Une nombreuse compagnie arrivant dans un hôtel y porte beaucoup de bruit
et de mouvement; et Anna n'avait pas été là une demi-heure, que la vaste
salle était à moitié remplie de boîtes et de paquets; puis vinrent les
amies de Mme Musgrove, et, bientôt après, Harville et Wenvorth. Il
sembla à Anna qu'il était dans la même disposition d'esprit que le jour
du concert, et qu'il voulait l'éviter. Elle s'efforça d'être calme et se
raisonna ainsi: «Si nous nous aimons encore, nos coeurs finiront par se
comprendre; la destinée ne nous a pas rapprochés pour que nous nous
cherchions des querelles absurdes.»
«Anna, s'écria Marie, voici Mme Clay debout sous la colonnade avec un
monsieur près d'elle. Ils semblent causer intimement. Comment se
nomme-t-il? Venez; dites-le-moi. Mon Dieu! je me souviens; c'est M.
Elliot.
--Non, s'écria Anna vivement, ce ne peut être lui. Il a dû quitter Bath
ce matin à neuf heures, et il ne reviendra que demain.»
Elle sentit que Wenvorth la regardait, ce qui la vexa et l'embarrassa et
lui fit regretter ce qu'elle avait dit.
Marie, voulant qu'on supposât qu'elle connaissait son cousin, se mit à
parler des ressemblances de famille, affirma que c'était M. Elliot, et
appela encore Anna pour regarder elle-même. Mais Anna ne bougea pas. Son
malaise cependant augmenta quand elle vit les sourires et les regards
d'intelligence échangés entre deux ou trois dames, comme si elles se
croyaient dans le secret. Il était évident qu'on avait causé d'elle.
«Venez voir, s'écria Marie; ils se séparent et se donnent la main.
Est-ce que vous ne reconnaîtriez pas M. Elliot? Vous semblez avoir
oublié Lyme.»
Pour cacher son embarras, Anna alla vivement à la fenêtre. Elle s'assura
que c'étaient Mme Clay et M. Elliot, et, réprimant sa surprise, elle dit
tranquillement:
«Oui, c'est M. Elliot. Il a changé son heure de départ, voilà tout; ou
je puis m'être trompée.»
Elle revint s'asseoir avec l'espoir consolant d'avoir paru indifférente.
Les dames partirent; Charles, après avoir maudit leur visite, dit:
«Mère, j'ai fait quelque chose qui vous fera plaisir; j'ai loué une loge
pour demain, et j'ai invité Wenvorth, je suis sûr qu'Anna ne sera pas
fâchée de venir avec nous. N'ai-je pas bien fait?
--Bonté du ciel, s'écria Marie. Qu'avez-vous fait? Avez-vous oublié que
nous sommes engagés à Camben-Place, et que nous y rencontrerons lady
Dalrymph, M. Elliot et les principaux parents de la famille?
--Bah, répondit Charles; qu'est-ce que c'est qu'une soirée? Votre père
pouvait nous inviter à dîner, s'il voulait nous voir. Faites ce que vous
voudrez; moi, j'irai au spectacle.
--Oh! Charles, ce serait abominable, quand vous avez promis.
--Non; j'ai seulement salué et souri, en disant: «Trop heureux!» Ce
n'est pas là une promesse.
--Vous irez, Charles; ce serait impardonnable d'y manquer. On doit nous
présenter; il y a toujours eu une grande liaison entre les Dalrymph et
nous. Et M. Elliot est l'héritier de mon père; des attentions lui sont
dues à ce titre.
--Ne me parlez pas d'héritiers, s'écria Charles: je ne suis pas de ceux
qui négligent le pouvoir régnant pour s'incliner devant l'astre nouveau.
Si je n'y allais pas pour votre père, il serait scandaleux d'y aller
pour son héritier. Qu'est-ce que M. Elliot est pour moi?»
Cette expression d'insouciance ranima Anna, qui vit le capitaine
regarder et écouter avec attention. Aux dernières paroles de Charles, il
la regarda.
Charles et Marie continuaient à discuter le projet de spectacle: Mme
Musgrove s'interposa.
«Il vaut mieux y renoncer, Charles, et demander la loge pour mardi. Ce
serait dommage d'être séparés, et nous y perdrions aussi miss Anna; et
si elle n'est pas avec nous, ni Henriette ni moi nous ne nous soucions
du spectacle.»
Anna fut sincèrement reconnaissante de ces paroles; elle dit d'un ton
décidé: «S'il ne dépendait que de moi, madame, la soirée à la maison ne
serait pas le plus petit obstacle. Je n'ai aucun plaisir à ces
présentations, et je serais trop heureuse d'aller au théâtre avec vous.»
Elle sentit qu'on l'observait, et n'osa pas même lever les yeux pour
voir l'effet de ses paroles. On convint du mardi. Charles se réserva
seulement de taquiner sa femme en déclarant qu'il irait seul au
spectacle, si personne ne voulait y aller. Le capitaine Wenvorth quitta
sa place, et vint s'arrêter comme par hasard devant Anna.
«Vous n'avez pas été assez longtemps à Bath, dit-il, pour jouir des
soirées qu'on y donne.
--Ces soirées ne me plaisent pas, je ne suis pas joueuse.
--Je sais que vous ne l'étiez pas autrefois; mais le temps opère de
grands changements.
--Je n'ai pas tant changé,» dit-elle; puis elle s'arrêta, craignant
quelque interprétation.
Quelques instants après, il dit, comme si c'était une réflexion
soudaine:
«Il y a un siècle, vraiment: huit ans et demi!»
Anna ne put savoir s'il en aurait dit davantage; Henriette demanda à
sortir, et Anna dissimula sa contrariété; elle se dit que si Henriette
l'avait su, elle en aurait eu pitié, elle qui était si sûre de
l'affection de son fiancé.
Sir Walter et Élisabeth vinrent interrompre leurs apprêts de départ:
leur présence apporta un froid général. Anna se sentit oppressée, et vit
la même impression autour d'elle. Le bien-être, la liberté, la gaîté,
disparurent; un froid maintien, un silence compassé, une conversation
insipide, accueillirent son père et sa soeur. Quelle mortification
c'était pour elle!
Cependant elle eut une satisfaction: le capitaine Wenvorth fut salué par
sa soeur plus gracieusement que la première fois. Élisabeth renouvela
son invitation pour tous les Musgrove, «une soirée intime,» dit-elle,
et, posant sur la table les lettres d'invitation qu'elle avait
apportées, elle adressa un sourire à Wenvorth en lui en présentant une.
Elle avait réfléchi qu'un homme d'une telle tournure ferait bien dans
son salon, et elle consentait à oublier le passé.
Quand Sir Walter et Élisabeth furent partis, l'animation et la gaîté
reparurent, excepté pour Anna. Elle pensait à la manière douteuse dont
Wenvorth avait remercié plutôt qu'accepté l'invitation, montrant plus de
surprise que de plaisir. Elle savait qu'il ne pouvait regarder cette
invitation comme une excuse pour le passé. Il tint la carte dans sa main
après leur départ, comme s'il réfléchissait à tout cela.
«Pensez-donc qu'Élisabeth a invité tout le monde, chuchota Marie assez
haut pour être entendue. Je ne suis pas surprise que le capitaine soit
ravi. Vous voyez qu'il ne peut pas se séparer de sa carte.»
Anna saisit le regard de Wenvorth; elle vit sa joue rougir, et sa bouche
exprimer le mépris.
Elle se détourna pour ne pas en voir davantage.
On se sépara. Anna, sollicitée de rester à dîner, refusa. Elle avait
besoin de calme et de silence après les agitations de la journée.
Revenue à Camben-Place, elle eut à entendre tous les projets d'Élisabeth
et de Mme Clay pour la soirée, tous les détails d'embellissement,
l'énumération des invités, tout ce qui ferait de cette soirée la plus
élégante qu'on eût jamais vue à Bath. Pendant ce temps, elle était
obsédée par une pensée unique:
«Viendra-t-il?» Elle ne pouvait deviner s'il se croirait obligé de
venir. Elle oublia un moment sa préoccupation pour dire à Mme Clay
qu'elle l'avait vue causer avec M. Elliot. Elle crut voir sur sa figure
une certaine confusion, qui pouvait bien être causée par des reproches
ou des observations de M. Elliot.
Elle s'écria cependant d'un air assez naturel:
«Ah! c'est vrai! ma chère. Croiriez-vous, miss Elliot, que j'ai
rencontré M. Elliot dans la rue Bath? Je n'ai jamais été plus étonnée;
nous avons fait quelques pas ensemble. Quelque chose l'avait empêché de
partir; je ne sais plus quoi, car j'étais pressée et je ne pouvais guère
attendre... Il voulait savoir à quelle heure il pourrait être reçu
demain, il ne pensait qu'à votre soirée, et moi aussi, et même depuis
que je suis rentrée; sans cela, cette rencontre ne me serait pas si
entièrement sortie de la mémoire.»
CHAPITRE XXIII
Anna ayant promis d'aller chez les Musgrove, elle remit au lendemain la
visite à lady Russel. Un jour de plus était accordé à la bonne
réputation de M. Elliot, comme à la sultane Sheherazade des -Mille et
une Nuits-.
Le mauvais temps la mit en retard, et quand elle arriva chez les
Musgrove, elle y trouva Mme Croft, Harville et Wenvorth. Marie et
Henriette ne l'avaient pas attendue; mais elles avaient recommandé à Mme
Musgrove de la retenir jusqu'à leur retour.
Elle dut se soumettre, et fut bientôt plongée dans toutes les agitations
que l'extrême bonheur et l'extrême chagrin peuvent procurer.
Deux minutes après son arrivée, Wenvorth dit à Harville:
«Nous écrirons la lettre en question, Harville, si vous voulez me donner
ce qu'il faut pour écrire.»
Tout étant préparé, il s'approcha de la table et, tournant le dos à
tous, il s'absorba dans sa lettre.
Mme Musgrove racontait à Mme Croft comment le mariage de sa fille
s'était décidé, avec cet insupportable chuchotement que tout le monde
peut entendre. Anna ne put éviter d'entendre certains détails et des
rabâchages insipides que Mme Croft écoutait avec une attention
bienveillante. Anna espérait que Wenvorth n'entendait pas.
«Tout bien considéré, disait Mme Musgrove, nous avons jugé convenable de
ne pas attendre davantage; Charles Hayter se mourait d'impatience. Je ne
hais rien tant que les longs engagements; six mois, un an tout au plus,
mais pas davantage.
--C'est précisément ce que j'allais vous dire; surtout quand on ignore
s'il ne surviendra pas quelque obstacle; je trouve cela très imprudent,
et les parents devraient l'empêcher autant qu'ils peuvent. J'aimerais
mieux voir les jeunes gens se marier avec un petit revenu, et lutter
avec les difficultés de la vie que d'être liés longtemps d'avance.»
Anna trouvait là un intérêt inattendu. Elle s'appliqua ces paroles,
sentit un frémissement parcourir tout son corps, et jeta
involontairement un regard sur la table. Le capitaine avait cessé
d'écrire: il écouta et se retourna pour lui jeter un regard rapide et
profond.
Les deux dames continuèrent à redire les mêmes vérités, à les renforcer
par des exemples. Mais Anna n'entendit qu'un bruit de voix; tout était
confusion dans son esprit.
Harville, qui n'avait rien entendu, s'approcha d'une fenêtre et parut
inviter Anna à le rejoindre. Il la regarda avec un sourire et fit un
petit mouvement de tête qui disait: «Venez, j'ai quelque chose à vous
dire.»
Anna alla vers lui; alors il reprit l'expression sérieuse et pensive qui
lui était habituelle.
«Voyez, dit-il, déployant un paquet qu'il avait dans la main et montrant
une miniature. Connaissez-vous cette personne?
--Certainement, capitaine.
--Et vous pouvez deviner à qui ce portrait est destiné. Mais, dit-il
d'une voix grave, il n'a pas été fait pour elle. Miss Elliot, vous
rappelez-vous notre promenade à Lyme? Nous nous affligions pour lui. Je
ne croyais guère alors. Mais, n'importe. La peinture a été faite au Cap.
Harville rencontra là un jeune artiste allemand, et pour remplir une
promesse faite à ma pauvre soeur, il posa, et lui rapporta ce portrait.
Je suis chargé maintenant de le donner à une autre femme. Quelle
commission pour moi! mais qui pouvait la faire? Je ne suis pas fâché,
vraiment, de la laisser à un autre, dit-il en désignant Wenvorth. Le
capitaine s'en charge; c'est pour cela qu'il écrit.» Et il ajouta, avec
une lèvre tremblante: «Pauvre Fanny! Elle ne l'aurait pas oublié sitôt!
--Non, dit Anna d'une voix pénétrée, je le crois facilement.
--Ce n'était pas dans sa nature: elle l'adorait.
--Une femme qui aime vraiment est ainsi.»
Harville eut un sourire qui signifiait: «Réclamez-vous pour votre sexe?»
et Anna répondit, en souriant aussi: «Oui, nous ne sommes pas si
oublieuses que vous; c'est peut-être notre destinée plutôt que notre
mérite. Nous n'y pouvons rien. Nous vivons à l'intérieur, tranquilles,
renfermées, et nous n'existons que par le sentiment. Vous êtes forcés à
l'action; vous avez toujours quelque affaire qui vous ramène dans le
monde; le changement et l'occupation continuels affaiblissent bientôt
vos impressions.
--En admettant (ce que je ne fais pas) que votre assertion soit vraie,
elle ne s'applique pas à Benwick. Il n'a pas été forcé à l'action; la
paix l'a ramené à terre à ce moment-là, et depuis il a toujours vécu
avec nous.
--C'est très vrai, dit Anna; je l'avais oublié. Mais qu'allez-vous
répondre à cela, capitaine? Si le changement ne vient pas des
circonstances extérieures, il vient du dedans, de la nature de l'homme,
ce doit être le cas du capitaine Benwick.
--Non, non, je n'admets pas que ce soit la nature de l'homme plus que de
la femme d'oublier ceux qu'on aime ou qu'on a aimés. Je crois le
contraire. Il y a une véritable analogie entre notre corps et notre
esprit; là où le corps est le plus fort, le sentiment l'est aussi: il
est capable de supporter une plus rude épreuve, comme d'affronter un
plus mauvais temps.
--Vos sentiments peuvent être les plus forts, dit Anna; mais le même
esprit d'analogie m'autorise à dire que les nôtres sont les plus
tendres. L'homme est plus robuste que la femme, mais il ne vit pas plus
longtemps, ce qui explique mes idées sur la nature de ses affections.
S'il en était autrement, ce serait trop cruel pour vous. Vous avez à
lutter avec des dangers, des souffrances; vous travaillez et vous
fatiguez votre temps; votre santé, votre vie, ne sont pas à vous. Ce
serait cruel vraiment (ceci fut dit d'une voix tremblante) si les
sentiments des femmes étaient ajoutés à tout cela.
--Nous ne serons jamais d'accord sur ce point,» commença Harville, quand
un léger bruit attira son attention. La plume de Wenvorth était tombée
de ses mains, et Anna tressaillit en s'apercevant qu'il était plus près
qu'elle ne croyait.
--Avez-vous fini votre lettre? dit Harville.
--Pas encore, quelques lignes seulement: j'aurai fini dans cinq minutes.
--Rien ne presse; je suis très bien ancré ici, dit-il en souriant à
Anna; bien approvisionné; je ne manque de rien. Eh bien, miss Elliot,
dit-il en baissant la voix, comme je vous le disais, nous ne serons
jamais d'accord sur ce point; aucun homme ni aucune femme ne peuvent
l'être sans doute: mais laissez-moi vous dire que l'histoire est contre
vous, en prose et en vers. Si j'avais autant de mémoire que Benwick,
j'apporterais cinquante citations pour appuyer ma thèse. Je ne crois pas
avoir ouvert dans ma vie un seul livre qui n'ait parlé de l'inconstance
des femmes. Chansons et proverbes: tout en parle. Mais, direz-vous
peut-être, ils ont été écrits par des hommes?
--Oui, s'il vous plaît, ne prenons pas pour arbitres les livres. Les
hommes, en écrivant l'histoire, ont sur nous tous les avantages; ils ont
plus d'instruction, et la plume est dans leurs mains. Je n'admets pas
que les livres prouvent quelque chose.
--Mais quelle preuve aurons-nous?
--Nous n'en aurons jamais. Nous débutons chacun avec une prévention en
faveur de notre propre sexe; nous y ajoutons toutes les preuves que nous
pouvons trouver à l'appui, et précisément ces preuves ne peuvent être
données sans trahir un secret.
--Ah! s'écria Harville d'un ton profondément ému, si je pouvais vous
faire comprendre tout ce qu'éprouve un homme, quand, jetant un dernier
regard sur sa femme et ses enfants, il suit des yeux le bateau qui les
emporte, et se demande s'il les reverra jamais. Si je pouvais vous dire
la joie de son âme quand il les revoit après une longue absence; quand
il a calculé l'heure de leur retour, et qu'il les voit arriver un jour
plus tôt, comme si le ciel leur avait donné des ailes! Si je pouvais
vous dire tout ce qu'un homme peut faire et supporter; tout ce qu'il
peut se glorifier de faire pour ses chers trésors! Je parle seulement de
ceux qui ont un coeur! dit-il en appuyant la main sur sa poitrine.
--Ah! dit Anna vivement; je rends justice à vos sentiments et aux hommes
qui vous ressemblent. Je mériterais le mépris si j'osais supposer que la
véritable affection et la confiance appartiennent seulement aux femmes.
Non, je vous crois capables dans le mariage de toutes les grandes et
nobles choses. Je crois que vous pouvez supporter beaucoup tant que...
(permettez-moi de le dire), tant que vous avez un but. Je veux dire tant
que la femme que vous aimez existe et vit pour vous. Le seul privilège
que je réclame pour mon sexe (et il n'est pas très enviable, n'en soyez
pas jaloux), c'est d'aimer plus longtemps quand il n'y a plus ni vie ni
espoir.» Elle ne put en dire davantage; son coeur était trop plein, sa
poitrine trop oppressée.
--Vous êtes une bonne âme, s'écria le capitaine lui posant la main sur
le bras avec affection. Il n'y a pas moyen de se quereller avec vous. Et
puis ma langue est liée quand je pense à Benwick.»
Leur attention fut appelée ailleurs: Mme Croft s'en allait.
«Nous nous séparons ici, je crois, Frédéric. Je retourne chez moi, et
vous, vous avez un rendez-vous avec votre ami. Ce soir, nous aurons le
plaisir de nous rencontrer tous à votre soirée,» dit-elle à Anna. «Nous
avons reçu hier l'invitation de votre soeur, et j'ai compris que
Frédéric était invité aussi. Vous êtes libre, n'est-ce pas, Frédéric?»
Wenvorth pliait sa lettre à la hâte, il ne put ou ne voulut pas répondre
à cela.
«Oui, dit-il, nous nous séparons; mais nous vous suivrons bientôt,
c'est-à-dire Harville, si vous êtes prêt, je le suis dans une minute; je
sais que vous ne serez pas fâché d'être dehors.»
Wenvorth, ayant cacheté rapidement sa lettre, semblait pressé de partir.
Anna n'y comprenait rien. Harville lui dit un amical adieu; mais de
Wenvorth elle n'eut pas un mot, pas un regard, quand il sortit.
Elle n'avait eu que le temps de s'approcher de la table, quand la porte
s'ouvrit, et qu'il rentra. Il s'excusa, disant qu'il avait oublié ses
gants; il s'approcha de la table, et, tirant une lettre de dessous les
autres papiers, la mit sous les yeux d'Anna en la regardant d'un air
suppliant, puis il sortit avant que Mme Musgrove eût le temps de voir
s'il était entré.
Anna fut agitée au delà de toute expression. La lettre, dont l'adresse
«Miss A. E.» était à peine lisible, était celle qu'il avait pliée si
rapidement. On croyait qu'il écrivait à Benwick, et c'était à elle! La
vie d'Anna dépendait du contenu de cette lettre! Mais tout était
préférable à l'attente. Mme Musgrove était occupée ailleurs, et Anna
put, sans être aperçue, lire ce qui suit:
«Je ne puis me taire plus longtemps. Il faut que je vous écrive. Vous
me percez le coeur! Ne me dites pas qu'il est trop tard! que ces
précieux sentiments sont perdus pour toujours. Je m'offre à vous avec
un coeur qui vous appartient encore plus que lorsque vous l'avez brisé
il y a huit ans. Ne dites pas que l'homme oublie plus tôt que la
femme, que son amour meurt plus vite. Je n'ai jamais aimé que vous. Je
puis avoir été injuste, j'ai été faible et vindicatif, mais jamais
inconstant. C'est pour vous seule que je suis venu à Bath, c'est à
vous seule que je pense; ne l'avez-vous pas vu? N'auriez-vous pas
compris mes désirs? Je n'aurais pas attendu depuis dix jours, si
j'avais connu vos sentiments comme je crois que vous avez deviné les
miens. Je puis à peine écrire. J'entends des mots qui m'accablent.
Vous baissez la voix, mais j'entends les sons de cette voix qui sont
perdus pour les autres. Trop bonne et trop parfaite créature! vous
nous rendez justice, en vérité, en croyant les hommes capables de
constance. Croyez à ce sentiment inaltérable chez
F. W.
»Il faut que je parte, incertain de mon sort: mais je reviendrai ici,
ou j'irai vous rejoindre. Un mot, un regard suffira pour me dire si je
dois entrer ce soir ou jamais chez votre père.»
Après cette lecture, Anna fut longtemps à se remettre. Chaque instant
augmentait son agitation: elle était comme écrasée de bonheur et avant
qu'elle pût sortir de cet état violent, Charles, Marie et Henriette
rentrèrent.
Elle s'efforça d'être calme, mais elle ne comprit pas un mot de ce qu'on
disait. Elle fut obligée de s'excuser et de dire qu'elle était
souffrante. On remarqua alors qu'elle était très pâle, qu'elle
paraissait agitée et préoccupée, et l'on ne voulut pas sortir sans elle.
Cela était cruel!... Si seulement on était parti, lui laissant la
tranquille possession de cette chambre! mais voir tout le monde autour
d'elle lui donnait le vertige et la désespérait. Elle dit qu'elle
voulait retourner chez elle.
«Certainement, ma chère, dit Mme Musgrove; partez vite, et prenez soin
de vous, afin d'être bien remise ce soir. Charles, demandez une voiture;
elle ne peut pas marcher.»
Aller en voiture, c'était là le pire, perdre la possibilité de dire deux
mots au capitaine! Elle ne pouvait supporter cette pensée. Elle protesta
vivement, et on la laissa enfin partir.
«Soyez assez bonne, madame, dit-elle en sortant, pour dire à ces
messieurs que nous espérons les avoir tous ce soir, et particulièrement
le capitaine Benwick et M. Wenvorth.»
Elle craignait quelque malentendu qui gâterait son bonheur. Une autre
contrariété survint: Charles voulut l'accompagner, cela était cruel,
mais elle ne pouvait s'y refuser.
Arrivés à la rue Union, un pas rapide et qui lui était familier se fit
entendre derrière eux. Elle eut le temps de se préparer à voir Wenvorth.
Il les rejoignit, puis parut indécis sur ce qu'il devait faire; il se
tut et la regarda. Elle soutint ce regard en rougissant. Alors
l'indécision de Wenvorth cessa et il marcha à côté d'elle.
Charles, frappé d'une pensée soudaine, dit tout à coup:
«Capitaine, où allez-vous? A Gay-Street, ou plus loin?
--Je n'en sais rien, dit Wenvorth surpris.
--Allez-vous près de Camben-Place? parce qu'alors je n'ai aucun scrupule
à vous prier de me remplacer, et de donner votre bras à Anna. Elle est
un peu souffrante ce matin et ne doit pas aller seule si loin; et il
faut que j'aille chez mon armurier. Il m'a promis de me faire voir un
superbe fusil qu'il va expédier, et si je n'y vais pas tout de suite il
sera trop tard.»
Wenvorth n'avait aucune objection à faire à cela, il s'empressa
d'accepter, réprimant un sourire et une joie folle.
Une minute après, Charles était au bout de la rue, et Wenvorth et Anna
se dirigeaient vers la promenade tranquille, pour causer librement
pendant cette heure bénie, qu'ils se rappelleraient toujours avec
bonheur. Là ils échangèrent de nouveau ces sentiments et ces promesses
qui avaient déjà une fois engagé leur avenir et qui avaient été suivis
de longues années de séparation et d'indifférence. Ils se rappelèrent le
passé, plus parfaitement heureux qu'ils ne l'avaient jamais été, plus
tendres, plus éprouvés, plus certains de la fidélité et de l'attachement
l'un de l'autre; plus disposés à agir, et plus justifiés en le faisant.
Ils montaient lentement la pente douce, ne voyant rien autour d'eux, ni
les passants qui les coudoyaient. Ils s'expliquaient et se racontaient,
sans se lasser jamais, les journées précédentes. C'était bien la
jalousie qui avait dirigé toute la conduite de Wenvorth; mais il n'avait
jamais aimé qu'elle. Il avait voulu l'oublier, et croyait y avoir
réussi. Il s'était cru indifférent, tandis qu'il n'était qu'irrité; il
avait été injuste pour les qualités d'Anna, parce qu'il en avait
souffert. Maintenant elle était pour lui la perfection absolue, mais il
reconnaissait qu'à Uppercross seulement il avait appris à lui rendre
justice, et qu'à Lyme seulement il avait commencé à se connaître
lui-même. L'admiration de M. Elliot pour Anna avait réveillé son
affection, et les incidents du Cobb et la suite avaient établi la
supériorité d'Anna.
Il avait fait des efforts inutiles pour s'attacher à Louisa, sans se
douter qu'une autre femme avait déjà pris possession de son coeur. Il
avait appris alors à distinguer la fermeté de principes, de l'entêtement
et de l'amour-propre; un esprit résolu et équilibré, d'un esprit
téméraire. Tout contribuait à élever dans son estime la femme qu'il
avait perdue; et il commençait à déplorer l'orgueil et la folie qui
l'avaient empêché de la regagner quand elle était sur sa route.
Dès lors sa punition avait commencé. A peine délivré du remords et de
l'horreur causés par l'accident de Lyme, il s'était aperçu qu'il n'était
plus libre.
«Je découvris, dit-il, que Harville me considérait comme engagé avec
Louisa. L'honneur me commandait de l'épouser, puisque j'avais été
imprudent. Je n'avais pas le droit d'essayer si je pourrais m'attacher à
une de ces jeunes filles, au risque de faire naître des bruits fâcheux.
J'avais péché, j'en devais subir les conséquences. Je me décidai à
quitter Lyme, j'aurais voulu affaiblir par tous les moyens possibles
les sentiments que j'avais pu inspirer. J'allai chez mon frère, il me
parla de vous, il me demanda si vous étiez changée. Il ne soupçonnait
guère qu'à mes yeux vous ne pouviez jamais changer.»
Anna sourit, car il est bien doux à vingt-huit ans de s'entendre dire
qu'on n'a perdu aucun des charmes de la jeunesse. Elle comparait cet
hommage avec d'autres paroles qu'il avait dites, et le savourait
délicieusement.
Il en était là, déplorant son aveuglement et son orgueil, quand
l'étonnante et heureuse nouvelle du mariage de Louisa lui rendit sa
liberté.
«Ce fut la fin de mes plus grands tourments, car dès lors la route du
bonheur m'était ouverte; mais attendre dans l'inaction eût été trop
terrible. J'allai à Bath. Me pardonnez-vous d'y être arrivé avec un peu
d'espoir? Je savais que vous aviez refusé un homme plus riche que moi;
mais vous voir entourée de personnes malveillantes à mon égard; voir
votre cousin causant et souriant, et savoir que tous ceux qui avaient
quelque influence sur vous désiraient ce mariage, quand même vous auriez
de l'indifférence ou de la répulsion, n'était-ce pas assez pour me
rendre fou?
--Il fallait ne pas me soupçonner, dit Anna, le cas était si différent.
Si j'ai eu tort en cédant autrefois à la persuasion, souvenez-vous
qu'elle était exercée pour mon bien, je cédais au devoir. Mais ici on ne
pouvait invoquer aucun devoir pour me faire épouser un homme qui m'était
indifférent.
--Je ne pouvais pas raisonner ainsi. J'étais la proie de ces vieux
sentiments dont j'avais tant souffert. Je me souvenais seulement que
vous m'aviez abandonné croyant aux autres plutôt qu'à moi, et qu'enfin
vous étiez encore avec la même personne qui vous avait guidée, dans
cette année de malheur.
--J'aurais cru, dit Anna, que ma manière d'être pouvait vous épargner
tout ce chagrin?
--Non; vous aviez l'air aisé d'une personne qui est engagée ailleurs, et
cependant j'étais décidé à vous revoir.»
Anna rentra chez elle, plus heureuse que personne ici n'aurait pu
comprendre. Tous les sentiments pénibles du matin étaient dissipés: son
bonheur était si grand, que, pour contenir sa joie, elle fut obligée de
se dire qu'elle ne pouvait pas durer. Elle alla s'enfermer dans sa
chambre, pour pouvoir en jouir ensuite avec plus de calme.
Le soir vint, les salons se remplirent. C'était une soirée banale, trop
nombreuse pour être intime, pas assez pour être animée.
Cependant jamais soirée ne parut plus courte à Anna. Jolie et
rougissante d'émotion et de bonheur, elle fut généralement admirée.
Elle ne trouvait là que des indifférents ou des gens sympathiques, les
premiers elle les laissait de côté; elle causait gaîment avec les
autres, puis elle échangeait quelques mots avec Wenvorth, et elle
sentait qu'il était là! Ce fut dans un de ces courts moments qu'elle lui
dit:
«J'ai tâché de me juger impartialement, et je crois que j'ai fait mon
devoir en me laissant influencer par l'amie qui me servait de mère. Je
ne veux pas dire pourtant qu'elle ne se trompait pas: l'avenir lui a
donné tort. Quant à moi, je ne voudrais jamais dans une circonstance
semblable imposer mon avis. Mais si j'avais désobéi, j'aurais été
tourmentée par ma conscience; aujourd'hui je n'ai rien à me reprocher,
et je crois que le sentiment du devoir n'est pas le plus mauvais lot
d'une femme en ce monde.»
Il regarda Anna, puis lady Russel:
«Je ne lui pardonne pas encore; mais j'espère plus tard être bien avec
elle.
--Je me suis demandé aussi si je n'avais pas été moi-même mon plus grand
ennemi. Dites-moi, si je vous avais écrit, quand je fus nommé commandant
de la -Laconia-, m'auriez-vous répondu? M'auriez-vous promis votre main?
--Oui, je l'aurais fait!» fut toute sa réponse; mais le ton était
décisif.
--Mon Dieu! s'écria-t-il; est-ce vrai? j'y pensais et je le souhaitais,
comme le couronnement de tous mes succès, mais j'étais trop orgueilleux
pour vous demander une seconde fois. Si j'avais voulu vous comprendre et
vous rendre justice, six années de réparation et de souffrance m'eussent
été épargnées! Ce m'est une douleur d'un nouveau genre. Je me suis
accoutumé à croire que je méritais tout ce qui m'arrivait d'heureux.
Comme d'autres grands hommes dans les revers, ajouta-t-il avec un
sourire, je dois m'efforcer de soumettre mon esprit à ma destinée. Je
dois apprendre à me trouver heureux plus que je ne mérite.»
CHAPITRE XXIV
Qui peut douter de la suite de l'histoire? Quand deux jeunes gens se
mettent en tête de se marier, ils sont sûrs, par la persévérance,
d'arriver à leur but, quelque pauvres, quelque imprudents qu'ils soient.
C'est là peut-être une dangereuse morale, mais je crois que c'est la
vraie, et si ceux-là réussissent, comment -un capitaine Wenvorth- et une
-Anna Elliot-, ayant toute la maturité de l'esprit, la conscience du
droit et une fortune indépendante, n'auraient-ils pas renversé tous les
obstacles?
Ils n'en rencontrèrent pas beaucoup, en réalité, car ils n'eurent
d'autre opposition que le manque de gracieuseté et d'affection.
Sir Walter ne fit aucune objection, et Élisabeth se contenta de paraître
froide et indifférente. Le capitaine Wenvorth, avec son mérite personnel
et ses 25,000 livres, n'était plus un zéro. On le trouvait digne de
rechercher la fille d'un baronnet dépensier et absurde, qui n'avait pas
eu assez de bon sens pour se maintenir dans la situation où la
Providence l'avait placé, et qui ne pouvait donner à sa fille qu'une
petite portion des 10,000 livres venant de sa mère.
Sir Walter, malgré sa vanité, était loin de penser que ce fût là un
mauvais mariage. Au contraire, quand il vit Wenvorth davantage à la
lumière du jour (et il le regarda bien), il fut frappé de sa bonne mine,
et il sentit que cette supériorité physique pouvait entrer en balance
avec le rang de sa fille.
Tout cela, aidé d'un nom bien sonnant, disposa Sir Walter à préparer sa
plume avec bonne grâce pour insérer le mariage dans le livre d'honneur.
La seule personne dont l'opposition pouvait causer une sérieuse
inquiétude était lady Russel. Anna savait que cette dame aurait quelque
peine à renoncer à M. Elliot et qu'elle devrait faire des efforts pour
rendre justice à Wenvorth.
Il lui fallait reconnaître qu'elle s'était trompée doublement; que, les
manières de Wenvorth ne convenant pas à ses idées, elle avait été trop
prompte à lui attribuer un caractère d'une impétuosité dangereuse; que,
les manières de M. Elliot lui ayant plu précisément par leur correction
et leur élégance, leur politesse et leur aménité, elle avait été trop
prompte à y reconnaître un esprit bien équilibré.
Elle avait à faire une nouvelle provision d'opinions et d'espérances.
Il y a chez quelques personnes une pénétration naturelle que
l'expérience ne peut égaler. Lady Russel avait été moins douée que sa
jeune amie; mais c'était une excellente femme, et si elle avait la
prétention d'avoir un bon jugement, elle voulait, avant tout, le bonheur
d'Anna.
Quand la gêne du premier moment fut passée, elle se mit à aimer comme
une mère l'homme qui assurait le bonheur de son enfant.
De toute la famille, Marie fut probablement la plus satisfaite. Ce
mariage augmentait sa considération, et elle pouvait se flatter d'y
avoir contribué en gardant Anna avec elle pendant l'automne. Elle était
fort contente que Wenvorth fût plus riche que Benwick ou Hayter, car sa
propre soeur devait être au-dessus des soeurs de son mari.
Elle eut à souffrir, peut-être, de voir reprendre à Anna son droit
d'aînesse dans la société, et de la voir propriétaire d'un joli landau;
mais elle avait un avenir qu'Anna n'avait pas. Son mari était fils aîné,
et il hériterait d'Uppercross; et si elle pouvait empêcher Wenvorth
d'être fait baronnet, elle ne voudrait pas changer avec Anna.
Il est à désirer que la soeur aînée soit également satisfaite de son
sort, car un changement n'est pas probable. Elle a eu la mortification
de voir M. Elliot se retirer, et personne ne s'est présenté qui puisse
faire naître en elle le moindre espoir.
La nouvelle du mariage d'Anna fut pour M. Elliot un événement inattendu.
Il dérangeait ses plans de bonheur conjugal et son espoir de garder Sir
Walter célibataire, en le surveillant de près.
Quoique dérouté et désappointé, il pouvait encore faire quelque chose
pour son propre plaisir et son intérêt. Il quitta Bath, et Mme Clay,
s'en allant bientôt après, le bruit courut qu'elle s'était établie à
Londres sous sa protection. On vit alors qu'il avait joué double jeu et
qu'il était résolu à empêcher cette femme artificieuse de l'évincer.
Chez Mme Clay, la passion l'avait emporté sur l'intérêt, elle était
rusée cependant aussi bien que passionnée; et l'on se demande
aujourd'hui qui des deux sera le plus habile: si M. Elliot, après
l'avoir empêchée d'épouser Sir Walter, ne sera pas amené à en faire sa
femme.
Sir Walter et Élisabeth furent sans nul doute froissés et vexés en
découvrant la duplicité de Mme Clay. Ils ont, il est vrai, pour se
consoler leur -grande- cousine, mais ils sentiront bientôt que le métier
de courtisan n'est pas toujours agréable.
Anna n'eut qu'un nuage à son bonheur; ce fut de voir que personne dans
sa famille n'était digne de Wenvorth. La disproportion de fortune ne lui
donna pas un moment de regret; mais ne pouvoir offrir à son mari
l'accueil bienveillant d'une famille respectable, en échange de
l'accueil empressé de ses beaux-frères et belles-soeurs, fut pour elle
une source de chagrin.
Elle n'avait dans le monde que deux amies à ajouter à ceux de son mari:
lady Russel et Mme Shmith; il était tout disposé à aimer la première,
et, pourvu qu'on ne l'obligeât pas à dire qu'elle avait eu raison de les
séparer, il voulait bien lui reconnaître toutes les autres qualités.
Quant à Mme Shmith, elle avait des titres pour être aimée tout de suite:
les bons offices qu'elle avait rendus à Anna. Elle acquit deux amis au
lieu d'une, et fut la première à les visiter. Le capitaine s'acquitta
envers elle en lui faisant recouvrer sa propriété des Indes.
Cette augmentation de revenu, jointe à une amélioration de santé et à
la fréquentation d'aussi bons amis, entretint sa gaîté et sa vivacité,
et elle défia alors les plus grandes richesses d'ajouter à son
contentement; mais la source de son bonheur était en elle et dans son
caractère, comme celui d'Anna était dans son coeur aimant. Anna était
tout tendresse, et Wenvorth l'aima autant qu'elle en était digne. La
crainte de la guerre fut la seule ombre à son bonheur. Elle se
glorifiait d'être la femme d'un marin, mais il fallait payer cette
gloire par les alarmes dues à cette profession, où les vertus
domestiques brillent peut-être d'un plus vif éclat que les vertus
patriotiques.
TABLE
Pages
CHAPITRE I 1
-- II 11
--III 18
-- IV 28
-- V 34
-- VI 47
--VII 60
-- VIII 70
-- IX 81
-- X 89
-- XI102
--XII111
-- XIII126
--XIV134
-- XV142
--XVI149
-- XVII158
-- XVIII170
--XIX182
-- XX188
--XXI197
-- XXII214
-- XXIII228
-- XXIV246
Châteauroux.--Typog. et Stér. A. MAJESTÉ.
* * * * *
Liste des modifications:
page2: «1874» remplacé par «1784» (épousa, le 15 juillet 1784)
page 12: «pu'il» par «qu'il»(parce qu'il était Sir Walter)
page 32: «eur» par «leur» (il est vrai, leur liaison, mais il avait)
page 36: «eur» par «leur» (comme une compagne très utile pour leur
installation.)
page 56: «Louisia» par «Louisa» (Tout à coup Louisa entra seule)
page 89: «exéprience» par «expérience» (mais sa mémoire et son
expérience)
page 92: «eu» par «en» (nous pourrons les voir en haut)
page 96: «ees» par «des» (de l'orgueil des Elliot)
page 103: «Qppercross» par «Uppercross» (La fin de son séjour à
Uppercross)
page 116: «Scot» par «Scott» (On parla encore de Walter Scott)
page 207: «boîe» par «boîte» (et la boîte fut placée)
page 219: «sastisfaite» par «satisfaite» (et si satisfaite du voyage)
page 231: «Famy» par «Fanny» («Pauvre Fanny! Elle ne l'aurait pas
oublié sitôt!)
«Anne» a été remplacé par «Anna» dans les pages: 2, 46, 62, 79.
«Louise» par «Louisa» dans les pages: 44, 45, 79, 83.
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