-- Moi, pour Londres! Allons donc, vous raillez, je n'ai pas
affaire à Londres.
-- Mais d'autres ont besoin que vous y alliez.
-- Quels sont ces autres? Je vous avertis, je ne fais plus rien en
aveugle, et je veux savoir non seulement à quoi je m'expose, mais
encore pour qui je m'expose.
-- Une personne illustre vous envoie, une personne illustre vous
attend: la récompense dépassera vos désirs, voilà tout ce que je
puis vous promettre.
-- Des intrigues encore, toujours des intrigues! merci, je m'en
défie maintenant, et M. le cardinal m'a éclairé là-dessus.
-- Le cardinal! s'écria Mme Bonacieux, vous avez vu le cardinal?
-- Il m'a fait appeler, répondit fièrement le mercier.
-- Et vous vous êtes rendu à son invitation, imprudent que vous
êtes.
-- Je dois dire que je n'avais pas le choix de m'y rendre ou de ne
pas m'y rendre, car j'étais entre deux gardes. Il est vrai encore
de dire que, comme alors je ne connaissais pas Son Éminence, si
j'avais pu me dispenser de cette visite, j'en eusse été fort
enchanté.
-- Il vous a donc maltraité? il vous a donc fait des menaces?
-- Il m'a tendu la main et m'a appelé son ami, -- son ami!
entendez-vous, madame? -- je suis l'ami du grand cardinal!
-- Du grand cardinal!
-- Lui contesteriez-vous ce titre, par hasard, madame?
-- Je ne lui conteste rien, mais je vous dis que la faveur d'un
ministre est éphémère, et qu'il faut être fou pour s'attacher à un
ministre; il est des pouvoirs au-dessus du sien, qui ne reposent
pas sur le caprice d'un homme ou l'issue d'un événement; c'est à
ces pouvoirs qu'il faut se rallier.
-- J'en suis fâché, madame, mais je ne connais pas d'autre pouvoir
que celui du grand homme que j'ai l'honneur de servir.
-- Vous servez le cardinal?
-- Oui, madame, et comme son serviteur je ne permettrai pas que
vous vous livriez à des complots contre la sûreté de l'État, et
que vous serviez, vous, les intrigues d'une femme qui n'est pas
française et qui a le coeur espagnol. Heureusement, le grand
cardinal est là, son regard vigilant surveille et pénètre jusqu'au
fond du coeur.»
Bonacieux répétait mot pour mot une phrase qu'il avait entendu
dire au comte de Rochefort; mais la pauvre femme, qui avait compté
sur son mari et qui, dans cet espoir, avait répondu de lui à la
reine, n'en frémit pas moins, et du danger dans lequel elle avait
failli se jeter, et de l'impuissance dans laquelle elle se
trouvait. Cependant connaissant la faiblesse et surtout la
cupidité de son mari elle ne désespérait pas de l'amener à ses
fins.
«Ah! vous êtes cardinaliste, monsieur, s'écria-t-elle ah! vous
servez le parti de ceux qui maltraitent votre femme et qui
insultent votre reine!
-- Les intérêts particuliers ne sont rien devant les intérêts de
tous. Je suis pour ceux qui sauvent l'État», dit avec emphase
Bonacieux.
C'était une autre phrase du comte de Rochefort, qu'il avait
retenue et qu'il trouvait l'occasion de placer.
«Et savez-vous ce que c'est que l'État dont vous parlez? dit
Mme Bonacieux en haussant les épaules. Contentez-vous d'être un
bourgeois sans finesse aucune, et tournez-vous du côté qui vous
offre le plus d'avantages.
-- Eh! eh! dit Bonacieux en frappant sur un sac à la panse
arrondie et qui rendit un son argentin; que dites-vous de ceci,
madame la prêcheuse?
-- D'où vient cet argent?
-- Vous ne devinez pas?
-- Du cardinal?
-- De lui et de mon ami le comte de Rochefort.
-- Le comte de Rochefort! mais c'est lui qui m'a enlevée!
-- Cela se peut, madame.
-- Et vous recevez de l'argent de cet homme?
-- Ne m'avez-vous pas dit que cet enlèvement était tout politique?
-- Oui; mais cet enlèvement avait pour but de me faire trahir ma
maîtresse, de m'arracher par des tortures des aveux qui pussent
compromettre l'honneur et peut-être la vie de mon auguste
maîtresse.
-- Madame, reprit Bonacieux, votre auguste maîtresse est une
perfide Espagnole, et ce que le cardinal fait est bien fait.
-- Monsieur, dit la jeune femme, je vous savais lâche, avare et
imbécile, mais je ne vous savais pas infâme!
-- Madame, dit Bonacieux, qui n'avait jamais vu sa femme en
colère, et qui reculait devant le courroux conjugal; madame, que
dites-vous donc?
-- Je dis que vous êtes un misérable! continua Mme Bonacieux, qui
vit qu'elle reprenait quelque influence sur son mari. Ah! vous
faites de la politique, vous! et de la politique cardinaliste
encore! Ah! vous vous vendez, corps et âme, au démon pour de
l'argent.
-- Non, mais au cardinal.
-- C'est la même chose! s'écria la jeune femme. Qui dit Richelieu,
dit Satan.
-- Taisez-vous, madame, taisez-vous, on pourrait vous entendre!
-- Oui, vous avez raison, et je serais honteuse pour vous de votre
lâcheté.
-- Mais qu'exigez-vous donc de moi? voyons!
-- Je vous l'ai dit: que vous partiez à l'instant même, monsieur,
que vous accomplissiez loyalement la commission dont je daigne
vous charger, et à cette condition j'oublie tout, je pardonne, et
il y a plus -- elle lui tendit la main -- je vous rends mon amitié.»
Bonacieux était poltron et avare; mais il aimait sa femme: il fut
attendri. Un homme de cinquante ans ne tient pas longtemps rancune
à une femme de vingt-trois. Mme Bonacieux vit qu'il hésitait:
«Allons, êtes-vous décidé? dit-elle.
-- Mais, ma chère amie, réfléchissez donc un peu à ce que vous
exigez de moi; Londres est loin de Paris, fort loin, et peut-être
la commission dont vous me chargez n'est-elle pas sans dangers.
-- Qu'importe, si vous les évitez!
-- Tenez, madame Bonacieux, dit le mercier, tenez, décidément, je
refuse: les intrigues me font peur. J'ai vu la Bastille, moi.
Brrrrou! c'est affreux, la Bastille! Rien que d'y penser, j'en ai
la chair de poule. On m'a menacé de la torture. Savez-vous ce que
c'est que la torture? Des coins de bois qu'on vous enfonce entre
les jambes jusqu'à ce que les os éclatent! Non, décidément, je
n'irai pas. Et morbleu! que n'y allez-vous vous-même? car, en
vérité, je crois que je me suis trompé sur votre compte jusqu'à
présent: je crois que vous êtes un homme, et des plus enragés
encore!
-- Et vous, vous êtes une femme, une misérable femme, stupide et
abrutie. Ah! vous avez peur! Eh bien, si vous ne partez pas à
l'instant même, je vous fais arrêter par l'ordre de la reine, et
je vous fais mettre à cette Bastille que vous craignez tant.»
Bonacieux tomba dans une réflexion profonde, il pesa mûrement les
deux colères dans son cerveau, celle du cardinal et celle de la
reine: celle du cardinal l'emporta énormément.
«Faites-moi arrêter de la part de la reine, dit-il, et moi je me
réclamerai de Son Éminence.»
Pour le coup, Mme Bonacieux vit qu'elle avait été trop loin, et
elle fut épouvantée de s'être si fort avancée. Elle contempla un
instant avec effroi cette figure stupide, d'une résolution
invincible, comme celle des sots qui ont peur.
«Eh bien, soit! dit-elle. Peut-être, au bout du compte, avez-vous
raison: un homme en sait plus long que les femmes en politique, et
vous surtout, monsieur Bonacieux, qui avez causé avec le cardinal.
Et cependant, il est bien dur, ajouta-t-elle, que mon mari, un
homme sur l'affection duquel je croyais pouvoir compter, me traite
aussi disgracieusement et ne satisfasse point à ma fantaisie.
-- C'est que vos fantaisies peuvent mener trop loin, reprit
Bonacieux triomphant, et je m'en défie.
-- J'y renoncerai donc, dit la jeune femme en soupirant; c'est
bien, n'en parlons plus.
-- Si, au moins, vous me disiez quelle chose je vais faire à
Londres, reprit Bonacieux, qui se rappelait un peu tard que
Rochefort lui avait recommandé d'essayer de surprendre les secrets
de sa femme.
-- Il est inutile que vous le sachiez, dit la jeune femme, qu'une
défiance instinctive repoussait maintenant en arrière: il
s'agissait d'une bagatelle comme en désirent les femmes, d'une
emplette sur laquelle il y avait beaucoup à gagner.»
Mais plus la jeune femme se défendait, plus au contraire Bonacieux
pensa que le secret qu'elle refusait de lui confier était
important. Il résolut donc de courir à l'instant même chez le
comte de Rochefort, et de lui dire que la reine cherchait un
messager pour l'envoyer à Londres.
«Pardon, si je vous quitte, ma chère madame Bonacieux, dit-il;
mais, ne sachant pas que vous me viendriez voir, j'avais pris
rendez-vous avec un de mes amis, je reviens à l'instant même, et
si vous voulez m'attendre seulement une demi-minute, aussitôt que
j'en aurai fini avec cet ami, je reviens vous prendre, et, comme
il commence à se faire tard, je vous reconduis au Louvre.
-- Merci, monsieur, répondit Mme Bonacieux: vous n'êtes point
assez brave pour m'être d'une utilité quelconque, et je m'en
retournerai bien au Louvre toute seule.
-- Comme il vous plaira, madame Bonacieux, reprit l'ex-mercier.
Vous reverrai-je bientôt?
-- Sans doute; la semaine prochaine, je l'espère, mon service me
laissera quelque liberté, et j'en profiterai pour revenir mettre
de l'ordre dans nos affaires, qui doivent être quelque peu
dérangées.
-- C'est bien; je vous attendrai. Vous ne m'en voulez pas?
-- Moi! pas le moins du monde.
-- À bientôt, alors?
-- À bientôt.»
Bonacieux baisa la main de sa femme, et s'éloigna rapidement.
«Allons, dit Mme Bonacieux, lorsque son mari eut refermé la porte
de la rue, et qu'elle se trouva seule, il ne manquait plus à cet
imbécile que d'être cardinaliste! Et moi qui avais répondu à la
reine, moi qui avais promis à ma pauvre maîtresse... Ah! mon Dieu,
mon Dieu! elle va me prendre pour quelqu'une de ces misérables
dont fourmille le palais, et qu'on a placées près d'elle pour
l'espionner! Ah! monsieur Bonacieux! je ne vous ai jamais beaucoup
aimé; maintenant, c'est bien pis: je vous hais! et, sur ma parole,
vous me le paierez!»
Au moment où elle disait ces mots, un coup frappé au plafond lui
fit lever la tête, et une voix, qui parvint à elle à travers le
plancher, lui cria:
«Chère madame Bonacieux, ouvrez-moi la petite porte de l'allée, et
je vais descendre près de vous.»
CHAPITRE XVIII
L'AMANT ET LE MARI
«Ah! madame, dit d'Artagnan en entrant par la porte que lui
ouvrait la jeune femme, permettez-moi de vous le dire, vous avez
là un triste mari.
-- Vous avez donc entendu notre conversation? demanda vivement
Mme Bonacieux en regardant d'Artagnan avec inquiétude.
-- Tout entière.
-- Mais comment cela? mon Dieu!
-- Par un procédé à moi connu, et par lequel j'ai entendu aussi la
conversation plus animée que vous avez eue avec les sbires du
cardinal.
-- Et qu'avez-vous compris dans ce que nous disions?
-- Mille choses: d'abord, que votre mari est un niais et un sot,
heureusement; puis, que vous étiez embarrassée, ce dont j'ai été
fort aise, et que cela me donne une occasion de me mettre à votre
service, et Dieu sait si je suis prêt à me jeter dans le feu pour
vous; enfin que la reine a besoin qu'un homme brave, intelligent
et dévoué fasse pour elle un voyage à Londres. J'ai au moins deux
des trois qualités qu'il vous faut, et me voilà.»
Mme Bonacieux ne répondit pas, mais son coeur battait de joie, et
une secrète espérance brilla à ses yeux.
«Et quelle garantie me donnerez-vous, demanda-t-elle, si je
consens à vous confier cette mission?
-- Mon amour pour vous. Voyons, dites, ordonnez: que faut-il
faire?
-- Mon Dieu! mon Dieu! murmura la jeune femme, dois-je vous
confier un pareil secret, monsieur? Vous êtes presque un enfant!
-- Allons, je vois qu'il vous faut quelqu'un qui vous réponde de
moi.
-- J'avoue que cela me rassurerait fort.
-- Connaissez-vous Athos?
-- Non.
-- Porthos?
-- Non.
-- Aramis?
-- Non. Quels sont ces messieurs?
-- Des mousquetaires du roi. Connaissez-vous M. de Tréville, leur
capitaine?
-- Oh! oui, celui-là, je le connais, non pas personnellement, mais
pour en avoir entendu plus d'une fois parler à la reine comme d'un
brave et loyal gentilhomme.
-- Vous ne craignez pas que lui vous trahisse pour le cardinal,
n'est-ce pas?
-- Oh! non, certainement.
-- Eh bien, révélez-lui votre secret, et demandez-lui, si
important, si précieux, si terrible qu'il soit, si vous pouvez me
le confier.
-- Mais ce secret ne m'appartient pas, et je ne puis le révéler
ainsi.
-- Vous l'alliez bien confier à M. Bonacieux, dit d'Artagnan avec
dépit.
-- Comme on confie une lettre au creux d'un arbre, à l'aile d'un
pigeon, au collier d'un chien.
-- Et cependant, moi, vous voyez bien que je vous aime.
-- Vous le dites.
-- Je suis un galant homme!
-- Je le crois.
-- Je suis brave!
-- Oh! cela, j'en suis sûre.
-- Alors, mettez-moi donc à l'épreuve.»
Mme Bonacieux regarda le jeune homme, retenue par une dernière
hésitation. Mais il y avait une telle ardeur dans ses yeux, une
telle persuasion dans sa voix, qu'elle se sentit entraînée à se
fier à lui. D'ailleurs elle se trouvait dans une de ces
circonstances où il faut risquer le tout pour le tout. La reine
était aussi bien perdue par une trop grande retenue que par une
trop grande confiance. Puis, avouons-le, le sentiment involontaire
qu'elle éprouvait pour ce jeune protecteur la décida à parler.
«Écoutez, lui dit-elle, je me rends à vos protestations et je cède
à vos assurances. Mais je vous jure devant Dieu qui nous entend,
que si vous me trahissez et que mes ennemis me pardonnent, je me
tuerai en vous accusant de ma mort.
-- Et moi, je vous jure devant Dieu, madame, dit d'Artagnan, que
si je suis pris en accomplissant les ordres que vous me donnez, je
mourrai avant de rien faire ou dire qui compromette quelqu'un.»
Alors la jeune femme lui confia le terrible secret dont le hasard
lui avait déjà révélé une partie en face de la Samaritaine. Ce fut
leur mutuelle déclaration d'amour.
D'Artagnan rayonnait de joie et d'orgueil. Ce secret qu'il
possédait, cette femme qu'il aimait, la confiance et l'amour,
faisaient de lui un géant.
«Je pars, dit-il, je pars sur-le-champ.
-- Comment! vous partez! s'écria Mme Bonacieux, et votre régiment,
votre capitaine?
-- Sur mon âme, vous m'aviez fait oublier tout cela, chère
Constance! oui, vous avez raison, il me faut un congé.
-- Encore un obstacle, murmura Mme Bonacieux avec douleur.
-- Oh! celui-là, s'écria d'Artagnan après un moment de réflexion,
je le surmonterai, soyez tranquille.
-- Comment cela?
-- J'irai trouver ce soir même M. de Tréville, que je chargerai de
demander pour moi cette faveur à son beau-frère, M. des Essarts.
-- Maintenant, autre chose.
-- Quoi? demanda d'Artagnan, voyant que Mme Bonacieux hésitait à
continuer.
-- Vous n'avez peut-être pas d'argent?
-- Peut-être est de trop, dit d'Artagnan en souriant.
-- Alors, reprit Mme Bonacieux en ouvrant une armoire et en tirant
de cette armoire le sac qu'une demi-heure auparavant caressait si
amoureusement son mari, prenez ce sac.
-- Celui du cardinal! s'écria en éclatant de rire d'Artagnan qui,
comme on s'en souvient, grâce à ses carreaux enlevés, n'avait pas
perdu une syllabe de la conversation du mercier et de sa femme.
-- Celui du cardinal, répondit Mme Bonacieux; vous voyez qu'il se
présente sous un aspect assez respectable.
-- Pardieu! s'écria d'Artagnan, ce sera une chose doublement
divertissante que de sauver la reine avec l'argent de Son
Éminence!
-- Vous êtes un aimable et charmant jeune homme, dit
Mme Bonacieux. Croyez que Sa Majesté ne sera point ingrate.
-- Oh! je suis déjà grandement récompensé! s'écria d'Artagnan. Je
vous aime, vous me permettez de vous le dire; c'est déjà plus de
bonheur que je n'en osais espérer.
-- Silence! dit Mme Bonacieux en tressaillant.
-- Quoi?
-- On parle dans la rue.
-- C'est la voix...
-- De mon mari. Oui, je l'ai reconnue!»
D'Artagnan courut à la porte et poussa le verrou.
«Il n'entrera pas que je ne sois parti, dit-il, et quand je serai
parti, vous lui ouvrirez.
-- Mais je devrais être partie aussi, moi. Et la disparition de
cet argent, comment la justifier si je suis là?
-- Vous avez raison, il faut sortir.
-- Sortir, comment? On nous verra si nous sortons.
-- Alors il faut monter chez moi.
-- Ah! s'écria Mme Bonacieux, vous me dites cela d'un ton qui me
fait peur.»
Mme Bonacieux prononça ces paroles avec une larme dans les yeux.
D'Artagnan vit cette larme, et, troublé, attendri, il se jeta à
ses genoux.
«Chez moi, dit-il, vous serez en sûreté comme dans un temple, je
vous en donne ma parole de gentilhomme.
-- Partons, dit-elle, je me fie à vous, mon ami.»
D'Artagnan rouvrit avec précaution le verrou, et tous deux, légers
comme des ombres, se glissèrent par la porte intérieure dans
l'allée, montèrent sans bruit l'escalier et rentrèrent dans la
chambre de d'Artagnan.
Une fois chez lui, pour plus de sûreté, le jeune homme barricada
la porte; ils s'approchèrent tous deux de la fenêtre, et par une
fente du volet ils virent M. Bonacieux qui causait avec un homme
en manteau.
À la vue de l'homme en manteau, d'Artagnan bondit, et, tirant son
épée à demi, s'élança vers la porte.
C'était l'homme de Meung.
«Qu'allez-vous faire? s'écria Mme Bonacieux; vous nous perdez.
-- Mais j'ai juré de tuer cet homme! dit d'Artagnan.
-- Votre vie est vouée en ce moment et ne vous appartient pas. Au
nom de la reine, je vous défends de vous jeter dans aucun péril
étranger à celui du voyage.
-- Et en votre nom, n'ordonnez-vous rien?
-- En mon nom, dit Mme Bonacieux avec une vive émotion; en mon
nom, je vous en prie. Mais écoutons, il me semble qu'ils parlent
de moi.»
D'Artagnan se rapprocha de la fenêtre et prêta l'oreille.
M. Bonacieux avait rouvert sa porte, et voyant l'appartement vide,
il était revenu à l'homme au manteau qu'un instant il avait laissé
seul.
«Elle est partie, dit-il, elle sera retournée au Louvre.
-- Vous êtes sûr, répondit l'étranger, qu'elle ne s'est pas doutée
dans quelles intentions vous êtes sorti?
-- Non, répondit Bonacieux avec suffisance; c'est une femme trop
superficielle.
-- Le cadet aux gardes est-il chez lui?
-- Je ne le crois pas; comme vous le voyez, son volet est fermé,
et l'on ne voit aucune lumière briller à travers les fentes.
-- C'est égal, il faudrait s'en assurer.
-- Comment cela?
-- En allant frapper à sa porte.
-- Je demanderai à son valet.
-- Allez.»
Bonacieux rentra chez lui, passa par la même porte qui venait de
donner passage aux deux fugitifs, monta jusqu'au palier de
d'Artagnan et frappa.
Personne ne répondit. Porthos, pour faire plus grande figure,
avait emprunté ce soir-là Planchet. Quant à d'Artagnan, il n'avait
garde de donner signe d'existence.
Au moment où le doigt de Bonacieux résonna sur la porte, les deux
jeunes gens sentirent bondir leurs coeurs.
«Il n'y a personne chez lui, dit Bonacieux.
-- N'importe, rentrons toujours chez vous, nous serons plus en
sûreté que sur le seuil d'une porte.
-- Ah! mon Dieu! murmura Mme Bonacieux, nous n'allons plus rien
entendre.
-- Au contraire, dit d'Artagnan, nous n'entendrons que mieux.»
D'Artagnan enleva les trois ou quatre carreaux qui faisaient de sa
chambre une autre oreille de Denys, étendit un tapis à terre, se
mit à genoux, et fit signe à Mme Bonacieux de se pencher, comme il
le faisait vers l'ouverture.
«Vous êtes sûr qu'il n'y a personne? dit l'inconnu.
-- J'en réponds, dit Bonacieux.
-- Et vous pensez que votre femme?...
-- Est retournée au Louvre.
-- Sans parler à aucune personne qu'à vous?
-- J'en suis sûr.
-- C'est un point important, comprenez-vous?
-- Ainsi, la nouvelle que je vous ai apportée a donc une
valeur...?
-- Très grande, mon cher Bonacieux, je ne vous le cache pas.
-- Alors le cardinal sera content de moi?
-- Je n'en doute pas.
-- Le grand cardinal!
-- Vous êtes sûr que, dans sa conversation avec vous, votre femme
n'a pas prononcé de noms propres?
-- Je ne crois pas.
-- Elle n'a nommé ni Mme de Chevreuse, ni M. de Buckingham, ni
Mme de Vernet?
-- Non, elle m'a dit seulement qu'elle voulait m'envoyer à Londres
pour servir les intérêts d'une personne illustre.»
«Le traître! murmura Mme Bonacieux.
-- Silence!» dit d'Artagnan en lui prenant une main qu'elle lui
abandonna sans y penser.
«N'importe, continua l'homme au manteau, vous êtes un niais de
n'avoir pas feint d'accepter la commission, vous auriez la lettre
à présent; État qu'on menace était sauvé, et vous...
-- Et moi?
-- Eh bien, vous! le cardinal vous donnait des lettres de
noblesse...
-- Il vous l'a dit?
-- Oui, je sais qu'il voulait vous faire cette surprise.
-- Soyez tranquille, reprit Bonacieux; ma femme m'adore, et il est
encore temps.»
«Le niais! murmura Mme Bonacieux.
-- Silence!» dit d'Artagnan en lui serrant plus fortement la main.
«Comment est-il encore temps? reprit l'homme au manteau.
-- Je retourne au Louvre, je demande Mme Bonacieux, je dis que
j'ai réfléchi, je renoue l'affaire, j'obtiens la lettre, et je
cours chez le cardinal.
-- Eh bien, allez vite; je reviendrai bientôt savoir le résultat
de votre démarche.»
L'inconnu sortit.
«L'infâme! dit Mme Bonacieux en adressant encore cette épithète à
son mari.
-- Silence!» répéta d'Artagnan en lui serrant la main plus
fortement encore.
Un hurlement terrible interrompit alors les réflexions de
d'Artagnan et de Mme Bonacieux. C'était son mari, qui s'était
aperçu de la disparition de son sac et qui criait au voleur.
«Oh! mon Dieu! s'écria Mme Bonacieux, il va ameuter tout le
quartier.»
Bonacieux cria longtemps; mais comme de pareils cris, attendu leur
fréquence, n'attiraient personne dans la rue des Fossoyeurs, et
que d'ailleurs la maison du mercier était depuis quelque temps
assez mal famée, voyant que personne ne venait, il sortit en
continuant de crier, et l'on entendit sa voix qui s'éloignait dans
la direction de la rue du Bac.
«Et maintenant qu'il est parti, à votre tour de vous éloigner, dit
Mme Bonacieux; du courage, mais surtout de la prudence, et songez
que vous vous devez à la reine.
-- À elle et à vous! s'écria d'Artagnan. Soyez tranquille, belle
Constance, je reviendrai digne de sa reconnaissance; mais
reviendrai-je aussi digne de votre amour?»
La jeune femme ne répondit que par la vive rougeur qui colora ses
joues. Quelques instants après, d'Artagnan sortit à son tour,
enveloppé, lui aussi, d'un grand manteau que retroussait
cavalièrement le fourreau d'une longue épée.
Mme Bonacieux le suivit des yeux avec ce long regard d'amour dont
la femme accompagne l'homme qu'elle se sent aimer; mais lorsqu'il
eut disparu à l'angle de la rue, elle tomba à genoux, et joignant
les mains:
«O mon Dieu! s'écria-t-elle, protégez la reine, protégez-moi!»
CHAPITRE XIX
PLAN DE CAMPAGNE
D'Artagnan se rendit droit chez M. de Tréville. Il avait réfléchi
que, dans quelques minutes, le cardinal serait averti par ce damné
inconnu, qui paraissait être son agent, et il pensait avec raison
qu'il n'y avait pas un instant à perdre.
Le coeur du jeune homme débordait de joie. Une occasion où il y
avait à la fois gloire à acquérir et argent à gagner se présentait
à lui, et, comme premier encouragement, venait de le rapprocher
d'une femme qu'il adorait. Ce hasard faisait donc presque du
premier coup, pour lui, plus qu'il n'eût osé demander à la
Providence.
M. de Tréville était dans son salon avec sa cour habituelle de
gentilshommes. D'Artagnan, que l'on connaissait comme un familier
de la maison, alla droit à son cabinet et le fit prévenir qu'il
l'attendait pour chose d'importance.
D'Artagnan était là depuis cinq minutes à peine, lorsque
M. de Tréville entra. Au premier coup d'oeil et à la joie qui se
peignait sur son visage, le digne capitaine comprit qu'il se
passait effectivement quelque chose de nouveau.
Tout le long de la route, d'Artagnan s'était demandé s'il se
confierait à M. de Tréville, ou si seulement il lui demanderait de
lui accorder carte blanche pour une affaire secrète. Mais
M. de Tréville avait toujours été si parfait pour lui, il était si
fort dévoué au roi et à la reine, il haïssait si cordialement le
cardinal, que le jeune homme résolut de tout lui dire.
«Vous m'avez fait demander, mon jeune ami? dit M. de Tréville.
-- Oui, monsieur, dit d'Artagnan, et vous me pardonnerez, je
l'espère, de vous avoir dérangé, quand vous saurez de quelle chose
importante il est question.
-- Dites alors, je vous écoute.
-- Il ne s'agit de rien de moins, dit d'Artagnan, en baissant la
voix, que de l'honneur et peut-être de la vie de la reine.
-- Que dites-vous là? demanda M. de Tréville en regardant tout
autour de lui s'ils étaient bien seuls, et en ramenant son regard
interrogateur sur d'Artagnan.
-- Je dis, monsieur, que le hasard m'a rendu maître d'un secret...
-- Que vous garderez, j'espère, jeune homme, sur votre vie.
-- Mais que je dois vous confier, à vous, Monsieur, car vous seul
pouvez m'aider dans la mission que je viens de recevoir de
Sa Majesté.
-- Ce secret est-il à vous?
-- Non, monsieur, c'est celui de la reine.
-- Êtes-vous autorisé par Sa Majesté à me le confier?
-- Non, monsieur, car au contraire le plus profond mystère m'est
recommandé.
-- Et pourquoi donc allez-vous le trahir vis-à-vis de moi?
-- Parce que, je vous le dis, sans vous je ne puis rien, et que
j'ai peur que vous ne me refusiez la grâce que je viens vous
demander, si vous ne savez pas dans quel but je vous la demande.
-- Gardez votre secret, jeune homme, et dites-moi ce que vous
désirez.
-- Je désire que vous obteniez pour moi, de M. des Essarts, un
congé de quinze jours.
-- Quand cela?
-- Cette nuit même.
-- Vous quittez Paris?
-- Je vais en mission.
-- Pouvez-vous me dire où?
-- À Londres.
-- Quelqu'un a-t-il intérêt à ce que vous n'arriviez pas à votre
but?
-- Le cardinal, je le crois, donnerait tout au monde pour
m'empêcher de réussir.
-- Et vous partez seul?
-- Je pars seul.
-- En ce cas, vous ne passerez pas Bondy; c'est moi qui vous le
dis, foi de Tréville.
-- Comment cela?
-- On vous fera assassiner.
-- Je serai mort en faisant mon devoir.
-- Mais votre mission ne sera pas remplie.
-- C'est vrai, dit d'Artagnan.
-- Croyez-moi, continua Tréville, dans les entreprises de ce
genre, il faut être quatre pour arriver un.
-- Ah! vous avez raison, Monsieur, dit d'Artagnan; mais vous
connaissez Athos, Porthos et Aramis, et vous savez si je puis
disposer d'eux.
-- Sans leur confier le secret que je n'ai pas voulu savoir?
-- Nous nous sommes juré, une fois pour toutes, confiance aveugle
et dévouement à toute épreuve; d'ailleurs vous pouvez leur dire
que vous avez toute confiance en moi, et ils ne seront pas plus
incrédules que vous.
-- Je puis leur envoyer à chacun un congé de quinze jours, voilà
tout: à Athos, que sa blessure fait toujours souffrir, pour aller
aux eaux de Forges! à Porthos et à Aramis, pour suivre leur ami,
qu'ils ne veulent pas abandonner dans une si douloureuse position.
L'envoi de leur congé sera la preuve que j'autorise leur voyage.
-- Merci, monsieur, et vous êtes cent fois bon.
-- Allez donc les trouver à l'instant même, et que tout s'exécute
cette nuit. Ah! et d'abord écrivez-moi votre requête à M. des
Essarts. Peut-être aviez-vous un espion à vos trousses, et votre
visite, qui dans ce cas est déjà connue du cardinal, sera
légitimée ainsi.»
D'Artagnan formula cette demande, et M. de Tréville, en la
recevant de ses mains, assura qu'avant deux heures du matin les
quatre congés seraient au domicile respectif des voyageurs.
«Ayez la bonté d'envoyer le mien chez Athos, dit d'Artagnan. Je
craindrais, en rentrant chez moi, d'y faire quelque mauvaise
rencontre.
-- Soyez tranquille. Adieu et bon voyage! À propos!» dit
M. de Tréville en le rappelant.
D'Artagnan revint sur ses pas.
«Avez-vous de l'argent?»
D'Artagnan fit sonner le sac qu'il avait dans sa poche.
«Assez? demanda M. de Tréville.
-- Trois cents pistoles.
-- C'est bien, on va au bout du monde avec cela; allez donc.»
D'Artagnan salua M. de Tréville, qui lui tendit la main;
d'Artagnan la lui serra avec un respect mêlé de reconnaissance.
Depuis qu'il était arrivé à Paris, il n'avait eu qu'à se louer de
cet excellent homme, qu'il avait toujours trouvé digne, loyal et
grand.
Sa première visite fut pour Aramis; il n'était pas revenu chez son
ami depuis la fameuse soirée où il avait suivi Mme Bonacieux. Il y
a plus: à peine avait-il vu le jeune mousquetaire, et à chaque
fois qu'il l'avait revu, il avait cru remarquer une profonde
tristesse empreinte sur son visage.
Ce soir encore, Aramis veillait sombre et rêveur; d'Artagnan lui
fit quelques questions sur cette mélancolie profonde; Aramis
s'excusa sur un commentaire du dix-huitième chapitre de saint
Augustin qu'il était forcé d'écrire en latin pour la semaine
suivante, et qui le préoccupait beaucoup.
Comme les deux amis causaient depuis quelques instants, un
serviteur de M. de Tréville entra porteur d'un paquet cacheté.
«Qu'est-ce là? demanda Aramis.
-- Le congé que monsieur a demandé, répondit le laquais.
-- Moi, je n'ai pas demandé de congé.
-- Taisez-vous et prenez, dit d'Artagnan. Et vous, mon ami, voici
une demi-pistole pour votre peine; vous direz à M. de Tréville que
M. Aramis le remercie bien sincèrement. Allez.»
Le laquais salua jusqu'à terre et sortit.
«Que signifie cela? demanda Aramis.
-- Prenez ce qu'il vous faut pour un voyage de quinze jours, et
suivez-moi.
-- Mais je ne puis quitter Paris en ce moment, sans savoir...»
Aramis s'arrêta.
«Ce qu'elle est devenue, n'est-ce pas? continua d'Artagnan.
-- Qui? reprit Aramis.
-- La femme qui était ici, la femme au mouchoir brodé.
-- Qui vous a dit qu'il y avait une femme ici? répliqua Aramis en
devenant pâle comme la mort.
-- Je l'ai vue.
-- Et vous savez qui elle est?
-- Je crois m'en douter, du moins.
-- Écoutez, dit Aramis, puisque vous savez tant de choses, savez-
vous ce qu'est devenue cette femme?
-- Je présume qu'elle est retournée à Tours.
-- À Tours? oui, c'est bien cela, vous la connaissez. Mais comment
est-elle retournée à Tours sans me rien dire?
-- Parce qu'elle a craint d'être arrêtée.
-- Comment ne m'a-t-elle pas écrit?
-- Parce qu'elle craint de vous compromettre.
-- D'Artagnan, vous me rendez la vie! s'écria Aramis. Je me
croyais méprisé, trahi. J'étais si heureux de la revoir! Je ne
pouvais croire qu'elle risquât sa liberté pour moi, et cependant
pour quelle cause serait-elle revenue à Paris?
-- Pour la cause qui aujourd'hui nous fait aller en Angleterre.
-- Et quelle est cette cause? demanda Aramis.
-- Vous le saurez un jour, Aramis; mais, pour le moment,
j'imiterai la retenue de la nièce du docteur.»
Aramis sourit, car il se rappelait le conte qu'il avait fait
certain soir à ses amis.
«Eh bien, donc, puisqu'elle a quitté Paris et que vous en êtes
sûr, d'Artagnan, rien ne m'y arrête plus, et je suis prêt à vous
suivre. Vous dites que nous allons?...
-- Chez Athos, pour le moment, et si vous voulez venir, je vous
invite même à vous hâter, car nous avons déjà perdu beaucoup de
temps. À propos, prévenez Bazin.
-- Bazin vient avec nous? demanda Aramis.
-- Peut-être. En tout cas, il est bon qu'il nous suive pour le
moment chez Athos.»
Aramis appela Bazin, et après lui avoir ordonné de le venir
joindre chez Athos:
«Partons donc», dit-il en prenant son manteau, son épée et ses
trois pistolets, et en ouvrant inutilement trois ou quatre tiroirs
pour voir s'il n'y trouverait pas quelque pistole égarée. Puis,
quand il se fut bien assuré que cette recherche était superflue,
il suivit d'Artagnan en se demandant comment il se faisait que le
jeune cadet aux gardes sût aussi bien que lui quelle était la
femme à laquelle il avait donné l'hospitalité, et sût mieux que
lui ce qu'elle était devenue.
Seulement, en sortant, Aramis posa sa main sur le bras de
d'Artagnan, et le regardant fixement:
«Vous n'avez parlé de cette femme à personne? dit-il.
-- À personne au monde.
-- Pas même à Athos et à Porthos?
-- Je ne leur en ai pas soufflé le moindre mot.
-- À la bonne heure.»
Et, tranquille sur ce point important, Aramis continua son chemin
avec d'Artagnan, et tous deux arrivèrent bien tôt chez Athos.
Ils le trouvèrent tenant son congé d'une main et la lettre de
M. de Tréville de l'autre.
«Pouvez-vous m'expliquer ce que signifient ce congé et cette
lettre que je viens de recevoir?» dit Athos étonné.
«Mon cher Athos, je veux bien, puisque votre santé l'exige
absolument, que vous vous reposiez quinze jours. Allez donc
prendre les eaux de Forges ou telles autres qui vous conviendront,
et rétablissez-vous promptement.
«Votre affectionné
«Tréville»
«Eh bien, ce congé et cette lettre signifient qu'il faut me
suivre, Athos.
-- Aux eaux de Forges?
-- Là ou ailleurs.
-- Pour le service du roi?
-- Du roi ou de la reine: ne sommes-nous pas serviteurs de Leurs
Majestés?»
En ce moment, Porthos entra.
«Pardieu, dit-il, voici une chose étrange: depuis quand, dans les
mousquetaires, accorde-t-on aux gens des congés sans qu'ils les
demandent?
-- Depuis, dit d'Artagnan, qu'ils ont des amis qui les demandent
pour eux.
-- Ah! ah! dit Porthos, il paraît qu'il y a du nouveau ici?
-- Oui, nous partons, dit Aramis.
-- Pour quel pays? demanda Porthos.
-- Ma foi, je n'en sais trop rien, dit Athos; demande cela à
d'Artagnan.
-- Pour Londres, messieurs, dit d'Artagnan.
-- Pour Londres! s'écria Porthos; et qu'allons-nous faire à
Londres?
-- Voilà ce que je ne puis vous dire, messieurs, et il faut vous
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