de -dégourdir-. Les gourmets, pour lesquels rien n'est sacré, pas même la grammaire, ont fait de ce verbe un verbe actif, et nous faisons comme eux. Quoiqu'elle fût restée debout, il était facile de voir à sa transparence et à sa facilité de chanceler, qu'elle avait perdu jusqu'à la dernière goutte de sang généreux qui l'animait et que l'Angély, qui, au contraire, caressait sa voisine des yeux et de la main n'avait plus pour elle que ce vague respect que l'on doit aux morts. Au reste, l'Angély, qui, pareil à ce philosophe grec ennemi du superflu, eût jeté lui aussi à la rivière son écuelle de bois s'il eût vu un enfant boire dans le creux de sa main, l'Angély avait supprimé le verre comme un intermédiaire parasite, se contentant d'allonger la main jusqu'au col de la bouteille et de rapprocher ce col de sa bouche, chaque fois qu'il éprouvait le besoin--et ce besoin, il l'éprouvait souvent--de se désaltérer. L'Angély qui venait de donner à sa bouteille une de ses accolades les plus tendres, poussait un soupir de satisfaction juste au moment où Louis XIII poussait un soupir de tristesse. L'Angély resta immobile, la bouteille d'une main, la fourchette de l'autre. --Décidément, dit-il, il paraît que ce n'est pas amusant d'être roi, surtout quand on règne! Ah! mon pauvre l'Angély, répondit le roi, je suis bien malheureux! --Conte-moi cela, mon fils, cela te soulagera, dit l'Angély en posant sa bouteille à terre et en piquant de nouveau un morceau de pâté dans son assiette, pourquoi es-tu si malheureux? --Tout le monde me vole, tout le monde me trompe, tout le monde me trahit. --Bon! tu viens de t'en apercevoir? --Non, je viens de m'en assurer. --Voyons, voyons, mon fils, ne faisons pas de pessimisme; je t'avoue que, pour mon compte, je ne suis pas en train de trouver que les choses vont mal ici-bas: j'ai bien déjeuné, bien dîné, ce pâté était bon, ce vin excellent; la terre tourne si doucement, que je ne la sens pas tourner, et je ressens par tout le corps une douce chaleur et un agréable bien-être qui me permet de regarder la vie à travers une gaze rose. --L'Angély, dit Louis XIII avec le plus grand sérieux, pas d'hérésie, mon enfant, ou je te fais fouetter. --Comment! répliqua l'Angély, c'est une hérésie que de regarder la vie à travers une gaze rose! --Non, mais c'est une hérésie de dire que la terre tourne. --Ah! par ma foi, je ne suis point le premier qui l'ait dit, et MM. Copernic et Galilée l'ont dit avant moi. --Oui, mais la Bible a dit le contraire, et tu admettras bien que Moïse en savait autant que tous les Copernic et tous les Galilée de la terre. --Hum! hum! fit l'Angély. --Voyons, insista le roi, si le soleil était immobile, comment Josué eût-il fait pour l'arrêter trois jours. --Es-tu bien sûr que Josué ait arrêté le soleil trois jours. --Pas lui, mais le Seigneur. --Et tu crois que le Seigneur a pris cette peine-là pour donner le temps à son élu de tailler en pièces l'armée d'Adonisedec et des quatre rois chananéens qui s'étaient ligués avec lui et de les murer tout vivants dans une caverne. Par ma foi, si j'eusse été le Seigneur, au lien d'arrêter le soleil, j'eusse fait venir la nuit pour donner, au contraire, à ces pauvres diables une chance de fuir. --L'Angély, l'Angély, dit tristement le roi, tu sens le huguenot d'une lieue. --Fais attention, Louis, que tu le sens encore de plus près que moi en supposant que tu sois le fils de ton père! --L'Angély, fit le roi. --Tu as raison, Louis, dit l'Angély en attaquant les becfigues, ne parlons pas théologie; et tu dis donc, mon fils, que tout le monde te trompe. --Tout le monde, l'Angély. --Moins ta mère, cependant. --Ma mère comme les autres. --Bah! moins ta femme, j'espère. --Ma femme plus que les autres. --Oh! moins ton frère, cependant. --Mon frère plus que tous. --Bon! et moi qui croyais qu'il n'y avait que le cardinal qui te trompât! --L'Angély, je crois, au contraire, qu'il n'y avait que M. le cardinal seul qui ne me trompât point. --Mais c'est le monde renversé, alors! Louis secoua tristement la tête. --Et moi qui avais entendu dire que dans la joie d'être débarrassé de lui, tu avais fait des largesses à toute la famille. --Hélas! --Que tu avais donné soixante mille livres à ta mère, trente mille livres à la reine, cent cinquante mille livres à Monsieur. --C'est-à-dire que je les leur ai promis seulement, l'Angély. --Bon! alors ils ne les tiennent pas encore. --L'Angély! fit tout à coup le roi, il me passe par l'esprit un désir. --Mais ce n'est pas de me faire brûler comme hérétique ou pendre comme voleur, j'espère. --Non, c'est pendant que j'ai de l'argent... --Tu as donc de l'argent? --Oui, mon enfant. --Parole d'honneur? --Foi de gentilhomme, et beaucoup. --Eh bien, crois-moi, dit l'Angély, donnant une nouvelle accolade à la bouteille, profites-en pour acheter du vin comme celui-ci, mon fils; l'année 1629 peut être mauvaise. --Non, ce n'est pas cela mon désir, tu sais que je ne bois que de l'eau. --Parbleu! c'est bien pour cela que tu es si triste. --Il faudrait que je fusse fou pour être gai. --Je suis fou et cependant je ne suis guère gai; voyons, finissons-en, quel est ton désir, dis-le? --J'ai envie de faire ta fortune, l'Angély. --Ma fortune, à moi, eh! qu'ai-je besoin de fortune? J'ai la nourriture et le logement au Louvre; quand j'ai besoin d'argent, je retourne tes poches, et j'y prends ce que j'y trouve; il est vrai que je n'y trouve jamais grand'chose. Cela me suffit, et je ne me plains pas. --Je le sais bien que tu ne te plains pas, et c'est ce qui m'attriste encore. --Mais tout t'attriste donc, toi? Fi! le mauvais caractère. --Tu ne te plains pas, toi, à qui je ne donne jamais rien, et ils se plaignent sans cesse, eux à qui je donne toujours. --Laisse-les se plaindre, mon fils. --Si je mourais, l'Angély? --Bon! encore une idée gaie qui te passe par l'esprit, attends donc le carnaval au moins pour être aussi allègre que tu l'es. --Si je mourais, ils te chasseraient et ne te donneraient pas même un maravédis. --Eh bien, je m'en irais donc. --Que deviendrais-tu? --Je me ferais trappiste! Peste, la Trappe, près du Louvre, est un endroit folâtre. --Ils espèrent tous que je vais mourir; qu'en dis-tu l'Angély? --Je dis qu'il faut vivre pour les faire enrager. --Ce n'est pas bien amusant de vivre, l'Angély. --Crois-tu que l'on s'amuse plus à Saint-Denis qu'au Louvre. --Il n'y a que le corps à Saint-Denis, mon enfant, l'âme est au ciel. --Crois-tu qu'on s'amuse plus au ciel qu'à Saint-Denis. --On ne s'amuse nulle part, l'Angély, dit le roi avec un accent lugubre. --Louis, je te préviens que je vais te laisser t'ennuyer tout seul, tu commences à me faire froid dans les os. --Tu ne veux donc pas que je t'enrichisse? --Je veux que tu me laisses finir ma bouteille et mon pâté. --Je vais te donner un bon de trois mille pistoles, comme celui que j'ai donné à Baradas? --Ah, tu as donné un bon de trois mille pistoles à Baradas? --Oui. --Eh bien, tu peux te vanter que voilà de l'argent bien placé. --Crois-tu qu'il en fasse un mauvais emploi? --Un excellent, au contraire; je crois qu'il le mangera avec de bons garçons et de belles filles. --Tiens, l'Angély, tu ne crois à rien. --Pas même à la vertu de M. Baradas. --C'est pécher que de causer avec toi. --Il y a du vrai là-dedans, aussi je vais te donner un conseil, mon fils. --Lequel? --C'est de passer dans ton oratoire, de prier pour ma conversion, et de me laisser manger mon dessert tranquille. --Un bon conseil peut venir d'un fou, dit le roi en se levant: je vais prier. Et le roi se leva et s'achemina vers son oratoire. --C'est cela, dit l'Angély, va prier pour moi, et moi je mangerai, je boirai et je chanterai pour toi. Nous verrons auquel cela profitera le plus. Et, en effet, tandis que Louis XIII, plus triste que jamais, entrait dans son oratoire et en refermait la porte sur lui, l'Angély, qui avait achevé la seconde bouteille, en entamait une troisième en chantant: Lorsque Bacchus entre chez moi Je sens l'ennui, je sens l'émoi S'endormir, et, ravi, me semble Que dans mes coffres j'ai plus d'or, Plus d'argent et plus de trésor Que Midas et Crésus ensemble. Je ne veux rien, sinon tourner, Sauter, danser, me couronner La tête d'un tortis de lierre. Je foule en esprit les honneurs, Rois, reines, princes, grands seigneurs, Et du pied j'écrase la terre. Versez-moi donc du vin nouveau Pour m'arracher hors du cerveau Le soin, par qui le coeur me tombe. Versez-donc pour me l'arracher, Il vaut mieux aussi se coucher Ivre au lit que mort dans la tombe! CHAPITRE XV. TU QUOQUE, BARADAS! Lorsque Louis XIII sortit de son oratoire, il trouva l'Angély qui, les bras croisés sur la table, la tête posée sur les bras, dormait ou faisait semblant de dormir. Il le regarda un instant avec une mélancolie profonde; et cet esprit incomplet et égoïste, qui cependant de temps en temps était illuminé par des éclairs instinctifs du vrai et du juste, que n'avait pu complétement éteindre la mauvaise éducation qu'il avait reçue, fut pris d'une grande compassion pour ce compagnon de sa tristesse, qui s'était dévoué à lui, non pas pour l'égayer, comme faisaient les autres fous près des rois ses prédécesseurs, mais pour parcourir avec lui tous les cercles de cet enfer monotone au ciel sombre, appelé l'ennui. Il se rappela l'offre qu'il lui avait faite, et qu'avec son insouciance ordinaire l'Angély avait non pas refusée, mais éludée; il se rappela le désintéressement et la patience avec lesquels l'Angély subissait tous les caprices de sa mauvaise humeur, son dévouement désintéressé au milieu des tendresses ambitieuses et des amitiés rapaces dont il était entouré; et, cherchant autour de lui un encrier, une plume et du papier, il écrivit, avec tous les renseignements et les formules nécessaires, ce bon de trois mille pistoles qui devait faire le pendant de celui de Baradas. Et il le lui glissa dans la poche en prenant toutes sortes de soins pour ne pas le réveiller. Puis, rentrant dans sa chambre à coucher, il se fit jouer du luth pendant une heure par ses ménétriers, appela Beringhen, se fit mettre au lit et, une fois au lit, envoya chercher Baradas pour venir causer avec lui. Baradas arriva tout joyeux: il venait de compter, de recompter, d'empiler et de rempiler ses trois mille pistoles. Le roi le fit asseoir sur le pied de son lit et d'un air de reproche: --Pourquoi as-tu l'air si gai que cela, Baradas? lui demanda-t-il. --J'ai l'air si gai que cela, répondit celui-ci, parce que je n'ai aucun motif d'être triste, et que, au contraire, j'ai une cause d'être joyeux. --Quelle cause? demanda Louis XIII en soupirant. --Mais Votre Majesté oublie donc qu'elle m'a régalé de trois mille pistoles! --Non, je m'en souviens, au contraire. --Eh bien, ces trois mille pistoles, je dois dire à Votre Majesté que je n'y comptais pas. --Pourquoi n'y comptais-tu pas? --L'homme propose, Dieu dispose. --Mais quand l'homme est roi? --Cela n'empêche pas Dieu d'être Dieu! --Eh bien. --Eh bien, Sire, à mon grand étonnement, j'ai été payé à vue, rubis sur l'ongle. Peste! M. Charpentier est, à mon avis, un bien plus grand homme que M. La Vieuville, qui vous répond quand on lui demande de l'argent: «Je nage, je nage, je nage.» --De sorte que tu as les trois mille pistoles. --Oui, Sire. --Et que te voilà riche. --Eh, eh! --Qu'en vas-tu faire? tu vas, en mauvais chrétien, les dépenser comme l'enfant prodigue, au jeu et avec des femmes. --Sire, dit Baradas, prenant son air hypocrite, Votre Majesté sait que je ne joue jamais. --Tu me l'as dit, du moins. --Et que quant aux femmes, je ne puis pas les souffrir. --Bien vrai, Baradas? --C'est-à-dire que c'est ma querelle incessante avec ce mauvais sujet de Saint-Simon, à qui je montre sans cesse l'exemple de Votre Majesté. --La femme, vois-tu, Baradas, elle a été créée pour la perte de notre âme; la femme n'a pas été séduite par le serpent; la femme, c'est le serpent lui-même. --Oh! que c'est bien dit, cela, Sire, et comme je vais retenir cette maxime pour l'écrire dans mon livre de messe. --A propos de messe... dimanche dernier, j'avais les yeux sur toi, et tu m'as paru distrait, Baradas. --Cela a semblé à Votre Majesté, parce que le hasard a fait que mes yeux se tournaient du même côté que les siens, du côté de Mlle de Lautrec. Le roi se mordit les moustaches, et changeant la conversation: --Voyons, demanda-t-il, que comptes-tu faire de ton argent? --Si j'en avais trois ou quatre fois autant, j'en ferais des oeuvres pieuses, répondit le page; je le consacrerais à la fondation d'un couvent ou à l'érection d'une chapelle; mais n'ayant qu'une somme restreinte... --Baradas, je ne suis pas riche, dit le roi. --Je ne me plains pas, Sire, et me tiens pour très heureux, au contraire; seulement, je dis: N'ayant qu'une somme restreinte, j'en donnerai d'abord moitié à ma mère et à mes soeurs. --Puis, continua Baradas, je diviserai les quinze cents pistoles restantes en deux parts, sept cent cinquante serviront à m'acheter deux bons chevaux de campagne pour suivre Votre Majesté à la guerre d'Italie, à louer et à habiller un laquais, à acheter des armes. A chaque proposition de Baradas, le roi avait applaudi. --Et des sept cent cinquante restant que feras-tu? --Je les garderai comme argent de poche et comme réserve. Dieu merci, Sire, continua Baradas en levant les yeux au ciel, les bonnes actions à faire ne manquent pas, et sur toutes les routes on rencontre des orphelins à secourir et des veuves à consoler. --Embrasse-moi, Baradas, embrasse-moi, dit le roi touché jusqu'aux larmes; emploie ton argent comme tu le dis, mon enfant, et je veillerai à ce que ton petit trésor ne s'épuise pas. --Sire, dit Baradas, vous êtes grand, magnifique, sage comme le roi Salomon, et vous possédez sur lui cet avantage, aux yeux du Seigneur, de n'avoir point trois cents femmes et huit cents... --Qu'en ferais-je, Seigneur!... s'écria le roi, épouvanté à cette seule idée, en levant les bras au ciel. Mais cette conversation seule est un péché, Baradas, car elle présente à l'esprit des idées et même des objets que réprouvent la morale et la religion. --Votre Majesté a raison, dit Baradas; veut-elle que je lui fasse quelque lecture pieuse? Baradas savait que c'était la manière la plus prompte d'endormir le roi. Il se leva, alla prendre la -Consolation éternelle- de Gerson, revint s'asseoir, non pas sur le lit, mais près du lit, et, d'une voix pleine de componction, commença sa lecture. A la troisième page, le roi dormait profondément. Baradas se leva sur la pointe des pieds, remit le livre à sa place, gagna sans bruit la porte, sans bruit l'ouvrit et la referma, et alla reprendre avec Saint-Simon sa partie de dés interrompue. Le lendemain à dix heures le roi sortait du Louvre en carrosse, et à dix heures un quart il entrait dans ce cabinet vert où, depuis deux jours, tant de choses qu'il ne soupçonnait même pas, ou qu'il envisageait forcément, lui étaient apparues sous leur véritable point de vue. Il y trouva Charpentier qui l'attendait. Le roi était pâle, fatigué, abattu. Il demanda si les rapports étaient arrivés. Charpentier répondit que le P. Joseph étant rentré dans son couvent, il n'y aurait point de rapport de ce côté; mais seulement de la part de Souscarrières et de Lopez. Ces rapports sont-ils arrivés? demanda le roi. --J'ai eu l'honneur de dire à Sa Majesté, répondit Charpentier, que sachant que c'était à Sa Majesté elle-même qu'ils avaient à faire aujourd'hui, MM. Lopez et Souscarrières ont dit qu'ils apporteraient leurs rapports eux-mêmes. Le roi se contentera de lire leurs rapports ou les fera appeler s'il désire de plus amples éclaircissements. --Et les ont-ils apportés? --M. Lopez est là avec le sien; mais, pour laisser tout le temps à Sa Majesté de causer avec lui et d'ouvrir la correspondance de M. le cardinal, je n'ai donné rendez-vous à M. Souscarrières qu'à midi. --Faites entrer Lopez. Charpentier sortit et quelques secondes après annonça don Ildefonse Lopez. Lopez entra le chapeau à la main, et saluant jusqu'à terre. --C'est bien, c'est bien, monsieur Lopez, dit le roi, je vous connais depuis longtemps, et vous me coûtez cher. --Comment cela, Sire? --N'est-ce pas chez vous que la reine a acheté ses bijoux? --Oui, Sire. --Eh bien, avant-hier encore, la reine m'a demandé vingt mille livres pour le rassortiment d'un fil de perles, rassortiment qu'elle a fait chez vous. Lopez se mit à rire, et en riant montra des dents qu'il eût pu faire passer pour des perles. --De quoi riez-vous? demanda le roi. --Sire, dois-je vous parler à vous comme je parlerais à M. le cardinal? --Parfaitement. --Eh bien, il y a dans le rapport que je faisais aujourd'hui à Son Eminence un paragraphe consacré à ce fil de perles, ou plutôt à ses conséquences. --Lisez-moi ce paragraphe. --Je suis aux ordres du roi; mais Votre Majesté ne comprendrait rien à ma lecture si je ne lui donnais quelques explications préparatoires. --Donnez. --Le 22 décembre dernier, S. M. la reine se présenta, en effet, chez moi, sous le prétexte de rassortir un fil de perles. --Sous le prétexte, avez-vous dit? --Sous le prétexte, oui, Sire. --Quel était donc le but réel? --De se rencontrer avec l'ambassadeur d'Espagne, M. le marquis de Mirabel, qui devait se trouver là, -par hasard-. --Par hasard? --Sans doute, Sire, c'est toujours -par hasard- que S. M. la reine rencontre le marquis de Mirabel, qui a reçu défense de se présenter au Louvre autrement que les jours de réception, ou les jours où il y serait mandé. --C'est moi qui, sur le conseil du cardinal, ai fait donner cet ordre. --Il faut donc que S. M. la reine, quand elle a quelque chose à dire à l'ambassadeur du roi son frère, et quelque chose à entendre de lui, le rencontre, -par hasard-, puisqu'elle ne peut plus le voir autrement. --Et c'est chez vous que cette rencontre se fait? --Avec autorisation du cardinal. --De sorte que la reine s'est rencontrée avec l'ambassadeur d'Espagne. --Oui, sire. --Et ils ont eu une longue conférence? --Ils ont échangé quelques paroles seulement. --Il faudrait savoir quelles étaient ces paroles. --M. le cardinal le sait déjà. --Mais moi je ne le sais pas. M. le cardinal était fort discret. --C'est-à-dire qu'il ne voulait pas tourmenter inutilement Votre Majesté. --Et quelles sont ces paroles? --Je ne puis dire à Votre Majesté que celles qui ont été entendues de mon tailleur de diamants. --Il connaît donc l'espagnol? --Je le lui ai fait apprendre sur l'ordre de M. le cardinal; mais tout le monde croit qu'il ne l'entend pas, de sorte que personne ne se défie de lui. --Ils ont dit? --L'AMBASSADEUR: Votre Majesté a-t-elle reçu, par l'intermédiaire du gouvernement de Milan et par les soins de M. le comte de Moret, une lettre de son illustre frère? --LA REINE: Oui, monsieur. --Votre Majesté a-t-elle réfléchi à son contenu? --J'y ai réfléchi déjà, j'y réfléchirai encore, et je vous ferai réponse. --Par quel moyen? --Par le moyen d'une boîte, qui sera censée contenir des étoffes, et qui contiendra cette petite naine que vous voyez jouant avec Mme de Bellier et Mlle de Lautrec. --Vous croyez pouvoir vous y fier? --Elle m'a été donnée par ma tante Claire-Eugénie, infante des Pays-Bas, qui est toute dans l'intérêt de l'Espagne. --Dans l'intérêt de l'Espagne! répéta le roi; ainsi tout ce qui m'entoure est dans l'intérêt de l'Espagne, c'est-à-dire de mes ennemis: et cette petite naine? --On l'a apportée dans sa boîte, et comme elle parle très bien l'espagnol, elle a dit à Mme de Mirabel: «Madame, ma maîtresse m'a dit qu'elle prenait en considération le conseil que lui avait donné son frère, et que si la santé du roi continuait à empirer, elle aviserait -à ne point être prise au dépourvu-.» --A ne point être prise au dépourvu, répéta le roi. --Nous n'avons pas compris ce que cela voulait dire, Sire, dit Lopez, en baissant la tête. --Je le comprends, moi, dit le roi en fronçant le sourcil; c'est tout ce qu'il faut. Et la reine ne vous a pas fait dire en même temps qu'elle allait être en mesure pour les perles qu'elle vous a achetées? --J'en suis payé, Sire, dit Lopez. --Comment, vous êtes payé? --Oui, Sire. --Et par qui? --Par M. Particelli. --Particelli, le banquier italien? --Oui. --Mais on m'a dit qu'il avait été pendu. --C'est vrai, c'est vrai, dit Lopez; mais avant de mourir il a cédé sa banque à M. d'Emery, un bien honnête homme. --En tout, murmura Louis XIII, en tout! On me vole et l'on me trompe en tout. Et la reine n'a pas revu M. de Mirabel? --La reine régnante, non; la reine-mère, si. --Ma mère! et quand cela? --Hier. --Dans quel but? --Pour lui annoncer que M. le cardinal était renversé, que M. de Bérulle le remplaçait, et que Monsieur était nommé lieutenant général, et qu'il pouvait, par conséquent, écrire au roi Philippe IV ou au comte-duc que la guerre d'Italie n'aurait pas lieu. --Comment! que la guerre d'Italie n'aurait pas lieu? --Ce sont les propres paroles de Sa Majesté. --Oui, je comprends, on laissera cette armée-ci comme la première, sans solde, sans vivres, sans vêtements. Oh! les misérables, les misérables! s'écria le roi, pressant son front entre ses deux mains. Avez-vous encore autre chose à me dire? --Des choses peu importantes, Sire. M. Baradas est venu ce matin à la maison acheter des bijoux. --Quels bijoux? --Un collier, un bracelet, des épingles à cheveux. --Pour combien? --Pour trois cents pistoles. --Qu'avait-il à faire de collier, de bracelet, d'épingles à cheveux. --Probablement pour quelque maîtresse, Sire. --Hein! fit le roi, hier soir encore, il me disait qu'il détestait les femmes; et puis? --C'est tout, Sire. --Résumons. La reine Anne et M. de Mirabel: si mon état empire, elle avisera à ne pas être prise au dépourvu. La reine-mère et M. de Mirabel: M. de Mirabel peut écrire à S. M. Philippe IV que, M. de Bérulle remplaçant M. de Richelieu, et mon frère étant lieutenant-général, la guerre d'Italie n'aura pas lieu! Enfin M. Baradas, achetant des colliers, des bracelets, des épingles à cheveux avec l'argent que je lui ai donné.--C'est bien, monsieur Lopez, je sais de votre côté tout ce que je voulais savoir; continuez à me bien servir ou à bien servir M. le cardinal, ce qui est la même chose, et ne perdez pas un mot de ce qui se dira chez vous. --Votre Majesté voit que je n'ai pas besoin de recommandation. --Allez, monsieur Lopez, allez, j'ai hâte d'en finir avec toutes ces trahisons; dites, en vous en allant, qu'on m'envoie M. Souscarrières, s'il est là. --Me voilà, Sire, dit une voix. Et Souscarrières parut sur le seuil de la porte, le chapeau à la main, le jarret plié, le coup-de-pied en avant, perdant par la façon dont il se tenait plié, la moitié de sa taille. --Ah! vous écoutiez, monsieur, dit le roi. --Non, Sire, mon zèle est si grand pour Votre Majesté que j'ai deviné qu'elle désirait me voir. --Ah! ah! et avez-vous beaucoup de choses intéressantes à me dire. --Mon rapport ne date que de deux jours, Sire. --Dites-moi ce qui s'est passé depuis deux jours. --Avant-hier, Monsieur, l'auguste frère de Votre Majesté, a pris une chaise et s'est fait conduire chez l'ambassadeur du duc de Lorraine et chez l'ambassadeur d'Espagne. --Je sais ce qu'il y allait faire, continuez. --Hier, vers onze heures, Sa Majesté la reine-mère a pris une chaise et s'est fait conduire au magasin de Lopez, en même temps que M. l'ambassadeur d'Espagne prenait aussi une chaise et s'y faisait conduire de son côté. --Je sais ce qu'ils avaient à se dire; continuez. --Hier, M. Baradas a pris une chaise au Louvre et s'est fait conduire place Royale, chez M. le cardinal. Il est monté, et, cinq minutes après, est descendu avec un sac d'argent très lourd. --Je sais cela. --De la porte de M. le cardinal, il a gagné à pied la porte voisine. --Quelle porte? demanda vivement le roi. --Celle de Mlle Delorme. --Celle de Mlle Delorme?... et est-il entré chez Mlle Delorme? --Non, Sire, il s'est contenté de frapper à la porte. Un laquais est venu ouvrir, M. Baradas lui a remis une lettre. --Une lettre! --Oui, Sire; puis la lettre remise, il est remonté en chaise et s'est fait reconduire au Louvre. Ce matin, il est sorti de nouveau. --Oui, il s'est fait conduire chez Lopez, y a acheté des bijoux, et de là... de là où est-il allé? --Il est rentré au Louvre, Sire, en commandant une chaise pour toute la nuit. --Avez-vous autre chose à me dire? --Sur qui, Sire? --Sur M. Baradas. --Non, Sire. --Bien, allez. --Mais, Sire, j'aurais à vous parler de Mme de Fargis. --Allez. --De M. de Marillac. --Allez. --De Monsieur. --Ce que je sais me suffit. Allez. --Du blessé Etienne Latil, qui s'est fait conduire chez M. le cardinal à Chaillot. --Peu m'importe. Allez. --En ce cas, Sire, je me retire. --Retirez-vous. --Puis-je, en me retirant emporter l'espérance que le roi est content de moi? --Trop content! Souscarrières salua et sortit à reculons. Le roi n'attendit pas même qu'il fût sorti pour frapper deux coups sur le timbre. Charpentier accourut. --Monsieur Charpentier, dit le roi, quand M. le cardinal avait affaire à Mlle Delorme, comment faisait-il pour l'appeler? --C'était bien simple, dit Charpentier. Et Charpentier poussa le ressort, fit jouer sur ses gonds la porte secrète, tira la sonnette qui se trouvait entre les deux portes, et se retournant vers le roi: --Si Mlle Delorme est chez elle, dit-il, elle va venir à l'instant même; dois-je refermer la porte? --Inutile. --Sa Majesté désire-t-elle être seule, ou veut-elle que je reste? --Laissez-moi seul. Charpentier se retira. Quant à Louis XIII il resta debout et impatient en face du passage secret. Au bout de quelques secondes, un pas léger se fit entendre; mais quelque léger qu'il fût, l'oreille tendue du roi le recueillit. --Ah! dit-il, je vais enfin savoir si c'est vrai! A peine avait-il achevé que la porte s'ouvrit et que Marion, vêtue d'une robe de satin blanc, avec un simple fil de perles au cou, une forêt de boucles noires tombant sur ses rondes et blanches épaules, apparut dans tout l'éclat de sa beauté de dix huit ans. Louis XIII, quoique peu accessible à la beauté des femmes, recula ébloui. Marion entra, fit une révérence adorable, où le respect était habilement mêlé à la coquetterie, et les yeux baissés, modeste comme une pensionnaire: --Mon roi, devant lequel je n'espérais point avoir l'honneur de paraître, dit-elle, me fait appeler; c'est à genoux que je dois écouter ses paroles, c'est à ses pieds que je dois recevoir ses ordres. Le roi balbutia quelques mots sans suite qui donnèrent le temps à Marion de jouir du triomphe qu'elle venait d'obtenir. --Impossible, dit le roi, impossible, je me trompe ou l'on me trompe, vous n'êtes pas Mlle Marie Delorme. --Hélas, Sire, je suis tout simplement Marion. --Alors, si vous êtes... Marion...... Marion s'inclina, les yeux baissés avec une humilité parfaite. --Si vous êtes Marion, continua le roi, vous avez dû recevoir hier une lettre? --J'en reçois beaucoup tous les jours, Sire, dit la courtisane en riant. --Une lettre qui vous a été apportée entre cinq et six heures? --Entre cinq et six heures, Sire, j'ai reçu quatorze lettres. --Les avez-vous conservées? --J'en ai brûlé douze; j'ai gardé la treizième sur mon coeur; la quatorzième, la voilà! --C'est son écriture! s'écria le roi. Et il tira vivement la lettre des mains de Marion. Puis se tournant et la retournant: --Elle n'est pas décachetée, dit-il. --Elle vient de quelqu'un qui approche le roi, et sachant que j'aurais peut-être le suprême honneur de voir le roi aujourd'hui, je me suis fait un devoir de rendre à Sa Majesté cette lettre telle que je l'avais reçue. Le roi regarda Marion avec étonnement, puis la lettre avec dépit. --Ah! dit-il, je voudrais bien savoir ce qu'il y a dans cette lettre? --Il y a un moyen, c'est de la décacheter. --Si j'étais lieutenant de police, dit Louis XIII, je ferais cela; mais je suis roi. Marion lui prit doucement la lettre des mains. --Mais, comme elle m'est adressée, à moi, je puis la décacheter. Et la décachetant, en effet, elle rendit la lettre à Louis XIII. Louis XIII hésita encore un instant; mais tous les sentiments mauvais qui conseillent un coeur passionné l'emportant sur ce mouvement éphémère de délicatesse, il lut à demi-voix, baissant le ton au fur et à mesure qu'il avançait dans sa lecture. Le contenu de la lettre, nous devons l'avouer, n'était pas fait pour rendre à Louis XIII cette bonne humeur dont l'expression, du reste, si elle y était apparue, n'avait jamais séjourné sur son visage pendant plus de quelques minutes. Voici le contenu de cette lettre: «Belle Marion, «J'ai vingt ans; quelques femmes ont déjà eu la bonté, non seulement de me dire que j'étais joli garçon, mais encore de faire tout ce qu'il fallait pour que je ne doutasse pas que c'était leur opinion. De plus, je suis le favori très-favorisé du roi Louis XIII, qui, tout ladre qu'il soit, vient de me faire, je ne sais par quelle inspiration, cadeau de trois mille pistoles. Mon ami Saint-Simon m'assure que vous êtes non-seulement la plus belle, mais la meilleure fille du monde. Eh bien, il s'agit de manger à nous deux, en un mois, les trente mille livres que mon imbécile de roi m'a données. Mettons dix mille livres pour les robes et les bijoux, dix mille livres pour les chevaux et les carrosses, et les dernières dix mille livres pour les bals et le jeu.--Cette proposition vous convient-elle, dites-moi -oui-, et j'accours avec mon sac; vous déplaît-elle, répondez-moi -non-, et, mon sac au cou, je cours me jeter à la rivière. «Vous dites -oui-, n'est-ce pas? car vous ne voudriez pas être cause de la mort d'un pauvre garçon qui n'a commis d'autre crime que de vous aimer éperdûment sans avoir eu l'honneur de vous voir jamais. «En attendant demain soir, mon sac et moi sommes à vos pieds. «Votre tout dévoué, «BARADAS.» Louis avait lu les dernières lignes d'une voix tremblante et qui fût demeurée inintelligible, eût-il parlé assez haut pour être entendu. Les derniers mots lus, ses bras se détendirent, la main qui tenait la lettre tomba à la hauteur du genou, son visage pâlit jusqu'à la lividité, ses yeux se levèrent au ciel, empreints du plus profond désespoir, et--de même que César, qui avait paru sentir à peine les coups de poignard des autres conjurés, s'écria en se voyant frapper par la seule main qui lui fût chère: -Tu quoque, Brute-,--Louis XIII, avec un accent lamentable s'écria: --Et toi aussi, Baradas! Et sans regarder davantage Marion Delorme, sans paraître s'apercevoir qu'elle fût là, le roi jeta, sans l'agrafer, son manteau sur son épaule, mit son feutre sur sa tête, et du plat de la main, l'enfonça jusqu'aux yeux, descendit l'escalier, et à pas précipités, s'élança dans sa voiture, dont un laquais lui tenait la portière ouverte, en criant au cocher: --A Chaillot! Quant à Marion, qui, en voyant le roi faire cette curieuse sortie, avait couru à la fenêtre et, en écartant le rideau, l'avait vu s'élancer dans son carrosse, elle demeura un instant immobile après la voiture disparue; puis, avec ce sourire malin et railleur qui n'appartenait qu'à elle: --Décidément, dit-elle, j'aurais mieux fait de venir en page. CHAPITRE XVI. COMMENT, EN FAISANT CHACUN LEUR PREMIÈRE SORTIE, ETIENNE LATIL ET LE MARQUIS DE PISANI EURENT LA CHANCE DE SE RENCONTRER. Nous avons dit que le cardinal s'était retiré dans sa maison de campagne de Chaillot pour laisser sa maison de la place Royale, c'est-à-dire son ministère, à Louis XIII. Le bruit de sa disgrâce s'était vite répandu dans Paris, et dans un rendez-vous que Mme de Fargis avait donné à la -Barbe Peinte- au garde des sceaux Marillac, elle lui avait appris cette grande nouvelle. Cette grande nouvelle avait bientôt débordé de la chambre où elle avait été dite,--elle était descendue jusqu'à Mme Soleil; de Mme Soleil elle avait gagné son époux et avec son époux elle était entrée dans la chambre d'Etienne Latil, qui, depuis trois jours seulement avait quitté son lit et commençait à se promener par la chambre appuyé sur son épée. Maître Soleil lui avait offert sa propre canne,--beau jonc, à pommeau d'agate comme la bague de Muddarah le bâtard; mais Latil avait refusé, regardant comme indigne d'un homme d'épée de s'appuyer sur autre chose que sur son épée. A cette nouvelle de la disgrâce de Richelieu, il s'arrêta court, s'appuya des deux mains sur le pommeau de sa rapière, et regardant maître Soleil en face: --C'est vrai, ce que vous dites-là? lui demanda-t-il. --Vrai comme l'Evangile. --Et de qui tenez-vous la nouvelle? --D'une dame de la cour. Etienne Latil connaissait trop bien la maison dans laquelle l'accident qui lui était arrivé l'avait forcé d'élire domicile, pour ne point savoir qu'elle recevait, sous le masque, des visiteurs de toute condition. Il fit donc tout pensif deux ou trois pas, et revenant à maître Soleil: --Et maintenant qu'il n'est plus ministre, que pensez-vous de la sûreté personnelle de M. le cardinal? Maître Soleil secoua la tête et fit entendre une espèce de grognement. --Je pense, dit-il, que s'il n'emmène pas des gardes avec lui, il ne - - . , ' , 1 , , 2 . ' , 3 , ' ' 4 ' ' , , 5 , ' 6 ' . , 7 ' , , , 8 ' 9 , ' 10 , ' ' 11 , ' 12 - - , ' - - 13 . 14 15 ' 16 , 17 . 18 19 ' , ' , 20 ' . 21 22 - - , - , ' ' , 23 ! 24 25 ! ' , , ! 26 27 - - - , , , ' 28 29 , - ? 30 31 - - , , 32 . 33 34 - - ! ' ? 35 36 - - , ' . 37 38 - - , , , ; ' 39 , , 40 - : ' , , , 41 ; , 42 , 43 - 44 . 45 46 - - ' , , ' , 47 , . 48 49 - - ! ' , ' 50 ! 51 52 - - , ' . 53 54 - - ! , ' , . 55 ' . 56 57 - - , , 58 . 59 60 - - ! ! 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