--Moi, monseigneur, s'exclama le jeune homme un peu étonné, dans quelle
voie mauvaise suis-je donc engagé, et quels sont donc les dangers qui me
menacent?
--Voulez vous me prêter quelques minutes d'attention, M. le comte, et
pendant ces quelques minutes m'écouter sérieusement?
--Ce serait un devoir que mon âge et mon nom m'imposeraient,
monseigneur, quand vous ne seriez pas ministre et homme de génie. Je
vous écoute donc, non pas sérieusement, mais respectueusement.
--Vous êtes arrivé à Paris dans les derniers jours de novembre, le 28,
je crois.
--Le 28, monseigneur.
--Vous étiez chargé de lettres du Milanais et du Piémont pour la reine
Marie de Médicis, pour la reine Anne d'Autriche et pour MONSIEUR.
Le comte regarda le cardinal avec étonnement, hésita un instant à
répondre; mais enfin, entraîné par la vérité et par l'influence
qu'exerce un homme de génie:
--Oui, monseigneur, dit-il.
--Mais comme les deux reines et Monsieur étaient allés au devant du roi,
vous avez été obligé de demeurer huit jours à Paris. Pour ne pas rester
oisif pendant ces huit jours, vous avez fait votre cour à la soeur de
Marion Delorme, à Mme de la Montagne. Jeune, beau, riche, fils de roi,
vous n'avez pas eu à languir; dès le lendemain du jour où vous vous êtes
présenté chez elle, vous étiez son amant.
--Est-ce ce que vous appelez faire fausse route et m'exposer à des
dangers dont vous voudriez me garantir? demanda en riant le comte de
Moret, s'étonnant qu'un ministre de la gravité du cardinal descendit à
de pareils détails.
--Non, monsieur; nous allons y arriver; non, ce n'est point être l'amant
de la soeur d'une courtisane, ce que j'appelle faire fausse route,
quoique vous ayez pu voir que cet amour n'était pas tout à fait sans
danger. Ce fou de Pisani a cru que c'était de Mme de Maugiron que vous
étiez l'amant. Il a voulu vous faire assassiner; par bonheur, il a
trouvé un sbire plus honnête homme que lui, lequel, fidèle à la mémoire
du grand roi, a refusé de porter la main sur son fils. Il est vrai que
ce brave homme a été victime de son honnêteté, et que vous-même l'avez
vu couché sur une table, mourant et se confessant à un capucin.
--Puis-je vous demander, monseigneur, dit le comte de Moret, espérant
embarrasser Richelieu, quel jour et à quel endroit j'ai été témoin de ce
douloureux spectacle?
--Mais le 5 décembre dernier, vers six heures du soir, dans une salle de
l'hôtellerie de la -Barbe Peinte-, au moment où, déguisé en gentilhomme
basque, vous veniez de quitter Mme de Fargis, déguisée en Catalane, et
venant vous annoncer que la reine Anne d'Autriche, la reine Marie de
Médicis et Monsieur, vous attendraient au Louvre entre onze heures et
minuit.
--Ah! par ma foi, monseigneur, cette fois-ci je me rends, et je
reconnais que votre police est bien faite.
--Eh bien, comte, maintenant croyez-vous que ce soit pour moi et par
crainte du mal que vous pouvez me faire, que je suis arrivé à réunir sur
vous de si exacts renseignements?
--Je ne sais, mais il est probable que Votre Eminence a eu cependant un
intérêt quelconque.
--Un grand, comte, j'ai voulu sauver le fils du roi Henri IV du mal
qu'il pouvait se faire à lui-même.
--Comment cela, monseigneur?
--Que la reine Marie de Médicis, qui est à la fois Italienne et
Autrichienne, que la reine Anne d'Autriche, qui est à la fois
Autrichienne et Espagnole, conspirent contre la France, c'est un crime,
mais un crime qui se conçoit, les liens de famille ne l'emportent
souvent que trop sur les devoirs de la royauté. Mais que le comte de
Moret, c'est-à-dire le fils d'une Française et du roi le plus français
qui ait jamais existé, conspire avec deux reines aveugles et parjures en
faveur de l'Espagne et de l'Autriche, c'est ce que j'empêcherai, par la
persuasion d'abord, par la prière ensuite, et enfin par la force s'il le
faut.
--Mais qui vous a dit que je conspire, monseigneur?
--Vous ne conspirez pas encore, comte; mais peut-être, par entraînement
chevaleresque, n'eussiez-vous point tardé à conspirer, et c'est pour
cela que j'ai voulu vous dire à vous-même: Fils de Henri IV, toute sa
vie votre père a poursuivi l'abaissement de l'Espagne et de l'Autriche.
Ne vous alliez pas à ceux qui veulent leur élévation aux dépens des
intérêts de la France. Fils de Henri IV, l'Autriche et l'Espagne ont tué
votre père; ne commettez pas cette impiété de vous allier aux ennemis de
votre père.
--Mais pourquoi Votre Eminence ne dit-elle pas à Monsieur ce qu'elle me
dit à moi?
--Parce que Monsieur n'a rien à faire là-dedans, étant le fils de
Concini, et non de Henri IV.
--Monsieur le cardinal, songez à ce que vous dites.
--Oui, je sais que je m'expose à la colère de la reine-mère, à la colère
de Monsieur, à la colère du roi même, si le comte de Moret s'éloigne de
celui qui veut son bien pour aller à ceux qui veulent le mal; mais le
comte de Moret sera reconnaissant du grand intérêt que je lui porte et
qui n'a pas d'autre source que le grand amour et la grande admiration
que j'ai pour le roi son père, et le comte de Moret tiendra secret tout
ce que je lui ai dit ce soir, pour son bien et pour celui de la France.
--Votre Eminence n'a pas besoin que je lui donne ma parole, n'est-ce
pas?
--On ne demande pas de ces choses-là au fils de Henri IV.
--Mais enfin, Votre Eminence ne m'a pas seulement fait venir pour me
donner des conseils, mais aussi, lui ai-je entendu dire, pour me confier
une mission.
--Oui, comte, une mission qui vous éloigne de ce danger que je crains
pour vous.
--Qui m'éloigne du danger?
Richelieu fit signe que oui.
--Et par conséquent de Paris?
--Il s'agirait de retourner en Italie.
--Hum! fit le comte de Moret.
--Avez vous des raisons pour ne pas retourner en Italie?
--Non, mais j'en aurais pour rester à Paris.
--Alors vous refusez, monsieur le comte?
--Non, je ne refuse pas, surtout si la mission peut s'ajourner.
--Il s'agit de partir ce soir ou demain au plus tard.
--Impossible, monseigneur, dit le comte de Moret en secouant la tête.
--Comment! s'écria le cardinal, laisserez-vous une guerre se faire sans
y prendre part?
--Non; seulement je quitterai Paris avec tout le monde, et le plus tard
possible.
--C'est bien résolu dans votre esprit, monsieur le comte?
--C'est bien résolu, monseigneur.
--Je regrette votre répugnance à ce départ. Il n'y a qu'à vous, qu'à
votre courage, à votre loyauté, à votre courtoisie que j'aurais voulu
confier la fille d'un homme pour lequel j'ai la plus haute estime. Je
chercherai quelqu'un, comte, qui veuille bien vous remplacer près de
Mlle Isabelle de Lautrec.
--Isabelle de Lautrec! s'écria le comte de Moret. C'était Isabelle de
Lautrec que vous vouliez renvoyer à son père?
--Elle-même; qu'y a-t-il donc dans ce nom qui vous étonne?
--Oh! mais, monseigneur, pardon.
--Je vais aviser et lui trouver un autre protecteur.
--Non pas, non pas, monseigneur, inutile de chercher plus loin: le
conducteur, le défenseur de Mlle de Lautrec, celui qui se fera tuer pour
elle, il est trouvé, le voilà, c'est moi.
--Alors, dit le cardinal, je n'ai plus à m'inquiéter de rien?
--Non, monseigneur.
--Vous acceptez?
--J'accepte.
--En ce cas, voici mes dernières instructions.
--J'écoute.
--Vous remettrez Mlle de Lautrec, qui pendant tout le voyage vous sera
aussi sacrée qu'une soeur.
--Je le jure.
--A son père, qui est à Mantoue; puis vous reviendrez rejoindre l'armée
et prendre un commandement sous M. de Montmorency.
--Oui, monseigneur.
--Et si le hasard faisait--vous comprenez, un homme de prévoyance doit
supposer tout ce qui est possible--si le hasard faisait que vous vous
aimassiez...
Le comte de Moret fit un mouvement.
--C'est une supposition, vous comprenez bien, puisque vous ne vous êtes
pas vus, puisque vous ne vous connaissez point. Eh bien, le cas échéant,
je ne puis rien faire pour vous, monseigneur, qui êtes fils de roi, mais
je puis faire beaucoup pour Mlle de Lautrec et pour son père.
--Vous pouvez faire de moi le plus heureux des hommes, monseigneur.
J'aime Mlle de Lautrec.
--Ah vraiment, voyez comme cela se rencontre; est-ce que ce serait elle,
par hasard, qui, le soir où vous avez été au Louvre, vous aurait pris
sur l'escalier des mains de Mme de Chevreuse déguisée en page, et vous
aurait conduit à travers le corridor noir jusqu'à la chambre de la
reine? Avouez que dans ce cas ce serait un hasard miraculeux.
--Monseigneur, dit le comte de Moret, regardant le cardinal avec
stupéfaction, je ne connais que mon admiration pour vous qui égale ma
reconnaissance; mais...
Le comte s'arrêta inquiet.
--Mais quoi? demanda le cardinal.
--Il me reste un doute.
--Lequel?
--J'aime Mlle de Lautrec, mais j'ignore si Mlle de Lautrec m'aime, et
si, malgré mon dévouement, elle m'accepterait pour son protecteur.
--Ah! quant à cela, monsieur le comte, cela ne me regarde plus et
devient tout à fait votre affaire, c'est à vous d'obtenir d'elle ce que
vous désirez.
--Mais où cela? comment la verrai-je? je n'ai aucune occasion de la
rencontrer, et s'il faut, comme le disait Votre Eminence, que son départ
ait lieu ce soir ou demain matin au plus tard, je ne sais d'ici là
comment la voir.
--Vous avez raison, monsieur le comte, une entrevue entre vous est
urgente, et tandis que vous allez y réfléchir de votre côté, je vais,
moi, y réfléchir du mien. Attendez un instant dans ce cabinet, j'ai
quelques ordres à donner.
Le comte de Moret s'inclina, suivant des yeux, avec un étonnement mêlé
d'admiration cet homme, si éminemment au-dessus des autres hommes, qui,
de son cabinet, conduisait l'Europe et qui, malgré les intrigues dont il
était entouré, malgré les dangers qui le menaçaient, trouvait du temps
pour s'occuper des intérêts particuliers et descendre dans les moindres
détails de la vie.
La porte par laquelle le cardinal avait disparu refermée, le comte de
Moret resta machinalement les yeux fixés sur cette porte, et il n'en
avait pas encore détourné son regard, lorsqu'elle se rouvrit et que dans
son encadrement, il vit apparaître, non pas le cardinal, mais Mlle de
Lautrec elle-même.
Les deux amants, comme frappés en même temps du choc électrique,
poussèrent chacun de son côté, un cri d'étonnement, puis avec la
rapidité de la pensée, le comte de Moret s'élançant au-devant
d'Isabelle, tombait à ses genoux et saisissait sa main, qu'il baisait
avec une ardeur qui prouvait à la jeune fille qu'elle avait peut-être
trouvé un protecteur dangereux, mais un défenseur dévoué.
Pendant ce temps, le cardinal, arrivé à son but d'éloigner le fils de
Henri IV de la cour et de s'en faire un partisan, se réjouissait,
croyant avoir trouvé un dénoûment à son héroï-comédie, sans la
participation de ses collaborateurs ordinaires, MM. Desmarets, Rotrou,
l'Estoile et Mayret.
Corneille on se le rappelle, n'avait pas encore eu l'honneur d'être
présenté au cardinal.
CHAPITRE VII.
LE CONSEIL.
Le grand événement, l'événement attendu de tous avec anxiété, surtout de
Richelieu, qui se croyait sûr du roi autant que l'on pouvait être sûr de
Louis XIII, était la tenue d'un conseil chez la reine-mère, au palais du
Luxembourg, qu'elle avait fait bâtir pendant la régence sur le modèle
des palais florentins, et pour la galerie duquel Rubens avait exécuté,
dix ans auparavant, les magnifiques tableaux représentant les événements
les plus importants de la vie de Marie de Médicis, et qui font
aujourd'hui un des principaux ornements de la galerie du Louvre.
Le conseil se tenait le soir.
Il était formé du ministère particulier de la reine Marie de Médicis,
qui se composait de créatures complétement à elle, et qui était présidé
par le cardinal de Bérulle, et conduit par Vauthier, plus du maréchal de
Marillac, qui était devenu maréchal sans avoir jamais vu le feu, et que
dans ses mémoires le cardinal appelle toujours Marillac-l'Epée, parce
qu'ayant eu querelle à la paume avec un nommé Caboche, il l'avait tué en
le rencontrant sur sa route, sans lui donner le temps de se défendre,
plus enfin, son frère aîné Marillac, le garde des sceaux, qui était un
des amants de Fargis. A ce conseil on adjoignait, dans les grandes
circonstances, des espèces de conseillers honoraires qui étaient des
capitaines les plus renommés et des seigneurs les plus élevés de
l'époque, et c'est ainsi qu'au conseil dans lequel nous allons
introduire nos lecteurs, on avait adjoint le duc d'Angoulême, le duc de
Guise, le duc de Bellegarde et le maréchal de Bassompierre.
Monsieur, depuis quelque temps, était rentré dans ce conseil, dont il
était sorti à propos du procès de Chalais. Le roi y assistait de son
côté lorsqu'il croyait la discussion assez importante pour nécessiter sa
présence.
La délibération du conseil prise, on en référait, nous l'avons dit, au
roi, qui approuvait, improuvait ou même changeait complétement la
détermination adoptée.
Le cardinal de Richelieu, premier ministre en réalité, par l'influence
de son génie, mais qui n'en eut le titre et le pouvoir absolu qu'un an
après les événements que nous venons de raconter, n'avait que sa voix
dans ce conseil, mais presque toujours l'amenait à son avis
qu'appuyaient d'habitude le duc de Marillac, le duc de Guise, le duc
d'Angoulême, et quelquefois le maréchal de Bassompierre; mais que
contrariaient toujours systématiquement la reine-mère, Vauthier, le
cardinal de Bérulle, et les deux ou trois voix qui obéissaient
passivement aux signes négatifs ou affirmatifs que leur faisait Marie de
Médicis.
Ce soir-là, Monsieur, sous le prétexte de se brouiller avec la
reine-mère, avait déclaré ne point vouloir assister au conseil; mais,
malgré son absence, du moment où sa mère se chargeait de ses intérêts,
il n'en était que plus puissant.
Le conseil était indiqué pour huit heures du soir.
A huit heures un quart, toutes les personnes convoquées étaient à leur
poste et se tenaient debout devant la reine Marie de Médicis, assise.
A huit heures et demie, le roi entra, salua sa mère, qui se leva à son
tour, lui baisa les mains, s'assit près d'elle sur un fauteuil un peu
plus élevé que le sien, se couvrit et prononça les paroles
sacramentelles:
--Asseyez-vous!
MM. les membres du ministère et les conseillers honoraires s'assirent
autour de la table, sur des tabourets préparés à cet effet en nombre
égal à celui des délibérants.
Le roi étendit circulairement son regard, de manière à passer en revue
tous les assistants; puis, de sa même voix mélancolique et sans timbre,
comme il eût dit toute autre chose, il dit:
--Je ne vois pas monsieur mon frère. Où est-il donc?
--A cause de sa désobéissance à votre volonté, sans doute n'ose-t-il
point se présenter devant vous. Votre bon plaisir est-il que nous
procédions sans lui?
Le roi, sans répondre de vive voix, fit de la tête un signe affirmatif.
Puis, s'adressant non seulement aux membres du conseil, mais aux
gentilshommes convoqués dans le but de donner leur avis sur la
délibération:
--Messieurs, dit-il, vous savez tous ce dont il s'agit aujourd'hui.--Il
s'agit de savoir si nous devons faire lever le siége de Cazal, secourir
Mantoue afin d'affermir les prétentions du duc de Nevers--prétentions
que nous avons appuyées--et arrêter les entreprises du duc de Savoie sur
le Montferrat. Bien que le droit de faire la paix et la guerre soit un
droit royal, nous désirons nous éclairer de vos lumières avant de
prendre une décision, ne prétendant aucunement amoindrir notre droit par
les conseils que nous vous demandons. La parole est à notre ministre, M.
le cardinal de Richelieu, pour nous exposer la situation des affaires.
Richelieu se leva, et, saluant les deux majestés:
--L'exposé sera court, dit-il. Le duc Vincent de Gonzague, en mourant, a
laissé tous ses droits au duché de Mantoue, au duc de Nevers, oncle des
trois derniers souverains de ce duché, morts sans enfants mâles. Le duc
de Savoie avait espéré marier un de ses fils avec l'héritière du
Montferrat et du Mantouan, et se créer en Italie cette puissance de
second ordre, objet de sa constante ambition, et qui l'a fait si souvent
trahir ses promesses envers la France. Le ministre de S. M. le roi Louis
XIII a cru alors qu'il était d'une bonne politique, étant déjà allié
avec le Saint-Père et les Vénitiens, de se donner, en appuyant
l'avènement d'un Français aux duchés de Mantoue et du Montferrat, un
partisan zélé au milieu des puissances lombardes, et d'acquérir ainsi
sur lui une prépondérance suivie sur les affaires d'Italie, et d'y
neutraliser au contraire l'influence de l'Espagne et de l'Autriche.
C'est dans ce but que le ministre de Sa Majesté a agi jusqu'ici; et
c'était pour préparer les voies de cette campagne qu'il avait, il y a
plusieurs mois, envoyé une première armée, qui, par une faute du
maréchal de Créquy, faute que l'on pourrait presque qualifier de
trahison, a été non pas battue par le duc de Savoie, comme les ennemis
de la France se sont empressés de le dire, mais manquant, les fantassins
de vivres, les cavaliers de vivres et de fourrage, s'est dispersée et
fondue, pour ainsi dire, au souffle de la faim; donc, cette politique
adoptée, cette première démarche hostile faite, il ne s'agissait que
d'attendre une époque favorable pour poursuivre l'entreprise
commencée;--cette époque, le ministre du roi est d'avis qu'elle est
arrivée. La Rochelle prise nous permet de disposer de notre armée et de
notre flotte. La question posée à Leurs Majestés est celle-ci: Fera-t-on
ou ne fera-t-on pas la guerre? et si on la fait, la fera-t-on tout de
suite ou attendra-t-on? Le ministre de Sa Majesté, qui est pour la
guerre et pour la guerre immédiate, se tient prêt à répondre aux
objections qui lui seront faites.
Et saluant le roi et la reine Marie, le cardinal s'assit, abandonnant la
parole à son adversaire, ou plutôt à un seul adversaire, le cardinal
Bérulle.
Celui-ci, de son côté, sachant bien que c'était à lui de répondre,
consulta, du regard, la reine-mère qui d'un signe lui répondit qu'il
avait carrière, se leva, salua les deux majestés, et dit:
--Le projet de faire la guerre en Italie, malgré les bonnes raisons
apparentes que nous a données M. le cardinal de Richelieu, nous paraît
non-seulement dangereux, mais impossible. L'Allemagne, presque
subjuguée, fournit à l'Empereur Ferdinand des armées innombrables,
auxquelles les forces militaires de la France ne peuvent être comparées;
et, de son côté, S. M. Philippe III, l'auguste frère de la reine, trouve
dans les mines du nouveau monde des trésors suffisants à payer des
armées aussi nombreuses que celles des anciens rois de Perse. Dans ce
moment, au lieu de songer à l'Italie, l'Empereur ne s'occupe qu'à
réduire les protestants et à tirer de leurs mains les évêchés, les
monastères et les autres biens ecclésiastiques dont ils se sont emparés
injustement.
Pourquoi la France, c'est-à-dire la fille aînée de l'Eglise,
s'opposerait-elle à une si noble et si chrétienne entreprise; ne vaut-il
pas mieux, au contraire, que le roi l'appuie, et qu'il achève d'extirper
l'hérésie en France pendant que l'empereur et le roi d'Espagne
travailleront à la battre en Allemagne et dans les Pays-Bas, pour
exécuter des desseins chimériques et directement opposés au bien de
l'Eglise? M. de Richelieu parle de paix avec l'Angleterre et laisse
entendre une alliance avec les puissances hérétiques, chose capable de
flétrir à jamais la gloire de Sa Majesté. Au lieu de faire la paix avec
l'Angleterre, n'avons-nous pas chance, au contraire, en poursuivant la
guerre contre le roi Charles Ier, d'espérer qu'il en sera enfin réduit à
donner satisfaction à la France en rappelant les femmes et les
serviteurs de la reine si indignement chassés contre la bonne foi d'un
traité solennel et à cesser les précautions contre les catholiques
anglais. Que savons-nous si Dieu ne veut pas rétablir la vraie religion
en Angleterre, pendant que l'hérésie se détruira en France, en Allemagne
et dans les Pays-Bas. Dans la conviction que j'ai parlé dans les
intérêts de la France et du Trône, je mets mon humble opinion aux pieds
de Leurs Majestés.
Et le cardinal s'assit à son tour, non sans avoir du regard recueilli
les marques d'approbation que lui adressaient ouvertement la reine Marie
et les membres de son conseil, et justement le garde des sceaux
Marillac, ramené au parti des reines par les soins de Mme de Fargis.
Le roi, se tournant alors vers le cardinal de Richelieu:
--Vous avez entendu, monsieur le cardinal, dit-il, et, si vous avez à
répondre, répondez.
Richelieu se leva.
--Je crois, dit-il, mon honorable collègue, M. le cardinal de Bérulle
mal informé de la situation politique de l'Allemagne et financière de
l'Espagne; la puissance de l'empereur Ferdinand, qu'il nous représente
comme si fort redoutable, n'est point tellement établie en Allemagne
qu'on ne puisse l'ébranler, le jour où, sans avoir besoin de nous allier
à lui, nous pousserons sur l'empereur le lion du Nord, le grand
Gustave-Adolphe, à qui il ne manque, pour prendre cette grande décision,
que quelques centaines de mille livres, qu'à un moment donné on fera
luire à ses yeux comme un des ces phares qui indiquent aux vaisseaux
leur chemin. Le ministre de Sa Majesté sait même de source certaine que
ces armées de Ferdinand dont parle M. le cardinal de Bérulle donnent de
grands ombrages à Maximilien, duc de Bavière, chef de la ligue
catholique. Le ministre de Sa Majesté se fait fort, à un moment donné,
de prendre ces armées si terribles entre les armées protestantes de
Gustave-Adolphe et les armées catholiques de Maximilien. Quant aux
trésors imaginaires du roi Philippe III, qu'on permette au ministre du
roi de les réduire à leur juste valeur. Le roi d'Espagne tire à peine
cinq cent mille écus par an des Indes, et le conseil de Madrid s'est
trouvé fort déconcerté quand, il y a deux mois, on apprit que l'amiral
des Pays-Bas, Hein, avait pris et coulé à fond, dans le golfe du
Mexique, les galions d'Espagne et leur charge, estimée à 12 millions,
et, à la suite de cette nouvelle, les affaires de S. M. le roi d'Espagne
se trouvèrent même dans un si grand désordre, qu'il ne put envoyer à
l'empereur Ferdinand le subside d'un million qu'il lui avait promis.
Maintenant, pour répondre à la seconde partie du discours de son
adversaire, le ministre du roi fera humblement observer à Sa Majesté
qu'elle ne saurait souffrir avec honneur l'oppression du duc de Mantoue,
que non-seulement il a reconnu, mais que son ambassadeur, M. de Chamans,
a fait nommer, par son influence sur le dernier duc. Sa Majesté doit
non-seulement protéger ses alliés en Italie, mais encore protéger contre
l'Espagne cette belle contrée de l'Europe que l'Espagne tend
éternellement à subjuguer, et où elle est déjà trop puissante.
Si nous n'appuyons pas vigoureusement le duc de Mantoue, celui-ci,
incapable de résister à l'Espagne, sera obligé de consentir à l'échange
de ses Etats avec d'autres Etats hors de l'Italie, ce que la cour
d'Espagne lui propose en ce moment. Déjà, ne l'oubliez pas, le feu duc
Vincent a été sur le point de consentir à ce marché et d'échanger le
Montferrat pour faire dépit à Charles-Emmanuel, et pour lui donner des
voisins capables d'arrêter ses mouvements continuels. Enfin, l'avis du
ministre de Sa Majesté est qu'il y aurait non-seulement préjudice, mais
encore honte à laisser impunie la témérité du duc de Savoie, qui
brouille depuis plus de trente ans les affaires de la France et de ses
alliés; qui lie mille intrigues contraires au service et à l'intérêt de
Sa Majesté, dont on trouve la main dans la conspiration de Chalais,
comme on l'avait déjà trouvée dans la conspiration de Biron, et qui
s'est fait l'allié des Anglais dans leurs entreprises sur l'île de Ré.
Puis alors, se tournant vers le roi et s'adressant directement à lui:
--En prenant cette ville rebelle, ajouta le cardinal de Richelieu, vous
avez heureusement exécuté, Sire, le projet le plus glorieux pour vous,
et le plus avantageux à votre Etat. L'Italie, oppressée depuis un an par
les armes du roi d'Espagne et du duc de Savoie, implore le secours de
votre bras victorieux. Refuseriez-vous de prendre en main la cause de
vos voisins et de vos alliés que l'on veut injustement dépouiller de
leurs héritages. Eh bien, moi, Sire, moi, votre ministre, j'ose vous
promettre que, si vous formez aujourd'hui cette noble résolution, le
succès n'en sera pas moins heureux que celui du siége de La Rochelle. Je
ne suis ni prophète--et Richelieu regarda avec un sourire son collègue
le cardinal de Bérulle--ni fils de prophète, mais je puis assurer Votre
Majesté que, si elle ne perd point de temps dans l'exécution de son
dessein, vous aurez délivré Cazal et donné la paix à l'Italie avant la
fin du mois de mai prochain.
En revenant, avec votre armée, dans le Languedoc, vous achèverez de
réduire le parti huguenot au mois de juillet; enfin, Votre Majesté,
victorieuse partout, pourra prendre du repos à Fontainebleau ou partout
ailleurs, pendant les beaux jours de l'automne.
Un mouvement approbateur courut parmi les gentilshommes invités à
assister à la séance, et il fut visible que le duc d'Angoulême, le duc
de Guise surtout, approuvaient tout particulièrement l'avis de M. de
Richelieu.
Le roi prit la parole:
--M. le cardinal, dit-il, a bien fait, toutes les fois qu'il a parlé de
lui-même et de la politique suivie, de dire le -ministre du roi-, car
cette politique, c'est d'après mes ordres qu'elle a agi.--Oui, nous
sommes de son avis; oui, la guerre est nécessaire en Italie; oui, nous
devons y soutenir nos alliés; oui, nous devons y maintenir notre
suprématie, en y restreignant autant que possible non-seulement le
pouvoir, mais l'influence de l'Espagne: notre honneur y est engagé.
Malgré le respect que l'on devait au roi, quelques applaudissements
éclatèrent du côté des amis du cardinal, tandis que les amis de la reine
retenaient à peine leurs murmures. Marie de Médicis et le cardinal de
Bérulle échangèrent vivement quelques paroles à voix basse.
Le visage du roi prit une expression sévère, il jeta un regard oblique,
presque menaçant du côté d'où venaient les murmures, et continua:
--La question dont nous avons à nous occuper maintenant n'est donc pas
de discuter la paix ou la guerre, puisque la guerre est décidée, mais
l'époque où nous devons nous mettre en campagne,--bien entendu que les
opinions ouïes, nous nous réservons de décider en dernier ressort.
Parlez, monsieur de Bérulle, car vous êtes, nous ne l'ignorons pas,
l'expression d'une volonté que nous respectons toujours, même quand nous
ne la suivons pas.
Marie de Médicis fit à Louis XIII, qui avait parlé assis et couvert, un
léger signe de remerciement.
Puis se tournant vers Bérulle:
--Une invitation du roi est un ordre, dit-elle; parlez, monsieur le
cardinal.
Bérulle se leva.
--Le ministre du roi, dit-il avec affectation, appuyant sur ces deux
mots: -le ministre du roi-, a proposé de faire la guerre immédiatement,
et j'ai le regret d'être sur ce point encore, d'un avis diamétralement
opposé au sien. Si je ne suis point dans l'erreur, Sa Majesté a exprimé
son désir de conduire cette guerre en personne; or, pour deux raisons,
je me déclarerai contre cette guerre entreprise trop précipitamment. La
première de ces raisons la voici, c'est que l'armée du roi, fatiguée par
le long siége de La Rochelle, a besoin de se remettre dans de bons
quartiers d'hiver; quand la traînant des bords de l'Océan au pied des
Alpes sans lui laisser le temps de se reposer, on s'expose à voir les
soldats, rebutés par une longue marche, déserter en foule; ce serait une
cruauté d'exposer ces braves gens aux rigueurs de l'hiver, sur des
montagnes couvertes de neige et inaccessibles, et un crime de
lèse-majesté que d'y conduire le roi, eût-on l'argent nécessaire, et on
ne l'a pas, vu qu'il y a huit jours à peine, sur cent mille livres qu'a
fait demander l'auguste mère de Votre Majesté à son ministre, il n'a pu,
en arguant de la pénurie d'argent, lui envoyer que cinquante
mille,--eût-on l'argent nécessaire et on ne l'a pas, tous les mulets du
royaume ne suffiraient pas pour porter les vivres dont a besoin l'armée,
sans compter qu'il est impossible de transporter à cette époque de
l'année l'artillerie dans des chemins inconnus, et qu'il faudrait même
dans la saison d'été faire étudier par des ingénieurs. Ne vaut-il pas
mieux remettre l'expédition au printemps, on fixera d'ici là les
préparatifs, et la plupart des choses nécessaires se pourront conduire
par mer. Les Vénitiens, plus intéressés que nous dans l'affaire des ducs
de Mantoue, ne s'émeuvent pas de l'invasion du Montferrat par
Charles-Emmanuel et prétendent laisser tout le fait de l'entreprise au
roi. Doit-on présumer que ces messieurs s'embarqueront avec plus de
chaleur quand ils verront le duc de Mantoue plus opprimé et le secours
de la France encore plus éloigné; enfin, la chose que Sa Majesté doit
éviter encore plus soigneusement que toute autre, c'est de rompre avec
le roi catholique, ce qui serait infiniment plus préjudiciable à l'Etat
que la conservation de Cazal et de Mantoue ne peut être
avantageuse.--J'ai dit.
Le discours du cardinal de Bérulle parut avoir fait une certaine
impression sur le conseil; il ne discutait plus la guerre, en faveur de
laquelle le roi s'était déclaré, il discutait l'opportunité de cette
guerre dans le moment difficile où l'on se trouvait. D'ailleurs les
capitaines admis au conseil,--Bellegarde, le duc d'Angoulême, le duc de
Guise, Marillac-l'Epée--n'étant plus des jeunes gens--et ardents à la
guerre, parce qu'elle offrait des chances à leur ambition, demandaient
une guerre où il y eût plus de danger que de fatigue, attendu que, pour
braver la fatigue, il faut être jeune, tandis que pour braver le danger
il ne faut être que courageux.
Le cardinal se leva.
--Je vais répondre, dit-il, sur tous les points à mon honorable
collègue. Oui, quoique je ne pense pas que Sa Majesté ait encore pris
sur ce point une entière résolution, je crois qu'il entre dans les vues
du roi de conduire la guerre en personne. Sa Majesté sur ce point
décidera dans sa sagesse, et je n'ai qu'une crainte, c'est qu'elle
sacrifie ses propres intérêts à ceux de l'Etat, comme c'est le devoir
d'un roi de le faire. Quant à la question des fatigues que l'armée aura
à supporter, que le cardinal de Bérulle ne s'en inquiète point. Une
partie transportée par mer débarque à cette heure à Marseille et marche
sur Lyon, où sera le quartier général. L'autre avance à petites journées
à travers la France, bien nourrie, bien logée, bien payée, sans avoir
depuis un mois perdu un seul homme par la désertion, attendu que le
soldat bien payé, bien logé, bien nourri, ne déserte pas. Quant aux
difficultés que l'armée éprouvera à travers les Alpes, il vaut mieux les
affronter vite et avoir à lutter contre la nature que de donner à notre
ennemi le temps de hérisser les passages que l'armée compte prendre, de
canons et de forteresses.
Il est vrai qu'il y a quelques jours j'ai eu le regret de refuser
cinquante mille livres à l'auguste mère du roi, sur les cent mille
qu'elle m'avait fait l'honneur de me demander; mais je ne me suis permis
de décider cette réduction qu'après l'avoir soumise au roi qui l'a
approuvée; malgré ce refus qui n'indiquait point un manque d'argent,
mais la nécessité seulement de ne point faire de dépenses inutiles, nous
sommes financièrement en mesure de faire cette guerre; en engageant mon
honneur et mes biens particuliers, j'ai trouvé à emprunter six millions.
Quant aux chemins, leur étude est faite depuis longtemps, car depuis
longtemps Sa Majesté songe à cette guerre, et elle m'a ordonné d'envoyer
quelqu'un en Dauphiné, en Savoie et en Piémont pour les reconnaître, et
sur le travail qu'en a fait M. de Pontis, M. d'Ercure, maréchal des
logis des armées du roi, a donné une carte exacte du pays. Donc, tous
les préparatifs de la guerre sont faits, donc l'argent nécessaire à la
guerre est dans les coffres, et comme la guerre étrangère, de l'avis de
Sa Majesté, presse pour la gloire de ses armes et pour la réparation de
son honneur, que la guerre intestine qui, La Rochelle abattue et
l'Espagne occupée en Italie, ne paraît pas offrir de grands dangers, je
supplie Sa Majesté de vouloir bien décider à son tour que l'on entrera
immédiatement en campagne, répondant sur ma tête du succès de
l'entreprise. Et à mon tour, j'ai dit!
Et le cardinal reprit sa place, priant du regard le roi Louis XIII
d'appuyer la proposition qu'il venait de faire, et qui, d'ailleurs,
paraissait arrêtée d'avance entre lui et le roi.
Le roi ne fit point attendre le cardinal, et à peine fut-il assis et
eut-il cessé de parler, qu'étendant la main sur le tapis de la table.
--Messieurs, dit-il, c'est ma volonté que vous a fait connaître M. le
cardinal de Richelieu, mon ministre. La guerre est décidée contre M. le
duc de Savoie, et notre désir est que l'on ne perde pas de temps pour se
mettre en campagne. Ceux de vous qui auront des demandes à faire pour
être aidés dans leurs équipages, n'auront qu'à s'adresser à M. le
cardinal. Plus tard je ferai savoir si je ferai la guerre en personne,
et qui, dans cette guerre, sera mon lieutenant-général. Sur ce, le
conseil n'étant à autre fin, ajouta le roi en se levant, je prie Dieu,
messieurs, qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.
Le conseil est levé.
Et, saluant la reine-mère, Louis XIII se retira dans son appartement.
Le cardinal l'avait emporté sur les deux points proposés par lui, la
guerre contre le duc de Savoie et l'entrée immédiate en campagne. On ne
doutait donc point qu'il ne réussît mêmement sur le troisième, qui était
de se faire donner la conduite de la guerre, comme il s'était fait
donner la conduite du siége de La Rochelle.
Aussi chacun se réunit-il autour de lui pour le féliciter, même le garde
des sceaux Marillac, qui, tout en conspirant pour la reine, tenait à
conserver les apparences de la neutralité.
Marie de Médicis, les dents serrées par la colère, le sourcil froncé, se
retira donc de son côté, accompagnée seulement de Bérulle et de
Vauthier.
--Je crois, dit-elle, que nous pouvons dire comme François Ier après la
bataille de Pavie: «Tout est perdu, sauf l'honneur.»
--Bon, dit Vauthier, rien n'est perdu, au contraire tant que le roi
n'aura pas nommé M. de Richelieu son lieutenant général.
--Mais ne croyez-vous pas, dit la reine-mère, qu'il est déjà nommé
lieutenant général dans l'esprit du roi?
--C'est possible, dit Vauthier, mais il ne l'est pas encore en réalité.
--Avez-vous donc un moyen d'empêcher cette nomination? demanda Marie de
Médicis.
--Peut-être, répondit Vauthier; mais il faudrait que, sans perdre un
instant, j'eusse un entretien avec Mg le duc d'Orléans.
--Je vais le chercher, dit Bérulle, et je vous l'amène.
--Allez, dit la reine-mère, et ne perdez pas un instant.
Puis, se retournant vers Vauthier:
--Et ce moyen, lui demanda-t-elle, quel est-il?
--Quand nous serons dans un endroit où nous serons sûrs de n'être
écoutés ni entendus de personne, je le dirai à Votre Majesté.
--Venez vite alors.»
Et la reine et son conseiller se jetèrent dans un corridor conduisant
aux appartements particuliers de Marie de Médicis.
CHAPITRE VIII.
LE MOYEN DE VAUTHIER.
Quoiqu'il eût son appartement chez la reine-mère, c'est-à-dire au palais
du Luxembourg, le roi était rentré au Louvre pour échapper aux
obsessions dont il sentait bien qu'il ne pouvait manquer d'être l'objet,
de la part des deux reines.
Et, en effet, quoique rentré chez elle, Marie de Médicis eût écouté avec
la plus grande attention et approuvé le projet que lui avait exposé
Vauthier, avant de recourir à ce projet elle résolut de faire une
seconde tentative sur son fils.
Quant à Louis XIII, comme nous l'avons dit, il était resté chez lui, et,
à peine rentré, il avait fait appeler d'Angély.
Mais il avait d'abord demandé si M. de Baradas n'avait rien dit ou fait
dire.
Baradas avait gardé le silence le plus complet.
C'était ce silence dans lequel s'obstinait à demeurer le page boudeur,
qui avait causé la mauvaise humeur du roi au conseil, mauvaise humeur
qui n'avait point échappé à Vauthier, mauvaise humeur dont il
connaissait la cause, cause sur laquelle il avait basé tout son plan de
campagne.
Ainsi Louis XIII qui s'était assez peu avancé avec Mlle de Lautrec, se
promettait-il de suivre le conseil de l'Angély et d'aller en avant,
jusqu'à ce que le bruit de cette fantaisie arrivât jusqu'à Baradas, que
la crainte de perdre son crédit devait à l'instant même, selon l'Angély,
ramener aux pieds du roi.
Mais il surgissait dans ce projet un empêchement inattendu dont le roi
n'avait pu se rendre compte, et dont personne n'avait pu lui donner
l'explication; la veille au soir, quoiqu'elle fût de service, Mlle de
Lautrec n'était point venue au cercle de la reine, et Louis XIII, en
interrogeant celle-ci, n'avait eu d'autre réponse que quelques mots
exprimant le plus grand étonnement de la part d'Anne d'Autriche. De
toute la journée Mlle de Lautrec n'avait point paru au Louvre, la reine
l'avait inutilement fait chercher dans sa chambre et partout dans le
palais, personne ne l'avait vue et n'avait pu en donner des nouvelles.
Aussi le roi, intrigué de cette absence, avait-il chargé l'Angély d'en
prendre des informations de son côté, et c'était pour cela
particulièrement qu'aussitôt son retour il avait fait demander son fou.
Mais l'Angély n'avait pas été plus heureux que les autres, il revenait
sans aucun renseignement précis.
Au point de vue de son penchant pour Mlle de Lautrec, la chose était à
peu près indifférente à Louis XIII; mais il n'en était pas de même au
point de vue de Baradas: le moyen avait paru si infaillible à l'Angély,
que le roi avait fini par croire lui-même à son infaillibilité.
Il se désespérait donc, accusant le destin de prendre un soin tout
particulier de s'opposer à tout ce qu'il désirait, lorsque Beringhen
gratta doucement à la porte; le roi reconnut la manière de gratter de
Beringhen, et pensant que c'était une personne de plus--et une personne
du dévouement de laquelle il était sûr--à consulter, il répondit d'une
voix assez bienveillante:
--Entrez.
M. le Premier entra.
--Que me veux-tu, Beringhen? demanda le roi; ne sais-tu point que je
n'aime pas à être dérangé quand je m'ennuie avec l'Angély?
--Je n'en dirai pas autant, fit l'Angély, et vous êtes le bienvenu, M.
Beringhen.
--Sire, dit le valet de chambre, je ne me permettrais pas de déranger
Votre Majesté quand elle m'a dit qu'elle voulait s'ennuyer
tranquillement, pour quelqu'un qui n'aurait pas tout droit de me donner
des ordres; mais j'ai dû obéir à LL. MM. la reine Marie de Médicis et la
reine Anne d'Autriche.
--Comment! s'écria Louis XIII, les reines sont là?
--Oui, Sire.
--Toutes deux?
--Oui, Sire.
--Et elles veulent me parler ensemble?
--Ensemble, oui, sire.
Le roi regarda autour de lui, comme s'il cherchait de quel côté il
pourrait fuir, et peut-être eût-il cédé à son premier mouvement, si la
porte ne se fût point ouverte et si Marie de Médicis ne fût point entrée
suivie de la reine Anne d'Autriche.
Le roi devint très pâle et fut pris d'un petit tremblement fébrile,
auquel il était sujet quand il subissait une grande contrariété; mais
alors il se roidissait en lui-même et devenait inaccessible à la prière.
En ce cas-là, il faisait face au danger, avec l'immobilité et le sombre
entêtement d'un taureau qui présente les cornes.
Il se retourna vers sa mère comme vers l'antagoniste le plus dangereux:
--Par ma foi de gentilhomme, madame, je croyais la discussion finie avec
le conseil, et que, le conseil fini, j'échapperais à de nouvelles
persécutions. Que me voulez-vous? dites vite.
--Je veux, mon fils, dit Marie de Médicis, tandis que la reine, les
mains jointes, semblait s'unir par une prière mentale aux prières de sa
belle mère,--je veux que vous ayez pitié sinon de nous que vous
désespérez, du moins de vous-même. Ce n'est donc pas assez que, faible
et souffrant comme vous l'êtes, cet homme vous ait tenu six mois dans
les marais de l'Aunis; le voilà maintenant qui veut vous faire essuyer
les neiges des Alpes pendant les plus grandes rigueurs de l'hiver.
--Eh! madame, dit le roi, les fièvres de marais, auxquelles Dieu a
permis que j'échappasse, M. le cardinal ne les a-t-il point bravées
comme moi, et direz-vous qu'en m'exposant il se ménage? Ces neiges, ces
froideurs des Alpes, dois-je les supporter seul, et ne sera-t-il pas là,
à mes côtés, pour donner avec moi aux soldats, l'exemple du courage, de
la constance et des privations?
--Je ne conteste pas, mon fils; l'exemple fut en effet donné par M. le
cardinal en même temps que par vous; mais comparez-vous l'importance de
votre vie à la sienne? Dix ministres comme M. le cardinal peuvent mourir
sans que la monarchie soit une minute ébranlée; mais vous, à la moindre
indisposition, la France tremble, et votre mère et votre femme supplient
Dieu de vous conserver à la France et à elles!
La reine Anne d'Autriche se mit à genoux en effet.
--Monseigneur, dit-elle, nous sommes non-seulement à genoux devant le
Seigneur Dieu, mais devant vous, pour vous supplier comme nous
supplierions Dieu, de ne pas nous abandonner. Songez que ce que Votre
Majesté regarde comme un devoir est pour nous l'objet d'une terreur
profonde, et en effet, s'il arrivait malheur à Votre Majesté
qu'arriverait-il de nous et de la France?
--Le Seigneur Dieu, en permettant ma mort, en aurait prévu les suites et
serait là pour y pourvoir, madame. Il est impossible de rien changer aux
résolutions prises.
--Et pourquoi cela? demanda Marie de Médicis; est-il donc besoin,
puisque cette malheureuse guerre est décidée contre notre avis à
tous....
--A -toutes-! vous voulez dire, madame, interrompit le roi.
--Est-il donc besoin, continua Marie de Médicis, sans relever
l'interruption, que vous la fassiez en personne; n'avez-vous donc point
votre ministre bien-aimé?
--Vous savez, interrompit une seconde fois le roi, que je n'aime point
M. le cardinal, madame; seulement je le respecte, je l'admire et le
regarde, après Dieu, comme la providence de ce royaume.
--Eh bien! Sire, la Providence veille sur les Etats de loin comme de
près; chargez votre ministre de la conduite de cette guerre et restez
près de nous et avec nous.
--Oui, n'est-ce pas, pour que l'insubordination se mette dans les autres
chefs, pour que vos Guise, vos Bassompierre, vos Bellegarde refusent
d'obéir à un prêtre et compromettent la fortune de la France. Non,
madame, pour qu'on reconnaisse le génie de M. le cardinal, il faut que
je le reconnaisse tout le premier.--Ah! s'il y avait un prince de ma
maison auquel je pusse me fier.
--N'avez-vous pas votre frère? N'avez-vous pas Monsieur?
--Permettez-moi de vous dire, madame, que je vous trouve bien tendre à
l'endroit d'un fils désobéissant et d'un frère révolté.
--Et c'est justement, mon fils, pour faire rentrer dans notre
malheureuse famille la paix, qui semble exilée, que je suis si tendre à
l'endroit de ce fils, qui, je l'avoue, par sa désobéissance, mériterait
d'être puni au lieu d'être récompensé. Mais il est des moments suprêmes
où la logique cesse d'être la règle conductrice de la politique et où il
faut passer à côté de ce qui serait juste, pour arriver à ce qui est
bon, et Dieu lui-même nous donne parfois l'exemple de ces erreurs
nécessaires, en récompensant ce qui est mauvais, en punissant ce qui est
bon. Nommez, Sire, nommez votre ministre chef de la guerre, et mettez
sous ses ordres Monsieur comme lieutenant-général, et j'ai la certitude
que, si vous accordez cette faveur à votre frère, il renoncera à son
amour insensé et consentira au départ de la princesse Marie.
--Vous oubliez, madame, dit Louis XIII en fronçant le sourcil, que je
suis le roi, et par conséquent le maître; que, pour que ce départ ait
lieu, et il devrait avoir eu lieu depuis longtemps, il suffit, non pas
que mon frère consente, mais que j'ordonne; c'est lutter contre mon
pouvoir que de paraître consentir à faire une chose que j'ai le droit de
commander. Ma résolution est prise, madame; à l'avenir, je commanderai,
et il faudra se contenter de m'obéir. C'est ainsi que j'agis depuis deux
ans, c'est-à dire depuis le voyage d'Amiens, dit le roi, en appuyant sur
ces mots et en regardant la reine Anne d'Autriche, et depuis deux ans je
m'en trouve bien.
Anne, qui était restée aux genoux du roi, se releva à ces dures paroles
et fit un pas en arrière en portant ses mains à ses yeux, comme pour
cacher ses larmes.
Le roi fit un mouvement pour la retenir; mais ce mouvement fut à peine
visible, et il le réprima immédiatement.
Cependant, sa mère le remarqua, et lui saisissant les mains:
--Louis, mon enfant, lui dit-elle, ce n'est plus une discussion, c'est
une prière; ce n'est plus une reine qui parle au roi, c'est une mère qui
parle à son fils. Louis, au nom de mon amour, que vous avez méconnu
quelquefois, mais auquel vous avez toujours fini par rendre justice,
cédez à nos supplications; vous êtes le roi, c'est-à-dire qu'en vous
résident tout pouvoir et toute sagesse; revenez à votre première
décision, et, croyez-le bien, non seulement votre femme et votre mère,
mais la France vous en seront reconnaissantes.
--C'est bien, madame, dit le roi, pour terminer une discussion qui le
fatiguait, la nuit porte conseil, et je réfléchirai cette nuit à tout ce
que vous m'avez dit.
Et il fit à sa mère et à sa femme un de ces saluts comme en savent faire
les rois, et qui disent que l'audience est terminée.
Les deux reines sortirent, Anne d'Autriche s'appuyait sur le bras de la
reine mère, mais à peine eurent-elles fait vingt pas dans le corridor
qu'une porte s'ouvrit, et qu'à travers l'entrebâillement de cette porte
parut la tête de Gaston d'Orléans.
--Eh bien? demanda-t-il.
--Eh bien! dit la reine-mère, nous avons fait ce que nous avons pu,
c'est à vous de faire le reste.
--Savez-vous où est l'appartement de M. de Baradas? demanda le duc.
--Je m'en suis informée: la quatrième porte à gauche, presque en face de
la chambre du roi.
--C'est bien, dit Gaston, quand je devrais lui promettre mon duché
d'Orléans, il fera ce que nous voulons; quitte après, bien entendu, à ne
pas le lui donner.
Et les deux reines et le jeune prince se quittèrent, les reines rentrant
dans leur appartement, S. A. R. Gaston d'Orléans marchant dans le sens
opposé et gagnant sur la pointe du pied l'appartement de M. de Baradas.
Nous ignorons ce qui se passa entre Monsieur et le jeune page, si
Monsieur lui promit le duché d'Orléans, ou l'un de ses duchés de Dombes
ou de Montpensier; mais, ce que nous savons, c'est qu'une demi-heure
après être entré dans la tente d'Achille, l'Ulysse moderne regagnait,
toujours sur la pointe du pied, l'appartement des deux reines, dont il
ouvrait la porte d'un air joyeux et en disant d'une voix pleine
d'espérance:
--Victoire! il est chez le roi.
Et, en effet, presque au même instant, surprenant Sa Majesté au moment
où elle s'y attendait le moins, M. de Baradas ouvrait, sans se donner la
peine de gratter selon l'étiquette, la porte du roi Louis XIII, qui
jetait un cri de joie en reconnaissant son page et le recevait à bras
ouverts.
CHAPITRE IX.
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