--Alors, continua Bassompierre, je pris tout, pistoles et demi-pistoles,
j'ouvris une fenêtre, et je les jetai aux laquais qui attendaient dans
la cour; puis je revins faire le jeu avec des pistoles entières.
--Ah! ah! dit le roi, vous avez fait cela, Bassompierre?
--Oui Sire, et votre auguste mère dit même à ce sujet: «Aujourd'hui,
Bassompierre fait le roi, et le roi fait Bassompierre.»
--Foi de gentilhomme, c'était bien dit, s'écria Louis XIII; et qu'a
répondu mon père?
--Sire, sans doute, ses malheurs conjugaux avec la reine Marguerite
l'avaient rendu injuste, car il a répondu très faussement à mon avis:
«Vous voudriez bien qu'il fût le roi, vous auriez un mari plus jeune!»
--Et qui gagna la partie? demanda Louis XIII.
--Le roi Henri IV, Sire; à telles enseignes qu'il empocha, dans la
préoccupation que lui avait sans doute donnée l'observation de la reine,
qu'il empocha, quoi qu'en dise Votre Majesté, l'enjeu entier, sans me
rendre même la différence qu'il y avait entre les pistoles et les
demi-pistoles.
--Oh! dit le duc d'Angoulême, je lui ai vu voler mieux que cela.
--A mon père? demanda Louis XIII.
--Je lui ai vu voler un manteau, moi.
--Un manteau!
--Il est vrai qu'il n'était encore que roi de Navarre.
--Bon, dit Louis XIII, racontez-nous cela, mon cousin.
--Le roi Henri III venait de mourir assassiné à Saint-Cloud, dans cette
maison de M. de Gondy où la Saint-Barthélemy avait été résolue par lui,
n'étant encore que duc d'Anjou, et le jour anniversaire de celui où
cette résolution avait été prise; or, le roi de Navarre était là,
puisque ce fut entre ses bras que Henri III mourut, en lui léguant le
trône; et comme il lui fallait porter le deuil en velours violet, et
qu'il n'avait pas de quoi acheter un pourpoint et des chausses, il roula
le manteau du mort, qui était justement de la couleur et de l'étoffe
qu'il lui fallait pour son deuil, le mit sous son bras et se sauva,
croyant que nul n'avait fait attention à lui; mais Sa Majesté avait pour
excuse, si les rois ont besoin d'excuse pour voler, qu'elle était si
pauvre que, sans le hasard de ce manteau, elle n'eût point su porter le
deuil.
--Plaignez-vous donc, maintenant, mon cousin, que vous ne pouvez pas
payer vos domestiques, dit le roi, quand le roi n'avait pas même une
chambre qu'il pût louer quatre mille écus par an à un alchimiste.
--Excusez-moi, Sire, dit le duc d'Angoulême, il est impossible que mes
domestiques se soient plaints de ce que je ne les payais pas; mais je ne
me suis jamais plaint, moi, de ne pas pouvoir les payer. A telles
enseignes, comme disait tout à l'heure M. de Bassompierre, que la
dernière fois qu'ils sont venus me demander leurs gages, protestant
qu'ils n'avaient pas un carolus, je leur ai répondu tout simplement:
«C'est à vous de vous pourvoir, imbéciles que vous êtes. Quatre rues
aboutissent à l'hôtel d'Angoulême, vous êtes en bon lieu,
industriez-vous.» Ils ont suivi mon conseil; depuis ce temps-là on
entend bien parler de quelques vols de nuit dans la rue Pavée, dans la
rue des Francs-Bourgeois, dans la rue Neuve-Sainte Catherine et dans la
rue de la Couture; mais mes drôles ne me parlent plus de leurs gages.
--Oui, dit Louis XIII, et un beau jour je les ferai pendre, vos drôles,
devant la porte de votre hôtel.
--Si vous êtes en faveur près du cardinal, Sire, dit en riant le duc
d'Angoulême.
Et il se jeta sur une longe de veau, qu'il se mit à transpercer, avec
non moins de fureur que si la lardoire était une épée et la longue de
veau le cardinal.
--Ah! par ma foi, Louis, dit l'Angély, m'est avis que c'est toi cette
fois qui es lardé.
CHAPITRE II.
PENDANT QUE LE ROI LARDE.
C'étaient ces répliques-là, que son entourage, au reste, ne lui
épargnait point, qui mettaient le roi en rage contre son ministre et qui
lui faisaient de ces révolutions subites et inattendues qui mettaient
incessamment le cardinal à deux doigts de sa perte.
Si les ennemis de Son Eminence prenaient Louis XIII dans un de ces
moments-là, il adoptait avec eux les résolutions les plus désespérées,
quitte à ne pas les suivre, et leur faisait les plus belles promesses,
quitte à ne point les tenir.
Or, comme la bile que lui avait fait faire le duc d'Angoulême lui
montait à la gorge, le roi, tout en lardant sa longe de veau, regardait
autour de lui, cherchant quelqu'un qui lui donnât une occasion plausible
de laisser tomber sur lui sa colère, ses yeux s'arrêtèrent alors sur ses
deux musiciens, placés sur une espèce d'estrade, l'un égratignant son
luth, l'autre raclant sa viole, avec la même animosité que le roi
mettait à piquer son veau.
Il s'aperçut d'une chose à laquelle jusque-là il n'avait fait aucune
attention, c'est que chacun d'eux n'était habillé qu'à moitié.
Molinier, qui avait un pourpoint, n'avait ni trousses, ni bas.
Justin, qui avait des trousses et des bas, n'avait pas de pourpoint.
--Ouais! dit Louis XIII, que signifie cette mascarade?
--Un instant, dit l'Angély, c'est à moi de répondre.
--Fou! s'écria le roi, prends garde de me lasser à la fin!
L'Angély prit une lardoire des mains de Georges et se mit en garde comme
s'il tenait une épée.
--Avec cela que j'ai peur de toi, dit-il, avance si tu l'oses.
L'Angély avait près de Louis XIII des priviléges que nul n'avait. Tout
au contraire des autres rois, Louis XIII ne voulait pas être égayé; le
plus souvent, quand ils étaient seuls, leur conversation roulait sur la
mort; Louis XIII aimait fort à faire, sur le -peut-être- de l'autre
monde, les plus fantastiques et surtout les plus désespérantes
suppositions; l'Angély l'accompagnait et souvent le guidait dans ce
pélerinage d'outre-tombe; il était l'Horatio de cet autre prince de
Danemark, cherchant--qui sait? peut-être comme le premier les
meurtriers de son père, et le dialogue d'Hamlet avec les fossoyeurs
était une conversation folâtre près de la leur.
C'était donc, dans ces discussions folâtres avec l'Angély, presque
toujours le roi qui finissait par céder et qui revenait au bouffon.
Il en fut encore ainsi cette fois.
--Voyons, dit Louis XIII, explique-toi, bouffon.
--Louis, qui as été nommé Louis-le-Juste, parce que tu es né sous le
signe de la Balance, sois une fois digne de ton nom, pour que mon
confrère Nogent ne t'insulte pas comme il a fait tout à l'heure. Hier,
pour je ne sais quelle niaiserie, tu as eu, toi, roi de France et de
Navarre, la pauvreté de retrancher à ces malheureux la moitié de leurs
appointements, et ils ne peuvent s'habiller qu'à moitié. Et maintenant,
si tu veux t'en prendre à quelqu'un de la négligence de leur toilette,
cherche-moi querelle à moi, car c'est moi qui leur ai donné le conseil
de venir ainsi.
--Conseil de fou! dit le roi.
--Il n'y a que ceux-là qui réussissent, reprit l'Angély.
Les deux musiciens se levèrent et firent la révérence.
--C'est bien, c'est bien, dit le roi. Assez; puis il regarda autour de
lui pour voir ceux qui se livraient au même travail que lui.
Des Noyers piquait un lièvre, La Vieuville un faisan, Nogent un boeuf,
Saint-Simon, qui ne piquait pas, lui tenait l'assiette au lard.
Bassompierre causait avec le duc de Guise, Baradas jouait au bilboquet,
le duc d'Angoulême s'était accommodé dans un fauteuil et dormait ou
faisait semblant de dormir.
--Que dites-vous là, au duc de Guise, maréchal? Ce doit être fort
intéressant.
--Pour nous, oui, Sire, répondit Bassompierre: M. le duc de Guise me
cherche querelle.
--A quel propos?
--Il paraît que M. de Vendôme s'ennuie en prison.
--Bon! dit l'Angély, je croyais qu'on ne s'ennuyait qu'au Louvre.
--Et, continua Bassompierre, il m'a écrit.
--A vous?...
--Probablement il me croit en faveur.
--Eh bien, que veut-il, mon frère de Vendôme?
--Que tu lui envoies un de tes pages, dit l'Angély.
--Tais-toi, fou! dit le roi.
--Il veut sortir de Vincennes et faire la guerre d'Italie.
--Alors, dit l'Angély, gare aux Piémontais s'ils tournent le dos.
--Et il vous écrit? demanda le roi.
--Oui, en me disant qu'il regarde la chose comme inutile, attendu que je
devais être de la coterie de M. de Guise.
--Pourquoi cela?
--Parce que je suis l'amant de Mme de Conti, sa soeur.
--Et que lui avez-vous répondu?
--Je lui ai répondu que cela n'y faisait rien, que j'avais été l'amant
de toutes ses tantes, et que je ne l'en aimais pas mieux pour cela.
--Et vous, mon cousin d'Angoulême, que faites-vous? demanda le roi.
--Je rêve, Sire.
--A quoi?
--A la guerre du Piémont.
--Et que rêvez-vous?
--Je rêve, Sire, que Votre Majesté se met à la tête de ses armées et
marche en personne sur l'Italie, et que, sur un des plus hauts rochers
des Alpes, on inscrit son nom entre ceux d'Annibal et de Charlemagne.
Que dites-vous de mon rêve, Sire?
--Qu'il vaut mieux rêver comme cela que veiller comme font les autres,
dit l'Angély.
--Et qui commandera sous moi: mon frère ou le cardinal? demanda le roi.
--Entendons-nous, dit l'Angély, si c'est ton frère, il commandera -sous
toi-, mais si c'est le cardinal, il commandera -sur toi-.
--Là où est le roi, dit le duc de Guise, personne ne commande.
--Bon! dit l'Angély, avec cela que votre père, le Balafré, n'a pas
commandé dans Paris du temps du roi Henri III.
--La chose n'en a pas mieux tourné pour lui, dit Bassompierre.
--Messieurs, dit le roi, la guerre du Piémont est une grosse affaire,
aussi a-t-il été arrêté entre ma mère et moi qu'elle serait décidée en
conseil. Vous avez déjà dû être prévenu, maréchal, que vous assisteriez
à ce conseil. Mon cousin d'Angoulême et M. de Guise, je vous préviens de
mon côté; je ne vous cache pas qu'il y a dans le conseil de la reine un
grand parti pour Monsieur.
--Sire, reprit le duc d'Angoulême, je le dis hautement et d'avance, mon
avis sera pour M. le cardinal. Après l'affaire de La Rochelle, ce serait
lui faire une grande injustice que de lui ôter le commandement pour tout
autre que le roi.
--C'est votre avis? dit Louis XIII.
--Oui, Sire.
--Savez-vous qu'il y a deux ans, le cardinal voulait vous envoyer à
Vincennes, et que c'est moi qui l'en ai empêché?
--Votre Majesté a eu tort.
--Comment, j'ai eu tort?
--Oui. Si Son Eminence voulait m'envoyer à Vincennes, c'est que je
méritais d'y aller.
--Prends exemple sur ton cousin d'Angoulême, dit l'Angély, c'est un
homme d'expérience.
--Je présume, mon cousin, que si l'on vous offrait le commandement de
l'armée, vous ne seriez point de cet avis-là.
--Si mon roi que je respecte, et auquel je dois obéir, m'-ordonnait- de
prendre le commandement de l'armée, je le prendrais; mais s'il se
contentait de me l'-offrir-, je le porterais à Son Eminence, en lui
disant: Faites-moi une part égale à celle de M. de Bassompierre, de
Bellegarde, de Guise et de Créquy, et je serai trop heureux.
--Peste, M. d'Angoulême, dit Bassompierre, je ne vous savais pas si
modeste.
--Je suis modeste quand je me juge, maréchal, et orgueilleux quand je me
compare.
--Et toi, Louis, voyons, pour qui seras-tu? Pour le cardinal, pour
MONSIEUR, ou pour toi? Quant à moi, je déclare qu'à ta place je
nommerais MONSIEUR.
--Et pourquoi cela? fou.
--C'est parce qu'ayant été malade tout le temps du siége de La Rochelle,
il aurait peut-être l'idée de prendre sa revanche en Italie. Peut-être
les pays chauds conviennent-ils mieux à ton frère que les pays froids.
--Pas quand il y fait trop chaud, dit Baradas.
--Ah! tu te décides à parler, dit le roi.
--Oui, répliqua Baradas, quand je trouve quelque chose à dire.
--Pourquoi ne piques-tu pas?
--Mais parce que j'ai les mains propres, et que je ne veux pas sentir
mauvais.
--Tiens! dit Louis XIII, tirant un flacon de sa poche, voilà de quoi te
parfumer.
--Qu'est-ce? demanda Baradas.
--De l'eau de Naffe.
--Vous savez que je la déteste, votre eau de Naffe.
Le roi s'approcha de Baradas et lui jeta au visage quelques gouttes de
l'eau contenue dans son flacon.
Mais, à peine l'eau eut-elle touché le jeune homme, qu'il bondit sur le
roi, lui arracha le flacon des mains et le brisa sur le plancher.
--Ah! messieurs, dit le roi en pâlissant, que feriez-vous si un page se
rendait coupable envers vous d'une insulte pareille à celle que ce petit
coquin s'est permise à mon égard?
On se tut.
Bassompierre seul, incapable de retenir sa langue, dit:
--Sire, je le ferais fouetter.
--Ah! vous me feriez fouetter, monsieur le maréchal, dit Baradas
exaspéré.
Et tirant son épée malgré la présence du roi, il s'élança sur le
maréchal.
Le duc de Guise et le duc d'Angoulême le retinrent.
--Monsieur Baradas, comme il est défendu, sous peine d'avoir le poing
coupé, de tirer l'épée devant le roi, vous permettrez que je me tienne
dans le respect que je lui dois; mais, comme vous méritez une leçon, je
vais vous la donner. Georges, une lardoire.
Et prenant des mains de l'écuyer une lardoire:
--Lâchez M. Baradas, dit Bassompierre.
On lâcha Baradas qui, malgré les cris du roi, se jeta furieux sur le
maréchal. Mais le maréchal était un vieil escrimeur qui, s'il n'avait
pas beaucoup tiré l'épée contre l'ennemi, l'avait plus d'une fois tirée
contre ses amis; de sorte qu'avec une adresse parfaite, sans se lever du
fauteuil où il était assis, il para les coups que lui portait le favori,
et profitant du premier jour qu'il trouva, lui enfonça sa lardoire dans
l'épaule et l'y laissa.
--Là, dit-il, mon petit jeune homme, cela vaut encore mieux que le
fouet, et vous vous en souviendrez plus longtemps.
En voyant le sang rougir la manche de Baradas, le roi poussa un cri.
--M. de Bassompierre, dit-il, ne vous présentez jamais devant moi.
Le maréchal prit son chapeau.
--Sire, dit-il, Votre Majesté me permettra d'en appeler de cet arrêt.
--A qui? demanda le roi.
--A Philippe éveillé.
Et tandis que le roi criait:--Bouvard! que l'on m'aille chercher
Bouvard! Bassompierre sortait haussant les épaules, saluant de la main
le duc d'Angoulême et le duc de Guise, en murmurant:
--Lui, le fils de Henri IV? Jamais!...
CHAPITRE III.
LE MAGASIN D'ILDEFONSE LOPEZ.
Nos lecteurs se rappelleront sans doute avoir vu dans le rapport de
Souscarrières au cardinal que Mme de Fargis et l'ambassadeur d'Espagne,
M. de Mirabel, avaient échangé un billet chez le lapidaire Lopez.
Or ce que ne savait point Souscarrières, c'est que le lapidaire Lopez
appartenait corps et âme au cardinal, chose à laquelle il avait tout
intérêt, car à son double titre de mahométan et de juif--il passait
près des uns pour être juif, et près des autres pour être mahométan--il
eût eu grand'peine à se tirer d'affaires sans avanies, malgré le soin
qu'il avait de manger ostensiblement du porc tous les jours, pour
prouver qu'il n'était sectateur ni de Moïse, ni de Mahomet, qui tous
deux défendaient à leurs adeptes la chair du pourceau.
Et cependant, un jour, il avait failli payer cher la bêtise d'un maître
des requêtes: accusé de payer en France des pensions pour l'Espagne, un
maître des requêtes se présenta chez lui, visita ses registres, et y
trouva cette inscription, qu'il déclara des plus compromettantes:
-«Guadaçamilles por el senor de Bassompierre.»-
Lopez, prévenu qu'il allait être accusé de haute trahison, de compte à
demi avec le maréchal, courut chez Mme de Rambouillet, qui était, avec
la belle Julie, une de ses meilleures pratiques; il venait lui demander
sa protection et lui dire que tout son crime était d'avoir porté sur son
registre de demandes:
-«Guadaçamilles por el senor de Bassompierre.»-
Madame de Rambouillet fit descendre son mari, et lui exposa le cas.
Celui-ci courut aussitôt chez le maître des requêtes, qui était de ses
amis, auquel il affirma l'innocence de Lopez.
--Et cependant, mon cher marquis, la chose est claire, lui dit le maître
des requêtes: -Guadaçamilles-.
Le marquis l'arrêta.
--Parlez-vous espagnol? demanda-t-il au magistrat.
--Non.
--Savez-vous ce que veut dire: -Guadaçamilles-?
--Non, mais par le nom seul, je préjuge que cela signifie quelque chose
de formidable.
--Eh bien! mon cher monsieur, cela signifie: Tapisserie de cuir pour M.
de Bassompierre.
Le maître des requêtes n'y voulait point croire. Il fallut qu'on se
procurât un dictionnaire espagnol et que le maître des requêtes y
cherchât lui-même la traduction du mot qui l'avait tant préoccupé.
Le fait est que Lopez était d'origine mauresque; mais les Maures ayant
été chassés d'Espagne en 1610, Lopez avait été envoyé en France pour y
plaider les intérêts des fugitifs et adressé à M. le marquis de
Rambouillet, qui parlait espagnol. Lopez était un homme d'esprit; il
conseilla à des marchands de draps une opération à Constantinople:
l'opération réussit; les marchands lui firent, dans leurs bénéfices, une
part sur laquelle il ne comptait pas: avec cette part, il acheta un
diamant brut, le fit tailler, gagna dessus, de sorte que de toutes parts
on lui envoyait des diamants bruts comme au meilleur tailleur de
diamants qui existât. Il en résulta que toutes les belles pierreries de
l'époque lui passèrent par les mains, d'autant plus qu'il eut la chance
de trouver un ouvrier encore plus habile que lui, qui consentit à
s'engager à son service. Cet homme était tellement adroit que, lorsqu'il
était nécessaire, il fendait un diamant en deux.
Lorsqu'il s'était agi du siége de La Rochelle, le cardinal l'avait
envoyé en Hollande pour faire faire des vaisseaux, et même pour en
acheter de tout faits. A Amsterdam et à Rotterdam, il avait acheté une
foule de choses venant de l'Inde et de la Chine, de façon qu'il avait en
quelque sorte non-seulement importé, mais encore inventé le bric-à-brac
en France.
Sa mission en Hollande ayant achevé de faire sa fortune, et tout le
monde ayant ignoré la véritable cause du voyage, il avait pu appartenir
à Mgr le cardinal sans que personne s'en doutât.
Lui aussi avait remarqué cette coïncidence de la visite de l'ambassadeur
d'Espagne avec Mme de Fargis, et son tailleur de diamants avait vu le
billet échangé, de sorte que le cardinal avait de son côté reçu un
double avis, et comme l'avis de Lopez confirmait en tout point celui de
Souscarrières, il en avait pris une plus grande estime pour
l'intelligence de ce dernier.
Le cardinal savait donc, lorsque la reine, dans la matinée du 14, fit
demander des chaises pour toute sa maison, qu'il était question,
non-seulement d'une visite de femme qui veut acheter des bijoux, mais
encore de reine qui veut vendre un royaume.
Aussi le 14 décembre, vers onze heures du matin, au moment où M. de
Bassompierre plantait une lardoire dans le deltoïde de Baradas, et comme
la reine était près de descendre, accompagnée de Mme de Fargis,
d'Isabelle de Lautrec, de Mme de Chevreuse et de Patrocle, son premier
écuyer, Mme Bellier, sa première femme de chambre, entra tenant d'une
main une cage à perroquet recouverte d'une mante espagnole, et de
l'autre, une lettre:
--Ah! mon dieu! que m'apportez-vous là? demanda la reine.
--Un cadeau que fait à Votre Majesté S. A. l'infante Claire-Eugénie.
--Alors, cela nous arrive de Bruxelles? fit la reine.
--Oui, Votre Majesté, et voici la lettre de la princesse vous annonçant
ce cadeau.
--Voyons d'abord, dit avec une curiosité féminine la reine en étendant
la main vers la mante.
--Non pas, dit Mme de Bellier, tirant la cage en arrière, Votre Majesté
doit d'abord lire la lettre.
--Et qui a porté la lettre et la cage?
--Michel Danse, l'apothicaire de Votre Majesté. Votre Majesté sait que
c'est lui qui est votre correspondant en Belgique. Voici la lettre de
Son Altesse.
La reine prit la lettre, la décacheta et lut:
«Ma chère nièce, je vous envoie un perroquet merveilleux qui, pourvu
que vous ne l'effarouchiez pas en le découvrant, vous fera un
compliment en cinq langues différentes. C'est un bon petit animal,
bien doux et bien fidèle. Vous n'aurez jamais, j'en suis sûre, à vous
plaindre de lui.
«Votre tante dévouée,
«CLAIRE-EUGÉNIE.»
--Ah! dit la reine--qu'il parle! qu'il parle!
Aussitôt une petite voix sortit de dessous la mante, et dit en français:
---La reine Anne d'Autriche est la plus belle princesse du monde.-
--Ah! c'est merveilleux! s'écria la reine. Je voudrais maintenant, mon
cher oiseau, vous entendre parler espagnol.
A peine ce souhait était exprimé, que le perroquet disait:
---Yo quiero dona Anna hacer por usted todo para que sus deseos
lleguen.-
--Maintenant en italien, dit la reine. Avez-vous quelque chose à me dire
en italien?
L'oiseau ne se fit point attendre, et l'on entendit la même voix, avec
l'accent italien seulement dire:
---Dares la mia vita per la carissima patrona mia!-
La reine battit les mains de joie.
--Et quelles sont les autres langues que parle encore mon perroquet?
demanda-t-elle.
--L'anglais et le hollandais, Majesté, répondit Mme de Bellier.
--En anglais, en anglais, dit Anne d'Autriche.
Et le perroquet, sans autre sommation, dit aussitôt:
---Give me your hand, and I shall give you my heart.-
--Ah! dit la reine, je ne comprends pas très bien. Vous savez l'anglais,
ma chère Isabelle?
--Oui, madame.
--Avez-vous compris?
--Le perroquet a dit:
«Donnez-moi votre main, je vous donnerai mon coeur.»
--Oh! bravo! dit la reine. Et maintenant, quelle langue avez-vous dit
qu'il parlait encore, Bellier?
--Le hollandais, madame.
--Oh! quel malheur! s'écria la reine, personne ici ne sait le
hollandais.
--Si fait, Votre Majesté, répondit Mme de Fargis, Beringhen est de la
Frise; il sait le hollandais.
--Appelez Beringhen, dit la reine; il doit être dans l'antichambre du
roi.
Mme de Fargis courut et ramena Beringhen.
C'était un grand et beau garçon, blond de cheveux, roux de barbe, moitié
Hollandais, moitié Allemand, quoiqu'il eût été élevé en France,
très-aimé du roi, auquel, de son côté, il était très dévoué.
Mme de Fargis accourut le tirant par la manche; il ignorait ce qu'on lui
voulait, et, fidèle à sa consigne, il avait fallu faire valoir l'ordre
exprès de la reine pour qu'il quittât son poste, à l'antichambre.
Mais le perroquet était si intelligent, qu'une fois Beringhen entré, il
comprit qu'il pouvait parler hollandais, et sans attendre qu'on lui
demandât son cinquième compliment, il dit:
---Och myne welbeminde koningin ik bemin maar ik bemin u meer in
hollandsch myne niefte geboorte taal.-
--Oh! oh! fit Beringhen fort étonné, voilà un perroquet qui parle
hollandais comme s'il était d'Amsterdam.
--Et que m'a-t-il dit, s'il vous plaît, M. de Beringhen? demanda la
reine.
--Il a dit à Votre Majesté:
«Oh! ma bien aimée reine, je vous aime; mais vous aime encore plus en
hollandais, ma chère langue natale.»
--Bon, dit la reine, maintenant on peut le voir, et je ne doute pas
qu'il ne soit aussi beau que bien instruit.
En disant ces mots, elle tira la mante, et, chose dont on s'était déjà
douté, au lieu d'un perroquet, on trouva dans la cage une jolie petite
naine en costume frison, ayant à peine deux pieds de haut, et qui fit
une belle révérence à Sa Majesté.
Puis elle sortit de la cage par la porte, qui était assez haute pour
qu'elle pût passer sans se baisser, et fit une seconde révérence des
plus gracieuses à la reine.
La reine la prit entre ses bras et l'embrassa comme elle eût fait d'un
enfant, et de fait, quoiqu'elle eût quinze ans passées, elle n'était pas
beaucoup plus grande qu'une petite fille de deux ans.
En ce moment on entendit par le corridor appeler:
--Monsieur le premier! monsieur le premier!
C'était ainsi que l'on appelait, selon l'étiquette de la cour, le
premier valet de chambre.
Beringhen, qui n'avait plus affaire chez la reine, sortit rapidement et
rencontra à la porte le second valet de chambre qui le cherchait.
La reine entendit ces mots échangés rapidement, tandis que la porte
était encore ouverte:
--Qu'y a-t-il?
--Le roi demande M. Bouvard.
--Mon Dieu! dit la reine, serait-il arrivé malheur à Sa Majesté?
Et elle sortit pour s'informer; mais elle ne fit qu'apercevoir les
chausses des deux valets de chambre, qui couraient chacun dans une
direction différente.
On vint prévenir la reine que les chaises étaient prêtes.
--Oh! dit-elle, je ne puis cependant point sortir sans savoir ce qui est
arrivé chez le roi.
--Que Votre Majesté n'y va-t-elle? dit Mlle de Lautrec.
--Je n'ose, dit la reine, le roi ne m'ayant pas fait demander.
--Etrange pays, murmura Isabelle, que celui où une femme inquiète n'ose
point demander des nouvelles de son mari!
--Voulez-vous que j'aille en prendre, moi? dit Mme de Fargis.
--Et si le roi se fâche?
--Bon! il ne me mangera pas, votre roi Louis XIII.
Puis s'approchant de la reine tout bas:
--Que je le prenne entre deux portes, et je vous rapporterai de ses
nouvelles.
Et, en trois bonds, elle fut dehors.
Au bout de cinq minutes, elle rentra, précédée par un bruyant éclat de
rire.
La reine respira.
--Il paraît que cela n'est pas bien grave? dit-elle.
--Très grave, au contraire, il y a eu un duel.
--Un duel! fit la reine.
--Oui, en présence du roi même.
--Et quels sont les audacieux qui ont osé?
--M. de Bassompierre et M. Baradas. M. de Baradas a été blessé.
--D'un coup d'épée?
--Non, d'un coup de lardoire.
Et Mme de Fargis, qui avait repris son sérieux, éclata de nouveau d'un
de ces rires bruyants et égrenés comme un chapelet de perles, qui
n'appartenait qu'à cette joyeuse nature.
--Maintenant que vous voilà renseignées, mesdames, dit la reine, je ne
crois pas que cet accident doive empêcher votre visite au signor Lopez.
Et comme Baradas, tout beau garçon qu'il était, n'inspirait une grande
sympathie ni à la reine ni aux dames de sa suite, personne n'eut l'idée
de faire la moindre objection à la proposition de la reine.
Celle-ci mit sa petite naine entre les bras de Mme Bellier. On lui avait
demandé son nom, et elle avait répondu qu'elle s'appelait Gretchen, ce
qui veut dire à la fois Marguerite et perle.
Au bas du grand escalier du Louvre, on trouva les chaises; il y en avait
une à deux places, la reine y monta avec Mme de Fargis et la petite
Gretchen.
Dix minutes après, on descendait chez Lopez, qui demeurait au coin de la
rue du Mouton et de la place de Grève.
Au moment où les porteurs déposèrent la chaise où était la reine devant
la porte de Lopez, qui se tenait devant le seuil, le bonnet à la main,
un jeune homme se précipita pour ouvrir la chaise et offrir le poignet à
la reine.
Ce jeune homme, c'était le comte de Moret.
Un mot de la cousine Marina avait prévenu le cousin Jaquelino que la
reine devait se trouver de onze heures à midi chez Lopez, et il y était
accouru.
Venait-il pour saluer la reine, pour serrer la main à Mme de Fargis, ou
pour échanger un regard avec Isabelle, c'est ce que nous ne saurions
dire; mais ce que nous pouvons affirmer, c'est que, dès qu'il eut salué
la reine et qu'il eut serré la main de Mme de Fargis, il courut à la
seconde litière, et offrant son bras à Mlle de Lautrec, avec le même
cérémonial qu'il avait fait pour la reine:
--Excusez moi, mademoiselle, dit-il à Isabelle, de ne point être venu
d'abord à vous, comme le voulait absolument mon coeur; mais là où est la
reine, le respect doit passer avant tout, même avant l'amour.
Et saluant la jeune fille qu'il venait d'amener au groupe qui se formait
autour de la reine, il fit un pas en arrière, sans lui donner le temps
de lui répondre autrement que par sa rougeur.
La manière de procéder du comte de Moret était si différente de celle
des autres gentilshommes, et dans les trois circonstances où il s'était
trouvé en face d'Isabelle, il lui avait manifesté tant de respect et
exprimé tant d'amour, qu'il était impossible que chacune de ces
rencontres n'eût pas laissé sa trace dans le coeur de la jeune fille.
Aussi demeura-t-elle immobile et pensive dans un coin du magasin de
Lopez, sans s'occuper le moins du monde de toutes les richesses
déployées devant elle.
Aussitôt arrivée, la reine avait cherché des yeux l'ambassadeur
d'Espagne, et l'avait aperçu causant avec le tailleur de diamants,
auquel il paraissait demander la valeur de quelques pierreries.
Elle, de son côté, apportait à Lopez un magnifique filet de perles;
quelques-unes étaient mortes, et il s'agissait de les remplacer par des
perles vivantes.
Mais le prix des huit ou dix perles qui manquaient était si élevé, que
la reine hésitait à dire à Lopez de les lui fournir, lorsque Mme de
Fargis qui causait avec le comte de Moret, et qui avait une oreille à ce
que lui disait Antoine de Bourbon et une autre à ce que disait la reine,
accourut:
--Qu'a donc Votre Majesté? demanda-t-elle, et de quelle chose est-elle
donc embarrassée?
--Vous le voyez, ma chère, d'abord j'ai envie de ce beau crucifix, et ce
juif de Lopez ne veut pas me le donner à moins de mille pistoles.
--Ah! dit Mme de Fargis, ce n'est pas raisonnable, Lopez, de vendre la
copie mille pistoles, quand vous n'avez vendu l'original que trente
deniers.
--D'abord, dit Lopez, je ne suis pas juif, je suis musulman.
--Juif ou musulman, c'est tout un, dit Mme de Fargis.
--Et puis, continua la reine, j'ai besoin de douze perles pour ressortir
mon collier, et il veut me les vendre cinquante pistoles la pièce.
--N'est-ce que cela qui vous embarrasse? demanda Mme de Fargis; j'ai vos
sept cents pistoles.
--Où cela, ma mie? demanda la reine.
--Mais dans les poches de ce gros homme noir, qui marchande là-bas toute
cette tapisserie de l'Inde.
--Eh mais, c'est Particelli.
--Non, ne confondons pas, c'est M. d'Emery.
--Mais Particelli et d'Emery, n'est-ce pas le même?
--Pour tout le monde, madame, mais pas pour le roi.
--Je ne comprends pas.
--Comment! vous ignorez que, lorsque le cardinal l'a placé comme
trésorier de l'argenterie chez le roi, sous le nom de M. d'Emery, le roi
a dit: «Eh bien, soit, monsieur le cardinal, mettez-y ce d'Emery le plus
vite possible.--Et pourquoi cela? demanda le cardinal étonné.--Parce
qu'on m'a dit que ce coquin de Particelli prétendait à la place.--Bon! a
répondu le cardinal, Particelli a été pendu.--J'en suis fort aise, a
répondu le roi, car c'est un grand voleur!»
--De sorte que? demanda la Reine qui ne comprenait point.
--De sorte que, dit Fargis, je n'ai qu'à dire un mot à l'oreille de M.
d'Emery pour que M. d'Emery vous donne à l'instant vos sept cents
pistoles.
--Et comment m'acquitterai-je envers lui?
--Tout simplement en ne disant pas au roi que d'Emery et Particelli ne
font qu'un.
Et elle courut à d'Emery, qui n'avait pas vu la reine, tant il était
occupé de ses étoffes, et d'ailleurs il avait la vue basse; mais dès
qu'il sut qu'elle était là, et surtout dès que Mme de Fargis lui eut dit
un mot à l'oreille, accourut-il aussi vite que le lui permettaient ses
petites jambes et son gros ventre.
--Ah! madame, dit Fargis, remerciez M. Particelli.
--D'Emery! fit le trésorier.
--Et de quoi, mon Dieu! fit la reine.
--Au premier mot que M. Particelli a su de votre embarras...
--D'Emery! d'Emery! répéta le trésorier.
--Il a offert à Votre Majesté de lui ouvrir un crédit de 20,000 livres
chez Lopez.
--Vingt-mille livres! s'écria le petit homme, diable!
--Voulez-vous plus, et trouvez-vous que ce n'est point assez pour une
grande reine, monsieur Particelli?
--D'Emery! d'Emery! d'Emery! répéta-t-il avec désespoir. Trop heureux de
pouvoir être utile à Sa Majesté, mais au nom du ciel, appelez-moi
d'Emery.
--C'est vrai, dit Mme de Fargis, Particelli est le nom d'un pendu.
--Merci, M. d'Emery, dit la reine, vous me rendez un véritable service.
--C'est moi qui suis l'obligé de Votre Majesté; mais je lui serais bien
reconnaissant de prier Mme de Fargis, qui se trompe toujours, de ne
plus m'appeler Particelli.
--C'est convenu, M. d'Emery, c'est convenu; seulement venez dire à M.
Lopez que la reine peut prendre chez lui pour 20,000 livres, et qu'il
n'aura affaire qu'à vous.
--A l'instant même. Mais c'est convenu, jamais plus de Particelli,
n'est-ce pas?
--Non, monsieur d'Emery, non, monsieur d'Emery, non, monsieur d'Emery,
répondit Mme de Fargis, en suivant l'ex-pendu jusqu'à ce qu'elle l'eût
abouché avec Lopez.
Pendant ce temps la reine et l'ambassadeur d'Espagne avaient échangé un
coup d'oeil et s'étaient insensiblement rapprochés l'un de l'autre. Le
comte de Moret se tenait appuyé contre une colonne et regardait Isabelle
de Lautrec, qui faisait semblant de jouer avec la naine et de causer
avec Mme de Bellier, mais qui, nous devons le dire, n'était guère au jeu
de l'une, ni à la conversation de l'autre. Mme de Fargis veillait à ce
que le crédit ouvert à Sa Majesté fût bien de vingt mille livres;
d'Emery et Lopez discutaient les conditions de ce crédit. Tout le monde
était donc si occupé de ses affaires, que nul ne pensait à celles de
l'ambassadeur et de la reine, qui, à force de marcher l'un au devant de
l'autre, se trouvèrent enfin côte à côte.
Les compliments furent courts, et l'on passa vite aux choses
intéressantes.
--Votre Majesté, dit l'ambassadeur, a reçu une lettre de don Gonzalès.
--Oui, par le comte de Moret.
--Elle a lu non-seulement les lignes visibles écrites par le gouverneur
de Milan...
--Mais encore les lignes invisibles écrites par mon frère.
--Et la reine a médité le conseil qui lui était donné.
La reine rougit et baissa les yeux.
--Madame, dit l'ambassadeur, il y a des nécessités d'Etat devant
lesquelles les plus hauts fronts se courbent, devant lesquelles les plus
sévères vertus fléchissent. Si le roi mourait?
--Dieu nous garde de ce malheur! monsieur.
--Mais enfin si le roi mourait, qu'arriverait-il de vous?
--Dieu en déciderait.
--Il ne faut pas tout laisser décider à Dieu, madame. Avez-vous quelque
confiance dans la parole de Monsieur.
--Aucune, c'est un misérable.
--On vous renverrait en Espagne, ou l'on vous confinerait dans quelque
couvent de France.
--Je ne me dissimule pas que tel serait mon sort.
--Comptez-vous sur quelque appui de la part de votre belle-mère?
--Sur aucun; elle fait semblant de m'aimer, et au fond me déteste.
--Vous le voyez, tandis qu'au contraire Votre Majesté enceinte à la mort
du roi, tout le monde est aux pieds de la régente.
--Je le sais, monsieur.
--Eh bien?
La reine poussa un soupir.
--Je n'aime personne, murmura-t-elle.
--Vous voulez dire que vous aimez encore quelqu'un--qu'il est par
malheur inutile d'aimer.
Anne d'Autriche essuya une larme.
--Lopez nous regarde, madame, dit l'ambassadeur. Je n'ai pas tant de
confiance que vous dans ce Lopez. Séparons-nous, mais auparavant
promettez-moi une chose.
--Laquelle, monsieur?
--Une chose que je vous demande au nom de votre auguste frère, au nom du
repos de la France et de l'Espagne.
--Que voulez-vous que je vous promette, monsieur?
--Eh bien, que, dans les circonstances graves que nous avons prévues,
vous fermerez les yeux, et vous laisserez conduire par Mme de Fargis.
--La reine vous le promet, monsieur, dit Mme de Fargis en apparaissant
entre la reine et l'ambassadeur, et moi je m'y engage au nom de Sa
Majesté.
Puis tout bas:
--Lopez vous regarde, dit-elle, et le tailleur de diamants vous écoute.
--Madame, dit la reine en haussant la voix, il va être deux heures de
l'après-midi; il faut rentrer au Louvre pour dîner et surtout pour
demander des nouvelles de ce pauvre M. Baradas!
CHAPITRE IV.
LES CONSEILS DE L'ANGELY.
Le roi Louis XIII avait d'abord, comme on l'a vu, été offensé de
l'insolence de son favori, lorsque celui-ci lui avait arraché des mains
le flacon d'eau de fleurs d'orangers qu'il lui offrait pour se parfumer,
et l'avait jeté à ses pieds. Mais à peine avait-il vu, de la blessure
que lui avait faite M. de Bassompierre, couler le sang précieux de son
bien-aimé Baradas, que toute sa colère s'était convertie en douleur, et
que, se jetant à corps perdu sur lui, il lui avait tiré la lardoire
restée dans la blessure, et malgré sa résistance, résistance suscitée
non point par le respect mais par la fureur, il avait, en arguant de ses
connaissances en médecine, voulu panser la plaie lui-même.
Mais la bonté de Louis XIII pour son favori, bonté ou faiblesse qui
rappelait celle de Henri III pour ses mignons, avaient fait de celui-ci
un enfant gâté.
Il repoussa le roi, repoussa tout le monde déclarant qu'il n'oublierait
l'insulte qui lui avait été faite, de la part que le roi avait prise à
cette insulte, que si justice lui était rendue par l'envoi du maréchal
de Bassompierre à la Bastille, ou par concession d'un duel public comme
celui qui avait illustré le règne de Henri II et s'était terminé par la
mort de la Châtaigneraie.
Le roi essaya de le calmer; Baradas eût pardonné un coup d'épée et même,
d'un coup d'épée venant du maréchal de Bassompierre eût tiré un certain
orgueil, mais il ne pardonnait pas un coup de lardoire. Tout fut donc
inutile, le blessé ne sortant pas de cet ultimatum: un duel juridique en
présence du roi et de toute la cour, ou le maréchal à la Bastille.
Baradas se retira donc dans sa chambre, non moins majestueusement
qu'Achille s'était retiré dans sa tente, lorsque Agamemnon avait refusé
de lui rendre la belle Briséis.
L'événement, au reste, avait jeté un certain trouble parmi les lardeurs,
et même parmi ceux qui ne lardaient pas. Le duc de Guise et le duc
d'Angoulême, les premiers, avaient gagné la porte et étaient sortis
ensemble.
La porte refermée, et arrivé de l'autre côté du seuil, le duc de Guise
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