D'ailleurs, la situation actuelle n'offrait rien de rassurant, au
milieu d'un pays barbare, et avec un moyen de transport qui, en
définitive, pouvait faire défaut d'un moment à l'autre. Le docteur
ne comptait plus sur son ballon d'une façon absolue; le temps était
passé où il le manuvrait avec audace parce qu'il était sûr de lui.
Sous ces impressions, le docteur put saisir parfois quelques rumeurs
indéterminées dans ces vastes forêts; il crut même voir un feu
rapide briller entre les arbres; il regarda vivement, et porta sa
lunette de nuit dans cette direction; mais rien n'apparut, et il se
fit même comme un silence plus profond.
Fergusson avait sans doute éprouvé une hallucination; il écouta sans
surprendre le moindre bruit; le temps de son quart étant alors
écoulé, il réveilla Kennedy, lui recommanda une vigilance extrême,
et prit place aux côtés de Joe qui dormait de toutes ses forces.
Kennedy alluma tranquillement sa pipe, tout en frottant ses yeux,
qu'il avait de la peine à tenir ouverts; il s'accouda dans un coin,
et se mit à fumer vigoureusement pour chasser le sommeil.
Le silence le plus absolu régnait autour de loi; un vent léger
agitait la cime des arbres et balançait doucement la nacelle,
invitant le chasseur a ce sommeil qui l'envahissait malgré lui; il
voulut y résister, ouvrit plusieurs fois les paupières, plongea dans
la nuit quelques-uns de ces regards qui ne voient pas, et enfin,
succombant à la fatigue, il s'endormit.
Combien de temps fut-il plongé dans cet état d'inertie? Il ne put
s'en rendre compte à son réveil, qui fut brusquement provoqué par un
pétillement inattendu.
Il se frotta les yeux, il se leva. Une chaleur intense se projetait
sur sa figure. La forêt était en flammes.
« Au feu! au feu! s'écria-t-il, » sans trop comprendre
l'événement.
Ses deux compagnons se relevèrent.
« Qu'est-ce donc! demanda Samuel.
--L'incendie! fit Joe... Mais qui peut... »
En ce moment des hurlements éclatèrent sous le feuillage violemment
illuminé.
« Ah! les sauvages! s'écria Joe. Ils ont mis le feu à la forêt
pour nous incendier plus sûrement!
--Les Talibas! les marabouts d'Al-Hadji, sans doute! » dit le
docteur.
Un cercle de feu entourait le Victoria; les craquements du bois
mort se mêlaient aux gémissements des branches vertes; les lianes,
les feuilles, toute la partie vivante de cette végétation se tordait
dans l'élément destructeur; le regard ne saisissait qu'un océan de
flammes; les grands arbres se dessinaient en noir dans la
fournaise, avec leurs branches couvertes de charbons incandescents;
cet amas enflammé, cet embrasement se réfléchissait dans les nuages,
et les voyageurs se crurent enveloppés dans une sphère de feu.
« Fuyons! s'écria Kennedy! à terre! c'est notre seule chance de
salut! »
Mais Fergusson l'arrêta d'une main ferme, et, se précipitant sur la
corde de l'ancre, il la trancha d'un coup de hache. Les flammes,
s'allongeant vers le ballon, léchaient déjà ses parois illuminées;
mais le Victoria, débarrassé de ses liens, monta de plus de mille
pieds dans les airs.
Des cris épouvantables éclatèrent sous la forêt, avec de violentes
détonations d'armes à feu; le ballon, pris par un courant qui se
levait avec le jour, se porta vers l'ouest
Il était quatre heures du matin.CHAPITRE XLIII
Les Talibas.--La poursuite.--Un pays dévasté.--Vent modéré.--Le
Victoria baisse--Les dernières provisions.--Les bonds du
Victoria.--Défense à coups de fusil.--Le vent fraîchit,--Le fleuve
du Sénégal.--Les cataractes de Gouina.--L'air chaud.--Traversée du
fleuve.
« Si nous n'avions pas pris la précaution de nous alléger hier soir,
dit le docteur, nous étions perdus sans ressources.
Voilà ce que c'est que de faire les choses à temps, répliqua Joe;
on se sauve alors, et rien nest plus naturel.
--Nous ne sommes pas hors de danger, répliqua Fergusson.
--Que crains-tu donc? demanda Dick. Le Victoria ne peut pas
descendre sans ta permission, et quand il descendrait?
--Quand il descendrait! Dick, regarde! »
La lisière de la forêt venait d'être dépassée, et les voyageurs
purent apercevoir une trentaine de cavaliers, revêtus du large
pantalon et du burnous flottant; ils étaient armés, les uns de
lances, les autres de longs mousquets; ils suivaient au petit galop
de leurs chevaux vifs et ardents la direction du Victoria, qui
marchait avec une vitesse modérée.
A la vue des voyageurs, ils poussèrent des cris sauvages, en
brandissant leurs armes; la colère et les menaces se lisaient sur
leurs figures basanées, rendues plus féroces par une barbe rare,
mais hérissée; ils traversaient sans peine ces plateaux abaissés et
ces rampes adoucies qui descendent an Sénégal.
« Ce sont bien eux! dit le docteur, les cruels Talibas, les
farouches marabouts d'Al-Eladji! J'aimerais mieux me trouver en
pleine forêt, au milieu d'un cercle de bêtes fauves, que de tomber
entre les mains de ces bandits.
--Ils n'ont pas l'air accommodant! fit Kennedy, et ce sont de
vigoureux gaillards!
--Heureusement, ces bêtes-là, ça ne vole pas, répondit Joe; c'est
toujours quelque chose
--Voyez, dit Fergusson, ces villages en ruines, ces huttes
incendiées! voilà leur ouvrage; et là où s'étendaient de vastes
cultures, ils ont apporté l'aridité et la dévastation.
--Enfin, ils ne peuvent nous atteindre, répliqua Kennedy, et si nous
parvenons à mettre le fleuve entre eux et nous, nous serons en
sûreté.
--Parfaitement, Dick; mais il ne faut pas tomber, répondit Le
docteur en portant ses yeux sur le baromètre
--En tout cas, Joe, reprit Kennedy, nous ne ferons pas mal de
préparer nos armes.
--Cela ne peut pas nuire, Monsieur Dick; nous nous trouverons bien
de ne pas les avoir semées sur notre route.
--Ma carabine! s'écria le chasseur, j'espère ne m'en séparer
jamais. »
Et Kennedy la chargea avec le plus grand soin; il lui restait de la
poudre et des balles en quantité suffisante.
« A quelle hauteur nous maintenons-nous? demanda-t-il à Fergusson.
--A sept cent cinquante pieds environ; mais nous n'avons plus la
faculté de chercher des courants favorables, en montant ou en
descendant; nous sommes à la merci du ballon.
--Cela est fâcheux, reprit Kennedy; le vent est assez médiocre, et
si nous avions rencontré un ouragan pareil à celui des jours
précédents, depuis longtemps ces affreux bandits seraient hors de
vue.
--Ces coquins-là nous suivent sans se gêner, dit Joe, au petit galop;
une vraie promenade.
--Si nous étions à bonne portée, dit le chasseur, je m'amuserais à
les démonter les uns après les autres.
--Oui-da! répondit Fergusson; mais ils seraient à bonne portée
aussi, et notre Victoria offrirait un but trop facile aux balles de
leurs longs mousquets; or, s'ils le déchiraient, je te laisse à
juger quelle serait notre situation. »
La poursuite des Talibas continua toute la matinée. Vers onze heures
du matin, les voyageurs avaient à peine gagné une quinzaine de
milles dans l'ouest.
Le docteur épiait les moindres nuages à l'horizon. Il craignait
toujours un changement dans l'atmosphère. S'il venait à être rejeté
vers le Niger, que deviendrait-il! D'ailleurs, il constatait que le
ballon tendait à baisser sensiblement; depuis son départ, il avait
déjà perdu plus de trois cents pieds, et le Sénégal devait être
éloigné d'une douzaine de milles; avec la vitesse actuelle, il lui
fallait compter encore trois heures de voyage.
En ce moment, son attention fut attirée par de nouveaux cri; les
Talibas s'agitaient en pressant leurs chevaux.
Le docteur consulta le baromètre, et comprit la cause de ces
hurlements:
« Nous descendons, fit Kennedy.
--Oui, répondit Fergusson.
--Diable! » pensa Joe.
Au bout d'un quart d'heure, la nacelle n'était pas à cent cinquante
pieds du sol, mais le vent soufflait avec plus de force.
Les Talibas enlevèrent leurs chevaux, et bientôt une décharge de
mousquets éclata dans les airs.
« Trop loin, imbéciles! s'écria Joe; il me paraît bon de tenir ces
gredins-là à distance. »
Et, visant l'un des cavaliers les plus avancés, il fit feu; le
Talibas roula à terre; ses compagnons s'arrêtèrent et le Victoria
gagna sur eux.
« Ils sont prudents; dit Kennedy.
--Parce qu'ils se croient assurés de nous prendre, répondit le
docteur; et ils y réussiront, si nous descendons encore! Il faut
absolument nous relever!
--Que jeter! demanda Joe.
--Tout ce qui reste de provision de pemmican! C'est encore une
trentaine de livres dont nous nous débarrasserons!
--Voilà, Monsieur! » fit Joe en obéissant aux ordres de son maître.
La nacelle, qui touchait presque le sol, se releva au milieu des
cris des Talibas; mais, une demi-heure plus tard, le Victoria
redescendait avec rapidité; le gaz fuyait par les pores de
l'enveloppe.
Bientôt la nacelle vint raser le sol; les nègres d'Al-Hadji se
précipitèrent vers elle; mais, comme il arrive en pareille
circonstance, à peine eut-il touché terre, que le Victoria se releva
d'un bond pour s'abattre de nouveau un mille plus loin.
« Nous n'échapperons donc pas! fit Kennedy avec rage.
--Jette notre réserve d'eau-de-vie, Joe, s'écria le docteur, nos
instruments, tout ce qui peut avoir une pesanteur quelconque, et
notre dernière ancre, puisqu'il le faut! »
Joe arracha les baromètres, les thermomètres; mais tout cela était
peu de chose, et le ballon, qui remonta un instant, retomba bientôt
vers la terre. Les Talibas volaient sur ses traces et n'étaient qu'à
deux cents pas de lui.
« Jette les deux fusils! s'écria le docteur.
Pas avant de les avoir déchargés, du moins, » répondit le chasseur.
Et quatre coups successifs frappèrent dans la masse des cavaliers;
quatre Talibas tombèrent au milieu des cris frénétiques de la bande.
Le Victoria se releva de nouveau; il faisait des bonds d'une énorme
étendue, comme une immense balle élastique rebondissant sur le sol.
Étrange spectacle que celui de ces infortunés cherchant à fuir par
des enjambées gigantesques, et qui, semblables à Antée, paraissaient
reprendre une force nouvelle dès qu'ils touchaient terre! Mais il
fallait que cette situation eut une fin. Il était près de midi. Le
Victoria s'épuisait, se vidait, sallongeait; son enveloppe
devenait flasque et flottante; les plis du taffetas distendu
grinçaient les uns sur les autres.
« Le ciel nous abandonne, dit Kennedy, il faudra tomber! »
Joe ne répondit pas, il regardait son maître.
« Non! dit celui-ci, nous avons encore plus de cent cinquante
livres à jeter.
--Quoi donc? demanda Kennedy, pensant que le docteur devenait fou.
--La nacelle! répondit celui-ci. Accrochons-nous au filet! Nous
pouvons nous retenir aux mailles et gagner le fleuve! Vite! vite!
Et ces hommes audacieux n'hésitèrent pas à tenter un pareil moyen de
salut. Ils se suspendirent aux mailles du filet, ainsi que l'avait
indiqué le docteur, et Joe, se retenant d'une main, coupa les cordes
de la nacelle; elle tomba au moment où l'aérostat allait
définitivement s'abattre.
« Hourra! hourra! » s'écria-t-il, pendant que le ballon délesté
remontait à trois cents pieds dans l'air.
Les Talibas excitaient leurs chevaux; ils couraient ventre à terre;
mais le Victoria, rencontrant un vent plus actif, les devança et
fila rapidement vers une colline qui barrait l'horizon de l'ouest.
Ce fut une circonstance favorable pour les voyageurs, car ils purent
la dépasser, tandis que la horde d'Al Hadji était forcée de prendre
par le nord pour tourner ce dernier obstacle.
Les trois amis se tenaient accrochés au filet; ils avaient pu le
rattacher au-dessous d'eux, et il formait comme une poche flottante.
Soudain, après avoir franchi la colline, le docteur s'écria:
« Le fleuve! le fleuve! le Sénégal! »
A deux milles, en effet, le fleuve roulait une masse d'eau fort
étendue; la rive opposée, basse et fertile, offrait une sûre
retraite et un endroit favorable pour opérer la descente.
« Encore un quart d'heure, dit Fergusson, et nous sommes sauvés! »
Mais il ne devait pas en être ainsi; le ballon vide retombait peu à
peu sur un terrain presque entièrement dépourvu de végétation.
C'étaient de longues pentes et des plaines rocailleuses; à peine
quelques buissons, une herbe épaisse et desséchée sous l'ardeur du
soleil.
Le Victoria toucha plusieurs fois le sol et se releva; ses bonds
diminuaient de hauteur et d'étendue; au dernier, il s'accrocha par
la partie supérieure du filet aux branches élevées d'un baobab, seul
arbre isolé au milieu de ce pays désert.
« C'est fini, fit le chasseur.
--Et à cent pas du fleuve, » dit Joe.
Les trois infortunés mirent pied à terre, et le docteur entraîna ses
deux compagnons vers le Sénégal.
En cet endroit, le fleuve faisait entendre un mugissement prolongé;
arrivé sur les bords, Fergusson reconnut les chutes de Gouina! Pas
une barque sur la rive; pas un être animé.
Sur une largeur de deux mille pieds, le Sénégal se précipitait d'une
hauteur de cent cinquante, avec un bruit retentissant. Il coulait de
l'est à l'ouest, et la ligne de rochers qui barrait son cours
s'étendait du nord au sud. Au milieu de la chute se dressaient des
rochers aux formes étranges, comme d'immenses animaux antédiluviens
pétrifiés au milieu des eaux.
L'impossibilité de traverser ce gouffre était évidente; Kennedy ne
put retenir un geste de désespoir.
Mais le docteur Fergusson, avec un énergique accent d'audace,
s'écria:
« Tout n'est pas fini!
--Je le savais bien, » fit Joe avec cette confiance en son maître
qu'il ne pouvait jamais perdre.
La vue de cette herbe desséchée avait inspiré au docteur une idée
hardie. C'était la seule chance de salut. Il ramena rapidement ses
compagnons vers l'enveloppe de l'aérostat.
« Nous avons au moins une heure d'avance sur ces bandits, dit-il;
ne perdons pas de temps, mes amis, ramassez une grande quantité de
cette herbe sèche; il m'en faut cent livres au moins.
--Pourquoi faire? demanda Kennedy.
--Je n'ai plus de gaz; eh bien! je traverserai le fleuve avec de
l'air chaud!
--Ah! mon brave! Samuel! s'écria Kennedy, tu es vraiment un grand
homme!
Joe et Kennedy se mirent au travail, et bientôt une énorme meule fut
empilée prés du baobab.
Pendant ce temps, le docteur avait agrandi l'orifice de l'aérostat
en le coupant dans sa partie inférieure; il eut soin préalablement
de chasser ce qui pouvait rester d'hydrogène par la soupape; puis il
empila une certaine quantité d'herbe sèche sous l'enveloppe, et il y
mit le feu.
Il faut peu de temps pour gonfler un ballon avec de l'air chaud;
une chaleur de cent quatre-vingts degrés [100° centigrades,] suffit
à diminuer de moitié la pesanteur de l'air qu'il renferme en le
raréfiant; aussi le Victoria commença à reprendre sensiblement sa
forme arrondie; l'herbe ne manquait pas; le feu s'activait par les
soins du docteur, et l'aérostat grossissait à vue d'il.
Il était alors une heure moins le quart.
En ce moment, à deux milles dans le nord, apparut la bande des
Talibas; on entendait leurs cris et le galop des chevaux lancés à
toute vitesse.
« Dans vingt minutes ils seront ici, fit Kennedy.
--De l'herbe! de l'herbe! Joe. Dans dix minutes nous serons en
plein air!
--Voilà, Monsieur. »
Le Victoria était aux deux tiers gonflé.
« Mes amis! accrochons-nous au filet, comme nous l'avons fait déjà.
--C'est fait, » répondit le chasseur. »
Au bout de dix minutes, quelques secousses du ballon indiquèrent sa
tendance à s'enlever. Les Talibas approchaient; ils étaient à peine
à cinq cents pas.
« Tenez-vous bien, s'écria Fergusson.
--N'ayez pas peur, mon maître! n'ayez pas peur! »
Et du pied le docteur poussa dans le foyer une nouvelle quantité
d'herbe.
Le ballon, entièrement dilaté par l'accroissement de température,
s'envola en frôlant les branches du baobab.
« En route! » cria Joe.
Une décharge de mousquets lui répondit; une balle même lui laboura
l'épaule; mais Kennedy, se penchant et déchargeant sa carabine d'une
main, jeta un ennemi de plus à terre.
Des cris de rage impossibles à rendre accueillirent l'enlèvement de
l'aérostat, qui monta à plus de huit cents pieds. Un vent rapide le
saisit, et il décrivit d'inquiétantes oscillations, pendant que
l'intrépide docteur et ses compagnons contemplaient le gouffre des
cataractes ouvert sous leurs yeux.
Dix minutes après, sans avoir échangé une parole, les intrépides
voyageurs descendaient peu à peu vers l'autre rive du fleuve.
Là, surpris, émerveillé, effrayé, se tenait un groupe d'une dizaine
d'hommes qui portaient l'uniforme français. Qu'on juge de leur
étonnement quand ils virent ce ballon s'élever de la rive droite du
fleuve. Ils n'étaient pas éloignés de croire à un phénomène céleste.
Mais leurs chefs, un lieutenant de marine et un enseigne de
vaisseau, connaissaient par les journaux d'Europe l'audacieuse
tentative du docteur Fergusson, et ils se rendirent tout de suite
compte de l'événement.
Le ballon, se dégonflant peu à peu, retombait avec les hardis
aéronautes retenus à son filet; mais il était douteux qu'il put
atteindre la terre, aussi les Français se précipitèrent dans le
fleuve, et reçurent les trois Anglais entre leurs bras, au moment où
le Victoria s'abattait à quelques toises de la rive gauche du
Sénégal.
« Le docteur Fergusson! s'écria le lieutenant.
--Lui-même, répondit tranquillement le docteur, et ses deux amis. »
Les Français emportèrent les voyageurs au delà du fleuve, tandis que
le ballon à demi dégonflé, entraîné par un courant rapide, s'en alla
comme une bulle immense s'engloutir avec les eaux du Sénégal dans
les cataractes de Gouina.
« Pauvre Victoria! » fit Joe.
Le docteur ne put retenir une larme; il ouvrit ses bras, et ses
deux amis s'y précipitèrent sous l'empire d'une grande émotionCHAPITRE XLIV
Conclusion.--Le procès-verbal.--Les établissements français.--Le
poste de Médine.--Le Basilic.--Saint-Louis.--La frégate
anglaise.--Retour à Londres.
L'expédition qui se trouvait sur le bord du fleuve avait été envoyée
par le gouverneur du Sénégal; elle se composait de deux officiers,
MM. Dufraisse, lieutenant d'infanterie de marine, et Rodamel,
enseigne de vaisseau; d'un sergent et de sept soldats. Depuis deux
jours, ils s'occupaient de reconnaître la situation la plus
favorable pour l'établissement d'un poste à Gouina, lorsqu'ils
furent témoins de l'arrivée du docteur Fergusson.
On se figure aisément les félicitations et les embrassements dont
furent accablés les trois voyageurs. Les Français, ayant pu
contrôler par eux mêmes l'accomplissement de cet audacieux projet,
devenaient les témoins naturels de Samuel Fergusson.
Aussi le docteur leur demanda-t-il tout d'abord de constater
officiellement son arrivée aux cataractes de Gouina.
« Vous ne refuserez pas de signer un procès-verbal? demanda-t-il au
lieutenant Dufraisse.
--A vos ordres, » répondit ce dernier.
Les Anglais furent conduits à un poste provisoire établi sur le bord
du fleuve; ils y trouvèrent les soins les plus attentifs et des
provisions en abondance. Et c'est là que fut rédigé en ces termes le
procès-verbal qui figure aujourd'hui dans les archives de la Société
Géographique de Londres:
« Nous, soussignés, déclarons que ledit jour nous avons vu arriver
suspendus au filet d'un ballon le docteur Fergusson et ses deux
compagnons Richard Kennedy et Joseph Wilson [Dick est le diminutif
de Richard, et Joe celui de Joseph.]; lequel ballon est tombé à
quelques pas de nous dans le lit même du fleuve, et, entraîné par le
courant, s'est abîmé dans les cataractes de Gouina. En foi de quoi
nous avons signé le présent procès-verbal, contradictoirement avec
les sus nommés, pour valoir ce que de droit. Fait aux cataractes de
Gouina, le 24 mai 1862.
« SAMUEL FERGUSSON, RICHARD KENNEDY, JOSEPH WILSON DUFRAISSE,
lieutenant d'infanterie de marine; RODAMEL, enseigne de vaisseau;
DUFAYS, sergent; FLIPPEAU, MAYOR, PÉLISSIER, LOROIS, RASCAGNET,
GUILLON, LEBEL, soldats. »
Ici finit létonnante traversée du docteur Fergusson et de ses
braves compagnons, constatée par d'irrécusables témoignages; ils se
trouvaient avec des amis au milieu de tribus plus hospitalières et
dont les rapports sont fréquents avec les établissements français.
Ils étaient arrivés au Sénégal le samedi 24 mai, et, le 27 du même
mois, ils atteignaient le poste de Médine, situé un peu plus au nord
sur le fleuve.
Là les français les reçurent à bras ouverts, et déployèrent envers
eux toutes les ressources de leur hospitalité; le docteur et ses
compagnons purent s'embarquer presque immédiatement sur le petit
bateau à vapeur le Basilic, qui descendait le Sénégal jusqu'à son
embouchure.
Quatorze jours après, le 10 juin, ils arrivèrent à Saint-Louis, où
le gouverneur les reçut magnifiquement; ils étaient complètement
remis de leurs émotions et de leurs fatigues. D'ailleurs Joe disait
à qui voulait l'entendre:
« C'est un piètre voyage que le notre, après tout, et si quelqu'un
est avide d'émotions, je ne lui conseille pas de l'entreprendre;
cela devient fastidieux à la fin, et, sans les aventures du lac
Tchad et du Sénégal, je crois véritablement que nous serions morts
d'ennui! »
Une frégate anglaise était en partance; les trois voyageurs prirent
passage à bord; le 26 juin, ils arrivaient à Portsmouth, et le
lendemain à Londres.
Nous ne décrirons pas l'accueil qu'ils reçurent à la Société Royale
de Géographie, ni l'empressement dont ils furent l'objet; Kennedy
repartit aussitôt pour Édimbourg avec sa fameuse carabine; il avait
hâte de rassurer sa vieille gouvernante.
Le docteur Fergusson et son fidèle Joe demeurèrent les mêmes hommes
que nous avons connus. Cependant il s'était fait en eux un
changement à leur insu.
Ils étaient devenus deux amis.
Les journaux de l'Europe entière ne tarirent pas en éloges sur les
audacieux explorateurs, et le Daily Telegraph fit un tirage de neuf
cent soixante-dix-sept mille exemplaires le jour où il publia un
extrait du voyage.
Le docteur Fergusson fit en séance publique à la Société Royale de
Géographie le récit de son expédition aéronautique, et il obtint
pour lui et ses deux compagnons la médaille d'or destinée à
récompenser la plus remarquable exploration de l'année 1862.
--------
Le voyage du docteur Fergusson a eu tout d'abord pour résultat de
constater de la manière la plus précise les faits et les relèvements
géographiques reconnus par MM. Barth, Burton, Speke et autres. Grâce
aux expéditions actuelles de MM. Speke et Grant, de Heuglin et
Munzinger, qui remontent aux sources du Nil ou se dirigent vers le
centre de .lAfrique, nous pourrons avant peu contrôler les propres
découvertes du docteur Fergusson dans cette immense contrée comprise
entre les quatorzième et trente-troisième degrés de longitude.
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