GIERMme de Chevreuse. OEL Mme de Fargis. Oenceinte. --Et maintenant? dit le roi. --Appliquez le chiffre, Sire. --Non, dit le roi; vous qui êtes plus familier, ma tête se briserait à ce travail. Rossignol prit le papier et lut: «La reine, la reine-mère et le duc d'Orléans dans la joie; le cardinal mort; le roi veut être roi. La guerre avec le roi-marmotte décidée; mais le duc d'Orléans en est chef. Le duc d'Orléans, amoureux de la fille du duc de Lorraine, ne veut dans aucun cas épouser la reine, plus vieille que lui de sept ans. Sa seule crainte est que, par les bons soins de Mme de Fargis ou de Mme de Chevreuse, elle soit enceinte à la mort du roi. «GASTON D'ORLÉANS.» Le roi avait écouté la lecture sans interrompre, seulement il s'était essuyé le front à plusieurs reprises, tout en rayant le parquet de la molette de son éperon. --Enceinte! murmura-t-il, enceinte! Dans tous les cas, si elle est enceinte ce ne sera pas de moi. Puis, se retournant vers Rossignol: Sont-ce les premières lettres de ce genre que vous déchiffrez, monsieur? --Oh! non, Sire, j'en ai déchiffré déjà dix ou douze du même genre. --Comment M. le cardinal ne me les montrait-il pas? --Pourquoi tourmenter Votre Majesté quand il veillait à ce qu'il ne nous arrivât point malheur. --Mais, accusé, chassé par tous ces gens-là, comment ne s'est-il pas servi des armes qu'il avait contre eux? --Il a craint qu'elles ne fissent plus de mal au roi qu'à ses ennemis. Le roi fit quelques pas en long et en large dans le cabinet, allant et revenant, la tête basse et le chapeau sur les yeux. Puis, revenant à Rossignol: --Faites-moi une copie de chacune de ces lettres avec le chiffre, dit-il, mais avec la clef en haut. --Oui, Sire. --Croyez-vous qu'il nous en viendra d'autres encore? --Bien certainement, Sire. --Quelles sont les personnes que j'aurai à recevoir aujourd'hui? --Cela ne me regarde pas, Sire! je ne m'occupe que de mes chiffres; cela regarde M. Charpentier. Avant même que Rossignol fût sorti, le roi, d'une main fiévreuse et agitée, avait frappé deux coups sur le timbre. Ces coups rapides et violents indiquaient la situation mentale du roi. Charpentier entra vivement, mais s'arrêta sur le seuil. Le roi était resté pensif, les yeux fixés en terre, le poing appuyé sur le bureau du cardinal, murmurant: --Enceinte! la reine enceinte! un étranger sur le trône de France? un Anglais peut-être! Puis à voix plus basse, comme s'il eût eu peur lui-même d'entendre ce qu'il disait: --Il n'y a rien d'impossible, l'exemple en a été donné, assure-t-on, et dans la famille. Absorbé dans sa pensée, le roi n'avait pas vu Charpentier. Croyant que le secrétaire n'avait point répondu à l'appel, il releva impatiemment la tête et s'apprêtait à frapper sur le timbre une seconde fois, lorsque celui-ci, au geste devinant l'intention s'empressa de s'avancer en disant: --Me voilà, Sire! --C'est bien, dit le roi en regardant et en essayant de reprendre sa puissance sur lui-même, que faisons-nous aujourd'hui? --Sire, le comte de Beautru est arrivé d'Espagne, et le comte de la Saladie de Venise. --Qu'ont-ils été y faire? --Je l'ignore, Sire; hier j'ai eu l'honneur de vous dire que c'était M. le cardinal qui les y avait envoyés; j'ai ajouté que M. de Charnassé arriverait de Suède, à son tour, ce soir ou demain au plus tard. --Vous leur avez dit que le cardinal n'était plus ministre et que c'était moi qui les recevrais. --Je leur ai transmis les ordres de Son Eminence, de rendre compte à sa Majesté de leur mission, comme ils eussent fait à elle-même. --Quel est le premier arrivé? --M. de Beautru. --Aussitôt qu'il sera là vous le ferez entrer. --Il y est, Sire. --Qu'il entre alors. Charpentier se retourna, prononça quelques paroles à voix basse et s'effaça pour laisser entrer Beautru. L'ambassadeur était en costume de voyage et s'excusa de se présenter ainsi devant le roi; mais il avait cru avoir affaire au cardinal de Richelieu, et, une fois dans l'antichambre, n'avait pas voulu faire attendre Sa Majesté. --M. de Beautru, lui dit le roi, je sais que M. le cardinal fait grand cas de vous, et vous tient pour un homme sincère, disant qu'il aime mieux la simple conscience d'un Beautru que deux cardinaux de Bérulle. --Sire, je crois être digne de la confiance dont m'honorait M. le cardinal. --Et vous allez vous montrer digne de la mienne, n'est-ce pas, monsieur? en me disant à moi tout ce que vous lui diriez à lui. --Tout, Sire? demanda Beautru en regardant fixement le roi. --Tout! Je suis à la recherche de la vérité, et je la veux entière. --Eh bien, Sire, commencez par changer votre ambassadeur de Fargis, qui, au lieu de suivre les instructions du cardinal, toutes à la gloire et à la grandeur de Votre Majesté, suit celles de la reine-mère, toutes à l'abaissement de la France. --On me l'avait déjà dit. C'est bien, j'aviserai. Vous avez vu le comte-duc d'Olivarès? --Oui, Sire. --De quelle mission étiez-vous chargé près de lui? --Déterminer, s'il était possible, à l'amiable, l'affaire de Mantoue. --Eh bien? --Mais lorsque j'ai voulu lui parler d'affaires, il m'a répondu en me conduisant au poulailler de S. M. le roi Philippe IV, où sont réunies les plus curieuses espèces du monde, et m'a offert d'en envoyer des échantillons à Votre Majesté. --Mais il se moquait de vous, ce me semble! --Et surtout, Sire, de celui que je représentais. --Monsieur! --Vous m'avez demandé la vérité, Sire, je vous la dis; voulez vous que je mente, je suis assez homme d'esprit pour inventer des mensonges agréables au lieu de vérités dures. --Non, dites la vérité, quelle qu'elle soit. Que pense-t-on de notre expédition d'Italie? --On en rit, Sire. --On en rit! Ne sait-on pas que j'en prends la conduite? --Si fait, Sire; mais on dit que les reines vous feront changer d'avis, ou que Monsieur commandera sans vous; et comme alors on n'obéira qu'aux reines, et à Monsieur, il en sera de cette expédition comme de celle du duc de Nevers. --Ah! l'on croit cela à Madrid! --Oui, Sire, on en est même si sûr que l'on a écrit--je sais cela d'un des secrétaires du comte-duc que j'ai acheté--que l'on a écrit à don Gonzalve de Cordoue: «Si c'est le roi et Monsieur qui commandent l'armée, ne vous inquiétez de rien, l'armée ne franchira point le pas de Suze; mais si c'est le cardinal, au contraire, qui, sous le roi ou sans le roi, a la conduite de la guerre, ne négligez rien et détachez ce que vous pourrez de vos forces pour soutenir le duc de Savoie.» --Vous êtes sûr de ce que vous me dites? --Parfaitement sûr, Sire. Le roi se remit à marcher dans le cabinet, la tête basse, le chapeau enfoncé sur les yeux, ainsi que c'était son habitude lorsqu'il était vivement préoccupé. Puis, s'arrêtant tout à coup, et regardant fixement Beautru. --Et de la reine, demanda-t-il, en avez-vous entendu dire quelque chose? --Des propos de cour, voilà tout. --Mais ces propos de cour, que disaient-ils? --Rien qui puisse être rapporté à Votre Majesté. --N'importe, je veux savoir. --Des calomnies, Sire; ne salissez pas votre esprit de toute cette fange! --Je vous dis, monsieur, fit Louis XIII impatient et frappant du pied, que calomnie ou vérité, je veux savoir ce qui se dit de la reine. Beautru s'inclina. --A l'ordre de Votre Majesté, tout fidèle sujet doit obéir. --Obéissez donc alors. --On disait que la santé de Votre Majesté étant chancelante... --Chancelante, chancelante, ma santé! c'est leur espérance à tous; ma mort c'est leur ancre de salut. Continuez. --On disait que votre santé étant chancelante, la reine prendrait ses précautions pour s'assurer... Beautru hésita. --S'assurer de quoi? demanda le roi; parlez, mais parlez donc. --Pour s'assurer la régence. --Mais il n'y a de régence que quand il y a un héritier de la couronne. --Pour s'assurer la régence! répéta Beautru. Le roi frappa du pied. --Ainsi, là-bas comme ici, en Espagne comme en Lorraine! En Lorraine la crainte, en Espagne l'espoir; et en effet, la reine régente c'est l'Espagne à Paris; ainsi, Beautru, voilà ce qu'on dit là-bas? --Vous avez ordonné de parler, Sire; j'ai obéi. Et Beautru s'inclina devant le roi. --Vous avez bien fait; je vous ai dit que j'étais à la recherche de la vérité; j'ai trouvé la piste, et je suis, Dieu merci, assez bon chasseur pour la suivre jusqu'au bout. --Qu'ordonne Votre Majesté? --Allez-vous reposer, monsieur, vous devez être fatigué. --Votre Majesté ne me dit pas si j'ai eu le bonheur de lui plaire ou le malheur de la blesser. --Je ne vous dis pas précisément que vous m'avez été agréable, M. Beautru; mais vous m'avez rendu service, ce qui vaut mieux. Il y a une place de conseiller d'Etat vacante, faites-moi penser que j'ai quelqu'un à récompenser. Et Louis XIII, ôtant son gant, donna sa main à baiser à l'ambassadeur extraordinaire près de Philippe IV. Beautru, selon l'étiquette, sortit à reculons pour ne pas tourner le dos au roi. --Ainsi, murmura le roi resté seul, ma mort est une espérance; mon honneur un jeu, ma succession une loterie; mon frère n'arrivera au trône que pour vendre et trahir la France. Ma mère, la veuve de Henri IV, la veuve de ce grand roi qu'on a tué parce qu'il grandissait toujours, et que son ombre couvrait les autres royaumes, ma mère l'y aidera. Heureusement--et le roi commença de rire d'un rire strident et nerveux--heureusement que quand je mourrai, la reine sera enceinte, ce qui sauvera tout! Comme c'est heureux que je sois marié! --Puis, l'oeil plus sombre et la voix plus altérée: --Cela ne m'étonne plus, dit-il, qu'ils en veuillent tant au cardinal. Il lui sembla entendre un léger bruit du côté de la porte, il se retourna: la porte, en effet, tournait sur ses gonds. --Votre Majesté désire-t-elle recevoir M. de La Saladie? demanda Charpentier. --Je le crois bien, dit le roi, tout ce que j'apprends est plein d'intérêt! Puis, avec ce même rire presque convulsif: --Que l'on dise encore que les rois ne savent pas ce qui se passe chez eux; ils sont les derniers à le savoir, c'est vrai; mais lorsqu'ils le veulent, ils le savent enfin. Puis, comme M. de La Saladie se tenait à la porte. --Venez, venez, dit-il, je vous attends, monsieur de La Saladie, on vous a dit que je faisais l'intérim de monsieur le cardinal, n'est-ce pas? parlez, et n'ayez pas plus de secrets pour moi que vous n'en auriez pour lui. --Mais, Sire, dit La Saladie, dans la situation où je trouve les choses, je ne sais pas si je dois vous répéter... --Me répéter quoi? --Les éloges que l'on fait en Italie d'un homme dont il paraît que vous avez eu à vous plaindre. --Ah! ah! on fait l'éloge du cardinal en Italie! Et que dit-on du cardinal de l'autre côté des monts? --Sire, ils ignorent là-bas que M. le cardinal n'est plus ministre, ils félicitent Votre Majesté d'avoir à son service le premier génie politique et militaire du siècle. La prise de La Rochelle, que j'avais été chargé par M. le cardinal d'annoncer au duc de Mantoue, à Sa Seigneurie de Venise et à S. S. Urbain VIII, a été reçue avec joie à Mantoue, avec enthousiasme à Venise, avec reconnaissance à Rome, de même que l'expédition que vous projetez en Italie, en épouvantant Charles-Emmanuel, a rassuré tous les autres princes. Voici les lettres du duc de Mantoue, du sénat de Venise et de Sa Sainteté, qui disent la grande confiance que l'on a dans le génie du cardinal, et chacune des trois puissances intéressées à vos succès en Italie, Sire, pour y contribuer autant qu'il est en leur pouvoir, m'ont chargé de remettre en traites sur leurs banquiers respectifs des valeurs pour un million et demi. --Et au nom de qui sont ces traites? --Au nom de M. le cardinal, Sire. Il n'a qu'à les endosser et à toucher l'argent, elles sont payables à vue. Le roi les prit, les tourna et les retourna. --Un million et demi, dit-il, et six millions qu'il a empruntés. C'est avec cela que nous allons faire la guerre. Tout l'argent vient de cet homme, comme de cet homme vient la grandeur et la gloire de la France. Puis, une idée soudaine lui traversant le cerveau, Louis XIII alla au timbre et appela. Charpentier parut. --Savez-vous, lui demanda-t-il, à qui M. le cardinal a emprunté les six millions avec lesquels il a fait face aux premières dépenses de la guerre? --Oui, Sire, à M. de Bullion. --S'est-il fait beaucoup tirer l'oreille pour les lui prêter? --Au contraire, Sire, il les lui a offerts. --Comment cela? --M. le cardinal se plaignait de ce que l'armée du marquis d'Uxelles s'était dispersée faute de l'argent que la reine-mère s'était approprié, et faute des vivres que le maréchal de Créquy ne lui avait pas fait passer. C'est une armée perdue, disait Son Eminence. --Eh bien, a dit M. de Bullion, il faut en lever une autre, voilà tout. --Et avec quoi? demanda le cardinal. --Avec quoi? Je vous donnerai de quoi lever une armée de cinquante mille hommes et un million d'or en croupe. --Ce n'est pas un million, c'est six millions qu'il me faut. --Quand? --Le plus tôt possible! --Ce soir, sera-ce trop tard? Le cardinal se mit à rire. --Vous les avez donc dans votre poche? demanda-t-il. --Non, mais je les ai chez Fieubet, trésorier de l'épargne. Je vous fais donner un bon sur lui, vous les enverrez prendre. --Et quelle garantie exigez-vous, monsieur Bullion? M. de Bullion se leva et salua Son Eminence. --Votre parole, monseigneur, dit-il. Le cardinal l'embrassa; M. de Bullion écrivit quelques lignes sur un petit bout de papier, le cardinal lui fit sa reconnaissance et tout fut dit. --C'est bien; vous savez où demeure M. de Bullion? --A la trésorerie, je présume. --Attendez. Le roi se mit au bureau du cardinal et écrivit: Monsieur de Bullion, j'ai besoin pour mon service particulier d'une somme de cinquante mille francs, que je ne veux point prendre sur l'argent que vous avez eu l'obligeance de prêter à M. le cardinal, veuillez me les donner si la chose est possible,--je vous engage ma parole de vous les rendre d'ici à un mois. Votre affectionné, LOUYS. Puis, se retournant vers Charpentier: --Beringhen est-il là? demanda-t-il. --Oui, sire. --Remettez-lui ce papier, dites-lui de prendre une chaise et d'aller chez M. de Bullion. Il y a réponse. Charpentier prit le papier et sortit; mais presque aussitôt il rentra. --Eh bien? fit le roi. --M. de Beringhen est parti; mais je voulais dire à Votre Majesté que M. de Charnassé était là arrivant de la Prusse occidentale et rapportant à M. le cardinal une lettre du roi Gustave-Adolphe. Louis fit un signe de tête. --Monsieur de La Saladie, dit-il, vous n'avez plus rien à nous dire? --Si fait, Sire, j'ai à vous assurer de mon respect, tout en vous priant de me permettre d'y joindre mes regrets à l'endroit du départ de M. Richelieu; c'était lui que l'on attendait en Italie, c'était lui sur qui l'on comptait, et mon devoir de fidèle sujet m'oblige à dire à Votre Majesté que je serais le plus heureux des hommes si elle me permettait de saluer M. le cardinal, tout en disgrâce qu'il soit. --Je vais faire mieux, monsieur de La Saladie, fit le roi, je vais vous fournir moi-même l'occasion de le voir. La Saladie s'inclina. --Voici les traites de Mantoue, de Venise et de Rome. Allez présenter à Chaillot vos hommages à M. le cardinal; remettez-lui les lettres qui lui sont destinées; priez-le d'endosser les traites, et passez chez M. de Bullion au nom de Son Eminence, pour qu'il vous en donne l'argent. Je vous autorise, pour faire plus grande diligence, à prendre mon carrosse, qui est à la porte; plus vite vous reviendrez, plus je vous serai reconnaissant de votre zèle. La Saladie s'inclina, et, sans perdre une seconde en compliments ou en hommages, sortit pour exécuter les ordres du roi. Charpentier était resté à la porte. --J'attends M. de Charnassé, dit le roi. Jamais le roi n'avait été obéi au Louvre comme il était chez le cardinal. A peine avait-il manifesté son désir de voir M. de Charnassé que celui-ci était devant ses yeux. --Eh bien, baron, lui dit le roi, vous avez fait un bon voyage, à ce qu'il paraît. --Oui, Sire. --Veuillez m'en rendre compte sans perdre une seconde; depuis hier seulement j'apprends à connaître le prix du temps. --Votre Majesté sait dans quel but j'ai été envoyé en Allemagne? --M. le cardinal ayant toute ma confiance et chargé de prendre l'initiative en tout point, s'est contenté de m'annoncer votre départ et de me faire prévenir de votre retour. Je ne sais rien de plus. --Votre Majesté désire-t-elle que je lui répète d'une façon précise quelles étaient mes instructions? --Dites. --Les voici, mot pour mot, les ayant apprises par coeur pour le cas où les instructions écrites s'égareraient. «Les fréquentes entreprises de la maison d'Autriche au préjudice des alliés du roi l'obligent à prendre des mesures efficaces pour leur conservation. Aussi, La Rochelle réduite, Sa Majesté a-t-elle immédiatement décidé d'envoyer ses meilleures troupes et de marcher elle-même au secours de l'Italie. En conséquence, le roi dépêche M. de Charnassé vers ceux d'Allemagne; il leur offrira tout ce qu'il dépend de Sa Majesté et les assurera du désir sincère qu'elle a de les assister, pourvu qu'ils veuillent agir de concert avec le roi et travailler de leur côté à leur mutuelle défense; le sieur de Charnassé aura soin d'exposer les moyens que Sa Majesté juge les plus propres et les plus convenables au dessein qu'elle se propose en faveur de ses alliés.» --Ce sont vos instructions générales, dit le roi, mais vous en aviez sans doute de particulières. --Oui, Sire, pour le duc Maximilien de Bavière, que Son Eminence savait fort irrité contre l'empereur. Il s'agissait de le pousser à faire une ligue catholique qui s'opposât aux entreprises de Ferdinand sur l'Allemagne et sur l'Italie, tandis que Gustave-Adolphe attaquerait l'empereur à la tête de ses protestants, et pour le roi Gustave-Adolphe. --Et quelles étaient vos instructions pour le roi Gustave-Adolphe. --J'étais chargé de promettre au roi Gustave, s'il voulait se faire chef de la ligue protestante, comme le duc de Bavière se ferait chef de la ligue catholique, un subside de 500,000 livres par an, puis de lui promettre que Votre Majesté attaquerait en même temps la Lorraine, province voisine de l'Allemagne et foyer de cabales contre la France. --Oui, dit le roi en souriant, je comprends la -Crète- et le roi -Minos-; mais qu'y gagnerait M. le cardinal, ou plutôt qu'y gagnerais-je, moi, à attaquer la Lorraine? --Que les princes de la maison d'Autriche, forcés de mettre une bonne partie de leurs troupes en Alsace et sur le haut du Rhin, détourneraient les yeux de l'Italie et seraient forcés de vous laisser tranquillement accomplir votre entreprise sur Mantoue. Louis prit son front à deux mains, ces vastes combinaisons de son ministre lui échappaient par leur ampleur même, et trop à l'étroit dans son cerveau, semblaient prêtes à le faire éclater. --Et, dit-il au bout d'un instant, le roi Gustave-Adolphe accepte? --Oui, Sire, mais à certaines conditions. --Qui sont?... --Contenues dans cette lettre, Sire, dit Charnassé, tirant de sa poche un pli aux armes de Suède; seulement, Votre Majesté tient-elle absolument à lire cette lettre, ou permet-elle, ce qui serait plus convenable peut-être, que je lui en explique le sens? --Je veux tout lire, monsieur, dit le roi, lui tirant la lettre des mains. --N'oubliez-pas, Sire, que le roi Gustave-Adolphe est un joyeux compagnon, glorieux surtout, peu préoccupé des formes diplomatiques, et disant ce qu'il pense plutôt en soldat qu'en roi. --Si je l'ai oublié, je vais m'en souvenir, et si je ne sais pas, je vais l'apprendre. Et décachetant la lettre, il lut, mais bien bas: «De Stuhm, après la victoire qui rend à la Suède toutes les places fortes de la Livonie et de la Prusse polonaise. «Ce 19 décembre 1628. «Mon cher cardinal, «Vous savez que je suis tant soit peu païen, ne vous étonnez donc pas de la familiarité avec laquelle j'écris à un prince de l'Eglise. «Vous êtes un grand homme; plus que cela, un homme de génie; plus que cela, un honnête homme, et avec vous on peut parler et faire des affaires. Faisons donc, si vous le voulez, les affaires de la France et celles de la Suède, mais faisons-les ensemble; je veux bien traiter avec vous, pas avec d'autres. «Etes-vous sûr de votre roi, croyez-vous qu'il ne tournera pas selon son habitude au premier vent venu, de sa mère, de sa femme, de son frère, de son favori, Luynes ou Chalais, ou de son confesseur, et que vous, qui avez plus de talent dans votre petit doigt que tous ces gens-là, roi, reines, princes, favoris, hommes d'Eglise, ne serez-vous pas un beau matin culbuté, par quelque méchante intrigue, désir de sérail, ni plus ni moins qu'un vizir ou un pacha? «Si vous en êtes sûr, faites-moi l'honneur de m'écrire: Ami Gustave, je suis certain pendant trois ans de dominer ces têtes vides ou éventées, qui me donnent tant de travail et d'ennui. Je suis certain de tenir personnellement vis à vis de vous les engagements que je prendrai au nom de mon roi, et j'entre immédiatement en campagne. Mais ne me dites pas: -Le roi fera-. Pour vous et sur votre parole, je réunis mon armée, je monte à cheval, je pille Prague, je brûle Vienne, je passe la charrue sur Pesth; mais pour le roi de France et sur la parole du roi de France, je ne fais pas battre un tambour, charger un fusil, seller un cheval. «Si cela vous arrange, mon éminentissime, renvoyez-moi M. de Charnassé, qui me convient fort, quoiqu'il soit un peu mélancolique; mais le diable y fût-il, s'il fait la campagne avec moi, je l'égayerai à force de vin de Hongrie. «Comme j'écris à un homme d'esprit, je ne vous mettrai pas sous la garde de Dieu, mais sous celle de votre propre génie, et je me dirai avec joie et orgueil, «Votre affectionné, «GUSTAVE-ADOLPHE.» Le roi lut cette lettre avec une impatience croissante, et, quand la lecture fut finie, il la froissa dans sa main. Puis, se retournant vers le baron de Charnassé: --Vous connaissez le contenu de cette lettre? lui demanda-t-il. --J'en connaissais l'esprit, non le texte, Sire. --Barbare, ours du Nord! murmura-t-il. --Sire, fit observer Charnassé, ce barbare vient de battre les Russes, les Polonais; il a appris la guerre sous un Français nommé Lagardie; c'est le créateur de la guerre moderne, c'est le seul homme enfin qui soit capable d'arrêter l'ambition du roi Ferdinand et de battre Tilly et Waldstein. --Oui, je sais bien que l'on prétend cela, répondit le roi; je sais bien que c'est l'opinion du cardinal, du premier homme de guerre après le roi Gustave-Adolphe, ajouta-t-il avec un rire qu'il voulait rendre railleur et qui n'était que nerveux; mais ce n'est peut-être pas la mienne. --Je le regretterais sincèrement, Sire, dit Charnassé en s'inclinant. --Ah! fit Louis XIII, il paraît que vous avez envie de retourner vers le roi de Suède, baron. --Ce serait un grand honneur pour moi, et, je le crois, un grand bonheur pour la France. --Malheureusement c'est impossible, dit Louis XIII, puisque Sa Majesté suédoise ne veut traiter qu'avec M. le cardinal, et que le cardinal n'est plus aux affaires. Puis se retournant vers la porte où l'on grattait: --Eh bien, qu'y a-t-il, demanda le roi. Puis, reconnaissant à la manière de gratter à la porte que c'était M. le premier. --C'est vous, Beringhen? fit-il, entrez. Beringhen entra. --Sire, dit-il, en présentant au roi une grande lettre cachetée d'un large sceau, voici la réponse de M. de Bullion. Le roi ouvrit et lut: «Sire, je suis au désespoir, mais pour rendre service à M. de Richelieu, j'ai vidé ma caisse jusqu'au dernier écu, et je ne saurais dire à Votre Majesté, quelque désir que j'aie de lui être agréable, à quelle époque je pourrais lui donner les cinquante mille livres qu'elle me demande. «C'est avec un sincère regret et le respect le plus profond, «Sire, «Que j'ai l'honneur de me dire de Votre Majesté, «Le très-humble, très fidèle et très obéissant sujet, «DE BULLION.» Louis mordit ses moustaches. La lettre de Gustave lui apprenait jusqu'où allait son crédit politique; la lettre de Bullion lui apprenait jusqu'où allait son crédit financier. En ce moment La Saladie rentrait suivi de quatre hommes pliant chacun sous le poids d'un sac qu'ils portaient. --Qu'est-ce que cela? demanda le roi. --Sire, dit La Saladie, ce sont les quinze cent mille livres que M. de Bullion envoie à M. le cardinal. --M. De Bullion, dit le roi, il a donc de l'argent? --Dame! il y paraît, Sire, dit La Saladie. --Et sur qui vous a-t-il donné une traite cette fois-ci, sur Fieubet? --Non, Sire; c'était d'abord son idée, mais il a dit que pour une petite somme ce n'était point la peine, et il s'est contenté de donner un bon sur son premier commis, M. Lambert. --L'impertinent, murmura, le roi, il n'a pas pour me prêter cinquante mille livres, et il trouve un million et demi pour escompter à M. de Richelieu les traites de Mantoue, de Venise et de Rome. Puis, tombant sur un fauteuil, écrasé sous le poids de la lutte morale qu'il soutenait depuis la veille, et qui commençait à reproduire à ses propres yeux son image dans le miroir inflexible de la vérité. --Messieurs, dit-il à Charnassé et à La Saladie, je vous remercie, vous êtes de bons et fidèles serviteurs. Je vous ferai appeler dans quelques jours pour vous dire mes volontés. Puis de la main il leur fit signe de se retirer. Louis allongea languissant la main sur le timbre et frappa deux coups. Charpentier parut. --Monsieur Charpentier, dit le roi mettez ces quinze cent mille livres avec le reste, et payez ces hommes d'abord. Charpentier donna à chacun des porteurs un louis d'argent. Ils sortirent. --Monsieur Charpentier, dit le roi, je ne sais pas si je viendrai demain: je me sens horriblement fatigué. --Ce serait fâcheux que Votre Majesté ne vînt pas, fit alors Charpentier; c'est demain le jour des rapports. --De quels rapports? --Des rapports de la police de M. le cardinal. --Quels sont ses principaux agents? --Le P. Joseph, que vous avez autorisé à rentrer dans son couvent et qui ne viendra point, évidemment, demain, M. Lopez, l'Espagnol; M. de Souscarrières. --Ces rapports sont-ils faits par écrit ou en personne? --Comme demain les agents de M. le cardinal savent qu'ils auront affaire au roi, ils tiendront probablement à présenter leurs rapports de vive voix. --Je viendrai, dit le roi, se levant avec effort. --De sorte que si les agents viennent en personne? --Je les recevrai. --Mais je dois prévenir Votre majesté sur la qualité d'un de ces agents, dont je ne vous ai point parlé encore. --Un quatrième agent alors? --Agent plus secret que les autres. --Et qu'est-ce que cet agent? --Une femme, Sire. --Mme de Combalet? --Pardon, Sire, Mme de Combalet n'est point un agent de Son Eminence, c'est sa nièce. --Le nom de cette femme? Est-ce un nom connu? --Très-connu, Sire. --Elle s'appelle? --Marion Delorme. --M. le cardinal reçoit cette courtisane? --Et il a beaucoup à s'en louer, c'est par elle qu'il a été prévenu avant-hier soir qu'il serait probablement disgracié hier matin. --Par elle, dit le roi, au comble de l'étonnement. --Lorsque M. le cardinal veut des nouvelles certaines de la cour, c'est en général à elle qu'il s'adresse; peut-être sachant que c'est Votre Majesté qui est dans le cabinet à la place du cardinal aura-t-elle quelque chose d'important à dire à Votre Majesté. --Mais elle ne vient pas ici publiquement, je présume. --Non, Sire, sa maison touche à celle-ci, et le cardinal a fait percer la muraille pour pratiquer entre les deux logis une porte de communication. --Vous êtes sûr, monsieur Charpentier, de ne pas déplaire à Son Eminence en me donnant de pareils détails? --C'est, au contraire, par son ordre que je les donne à Votre Majesté. --Et où est cette porte? --Dans ce panneau, Sire. Si pendant son travail de demain le roi, au moment où il sera seul, entend frapper à cette porte à petits coups et qu'il veuille faire l'honneur à Mlle Delorme de la recevoir, il poussera ce bouton, et la porte s'ouvrira; s'il ne lui veut pas faire cet honneur, il répondra par trois coups poussés à distance égale. Dix minutes après, il entendra retentir une sonnette. l'entre-deux sera vide, et il trouvera à terre le rapport par écrit. Louis XIII réfléchit un instant. Il était évident que la curiosité livrait en lui un violent combat à la répugnance qu'il avait pour toutes les femmes, et surtout pour les femmes de la condition de Marion Delorme. Enfin la curiosité l'emporta. --Puisque M. le cardinal qui est d'Eglise, sacré et consacré, reçoit Mlle Delorme, il me semble, dit-il, que je puis bien la recevoir. D'ailleurs, s'il y a péché, je me confesserai. A demain, M. Charpentier. Et le roi sortit, plus pâle, plus fatigué, plus chancelant que la veille, mais aussi avec des idées plus arrêtées sur la difficulté d'être un grand ministre et la facilité d'être un roi médiocre. CHAPITRE XIV. LES ENTR'ACTES DE LA ROYAUTÉ. L'inquiétude était grande au Louvre; depuis ses séances place Royale, le roi n'avait revu ni la reine-mère, ni la reine, ni le duc d'Orléans, ni personne de sa famille; de sorte que personne n'avait reçu de lui ni les sommes demandées, ni les bons à vue avec lesquels seuls on pouvait les toucher. De plus, le nouveau ministère Bérulle et Marillac l'Epée, constitué d'enthousiasme à la suite de la démission du cardinal, n'avait reçu aucun ordre pour se réunir et, par conséquent, n'avait encore délibéré sur rien. Enfin, chaque soir, le bruit s'était répandu par Beringhen, qui voyait le roi à sa sortie et à sa rentrée, qui l'habillait le matin et le déshabillait le soir, qu'il était plus triste à sa rentrée qu'à sa sortie, plus muet le soir que le matin. Son fou l'Angély et son page Baradas avaient seuls accès dans sa chambre. Baradas seul avait, de tous les oiseaux de proie étendant le bec et les griffes vers le trésor du cardinal, Baradas était le seul qui eût reçu son bon de trois mille pistoles sur Charpentier. Il est vrai que lui n'avait ni ouvert le bec, ni allongé la griffe; la gratification était venue à lui sans qu'il la demandât. Il avait les défauts, mais aussi les qualités de la jeunesse: il était prodigue quand il avait de l'argent, mais incapable de se servir de son influence sur le roi pour alimenter cette prodigalité. La source tarie, il attendait tranquillement, pourvu qu'il eût de beaux habits, de beaux chevaux, de belles armes, qu'elle se remît à couler; puis la source coulait de nouveau, et il l'épuisait avec la même insouciance, la même rapidité. Pendant l'absence du roi, Baradas s'était fort entretenu avec son ami Saint-Simon de cette bonne aubaine qui venait de lui tomber du ciel, et dont il comptait bien faire part à son jeune camarade. Les deux enfants--c'étaient presque des enfants--Baradas, l'aîné, avait vingt ans à peine, les deux enfants avaient fait les plus beaux projets sur les trois mille pistoles. Ils allaient vivre un mois, au moins, comme des princes; seulement, leurs projets bien arrêtés, une chose les inquiétait: le bon du roi serait-il payé? On avait vu tant de bons royaux revenir sans que le trésorier eût fait honneur à l'auguste signature que l'on eût mieux aimé celle du moindre marchand de la cité que celle de Louis, si majestueuse qu'elle s'étalât au-dessous des deux lignes et demie qui constituaient le corps du billet. Puis Baradas s'était retiré à l'écart, avait pris papier, encre et plumes, et avait entrepris cette oeuvre colossale pour un gentilhomme de cette époque, d'écrire une lettre. A force de se frotter le front et de se gratter la tête, il y était arrivé, avait mis sa lettre dans sa poche, avait bravement attendu le roi, et plus bravement encore lui avait demandé quand il pourrait se présenter chez le trésorier pour y toucher le bon dont l'avait gratifié Sa Majesté. Le roi lui avait répondu qu'il pouvait s'y présenter quand il voudrait, que le trésorier était à ses ordres. Baradas avait baisé les mains du roi, avait descendu les escaliers quatre à quatre, avait sauté dans une chaise de l'entreprise Michel et Cavois, et s'était fait conduire immédiatement chez M. le cardinal, ou plutôt à l'hôtel de M. le cardinal. Là, il avait trouvé le secrétaire Charpentier fidèle à son poste, et lui avait présenté le bon; Charpentier l'avait pris, lu, examiné, puis, reconnaissant l'écriture et le seing du roi, il avait fait à M. Baradas un salut respectueux, l'avait prié d'attendre un instant, lui laissant le reçu, et cinq minutes après était revenu avec un sac d'or contenant les trois mille pistoles. A la vue de ce sac, Baradas, qui n'y croyait pas, avait senti son coeur se dilater; Charpentier lui avait offert de recompter la somme sous ses yeux. Baradas, qui avait hâte de presser le bienheureux sac sur sa poitrine, avait répondu qu'un caissier si exact était nécessairement un caissier infaillible; mais ses forces, encore mal revenues à la suite de sa blessure ne lui avaient pas suffi, et il avait fallu que Charpentier le lui descendît jusque dans sa chaise. Là Baradas avait puisé une poignée de louis d'argent et d'écus d'or, qu'il avait offerte à Charpentier. Mais Charpentier lui avait fait la révérence et avait refusé. Baradas était resté tout ébahi, tandis que la porte de l'hôtel du cardinal se refermait sur Charpentier. Mais, peu à peu, Baradas était sorti de son ébahissement; il s'était orienté, et se faisant suivre de ses porteurs pour ne pas perdre son sac de vue, il avait été jusqu'à la maison voisine, s'était arrêté devant la porte, avait frappé, et, tirant une lettre de sa poche, il l'avait donnée à l'élégant laquais qui était venu l'ouvrir en disant: --Pour Mlle Delorme. Et il avait joint à la lettre deux écus, que le laquais s'était bien gardé de refuser comme avait fait Charpentier, était remonté dans sa chaise, et, de cette voix impérative qui n'appartient qu'aux gens qui ont le gousset bien garni, il avait crié à ses porteurs: --Au Louvre! Et les porteurs auxquels la rotondité du sac et le surcroît de pesanteur n'avaient point échappé, étaient partis d'un pas que nous n'hésiterons point à reconnaître pour l'aïeul du pas gymnastique moderne. En un quart d'heure, Baradas, dont la main n'avait pas cessé une seconde de caresser le sac qui était son compagnon de voyage, était à la porte du Louvre, où il rencontrait Mme de Fargis, descendant de chaise comme lui. Tous deux s'étaient reconnus; seulement un sourire avait plissé les lèvres sensuelles de la malicieuse jeune femme, qui, voyant les efforts que faisait Baradas pour soulever de son bras endolori le sac trop lourd, lui demanda avec une obligeance railleuse: --Voulez-vous que je vous aide, monsieur Baradas? --Merci, madame, avait répondu le page; mais si, en passant, vous voulez bien prier mon camarade Saint-Simon de descendre, vous me rendrez véritablement service. --Comment donc, avait répondu la coquette jeune femme, avec grand plaisir, monsieur Baradas. Et elle avait grimpé lestement l'escalier, en relevant sa robe traînante avec cet art qu'ont certaines femmes de montrer le bas de leur jambe jusqu'à ce point de la naissance du mollet qui permet de deviner le reste. Cinq minutes après, Saint-Simon descendait, Baradas payait largement les porteurs, et les deux jeunes gens en réunissant leurs efforts, montaient l'escalier portant le sac d'argent, comme dans les tableaux de Paul Véronèse on voit deux beaux jeunes gens portant aux convives attablés une grosse amphore contenant l'ivresse de vingt hommes. Pendant ce temps, Louis XIII, après avoir fait son repas de cinq heures, s'entretenait avec son fou, à la perspicacité duquel le redoublement de tristesse de Sa Majesté n'avait point échappé. Louis XIII était assis à l'un des coins du feu de la large cheminée de sa chambre, ayant sa table devant; l'Angély, à l'autre coin de la même cheminée, était accroupi sur une haute chaise, comme un perroquet sur son perchoir, tenant ses talons sur le bâton le plus bas de sa chaise pour se faire une table de ses genoux, sur lesquels était posée son assiette avec un aplomb qui faisait honneur à sa science de l'équilibre. Le roi, sans appétit, mangeait du bout des dents quelques colifichets et quelques guignes sèches, et trempait à peine ses lèvres dans un verre où resplendissait en or et en azur l'écusson royal. Il avait gardé sur sa tête son large chapeau de feutre noir aux plumes noires, chapeau dont l'ombre projetait sur son front un voile qui assombrissait encore celui qui le couvrait déjà. L'Angély, au contraire, qui avait grand'faim, avait senti s'épanouir son visage à la vue du second dîner qu'il était d'habitude de servir à cette époque entre cinq et six heures du soir. Il avait, en conséquence, tiré sur le bord de la table le plus rapproché de lui, un énorme pâté de faisan, de bécasse et de becfigues, et après en avoir offert l'étrenne au roi, qui avait refusé d'un signe négatif de la tête, il avait commencé à enlever des tranches pareilles à des briques, lesquelles passaient lestement du pâté sur son assiette, mais plus lestement encore de son assiette dans son estomac. Après avoir attaqué le faisan comme la plus grosse pièce, il en était aux bécasses et comptait finir par les becfigues, arrosant le tout d'un vin que l'on appelait le vin du cardinal, vin qui n'était autre que notre bordeaux actuel, mais que, cependant, le roi et le cardinal, qui possédaient les deux plus mauvais estomacs du royaume, appréciaient pour sa facile digestion, et que l'Angély, qui possédait un des meilleures estomacs de l'univers, goûtait pour son bouquet et son velouté. Une première bouteille de ce vin facile avait déjà passé de la cheminée à l'âtre de la cheminée, où venait d'aller la rejoindre une seconde bouteille, qui, placée à une distance convenable du feu, était en train . 1 2 . 3 4 . 5 6 - - ? . 7 8 - - , . 9 10 - - , ; , 11 . 12 13 : 14 15 « , - ' ; 16 ; . - ; 17 ' . 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