dévier de la route où le cardinal l'avait engagé.
On savait que, le jeudi 15 janvier, le roi avait dîné à Moulins et
couché à Varenne.
Puis rien au delà du 15 janvier, et l'on était au 5 février.
Mais ce que l'on savait, c'est que la peste qui s'était déclarée en
Italie, avait franchi les monts et s'étendait jusqu'à Lyon. Le roi
aurait-il le courage, malgré le fléau mortel, malgré le froid effroyable
qu'il faisait, de continuer sa route, de braver la peste à Lyon et le
froid dans les montages.
Pour qui connaissait le caractère véritable et changeant du roi, il y
avait à craindre. Mais pour quiconque connaissait le caractère
inflexible du cardinal, il y avait à espérer.
Le comte de Moret ne put que répéter au duc de Mantoue ce que lui avait
dit le cardinal, qu'on allait commencer par faire lever le siége de
Cazal, et que l'on s'occuperait immédiatement de faire passer des
secours à Mantoue.
Il n'y avait pas de temps à perdre: Charles, duc de Nevers, avait su de
sources certaines que Monsieur, dans le premier moment de colère,
s'était mis en rapport avec Waldstein. Il attirait vers la France, sans
honte et sans remords, ces nouvelles bandes d'Attila sans savoir s'il y
aurait à Châlons un Aétius pour les anéantir. Deux chefs des barbares,
Alhinger et Gallas, savants dans l'art terrible de la ruine et du
pillage, s'étaient depuis deux ou trois mois avancés doucement et
occupaient Worms, Francfort, la Souabe.
Le pauvre duc de Mantoue les voyait déjà apparaître au sommet des
Alpes, plus terribles que ces bandes sauvages de Cimbres et de Teutons
qui se laissaient glisser sur les neiges et qui traversaient les
rivières sur leurs boucliers.
Tout cela défendait au comte de Moret un long séjour à Mantoue. Il avait
promis au cardinal de revenir pour prendre part à la campagne; d'un
autre côté le duc Charles le pressait de repartir pour exposer sa
position au roi. Cette position était si grave, que le baron de Lautrec
regrettait presque qu'on lui eût renvoyé sa fille.
Dès le lendemain de son arrivée, Isabelle, appelée par son père, avait
eu une explication avec lui; dans cette explication son père lui avait
dit les engagements pris par lui vis-à-vis du baron de Pontis. Mais
Isabelle avait franchement répondu par les engagements pris par elle
vis-à-vis du comte de Moret. De si bonne naissance que fût M. de Pontis,
Antoine de Bourbon sur ce point l'emportait, non-seulement sur lui, mais
sur tous les gentilshommes qui n'étaient pas de race royale directe. Le
baron se contenta donc de faire venir le comte de Moret dans son
cabinet, de l'interroger sur ses intentions, que celui-ci lui déclara
avec sa franchise habituelle, lui donnant l'assurance qu'au besoin et
pour l'aider à retirer honorablement sa parole, le cardinal se mettrait
en avant et lui forcerait la main.
Seulement le baron de Lautrec ne laissa point ignorer au comte que s'il
était tué, ou contractait d'autres engagements, il reprenait son
autorité paternelle sur sa fille, autorité dont il ne se départait que
devant la protection que le cardinal voulait accorder au jeune comte, et
qu'alors il n'admettrait de la part d'Isabelle aucune résistance.
Le soir même de cette double explication, les jeunes gens, en se
promenant au bord du fleuve de Virgile, se racontèrent chacun l'un à
l'autre la conversation qu'ils avaient eue avec le baron; Isabelle n'en
espérait pas tant, et comme son amant lui promit positivement de ne pas
se faire tuer et de n'avoir jamais d'-autre épouse- qu'elle, la chose
lui suffit.
Nous nous servons du mot un peu prétentieux d'-épouse-, et même nous le
soulignons, parce qu'il nous semble que, tout fils de Henri IV que fût
Antoine de Bourbon, il y avait dans sa promesse une de ces petites
restrictions mentales dont les jésuites faisaient un si habile usage.
Dans l'engagement de ne pas se faire tuer il n'y avait à coup sûr aucune
arrière-pensée; mais nous n'oserions en dire autant de celui de n'avoir
jamais d'-autre épouse- qu'Isabelle de Lautrec. En pesant chaque parole
de cet engagement, on verra bien qu'il ne s'étendait pas aux maîtresses;
et dans les moments où le diable le tentait, et les amants les plus
fidèles ont de ces moments-là, ne fussent-ils point les fils de
l'hérétique Henri IV, et dans les moments où le diable le tentait, nous
devons dire que le jeune Basque Jaquelino voyait passer dans un nuage
de feu sa belle cousine Marina, laquelle, aussi à son aise au milieu des
flammes qu'une salamandre, lui lançait des regards dont le double rayon
allait l'un à son coeur qu'il brûlait, l'autre à son esprit qu'il
rendait insensé.
D'ailleurs n'avait-il pas pris un soir dans l'antichambre de Marie de
Gonzague, avec cette terrible incendiaire des coeurs, au moment où elle
allait monter dans sa chaise, un de ces rendez-vous comme on en prend
avec Satan, et dont Satan ne vous dégage que lorsqu'on a fait honneur à
sa parole en l'allant trouver au plus profond de l'enfer.
Nous n'oserions pas dire qu'au moment où Antoine de Bourbon fit à
Isabelle de Lautrec le chaste serment qui n'avait aucune analogie avec
l'engagement pris avec Mme de Fargis, le souvenir de cette Vénus Astarté
fût venu prononcer à ses oreilles quelques mots de cet amour profane
dont elle brûlait le coeur de ses amants; mais ce que nous savons, c'est
que le comte de Moret voulut un autre témoin de l'engagement qu'il
prenait que ce fleuve païen qu'on appelle le Mincio; d'autres lampes que
toutes ces constellations mythologiques qu'on appelle Vénus, Jupiter,
Saturne, Cassiopée, et demanda à Isabelle de le renouveler dans un
temple chrétien en présence de Dieu, et que le souvenir matériel d'un
anneau, portant la date du jour et de la promesse que ce jour avait vu
faire, augmentât encore la solennité du serment.
Isabelle promit tout ce que voulut son amant, comme sa compatriote
Juliette, dont pour toucher la tombe elle n'avait, en quelque sorte,
qu'à étendre la main; elle lui eût, à coup sûr, accordé tout ce qu'il
lui eût demandé en lui répétant les paroles du poëte anglais:
Ne crains pas d'épuiser mon amour s'il t'est cher!
Mon amour est profond et grand comme la mer!
Le lendemain, à la même heure, c'est-à-dire vers neuf heures du soir,
deux ombres, dont l'une marchait à quelques pas derrière l'autre, se
glissaient dans l'église Saint-André par une des portes latérales du
monument sacré, et, à la lueur des lampes qui veillent éternellement
devant l'-ex-voto- en mémoire des miracles accomplis par les différents
saints auxquels les autels sont consacrés, s'acheminaient vers l'autel
de Notre-Dame-des-Anges, nom charmant qui avait succédé à un nom plus
charmant encore, à celui de Notre-Dame-des-Amours, première invocation
sous laquelle elle avait été adorée, mais que lui avait enlevée, un demi
siècle auparavant, la susceptibilité d'un évêque.
La jeune fille arriva la première et s'agenouilla.
Le jeune homme la suivait et s'agenouilla à sa droite.
Tous deux rayonnants de jeunesse et de beauté, ils étaient admirables à
voir à la lueur tremblante de la lampe; elle, la tête baissée, les yeux
humides de douces larmes; lui, le front levé, les yeux étincelants de
bonheur.
Chacun d'eux fit une prière mentale; quand nous disons chacun d'eux,
nous répondons d'Isabelle de Lautrec. Sans doute les paroles échappées
du coeur se formulèrent sur les lèvres en élancements sacrés vers la
mère du seigneur; mais l'homme ne sait prier que dans le malheur; pour
la félicité il n'a que des balbutiements de désir et des soupirs de
flamme.
Puis, ce premier bouillonnement du coeur apaisé, leurs mains se
cherchèrent et frémirent en se rencontrant. Isabelle poussa un soupir de
joie plaintif comme un cri de douleur, puis, sans s'inquiéter du lieu où
elle était:
--Oh! mon ami, dit-elle, oh! combien je t'aime.
Le comte regardait la madone.
--Oh! s'écria-t-il, la madone a souri; et moi aussi et moi aussi, je
t'aime, mon Isabelle adorée.
Et leurs deux têtes retombèrent sur leurs poitrines écrasées sous le
poids de leur bonheur.
Le comte tenait la main d'Isabelle appuyée contre la poitrine, il la
dégagea doucement de l'étreinte dont l'enveloppait la sienne, la mit à
nu, l'appuya ardemment contre ses lèvres, puis tirant l'anneau du plus
petit de ses doigts, il le passa au second doigt de cette main en
disant:
--Sainte mère de Dieu, sainte protectrice de tout amour humain et
céleste, vous qui souriez aux flammes pures et qui venez de sourire à la
nôtre, soyez témoin que je m'engage par serment à n'avoir jamais d'autre
épouse qu'Isabelle de Lautrec; si je manque à mon serment, punissez-moi.
--On! non, non. Vierge sainte, s'écria Isabelle, ne le punissez pas.
--Isabelle! fit le comte, en essayant de serrer la jeune fille dans ses
bras.
Mais celle-ci s'écarta doucement, retenue par la sainteté du lieu.
--Madone vénérée et toute-puissante, dit-elle, écoutez le serment que je
vous fais à mon tour. Je jure ici à votre autel, et par vos pieds divins
que j'embrasse, qu'à partir d'aujourd'hui j'appartiens corps et âme à
celui qui vient de passer cet anneau à mon doigt, et que, fût-il mort,
ou, ce qui est bien pis, manquât-il à son serment, je ne serai l'épouse
de personne, mais seulement celle de votre divin Fils.
Un baiser éteignit cette dernière parole sur les lèvres d'Isabelle, et
la sainte madone sourit du baiser du comte comme elle avait souri de
l'exclamation d'Isabelle, car elle se souvenait qu'elle s'était appelée
Notre-Dame-des-Amours avant de s'appeler Notre-Dame-des-Anges!
CHAPITRE IX.
LE JOURNAL DE M. DE BASSOMPIERRE.
Comme l'avait appris le duc de Mantoue par l'intermédiaire de
l'ambassadeur, le cardinal et le roi avaient quitté Paris le 4 janvier,
et le jeudi 15 ils avaient dîné à Moulins et soupé à Varenne, qu'il ne
faut pas confondre avec cet autre Varennes du département de la Meuse,
que l'arrestation du roi a rendu célèbre.
Pour toute entrée en campagne, nous n'avons de guide fidèle que le
journal de M. de Bassompierre; aussi est-ce lui que nous allons suivre
dans la partie historique de notre récit.
Lorsque le roi, après le pacte fait avec le cardinal, sortit du cabinet
de Son Eminence, il rencontra dans l'antichambre M. de Bassompierre, qui
était allé pour faire sa cour au cardinal revenu en faveur.
En l'apercevant, le roi s'arrêta et se retournant vers Richelieu, qui
l'accompagnait jusqu'à la porte de la rue:
«Eh! tenez, monsieur le cardinal, en voici un qui nous accompagnera à
coup sûr et qui me servira bien.
Le cardinal sourit et fit un geste d'approbation.
--C'est l'habitude de M. le maréchal, dit-il.
--Que Votre Majesté m'excuse de manquer aux lois de l'étiquette en
l'interrogeant; mais où la suivrai-je?
--En Italie, dit le roi, où je vais en personne pour faire lever le
siége de Cazal. Apprêtez-vous donc à partir, monsieur le maréchal; je
prendrai avec vous Créquy, qui connaît ces pays-là, et j'espère que
nous ferons parler de nous.
--Sire, répondit Bassompierre en s'inclinant, je suis votre serviteur et
vous suivrai au bout du monde, et même dans la lune, s'il vous plaît d'y
monter.
--Nous n'irons ni si loin, ni si haut, monsieur le maréchal. En tout
cas, le rendez-vous est à Grenoble; si quelque chose vous fait faute
pour votre entrée en campagne, adressez vous à M. le cardinal.
--Sire, dit Bassompierre, avec l'aide de Dieu, rien ne me manquera,
surtout si Votre Majesté donne l'ordre à ce vieux coquin de La Vieuville
de me payer ce qui m'est dû comme colonel général des Suisses.
Le roi se mit à rire.
--Si La Vieuville ne vous paie pas, dit-il, voici M. le cardinal qui
vous paiera.
--Bien vrai? dit Bassompierre d'un air de doute.
--Si vrai, monsieur le maréchal, que si, séance tenante, vous voulez
bien me donner votre reçu, comme s'il n'y avait pas de temps à perdre,
attendu que dans trois ou quatre jours nous partons, vous vous en irez
avec votre argent.
--Monsieur le cardinal, dit Bassompierre avec cet air de grand seigneur
qui n'appartenait qu'à lui, je ne porte jamais d'argent sur moi que
quand je vais au jeu du roi; j'aurai, si vous le voulez bien, l'honneur
de vous laisser la quittance, et j'enverrai un laquais prendre l'argent.
Le roi parti, Bassompierre laissa son reçu au cardinal, et le lendemain
envoya prendre l'argent.
Dès le même soir où le cardinal avait dit à Louis XIII qu'un roi ne
manquait point à sa parole, il envoya les cent cinquante mille écus à M.
le duc d'Orléans, les soixante mille livres à la reine-mère, et les
trente mille à la reine Anne.
L'Angély reçut de son côté les trente mille livres que le roi lui avait
offertes, et Saint-Simon son brevet d'écuyer du roi avec quinze mille
livres de traitement par an.
Quant à Baradas, on sait qu'il n'avait point attendu, et qu'il s'était
fait payer ses trente mille livres le jour même où le roi les lui avait
données en un bon au porteur.
Tous ces comptes réglés, le cardinal avait, lui aussi, donné ses
gratifications. Charpentier, Rossignol et Cavois avait eu part à ses
largesses; mais la gratification de Cavois, si généreuse qu'elle fût,
n'avait pu consoler sa femme, qui avait entrevu dans la démission du
cardinal une suite de nuits calmes et sans dérangements, nuits qui
étaient l'unique but vers lequel tendaient tous ses voeux, secondés,
comme nous l'avons vu, par les prières de ses enfants. Malheureusement,
l'homme, en créant un Dieu individuel, et en chargeant ce Dieu de donner
à chaque homme ce que cet homme lui demande, l'a tellement accablé de
besogne, qu'il y a des moments où il laisse passer les prières les plus
simples et les plus raisonnables sans avoir le temps de les exaucer.
La pauvre Mme Cavois était tombée dans un de ces moments-là, et Cavois,
en suivant Son Eminence, allait de nouveau la laisser veuve;
heureusement il la laissait enceinte.
Le roi avait conservé à son frère le titre de lieutenant général; mais,
du moment où le cardinal venait avec le roi, il était évident que ce
serait M. de Richelieu qui prendrait la conduite de la guerre, et que la
lieutenance générale serait une sinécure. Aussi, quoi qu'il eût envoyé
son train à Montargis et qu'il s'en fût fait suivre jusqu'au delà de
Moulins, arrivé à Chavanes il se ravisa et là annonça à Bassompierre
que, comme il ne voulait pas avoir l'air d'être insensible à l'injure
qui lui avait été faite, il se retirait dans sa principauté de Dombes,
où il attendrait les ordres du roi. Bassompierre insista fort pour le
faire changer de résolution, mais ne put rien obtenir de lui.
Personne ne se trompa à cette résolution de Monsieur, et chacun porta au
compte de sa lâcheté les prétendues susceptibilités de son orgueil.
Le roi avait traversé rapidement Lyon, où la peste sévissait et s'était
arrêté à Grenoble.
Le lundi 19 février, il envoya le marquis de Thoiras à Vienne pour faire
joindre l'armée et s'occuper du passage de l'artillerie par-dessus les
monts.
Le duc de Montmorency avait, de son côté, fait annoncer au roi qu'il
arrivait par Nîmes, Sisteron et Gap, et qu'il joindrait le roi, à
Briançon.
Là commençaient les embarras sérieux.
Les deux reines, sous prétexte des craintes que leur inspirait l'état du
roi, mais en réalité pour miner l'influence du cardinal, étaient parties
dans le but de rejoindre le roi à Grenoble; mais il leur avait fait dire
de s'arrêter à Lyon, et elles n'avaient point osé désobéir à cet ordre;
mais de Lyon elles faisaient tout le mal qu'elles pouvaient,
neutralisant Créquy, qui devait amener le passage des monts, paralysant
Guise, qui devait amener la flotte.
Rien ne découragea le cardinal; tant qu'il tenait le roi, le roi était
sa force. Il espérait que la présence du roi, le danger personnel qu'il
courait à passer les Alpes en hiver, arracheraient des provinces
voisines les secours nécessaires, et il en eût été ainsi sans les
manoeuvres des deux reines.
Arrivé à Briançon, il se trouva que les ordres des deux reines avaient
été si bien suivis, que rien de ce qui devait y être réuni n'avait même
paru: pas de vivres, pas de mulets, douze canons et presque pas de
munitions.
Joignez à cela deux cent mille francs en tout dans les coffres, tant
chacun avait tiré de son côté sur les malheureux millions empruntés par
le cardinal.
Puis, en face de soi, le prince le plus perfide et le plus rusé de
l'Europe.
Toutes ces oppositions n'arrêtèrent pas un instant le cardinal; il
réunit ses plus habiles ingénieurs et chercha avec eux le moyen de tout
faire passer à bras d'homme. Charles VIII avait le premier transporté du
canon à travers les Alpes, mais c'était dans la belle saison. Il fallait
manoeuvrer à travers des montagnes presque inaccessibles l'été, à plus
forte raison l'hiver. On monta l'artillerie avec des câbles et des
moulinets attachés par des cordes aux affûts; des hommes tournaient les
moulinets, tandis que d'autres tiraient les câbles à force de bras. Les
boulets furent portés dans des hottes; les munitions, les poudres, les
balles, enfermées dans des barriques, furent mises sur le dos des
quelques mules que l'on put se procurer à prix d'or. En six jours, sous
cet attirail on passa le mont Genève et descendit à Oulx. Le cardinal
poussa jusqu'à Chaumont, où il avait hâte de prendre des renseignements
et de vérifier si ceux que lui avaient adressés le comte de Moret
étaient vrais.
Ce fut là que, vérification faite des cartouches, il apprit que chaque
homme avait sept coups à tirer.
--Qu'importe! répondit-il, si Suze est prise au cinquième.
Cependant le bruit de tous ces préparatifs arriva aux oreilles de
Charles-Emmanuel; mais le roi et le cardinal étaient déjà à Briançon,
que le prince de Savoie les croyait encore à Lyon. En conséquence, il
envoya Victor-Amédée, son fils, attendre le roi Louis XIII à Grenoble;
mais à Grenoble il apprit que le roi était déjà passé et devait à cette
heure avoir franchi les monts.
Victor-Amédée se mit aussitôt en chasse du roi et du cardinal; il arriva
derrière Louis XIII à Oulx, au moment où descendaient de la montagne les
dernières pièces d'artillerie, et demanda audience. Le roi le reçut;
mais, ne voulant rien entendre de ce qu'il avait à lui dire, il le
renvoya au cardinal. Victor-Amédée partit immédiatement pour Chaumont.
Là le prince de Savoie, élevé à l'école de la ruse, voulut vis à-vis du
cardinal user des moyens familiers à lui et à son père; mais cette fois
la ruse se trouvait en face du génie, le serpent en face du lion.
Le cardinal comprit aux premières paroles du prince que le duc de Savoie
n'avait eu qu'un but en lui envoyant son fils, c'était de gagner du
temps. Mais où le roi se fût laissé prendre peut-être, le cardinal vit
clair dans les desseins du négociateur.
Victor-Amédée venait demander que l'on accordât à son père le temps de
se dégager de la parole qu'il avait confiée au gouverneur de Milan de ne
pas laisser les troupes françaises traverser ses Etats.
Mais avant même qu'il eût formulé cette demande, le cardinal l'arrêtait.
--Pardon, mon prince, lui dit-il, mais S. A. le duc de Savoie demande du
temps, permettez-moi de vous le dire, pour dégager une parole qu'il n'a
pas pu donner.
--Comment cela? demanda le prince.
--Parce que, dans ses derniers traités avec la France, il s'est engagé
verbalement vis-à-vis du roi, mon maître, à lui livrer un passage à
travers ses Etats, au cas où il aurait besoin de soutenir ses alliés.
--Mais, fit en hésitant Victor-Amédée, c'est moi qui demande pardon à
Votre Eminence, je n'ai vu nulle part cette clause dans les traités
entre la France et le Piémont.
--Et vous savez bien pourquoi vous ne l'avez pas vue, prince; c'est
encore par déférence pour le duc votre père, que l'on s'est contenté de
sa parole d'honneur au lieu d'exiger sa signature. Mais, selon lui, le
roi d'Espagne se fût plaint qu'il accordât un tel privilége à la France
et ne lui eût pas laissé un instant de repos qu'il n'eût obtenu un droit
pareil.
--Mais, hasarda Victor-Amédée, le duc mon père ne refuse point passage
au roi votre maître!
--Alors, dit le cardinal en souriant, car il se rappelait dans tous ses
détails la lettre que lui avait adressée le comte de Moret, c'est pour
faire honneur au roi de France que S. A. le duc de Piémont a fermé le
passage de Suze par une demi-lune avec un bon retranchement pouvant
contenir trois cents hommes et soutenu de deux barricades derrière
lesquelles trois cents autres peuvent s'abriter, et qu'outre le fort de
Montabon, il a bâti sur la pente des deux montagnes deux
redoutes avec des petites places de défense dont les feux se croisent.
C'est pour faciliter sa route et celle de l'armée française, que ne
trouvant pas suffisantes les difficultés offertes par le col même de la
vallée, il y a fait rouler du haut de la montagne des quartiers de
rochers tels qu'aucune machine ne les pourrait mouvoir, et c'est pour
planter des arbres et des fleurs sur notre chemin qu'il a mis, depuis
six semaines, la pioche et la bêche aux mains de 300 travailleurs, dont
vous et votre auguste père ne dédaigneriez pas de visiter et de presser
les travaux. Non, prince, ne rusons pas, parlons franchement et comme
des souverains doivent parler. Vous demandez du temps pour donner à don
Guzman Gonzalès celui de prendre Cazal, dont la garnison meurt
héroïquement de faim; eh bien, nous, comme notre intérêt et notre devoir
est de secourir cette garnison, nous vous disons: Monseigneur, le duc
votre père nous doit le passage, le duc votre père nous le donnera.
D'Oulx ici, il faut à notre matériel deux jours pour arriver.
Le cardinal tira sa montre.
--Il est onze heures du matin, dit-il; à onze heures du matin,
après-demain, nous entrerons en Piémont, et nous marcherons sur Suze.
Après-demain, c'est mardi; mercredi, au point du jour, nous attaquerons;
tenez-vous la chose pour dite, et comme vous n'avez pas de temps à
perdre, monseigneur, pour faire vos réflexions, si vous nous ouvrez le
passage, ou prendre vos dispositions si vous le défendez, je ne vous
retiens pas; monseigneur, franche paix ou bonne guerre.
--J'ai peur que ce ne soit bonne guerre, monsieur le cardinal, dit
Victor Amédée en se levant.
--Au point de vue chrétien et comme ministre du Seigneur, je hais la
guerre; mais au point de vue politique et comme ministre de France, je
crois parfois la guerre, non pas une bonne chose, mais une chose
nécessaire. La France est dans son droit, elle le fera respecter.
Lorsque deux Etats en viennent aux mains, malheur à celui qui se fait le
champion du mensonge et de la perfidie. Dieu nous voit, Dieu nous
jugera.
Et, cette fois, le cardinal salua le prince, lui faisant comprendre
qu'une plus longue conversation serait inutile, et que son parti de
marcher sur Cazal, quels que fussent les obstacles que l'on
multiplierait sur sa route était irrévocablement pris.
CHAPITRE X.
OU LE LECTEUR RETROUVE UN ANCIEN AMI.
A peine Victor-Amédée était-il sorti, que le cardinal s'approcha d'une
table et écrivit la lettre suivante:
«Sire,
«Si Votre Majesté, comme Dieu m'en donne l'espérance, a heureusement
vu s'achever le passage de notre matériel par-dessus les monts, je la
supplie bien humblement d'ordonner qu'artillerie, caissons, et toute
machine de guerre soient immédiatement acheminés sur Chaumont, où le
roi aura, sur ma prière, la bonté de se rendre lui même sans aucun
retard, le jour des hostilités étant, sauf contre-ordre de Sa Majesté,
fixé à mercredi matin, 6 mars. A la suite de la conversation que j'ai
eue avec le prince Victor-Amédée, j'ai dû engager la parole de Votre
Majesté, et je crois qu'il ne faudrait la dégager qu'avec de graves
raisons de le faire.
«J'attends donc avec impatience une réponse de Votre Majesté, ou mieux
encore, Votre Majesté elle-même.
«Je lui envoie un homme sûr, auquel Sa Majesté peut se fier en toute
chose, même comme compagnon de route dans le cas où Sa Majesté
voudrait voyager de nuit et incognito.
«J'ai l'honneur d'être,
De Votre Majesté,
«Le très-humble sujet et très-dévoué serviteur,
«Armand [+] RICHELIEU.»
Cette lettre écrite et cachetée, le cardinal appela:
--Etienne!
Aussitôt la porte de la chambre s'ouvrit, et l'on vit apparaître sur le
seuil notre ancienne connaissance de l'hôtellerie de la Barbe Peinte,
Etienne Latil, non pas comme nous l'avions vu entrer dans le cabinet du
cardinal à Chaillot, c'est-à-dire les genoux tremblants, forcé de
s'appuyer à la muraille pour ne pas tomber, pâle et articulant avec
peine ses offres de dévouement, mais la tête haute, le jarret tendu, la
moustache relevée, le chapeau à la main droite, la main gauche au
pommeau de l'épée, un vrai capitaine de Callot, enfin.
C'est qu'en effet quatre mois s'étaient écoulés depuis que, frappé à la
fois par le marquis Pisani et par Souscarrières, il était tombé, sans
connaissance sur le carreau de l'hôtellerie de maître Soleil.
Or, quand il n'est pas tué du coup, il n'en faut pas tant à un gaillard
organisé comme l'était Etienne Latil pour se remettre sur pied, plus
solide et plus triomphant que jamais.
L'approche des hostilités avait même donné à son visage un air de gaieté
qui n'échappa point au cardinal.
--Etienne, lui dit-il, il s'agit de monter à l'instant même à cheval, à
moins que tu n'aimes mieux, pour ta commodité personnelle, faire la
route à pied, mais arrange toi comme tu voudras, il faut que cette
lettre, qui est de la plus haute importance, soit remise au roi avant
dix heures du soir.
--Votre Eminence veut-elle me dire quelle heure il est?
Le cardinal tira sa montre.
--Il est près de midi.
--Et le roi est à Oulx?
--Oui.
--A huit heures le roi aura sa lettre, ou j'aurai roulé dans la Douaire.
--Tâchez de ne pas rouler dans la Douaire, ce qui me ferait de la peine,
et que le roi ait sa lettre, ce qui, au contraire, me fera plaisir.
--J'espère, sur ces deux points satisfaire Votre Eminence.
Le cardinal connaissait Latil pour un homme de parole, il ne jugea pas à
propos d'insister et se contenta de lui faire signe qu'il était libre.
Latil, en effet, courut à l'écurie, choisit un bon cheval, ne s'arrêta
chez le maréchal ferrant que le temps de le faire ferrer à crampons et,
l'opération terminée, sauta sur son dos et s'élança sur la route d'Oulx.
Au reste, il trouva le chemin meilleur qu'il ne s'y attendait; dans le
but d'y faire passer les canons et tout le matériel, les pionniers s'en
étaient emparés et le rendaient praticable à peu près.
A quatre heures, Etienne était à St. Laurent, à sept heures et demie il
était à Oulx.
Le roi soupait servi par Saint-Simon qui avait succédé dans sa faveur à
Baradas. Au bas bout de la table se tenait l'Angély tout habillé de
neuf.
A peine eut-on annoncé au roi un message de la part du cardinal, qu'il
ordonna que le messager fut introduit près de lui.
Latil, tout en conservant les formes voulues par l'étiquette, science à
laquelle il avait été façonné du temps qu'il était page du duc
d'Epernon, n'était pas homme à se laisser intimider par la majesté
royale.
Il entra donc bravement dans la salle, s'avança vers le roi, mit un
genou en terre, et lui présenta la lettre du cardinal, posée sur le
dessus de son chapeau.
Louis XIII le regarda faire avec un certain étonnement; Latil avait
suivi les règles de l'étiquette de l'ancienne cour.
--Ouais! fit-il, en prenant le pli; qui donc vous a appris ces belles
manières, mon ami?
--N'était-ce point de cette façon, Sire, que l'on présentait les lettres
à votre illustre père, de glorieuse mémoire?
--Si fait! mais la mode en est un peu passée.
--Le respect étant le même, Sire, m'est avis que l'étiquette eût dû
rester la même.
--Tu me parais bien fort sur l'étiquette pour un soldat?
--J'ai d'abord été page de M. le duc d'Epernon, et c'est à cette époque
que j'eus l'honneur de présenter plus d'une fois au roi Henri IV des
lettres de la façon dont je viens d'avoir l'honneur d'en présenter une à
son fils.
--Page du duc d'Epernon! répéta le roi.
--Et comme tel, Sire, j'étais sur le marchepied de la voiture le 14 mai
1610, rue de la Ferronnerie; Votre Majesté n'a-t-elle point entendu
raconter que c'était un page qui avait arrêté l'assassin dont il n'avait
pas voulu lâcher le manteau malgré les coups de couteau dont il avait eu
les mains criblées.
Latil, toujours un genou en terre devant le roi, tira ses gants de peau
de daim, et, montrant ses mains sillonnées de cicatrices:
--Sire, voyez mes mains, dit-il.
Le roi regarda un instant cet homme avec une émotion visible, puis:
--Ces mains-là, dit-il, ne peuvent être que des mains loyales; donne-moi
tes mains, mon brave.
Et, prenant les mains de Latil il les lui serra.
--Maintenant, dit il, relève-toi.
Latil se releva.
--C'était un grand roi, Sire, que le roi Henri IV, dit Latil.
--Oui, répondit Louis XIII, et Dieu me fasse la grâce de lui ressembler.
--L'occasion s'en présente, Sire, répliqua Latil, en montrant au roi le
pli qu'il lui apportait.
--J'y tâcherai, fit le roi en ouvrant la lettre.
--Ah! dit il après avoir lu, M. le cardinal nous dit qu'il a engagé
notre honneur, et qu'il nous attend pour le dégager, ne le faisons pas
attendre... Saint-Simon, prévenez MM. de Créquy et de Bassompierre que
j'ai à leur parler à l'instant même.
Les deux maréchaux avaient des logements dans la maison attenante à
celle du roi. En quelques minutes ils furent donc avertis. M. de
Schomberg était à Exilles et M. de Montmorency à Saint-Laurent.
Le roi communiqua aux deux maréchaux la lettre de M. de Richelieu et
leur donna l'ordre d'acheminer le plus vite possible sur Chaumont
l'artillerie et les munitions, leur déclarant qu'il fallait que le
lendemain, dans la journée, le tout fût à Chaumont.
Quant à eux, il les attendrait dans la soirée du mardi, pour prendre
part au conseil de guerre qui aurait lieu dans la soirée, et dans lequel
on déciderait le mode d'attaque du lendemain.
A dix heures du soir, par une nuit obscure, sans lune, sans étoiles,
chargée de neige, le roi partit à cheval, accompagné de Saint-Simon et
d'Angély seulement. Comme on avait eu la précaution de ne faire ferrer
aucun cheval à glace, Latil obtint du roi de monter le sien; lui qui
suivait pour la troisième fois la même route marcherait à pied en
sondant le chemin.
Jamais le roi ne s'était si bien porté, ni n'avait vécu dans un pareil
contentement de lui-même; il avait, nous l'avons dit, sinon la force,
mais le sentiment de la grandeur; en changeant son panache noir contre
un panache blanc, pourquoi Suze ne ferait-elle pas un pendant à Ivry.
Latil marchait devant le cheval du roi, sondant la route avec un bâton
ferré; de temps en temps il s'arrêtait, cherchait un meilleur passage,
prenait le cheval par la bride et lui faisait traverser le mauvais pas.
A chaque poste, le roi se faisait reconnaître, donnait l'ordre
d'acheminer les troupes sur Chaumont, et jouissait d'une des plus douces
prérogatives de la puissance en se sentant obéi.
Un peu avant d'arriver à Saint-Laurent, Latil devina, à l'âpreté de la
bise, l'approche de cette espèce de tourbillons que dans les pays de
montagne on baptise du nom de chasse neige. Il invita le roi à descendre
de cheval et à se placer entre Saint-Simon, l'Angély et lui; mais le roi
voulut rester à cheval, disant que, du moment où il s'était fait soldat,
il devait se conduire en soldat.
En conséquence, il se contenta de s'envelopper de son manteau et
attendit.
Le tourbillon ne se fit point attendre. Il arriva sifflant.
L'Angély et Saint-Simon se pressèrent aux côtés du roi qui s'enveloppa
de son manteau. Latil saisit des deux mains le mors du cheval et tourna
le dos à l'ouragan.
Il passa terrible et rugissant. Les cavaliers sentirent leurs chevaux
trembler entre leurs jambes: dans les grands cataclysmes de la nature,
les animaux partagent la frayeur de l'homme.
La gourmette de soie qui tenait le chapeau du roi fut brisée, et le
feutre noir aux plumes noires disparut dans les ténèbres comme un sombre
oiseau de nuit.
Puis, en un instant, la route se couvrit de neige à une hauteur de deux
pieds.
En arrivant à Saint-Laurent, le roi s'informa du logement de M. de
Montmorency. Il était une heure du matin. M. de Montmorency s'était jeté
tout habillé sur son lit.
Au premier mot de la présence du roi, le duc s'élança par les degrés et
se trouva debout sur le seuil de la porte attendant les ordres du roi.
Cette rapidité fit plaisir à Louis XIII, et quoique peu sympathique à M.
de Montmorency, qui, ainsi que nous l'avons dit, avait été fort amoureux
de la reine, il le reçut bien.
Le duc offrit au roi de l'accompagner et de lui donner une escorte.
Mais Louis XIII répondit que tant qu'il serait sur la terre de France,
il se croyait en sûreté; que l'escorte qu'il avait lui paraissait
suffisante, étant toute dévouée; qu'il invitait seulement M. de
Montmorency à se trouver à Chaumont pour l'heure du conseil le
lendemain, à neuf heures du soir. La seule chose qu'il consentit à
accepter fut un autre chapeau, et comme, en le mettant sur sa tête, il
s'aperçut qu'il avait trois plumes blanches, ce souvenir de la bataille
d'Ivry lui revint à la pensée:
--C'est un signe de bonheur, dit-il.
En sortant de Saint-Laurent, la neige était si haute, que Latil invita
le roi à descendre de cheval.
Le roi descendit.
Latil prit le cheval du roi, ou plutôt le sien, par la bride, l'Angély
vint après, puis Saint-Simon. Louis XIII se trouvait ainsi marcher le
dernier sur le chemin que lui aplanissaient les trois hommes et les
trois chevaux.
Saint-Simon, qui voulait rendre au cardinal, en reconnaissance des
faveurs qu'il en avait reçues, vantait au roi toutes ces précautions et
faisait valoir la prévoyance de celui qui les avait prises.
--Oui, oui, répondait Louis XIII, M. le cardinal est un bon serviteur;
je doute que mon frère à sa place eût eu pour moi toutes ces
précautions-là.
Deux heures après, le roi arrivait sans accident, aussi fier de son
chapeau perdu que d'une blessure, aussi fier de sa marche de nuit que
d'une victoire, à la porte de l'hôtel du -Genévrier d'or-, et
recommandait que l'on ne réveillât point le cardinal.
--Son Eminence ne dort pas, lui répondit maître Germain.
--Et que fait-elle à cette heure? demanda le roi.
--Je travaille à la grandeur de Votre Majesté, dit M. le cardinal
paraissant, et M. de Pontis m'aide de tout son pouvoir dans cette
glorieuse besogne.
Et le cardinal fit en effet entrer le roi dans sa chambre, où il trouva
un grand feu allumé pour le réchauffer et une immense carte du pays,
dressée par M. de Pontis, étendue sur une table.
CHAPITRE XI.
OU MONSIEUR LE CARDINAL TROUVE LE GUIDE DONT IL AVAIT BESOIN.
Un des grands mérites du cardinal fut, non pas de donner au roi Louis
XIII des vertus qu'il n'avait pas, mais de lui faire croire qu'il les
avait perdues.
Paresseux et languissant, il lui fit croire qu'il était actif; timide et
défiant, il lui fit croire qu'il était brave; cruel et sanguinaire, il
lui fit croire qu'il était juste.
Tout en disant que sa présence n'était point urgente à cette heure de
nuit, Richelieu donna de grands éloges à ce soin de sa gloire et de
celle de France qui l'avait fait, par un pareil temps, par de semblables
chemins et au milieu de profondes ténèbres, venir à son premier appel;
mais il exigea que le roi se couchât à l'instant même, la journée dans
laquelle on entrait et celle du lendemain restant tout entières.
Dès le point du jour au reste, les ordres avaient été donnés tout le
long de la route pour que les troupes échelonnées à Saint-Laurent, à
Exilles et à Sehault s'acheminassent sur Chaumont.
Ces troupes étaient sous les ordres du comte de Soissons, des ducs de
Longueville, de la Trémouille, d'Halliun et de La Valette, des comtes
d'Harcourt, de Sault, des marquis de Canaples, de Mortemar, de Tavanne,
de Valence et de Thoyras.
Les quatre commandements supérieurs étaient exercés par les maréchaux de
Créquy, de Bassompierre, de Schomberg et le duc de Montmorency.
Le génie du cardinal planait sur le tout; il pensait, le roi ordonnait.
Comme le fait que nous allons raconter est avec le siége de La Rochelle,
que nous avons raconté déjà dans notre livre des -Trois Mousquetaires-,
le point culminant et glorieux du règne de Louis XIII, on nous permettra
d'entrer dans quelques détails sur le -forcement- de ce fameux pas de
Suze dont les historiens officiels ont fait si grand bruit.
En quittant Richelieu, Victor-Amédée, pour se ménager une sortie, comme
on dit au théâtre, avait annoncé qu'il partait pour Rivoli où
l'attendait le duc son père, et que dans les vingt-quatre heures il
rapporterait l'ultimatum de Charles-Emmanuel; mais lorsqu'il arriva à
Rivoli, le duc de Savoie, qui ne cherchait qu'à traîner les choses en
longueur, était parti pour Turin.
Aussi, vers cinq heures du soir, au lieu de Victor-Amédée, ce fut le
premier ministre du prince, le comte de Verrue, qui se fit annoncer chez
le cardinal.
A cette annonce, le cardinal se tourna vers le roi.
--Sa Majesté, demanda-t-il, fera-t-elle à M. le comte de Verrue
l'honneur de le recevoir, ou m'abandonnera-t-elle ce soin?
--Si c'eût été le prince Victor-Amédée qui fût revenu, selon sa
promesse, je l'eusse reçu; mais puisque le duc de Savoie juge à propos
de m'envoyer son premier ministre, il est juste que ce soit mon premier
ministre qui lui réponde.
--Alors le roi me donne carte blanche, fit le cardinal?
--Entièrement.
--D'ailleurs, reprit Richelieu, en laissant cette porte ouverte, Votre
Majesté entendra tout notre discours, et si quelque chose lui déplaît
dans mes paroles, elle sera libre de paraître et de me démentir.
Louis XIII fit de la tête un signe d'assentiment. Richelieu, en laissant
la porte ouverte, passa dans la chambre où l'attendait le comte de
Verrue.
Le Comte de Verrue, qu'il ne faut pas confondre avec son petit-fils,
mari de la célèbre Jeanne d'Albret de Luynes, maîtresse de Victor-Amédée
II, et qui fut connue sous le nom de la -Dame de volupté-, ce comte de
Verrue, dont l'histoire fait à peine mention, était un homme de quarante
ans, d'un sens droit, d'un esprit remarquable, d'un courage à toute
épreuve; chargé d'une mission difficile, il y apportait toute la
franchise que pouvait mettre dans ses tortueuses négociations un
émissaire de Charles-Emmanuel.
En voyant la figure grave du cardinal, cet oeil profond qui fouillait
les coeurs, en se trouvant en face de ce génie qui à lui seul tenait en
équilibre tous les autres souverains de l'Europe, il s'inclina
profondément et respectueusement.
--Monseigneur, dit-il, je viens au lieu et place du prince
Victor-Amédée, forcé de rester près du duc son père, atteint d'une si
grave indisposition que lorsque son fils après avoir quitté Votre
Eminence, est arrivé hier soir à Rivoli, il s'était fait transporter à
Turin.
--Alors, dit Richelieu, vous venez chargé des pleins pouvoirs du duc de
Savoie, monsieur le comte.
--Je viens vous annoncer sa prochaine arrivée, monseigneur; tout malade
qu'il est, M. le duc veut plaider près de Sa Majesté sa cause en
personne; il se fait apporter en chaise.
--Et quand croyez-vous qu'il soit ici, monsieur le comte?
--L'état de faiblesse dans lequel se trouve Son Altesse, la lenteur de
ce moyen de locomotion m'autorisent à vous dire que, dans mon
appréciation, il ne peut être ici qu'après-demain au plus tôt.
--Et vers quelle heure?
--Je n'oserais pas promettre avant midi.
--Je suis au désespoir, monsieur le comte; mais j'ai dit au prince
Victor-Amédée qu'au point du jour on attaquerait les retranchements de
Suze; au point du jour on les attaquera.
--J'espère que Votre Eminence se départira de cette rigueur, dit le
comte de Verrue, lorsqu'elle saura que le duc de Savoie ne refuse pas le
passage.
--Eh bien alors, dit Richelieu, si nous sommes d'accord, il n'y a plus
besoin d'entrevue.
--Il est vrai, dit le comte de Verrue, assez embarrassé, que Son Altesse
y met une condition.
--Ah! ah! fit le cardinal en souriant, et laquelle?
--Ou plutôt conserve une espérance, ajouta le comte.
--Dites.
--Eh bien, Son Altesse le duc espère qu'en conséquence de cette
déférence et du grand sacrifice qu'il fait, Sa Majesté très-chrétienne
lui fera céder par le duc de Mantoue la même partie du Montferrat que le
roi d'Espagne lui laissait dans le partage, ou s'il ne veut point les
lui donner à lui, qu'il en fera cadeau à Mme sa soeur, et à cette
condition les passages seront ouverts demain.
Le cardinal regarda un instant le comte, qui ne put soutenir ce regard
et baissa les yeux; alors, et comme s'il n'eût attendu que cela:
--Monsieur le comte, dit le cardinal, toute l'Europe a si bonne opinion
de la justice du roi, mon maître, que je ne sais comment M. le duc de
Savoie a pu s'imaginer que Sa Majesté consentirait à une pareille
proposition; pour moi, je suis assuré qu'elle ne l'acceptera jamais. Le
roi d'Espagne a bien pu accorder une partie de ce qui ne lui appartient
pas, afin d'engager M. le duc à favoriser une injuste usurpation; mais à
Dieu ne plaise que le roi mon maître, qui traverse les monts pour venir
au secours d'un prince opprimé, dispose ainsi du bien de son allié; si
M. le duc ne veut pas se souvenir de ce que peut un roi de France, après
demain on le lui remettra en mémoire.
--Mais puis-je espérer au moins que ces dernières propositions seront
transmises par Votre Eminence à Sa Majesté?
--Inutile, monsieur le comte, dit une voix derrière le cardinal; le roi
a tout entendu et s'étonne qu'un homme qui doit le connaître lui fasse
une proposition où son honneur est taché et celui de la France
compromis. Je renouvelle donc l'engagement pris, ou plutôt la menace
faite par M. le cardinal. Si demain les passages ne sont point ouverts
sans condition, après-demain, au point du jour, ils seront attaqués.
Puis, se redressant et portant le pied en avant avec cette dignité qu'il
savait prendre parfois:
--J'y serai en personne, ajouta-t-il, et l'on pourra me reconnaître à
ces plumes blanches, comme au même signe on reconnut mon auguste père à
Ivry. J'espère que M. le duc voudra bien prendre un signe pareil afin
que le fort de la bataille se porte où nous serons tous les deux;
portez-lui mes propres paroles, monsieur, ce sont les seules que je
puisse et doive répondre.
Et il salua de la main le comte, qui lui répondit par un salut profond
et se retira.
Toute la soirée et toute la nuit l'armée continua de se réunir autour de
Chaumont; le lendemain soir, le roi commandait à vingt-trois mille
hommes de pied et à quatre mille chevaux.
Vers dix heures du soir, l'artillerie et tout le matériel de l'armée se
rangeaient en dehors de Chaumont, les canons la gueule tournée du côté
du territoire ennemi. Le roi ordonna de passer la visite des caissons et
de lui faire un rapport sur le nombre de coups que l'on avait à tirer. A
cette époque où la baïonnette n'était point encore inventée, c'étaient
le canon et le mousquet qui décidaient tout.
Aujourd'hui le fusil a repris le rang secondaire qu'il doit occuper
dans les manoeuvres d'un peuple essentiellement guerrier.
Il est devenu, comme l'avait prédit le maréchal de Saxe, le manche de la
baïonnette.
A minuit, on entra au conseil.
Il se composait du roi, du cardinal, du duc de Montmorency et des trois
maréchaux Bassompierre, Schomberg et Créquy.
Bassompierre, qui était le doyen, eut la parole; il jeta les yeux sur la
carte, étudia les positions de l'ennemi, que l'on connaissait
parfaitement, grâce aux renseignements donnés par le comte de Moret.
--Sauf meilleur avis, dit-il, voici ma proposition, Sire.
Et, saluant le roi, et M. le cardinal, pour bien indiquer que c'était à
eux deux qu'il s'adressait:
--Je propose que les régiments des gardes françaises et suisses prennent
la tête; le régiment de Navarre, le régiment d'Estillac, la gauche. Les
deux ailes feront monter chacune deux cents mousquetaires qui gagneront
le sommet des deux crêtes de Montmoron et de Montabon: une fois au
sommet des deux montagnes, rien ne leur sera plus facile que de gagner
l'éminence sur les gardes des barricades. Aux premiers coups de fusil
que nous entendrons sur les hauteurs, nous donnerons; et tandis que les
mousquetaires attaqueront les barricades par derrière, nous les
attaquerons de face avec les deux régiments des gardes. Approchez-vous
de la carte, messieurs, voyez la position de l'ennemi, et si vous avez à
proposer un meilleur plan que le mien, faites hardiment.
Le maréchal de Créquy et le maréchal de Schomberg étudièrent la carte à
leur tour et se rallièrent à l'avis de Bassompierre.
Restait le duc de Montmorency.
Le duc de Montmorency était plus connu pour ce bouillant courage qu'il
poussait jusqu'à la témérité que comme stratégiste et homme de prudence
et de prévision sur le champ de bataille; d'ailleurs il parlait avec une
certaine difficulté, ayant au commencement de ses discours un certain
bégayement qui l'abandonnait à mesure qu'il parlait.
Cependant il prit bravement la parole que lui offrait le roi.
--Sire, dit-il, je suis de l'avis de M. le maréchal de Bassompierre et
de MM. de Créquy et de Schomberg, qui connaissent le grand cas que je
fais de leur courage et de leur expérience; mais les barricades et les
redoutes prises, et je ne doute point que nous ne les prenions, restera
la partie la plus difficile à forcer; c'est-à-dire la demi-lune qui
barre entièrement le chemin. N'y aurait-il pas moyen de faire pour
cette partie des retranchements ce que M. de Bassompierre, avec tant de
justesse, a proposé de faire pour les redoutes? Ne pourrait-on pas
enfin, par quelque sentier de la montagne, si ardu, si extravagant qu'il
soit, tourner la position, redescendre entre la demi-lune de Suze, puis
attaquer par derrière dans cette dernière position, l'ennemi que nous
attaquerions par devant; il ne s'agirait pour cela que de trouver un
guide fidèle et un officier intrépide, deux choses qui ne me paraissent
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