et je m'en irais savoir des nouvelles de mes trois compagnons. Que
diable! ils méritent bien cette petite attention de votre part.
-- Le conseil est bon, monsieur, et demain je partirai.
-- Demain! et pourquoi pas ce soir?
-- Ce soir, monsieur, je suis retenu à Paris par une affaire
indispensable.
-- Ah! jeune homme! jeune homme! quelque amourette? Prenez garde,
je vous le répète: c'est la femme qui nous a perdus, tous tant que
nous sommes. Croyez-moi, partez ce soir.
-- Impossible! monsieur.
-- Vous avez donc donné votre parole?
-- Oui, monsieur.
-- Alors c'est autre chose; mais promettez-moi que si vous n'êtes
pas tué cette nuit, vous partirez demain.
-- Je vous le promets.
-- Avez-vous besoin d'argent?
-- J'ai encore cinquante pistoles. C'est autant qu'il m'en faut,
je le pense.
-- Mais vos compagnons?
-- Je pense qu'ils ne doivent pas en manquer. Nous sommes sortis
de Paris chacun avec soixante-quinze pistoles dans nos poches.
-- Vous reverrai-je avant votre départ?
-- Non, pas que je pense, monsieur, à moins qu'il n'y ait du
nouveau.
-- Allons, bon voyage!
-- Merci, monsieur.»
Et d'Artagnan prit congé de M. de Tréville, touché plus que jamais
de sa sollicitude toute paternelle pour ses mousquetaires.
Il passa successivement chez Athos, chez Porthos et chez Aramis.
Aucun d'eux n'était rentré. Leurs laquais aussi étaient absents,
et l'on n'avait des nouvelles ni des uns, ni des autres.
Il se serait bien informé d'eux à leurs maîtresses, mais il ne
connaissait ni celle de Porthos, ni celle d'Aramis; quant à Athos,
il n'en avait pas.
En passant devant l'hôtel des Gardes, il jeta un coup d'oeil dans
l'écurie: trois chevaux étaient déjà rentrés sur quatre. Planchet,
tout ébahi, était en train de les étriller, et avait déjà fini
avec deux d'entre eux.
«Ah! monsieur, dit Planchet en apercevant d'Artagnan, que je suis
aise de vous voir!
-- Et pourquoi cela, Planchet? demanda le jeune homme.
-- Auriez-vous confiance en M. Bonacieux, notre hôte?
-- Moi? pas le moins du monde.
-- Oh! que vous faites bien, monsieur.
-- Mais d'où vient cette question?
-- De ce que, tandis que vous causiez avec lui, je vous observais
sans vous écouter; monsieur, sa figure a changé deux ou trois fois
de couleur.
-- Bah!
-- Monsieur n'a pas remarqué cela, préoccupé qu'il était de la
lettre qu'il venait de recevoir; mais moi, au contraire, que
l'étrange façon dont cette lettre était parvenue à la maison avait
mis sur mes gardes, je n'ai pas perdu un mouvement de sa
physionomie.
-- Et tu l'as trouvée...?
-- Traîtreuse, monsieur.
-- Vraiment!
-- De plus, aussitôt que monsieur l'a eu quitté et qu'il a disparu
au coin de la rue, M. Bonacieux a pris son chapeau, a fermé sa
porte et s'est mis à courir par la rue opposée.
-- En effet, tu as raison, Planchet, tout cela me paraît fort
louche, et, sois tranquille, nous ne lui paierons pas notre loyer
que la chose ne nous ait été catégoriquement expliquée.
-- Monsieur plaisante, mais monsieur verra.
-- Que veux-tu, Planchet, ce qui doit arriver est écrit!
-- Monsieur ne renonce donc pas à sa promenade de ce soir?
-- Bien au contraire, Planchet, plus j'en voudrai à M. Bonacieux,
et plus j'irai au rendez-vous que m'a donné cette lettre qui
t'inquiète tant.
-- Alors, si c'est la résolution de monsieur...
-- Inébranlable, mon ami; ainsi donc, à neuf heures tiens-toi prêt
ici, à l'hôtel; je viendrai te prendre.»
Planchet, voyant qu'il n'y avait plus aucun espoir de faire
renoncer son maître à son projet, poussa un profond soupir, et se
mit à étriller le troisième cheval.
Quant à d'Artagnan, comme c'était au fond un garçon plein de
prudence, au lieu de rentrer chez lui, il s'en alla dîner chez ce
prêtre gascon qui, au moment de la détresse des quatre amis, leur
avait donné un déjeuner de chocolat.
CHAPITRE XXIV
LE PAVILLON
À neuf heures, d'Artagnan était à l'hôtel des Gardes; il trouva
Planchet sous les armes. Le quatrième cheval était arrivé.
Planchet était armé de son mousqueton et d'un pistolet. D'Artagnan
avait son épée et passa deux pistolets à sa ceinture, puis tous
deux enfourchèrent chacun un cheval et s'éloignèrent sans bruit.
Il faisait nuit close, et personne ne les vit sortir. Planchet se
mit à la suite de son maître, et marcha par-derrière à dix pas.
D'Artagnan traversa les quais, sortit par la porte de la
Conférence et suivit alors le chemin, bien plus beau alors
qu'aujourd'hui, qui mène à Saint-Cloud.
Tant qu'on fut dans la ville, Planchet garda respectueusement la
distance qu'il s'était imposée; mais dès que le chemin commença à
devenir plus désert et plus obscurs il se rapprocha tout
doucement: si bien que, lorsqu'on entra dans le bois de Boulogne,
il se trouva tout naturellement marcher côte à côte avec son
maître. En effet, nous ne devons pas dissimuler que l'oscillation
des grands arbres et le reflet de la lune dans les taillis sombres
lui causaient une vive inquiétude. D'Artagnan s'aperçut qu'il se
passait chez son laquais quelque chose d'extraordinaire.
«Eh bien, monsieur Planchet, lui demanda-t-il, qu'avons-nous donc?
-- Ne trouvez-vous pas, monsieur, que les bois sont comme les
églises?
-- Pourquoi cela, Planchet?
-- Parce qu'on n'ose point parler haut dans ceux-ci comme dans
celles-là.
-- Pourquoi n'oses-tu parler haut, Planchet? parce que tu as peur?
-- Peur d'être entendu, oui, monsieur.
-- Peur d'être entendu! Notre conversation est cependant morale,
mon cher Planchet, et nul n'y trouverait à redire.
-- Ah! monsieur! reprit Planchet en revenant à son idée mère, que
ce M. Bonacieux a quelque chose de sournois dans ses sourcils et
de déplaisant dans le jeu de ses lèvres!
-- Qui diable te fait penser à Bonacieux?
-- Monsieur, l'on pense à ce que l'on peut et non pas à ce que
l'on veut.
-- Parce que tu es un poltron, Planchet.
-- Monsieur, ne confondons pas la prudence avec la poltronnerie;
la prudence est une vertu.
-- Et tu es vertueux, n'est-ce pas, Planchet?
-- Monsieur, n'est-ce point le canon d'un mousquet qui brille là-
bas? Si nous baissions la tête?
-- En vérité, murmura d'Artagnan, à qui les recommandations de
M. de Tréville revenaient en mémoire; en vérité, cet animal
finirait par me faire peur.»
Et il mit son cheval au trot.
Planchet suivit le mouvement de son maître, exactement comme s'il
eût été son ombre, et se retrouva trottant près de lui.
«Est-ce que nous allons marcher comme cela toute la nuit,
monsieur? demanda-t-il.
-- Non, Planchet, car tu es arrivé, toi.
-- Comment, je suis arrivé? et monsieur?
-- Moi, je vais encore à quelques pas.
-- Et monsieur me laisse seul ici?
-- Tu as peur, Planchet?
-- Non, mais je fais seulement observer à monsieur que la nuit
sera très froide, que les fraîcheurs donnent des rhumatismes, et
qu'un laquais qui a des rhumatismes est un triste serviteur,
surtout pour un maître alerte comme monsieur.
-- Eh bien, si tu as froid, Planchet, tu entreras dans un de ces
cabarets que tu vois là-bas, et tu m'attendras demain matin à six
heures devant la porte.
-- Monsieur, j'ai bu et mangé respectueusement l'écu que vous
m'avez donné ce matin; de sorte qu'il ne me reste pas un traître
sou dans le cas où j'aurais froid.
-- Voici une demi-pistole. À demain.»
D'Artagnan descendit de son cheval, jeta la bride au bras de
Planchet et s'éloigna rapidement en s'enveloppant dans son
manteau.
«Dieu que j'ai froid!» s'écria Planchet dès qu'il eut perdu son
maître de vue; -- et pressé qu'il était de se réchauffer, il se
hâta d'aller frapper à la porte d'une maison parée de tous les
attributs d'un cabaret de banlieue.
Cependant d'Artagnan, qui s'était jeté dans un petit chemin de
traverse, continuait sa route et atteignait Saint-Cloud; mais, au
lieu de suivre la grande rue, il tourna derrière le château, gagna
une espèce de ruelle fort écartée, et se trouva bientôt en face du
pavillon indiqué. Il était situé dans un lieu tout à fait désert.
Un grand mur, à l'angle duquel était ce pavillon, régnait d'un
côté de cette ruelle, et de l'autre une haie défendait contre les
passants un petit jardin au fond duquel s'élevait une maigre
cabane.
Il était arrivé au rendez-vous, et comme on ne lui avait pas dit
d'annoncer sa présence par aucun signal, il attendit.
Nul bruit ne se faisait entendre, on eût dit qu'on était à cent
lieues de la capitale. D'Artagnan s'adossa à la haie après avoir
jeté un coup d'oeil derrière lui. Par-delà cette haie, ce jardin
et cette cabane, un brouillard sombre enveloppait de ses plis
cette immensité où dort Paris, vide, béant, immensité où
brillaient quelques points lumineux, étoiles funèbres de cet
enfer.
Mais pour d'Artagnan tous les aspects revêtaient une forme
heureuse, toutes les idées avaient un sourire, toutes les ténèbres
étaient diaphanes. L'heure du rendez-vous allait sonner.
En effet, au bout de quelques instants, le beffroi de Saint-Cloud
laissa lentement tomber dix coups de sa large gueule mugissante.
Il y avait quelque chose de lugubre à cette voix de bronze qui se
lamentait ainsi au milieu de la nuit.
Mais chacune de ces heures qui composaient l'heure attendue
vibrait harmonieusement au coeur du jeune homme.
Ses yeux étaient fixés sur le petit pavillon situé à l'angle de la
rue et dont toutes les fenêtres étaient fermées par des volets,
excepté une seule du premier étage.
À travers cette fenêtre brillait une lumière douce qui argentait
le feuillage tremblant de deux ou trois tilleuls qui s'élevaient
formant groupe en dehors du parc. Évidemment derrière cette petite
fenêtre, si gracieusement éclairée, la jolie Mme Bonacieux
l'attendait.
Bercé par cette douce idée, d'Artagnan attendit de son côté une
demi-heure sans impatience aucune, les yeux fixés sur ce charmant
petit séjour dont d'Artagnan apercevait une partie de plafond aux
moulures dorées, attestant l'élégance du reste de l'appartement.
Le beffroi de Saint-Cloud sonna dix heures et demie.
Cette fois-ci, sans que d'Artagnan comprît pourquoi, un frisson
courut dans ses veines. Peut-être aussi le froid commençait-il à
le gagner et prenait-il pour une impression morale une sensation
tout à fait physique.
Puis l'idée lui vint qu'il avait mal lu et que le rendez-vous
était pour onze heures seulement.
Il s'approcha de la fenêtre, se plaça dans un rayon de lumière,
tira sa lettre de sa poche et la relut; il ne s'était point
trompé: le rendez-vous était bien pour dix heures.
Il alla reprendre son poste, commençant à être assez inquiet de ce
silence et de cette solitude.
Onze heures sonnèrent.
D'Artagnan commença à craindre véritablement qu'il ne fût arrivé
quelque chose à Mme Bonacieux.
Il frappa trois coups dans ses mains, signal ordinaire des
amoureux; mais personne ne lui répondit: pas même l'écho.
Alors il pensa avec un certain dépit que peut-être la jeune femme
s'était endormie en l'attendant.
Il s'approcha du mur et essaya d'y monter; mais le mur était
nouvellement crépi, et d'Artagnan se retourna inutilement les
ongles.
En ce moment il avisa les arbres, dont la lumière continuait
d'argenter les feuilles, et comme l'un d'eux faisait saillie sur
le chemin, il pensa que du milieu de ses branches son regard
pourrait pénétrer dans le pavillon.
L'arbre était facile. D'ailleurs d'Artagnan avait vingt ans à
peine, et par conséquent se souvenait de son métier d'écolier. En
un instant il fut au milieu des branches, et par les vitres
transparentes ses yeux plongèrent dans l'intérieur du pavillon.
Chose étrange et qui fit frissonner d'Artagnan de la plante des
pieds à la racine des cheveux, cette douce lumière, cette calme
lampe éclairait une scène de désordre épouvantable; une des vitres
de la fenêtre était cassée, la porte de la chambre avait été
enfoncée et, à demi brisée pendait à ses gonds; une table qui
avait dû être couverte d'un élégant souper gisait à terre; les
flacons en éclats, les fruits écrasés jonchaient le parquet; tout
témoignait dans cette chambre d'une lutte violente et désespérée;
d'Artagnan crut même reconnaître au milieu de ce pêle-mêle étrange
des lambeaux de vêtements et quelques taches sanglantes maculant
la nappe et les rideaux.
Il se hâta de redescendre dans la rue avec un horrible battement
de coeur, il voulait voir s'il ne trouverait pas d'autres traces
de violence.
La petite lueur suave brillait toujours dans le calme de la nuit.
D'Artagnan s'aperçut alors, chose qu'il n'avait pas remarquée
d'abord, car rien ne le poussait à cet examen, que le sol, battu
ici, troué là, présentait des traces confuses de pas d'hommes, et
de pieds de chevaux. En outre, les roues d'une voiture, qui
paraissait venir de Paris, avaient creusé dans la terre molle une
profonde empreinte qui ne dépassait pas la hauteur du pavillon et
qui retournait vers Paris.
Enfin d'Artagnan, en poursuivant ses recherches, trouva près du
mur un gant de femme déchiré. Cependant ce gant, par tous les
points où il n'avait pas touché la terre boueuse, était d'une
fraîcheur irréprochable. C'était un de ces gants parfumés comme
les amants aiment à les arracher d'une jolie main.
À mesure que d'Artagnan poursuivait ses investigations, une sueur
plus abondante et plus glacée perlait sur son front, son coeur
était serré par une horrible angoisse, sa respiration était
haletante; et cependant il se disait, pour se rassurer, que ce
pavillon n'avait peut-être rien de commun avec Mme Bonacieux; que
la jeune femme lui avait donné rendez-vous devant ce pavillon, et
non dans ce pavillon; qu'elle avait pu être retenue à Paris par
son service, par la jalousie de son mari peut-être.
Mais tous ces raisonnements étaient battus en brèche, détruits,
renversés par ce sentiment de douleur intime, qui dans certaines
occasions, s'empare de tout notre être et nous crie, par tout ce
qui est destiné chez nous à entendre, qu'un grand malheur plane
sur nous.
Alors d'Artagnan devint presque insensé: il courut sur la grande
route, prit le même chemin qu'il avait déjà fait, s'avança
jusqu'au bac, et interrogea le passeur.
Vers les sept heures du soir, le passeur avait fait traverser la
rivière à une femme enveloppée d'une mante noire, qui paraissait
avoir le plus grand intérêt à ne pas être reconnue; mais,
justement à cause des précautions qu'elle prenait, le passeur
avait prêté une attention plus grande, et il avait reconnu que la
femme était jeune et jolie.
Il y avait alors, comme aujourd'hui, une foule de jeunes et jolies
femmes qui venaient à Saint-Cloud et qui avaient intérêt à ne pas
être vues, et cependant d'Artagnan ne douta point un instant que
ce ne fût Mme Bonacieux qu'avait remarquée le passeur.
D'Artagnan profita de la lampe qui brillait dans la cabane du
passeur pour relire encore une fois le billet de Mme Bonacieux et
s'assurer qu'il ne s'était pas trompé, que le rendez-vous était
bien à Saint-Cloud et non ailleurs, devant le pavillon de
M. d'Estrées et non dans une autre rue.
Tout concourait à prouver à d'Artagnan que ses pressentiments ne
le trompaient point et qu'un grand malheur était arrivé.
Il reprit le chemin du château tout courant; il lui semblait qu'en
son absence quelque chose de nouveau s'était peut-être passé au
pavillon et que des renseignements l'attendaient là.
La ruelle était toujours déserte, et la même lueur calme et douce
s'épanchait de la fenêtre.
D'Artagnan songea alors à cette masure muette et aveugle mais qui
sans doute avait vu et qui peut-être pouvait parler.
La porte de clôture était fermée, mais il sauta par-dessus la
haie, et malgré les aboiements du chien à la chaîne, il s'approcha
de la cabane.
Aux premiers coups qu'il frappa, rien ne répondit.
Un silence de mort régnait dans la cabane comme dans le pavillon;
cependant, comme cette cabane était sa dernière ressource, il
s'obstina.
Bientôt il lui sembla entendre un léger bruit intérieur, bruit
craintif, et qui semblait trembler lui-même d'être entendu.
Alors d'Artagnan cessa de frapper et pria, avec un accent si plein
d'inquiétude et de promesses, d'effroi et de cajolerie, que sa
voix était de nature à rassurer de plus peureux. Enfin un vieux
volet vermoulu s'ouvrit, ou plutôt s'entrebâilla, et se referma
dès que la lueur d'une misérable lampe qui brûlait dans un coin
eut éclairé le baudrier, la poignée de l'épée et le pommeau des
pistolets de d'Artagnan. Cependant, si rapide qu'eût été le
mouvement, d'Artagnan avait eu le temps d'entrevoir une tête de
vieillard.
«Au nom du Ciel! dit-il, écoutez-moi: j'attendais quelqu'un qui ne
vient pas, je meurs d'inquiétude. Serait-il arrivé quelque malheur
aux environs? Parlez.»
La fenêtre se rouvrit lentement, et la même figure apparut de
nouveau: seulement elle était plus pâle encore que la première
fois.
D'Artagnan raconta naïvement son histoire, aux noms près; il dit
comment il avait rendez-vous avec une jeune femme devant ce
pavillon, et comment, ne la voyant pas venir, il était monté sur
le tilleul et, à la lueur de la lampe, il avait vu le désordre de
la chambre.
Le vieillard l'écouta attentivement, tout en faisant signe que
c'était bien cela: puis, lorsque d'Artagnan eut fini, il hocha la
tête d'un air qui n'annonçait rien de bon.
«Que voulez-vous dire? s'écria d'Artagnan. Au nom du Ciel! voyons,
expliquez-vous.
-- Oh! monsieur, dit le vieillard, ne me demandez rien; car si je
vous disais ce que j'ai vu, bien certainement il ne m'arriverait
rien de bon.
-- Vous avez donc vu quelque chose? reprit d'Artagnan. En ce cas,
au nom du Ciel! continua-t-il en lui jetant une pistole, dites,
dites ce que vous avez vu, et je vous donne ma foi de gentilhomme
que pas une de vos paroles ne sortira de mon coeur.»
Le vieillard lut tant de franchise et de douleur sur le visage de
d'Artagnan, qu'il lui fit signe d'écouter et qu'il lui dit à voix
basse:
«Il était neuf heures à peu près, j'avais entendu quelque bruit
dans la rue et je désirais savoir ce que ce pouvait être,
lorsqu'en m'approchant de ma porte je m'aperçus qu'on cherchait à
entrer. Comme je suis pauvre et que je n'ai pas peur qu'on me
vole, j'allai ouvrir et je vis trois hommes à quelques pas de là.
Dans l'ombre était un carrosse avec des chevaux attelés et des
chevaux de main. Ces chevaux de main appartenaient évidemment aux
trois hommes qui étaient vêtus en cavaliers.
«-- Ah, mes bons messieurs! m'écriai-je, que demandez-vous?
«-- Tu dois avoir une échelle? me dit celui qui paraissait le chef
de l'escorte.
«-- Oui, monsieur; celle avec laquelle je cueille mes fruits.
«-- Donne-nous la, et rentre chez toi, voilà un écu pour le
dérangement que nous te causons. Souviens-toi seulement que si tu
dis un mot de ce que tu vas voir et de ce que tu vas entendre (car
tu regarderas et tu écouteras, quelque menace que nous te
fassions, j'en suis sûr), tu es perdu.
«À ces mots, il me jeta un écu, que je ramassai, et il prit mon
échelle.
«Effectivement, après avoir refermé la porte de la haie derrière
eux, je fis semblant de rentrer à la maison; mais j'en sortis
aussitôt par la porte de derrière, et, me glissant dans l'ombre,
je parvins jusqu'à cette touffe de sureau, du milieu de laquelle
je pouvais tout voir sans être vu.
«Les trois hommes avaient fait avancer la voiture sans aucun
bruit, ils en tirèrent un petit homme, gros, court, grisonnant,
mesquinement vêtu de couleur sombre, lequel monta avec précaution
à l'échelle, regarda sournoisement dans l'intérieur de la chambre,
redescendit à pas de loup et murmura à voix basse:
«-- C'est elle!
«Aussitôt celui qui m'avait parlé s'approcha de la porte du
pavillon, l'ouvrit avec une clef qu'il portait sur lui, referma la
porte et disparut, en même temps les deux autres hommes montèrent
à l'échelle. Le petit vieux demeurait à la portière, le cocher
maintenait les chevaux de la voiture, et un laquais les chevaux de
selle.
Tout à coup de grands cris retentirent dans le pavillon, une femme
accourut à la fenêtre et l'ouvrit comme pour se précipiter. Mais
aussitôt qu'elle aperçut les deux hommes, elle se rejeta en
arrière; les deux hommes s'élancèrent après elle dans la chambre.
Alors je ne vis plus rien; mais j'entendis le bruit des meubles
que l'on brise. La femme criait et appelait au secours. Mais
bientôt ses cris furent étouffés; les trois hommes se
rapprochèrent de la fenêtre, emportant la femme dans leurs bras;
deux descendirent par l'échelle et la transportèrent dans la
voiture, où le petit vieux entra après elle. Celui qui était resté
dans le pavillon referma la croisée, sortit un instant après par
la porte et s'assura que la femme était bien dans la voiture: ses
deux compagnons l'attendaient déjà à cheval, il sauta à son tour
en selle, le laquais reprit sa place près du cocher; le carrosse
s'éloigna au galop escorté par les trois cavaliers, et tout fut
fini. À partir de ce moment-là, je n'ai plus rien vu, rien
entendu.»
D'Artagnan, écrasé par une si terrible nouvelle, resta immobile et
muet, tandis que tous les démons de la colère et de la jalousie
hurlaient dans son coeur.
«Mais, mon gentilhomme, reprit le vieillard, sur lequel ce muet
désespoir causait certes plus d'effet que n'en eussent produit des
cris et des larmes; allons, ne vous désolez pas, ils ne vous l'ont
pas tuée, voilà l'essentiel.
-- Savez-vous à peu près, dit d'Artagnan, quel est l'homme qui
conduisait cette infernale expédition?
-- Je ne le connais pas.
-- Mais puisqu'il vous a parlé, vous avez pu le voir.
-- Ah! c'est son signalement que vous me demandez?
-- Oui.
-- Un grand sec, basané, moustaches noires, oeil noir, l'air d'un
gentilhomme.
-- C'est cela, s'écria d'Artagnan; encore lui! toujours lui! C'est
mon démon, à ce qu'il paraît! Et l'autre?
-- Lequel?
-- Le petit.
-- Oh! celui-là n'est pas un seigneur, j'en réponds: d'ailleurs il
ne portait pas l'épée, et les autres le traitaient sans aucune
considération.
-- Quelque laquais, murmura d'Artagnan. Ah! pauvre femme! pauvre
femme! qu'en ont-ils fait?
-- Vous m'avez promis le secret, dit le vieillard.
-- Et je vous renouvelle ma promesse, soyez tranquille, je suis
gentilhomme. Un gentilhomme n'a que sa parole, et je vous ai donné
la mienne.»
D'Artagnan reprit, l'âme navrée, le chemin du bac. Tantôt il ne
pouvait croire que ce fût Mme Bonacieux, et il espérait le
lendemain la retrouver au Louvre; tantôt il craignait qu'elle
n'eût eu une intrigue avec quelque autre et qu'un jaloux ne l'eût
surprise et fait enlever. Il flottait, il se désolait, il se
désespérait.
«Oh! si j'avais là mes amis! s'écriait-il, j'aurais au moins
quelque espérance de la retrouver; mais qui sait ce qu'ils sont
devenus eux-mêmes!»
Il était minuit à peu près; il s'agissait de retrouver Planchet.
D'Artagnan se fit ouvrir successivement tous les cabarets dans
lesquels il aperçut un peu de lumière; dans aucun d'eux il ne
retrouva Planchet.
Au sixième, il commença de réfléchir que la recherche était un peu
hasardée. D'Artagnan n'avait donné rendez-vous à son laquais qu'à
six heures du matin, et quelque part qu'il fût, il était dans son
droit.
D'ailleurs, il vint au jeune homme cette idée, qu'en restant aux
environs du lieu où l'événement s'était passé, il obtiendrait
peut-être quelque éclaircissement sur cette mystérieuse affaire.
Au sixième cabaret, comme nous l'avons dit, d'Artagnan s'arrêta
donc, demanda une bouteille de vin de première qualité, s'accouda
dans l'angle le plus obscur et se décida à attendre ainsi le jour;
mais cette fois encore son espérance fut trompée, et quoiqu'il
écoutât de toutes ses oreilles, il n'entendit, au milieu des
jurons, des lazzi et des injures qu'échangeaient entre eux les
ouvriers, les laquais et les rouliers qui composaient l'honorable
société dont il faisait partie, rien qui pût le mettre sur la
trace de la pauvre femme enlevée. Force lui fut donc, après avoir
avalé sa bouteille par désoeuvrement et pour ne pas éveiller des
soupçons, de chercher dans son coin la posture la plus
satisfaisante possible et de s'endormir tant bien que mal.
D'Artagnan avait vingt ans, on se le rappelle, et à cet âge le
sommeil a des droits imprescriptibles qu'il réclame
impérieusement, même sur les coeurs les plus désespérés.
Vers six heures du matin, d'Artagnan se réveilla avec ce malaise
qui accompagne ordinairement le point du jour après une mauvaise
nuit. Sa toilette n'était pas longue à faire; il se tâta pour
savoir si on n'avait pas profité de son sommeil pour le voler, et
ayant retrouvé son diamant à son doigt, sa bourse dans sa poche et
ses pistolets à sa ceinture, il se leva, paya sa bouteille et
sortit pour voir s'il n'aurait pas plus de bonheur dans la
recherche de son laquais le matin que la nuit. En effet, la
première chose qu'il aperçut à travers le brouillard humide et
grisâtre fut l'honnête Planchet qui, les deux chevaux en main,
l'attendait à la porte d'un petit cabaret borgne devant lequel
d'Artagnan était passé sans même soupçonner son existence.
CHAPITRE XXV
PORTHOS
Au lieu de rentrer chez lui directement, d'Artagnan mit pied à
terre à la porte de M. de Tréville, et monta rapidement
l'escalier. Cette fois, il était décidé à lui raconter tout ce qui
venait de se passer. Sans doute il lui donnerait de bons conseils
dans toute cette affaire; puis, comme M. de Tréville voyait
presque journellement la reine, il pourrait peut-être tirer de
Sa Majesté quelque renseignement sur la pauvre femme à qui l'on
faisait sans doute payer son dévouement à sa maîtresse.
M. de Tréville écouta le récit du jeune homme avec une gravité qui
prouvait qu'il voyait autre chose, dans toute cette aventure,
qu'une intrigue d'amour; puis, quand d'Artagnan eut achevé:
«Hum! dit-il, tout ceci sent Son Éminence d'une lieue.
-- Mais, que faire? dit d'Artagnan.
-- Rien, absolument rien, à cette heure, que quitter Paris, comme
je vous l'ai dit, le plus tôt possible. Je verrai la reine, je lui
raconterai les détails de la disparition de cette pauvre femme,
qu'elle ignore sans doute; ces détails la guideront de son côté,
et, à votre retour, peut-être aurai-je quelque bonne nouvelle à
vous dire. Reposez vous en sur moi.»
D'Artagnan savait que, quoique Gascon, M. de Tréville n'avait pas
l'habitude de promettre, et que lorsque par hasard il promettait,
il tenait plus qu'il n'avait promis. Il le salua donc, plein de
reconnaissance pour le passé et pour l'avenir, et le digne
capitaine, qui de son côté éprouvait un vif intérêt pour ce jeune
homme si brave et si résolu, lui serra affectueusement la main en
lui souhaitant un bon voyage.
Décidé à mettre les conseils de M. de Tréville en pratique à
l'instant même, d'Artagnan s'achemina vers la rue des Fossoyeurs,
afin de veiller à la confection de son portemanteau. En
s'approchant de sa maison, il reconnut M. Bonacieux en costume du
matin, debout sur le seuil de sa porte. Tout ce que lui avait dit,
la veille, le prudent Planchet sur le caractère sinistre de son
hôte revint alors à l'esprit de d'Artagnan, qui le regarda plus
attentivement qu'il n'avait fait encore. En effet, outre cette
pâleur jaunâtre et maladive qui indique l'infiltration de la bile
dans le sang et qui pouvait d'ailleurs n'être qu'accidentelle,
d'Artagnan remarqua quelque chose de sournoisement perfide dans
l'habitude des rides de sa face. Un fripon ne rit pas de la même
façon qu'un honnête homme, un hypocrite ne pleure pas les mêmes
larmes qu'un homme de bonne foi. Toute fausseté est un masque, et
si bien fait que soit le masque, on arrive toujours, avec un peu
d'attention, à le distinguer du visage.
Il sembla donc à d'Artagnan que M. Bonacieux portait un masque, et
même que ce masque était des plus désagréables à voir.
En conséquence il allait, vaincu par sa répugnance pour cet homme,
passer devant lui sans lui parler, quand, ainsi que la veille,
M. Bonacieux l'interpella.
«Eh bien, jeune homme, lui dit-il, il paraît que nous faisons de
grasses nuits? Sept heures du matin, peste! Il me semble que vous
retournez tant soit peu les habitudes reçues, et que vous rentrez
à l'heure où les autres sortent.
-- On ne vous fera pas le même reproche, maître Bonacieux, dit le
jeune homme, et vous êtes le modèle des gens rangés. Il est vrai
que lorsque l'on possède une jeune et jolie femme, on n'a pas
besoin de courir après le bonheur: c'est le bonheur qui vient vous
trouver; n'est-ce pas, monsieur Bonacieux?»
Bonacieux devint pâle comme la mort et grimaça un sourire.
«Ah! ah! dit Bonacieux, vous êtes un plaisant compagnon. Mais où
diable avez-vous été courir cette nuit, mon jeune maître? Il
paraît qu'il ne faisait pas bon dans les chemins de traverse.»
D'Artagnan baissa les yeux vers ses bottes toutes couvertes de
boue; mais dans ce mouvement ses regards se portèrent en même
temps sur les souliers et les bas du mercier; on eût dit qu'on les
avait trempés dans le même bourbier; les uns et les autres étaient
maculés de taches absolument pareilles.
Alors une idée subite traversa l'esprit de d'Artagnan. Ce petit
homme gros, court, grisonnant, cette espèce de laquais vêtu d'un
habit sombre, traité sans considération par les gens d'épée qui
composaient l'escorte, c'était Bonacieux lui-même. Le mari avait
présidé à l'enlèvement de sa femme.
Il prit à d'Artagnan une terrible envie de sauter à la gorge du
mercier et de l'étrangler; mais, nous l'avons dit, c'était un
garçon fort prudent, et il se contint. Cependant la révolution qui
s'était faite sur son visage était si visible, que Bonacieux en
fut effrayé et essaya de reculer d'un pas; mais justement il se
trouvait devant le battant de la porte, qui était fermée, et
l'obstacle qu'il rencontra le força de se tenir à la même place.
«Ah çà! mais vous qui plaisantez, mon brave homme, dit d'Artagnan,
il me semble que si mes bottes ont besoin d'un coup d'éponge, vos
bas et vos souliers réclament aussi un coup de brosse. Est-ce que
de votre côté vous auriez couru la prétantaine, maître Bonacieux?
Ah! diable, ceci ne serait point pardonnable à un homme de votre
âge et qui, de plus, a une jeune et jolie femme comme la vôtre.
-- Oh! mon Dieu, non, dit Bonacieux; mais hier j'ai été à Saint-
Mandé pour prendre des renseignements sur une servante dont je ne
puis absolument me passer, et comme les chemins étaient mauvais,
j'en ai rapporté toute cette fange, que je n'ai pas encore eu le
temps de faire disparaître.»
Le lieu que désignait Bonacieux comme celui qui avait été le but
de sa course fut une nouvelle preuve à l'appui des soupçons
qu'avait conçus d'Artagnan. Bonacieux avait dit Saint-Mandé, parce
que Saint-Mandé est le point absolument opposé à Saint-Cloud.
Cette probabilité lui fut une première consolation. Si Bonacieux
savait où était sa femme, on pourrait toujours, en employant des
moyens extrêmes, forcer le mercier à desserrer les dents et à
laisser échapper son secret. Il s'agissait seulement de changer
cette probabilité en certitude.
«Pardon, mon cher monsieur Bonacieux, si j'en use avec vous sans
façon, dit d'Artagnan; mais rien n'altère comme de ne pas dormir,
j'ai donc une soif d'enragé; permettez-moi de prendre un verre
d'eau chez vous; vous le savez, cela ne se refuse pas entre
voisins.»
Et sans attendre la permission de son hôte, d'Artagnan entra
vivement dans la maison, et jeta un coup d'oeil rapide sur le lit.
Le lit n'était pas défait. Bonacieux ne s'était pas couché. Il
rentrait donc seulement il y avait une heure ou deux; il avait
accompagné sa femme jusqu'à l'endroit où on l'avait conduite, ou
tout au moins jusqu'au premier relais.
«Merci, maître Bonacieux, dit d'Artagnan en vidant son verre,
voilà tout ce que je voulais de vous. Maintenant je rentre chez
moi, je vais faire brosser mes bottes par Planchet, et quand il
aura fini, je vous l'enverrai si vous voulez pour brosser vos
souliers.»
Et il quitta le mercier tout ébahi de ce singulier adieu et se
demandant s'il ne s'était pas enferré lui-même.
Sur le haut de l'escalier il trouva Planchet tout effaré.
«Ah! monsieur, s'écria Planchet dès qu'il eut aperçu son maître,
en voilà bien d'une autre, et il me tardait bien que vous
rentrassiez.
-- Qu'y a-t-il donc? demanda d'Artagnan.
-- Oh! je vous le donne en cent, monsieur, je vous le donne en
mille de deviner la visite que j'ai reçue pour vous en votre
absence.
-- Quand cela?
-- Il y a une demi-heure, tandis que vous étiez chez
M. de Tréville.
-- Et qui donc est venu? Voyons, parle.
-- M. de Cavois.
-- M. de Cavois?
-- En personne.
-- Le capitaine des gardes de Son Éminence?
-- Lui-même.
-- Il venait m'arrêter?
-- Je m'en suis douté, monsieur, et cela malgré son air patelin.
-- Il avait l'air patelin, dis-tu?
-- C'est-à-dire qu'il était tout miel, monsieur.
-- Vraiment?
-- Il venait, disait-il, de la part de Son Éminence, qui vous
voulait beaucoup de bien, vous prier de le suivre au Palais-Royal.
-- Et tu lui as répondu?
-- Que la chose était impossible, attendu que vous étiez hors de
la maison, comme il le pouvait voir.
-- Alors qu'a-t-il dit?
-- Que vous ne manquiez pas de passer chez lui dans la journée;
puis il a ajouté tout bas: «Dis à ton maître que Son Éminence est
parfaitement disposée pour lui, et que sa fortune dépend peut-être
de cette entrevue.»
-- Le piège est assez maladroit pour le cardinal, reprit en
souriant le jeune homme.
-- Aussi, je l'ai vu, le piège, et j'ai répondu que vous seriez
désespéré à votre retour.
-- Où est-il allé? a demandé M. de Cavois. À Troyes en Champagne,
ai-je répondu. Et quand est-il parti?
-- Hier soir.»
-- Planchet, mon ami, interrompit d'Artagnan, tu es véritablement
un homme précieux.
-- Vous comprenez, monsieur, j'ai pensé qu'il serait toujours
temps, si vous désirez voir M. de Cavois, de me démentir en disant
que vous n'étiez point parti; ce serait moi, dans ce cas, qui
aurais fait le mensonge, et comme je ne suis pas gentilhomme, moi,
je puis mentir.
-- Rassure-toi, Planchet, tu conserveras ta réputation d'homme
véridique: dans un quart d'heure nous partons.
-- C'est le conseil que j'allais donner à monsieur; et où allons-
nous, sans être trop curieux?
-- Pardieu! du côté opposé à celui vers lequel tu as dit que
j'étais allé. D'ailleurs, n'as-tu pas autant de hâte d'avoir des
nouvelles de Grimaud, de Mousqueton et de Bazin que j'en ai, moi,
de savoir ce que sont devenus Athos, Porthos et Aramis?
-- Si fait, monsieur, dit Planchet, et je partirai quand vous
voudrez; l'air de la province vaut mieux pour nous, à ce que je
crois, en ce moment, que l'air de Paris. Ainsi donc...
-- Ainsi donc, fais notre paquet, Planchet, et partons; moi, je
m'en vais devant, les mains dans mes poches, pour qu'on ne se
doute de rien. Tu me rejoindras à l'hôtel des Gardes. À propos,
Planchet, je crois que tu as raison à l'endroit de notre hôte, et
que c'est décidément une affreuse canaille.
-- Ah! croyez-moi, monsieur, quand je vous dis quelque chose; je
suis physionomiste, moi, allez!»
D'Artagnan descendit le premier, comme la chose avait été
convenue; puis, pour n'avoir rien à se reprocher, il se dirigea
une dernière fois vers la demeure de ses trois amis: on n'avait
reçu aucune nouvelle d'eux, seulement une lettre toute parfumée et
d'une écriture élégante et menue était arrivée pour Aramis.
D'Artagnan s'en chargea. Dix minutes après, Planchet le rejoignait
dans les écuries de l'hôtel des Gardes. D'Artagnan, pour qu'il n'y
eût pas de temps perdu, avait déjà sellé son cheval lui-même.
«C'est bien, dit-il à Planchet, lorsque celui-ci eut joint le
portemanteau à l'équipement; maintenant selle les trois autres, et
partons.
-- Croyez-vous que nous irons plus vite avec chacun deux chevaux?
demanda Planchet avec son air narquois.
-- Non, monsieur le mauvais plaisant, répondit d'Artagnan, mais
avec nos quatre chevaux nous pourrons ramener nos trois amis, si
toutefois nous les retrouvons vivants.
-- Ce qui serait une grande chance, répondit Planchet, mais enfin
il ne faut pas désespérer de la miséricorde de Dieu.
-- Amen», dit d'Artagnan en enfourchant son cheval.
Et tous deux sortirent de l'hôtel des Gardes, s'éloignèrent chacun
par un bout de la rue, l'un devant quitter Paris par la barrière
de la Villette et l'autre par la barrière de Montmartre, pour se
rejoindre au-delà de Saint-Denis, manoeuvre stratégique qui, ayant
été exécutée avec une égale ponctualité, fut couronnée des plus
heureux résultats. D'Artagnan et Planchet entrèrent ensemble à
Pierrefitte.
Planchet était plus courageux, il faut le dire, le jour que la
nuit.
Cependant sa prudence naturelle ne l'abandonnait pas un seul
instant; il n'avait oublié aucun des incidents du premier voyage,
et il tenait pour ennemis tous ceux qu'il rencontrait sur la
route. Il en résultait qu'il avait sans cesse le chapeau à la
main, ce qui lui valait de sévères mercuriales de la part de
d'Artagnan, qui craignait que, grâce à cet excès de politesse, on
ne le prît pour le valet d'un homme de peu.
Cependant, soit qu'effectivement les passants fussent touchés de
l'urbanité de Planchet, soit que cette fois personne ne fût aposté
sur la route du jeune homme, nos deux voyageurs arrivèrent à
Chantilly sans accident aucun et descendirent à l'hôtel du Grand
Saint Martin, le même dans lequel ils s'étaient arrêtés lors de
leur premier voyage.
L'hôte, en voyant un jeune homme suivi d'un laquais et de deux
chevaux de main, s'avança respectueusement sur le seuil de la
porte. Or, comme il avait déjà fait onze lieues, d'Artagnan jugea
à propos de s'arrêter, que Porthos fût ou ne fût pas dans l'hôtel.
Puis peut-être n'était-il pas prudent de s'informer du premier
coup de ce qu'était devenu le mousquetaire. Il résulta de ces
réflexions que d'Artagnan, sans demander aucune nouvelle de qui
que ce fût, descendit, recommanda les chevaux à son laquais, entra
dans une petite chambre destinée à recevoir ceux qui désiraient
être seuls, et demanda à son hôte une bouteille de son meilleur
vin et un déjeuner aussi bon que possible, demande qui corrobora
encore la bonne opinion que l'aubergiste avait prise de son
voyageur à la première vue.
Aussi d'Artagnan fut-il servi avec une célérité miraculeuse.
Le régiment des gardes se recrutait parmi les premiers
gentilshommes du royaume, et d'Artagnan, suivi d'un laquais et
voyageant avec quatre chevaux magnifiques, ne pouvait, malgré la
simplicité de son uniforme, manquer de faire sensation. L'hôte
voulut le servir lui-même; ce que voyant, d'Artagnan fit apporter
deux verres et entama la conversation suivante:
«Ma foi, mon cher hôte, dit d'Artagnan en remplissant les deux
verres, je vous ai demandé de votre meilleur vin et si vous m'avez
trompé, vous allez être puni par où vous avez péché, attendu que,
comme je déteste boire seul, vous allez boire avec moi. Prenez
donc ce verre, et buvons. À quoi boirons-nous, voyons, pour ne
blesser aucune susceptibilité? Buvons à la prospérité de votre
établissement!
-- Votre Seigneurie me fait honneur, dit l'hôte, et je la remercie
bien sincèrement de son bon souhait.
-- Mais ne vous y trompez pas, dit d'Artagnan, il y a plus
d'égoïsme peut-être que vous ne le pensez dans mon toast: il n'y a
que les établissements qui prospèrent dans lesquels on soit bien
reçu; dans les hôtels qui périclitent, tout va à la débandade, et
le voyageur est victime des embarras de son hôte; or, moi qui
voyage beaucoup et surtout sur cette route, je voudrais voir tous
les aubergistes faire fortune.
-- En effet, dit l'hôte, il me semble que ce n'est pas la première
fois que j'ai l'honneur de voir monsieur.
-- Bah? je suis passé dix fois peut-être à Chantilly, et sur les
dix fois je me suis arrêté au moins trois ou quatre fois chez
vous. Tenez, j'y étais encore il y a dix ou douze jours à peu
près; je faisais la conduite à des amis, à des mousquetaires, à
telle enseigne que l'un d'eux s'est pris de dispute avec un
étranger, un inconnu, un homme qui lui a cherché je ne sais quelle
querelle.
-- Ah! oui vraiment! dit l'hôte, et je me le rappelle
parfaitement. N'est-ce pas de M. Porthos que Votre Seigneurie veut
me parler?
-- C'est justement le nom de mon compagnon de voyage.
«Mon Dieu! mon cher hôte, dites-moi, lui serait-il arrivé malheur?
-- Mais Votre Seigneurie a dû remarquer qu'il n'a pas pu continuer
sa route.
-- En effet, il nous avait promis de nous rejoindre, et nous ne
l'avons pas revu.
-- Il nous a fait l'honneur de rester ici.
-- Comment! il vous a fait l'honneur de rester ici?
-- Oui, monsieur, dans cet hôtel; nous sommes même bien inquiets.
-- Et de quoi?
-- De certaines dépenses qu'il a faites.
-- Eh bien, mais les dépenses qu'il a faites, il les paiera.
-- Ah! monsieur, vous me mettez véritablement du baume dans le
sang! Nous avons fait de fort grandes avances, et ce matin encore
le chirurgien nous déclarait que si M. Porthos ne le payait pas,
c'était à moi qu'il s'en prendrait, attendu que c'était moi qui
l'avais envoyé chercher.
-- Mais Porthos est donc blessé?
'
.
1
!
.
2
3
-
-
,
,
.
4
5
-
-
!
?
6
7
-
-
,
,
8
.
9
10
-
-
!
!
!
?
,
11
:
'
,
12
.
-
,
.
13
14
-
-
!
.
15
16
-
-
?
17
18
-
-
,
.
19
20
-
-
'
;
-
'
21
,
.
22
23
-
-
.
24
25
-
-
-
'
?
26
27
-
-
'
.
'
'
'
,
28
.
29
30
-
-
?
31
32
-
-
'
.
33
-
.
34
35
-
-
-
?
36
37
-
-
,
,
,
'
'
38
.
39
40
-
-
,
!
41
42
-
-
,
.
»
43
44
'
.
,
45
.
46
47
,
.
48
'
'
.
,
49
'
'
,
.
50
51
'
,
52
,
'
;
,
53
'
.
54
55
'
,
'
56
'
:
.
,
57
,
,
58
'
.
59
60
«
!
,
'
,
61
!
62
63
-
-
,
?
.
64
65
-
-
-
.
,
?
66
67
-
-
?
.
68
69
-
-
!
,
.
70
71
-
-
'
?
72
73
-
-
,
,
74
;
,
75
.
76
77
-
-
!
78
79
-
-
'
,
'
80
'
;
,
,
81
'
82
,
'
83
.
84
85
-
-
'
.
.
.
?
86
87
-
-
,
.
88
89
-
-
!
90
91
-
-
,
'
'
92
,
.
,
93
'
.
94
95
-
-
,
,
,
96
,
,
,
97
.
98
99
-
-
,
.
100
101
-
-
-
,
,
!
102
103
-
-
?
104
105
-
-
,
,
'
.
,
106
'
-
'
107
'
.
108
109
-
-
,
'
.
.
.
110
111
-
-
,
;
,
-
112
,
'
;
.
»
113
114
,
'
'
115
,
,
116
.
117
118
'
,
'
119
,
,
'
120
,
,
121
.
122
123
124
125
126
127
,
'
'
;
128
.
.
129
130
'
.
'
131
,
132
'
.
133
,
.
134
,
-
.
135
136
'
,
137
,
138
'
'
,
-
.
139
140
'
,
141
'
'
;
142
143
:
,
'
,
144
145
.
,
'
146
147
.
'
'
'
148
'
.
149
150
«
,
,
-
-
,
'
-
?
151
152
-
-
-
,
,
153
?
154
155
-
-
,
?
156
157
-
-
'
'
-
158
-
.
159
160
-
-
'
-
,
?
?
161
162
-
-
'
,
,
.
163
164
-
-
'
!
,
165
,
'
.
166
167
-
-
!
!
,
168
.
169
!
170
171
-
-
?
172
173
-
-
,
'
'
174
'
.
175
176
-
-
,
.
177
178
-
-
,
;
179
.
180
181
-
-
,
'
-
,
?
182
183
-
-
,
'
-
'
-
184
?
?
185
186
-
-
,
'
,
187
.
;
,
188
.
»
189
190
.
191
192
,
'
193
,
.
194
195
«
-
,
196
?
-
-
.
197
198
-
-
,
,
,
.
199
200
-
-
,
?
?
201
202
-
-
,
.
203
204
-
-
?
205
206
-
-
,
?
207
208
-
-
,
209
,
,
210
'
,
211
.
212
213
-
-
,
,
,
214
-
,
'
215
.
216
217
-
-
,
'
'
218
'
;
'
219
'
.
220
221
-
-
-
.
.
»
222
223
'
,
224
'
'
225
.
226
227
«
'
!
»
'
'
228
;
-
-
'
,
229
'
'
230
'
.
231
232
'
,
'
233
,
-
;
,
234
,
,
235
,
236
.
.
237
,
'
,
'
238
,
'
239
'
240
.
241
242
-
,
243
'
,
.
244
245
,
'
246
.
'
'
247
'
.
-
,
248
,
249
,
,
,
250
,
251
.
252
253
'
254
,
,
255
.
'
-
.
256
257
,
,
-
258
.
259
260
261
.
262
263
'
264
.
265
266
'
267
,
268
.
269
270
271
'
272
.
273
,
,
274
'
.
275
276
,
'
277
-
,
278
'
279
,
'
'
.
280
281
-
.
282
283
-
,
'
,
284
.
-
-
285
-
286
.
287
288
'
'
-
289
.
290
291
'
,
,
292
;
'
293
:
-
.
294
295
,
296
.
297
298
.
299
300
'
'
301
.
302
303
,
304
;
:
'
.
305
306
-
307
'
'
.
308
309
'
'
;
310
,
'
311
.
312
313
,
314
'
,
'
'
315
,
316
.
317
318
'
.
'
'
319
,
'
.
320
,
321
'
.
322
323
'
324
,
,
325
;
326
,
327
,
;
328
'
;
329
,
;
330
'
;
331
'
-
332
333
.
334
335
336
,
'
'
337
.
338
339
.
340
'
'
,
'
'
341
'
,
,
,
342
,
,
'
,
343
.
,
'
,
344
,
345
346
.
347
348
'
,
,
349
.
,
350
'
,
'
351
.
'
352
'
.
353
354
'
,
355
,
356
,
357
;
,
,
358
'
-
;
359
-
,
360
;
'
361
,
-
.
362
363
,
,
364
,
365
,
'
,
366
,
'
367
.
368
369
'
:
370
,
'
,
'
371
'
,
.
372
373
,
374
'
,
375
;
,
376
'
,
377
,
378
.
379
380
,
'
,
381
-
382
,
'
383
'
.
384
385
'
386
387
'
'
'
,
-
388
-
,
389
.
'
.
390
391
'
392
'
.
393
394
;
'
395
'
-
396
'
.
397
398
,
399
'
.
400
401
'
402
-
.
403
404
,
-
405
,
,
'
406
.
407
408
'
,
.
409
410
;
411
,
,
412
'
.
413
414
,
415
,
-
'
.
416
417
'
,
418
'
,
'
,
419
.
420
'
,
'
,
421
'
422
,
'
423
'
.
,
'
424
,
'
'
425
.
426
427
«
!
-
,
-
:
'
'
428
,
'
.
-
429
?
.
»
430
431
,
432
:
433
.
434
435
'
,
;
436
-
437
,
,
,
438
,
,
439
.
440
441
'
,
442
'
:
,
'
,
443
'
'
.
444
445
«
-
?
'
'
.
!
,
446
-
.
447
448
-
-
!
,
,
;
449
'
,
'
450
.
451
452
-
-
?
'
.
,
453
!
-
-
,
,
454
,
455
.
»
456
457
458
'
,
'
'
'
459
:
460
461
«
,
'
462
,
463
'
'
'
'
464
.
'
'
465
,
'
.
466
'
467
.
468
.
469
470
«
-
-
,
!
'
-
,
-
?
471
472
«
-
-
?
473
'
.
474
475
«
-
-
,
;
.
476
477
«
-
-
-
,
,
478
.
-
479
(
480
,
481
,
'
)
,
.
482
483
«
,
,
,
484
.
485
486
«
,
487
,
;
'
488
,
,
'
,
489
'
,
490
.
491
492
«
493
,
,
,
,
,
494
,
495
'
,
'
,
496
:
497
498
«
-
-
'
!
499
500
«
'
'
501
,
'
'
,
502
,
503
'
.
,
504
,
505
.
506
507
,
508
'
.
509
'
,
510
;
'
.
511
512
;
'
513
'
.
.
514
;
515
,
;
516
'
517
,
.
518
,
519
'
:
520
'
,
521
,
;
522
'
,
523
.
-
,
'
,
524
.
»
525
526
'
,
,
527
,
528
.
529
530
«
,
,
,
531
'
'
532
;
,
,
'
533
,
'
.
534
535
-
-
-
,
'
,
'
536
?
537
538
-
-
.
539
540
-
-
'
,
.
541
542
-
-
!
'
?
543
544
-
-
.
545
546
-
-
,
,
,
,
'
'
547
.
548
549
-
-
'
,
'
'
;
!
!
'
550
,
'
!
'
?
551
552
-
-
?
553
554
-
-
.
555
556
-
-
!
-
'
,
'
:
'
557
'
,
558
.
559
560
-
-
,
'
.
!
!
561
!
'
-
?
562
563
-
-
'
,
.
564
565
-
-
,
,
566
.
'
,
567
.
»
568
569
'
,
'
,
.
570
,
571
;
'
572
'
'
'
573
.
,
,
574
.
575
576
«
!
'
!
'
-
,
'
577
;
'
578
-
!
»
579
580
;
'
.
581
'
582
;
'
583
.
584
585
,
586
.
'
'
-
'
587
,
'
,
588
.
589
590
'
,
,
'
591
'
'
,
592
-
.
593
,
'
,
'
'
594
,
,
'
595
'
;
596
,
'
597
,
'
,
598
,
'
599
,
'
600
,
601
.
,
602
603
,
604
'
.
605
'
,
,
606
'
607
,
.
608
609
,
'
610
611
.
'
;
612
'
,
613
,
614
,
,
615
'
'
616
.
,
617
'
618
'
,
,
619
'
'
620
'
.
621
622
623
624
625
626
,
'
627
.
,
628
'
.
,
629
.
630
;
,
.
631
,
-
632
'
633
.
634
635
.
636
'
,
,
637
'
'
;
,
'
:
638
639
«
!
-
,
'
.
640
641
-
-
,
?
'
.
642
643
-
-
,
,
,
,
644
'
,
.
,
645
,
646
'
;
,
647
,
,
-
-
648
.
.
»
649
650
'
,
,
.
'
651
'
,
,
652
'
'
.
,
653
'
,
654
,
655
,
656
.
657
658
.
659
'
,
'
'
,
660
.
661
'
,
.
662
,
.
,
663
,
664
'
'
,
665
'
'
.
,
666
'
667
'
'
'
,
668
'
669
'
.
670
'
,
671
'
.
,
672
,
,
673
'
,
.
674
675
'
.
,
676
.
677
678
,
,
679
,
,
,
680
.
'
.
681
682
«
,
,
-
,
683
?
,
!
684
,
685
'
.
686
687
-
-
,
,
688
,
.
689
'
,
'
690
:
'
691
;
'
-
,
?
»
692
693
.
694
695
«
!
!
,
.
696
-
,
?
697
'
.
»
698
699
'
700
;
701
;
'
702
;
703
.
704
705
'
'
.
706
,
,
,
'
707
,
'
708
'
,
'
-
.
709
'
.
710
711
'
712
'
;
,
'
,
'
713
,
.
714
'
,
715
'
;
716
,
,
717
'
'
.
718
719
«
!
,
,
'
,
720
'
'
,
721
.
-
722
,
?
723
!
,
724
,
,
.
725
726
-
-
!
,
,
;
'
-
727
728
,
,
729
'
,
'
730
.
»
731
732
733
'
734
'
'
.
-
,
735
-
-
.
736
737
.
738
,
,
739
,
740
.
'
741
.
742
743
«
,
,
'
744
,
'
;
'
,
745
'
'
;
-
746
'
;
,
747
.
»
748
749
,
'
750
,
'
.
751
'
.
'
.
752
;
753
'
'
'
,
754
'
.
755
756
«
,
,
'
,
757
.
758
,
,
759
,
'
760
.
»
761
762
763
'
'
-
.
764
765
'
.
766
767
«
!
,
'
'
,
768
'
,
769
.
770
771
-
-
'
-
-
?
'
.
772
773
-
-
!
,
,
774
'
775
.
776
777
-
-
?
778
779
-
-
-
,
780
.
.
781
782
-
-
?
,
.
783
784
-
-
.
.
785
786
-
-
.
?
787
788
-
-
.
789
790
-
-
?
791
792
-
-
-
.
793
794
-
-
'
?
795
796
-
-
'
,
,
.
797
798
-
-
'
,
-
?
799
800
-
-
'
-
-
'
,
.
801
802
-
-
?
803
804
-
-
,
-
,
,
805
,
-
.
806
807
-
-
?
808
809
-
-
,
810
,
.
811
812
-
-
'
-
-
?
813
814
-
-
;
815
:
«
816
,
-
817
.
»
818
819
-
-
,
820
.
821
822
-
-
,
'
,
,
'
823
.
824
825
-
-
-
?
.
.
,
826
-
.
-
?
827
828
-
-
.
»
829
830
-
-
,
,
'
,
831
.
832
833
-
-
,
,
'
'
834
,
.
,
835
'
;
,
,
836
,
,
,
837
.
838
839
-
-
-
,
,
'
840
:
'
.
841
842
-
-
'
'
;
-
843
,
?
844
845
-
-
!
846
'
.
'
,
'
-
'
847
,
'
,
,
848
,
?
849
850
-
-
,
,
,
851
;
'
,
852
,
,
'
.
.
.
.
853
854
-
-
,
,
,
;
,
855
'
,
,
'
856
.
'
.
,
857
,
'
,
858
'
.
859
860
-
-
!
-
,
,
;
861
,
,
!
»
862
863
'
,
864
;
,
'
,
865
:
'
866
'
,
867
'
.
868
'
'
.
,
869
'
.
'
,
'
'
870
,
-
.
871
872
«
'
,
-
,
-
873
'
;
,
874
.
875
876
-
-
-
?
877
.
878
879
-
-
,
,
'
,
880
,
881
.
882
883
-
-
,
,
884
.
885
886
-
-
»
,
'
.
887
888
'
,
'
889
,
'
890
'
,
891
-
-
,
,
892
,
893
.
'
894
.
895
896
,
,
897
.
898
899
'
900
;
'
,
901
'
902
.
'
903
,
904
'
,
,
,
905
'
.
906
907
,
'
908
'
,
909
,
910
'
911
,
'
912
.
913
914
'
,
'
915
,
'
916
.
,
,
'
917
'
,
'
.
918
-
'
-
'
919
'
.
920
'
,
921
,
,
,
922
923
,
924
,
925
'
926
.
927
928
'
-
.
929
930
931
,
'
,
'
932
,
,
933
,
.
'
934
-
;
,
'
935
:
936
937
«
,
,
'
938
,
'
939
,
,
,
940
,
.
941
,
.
-
,
,
942
?
943
!
944
945
-
-
,
'
,
946
.
947
948
-
-
,
'
,
949
'
-
:
'
950
951
;
,
,
952
;
,
953
,
954
.
955
956
-
-
,
'
,
'
957
'
'
.
958
959
-
-
?
-
,
960
961
.
,
'
962
;
,
,
963
'
'
'
964
,
,
965
.
966
967
-
-
!
!
'
,
968
.
'
-
.
969
?
970
971
-
-
'
.
972
973
«
!
,
-
,
-
?
974
975
-
-
'
'
976
.
977
978
-
-
,
,
979
'
.
980
981
-
-
'
.
982
983
-
-
!
'
?
984
985
-
-
,
,
;
.
986
987
-
-
?
988
989
-
-
'
.
990
991
-
-
,
'
,
.
992
993
-
-
!
,
994
!
,
995
.
,
996
'
'
'
,
'
997
'
.
998
999
-
-
?
1000