colonel avec un tendre respect, et s'éloigna avec son petit fardeau.
Maria lui rendit son salut amical, et l'embrassa même. Rien ne prouva
mieux à Elinor les progrès de sa raison; mais elle avait un tremblement
d'émotion involontaire qui l'obligea à prendre le bras que le colonel
lui offrait.
Ils firent quelques pas en silence; enfin le colonel le rompit.--Vous
venez, leur dit-il, de faire une découverte qui a dû vous surprendre.
Oui, cette jeune femme est celle à qui j'ai long-temps servi de père, et
que je n'ai pu garantir du malheur. Mais il est réparé autant qu'il peut
l'être. L'excellente madame Smith, en punissant sévèrement son jeune
parent, a voulu que l'enfant et celle qui lui a donné la vie, rejetés
par lui, le remplaçassent dans ses affections. Je ferai, m'écrivit-elle
en me les demandant, ce qu'il aurait dû faire, ce qu'il m'a refusé;
j'assurerai leur sort, et comme je ne puis désirer la damnation
éternelle d'un jeune homme que j'aimais comme un fils, avant ses
erreurs, j'espère obtenir ainsi de Dieu le pardon de son péché, et qu'il
ne soit puni que dans cette vie. Vous comprenez avec quelle joie je
cédai mon infortunée pupille à cette respectable femme. Caroline formée
par le malheur, aimant passionnément son enfant, accepta avec transport
une place qui ne la séparait pas de lui et la faisait vivre dans une
austère retraite. Il fut convenu entre madame Smith et moi qu'elle
changerait de nom, et passerait pour une veuve. Jusqu'ici le secret
avait été bien gardé. Mais la ressemblance de l'enfant avec son père m'a
souvent fait trembler; c'est ce qui fait que Caroline ne l'avait point
encore mené avec elle dans ses promenades. Depuis que je suis ici, je
vais souvent la voir en allant à la chaumière. Cette fois, je suis resté
plus long-temps qu'à l'ordinaire. Elle m'a accompagné avec le petit
James; et vous nous avez surpris. J'ai vu au premier instant que cet
enfant vous disait tout et que notre secret était découvert. Mais ce
n'est pas avec vous que je crains qu'il soit trahi et souvent j'aurais
voulu vous le confier moi-même, si je.... Il s'arrêta. Elinor le comprit
et le remercia par un regard de ne pas achever. Maria, les yeux baissés
et pleins de larmes, ne disait rien; mais il était facile de voir comme
son coeur était oppressé, et celui du colonel n'était pas plus à son
aise. Il voyait, à n'en pas douter, combien ce sentiment qu'il avait cru
presque éteint, avait encore de pouvoir sur elle. Quoiqu'il eût évité de
nommer une seule fois Willoughby dans son récit, il se repentait de
l'avoir fait devant elle: Mais ne rien dire aurait été plus pénible
encore. Elinor se chargea de l'entretien, et sans prononcer non plus le
nom fatal, elle témoigna au colonel un grand intérêt pour sa pupille, et
lui dit combien elle leur avait plu. Maria prit sur elle de le confirmer
par quelques mots obligeans; mais sa voix tremblante en détruisit
l'effet. Ils arrivèrent à la maison. Maria dit que l'air du matin
l'avait incommodée, et se sauva dans sa chambre. Le colonel était si
sombre et si rêveur, que madame Dashwood le crut malade et s'en alarma.
A dîner, Maria, qui avait réfléchi, reparut à peu près comme à
l'ordinaire, fut amicale avec le colonel, et raconta elle-même à sa mère
qu'elles avaient rencontré leur aimable voisine d'Altenham; mais il ne
fut pas question de l'enfant. Cette manière remit un peu le colonel, et
la soirée fut plus agréable que la matinée.
On reçut des lettres d'Edward. Après quelque résistance de la part de
madame Ferrars, il avait été admis en sa présence, et reconnu de nouveau
pour son fils -unique-, car c'était le tour de Robert de ne plus l'être.
Mais Edward n'avait point d'abord révélé son engagement actuel avec
Elinor, et il avait été loin de croire son sort assuré, et avait craint
d'être repoussé avec plus de rigueur qu'auparavant. Il avait fait son
aveu après quelques préparations, et contre son attente, il fut écouté
avec beaucoup de calme. Madame Ferrars chercha cependant à le dissuader
d'épouser la fille d'un simple gentilhomme, sans fortune et sans
espérance, plutôt que la riche fille d'un lord. Il ne la contredit pas
du tout; mais il lui dit avec fermeté et respect, qu'il y était
absolument décidé. Alors, instruite par l'expérience du passé, elle
jugea plus sage d'accorder, avec toute la mauvaise grâce qu'elle put y
mettre, ce qu'elle ne pouvait pas empêcher, et de consentir qu'Edward
épousât Elinor. Mais quoiqu'il fût à présent -son seul fils-,
disait-elle à chaque instant, elle ne le traita pas comme tel, et ne lui
rendit pas son droit d'aînesse. Pendant que le coupable Robert jouissait
de mille pièces de revenu, sans faire autre chose que des sottises, elle
trouva fort bon que le pauvre Edward devînt pasteur d'un village avec
deux cents pièces de rente; elle y ajouta cependant, tant pour le
présent que pour le futur, la même somme de dix mille pièces qu'elle
avait données à Fanny en la mariant.
Edward ne s'en plaignit pas; c'était plus qu'il n'avait espéré, et assez
pour pouvoir rendre son Elinor heureuse. John Dashwood répéta sur tous
les tons que madame Ferrars était la meilleure et la plus généreuse des
mères. Elle-même, avec ses excuses de ne pouvoir faire plus, sembla
être la seule personne qui fût surprise de ce qu'elle ne fît pas
davantage.
Il ne manquait plus à Edward, pour compléter son bonheur, que d'être
consacré, et que le presbytère fût prêt à les recevoir. Le colonel, à
présent qu'il devait être habité par Elinor, trouvait toujours de
nouveaux embellissemens à y faire, et finit par les inviter à passer les
premiers mois chez lui, d'où ils pourraient présider eux-mêmes à leurs
réparations. Ils y consentirent, et de bonne heure, en automne, la
cérémonie eut lieu dans l'église de Barton. Cette fois les prophéties de
madame Jennings furent accomplies à sa grande joie; elle put visiter à
la Saint-Michel le pasteur de Delafort, et ne fut pas fâchée d'y trouver
Elinor plutôt que Lucy; mais elle fut un peu surprise de s'être encore
trompée sur l'amour du colonel, qu'elle recommença de nouveau à destiner
à Maria: et c'était le voeu général de la famille, la seule chose qui
manquât encore à la félicité d'Elinor. Ils eurent aussi la visite de
madame Ferrars la mère, presque honteuse d'avoir autorisé leur bonheur,
et celle de John et de Fanny, qui vinrent avec elle.
Je ne veux pas dire que vous ayez mal fait d'épouser mon beau-frère, dit
John à Elinor, en se promenant avec elle dans l'avenue du château de
Delafort; je vois que vous êtes aussi heureuse qu'on peut l'être avec
peu d'argent; mais j'avoue que j'aurais eu un grand plaisir à appeler le
colonel Brandon mon frère. Cette terre, cette maison, chaque chose ici
est vraiment très-agréable et fait envie; et quels bois, quels beaux
arbres! Enfin Maria est encore là, et quoique ce ne soit point une
personne qui l'attire, et qu'il n'ait jamais eu de goût pour elle, je
crois que si elle voulait se donner un peu de peine, et vous, insinuer
au colonel d'y penser, cela pourrait s'arranger une fois. Je rirais bien
si nous en venions à bout; car il ne l'aime pas du tout. Je ne me trompe
jamais, moi, sur ces sortes de choses; mais quand on se voit tous les
jours, le diable est bien fin. Vous ferez fort bien, ma soeur, d'inviter
souvent Maria, de faire remarquer au colonel comme sa santé et sa beauté
reviennent: et qui sait ce qui peut arriver! Je le voudrais de tout mon
coeur, je vous assure.
Madame Ferrars les vit quelquefois et se conduisit décemment avec eux;
mais ils ne furent pas insultés par sa préférence, elle ne pouvait
l'accorder au vrai mérite. La fatuité de Robert et les flatteries de sa
femme l'obtinrent encore. Les mêmes moyens que Lucy avait employés pour
faire tomber Robert dans le piége, furent pratiqués pour rentrer dans la
faveur de sa mère, dès qu'il lui fut possible d'en approcher, et elle
mit beaucoup d'art pour l'obtenir; elle feignit d'être malade au point
d'en mourir.
Madame Ferrars qui déjà avait pardonné à Robert, et qui le recevait
quelquefois, céda à ses sollicitations pour aller voir sa femme,
espérant en être bientôt débarrassée. Dès-lors elle ne tarda pas à être
guérie, et sa respectueuse humilité, ses attentions assidues pour la
vieille dame et son petit chien, ses flatteries sans fin,
réconcilièrent madame Ferrars sur le choix de son fils, et si
promptement que Lucy devint aussi nécessaire que Robert à sa belle-mère
qui l'aima même mieux que Fanny. Ils s'établirent à Londres, reçurent
mille libéralités de madame Ferrars, furent dans les meilleurs termes
avec les Dashwood en apparence. Mais la jalousie de Fanny, la légèreté
de Robert, le mauvais esprit de Lucy les rendirent malheureux malgré
leurs richesses; tandis que dans le presbytère de Delafort tout était
bonheur et jouissances. L'attachement de ses habitans s'augmentait tous
les jours. Ils n'avaient aucun besoin factice. Rien ne les entraînait
hors de chez eux, et loin de ne pas se croire assez riches, ils avaient
encore de quoi aider les malheureux. Robert au contraire faisait des
dettes, mangeait d'avance ce qu'il attendait encore de sa mère, et se
préparait un avenir bien triste, associé à une femme à qui il ne
resterait rien et dont la physionomie animée ne serait plus que
l'expression de la méchanceté quand elle aurait perdu sa fraîcheur.
Le mariage d'Elinor la sépara peu de sa famille. Sa mère et ses soeurs
passaient avec elle plus de la moitié de leur vie. Madame Dashwood
espérait toujours qu'en donnant au colonel et à Maria de fréquentes
occasions de se rencontrer, celle-ci s'attacherait enfin à cet homme si
digne d'être aimé. Mais plus d'une année s'était écoulée, et rien
n'avançait que l'amitié de Maria pour lui, qui s'augmentait
graduellement, ainsi que l'amour du colonel qui, persuadé qu'elle
aimait encore malgré elle Willoughby, ou que du moins elle n'en aimerait
jamais d'autre, n'osait s'expliquer et proposer sa main à celle qui
possédait en entier son coeur. Heureux d'en être regardé comme un ami,
et déjà comme un fils et un frère par madame Dashwood et par Elinor, il
redoutait de porter atteinte à ce bonheur par une démarche décisive et
trop précipitée. Il chérissait ses espérances et tremblait de les
perdre. Ce n'était qu'à Elinor seulement qu'il osait ouvrir son coeur,
et tout était transmis avec soin par elle à Maria qui l'écoutait sans
peine, et répondait en soupirant: Je ne serais pas digne lui, si je
pouvais aimer deux fois.
Un matin, ils étaient tous rassemblés chez Elinor, un peu incommodée
d'une grossesse pénible, lorsqu'on apporta les papiers et les lettres
de la poste. Dans le nombre de celles adressées à madame Edward Ferrars,
il y en avait une à grand cachet noir dont l'écriture ne lui était pas
inconnue, quoiqu'elle n'eût pu la désigner. Maria, occupée à parcourir
les papiers-nouvelles, ne la voyait pas. Tout à coup le papier tombe de
sa main; elle jette un cri dont l'expression était plus l'étonnement que
la peine ou l'émotion, et dit d'une voix assez ferme: Madame Willoughby
est morte d'une chute de phaéton. Pauvre femme! elle paie cher son goût
effréné pour le plaisir. Le colonel, plus ému qu'elle, prend ce fatal
papier, et ne doute pas qu'il ne renferme l'arrêt de sa condamnation.
J'ai ici, dit Elinor, la confirmation de cette nouvelle par M.
Willoughby lui-même, qui me la communique. Lisez, Maria. Celle-ci prit
la lettre et lut bas ce qui suit:
«L'intérêt que madame Edward Ferrars m'a témoigné dans notre dernier
entretien, me fait espérer qu'elle me pardonnera d'oser lui apprendre
que ma fatale chaîne est rompue. Celle à qui j'avais donné mon nom en
échange de sa fortune, a péri victime d'un accident que je n'ai cessé
de lui prédire, en s'obstinant à conduire elle-même des chevaux trop
vifs. Mais depuis long-temps mes conseils lui étaient aussi odieux que
ma présence.
»Je sais que ce n'est pas encore le temps de parler du sentiment qui
domine dans mon coeur; mais celle qui me l'inspire est libre encore,
et je ne puis me défendre d'espérer. Bonne Elinor! vous qui sans doute
êtes la plus heureuse des femmes dans une union fondée sur un amour
réciproque, vous ne me refuserez pas un jour votre appui. Mon étude
sera de le mériter; recevez-en l'assurance de votre dévoué
»JAMES WILLOUGHBY.»
Maria rougit beaucoup en lisant cette lettre, qu'elle passa à sa mère.
Le colonel avait hésité de sortir; mais un sentiment involontaire le
clouait à cette place. La tête appuyée sur sa main, tenant de l'autre
les papiers, il avait l'air de les lire, et n'en distinguait pas un mot.
--Répondrez-vous à M. Willoughby? dit Maria à sa soeur, après un moment
de silence.
--Oui, sans doute. Mais que dois-je lui dire?
--Qu'il se trompe complétement, et que je ne suis plus libre, si....
(elle se tourna vers le colonel), si le meilleur des hommes daigne
accepter cette main et le don de mon coeur; et même, s'il les refusait,
Dieu aurait mon.........
--Refuser! s'écria le colonel transporté de joie, en serrant contre son
sein et pressant de ses lèvres cette main adorée. O Maria! chère Maria!
l'ai-je bien entendu? et dans quel moment! Mais n'est-ce point une
erreur de votre coeur généreux?
--Non, non, dit-elle, avec une grâce enchanteresse; il est guéri de
toutes ses erreurs, il n'appartient qu'à celui qui m'a véritablement
aimée.--Et qui vous adorera toute sa vie....
--On ne sollicite pas seulement mon consentement, dit en riant madame
Dashwood: si j'allais le refuser! Mais c'est le jour où les femmes font
les avances, et je vous donne Maria, mon cher Brandon, avant que vous me
l'ayez demandée. Ils se jetèrent dans ses bras, puis dans ceux d'Elinor
et d'Emma. Edward fut appelé de son cabinet pour prendre part à la joie
générale, et la sienne fut bien grande en donnant le nom de frère à son
intime ami.
La noce ne tarda pas à se célébrer en famille; elle fut bénie par
Edward. Le colonel aurait voulu obtenir de sa belle-mère qu'elle se
fixât tout-à-fait chez lui avec Emma; mais elle fut assez prudente pour
préférer de conserver sa liberté et sa jolie chaumière, d'où elle
sortait souvent pour visiter, à Delafort, tantôt le château, tantôt le
presbytère, où elle trouvait autant de bonheur qu'on puisse en avoir ici
bas. Celui de Maria augmenta tous les jours. Il était principalement
fondé sur l'estime et sur une reconnaissance mutuelle. Le colonel
sentait tous les jours davantage qu'il devait à sa charmante compagne
les seuls momens heureux de sa vie. Elle le consola de toutes ses
affections précédentes, rendit à son esprit toute sa gaieté, et il
redevint le plus aimable de même qu'il était le meilleur des hommes.
Maria fut heureuse du bonheur de cet homme excellent; et comme elle ne
savait pas aimer à demi, elle finit par aimer son mari au moins autant
qu'elle avait aimé Willoughby.
Ce dernier fut d'abord furieux du mariage de Maria et de la réponse
d'Elinor, qui lui prouva son intérêt en ne lui épargnant pas les
conseils d'une raison saine et éclairée. Ils n'eurent pas d'abord grand
effet sur un caractère aussi léger. Mais son coeur était bon, et en
relisant encore une fois, dans un moment de réflexion, la lettre de
madame Edward Ferrars, il en fut touché comme d'une vraie preuve
d'amitié. Il désira de la voir et de la remercier; il en demanda la
permission et l'obtint une année après son veuvage. C'est encore à vous,
lui dit-il, sage Elinor, que je remets le soin du bonheur de ma vie, et
cette fois j'espère d'être écouté. En renonçant à l'espoir insensé,
j'en conviens, d'épouser Maria, en me rappelant tous mes torts passés,
le plus grand de tous, la séduction de la jeune Caroline Williams, s'est
présenté à mon souvenir et m'a rempli de remords. Je sais qu'elle m'a
donné un fils que je n'ai jamais vu, mais à qui aussi je dois donner un
père. J'ignore où vivent la mère et l'enfant; le colonel Brandon les a
si bien cachés que je n'ai pu les découvrir. A présent que mes
intentions sont honorables, et que je suis libre de les remplir, je vous
conjure d'obtenir de lui pour moi la main de sa pupille. Décidé à
réparer mes torts avec elle et avec le colonel, tout le reste m'est
égal. Sa naissance est illégitime, je le sais; mais elle est la fille
adoptive du colonel Brandon, et portera mon nom. Elle n'a point de
fortune; la mienne nous suffira; et peut-être qu'après avoir rempli ce
devoir madame Smith me rendra son amitié. On dit cependant qu'elle a
adopté des parens éloignés, et je n'ai pas grand espoir de ce côté; mais
je vivrai en philosophe à Haute-Combe entre ma femme et mon enfant, et
je rétablirai ma fortune, qui s'est déjà raccommodée par mon premier
mariage.
Elinor sourit, l'approuva, et lui promit de s'intéresser pour lui auprès
du colonel. Le même jour elle en parla à lui et à Maria: cette dernière
s'enflamma de cette idée, et conjura son mari d'y consentir. On alla en
parler à Caroline, à madame Smith. Celle-ci, enchantée de sauver une ame
de la damnation éternelle, ne se fit pas presser, et rendit son amitié
à Willoughby en l'unissant à Caroline. Cette jeune femme, depuis
qu'elle était mère d'un enfant charmant, qui était le portrait vivant de
Willoughby, était devenue beaucoup plus jolie et beaucoup plus aimable
qu'elle ne l'était autrefois. Elle le fixa autant qu'on pouvait le
fixer. Ils restèrent à Altenham tant que madame Smith vécut, et furent
ensuite s'établir à Haute-Combe. Maria pouvait alors le voir sans danger
et sans émotion, et n'ayant point à rougir devant lui, leur relation
devint ce qu'elle devait être. Mais ils se virent rarement; madame
Brandon était toute à ses devoirs d'épouse, de mère, de dame de
paroisse, et s'acquittait de tout avec la chaleur de son ame et son
aimable vivacité. Son destin avait été singulier; elle semblait avoir
été appelée à prouver elle-même la fausseté de son système favori, sur
l'impossibilité d'aimer deux fois. Elle avait aimé passionnément à
dix-sept ans, ce qui est assez rare: à cet âge on prend souvent pour une
passion ce qui n'est qu'un goût léger, excité par l'attrait de la
nouveauté, et l'effervescence de la jeunesse et de l'imagination. Ce
n'est ordinairement que quelques années plus tard qu'on est capable
d'avoir une passion vraie et profonde, et celle de Maria avait ces
caractères. Mais un sentiment d'un autre genre, et bien supérieur, une
haute estime, une vive amitié, une tendre reconnaissance, l'avaient
amenée à donner volontairement sa main à un homme qui n'était pas moins
qu'elle victime d'un premier attachement, que deux années auparavant
elle trouvait trop vieux pour se marier, et qui se donnait encore la
bonne sauve-garde d'une veste de flanelle.
Il n'est pas besoin de dire qu'elles eurent souvent la visite de la
bonne Mme Jennings, et quelquefois celle de ses filles et de ses
gendres, les Middleton et les Palmer. Sir Georges, toujours le plus gai
et le meilleur des voisins, se trouva réduit à la jeune Emma pour orner
ses bals de campagnes. Mais Emma grandit tous les jours; elle a quinze
ans, elle est jolie comme tous les amours, et déjà madame Jennings
s'occupe beaucoup de deviner qui est-ce qui sera son amoureux.
Nous laissons à regret cette aimable famille, et nous devons compter au
nombre des mérites, et des bonheurs d'Elinor et de Maria, qu'elles sont
jeunes, jolies, et qu'elles vivent à côté l'une de l'autre dans des
situations de fortune bien différentes, sans que leur liaison ait jamais
été troublée par le moindre nuage, non plus que celle de leurs maris.
FIN.
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