ÉMILIA.--Que le gibet lui pardonne, et que l'enfer dévore ses os!--Pourquoi l'appellerait-il prostituée? Qui lui fait la cour? en quel lieu? dans quel temps? de quelle manière? avec quelle apparence? Le More est trompé par quelque indigne misérable, quelque grossier coquin, quelque méchant fourbe. O ciel! que ne démasques-tu de pareils scélérats? Que ne mets-tu à la main de chaque honnête homme un fouet pour flageller le drôle tout nu, d'un bout du monde à l'autre, depuis l'orient jusqu'au couchant! JAGO.--Parlez plus bas. ÉMILIA.--O fi! fi! de cet homme. C'était aussi quelque compagnon de cette trempe qui vous mit l'esprit sens dessus dessous, quand vous me soupçonnâtes d'une intrigue avec le More. JAGO.--Allez, vous êtes une écervelée. DESDÉMONA.--O bon Jago, que ferai-je pour ramener le coeur de mon mari? Bon ami, va le trouver; par cette lumière du ciel, j'ignore comment j'ai pu le perdre. Je tombe ici à genoux; si jamais ma volonté eut quelque tort envers son amour, en pensée, en parole ou en action; si jamais mes yeux, mes oreilles, aucun de mes sens, ont pu se complaire en quelque autre objet que lui; et s'il n'est pas vrai que je l'aime encore, que je l'ai toujours aimé, et que je l'aimerai toujours tendrement quand il me rejetterait loin de lui dans la misère par un divorce... que toute consolation m'abandonne! La dureté peut beaucoup, et sa dureté peut détruire ma vie, mais jamais altérer mon amour. Je ne peux pas dire prostituée:--ce mot me fait horreur maintenant que je le prononce; mais tous les vains trésors du monde ne me feraient pas commettre l'action qui pourrait mériter ce titre. JAGO.--Calmez-vous, je vous prie; ce n'est qu'un moment d'humeur. Les affaires d'État l'irritent, et c'est vous qu'il gronde. DESDÉMONA.--S'il n'y avait pas d'autre cause... JAGO.--Ce n'est que cela, je le garantis. (-Des trompettes.-) Écoutez: ces trompettes annoncent le souper. Les grands messagers de Venise vous attendent. Entrez et ne pleurez plus; tout ira bien. (-Sortent Desdémona et Émilia.-)(-Entre Roderigo.-) Eh bien! Roderigo? RODERIGO.--Je ne trouve pas que tu agisses franchement avec moi. JAGO.--Quelle preuve du contraire? RODERIGO.--Chaque jour tu me trompes par quelque nouvelle ruse, et à ce qu'il me semble, tu m'éloignes de toutes les occasions, bien plutôt que tu ne me procures quelque espérance. Je ne veux pas le supporter plus longtemps; et même je ne suis pas encore décidé à digérer en silence ce que j'ai déjà follement souffert. JAGO.--Voulez-vous m'écouter, Roderigo? RODERIGO.--Bah! je n'ai que trop écouté. Vos paroles et vos actions ne sont pas cousines. JAGO.--Vous m'accusez très-injustement. RODERIGO.--De rien qui ne soit vrai. Je me suis dépouillé de toutes mes ressources. Les bijoux que vous avez reçus de moi pour les offrir à Desdémona auraient à demi corrompu une religieuse. Vous m'avez dit qu'elle les avait acceptés; et en retour vous m'avez apporté l'espoir et la consolation d'égards prochains et d'un payement assuré; mais je ne vois rien. JAGO.--Bon, poursuivez, fort bien. RODERIGO.---Fort bien, poursuivez-: je ne puis poursuivre, voyez-vous, et cela n'est pas fort bien; au contraire, je dis qu'il y a ici de la fraude, et je commence à croire que je suis dupe. JAGO.--Fort bien. RODERIGO.--Je vous répète que ce n'est pas fort bien.--Je veux me faire connaître à Desdémona. Si elle me rend mes bijoux, j'abandonnerai ma poursuite, et je me repentirai de mes recherches illégitimes. Sinon, soyez sûr que j'aurai raison de vous. JAGO.--Vous avez tout dit? RODERIGO.--Oui; et je n'ai rien dit que je ne sois bien résolu d'exécuter. JAGO.--Eh bien! je vois maintenant que tu as du sang dans les veines, et je commence à prendre de toi meilleure opinion que par le passé. Donne-moi ta main, Roderigo; tu as conçu contre moi de très-justes soupçons; cependant je te jure que j'ai agi très-sincèrement dans ton intérêt. RODERIGO.--Il n'y a pas paru. JAGO.--Il n'y a pas paru, je l'avoue; et vos doutes ne sont point dénués de raison et de jugement. Mais, Roderigo, si tu as vraiment en toi ce que je suis maintenant plus disposé que jamais à y croire, je veux dire de la résolution, du courage et de la valeur, montre-le cette nuit; et si la nuit suivante tu ne possèdes pas Desdémona, fais-moi sortir traîtreusement de ce monde, et dresse des embûches contre ma vie. RODERIGO.--Quoi! qu'est ceci? Y a-t-il en cela quelque lueur, quelque apparence de raison? JAGO.--Seigneur, il est arrivé des ordres exprès de Venise pour mettre Cassio à la place d'Othello. RODERIGO.--Est-il vrai? Othello et Desdémona vont donc retourner à Venise? JAGO.--Non, non; il va en Mauritanie, et emmène avec lui la belle Desdémona, à moins que son séjour ici ne soit prolongé par quelque accident; et pour cela, il n'est point de plus sûr moyen que d'écarter ce Cassio. RODERIGO.--Que voulez-vous dire?--L'écarter? JAGO.--Quoi! en le mettant hors d'état de succéder à Othello, en lui faisant sauter la cervelle. RODERIGO.--Et c'est là ce que vous voulez que je fasse? JAGO.--Oui, si vous osez vous rendre service et justice vous-même. Ce soir il soupe chez une fille de mauvaise vie, et je dois aller l'y trouver. Il ne sait rien encore de sa brillante fortune. Si vous voulez l'épier au sortir de là (et je m'arrangerai pour que ce soit entre minuit et une heure), vous pourrez faire de lui tout ce qu'il vous plaira. Je serai à deux pas prêt à vous seconder; il tombera entre nous deux. Venez, ne restez pas ébahi du projet; mais suivez-moi. Je vous prouverai si bien la nécessité de sa mort, que vous vous sentirez obligé de la lui donner. Allons, il est grandement l'heure de souper, et la nuit s'avance vers son milieu. A l'oeuvre. RODERIGO.--Je veux bien savoir auparavant la raison de tout ceci. JAGO.--Vous serez satisfait. (Ils sortent.) SCÈNE III Un appartement dans le château. -Entrent- OTHELLO, LODOVICO, DESDÉMONA, ÉMILIA -et leur suite-. LODOVICO.--Seigneur, je vous en conjure, ne venez pas plus loin. OTHELLO.--Excusez-moi, la promenade me fera du bien. LODOVICO.--Madame, bonne nuit; je remercie humblement Votre Seigneurie. DESDÉMONA.--Votre Honneur est le bienvenu. OTHELLO.--Vous plaît-il de venir, seigneur? -(A voix basse.)- Oh! Desdémona! DESDÉMONA.--Mon seigneur? OTHELLO.--Allez à l'instant vous mettre au lit, je reviens tout à l'heure. Renvoyez votre suivante. N'y manquez pas. DESDÉMONA.--Je le ferai, mon seigneur. (Sortent Othello, Lodovico et la suite.) ÉMILIA.--Comment cela va-t-il à présent? Il a l'air plus doux que tantôt. DESDÉMONA.--Il dit qu'il va revenir tout à l'heure. Il m'a ordonné de me mettre au lit, et de te renvoyer. ÉMILIA.--De me renvoyer? DESDÉMONA.--C'est son ordre. Ainsi, bonne Émilia, donne-moi mes vêtements de nuit, et adieu. Il ne faut pas lui déplaire maintenant. ÉMILIA.--Je voudrais que vous ne l'eussiez jamais vu! DESDÉMONA.--Oh! moi, non. Mon amour le chérit tellement que même son humeur bourrue, ses dédains, ses brusqueries (je t'en prie, délace-moi) ont de la grâce et du charme pour moi. ÉMILIA.--J'ai mis au lit les draps que vous m'avez demandés. DESDÉMONA.--O mon père, que nos coeurs sont insensés!--(-A Émilia.-) Si je meurs avant toi, ensevelis-moi, je t'en prie, dans un de ces draps. ÉMILIA.--Allons, allons, comme vous bavardez. DESDÉMONA.--Ma mère avait auprès d'elle une jeune fille, elle s'appelait Barbara. Elle était amoureuse, et celui qu'elle aimait devint fou et l'abandonna. Elle avait une chanson du saule: c'était une vieille chanson, mais qui exprimait sa destinée, et elle mourut en la chantant. Ce soir, cette chanson ne veut pas me sortir de l'esprit: j'ai bien de la peine à m'empêcher de laisser tomber de côté ma tête, et de chanter la chanson comme la pauvre Barbara.--Je t'en prie, dépêche-toi. ÉMILIA.--Irai-je chercher votre robe de nuit? DESDÉMONA.--Non, détache cela.--Ce Lodovico est un homme agréable. ÉMILIA.--Un très-bel homme. DESDÉMONA.--Et il parle bien. ÉMILIA.--J'ai connu à Venise une dame qui aurait fait pieds nus le pèlerinage de la Palestine, seulement pour toucher à ses lèvres. DESDÉMONA. La pauvre enfant était assise, en soupirant, auprès d'un sycomore. Chantez tous le saule vert. Sa main sur son coeur, sa tête sur ses genoux; Chantez le saule, le saule, le saule. Le frais ruisseau coulait près d'elle, et répétait en murmurant ses gémissements; Chantez le saule, le saule, le saule. Ses larmes amères coulaient de ses yeux et amollissaient les pierres; (A Émilia.) Laisse ceci là: Chantez le saule, le saule, le saule, (A Émilia.) Je t'en prie, dépêche-toi; il va rentrer. Chantez tous le saule vert; ses rameaux feront ma guirlande. Que personne le blâme; j'approuve ses dédains: Non; ce n'est pas là ce qui suit.--Écoute; qui frappe? ÉMILIA.--C'est le vent. DESDÉMONA. J'appelais mon amour, amour trompeur; mais que me disait-il, alors? Chantez le saule, le saule, le saule. --Si je fais la cour à plus de femmes, plus d'hommes vous feront la cour[22]. (A Émilia.) Va-t'en. Bonne nuit. Les yeux me font mal. Cela présage-t-il des pleurs? [Note 22: Cette chanson est une ancienne ballade qui se trouve dans les -Relicks of ancient Poetry-. Le saule était alors, en Angleterre, l'arbre de l'amour malheureux.] ÉMILIA.--Ce n'est ni ici ni là. DESDÉMONA--Je l'avais ouï dire ainsi. Oh! ces hommes, ces hommes!--Dis-moi, Émilia:--crois-tu en conscience qu'il y ait des femmes qui trompent si indignement leurs maris? ÉMILIA.--Il y en a; cela n'est pas douteux. DESDÉMONA.--Voudrais-tu faire une pareille chose pour le monde entier? ÉMILIA.--Et vous, madame, ne le voudriez-vous pas? DESDÉMONA.--Non, par cette lumière du ciel. ÉMILIA.--Ni moi non plus, par cette lumière du ciel. Je le ferais tout aussi bien dans l'obscurité. DESDÉMONA.--Mais, voudrais-tu faire une pareille chose pour le monde entier? ÉMILIA.--Le monde est bien grand; c'est un grand prix pour une petite faute! DESDÉMONA.--Non, en vérité, je pense que tu ne le voudrais pas. ÉMILIA.--En vérité, je crois le contraire, et que je voudrais le défaire après l'avoir fait. Certes, je ne ferais pas une pareille chose pour un anneau d'alliance, une pièce de linon, des robes, des jupons, des chapeaux, ni pour une médiocre récompense; mais pour le monde entier... Et qui refuserait d'être infidèle à son mari pour le faire roi? A ce prix je risquerais le purgatoire. DESDÉMONA.--Que je sois maudite si je voudrais commettre un pareil crime pour le monde entier! ÉMILIA.--Bah! Le crime n'est qu'un crime dans le monde, et si vous aviez le monde pour votre peine, votre crime serait dans votre monde, et vous en feriez sur-le-champ une vertu. DESDÉMONA.--Et moi je ne crois pas qu'il y ait de pareilles femmes. ÉMILIA.--Il y en a par douzaines, et encore autant par-dessus le marché qu'il en tiendrait dans ce monde entier qui serait le prix de leur faute: mais je pense que la faute en est aux maris si les femmes succombent; voyez-vous, ils négligent leurs devoirs, et versent nos trésors dans le sein des étrangères, ou ils éclatent en accès d'une insupportable jalousie, et nous accablent de contraintes, ou ils nous battent et diminuent pour nous faire enrager ce que nous avions à dépenser; eh bien! alors nous avons de la rancune, et en dépit de notre douceur, nous sommes capables de vengeance. Que les maris sachent que leurs femmes sont sensibles comme eux; elles voient, elles sentent, elles ont un palais qui sait distinguer ce qui est doux et ce qui est amer comme les maris. Que font-ils quand ils nous abandonnent pour d'autres? est-ce par plaisir? je le crois; est-ce par passion? je le crois encore; est-ce la légèreté qui les entraîne? c'est aussi cela. Et nous, donc, n'avons-nous pas des passions, et le goût du plaisir et de la légèreté comme les hommes? Qu'ils nous traitent donc bien; sinon qu'ils sachent que, nos torts envers eux, ce sont leurs torts envers nous qui les amènent. DESDÉMONA.--Bonne nuit, bonne nuit. Que le ciel m'inspire l'habitude de ne pas apprendre le mal par le mal, et de me corriger au contraire par la vue du mal! (Elles sortent.) FIN DU QUATRIÈME ACTE. ACTE CINQUIÈME SCÈNE I Une rue. -Entrent- JAGO et RODERIGO. JAGO.--Là, mets-toi derrière cette borne.--Dans l'instant il va venir. Tiens ta bonne épée nue, et plonge-la dans son sein: ferme, ferme, ne crains rien; je serai à côté de toi. Ceci nous sauve ou nous perd: songes-y et affermis-toi dans ta résolution. RODERIGO.--Tiens-toi près de moi: je peux manquer mon coup. JAGO.--Ici, sous ta main.--Sois ferme et tire ton épée. (Il se retire à peu de distance.) RODERIGO.--Je ne me sens pas très-porté à cette action. Cependant il m'a donné des motifs déterminants.--Après tout, ce n'est qu'un homme mort.--Allons, mon épée, sors du fourreau.--Il mourra. (Il va à son poste.) JAGO.--J'ai frotté ce jeune bouton presque jusqu'à le rendre sensible, et le voilà qui s'irrite. Maintenant qu'il tue Cassio, que Cassio le tue, ou qu'ils se tuent tous deux, quoi qu'il arrive, j'y trouve mon profit.--Si Roderigo vit, il me somme de lui restituer l'or et tous les bijoux que je lui ai escamotés sous le nom de présents pour Desdémona. Il ne faut pas que cela soit. Si Cassio survit, il y a dans sa vie un éclat de tous les jours qui me rend hideux.--D'ailleurs le More peut me dévoiler à lui: je vois là un grand péril pour moi.--Non, il faut qu'il meure.--Mais chut! je l'entends qui vient. (Entre Cassio.) RODERIGO.--Je reconnais sa démarche. C'est lui. (-Il s'élance et fond sur Cassio.-) Misérable, tu meurs. CASSIO.--Ce coup en effet m'eût été fatal, si mon armure n'était meilleure que tu ne croyais. Je veux éprouver la tienne. (Il tire son épée et blesse Roderigo.) RODERIGO.--Oh! je suis mort. (Jago s'élance de sa place, frappe Cassio par derrière à la jambe, et s'en va.) CASSIO.--Je suis estropié pour toujours. Oh! du secours! au meurtre! au meurtre! (Il tombe.) OTHELLO, -dans l'éloignement-.--La voix de Cassio!--Jago tient sa parole. RODERIGO.--O misérable que je suis! OTHELLO.--Oui, c'est cela même. CASSIO.--Oh! du secours! un chirurgien! de la lumière! OTHELLO.--C'est lui.--O brave Jago, homme juste et honnête qui ressens si généreusement l'injure de ton ami, tu m'enseignes mon devoir.--Femme, votre amant est couché mort et votre destin arrive à grands pas.--Prostituée, j'arrive. Hors de mon coeur et ces charmes et tes yeux, tout est effacé. Ton lit, ce lit souillé par l'impudicité, va être taché du sang de l'impudique. (Il s'éloigne.) (Entrent Lodovico et Gratiano, à distance.) CASSIO.--Oh! comment! point de garde, pas un seul passant? au meurtre! au meurtre! GRATIANO.--C'est quelque accident sinistre; ces cris sont terribles. CASSIO.--Oh! du secours! LODOVICO.--Écoutez! RODERIGO.--O perfide scélérat! LODOVICO.--Deux ou trois gémissements! la nuit est noire; ces cris pourraient être feints.--Croyez qu'il n'est pas sûr d'avancer vers ces cris sans plus de monde. RODERIGO.--Personne ne vient. Alors je vais mourir en perdant tout mon sang. (Entre Jago un flambeau à la main.) LODOVICO.--Écoutons. GRATIANO.--Voici quelqu'un qui vient en chemise, avec un flambeau et des armes. JAGO.--Qui est là? Quel est ce bruit? On crie au meurtre? LODOVICO.--Nous ne savons pas. JAGO.--N'avez-vous pas entendu un cri? CASSIO.--Ici, ici: au nom du ciel, secourez-moi! JAGO.--Qu'est-il arrivé? GRATIANO.--C'est l'enseigne d'Othello, à ce qu'il me semble. LODOVICO.--Lui-même en effet, un brave soldat. JAGO.--Qui êtes-vous, vous qui criez si piteusement? CASSIO.--Jago!--Oh! je suis perdu, assassiné par des traîtres. Donne-moi quelque secours. JAGO, -accourant-.--Hélas! vous, lieutenant? Quels sont les misérables qui ont fait ceci? CASSIO.--Il y en a un, je crois, à quelques pas, et qui est hors d'état de s'enfuir. JAGO.--O lâches assassins! (-à Lodovico et Gratiano.-) Qui êtes-vous là? approchez, et venez à notre aide. RODERIGO.--Oh! secourez-moi. CASSIO.--C'est l'un d'entre eux. JAGO.--Exécrable meurtrier! O scélérat! (Il perce Roderigo.) RODERIGO.--O infernal Jago! Chien inhumain! oh! oh! oh! JAGO, -élevant la voix-.--Égorger les gens dans l'obscurité! où sont ces bandits sanguinaires? Quel silence dans cette ville! Au meurtre! au meurtre!--(-Se tournant vers Lodovico.-) Qui pouvez-vous être? Êtes-vous des bons ou des méchants? LODOVICO.--Comme nous agirons, jugez-nous. JAGO.--Seigneur Lodovico? LODOVICO.--Lui-même. JAGO.--Je vous demande pardon, seigneur.--Voici Cassio blessé par des bandits. GRATIANO.--Cassio? JAGO, -à Cassio-.--Comment cela va-t-il, frère? CASSIO.--Ma jambe est en deux. JAGO.--Le ciel nous en préserve!--Messieurs, de la lumière, je vais bander sa plaie avec ma chemise. (Entre Bianca.) BIANCA.--Quoi? qu'est-il donc arrivé? Qui est-ce qui criait? JAGO.--Qui est-ce qui criait? BIANCA.--O mon doux Cassio! mon cher Cassio! O Cassio, Cassio, Cassio! JAGO.--O impudente coquine!--Cassio, pourriez-vous soupçonner quels sont ceux qui vous ont ainsi mutilé? CASSIO.--Non. GRATIANO.--Je suis désolé de vous trouver en cet état. J'ai été vous chercher chez vous. JAGO.--Prêtez-moi une jarretière. Bon.--Oh! si nous avions une chaise pour l'emporter doucement d'ici! BIANCA.--Hélas! il s'évanouit. O Cassio, Cassio, Cassio! JAGO.--Nobles seigneurs, vous tous, je soupçonne cette malheureuse d'être de compagnie dans cet attentat. Un peu de patience, cher Cassio.--Venez, venez; prêtez-moi une lumière. (-Il va à Roderigo.-) Voyons, connaissons-nous ce visage, ou non?--Comment, mon ami, mon cher compatriote, Roderigo!--Non...--Oui, c'est lui-même, ô ciel! c'est Roderigo. GRATIANO.--Quoi! Roderigo de Venise? JAGO.--Lui-même: le connaissiez-vous? GRATIANO.--Si je le connaissais? oui. JAGO.--Le seigneur Gratiano! J'implore votre pardon. Ces sanglants accidents doivent excuser la négligence de mes manières envers vous. GRATIANO.--Je suis bien aise de vous voir. JAGO.--Eh bien! Cassio, comment vous trouvez-vous? oh! une chaise, une chaise! GRATIANO, -avec étonnement-.--Roderigo! JAGO.--C'est lui, c'est lui.--Ah! bonne nouvelle! voilà la chaise.--Que quelque bonne âme l'emporte soigneusement. Je cours chercher le chirurgien du général. (-A Bianca.-) Pour vous, madame, ne prenez pas tant de peines. Celui qui est étendu là, Cassio, était mon intime ami. (-A Cassio.-) Quelle querelle y avait-il donc entre vous deux? CASSIO.--Nulle au monde, et je ne connais pas cet homme. JAGO, -à Bianca-.--Pourquoi êtes-vous si pâle? (-Aux porteurs du brancard.-) Marchez, qu'il ne reste pas plus longtemps à l'air. (-On emporte Cassio et Roderigo.-) Vous, dignes seigneurs, demeurez. Pourquoi êtes-vous si pâle, madame?--Remarquez-vous l'égarement de ses yeux?--Ah! si vous avez -le- regard fixe, nous en saurons davantage tout à l'heure.--Regardez-la bien, je vous prie; observez-la: voyez-vous, messieurs? quand les langues seraient muettes, le crime parlerait encore. (Entre Émilia.) ÉMILIA.--Hélas! qu'y a-t-il donc? qu'y a-t-il, mon mari? JAGO.--Cassio vient d'être attaqué dans l'obscurité par Roderigo et des drôles qui se sont sauvés. Il est presque assassiné et Roderigo est mort. ÉMILIA.--Hélas! brave homme! Hélas! bon Cassio! JAGO.--Voilà ce qu'on gagne à aller chez des créatures.--Émilia, je t'en prie, va savoir de Cassio où il a soupé ce soir.--(-Regardant Bianca.-) Quoi, vous frémissez à cette question? BIANCA.--C'est chez moi qu'il a soupé, mais je ne frémis point de le dire. JAGO.--Ah! chez vous! je vous accuse, suivez-moi. ÉMILIA.--Fi donc! fi donc, coquine! BIANCA.--Je ne suis pas une coquine. Je mène une vie aussi honnête que vous qui m'insultez. ÉMILIA.--Que moi? pouah! fi donc! JAGO.--Généreux et nobles seigneurs, allons voir panser le pauvre Cassio.--Venez, madame, vous avez d'autres histoires à nous conter.--Émilia, cours à la citadelle, va dire à mon seigneur et à sa femme ce qui vient d'arriver. (-Aux autres.-) Voulez-vous venir, je vous prie? (-A part.-) Voici la nuit qui fait ma fortune ou qui me perd. (Ils sortent.) SCÈNE II Une chambre à coucher.--Un flambeau allumé. DESDÉMONA -endormie dans son lit. Entre- OTHELLO. OTHELLO.--C'est la cause, c'est la cause, ô mon âme! ne permettez pas que je la dise devant vous, chastes étoiles! c'est la cause! cependant je ne veux pas verser son sang, je ne veux pas percer son sein, ce sein plus blanc que la neige, plus uni que l'albâtre des tombeaux. (-Il pose à terre son épée.-) Pourtant il faut qu'elle meure, autrement elle trahira encore d'autres hommes. Éteignons ce flambeau et ensuite éteignons le flambeau de sa vie[23].--Si je t'éteins, toi, serviteur enflammé, je puis ressusciter ta flamme, si je venais à me repentir.--Mais que j'éteigne une fois ta flamme, toi le plus merveilleux ouvrage de la souveraine nature, je ne sais où se retrouverait le feu de Prométhée qui pourrait rallumer ta lumière.--Quand j'ai cueilli la rose, je ne puis plus la faire refleurir; il faut qu'elle se fane.--Je veux sentir encore la rose sur sa tige. (-Il l'embrasse.-) O haleine embaumée qui persuaderait presque à la justice de briser son glaive!--Encore un baiser; encore un! sois telle que tu es là quand tu seras morte, et je veux te tuer et je t'aimerai après.--Encore un, voici le dernier.--Jamais baiser si doux ne fut si fatal.--Il faut que je pleure; mais ce sont de cruelles larmes!--C'est le courroux du ciel, il frappe ce qu'il aime.--Elle s'éveille. [Note 23:-Put out the light and then put out the light-: Ce passage a beaucoup occupé les commentateurs: son sens le plus naturel est celui que nous avons adopté; Othello applique successivement l'expression -put out the light, éteindre la lumière-, au flambeau allumé qu'il éteint, et au flambeau de la vie de Desdémona, rien n'est plus commun dans Shakspeare que ce double emploi du même mot appliqué, dans le même vers, à deux objets différents. Warburton avait changé le sens, en changeant la ponctuation. Put -out the light, and then-.---Put out the light-! «Éteignons ce flambeau et alors...--Éteindre ce flambeau? Si je t'éteins, toi, serviteur enflammé, je puis ressusciter la flamme, etc. etc.» Ce changement ne me paraît nullement nécessaire; un jeu de mots, ou ce qui y ressemble, est souvent le texte original le plus vraisemblable.] DESDÉMONA.--Qui est là? Othello? OTHELLO.--Oui, Desdémona. DESDÉMONA.--Voulez-vous vous mettre au lit, seigneur? OTHELLO.--Avez-vous fait votre prière ce soir, Desdémona? DESDÉMONA.--Oui, mon seigneur. OTHELLO.--Si vous vous souvenez dans votre âme de quelque crime pour lequel vous ne soyez pas encore assurée de la grâce du ciel, implorez-la sur-le-champ. DESDÉMONA.--Hélas! mon seigneur, que voulez-vous dire? OTHELLO.--Allons, faites ce que je dis, et soyez prompte; je vais me promener en attendant;--je ne voudrais pas tuer votre âme avant qu'elle se fût préparée;--non, le ciel m'en préserve! je ne voudrais pas tuer ton âme. DESDÉMONA.--Vous parlez de tuer? OTHELLO.--Oui, j'en parle. DESDÉMONA.--Que le ciel ait donc pitié de moi! OTHELLO.--Amen, de tout mon coeur. DESDÉMONA.--Si vous parlez ainsi, j'espère que vous ne me tuerez pas. OTHELLO.--Hum! DESDÉMONA.--Et cependant je vous crains; car vous êtes fatal quand vos yeux roulent ainsi. Pourquoi je craindrais, je n'en sais rien, car je ne me connais pas de crime; et pourtant je sens que je crains. OTHELLO.--Pense à tes péchés. DESDÉMONA.--C'est l'amour que je vous porte. OTHELLO.--Oui, c'est pour cela que tu meurs. DESDÉMONA.--C'est une mort bien contre nature, que d'être tuée pour aimer. Hélas! pourquoi mordez-vous ainsi votre lèvre inférieure? Quelque violente passion ébranle tout votre corps: ce sont des présages sinistres; cependant j'espère que ce n'est pas moi qu'ils menacent. OTHELLO.--Paix, tiens-toi tranquille. DESDÉMONA.--Je le fais. Qu'est-ce? OTHELLO.--Ce mouchoir que j'aimais tant et que je t'avais donné, tu l'as donné à Cassio. DESDÉMONA.--Non, sur ma vie et mon âme: envoyez-le chercher, et demandez-lui. OTHELLO.--Ma chère âme, prends garde, prends garde au parjure; tu es sur ton lit de mort. DESDÉMONA.--Mais non pas pour y mourir encore. OTHELLO.--Si, tout à l'heure: ainsi, confesse sincèrement ton crime: en vain nierais-tu chaque article avec serment, tu n'écarterais point, tu n'étoufferais point la terrible pensée qui me fait gémir. Tu vas mourir. DESDÉMONA.--Dieu du ciel, ayez pitié de moi! OTHELLO.--Je dis amen. DESDÉMONA.--Et vous aussi, ayez pitié de moi!--Je ne vous ai jamais offensé de ma vie: jamais je n'aimai Cassio que de cette bienveillance générale dont le ciel me permettait de l'aimer. Je ne lui donnai jamais aucun gage. OTHELLO.--Par le ciel, j'ai vu mon mouchoir dans ses mains: ô femme parjure! tu changes mon coeur en pierre, et tu m'obligeras à appeler ce que je vais faire un meurtre, quand je croyais n'accomplir qu'un sacrifice. J'ai vu le mouchoir. DESDÉMONA.--Il l'a donc trouvé; je ne le lui ai jamais donné: faites-le venir ici, qu'il déclare la vérité. OTHELLO.--Il l'a déclarée. DESDÉMONA.--Quoi, mon seigneur? OTHELLO.--Qu'il t'avait... possédée. DESDÉMONA.--Quoi! illégitimement? OTHELLO.--Oui. DESDÉMONA.--Il ne le dira pas. OTHELLO.--Non, sa bouche est fermée; l'honnête Jago y a mis ordre. DESDÉMONA.--Ma crainte m'explique tout.--Quoi! il est mort? OTHELLO.--Quand tous les cheveux de sa tête auraient été autant de vies, ma terrible vengeance avait de quoi les détruire toutes. DESDÉMONA.--Hélas! il est trahi, et moi perdue! OTHELLO.--Quoi! prostituée, tu le pleures sous mes yeux! DESDÉMONA.--Oh! bannissez-moi, seigneur; mais ne me tuez pas. OTHELLO.--A bas, infâme! DESDÉMONA.--Tuez-moi demain, laissez-moi vivre cette nuit. OTHELLO.--Ah! si vous résistez... DESDÉMONA.--Seulement une demi-heure. OTHELLO.--Le parti pris, point de délai. DESDÉMONA.--Mais seulement pendant que je dis une prière! OTHELLO.--Il est trop tard. (Il l'étouffe.) ÉMILIA, -du dehors-.--Mon seigneur, mon seigneur! de grâce, mon seigneur, mon seigneur! OTHELLO.--Quel est ce bruit?... Elle n'est pas morte, pas encore tout à fait morte... Moi qui suis cruel, je suis cependant miséricordieux... Je ne veux pas te laisser languir dans ta souffrance... Non, non. ÉMILIA, -en dehors-.--Mon seigneur, mon seigneur! OTHELLO.--Qui est là? ÉMILIA.--Oh! mon bon seigneur! je voudrais vous dire un seul mot. OTHELLO.--Oui, c'est Émilia... Tout à l'heure... Elle est morte... Elle vient sans doute me parler de la mort de Cassio; le bruit a été grand... Ah! elle ne remue plus. Immobile comme la tombe... Entrera-t-elle? Ferai-je bien?... Je crois qu'elle remue encore... Non... Qui est-ce qui vaut le mieux?... Si elle entre, elle voudra sûrement parler à ma femme... ma femme! ma femme! Quelle femme?... Je n'ai plus de femme!... O pensée insupportable! O heure accablante!... Il me semble qu'il devrait y avoir à présent une éclipse totale de lune et de soleil, et que le globe épouvanté devrait s'entr'ouvrir dans un tel bouleversement. ÉMILIA, -toujours en dehors.---Je vous conjure, que je puisse vous parler, mon bon seigneur. OTHELLO.--Je t'avais oubliée; ah! entre, Émilia... Doucement... Tout à l'heure... Tirons ces rideaux. Où es-tu? (-Il ouvre la porte.-) Que me veux-tu maintenant? (Entre Émilia.) ÉMILIA.--Oh! mon digne seigneur! un meurtre affreux vient d'être commis là-bas. OTHELLO.--Quoi! tout à l'heure? ÉMILIA.--A l'heure même, mon seigneur. OTHELLO.--C'est l'influence de la lune elle-même; elle s'approche de la terre plus que de coutume et rend les hommes fous. ÉMILIA.--Cassio, mon seigneur, a tué un jeune Vénitien nommé Roderigo. OTHELLO.--Roderigo tué!--Et Cassio tué? ÉMILIA.--Non, Cassio n'est pas tué. OTHELLO.--Cassio n'est pas tué? Le meurtre n'est plus d'accord, et la douce vengeance devient dure. DESDÉMONA.--Oh! injustement, injustement massacrée! ÉMILIA.--Hélas! quel est ce cri? OTHELLO.--Quoi! quel cri? ÉMILIA.--Hélas! bon Dieu! c'était la voix de ma maîtresse. Du secours! du secours! oh! parlez-moi, madame, douce Desdémona! O ma chère maîtresse, parlez. DESDÉMONA.--Je meurs innocente. ÉMILIA.--Oh! qui a fait cela? DESDÉMONA.--Personne, moi-même.--Adieu. Recommande-moi à mon cher seigneur. Oh! adieu! (Elle expire.) OTHELLO.--Quoi! comment a-t-elle pu être assassinée? ÉMILIA.--Hélas! qui le sait? OTHELLO.--Vous l'avez entendue le dire elle-même; ce n'est pas moi. ÉMILIA.--Elle l'a dit; je ne puis rapporter que la vérité. OTHELLO.--Eh bien! elle est partie, comme une menteuse, pour les flammes de l'enfer. C'est moi qui l'ai tuée. ÉMILIA.--Oh! elle n'en est que plus un ange et vous un plus noir démon. OTHELLO.--Elle tournait au vice; c'était une prostituée. ÉMILIA.--Tu la calomnies; tu es un démon. OTHELLO.--Elle était perfide, comme l'onde. ÉMILIA.--Tu es effréné comme le feu d'oser dire qu'elle était perfide! Oh! elle était d'une candeur céleste. OTHELLO.--Cassio l'avait déshonorée: demande à ton mari. Oh! je serais damné dans le gouffre le plus profond de l'enfer, si je m'étais porté, sans de justes motifs, à cette dernière extrémité. Ton mari savait tout. ÉMILIA.--Mon mari? OTHELLO.--Ton mari. ÉMILIA.--Qu'elle était infidèle au mariage? OTHELLO.--Oui, avec Cassio. Ah! si elle avait été fidèle, le ciel eût-il créé pour moi un autre univers d'une seule et parfaite chrysolithe, je ne l'aurais pas changée pour cet univers. ÉMILIA.--Mon mari? OTHELLO.--Oui, c'est lui qui me l'a dit le premier. C'est un homme d'honneur; il abhorre l'opprobre qui s'attache aux actions infâmes. ÉMILIA.--Mon mari! OTHELLO.--A quoi bon ces répétitions, femme? Ton mari, te dis-je. ÉMILIA.--O ma maîtresse! la scélératesse s'est cruellement moquée de l'amour. Mon mari dire qu'elle était infidèle! OTHELLO.--Lui, femme; je dis ton mari, comprends-tu ce mot? Mon ami, ton mari, l'honnête, l'honnête Jago. ÉMILIA.--S'il dit cela, puisse son coeur pervers pourrir d'un demi-grain par jour! Il ment à sa conscience. Elle était trop éprise de son indigne choix. OTHELLO.--Ah! ÉMILIA.--Faites du pis que vous pourrez. Cette action que vous avez faite n'est pas plus digne du ciel que vous n'étiez digne d'elle. OTHELLO.--Tais-toi, tu feras bien. ÉMILIA.--Va, tu n'as pas pour me faire du mal la moitié de la force que j'ai pour l'endurer. O dupe! ô insensé! stupide comme la fange! Tu as commis là une action!...--Je ne m'inquiète pas de ton épée. Je te ferai connaître, dussé-je perdre vingt vies!... Du secours! du secours! holà! du secours!... Le More a tué ma maîtresse! Au meurtre! au meurtre! (Entrent Montano, Gratiano et Jago.) MONTANO.--Quoi donc? que s'est-il passé, général? ÉMILIA.--Oh! vous voilà donc, Jago! Il faut que votre conduite ait été belle, pour que les meurtriers vous chargent de leurs assassinats. GRATIANO.--De quoi s'agit-il? ÉMILIA, -à Jago-.--Démens ce misérable, si tu es un homme. Il dit que tu as dit que sa femme était infidèle: je sais que tu ne l'as pas dit, car tu n'es pas assez scélérat. Parle, car mon coeur est plein. JAGO.--Je lui ai dit ce que je pensais, et ne lui ai rien dit qu'il n'ait lui-même trouvé juste et vrai. ÉMILIA.--Mais lui avez-vous jamais dit qu'elle était infidèle? JAGO.--Je l'ai dit. ÉMILIA.--Vous avez dit un mensonge, un odieux, un infernal mensonge, sur mon âme, un mensonge, un mensonge atroce. Elle infidèle avec Cassio! Avez-vous dit avec Cassio? JAGO.--Avec Cassio, femme;--allez, réprimez votre langue. ÉMILIA.--Je ne veux pas réprimer ma langue! Je suis tenue de parler; ma maîtresse est là assassinée dans son lit. TOUS.--Oh! le ciel nous en préserve! ÉMILIA.--Et ce sont vos rapports qui ont amené le meurtre. OTHELLO.--Allons, n'ayez pas l'air égaré, messieurs; c'est la vérité. GRATIANO.--C'est une étrange vérité! MONTANO.--O action monstrueuse! ÉMILIA.--Scélératesse! scélératesse! scélératesse!--J'y songe, j'y songe.--Je démêle tout.--O scélératesse! J'en ai eu la pensée alors... Je me tuerai de douleur.--O scélératesse! scélératesse! JAGO.--Quoi! êtes-vous folle? Je vous ordonne de vous rendre au logis. ÉMILIA.--Dignes seigneurs, que j'aie la liberté de parler. Il convient que je lui obéisse, mais non pas en ce moment.--Peut-être, Jago, ne rentrerai-je jamais au logis. OTHELLO, -se précipitant sur le lit-.--Oh! oh! oh! ÉMILIA.--Oui, couche-toi et rugis; car tu as tué la plus douce, la plus innocente femme qui jamais ait levé les yeux vers le ciel. OTHELLO.--Oh! elle était coupable. -(A Gratiano-.) Je vous reconnaissais à peine, mon oncle.--Voilà votre nièce; elle est morte: oui, ces mains viennent en effet d'arrêter le souffle de sa vie. Je sais que cette action paraît horrible et hideuse. GRATIANO.--Pauvre Desdémona! je suis bien aise que ton père soit mort. Ton mariage lui a été mortel et le chagrin seul a tranché le fil usé de ses jours. S'il vivait encore, cette vue le plongerait dans l'égarement du désespoir: oui, il maudirait son ange tutélaire, et tomberait dans la réprobation du ciel. OTHELLO.--Cela est lamentable; mais Jago sait qu'elle s'est abandonnée mille fois à Cassio; Cassio l'a avoué et elle a récompensé ses transports d'amour avec le premier signe, le premier gage d'amour que je lui eusse donné; je l'ai vu dans les mains de Cassio; c'était un mouchoir, un ancien présent que ma mère avait reçu de mon père. ÉMILIA.--O ciel! O puissances célestes! JAGO.--Allons, taisez-vous. ÉMILIA.--La vérité veut sortir, elle veut sortir.--Que je me taise! monsieur, non, non, je parlerai, libre comme l'air. Quand le ciel, les hommes, les démons, quand tous devraient crier ensemble honte sur moi, je parlerai. JAGO.--Prenez garde... Allez-vous-en chez vous. ÉMILIA.--Je ne veux pas. (Jago essaye de frapper sa femme de son épée.) GRATIANO.--Fi! tirer votre épée contre une femme! ÉMILIA.--O toi, More stupide! ce mouchoir dont tu parles, je le trouvai par hasard et le donnai à mon mari; car souvent, par des instances plus sérieuses que ne méritait en effet cette bagatelle, il m'avait sollicitée de m'en emparer. JAGO.--Infâme coquine! ÉMILIA.--Elle l'a donné à Cassio! non, hélas! c'est moi qui l'ai trouvé, et je l'ai donné à mon mari. JAGO.--Malheureuse, tu mens. ÉMILIA.--Par le ciel! je ne mens point, je ne mens point, seigneurs.--O meurtrier imbécile! qu'avait à faire un pareil fou d'une si bonne femme? (Jago blesse Émilia et s'enfuit.) OTHELLO.--N'y a-t-il de foudres dans le ciel que celles qui servent au tonnerre? (-Il tombe à la renverse.-) O scélérat inouï! GRATIANO.--Sa femme tombe; sûrement il a tué sa femme. ÉMILIA.--Oui, oui, oh! couchez-moi à côté de ma maîtresse. . - - , ' 1 ! - - ' - ? ? 2 ? ? ? ? 3 , 4 , . ! - 5 ? - 6 , ' ' , 7 ' ' ! 8 9 . - - . 10 11 . - - ! ! . ' 12 ' , 13 ' . 14 15 . - - , . 16 17 . - - , - ? 18 , ; , ' ' 19 . ; 20 , , ; 21 , , , 22 ; ' ' ' , 23 ' , ' 24 . . . 25 ' ! , 26 , . 27 : - - ; 28 ' 29 . 30 31 . - - - , ; ' ' ' . 32 ' ' , ' ' . 33 34 . - - ' ' ' . . . 35 36 . - - ' , . ( - . - ) : 37 . 38 . ; . ( - 39 . - ) ( - . - ) ! ? 40 41 . - - . 42 43 . - - ? 44 45 . - - , 46 ' , ' , 47 . 48 ; 49 ' . 50 51 . - - - ' , ? 52 53 . - - ! ' . 54 . 55 56 . - - ' - . 57 58 . - - . 59 . 60 . ' 61 ' ; ' ' 62 ' ' ; 63 . 64 65 . - - , , . 66 67 . - - - , - : , - , 68 ' ; , ' 69 , . 70 71 . - - . 72 73 . - - ' . - - 74 . , ' 75 , . , 76 ' . 77 78 . - - ? 79 80 . - - ; ' 81 ' . 82 83 . - - ! , 84 . 85 - , ; - 86 ; ' - 87 . 88 89 . - - ' . 90 91 . - - ' , ' ; 92 . , , 93 , 94 , , - ; 95 , - 96 , . 97 98 . - - ! ' ? - - , 99 ? 100 101 . - - , 102 ' . 103 104 . - - - ? 105 ? 106 107 . - - , ; , 108 , 109 ; , ' ' 110 . 111 112 . - - - ? - - ' ? 113 114 . - - ! ' , 115 . 116 117 . - - ' ? 118 119 . - - , - . 120 , ' 121 . . 122 ' ( ' 123 ) , ' 124 . ; 125 . , ; - . 126 , 127 . , ' , 128 ' . ' . 129 130 . - - . 131 132 . - - . 133 134 ( . ) 135 136 137 138 139 . 140 141 - - , , , - - . 142 143 144 . - - , , . 145 146 . - - - , . 147 148 . - - , ; . 149 150 . - - . 151 152 . - - - , ? - ( . ) - ! 153 ! 154 155 . - - ? 156 157 . - - ' , 158 ' . . ' . 159 160 . - - , . 161 162 ( , . ) 163 164 . - - - - ? ' 165 . 166 167 . - - ' ' . ' 168 , . 169 170 . - - ? 171 172 . - - ' . , , - 173 , . . 174 175 . - - ' ! 176 177 . - - ! , . 178 , , ( ' , - ) 179 . 180 181 . - - ' ' . 182 183 . - - , ! - - ( - . - ) 184 , - , ' , . 185 186 . - - , , . 187 188 . - - ' , ' 189 . , ' 190 ' . : ' 191 , , . 192 , ' : ' 193 ' , 194 . - - ' , - . 195 196 . - - - ? 197 198 . - - , . - - . 199 200 . - - - . 201 202 . - - . 203 204 . - - ' 205 , . 206 207 . 208 209 , , ' . 210 . 211 , ; 212 , , . 213 ' , 214 ; 215 , , . 216 ; 217 218 ( . ) 219 220 : 221 222 , , , 223 224 ( . ) ' , - ; . 225 226 ; . 227 ; ' : 228 229 ; ' . - - ; ? 230 231 . - - ' . 232 233 . 234 235 ' , ; - , ? 236 , , . 237 238 - - , ' 239 [ ] . 240 241 ( . ) 242 243 - ' . . . - - ? 244 245 [ : 246 - - . , , 247 ' ' . ] 248 249 . - - ' . 250 251 - - ' . ! , 252 ! - - - , : - - - ' 253 ? 254 255 . - - ; ' . 256 257 . - - - ? 258 259 . - - , , - ? 260 261 . - - , . 262 263 . - - , . 264 ' . 265 266 . - - , - 267 ? 268 269 . - - ; ' 270 ! 271 272 . - - , , . 273 274 . - - , , 275 ' . , 276 ' , , , , 277 , ; . . . 278 ' ? 279 . 280 281 . - - 282 ! 283 284 . - - ! ' ' , 285 , , 286 - - . 287 288 . - - ' . 289 290 . - - , - 291 ' 292 : 293 ; - , , 294 , ' 295 , , 296 297 ; ! , 298 , . 299 ; , , 300 301 . - 302 ' ? - ? ; - ? 303 ; - ? ' . 304 , , ' - , 305 ? ' ; 306 ' , , 307 . 308 309 . - - , . ' ' 310 , 311 ! 312 313 ( . ) 314 315 . 316 317 318 319 320 321 322 323 324 325 . 326 327 - - . 328 329 330 . - - , - . - - ' . 331 , - : , , 332 ; . : 333 - - . 334 335 . - - - : . 336 337 . - - , . - - . 338 339 ( . ) 340 341 . - - - . 342 ' . - - , ' ' 343 . - - , , . - - . 344 345 ( . ) 346 347 . - - ' ' , 348 ' . ' , 349 , ' , ' , ' 350 . - - , ' 351 . 352 . , 353 . - - ' 354 : . - - , ' 355 . - - ! ' . 356 357 ( . ) 358 359 . - - . ' . ( - ' 360 . - ) , . 361 362 . - - ' , ' 363 . . 364 365 ( . ) 366 367 . - - ! . 368 369 ( ' , , 370 ' . ) 371 372 . - - . ! ! ! 373 ! 374 375 ( . ) 376 377 , - ' - . - - ! - - 378 . 379 380 . - - ! 381 382 . - - , ' . 383 384 . - - ! ! ! ! 385 386 . - - ' . - - , 387 ' , ' . - - , 388 389 . - - , ' . 390 , . , ' , 391 ' . 392 393 ( ' . ) 394 395 ( , . ) 396 397 . - - ! ! , ? ! 398 ! 399 400 . - - ' ; . 401 402 . - - ! ! 403 404 . - - ! 405 406 . - - ! 407 408 . - - ! ; 409 . - - ' ' ' 410 . 411 412 . - - . 413 . 414 415 ( . ) 416 417 . - - . 418 419 . - - ' , 420 . 421 422 . - - ? ? ? 423 424 . - - . 425 426 . - - ' - ? 427 428 . - - , : , - ! 429 430 . - - ' - ? 431 432 . - - ' ' ' , ' . 433 434 . - - - , . 435 436 . - - - , ? 437 438 . - - ! - - ! , . - 439 . 440 441 , - - . - - ! , ? 442 ? 443 444 . - - , , , ' 445 ' . 446 447 . - - ! ( - . - ) - ? 448 , . 449 450 . - - ! - . 451 452 . - - ' ' ' . 453 454 . - - ! ! 455 456 ( . ) 457 458 . - - ! ! ! ! ! 459 460 , - - . - - ' ! 461 ? ! ! 462 ! - - ( - . - ) - ? - 463 ? 464 465 . - - , - . 466 467 . - - ? 468 469 . - - - . 470 471 . - - , . - - 472 . 473 474 . - - ? 475 476 , - - . - - - - , ? 477 478 . - - . 479 480 . - - ! - - , , 481 . 482 483 ( . ) 484 485 . - - ? ' - ? - ? 486 487 . - - - ? 488 489 . - - ! ! , , ! 490 491 . - - ! - - , - 492 ? 493 494 . - - . 495 496 . - - . ' 497 . 498 499 . - - - . . - - ! 500 ' ' ! 501 502 . - - ! ' . , , ! 503 504 . - - , , 505 ' . , 506 . - - , ; - . ( - . - ) 507 , - , ? - - , , 508 , ! - - . . . - - , ' - , ! ' 509 . 510 511 . - - ! ? 512 513 . - - - : - ? 514 515 . - - ? . 516 517 . - - ! ' . 518 . 519 520 . - - . 521 522 . - - ! , - ? ! , 523 ! 524 525 , - - . - - ! 526 527 . - - ' , ' . - - ! ! . - - 528 ' . 529 . ( - . - ) , , 530 . , , . 531 ( - . - ) - ? 532 533 . - - , . 534 535 , - - . - - - ? ( - 536 . - ) , ' ' . ( - 537 . - ) , , . 538 - , ? - - - ' ? - - ! 539 - - , 540 ' . - - - , ; - : - , 541 ? , 542 . 543 544 ( . ) 545 546 . - - ! ' - - ? ' - - , ? 547 548 . - - ' ' 549 . 550 . 551 552 . - - ! ! ! ! 553 554 . - - ' . - - , ' 555 , . - - ( - . - ) 556 , ? 557 558 . - - ' ' , 559 . 560 561 . - - ! ! , - . 562 563 . - - ! , ! 564 565 . - - . 566 ' . 567 568 . - - ? ! ! 569 570 . - - , 571 . - - , , ' 572 . - - , , 573 ' . ( - . - ) - , 574 ? ( - . - ) . 575 576 ( . ) 577 578 579 580 581 . - - . 582 583 - . - . 584 585 586 . - - ' , ' , ! 587 , ! ' ! 588 , , 589 , ' . ( - 590 . - ) ' , 591 ' . 592 [ ] . - - ' , , 593 , , 594 . - - ' , 595 , 596 597 . - - ' , 598 ; ' . - - 599 . ( - ' . - ) 600 ! - - ; ! 601 , 602 ' . - - , . - - 603 . - - ; 604 ! - - ' , ' . - - 605 ' . 606 607 [ : - - : 608 609 : 610 ; 611 ' - , - , 612 ' , , ' 613 , 614 , . 615 , . 616 617 - , - . - - - - ! 618 619 « . . . - - ? 620 ' , , , , . 621 . » 622 623 ; , 624 , . ] 625 626 . - - ? ? 627 628 . - - , . 629 630 . - - - , ? 631 632 . - - - , ? 633 634 . - - , . 635 636 . - - 637 , - 638 - - . 639 640 . - - ! , - ? 641 642 . - - , , ; 643 ; - - ' 644 ; - - , ' ! 645 . 646 647 . - - ? 648 649 . - - , ' . 650 651 . - - ! 652 653 . - - , . 654 655 . - - , ' . 656 657 . - - ! 658 659 . - - ; 660 . , ' , 661 ; . 662 663 . - - . 664 665 . - - ' ' . 666 667 . - - , ' . 668 669 . - - ' , ' 670 . ! - ? 671 : 672 ; ' ' ' . 673 674 . - - , - . 675 676 . - - . ' - ? 677 678 . - - ' ' , ' 679 . 680 681 . - - , : - , 682 - . 683 684 . - - , , ; 685 . 686 687 . - - . 688 689 . - - , ' : , : 690 - , ' , 691 ' . . 692 693 . - - , ! 694 695 . - - . 696 697 . - - , ! - - 698 : ' 699 ' . 700 . 701 702 . - - , ' : 703 ! , ' 704 , ' ' 705 . ' . 706 707 . - - ' ; : - 708 , ' . 709 710 . - - ' . 711 712 . - - , ? 713 714 . - - ' ' . . . . 715 716 . - - ! ? 717 718 . - - . 719 720 . - - . 721 722 . - - , ; ' . 723 724 . - - ' . - - ! ? 725 726 . - - , 727 . 728 729 . - - ! , ! 730 731 . - - ! , ! 732 733 . - - ! - , ; . 734 735 . - - , ! 736 737 . - - - , - . 738 739 . - - ! . . . 740 741 . - - - . 742 743 . - - , . 744 745 . - - ! 746 747 . - - . 748 749 ( ' . ) 750 751 , - - . - - , ! , 752 , ! 753 754 . - - ? . . . ' , 755 . . . , . . . 756 . . . , . 757 758 , - - . - - , ! 759 760 . - - ? 761 762 . - - ! ! . 763 764 . - - , ' . . . ' . . . . . . 765 ; . . . 766 ! . . . . - - ? 767 - ? . . . ' . . . . . . - 768 ? . . . , 769 . . . ! ! ? . . . ' ! . . . 770 ! ! . . . ' 771 , 772 ' ' . 773 774 , - . - - - , 775 , . 776 777 . - - ' ; ! , . . . . . . 778 ' . . . . - ? ( - . - ) 779 - ? 780 781 ( . ) 782 783 . - - ! ! ' 784 - . 785 786 . - - ! ' ? 787 788 . - - ' , . 789 790 . - - ' ' - ; ' 791 . 792 793 . - - , , . 794 795 . - - ! - - ? 796 797 . - - , ' . 798 799 . - - ' ? ' ' , 800 . 801 802 . - - ! , ! 803 804 . - - ! ? 805 806 . - - ! ? 807 808 . - - ! ! ' . ! 809 ! ! - , , ! 810 , . 811 812 . - - . 813 814 . - - ! ? 815 816 . - - , - . - - . - 817 . ! ! 818 819 ( . ) 820 821 . - - ! - - ? 822 823 . - - ! ? 824 825 . - - ' - ; ' . 826 827 . - - ' ; . 828 829 . - - ! , , 830 ' . ' ' . 831 832 . - - ! ' . 833 834 . - - ; ' . 835 836 . - - ; . 837 838 . - - , ' . 839 840 . - - ' ' ! 841 ! ' . 842 843 . - - ' : . ! 844 ' , ' , 845 , . . 846 847 . - - ? 848 849 . - - . 850 851 . - - ' ? 852 853 . - - , . ! , - 854 ' , 855 ' . 856 857 . - - ? 858 859 . - - , ' ' . ' 860 ' ; ' ' . 861 862 . - - ! 863 864 . - - , ? , - . 865 866 . - - ! ' 867 ' . ' ! 868 869 . - - , ; , - ? , 870 , ' , ' . 871 872 . - - ' , ' - 873 ! . 874 . 875 876 . - - ! 877 878 . - - . 879 ' ' ' . 880 881 . - - - , . 882 883 . - - , ' 884 ' ' . ! ! ! 885 ! . . . - - ' . 886 , - ! . . . ! ! ! 887 ! . . . ! ! ! 888 889 ( , . ) 890 891 . - - ? ' - , ? 892 893 . - - ! , ! 894 , . 895 896 . - - ' - ? 897 898 , - - . - - , . 899 : ' , 900 ' . , . 901 902 . - - , ' 903 ' - . 904 905 . - - - ' ? 906 907 . - - ' . 908 909 . - - , , , 910 , , . ! 911 - ? 912 913 . - - , ; - - , . 914 915 . - - ! ; 916 . 917 918 . - - ! ! 919 920 . - - . 921 922 . - - , ' ' , ; ' . 923 924 . - - ' ! 925 926 . - - ! 927 928 . - - ! ! ! - - ' , ' 929 . - - . - - ! ' . . . 930 . - - ! ! 931 932 . - - ! - ? . 933 934 . - - , ' . 935 , . - - - , , 936 - . 937 938 , - - . - - ! ! ! 939 940 . - - , - ; , 941 . 942 943 . - - ! . - ( - . ) 944 , . - - ; : , 945 ' . 946 . 947 948 . - - ! . 949 950 . ' , ' 951 : , , 952 . 953 954 . - - ; ' ' 955 ; ' 956 ' , ' 957 ; ' ; ' 958 , . 959 960 . - - ! ! 961 962 . - - , - . 963 964 . - - , . - - ! 965 , , , , ' . , 966 , , , 967 . 968 969 . - - . . . - - . 970 971 . - - . 972 973 ( . ) 974 975 . - - ! ! 976 977 . - - , ! , 978 ; , 979 , ' 980 ' . 981 982 . - - ! 983 984 . - - ' ! , ! ' ' , 985 ' . 986 987 . - - , . 988 989 . - - ! , , . - - 990 ! ' ' ? 991 992 ( ' . ) 993 994 . - - ' - - 995 ? ( - . - ) ! 996 997 . - - ; . 998 999 . - - , , ! - . 1000