela que de bons louis d'or? Prenez les cent pistoles, mon
ami, prenez les cent pistoles.»
D'Artagnan n'avait besoin que d'une raison pour se rendre. Celle-
là lui parut excellente. D'ailleurs, en résistant plus longtemps,
il craignait de paraître égoïste aux yeux d'Athos; il acquiesça
donc et choisit les cent pistoles, que l'Anglais lui compta sur-
le-champ.
Puis l'on ne songea plus qu'à partir. La paix signée avec
l'aubergiste, outre le vieux cheval d'Athos, coûta six pistoles;
d'Artagnan et Athos prirent les chevaux de Planchet et de Grimaud,
les deux valets se mirent en route à pied, portant les selles sur
leurs têtes.
Si mal montés que fussent les deux amis, ils prirent bientôt les
devants sur leurs valets et arrivèrent à Crèvecoeur. De loin ils
aperçurent Aramis mélancoliquement appuyé sur sa fenêtre et
regardant, comme -ma soeur Anne-, poudroyer l'horizon.
«Holà, eh! Aramis! que diable faites-vous donc là? crièrent les
deux amis.
-- Ah! c'est vous, d'Artagnan, c'est vous Athos, dit le jeune
homme; je songeais avec quelle rapidité s'en vont les biens de ce
monde, et mon cheval anglais, qui s'éloignait et qui vient de
disparaître au milieu d'un tourbillon de poussière, m'était une
vivante image de la fragilité des choses de la terre. La vie elle-
même peut se résoudre en trois mots: Erat, est, fuit.
-- Cela veut dire au fond? demanda d'Artagnan, qui commençait à se
douter de la vérité.
-- Cela veut dire que je viens de faire un marché de dupe:
soixante louis, un cheval qui, à la manière dont il file, peut
faire au trot cinq lieues à l'heure.»
D'Artagnan et Athos éclatèrent de rire.
«Mon cher d'Artagnan, dit Aramis, ne m'en veuillez pas trop, je
vous prie: nécessité n'a pas de loi; d'ailleurs je suis le premier
puni, puisque cet infâme maquignon m'a volé cinquante louis au
moins. Ah! vous êtes bons ménagers, vous autres! vous venez sur
les chevaux de vos laquais et vous faites mener vos chevaux de
luxe en main, doucement et à petites journées.»
Au même instant un fourgon, qui depuis quelques instants pointait
sur la route d'Amiens, s'arrêta, et l'on vit sortir Grimaud et
Planchet leurs selles sur la tête. Le fourgon retournait à vide
vers Paris, et les deux laquais s'étaient engagés, moyennant leur
transport, à désaltérer le voiturier tout le long de la route.
«Qu'est-ce que cela? dit Aramis en voyant ce qui se passait; rien
que les selles?
-- Comprenez-vous maintenant? dit Athos.
-- Mes amis, c'est exactement comme moi. J'ai conservé le harnais,
par instinct. Holà, Bazin! portez mon harnais neuf auprès de celui
de ces messieurs.
-- Et qu'avez-vous fait de vos curés? demanda d'Artagnan.
-- Mon cher, je les ai invités à dîner le lendemain, dit Aramis:
il y a ici du vin exquis, cela soit dit en passant; je les ai
grisés de mon mieux; alors le curé m'a défendu de quitter la
casaque, et le jésuite m'a prié de le faire recevoir mousquetaire.
-- Sans thèse! cria d'Artagnan, sans thèse! je demande la
suppression de la thèse, moi!
-- Depuis lors, continua Aramis, je vis agréablement. J'ai
commencé un poème en vers d'une syllabe; c'est assez difficile,
mais le mérite en toutes choses est dans la difficulté. La matière
est galante, je vous lirai le premier chant, il a quatre cents
vers et dure une minute.
-- Ma foi, mon cher Aramis, dit d'Artagnan, qui détestait presque
autant les vers que le latin, ajoutez au mérite de la difficulté
celui de la brièveté, et vous êtes sûr au moins que votre poème
aura deux mérites.
-- Puis, continua Aramis, il respire des passions honnêtes, vous
verrez. Ah çà, mes amis, nous retournons donc à Paris? Bravo, je
suis prêt; nous allons donc revoir ce bon Porthos, tant mieux.
Vous ne croyez pas qu'il me manquait, ce grand niais-là? Ce n'est
pas lui qui aurait vendu son cheval, fût-ce contre un royaume. Je
voudrais déjà le voir sur sa bête et sur sa selle. Il aura, j'en
suis sûr, l'air du grand mogol.»
On fit une halte d'une heure pour faire souffler les chevaux;
Aramis solda son compte, plaça Bazin dans le fourgon avec ses
camarades, et l'on se mit en route pour aller retrouver Porthos.
On le trouva debout, moins pâle que ne l'avait vu d'Artagnan à sa
première visite, et assis à une table où, quoiqu'il fût seul,
figurait un dîner de quatre personnes; ce dîner se composait de
viandes galamment troussées, de vins choisis et de fruits
superbes.
«Ah! pardieu! dit-il en se levant, vous arrivez à merveille,
messieurs, j'en étais justement au potage, et vous allez dîner
avec moi.
-- Oh! oh! fit d'Artagnan, ce n'est pas Mousqueton qui a pris au
lasso de pareilles bouteilles, puis voilà un fricandeau piqué et
un filet de boeuf...
-- Je me refais, dit Porthos, je me refais, rien n'affaiblit comme
ces diables de foulures; avez-vous eu des foulures, Athos?
-- Jamais; seulement je me rappelle que dans notre échauffourée de
la rue Férou je reçus un coup d'épée qui, au bout de quinze ou
dix-huit jours, m'avait produit exactement le même effet.
-- Mais ce dîner n'était pas pour vous seul, mon cher Porthos? dit
Aramis.
-- Non, dit Porthos; j'attendais quelques gentilshommes du
voisinage qui viennent de me faire dire qu'ils ne viendraient pas;
vous les remplacerez et je ne perdrai pas au change. Holà,
Mousqueton! des sièges, et que l'on double les bouteilles!
-- Savez-vous ce que nous mangeons ici? dit Athos au bout de dix
minutes.
-- Pardieu! répondit d'Artagnan, moi je mange du veau piqué aux
cardons et à la moelle.
-- Et moi des filets d'agneau, dit Porthos.
-- Et moi un blanc de volaille, dit Aramis.
-- Vous vous trompez tous, messieurs, répondit Athos, vous mangez
du cheval.
-- Allons donc! dit d'Artagnan.
-- Du cheval!» fit Aramis avec une grimace de dégoût.
Porthos seul ne répondit pas.
«Oui, du cheval; n'est-ce pas, Porthos, que nous mangeons du
cheval? Peut-être même les caparaçons avec!
-- Non, messieurs, j'ai gardé le harnais, dit Porthos.
-- Ma foi, nous nous valons tous, dit Aramis: on dirait que nous
nous sommes donné le mot.
-- Que voulez-vous, dit Porthos, ce cheval faisait honte à mes
visiteurs, et je n'ai pas voulu les humilier!
-- Puis, votre duchesse est toujours aux eaux, n'est-ce pas?
reprit d'Artagnan.
-- Toujours, répondit Porthos. Or, ma foi, le gouverneur de la
province, un des gentilshommes que j'attendais aujourd'hui à
dîner, m'a paru le désirer si fort que je le lui ai donné.
-- Donné! s'écria d'Artagnan.
-- Oh! mon Dieu! oui, donné! c'est le mot, dit Porthos; car il
valait certainement cent cinquante louis, et le ladre n'a voulu me
le payer que quatre-vingts.
-- Sans la selle? dit Aramis.
-- Oui, sans la selle.
-- Vous remarquerez, messieurs, dit Athos, que c'est encore
Porthos qui a fait le meilleur marché de nous tous.»
Ce fut alors un hourra de rires dont le pauvre Porthos fut tout
saisi; mais on lui expliqua bientôt la raison de cette hilarité,
qu'il partagea bruyamment selon sa coutume.
«De sorte que nous sommes tous en fonds? dit d'Artagnan.
-- Mais pas pour mon compte, dit Athos; j'ai trouvé le vin
d'Espagne d'Aramis si bon, que j'en ai fait charger une
soixantaine de bouteilles dans le fourgon des laquais: ce qui m'a
fort désargenté.
-- Et moi, dit Aramis, imaginez donc que j'avais donné jusqu'à mon
dernier sou à l'église de Montdidier et aux jésuites d'Amiens; que
j'avais pris en outre des engagements qu'il m'a fallu tenir, des
messes commandées pour moi et pour vous, messieurs, que l'on dira,
messieurs, et dont je ne doute pas que nous ne nous trouvions à
merveille.
-- Et moi, dit Porthos, ma foulure, croyez-vous qu'elle ne m'a
rien coûté? sans compter la blessure de Mousqueton, pour laquelle
j'ai été obligé de faire venir le chirurgien deux fois par jour,
lequel m'a fait payer ses visites double sous prétexte que cet
imbécile de Mousqueton avait été se faire donner une balle dans un
endroit qu'on ne montre ordinairement qu'aux apothicaires; aussi
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