Alors cette idée me vient tout à coup de mettre, moi, Thomas Roch
en face de la responsabilité de ses actes, de lui révéler, à cette
heure suprême, quels sont ces hommes qui veulent le faire
concourir à leurs criminels projets...
Oui... je le tenterai, et, au fond de cette âme révoltée contre
l'injustice humaine, puissé-je faire vibrer un reste de
patriotisme!
Thomas Roch est enfermé dans son laboratoire. Il y doit être seul,
car jamais personne n'y a été admis tandis qu'il préparait les
substances du déflagrateur...
Je me dirige de ce côté et, en passant près de la berge du lagon,
je constate que le tug est toujours mouillé le long de la petite
jetée.
Arrivé en cet endroit, je crois prudent de me glisser entre les
premières rangées de piliers, de manière à gagner le laboratoire
latéralement, -- ce qui me permettra de voir si personne n'est
avec Thomas Roch.
Dès que je me suis enfoncé sous ces sombres arceaux, une vive
lumière m'apparaît, qui pointe sur l'autre rive du lagon.
Cette lumière s'échappe de l'ampoule du laboratoire, et elle
projette ses rayons à travers une étroite fenêtre de la devanture.
Sauf à cette place, la berge méridionale est obscure tandis que, à
l'opposé, Bee-Hive est en partie éclairée jusqu'à la paroi du
nord. À l'ouverture supérieure de la voûte, au-dessus de l'obscur
lagon, brillent quelques scintillantes étoiles. Le ciel est pur,
la tempête s'est apaisée, le tourbillon des bourrasques ne pénètre
plus à l'intérieur de Back-Cup.
Arrivé près du laboratoire, je rampe le long de la paroi et, après
m'être haussé jusqu'à la vitre, j'aperçois Thomas Roch...
Il est seul. Sa tête, vivement illuminée, se présente de trois
quarts. Si ses traits sont tirés, si le pli de son front est plus
accusé, du moins sa physionomie dénote une tranquillité parfaite,
une pleine possession de lui-même. Non! ce n'est plus le
pensionnaire du pavillon 17, le fou de Healthful-House, et je me
demande s'il n'est pas radicalement guéri, s'il n'y a plus à
redouter que sa raison sombre dans une dernière crise?...
Thomas Roch vient de poser sur un établi deux étuis de verre, et
il en tient un troisième à la main. En l'exposant à la lumière de
l'ampoule, il observe la limpidité du liquide que cet étui
renferme. J'ai un instant l'envie de me précipiter dans le
laboratoire, de saisir ces tubes, de les briser... Mais Thomas
Roch n'aurait-il pas le temps d'en fabriquer d'autres?... Mieux
vaut m'en tenir à mon premier projet.
Je pousse la porte, j'entre, et je dis:
«Thomas Roch?...»
Il ne m'a pas vu, il ne m'a pas entendu.
«Thomas Roch?...» répétai-je. Il relève la tête, se retourne, me
regarde... «Ah! c'est vous, Simon Hart!» répond-il d'un ton calme,
-- indifférent même. Il connaît mon nom. L'ingénieur Serkö a voulu
lui apprendre que c'était, non le gardien Gaydon, mais Simon Hart,
qui le surveillait à Healthful-House. «Vous savez?... dis-je.
-- Comme je sais dans quel but vous avez rempli près de moi ces
fonctions... Oui! vous aviez l'espoir de surprendre un secret
qu'on n'avait pas voulu m'acheter à son prix!»
Thomas Roch n'ignore rien, et peut-être est-il préférable que cela
soit, eu égard à ce que je veux lui dire.
«Eh bien! vous n'avez pas réussi, Simon Hart, et, en ce qui
concerne ceci, ajoute-t-il, tandis qu'il agite le tube de verre,
personne n'a réussi encore... ni ne réussira!»
Thomas Roch, ainsi que je m'en doutais, n'a donc pas fait
connaître la composition de son déflagrateur!... Après l'avoir
regardé bien en face, je réponds: «Vous savez qui je suis, Thomas
Roch... mais savez-vous chez qui vous êtes ici?...
-- Chez moi!» s'écrie-t-il. Oui! c'est ce que Ker Karraje lui a
laissé croire!... À Back-Cup, l'inventeur se croit chez lui... Les
richesses accumulées dans cette caverne lui appartiennent... Si on
vient attaquer Back-Cup, c'est pour lui voler son bien... et il le
défendra... et il a le droit de le défendre! «Thomas Roch, repris-
je, écoutez-moi...
-- Qu'avez-vous à me dire, Simon Hart?...
-- Cette caverne où nous avons été entraînés tous les deux est
occupée par une bande de pirates...» Thomas Roch ne me laisse pas
achever, -- je ne sais même s'il m'a compris, -- et il s'écrie
avec véhémence:
«Je vous répète que les trésors entassés ici sont le prix de mon
invention... Ils m'appartiennent... On m'a payé le Fulgurateur
Roch ce que j'en demandais... ce qui m'avait été refusé partout
ailleurs... même dans mon propre pays... qui est le vôtre... et je
ne me laisserai pas dépouiller!»
Que répondre à ces affirmations insensées?... Je continue
cependant en disant: «Thomas Roch, avez-vous conservé le souvenir
de Healthful-House?
-- Healthful-House... où l'on m'avait séquestré, après avoir donné
mission au gardien Gaydon d'épier mes moindres paroles... de me
voler mon secret...
-- Ce secret, Thomas Roch, je n'ai jamais songé à vous en enlever
le bénéfice... Je n'aurais pas accepté une telle mission... Mais
vous étiez malade... votre raison était atteinte... et il ne
fallait pas qu'une telle invention fût perdue... Oui... si vous me
l'aviez livrée dans une de vos crises, vous en eussiez conservé
tout le bénéfice et tout l'honneur!
-- Vraiment, Simon Hart! répond dédaigneusement Thomas Roch.
Honneur et bénéfice... c'est me dire cela un peu tard!... Vous
oubliez que l'on m'avait fait jeter dans un cabanon... sous
prétexte de folie... oui! prétexte, car ma raison ne m'a jamais
abandonné, pas même une heure, et vous le voyez bien par tout ce
que j'ai fait depuis que je suis libre...
-- Libre!... Vous vous croyez libre, Thomas Roch!... Entre les
parois de cette caverne, n'êtes-vous pas enfermé plus étroitement
que vous ne l'étiez entre les murs de Healthful-House!
-- L'homme qui est chez lui, réplique Thomas Roch d'une voix que
la colère commence à surélever, sort comme il lui plaît et quand
il lui plaît!... Je n'ai qu'un mot à dire pour que toutes les
portes s'ouvrent devant moi!... Cette demeure est la mienne!... Le
comte d'Artigas m'en a donné la propriété avec tout ce qu'elle
contient!... Malheur à ceux qui viendraient l'attaquer!... J'ai là
de quoi les anéantir, Simon Hart!»
Et, en parlant ainsi, l'inventeur agite fébrilement le tube de
verre qu'il tient à la main.
Je m'écrie alors:
«Le comte d'Artigas vous a trompé, Thomas Roch, comme il en a
trompé tant d'autres!... Sous ce nom se cache l'un des plus
redoutables malfaiteurs qui aient désolé les mers du Pacifique et
de l'Atlantique!... C'est un bandit chargé de crimes... c'est
l'odieux Ker Karraje...
-- Ker Karraje!» répète Thomas Roch. Et je me demande si ce nom ne
lui cause pas une certaine impression, si sa mémoire ne lui
rappelle pas ce que fut celui qui le porte... En tout cas, je
constate que cette impression s'efface presque aussitôt. «Je ne
connais pas ce Ker Karraje, dit Thomas Roch en tendant le bras
vers la porte pour m'enjoindre de sortir. Je ne connais que le
comte d'Artigas...
-- Thomas Roch, ai-je repris en faisant un dernier effort, le
comte d'Artigas et Ker Karraje ne sont qu'un seul et même
homme!... Si cet homme vous a acheté votre secret, c'est dans le
but d'assurer l'impunité de ses crimes, la facilité d'en commettre
de nouveaux. Oui... le chef de ces pirates...
-- Les pirates... s'écrie Thomas Roch, dont l'irritation s'accroît
à mesure qu'il se sent pressé davantage, les pirates, ce sont ceux
qui oseraient me menacer jusque dans cette retraite, qui l'ont
essayé avec le -Sword-, car Serkö m'a tout appris... qui ont voulu
me voler chez moi ce qui m'appartient... ce qui n'est que le juste
prix de ma découverte...
-- Non, Thomas Roch, ce sont ceux qui vous ont emprisonné dans
cette caverne de Back-Cup, qui vont employer votre génie à les
défendre, et qui se déferont de vous lorsqu'ils auront l'entière
possession de vos secrets!...»
Thomas Roch m'interrompt à ces mots... Il ne semble plus rien
entendre de ce que je lui dis... C'est sa propre pensée qu'il suit
et non la mienne, -- cette obsédante pensée de vengeance,
habilement exploitée par l'ingénieur Serkö, et dans laquelle s'est
concentrée toute sa haine.
«Les bandits, reprend-il, ce sont ces hommes qui m'ont repoussé
sans vouloir m'entendre... qui m'ont abreuvé d'injustices... qui
m'ont écrasé sous les dédains et les rebuts... qui m'ont chassé de
pays en pays, alors que je leur apportais la supériorité,
l'invincibilité, la toute-puissance!...»
Oui! l'éternelle histoire de l'inventeur qu'on ne veut pas
écouter, auquel des indifférents ou des envieux refusent les
moyens d'expérimenter ses inventions, de les acheter au prix qu'il
les estime... Je la connais... et n'ignore rien non plus de tout
ce qui s'est écrit d'exagéré à ce sujet...
À vrai dire, ce n'est pas le moment de discuter avec Thomas
Roch... Ce que je comprends, c'est que mes arguments n'ont plus
prise sur cette âme bouleversée, sur ce coeur dans lequel les
déceptions ont attisé tant de haine, sur ce malheureux qui est la
dupe de Ker Karraje et de ses complices!... En lui révélant le
véritable nom du comte d'Artigas, en lui dénonçant cette bande et
son chef, j'espérais l'arracher à leur influence, lui montrer le
but criminel vers lequel on le poussait... Je me suis trompé!...
Il ne me croit pas!... Et puis, Artigas ou Ker Karraje,
qu'importe!... N'est-ce pas lui, Thomas Roch, le maître de Back-
Cup?... N'est-il pas le possesseur de ces richesses que vingt
années de meurtres et de rapines y ont entassées?...
Désarmé devant une telle dégénérescence morale, ne sachant plus à
quel endroit toucher cette nature ulcérée, cette âme inconsciente
de la responsabilité de ses actes, je recule peu à peu vers la
porte du laboratoire... Il ne me reste plus qu'à me retirer... Ce
qui doit s'accomplir s'accomplira, puisqu'il n'aura pas été en mon
pouvoir d'empêcher l'effroyable dénouement dont nous séparent
quelques heures à peine.
D'ailleurs, Thomas Roch ne me voit même pas... Il me paraît avoir
oublié que je suis là, comme il a oublié tout ce qui vient de se
dire entre nous. Il s'est remis à ses manipulations, sans prendre
garde qu'il n'est pas seul...
Il n'y a qu'un moyen pour prévenir l'imminente catastrophe... Me
précipiter sur Thomas Roch... le mettre hors d'état de nuire... le
frapper... le tuer... Oui! le tuer!... C'est mon droit... c'est
mon devoir...
Je n'ai pas d'armes, mais sur cet établi, j'aperçois des outils...
un ciseau, un marteau... Qui me retient de fracasser la tête de
l'inventeur?... Lui mort, je brise ses tubes, et son invention est
morte avec lui!... Les navires pourront s'approcher... débarquer
leurs hommes sur Back-Cup... démolir l'îlot à coups de canon!...
Ker Karraje et ses complices seront détruits jusqu'au dernier...
Devant un meurtre qui amènera le châtiment de tant de crimes,
puis-je hésiter?...
Je me dirige vers l'établi... Un ciseau d'acier est là... Ma main
va le saisir...
Thomas Roch se retourne.
Il est trop tard pour le frapper... Une lutte s'ensuivrait... La
lutte, c'est le bruit... Les cris seraient entendus... Il y a
encore quelques pirates de ce côté... J'entends même des pas qui
font grincer le sable de la berge... Je n'ai que le temps de
m'enfuir, si je ne veux pas être surpris...
Cependant, une dernière fois, je tente d'éveiller chez l'inventeur
les sentiments de patriotisme, et je lui dis:
«Thomas Roch, des navires sont en vue... Ils viennent pour
détruire ce repaire!... Peut-être l'un d'eux porte-t-il le
pavillon de la France?...»
Thomas Roch me regarde... Il ne savait pas que Back-Cup allait
être attaqué, et je viens de le lui apprendre... Les plis de son
front se creusent... Son regard s'allume...
«Thomas Roch... oserez-vous tirer sur le pavillon de votre pays...
le pavillon tricolore?...»
Thomas Roch relève la tête, la secoue nerveusement, puis fait un
geste de dédain.
«Quoi!... votre patrie?...
-- Je n'ai plus de patrie, Simon Hart! s'écrie-t-il. L'inventeur
rebuté n'a plus de patrie!... Là où il a trouvé asile, là est son
pays!... On veut s'emparer de mon bien... je vais me défendre...
et malheur... malheur à ceux qui osent m'attaquer!...»
Puis, se précipitant vers la porte du laboratoire, l'ouvrant avec
violence:
«Sortez... sortez!...» répète-t-il d'une voix si puissante qu'on
doit l'entendre de la berge de Bee-Hive.
Je n'ai pas une seconde à perdre et je m'enfuis.
XVII
Un contre cinq
Une heure durant, j'ai erré sous les obscurs arceaux de Back-Cup,
entre les arbres de pierre, jusqu'à l'extrême limite de la
caverne. C'est de ce côté que j'ai tant de fois cherché une issue,
une faille, une lézarde de la paroi, à travers laquelle j'aurais
pu me glisser, jusqu'au littoral de l'îlot.
Mes recherches ont été inutiles. À présent, dans l'état où je
suis, en proie à d'indéfinissables hallucinations, il me semble
que ces parois s'épaississent encore... que les murs de ma prison
se rétrécissent peu à peu... qu'ils vont m'écraser...
Combien de temps a duré ce trouble intellectuel?... je ne saurais
le dire.
Je me suis alors retrouvé du côté de Bee-Hive, en face de cette
cellule où je ne puis espérer ni repos ni sommeil... Dormir,
lorsqu'on est en proie à une telle surexcitation cérébrale...
dormir, lorsque je touche au dénouement d'une situation qui
menaçait de se prolonger pendant de longues années...
Mais, ce dénouement, quel sera-t-il en ce qui me concerne?... Que
dois-je attendre de l'attaque préparée contre Back-Cup, dont je
n'ai pas réussi à assurer le succès en mettant Thomas Roch hors
d'état de nuire?... Ses engins sont prêts à s'élancer, dès que les
bâtiments auront pénétré sur la zone dangereuse, et, même sans
avoir été atteints, ils seront anéantis...
Quoi qu'il en soit, ces dernières heures de la nuit, je suis
condamné à les passer au fond de ma cellule. Le moment est venu
d'y rentrer. Le jour levé, je verrai ce qu'il conviendra de faire.
Et sais-je même si, cette nuit, des détonations ne vont pas
ébranler les rochers de Back-Cup, celles du Fulgurateur Roch qui
foudroiera les navires avant qu'ils aient pu s'embosser contre
l'îlot?...
À cet instant, je jette un dernier regard aux alentours de Bee-
Hive. À l'opposé brille une lumière... une seule... celle du
laboratoire dont le reflet frissonne entre les eaux du lagon.
Les berges sont désertes, personne sur la jetée... L'idée me vient
que Bee-Hive doit être vide à cette heure, et que les pirates sont
allés occuper leur poste de combat...
Alors, poussé par un irrésistible instinct, au lieu de regagner ma
cellule, voici que je me glisse le long de la paroi, écoutant,
épiant, prêt à me blottir en quelque anfractuosité, si des pas ou
des voix se font entendre...
J'arrive ainsi devant l'orifice du couloir...
Dieu puissant!... Personne n'est de garde en cet endroit... Le
passage est libre...
Sans prendre le temps de raisonner, je m'élance à travers l'obscur
boyau... J'en longe les parois en tâtonnant... Bientôt, un air
plus frais me baigne le visage, -- l'air salin, l'air de la mer,
cet air que je n'ai pas respiré depuis cinq longs mois... cet air
vivifiant que je hume à pleins poumons...
L'autre extrémité du couloir se découpe sur un ciel pointillé
d'étoiles. Aucune ombre ne l'obstrue... et peut-être vais-je
pouvoir sortir de Back-Cup...
Après m'être couché à plat ventre, je rampe lentement, sans bruit.
Parvenu près de l'orifice que ma tête dépasse, je regarde...
Personne... personne!
En rasant la base de l'îlot vers l'est, du côté que les récifs
rendent inabordable et qui ne doit pas être surveillé, j'atteins
une étroite excavation -- à deux cents mètres environ de l'endroit
où la pointe du littoral s'avance vers le nord-ouest.
Enfin... je suis hors de cette caverne, -- non pas libre, mais
c'est un commencement de liberté.
Sur la pointe se détache la silhouette de quelques veilleurs
immobiles que l'on pourrait confondre avec les roches.
Le firmament est pur, et les constellations brillent de cet éclat
intense que leur donnent les froides nuits de l'hiver.
À l'horizon, vers le nord-ouest, comme une ligne lumineuse, se
montrent les feux de position des navires.
À diverses ébauches de blancheurs dans la direction du levant,
j'estime qu'il doit être environ cinq heures du matin.
-- -18 novembre.- -- Déjà, la clarté est suffisante, et je vais
pouvoir compléter mes notes en relatant les détails de ma visite
au laboratoire de Thomas Roch -- les dernières lignes que ma main
va tracer, peut-être...
Je commence à écrire, et, à mesure que des incidents se produiront
pendant l'attaque, ils trouveront place sur mon carnet.
La légère et humide vapeur, qui embrume la mer, ne tarde pas à se
dissiper au souffle de la brise. Je distingue enfin les navires
signalés...
Ces navires, au nombre de cinq, sont rangés en ligne, à une
distance d'au moins six milles, -- conséquemment hors de la portée
des engins Roch.
Une des craintes que j'avais est donc dissipée, -- la crainte que
ces bâtiments, après avoir passé en vue des Bermudes, n'eussent
continué leur route vers les parages des Antilles et du Mexique...
Non! ils sont là, stationnaires... attendant le plein jour pour
attaquer Back-Cup...
En cet instant, un certain mouvement se produit sur le littoral.
Trois ou quatre pirates surgissent d'entre les dernières roches.
Les veilleurs de la pointe reviennent en arrière. Toute la bande
est là, au complet.
Elle n'a point cherché un abri à l'intérieur de la caverne,
sachant bien que les bâtiments ne peuvent s'approcher assez pour
que les projectiles de leurs grosses pièces atteignent l'îlot.
Au fond de cette anfractuosité où je suis enfoncé jusqu'à la tête,
je ne risque pas d'être découvert, et il n'est pas présumable que
l'on vienne de ce côté. Une fâcheuse circonstance pourrait se
produire, toutefois: ce serait que l'ingénieur Serkö ou tout autre
voulût s'assurer que je suis dans ma cellule et au besoin m'y
enfermer... Il est vrai, qu'a-t-on à redouter de moi?...
À sept heures vingt-cinq, Ker Karraje, l'ingénieur Serkö, le
capitaine Spade se portent à l'extrémité de la pointe, d'où ils
observent l'horizon du nord-ouest. Derrière eux sont installés les
six chevalets, dont les augets soutiennent les engins
autopropulsifs. Après avoir été enflammés par le déflagrateur,
c'est de là qu'ils partiront en décrivant une longue trajectoire
jusqu'à la zone où leur explosion bouleversera l'atmosphère
ambiante.
Sept heures trente-cinq, -- quelques fumées se déroulent au-dessus
des navires, qui vont appareiller, et venir à portée des engins de
Back-Cup.
D'horribles cris de joie, une salve de hourrahs, -- je devrais
dire de hurlements de bêtes fauves, -- sont poussés par cette
horde de bandits.
À ce moment, l'ingénieur Serkö quitte Ker Karraje, qu'il laisse
avec le capitaine Spade; il se dirige vers l'ouverture du couloir
et pénètre dans la caverne, où il va certainement chercher Thomas
Roch.
À l'ordre que lui donnera Ker Karraje de lancer ses engins contre
les navires, Thomas Roch se souviendra-t-il de ce que je viens de
lui dire?... Son crime ne lui apparaîtra-t-il pas dans toute son
horreur?... Refusera-t-il d'obéir?... Non... je n'en ai que trop
la certitude!... Et pourquoi conserverais-je une illusion à ce
sujet?... L'inventeur n'est-il pas ici chez lui?... Il l'a
répété... il le croit... On vient l'attaquer... il se défend!
Cependant, les cinq bâtiments marchent à petite vitesse, le cap
sur la pointe de l'îlot. Peut-être, à bord, a-t-on l'idée que
Thomas Roch n'a pas encore livré son dernier secret aux pirates de
Back-Cup, -- et il ne l'était point, en effet, le jour où j'ai
jeté le tonnelet dans les eaux du lagon. Or, si les commandants
ont l'intention d'opérer un débarquement sur l'îlot, si leurs
navires se risquent sur cette zone large d'un mille, il n'en
restera bientôt plus que d'informes débris à la surface de la
mer!...
Voici Thomas Roch, accompagné de l'ingénieur Serkö. Au sortir du
couloir, tous deux se dirigent vers celui des chevalets qui est
pointé dans la direction du navire de tête.
Ker Karraje et le capitaine Spade les attendent l'un et l'autre en
cet endroit.
Autant que j'en puis juger, Thomas Roch est calme. Il sait ce
qu'il va faire. Aucune hésitation ne troublera l'âme de ce
malheureux, égaré par ses haines!
Entre ses doigts brille un des étuis de verre dans lequel est
enfermé le liquide du déflagrateur.
Ses regards se portent alors vers le navire le moins éloigné, qui
se trouve à la distance de cinq milles environ.
C'est un croiseur de moyenne dimension, -- deux mille cinq cents
tonnes au plus.
Le pavillon n'est pas hissé; mais, par sa construction, il me
semble bien que ce navire est d'une nationalité qui ne saurait
être très sympathique à un Français.
Les quatre autres bâtiments restent en arrière.
C'est ce croiseur qui a mission de commencer l'attaque contre
l'îlot.
Que son artillerie tire donc, puisque les pirates le laissent
s'approcher, et, dès qu'il sera à portée, puisse le premier de ses
projectiles frapper Thomas Roch!...
Tandis que l'ingénieur Serkö relève avec précision la marche du
croiseur, Thomas Roch vient se placer devant le chevalet. Ce
chevalet porte trois engins, chargés de l'explosif, auxquels la
matière fusante doit assurer une longue trajectoire, sans qu'il
ait été nécessaire de leur imprimer un mouvement de giration, --
ce que l'inventeur Turpin avait imaginé pour ses projectiles
gyroscopiques. Il suffit, d'ailleurs, qu'ils éclatent à quelques
centaines de mètres du bâtiment pour que celui-ci soit anéanti du
coup.
Le moment est venu.
«Thomas Roch!» s'écrie l'ingénieur Serkö.
Il lui montre du doigt le croiseur. Celui-ci gagne lentement vers
la pointe nord-ouest et n'est plus qu'à une distance comprise
entre quatre et cinq milles...
Thomas Roch fait un signe affirmatif, indiquant d'un geste qu'il
veut être seul devant le chevalet.
Ker Karraje, le capitaine Spade et les autres reculent d'une
cinquantaine de pas.
Alors, Thomas Roch débouche l'étui de verre qu'il tient de la main
droite, verse successivement sur les trois engins, par une
ouverture ménagée à leur tige, quelques gouttes du liquide, qui se
mêle à la matière fusante...
Quarante-cinq secondes s'écoulent, -- temps nécessaire pour que la
combinaison se produise, -- quarante-cinq secondes pendant
lesquelles il semble que mon coeur ait cessé de battre...
Un effroyable sifflement déchire l'air, et les trois engins,
décrivant une courbe très allongée à cent mètres dans l'air,
dépassent le croiseur...
L'ont-ils donc manqué?... Le danger a-t-il disparu?...
Non! ces engins, à la façon du projectile discoïde du commandant
d'artillerie Chapel, reviennent sur eux-mêmes comme un boomerang
australien...
Presque aussitôt, l'espace est secoué avec une violence comparable
à celle d'une poudrière de mélinite ou de dynamite qui ferait
explosion. Les basses couches atmosphériques sont refoulées
jusqu'à l'îlot de Back-Cup, lequel tremble sur sa base...
Je regarde...
Le croiseur a disparu, démembré, éventré, coulé par le fond. C'est
l'effet du boulet Zalinski, mais centuplé par l'infinie puissance
du Fulgurateur Roch.
Quelles vociférations poussent ces bandits, en se précipitant vers
l'extrémité de la pointe. Ker Karraje, l'ingénieur Serkö, le
capitaine Spade, immobiles, peuvent à peine croire ce qu'ont vu
leurs propres yeux!
Quant à Thomas Roch, il est là, les bras croisés, l'oeil
étincelant, la figure rayonnante.
Je comprends, en l'abhorrant, ce triomphe de l'inventeur, dont la
haine est doublée d'une vengeance satisfaite!...
Et si les autres navires s'approchent, il en sera d'eux comme du
croiseur. Ils seront inévitablement détruits, dans les mêmes
circonstances, sans qu'ils puissent échapper à leur sort! Eh bien!
quoique mon dernier espoir doive disparaître avec eux, qu'ils
prennent la fuite, qu'ils regagnent la haute mer, qu'ils
abandonnent une attaque inutile!... Les nations s'entendront pour
procéder autrement à l'anéantissement de l'îlot!... On entourera
Back-Cup d'une ceinture de bâtiments que les pirates ne pourront
franchir, et ils mourront de faim dans leur repaire comme des
bêtes fauves dans leur antre!...
Mais, -- je le sais, -- ce n'est pas à des navires de guerre qu'il
faut demander de reculer, même s'ils courent à une perte certaine.
Ceux-ci n'hésiteront pas à s'engager l'un après l'autre, dussent-
ils être engloutis dans les profondeurs de l'Océan!
Et, en effet, voici que des signaux multiples sont échangés de
bord à bord. Presque aussitôt, l'horizon se noircit d'une fumée
plus épaisse, rabattue par le vent du nord-ouest, et les quatre
navires se sont mis en marche.
L'un d'eux les devance, au tirage forcé, ayant hâte d'être à
portée pour faire feu de ses grosses pièces...
Moi, à tout risque, je sors de mon trou... Je regarde, les yeux
enfiévrés... J'attends, sans pouvoir l'empêcher, une seconde
catastrophe...
Ce navire, qui grandit à vue d'oeil, est un croiseur d'un tonnage
à peu près égal à celui du bâtiment qui l'avait précédé. Aucun
pavillon ne flotte à sa corne, et je ne puis reconnaître à quelle
nation il appartient. Il est visible qu'il pousse ses feux, afin
de franchir la zone dangereuse, avant que de nouveaux engins aient
été lancés. Mais comment échappera-t-il à leur puissance
destructive, puisqu'ils peuvent le prendre à revers?...
Thomas Roch s'est placé devant le deuxième chevalet, au moment où
le navire passe à la surface de l'abîme dans lequel, après l'autre
vaisseau, il va s'engloutir à son tour...
Rien ne trouble le silence de l'espace, bien qu'il vienne quelques
souffles du large.
Soudain, le tambour bat à bord du croiseur... Des sonneries se
font entendre. Leurs voix de cuivre arrivent jusqu'à moi...
Je les reconnais, ces sonneries... des sonneries françaises...
Grand Dieu!... c'est un bâtiment de mon pays qui a devancé les
autres et qu'un inventeur français va anéantir!...
Non!... Cela ne sera pas... Je vais m'élancer sur Thomas Roch...
Je vais lui crier que ce bâtiment est français... Il ne l'a pas
reconnu... il le reconnaîtra...
En cet instant, sur un signe de l'ingénieur Serkö, Thomas Roch
lève sa main qui tient l'étui de verre...
Alors les sonneries jettent des éclats plus vibrants. C'est le
salut au drapeau... Un pavillon se déploie à la brise... le
pavillon tricolore, dont le bleu, le blanc, le rouge se détachent
lumineusement sur le ciel.
Ah!... que se passe-t-il?... Je comprends!... À la vue de son
pavillon national, Thomas Roch est comme fasciné!... Son bras
s'abaisse peu à peu à mesure que ce pavillon monte lentement dans
les airs!... Puis il recule... il couvre ses yeux de sa main,
comme pour leur cacher les plis de l'étamine aux trois couleurs...
Ciel puissant!... tout sentiment de patriotisme n'est donc pas
éteint dans ce coeur ulcéré, puisqu'il bat encore à la vue du
drapeau de son pays!...
Mon émotion n'est pas moindre que la sienne!... Au risque d'être
aperçu, -- et que m'importe? -- je rampe le long des roches... Je
veux être là pour soutenir Thomas Roch et l'empêcher de
faiblir!... Dussé-je le payer de ma vie, je l'adjurerai une
dernière fois au nom de sa patrie!... Je lui crierai:
«Français, c'est le pavillon tricolore qui est arboré sur ce
navire!... Français, c'est un morceau de la France qui
s'approche!... Français, seras-tu assez criminel pour le
frapper?...»
Mais mon intervention ne sera pas nécessaire... Thomas Roch n'est
pas en proie à une de ces crises qui le terrassaient autrefois...
Il est maître de lui même...
Et, lorsqu'il s'est vu face au drapeau, il a compris... il s'est
rejeté en arrière...
Quelques pirates se rapprochent afin de le ramener devant le
chevalet... Il les repousse... il se débat...
Ker Karraje et l'ingénieur Serkö accourent... Ils lui montrent le
navire qui s'avance rapidement... Ils lui ordonnent de lancer ses
engins...
Thomas Roch refuse.
Le capitaine Spade, les autres, au comble de la fureur, le
menacent... l'invectivent... le frappent... ils veulent lui
arracher l'étui de la main...
Thomas Roch jette l'étui à terre et l'écrase sous son talon...
Quelle épouvante s'empare alors de tous ces misérables!... Ce
croiseur a franchi la zone, et ils ne peuvent répondre aux
projectiles, qui commencent à tomber sur l'îlot, dont les roches
volent en éclats...
Mais où est donc Thomas Roch?... A-t-il été atteint par un de ces
projectiles?... Non... je l'aperçois une dernière fois, au moment
où il s'élance à travers le couloir...
Ker Karraje, l'ingénieur Serkö, les autres vont, à sa suite,
chercher un abri à l'intérieur de Back-Cup...
Moi... à aucun prix je ne veux rentrer dans la caverne, -- dussé-
je être tué à cette place! Je vais prendre mes dernières notes et,
lorsque les marins français débarqueront sur la pointe, j'irai...
FIN DES NOTES DE L'INGÉNIEUR SIMON HART
XVIII
À bord du -Tonnant-
Après la tentative faite par le lieutenant Davon, auquel mission
avait été donnée de pénétrer à l'intérieur de Back-Cup avec le
-Sword-, les autorités anglaises ne purent mettre en doute que ces
hardis marins n'eussent succombé. En effet, le -Sword- n'avait pas
reparu aux Bermudes. S'était-il brisé contre les récifs sous-
marins en cherchant l'entrée du tunnel? Avait-il été détruit par
les pirates de Ker Karraje? On ne savait.
Le but de cette expédition, en se conformant aux indications du
document recueilli dans le tonnelet sur la grève de Saint-Georges,
était d'enlever Thomas Roch avant que la fabrication de ses engins
fût achevée. L'inventeur français repris, -- sans oublier
l'ingénieur Simon Hart, -- il serait remis entre les mains des
autorités bermudiennes. Cela fait, on n'aurait plus rien à
redouter du Fulgurateur Roch en accostant l'îlot de Back-Cup.
Mais, quelques jours s'étant écoulés sans que le -Sword- fût de
retour, on dut le considérer comme perdu. Les autorités décidèrent
alors qu'une seconde expédition serait tentée dans d'autres
conditions d'offensive.
En effet, il fallait tenir compte du temps qui s'était écoulé --
près de huit semaines -- depuis le jour où la notice de Simon Hart
avait été confiée au tonnelet. Peut-être Ker Karraje possédait-il
actuellement tous les secrets de Thomas Roch?
Une entente, conclue entre les puissances maritimes, décida
l'envoi de cinq navires de guerre sur les parages des Bermudes.
Puisqu'il existait une vaste caverne à l'intérieur du massif de
Back-Cup, on tenterait d'abattre ses parois comme les murs d'un
bastion sous les coups de la puissante artillerie moderne.
L'escadre se réunit à l'entrée de la Chesapeake, en Virginie, et
se dirigea vers l'archipel, en vue duquel elle arriva dans la
soirée du 17 novembre.
Le lendemain matin, le navire désigné pour la première attaque se
mit en marche. Il était encore à quatre milles et demi de l'îlot
lorsque trois engins, après l'avoir dépassé, revinrent sur eux-
mêmes, le prirent à revers, éclatèrent à cinquante mètres de son
bord, et il coula en quelques secondes.
L'effet de cette explosion, due à un formidable bouleversement des
couches atmosphériques, à un ébranlement de l'espace, supérieur à
tout ce que l'on avait obtenu jusqu'alors des nouveaux explosifs,
avait été instantané. Les quatre navires restés en arrière en
éprouvèrent un effroyable contrecoup à la distance où ils se
trouvaient.
Deux conséquences étaient à déduire de cette soudaine catastrophe:
1° Le pirate Ker Karraje disposait du Fulgurateur Roch.
2° Le nouvel engin possédait la puissance destructive que lui
attribuait son inventeur.
Après cette disparition du croiseur d'avant-garde, les autres
bâtiments envoyèrent leurs canots afin de recueillir les
survivants de ce désastre, accrochés à quelques épaves.
C'est alors que les navires échangèrent des signaux et se
lancèrent vers l'îlot de Back-Cup.
Le plus rapide, le -Tonnant-, -- un navire de guerre français, --
prit l'avance à toute vapeur, tandis que les autres bâtiments
forçaient leurs feux pour le rejoindre.
Le -Tonnant -pénétra d'un demi-mille sur la zone qui venait d'être
bouleversée par l'explosion, au risque d'être anéanti par d'autres
engins. Au moment où il évoluait afin de mettre ses grosses pièces
en direction, il arbora le pavillon tricolore.
Du haut des passerelles, les officiers pouvaient apercevoir la
bande de Ker Karraje éparpillée sur les roches de l'îlot.
L'occasion était favorable pour écraser ces malfaiteurs, en
attendant qu'on pût éventrer leur retraite à coups de canon. Aussi
le -Tonnant- envoya-t-il ses premières décharges, auxquelles
répondit une fuite précipitée des pirates à l'intérieur de Back-
Cup...
Quelques minutes après, l'espace fut secoué par une commotion
telle que la voûte du ciel sembla s'écrouler dans les abîmes de
l'Atlantique.
À la place de l'îlot, il n'y avait plus qu'un amas de roches
fumantes, roulant les unes sur les autres comme les pierres d'une
avalanche. Au lieu de la coupe renversée, la coupe brisée!... Au
lieu de Back-Cup, un entassement de récifs, sur lesquels écumait
la mer que l'explosion avait soulevée en un énorme mascaret!...
Quelle avait été la cause de cette explosion?... Était-ce
volontairement qu'elle avait été provoquée par les pirates, qui
voyaient toute défense impossible?...
Le -Tonnant- n'avait été que légèrement atteint par les débris de
l'îlot. Son commandant fit mettre les embarcations à la mer, et
elles se dirigèrent vers ce qui émergeait de Back-Cup.
Après avoir débarqué sous les ordres de leurs officiers, les
équipages explorèrent ces débris, qui se confondaient avec le banc
rocheux dans la direction des Bermudes.
Çà et là furent recueillis quelques cadavres affreusement mutilés,
des membres épars, une boue ensanglantée de chair humaine... De la
caverne, on ne voyait plus rien. Tout était enseveli sous ses
ruines.
Un seul corps se retrouva intact sur la partie nord-est du récif.
Bien que ce corps n'eût plus que le souffle, on garda l'espoir de
le ramener à la vie. Étendu sur le côté, sa main crispée tenait un
carnet de notes, où se lisait une dernière ligne inachevée...
C'était l'ingénieur français Simon Hart, qui fut transporté à bord
du -Tonnant-. Malgré les soins qui lui furent donnés, on ne
parvint pas à lui faire reprendre connaissance.
Toutefois, par la lecture des notes, rédigées jusqu'au moment où
s'était produite l'explosion de la caverne, il fut possible de
reconstituer une partie de ce qui s'était passé pendant les
dernières heures de Back-Cup.
D'ailleurs, Simon Hart devait survivre à cette catastrophe, --
seul de tous ceux qui en avaient été les trop justes victimes. Dès
qu'il se trouva en état de répondre aux questions, voici ce qu'il
y eut lieu d'admettre d'après son récit, -- ce qui, en somme,
était la vérité.
Remué dans toute son âme à la vue du pavillon tricolore, ayant
enfin conscience du crime de lèse-patrie qu'il allait commettre,
Thomas Roch, s'élançant à travers le couloir, avait gagné le
magasin dans lequel étaient entassées des quantités considérables
de son explosif. Puis, avant qu'on eût pu l'en empêcher, il avait
provoqué la terrible explosion et détruit l'îlot de Back-Cup.
Et, maintenant, ont disparu Ker Karraje et ses pirates, -- et avec
eux, Thomas Roch et le secret de son invention!
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