ni plus remué.
«Quand elle eut ainsi un peu battu le briquet sur son cœur sans en
faire jaillir une étincelle, incapable d'ailleurs de comprendre ce
qu'elle n'éprouvait pas, comme de croire à tout ce qui ne se
manifestait point par des formes convenues, elle se persuada sans
peine que la passion de Charles n'avait plus rien d'exorbitant. Ses
expansions étaient devenues régulières; il l'embrassait à de certaines
heures. C'était une habitude parmi les autres, et comme un dessert
prévu d'avance, après la monotonie du dîner.»
A la page 37[59] nous trouverons une foule de choses semblables.
Maintenant, voici le péril qui va commencer. Vous savez comment elle
avait été élevée; c'est ce que je vous supplie de ne pas oublier un
instant.
[58] Page 58.
[59] Page 59.
Il n'y a pas un homme l'ayant lu, qui ne dise, ce livre à la main, que
M. Flaubert n'est pas seulement un grand artiste, mais un homme de
cœur, pour avoir dans les six dernières pages déversé toute l'horreur
et le mépris sur la femme, et tout l'intérêt sur le mari. Il est encore
un grand artiste, comme on l'a dit, parce qu'il n'a pas transformé le
mari, parce qu'il l'a laissé jusqu'à la fin ce qu'il était, un bon
homme, vulgaire, médiocre, remplissant les devoirs de sa profession,
aimant bien sa femme, mais dépourvu d'éducation, manquant d'élévation
dans la pensée. Il est de même au lit de mort de sa femme. Et pourtant
il n'y a pas un individu dont le souvenir revienne avec plus d'intérêt.
Pourquoi? Parce qu'il a gardé jusqu'à la fin la simplicité, la droiture
du cœur; parce que jusqu'à la fin il a rempli son devoir, dont sa femme
s'était écartée. Sa mort est aussi belle, aussi touchante, que la mort
de sa femme est hideuse. Sur le cadavre de la femme, l'auteur a montré
les taches que lui ont laissées les vomissements du poison; elles ont
sali le linceul blanc dans lequel elle va être ensevelie, il a voulu en
faire un objet de dégoût; mais il y a un homme qui est sublime, c'est le
mari, sur le bord de cette fosse. Il y a un homme qui est grand,
sublime, dont la mort est admirable, c'est le mari, qui, après avoir vu
successivement se briser par la mort de sa femme tout ce qui pouvait lui
rester d'illusions au cœur, embrasse par la pensée sa femme sous une
tombe. Mettez-le, je vous en prie, dans vos souvenirs,--l'auteur a été
au delà, Lamartine le lui a dit,--de ce qui était permis, pour rendre la
mort de la femme hideuse et l'expiation plus terrible. L'auteur a su
concentrer tout l'intérêt sur l'homme qui n'avait pas dévié de la ligne
du devoir, qui est resté avec son caractère médiocre, sans doute,
l'auteur ne pouvait pas changer son caractère; mais avec toute la
générosité de son cœur, et il a accumulé toutes les horreurs sur la
mort de la femme qui l'a trompé, ruiné, qui s'est livrée aux usuriers,
qui a mis en circulation des billets faux, et enfin est arrivée au
suicide. Nous verrons si elle est naturelle, la mort de cette femme qui,
si elle n'avait pas trouvé le poison pour en finir, aurait été brisée
par l'excès même du malheur qui l'étreignait. Voilà ce qu'a fait
l'auteur. Son livre ne serait pas lu, s'il l'eût fait autrement, si,
pour montrer où peut conduire une éducation aussi périlleuse que celle
de Mme Bovary, il n'avait pas prodigué les images charmantes et les
tableaux énergiques qu'on lui reproche.
M. Flaubert fait constamment ressortir la supériorité du mari sur la
femme, et quelle supériorité, s'il vous plaît? celle du devoir rempli,
tandis qu'Emma s'en écarte! Et puis la voilà placée sur la pente de
cette mauvaise éducation; la voilà partie après la scène du bal avec un
jeune enfant, Léon, inexpérimenté comme elle. Elle coquettera avec lui,
mais elle n'osera pas aller plus loin; rien ne se fera. Vient ensuite
Rodolphe qui la prendra, lui, cette femme. Après l'avoir regardée un
instant, il se dit: Elle est bien, cette femme! et elle sera à lui, car
elle est légère et sans expérience. Quant à la chute, vous relirez les
pages 42, 43 et 44[60]. Je n'ai qu'un mot à vous dire sur cette scène,
il n'y a pas de détails, pas de description, aucune image qui nous
peigne le trouble des sens; un seul mot nous indique la chute: «elle
s'abandonna». Je vous prierai encore d'avoir la bonté de relire les
détails de la chute de Clarisse Harlowe, que je ne sache pas avoir été
décrite dans un mauvais livre. M. Flaubert a substitué Rodolphe à
Lovelace, et Emma à Clarisse. Vous comparerez les deux auteurs et les
deux ouvrages, et vous apprécierez.
[60] Pages 214 à 219.
Mais je rencontre ici l'indignation de M. l'avocat impérial. Il est
choqué de ce que le remords ne suit pas de près la chute, de ce qu'au
lieu d'en exprimer les amertumes, elle se dit avec satisfaction: «J'ai
un amant.» Mais l'auteur ne serait pas dans le vrai si, au moment où la
coupe est encore aux lèvres, il faisait sentir toute l'amertume de la
liqueur enchanteresse. Celui qui écrirait, comme l'entend M. l'avocat
impérial, pourrait être moral; mais il dirait ce qui n'est pas dans la
nature. Non, ce n'est pas au moment de la première faute que le
sentiment de la faute se réveille; sans cela elle ne serait pas commise.
Non, ce n'est pas au moment où elle est dans l'illusion qui l'enivre,
que la femme peut être avertie par cet enivrement même de la faute
immense qu'elle a commise. Elle n'en rapporte que l'ivresse; elle rentre
chez elle, heureuse, étincelante, elle chante dans son cœur: «Enfin
j'ai un amant.» Mais cela dure-t-il longtemps? Vous avez lu les pages
424 et 425[61]. A deux pages de là, s'il vous plaît, à la page 428[62],
le sentiment du dégoût de l'amant ne se manifeste pas encore; mais elle
est déjà sous l'impression de la crainte, de l'inquiétude. Elle examine,
elle regarde, elle ne voudrait jamais abandonner Rodolphe:
«Quelque chose de plus fort qu'elle la poussait vers lui, si bien
qu'un jour, la voyant survenir à l'improviste, il fronça le visage
comme quelqu'un de contrarié.
«--Qu'as-tu donc? dit-elle. Souffres-tu? Parle-moi!
«Et enfin il déclara d'un air sérieux que ses visites devenaient
imprudentes et qu'elle se compromettait.
«Peu à peu, cependant, ces craintes de Rodolphe la gagnèrent. L'amour
l'avait enivrée d'abord, et elle n'avait songé à rien au delà. Mais à
présent qu'il était indispensable à sa vie, elle craignait d'en perdre
quelque chose, ou même qu'il ne fût troublé. Quand elle s'en revenait
de chez lui, elle jetait tout à l'entour des regards inquiets, épiait
chaque forme qui passait à l'horizon, et chaque lucarne du village
d'où l'on pouvait l'apercevoir. Elle écoutait les pas, les cris, le
bruit des charrues, et elle s'arrêtait plus blême et plus tremblante
que les feuilles des peupliers qui se balançaient sur sa tête.»
[61] Page 221.
[62] Page 224.
Vous voyez bien qu'elle ne s'y méprend pas; elle sent bien qu'il y a
quelque chose qui n'est pas ce qu'elle avait rêvé. Prenons les pages 433
et 434[63], et vous en serez encore plus convaincus.
[63] Page 230.
«Lorsque la nuit était pluvieuse, ils s'allaient réfugier dans le
cabinet aux consultations, entre le hangar et l'écurie. Elle allumait
un des flambeaux de la cuisine, qu'elle avait caché derrière les
livres. Rodolphe s'installait là comme chez lui. Cependant la vue de
la bibliothèque et du bureau, de tout l'appartement enfin, excitait sa
gaieté, et il ne pouvait se retenir de faire sur Charles quantité de
plaisanteries qui embarrassaient Emma. Elle eût désiré le voir plus
sérieux et même plus dramatique à l'occasion, comme cette fois où elle
crut entendre dans l'allée un bruit de pas qui s'approchait.
«--On vient! dit-elle.
«Il souffla la lumière.
«--As-tu tes pistolets?
«--Pourquoi?
«--Mais... pour te défendre, reprit Emma.
«--Est-ce de ton mari? Ah! le pauvre garçon!
«Et Rodolphe acheva sa phrase avec un geste qui signifiait: je
l'écraserais d'une chiquenaude.
«Elle fut ébahie de sa bravoure, bien qu'elle y sentît une sorte
d'indélicatesse et de grossièreté naïve, qui la scandalisa.
«Rodolphe réfléchit beaucoup à cette histoire de pistolets. Si elle
avait parlé sérieusement, cela était fort ridicule, pensait-il, odieux
même, car il n'avait, lui, aucune raison de haïr ce bon Charles,
n'étant pas ce qui s'appelle dévoré de jalousie;--et à ce propos Emma
lui avait fait un grand serment, qu'il ne trouvait pas, non plus, du
meilleur goût.
«D'ailleurs, elle devenait bien sentimentale. Il avait fallu
s'échanger des miniatures, on s'était coupé des poignées de cheveux,
et elle demandait à présent une bague, un véritable anneau de mariage,
en signe d'alliance éternelle. Souvent elle lui parlait des cloches du
soir ou des voix de la nature; puis elle l'entretenait de sa mère à
elle, et de sa mère à lui.»
Elle l'ennuyait enfin.
Puis, page 453[64]: «Il (Rodolphe) n'avait plus, comme autrefois, de ces
mots si doux qui la faisaient pleurer, ni de ces véhémentes caresses qui
la rendaient folle;--si bien que leur grand amour, où elle vivait
plongée, parut se diminuer sous elle comme l'eau d'un fleuve qui
s'absorberait dans son lit, et elle aperçut la vase. Elle n'y voulut pas
croire; elle redoubla de tendresse; et Rodolphe, de moins en moins,
cacha son indifférence.
«Elle ne savait pas si elle regrettait de lui avoir cédé, ou si elle
ne souhaitait point, au contraire, le chérir davantage. L'humiliation
de se sentir faible se tournait en une rancune que les voluptés
tempéraient. Ce n'était pas de l'attachement, mais comme une séduction
permanente. Il la subjuguait. Elle en avait presque peur.»
[64] Page 232.
Et vous craignez, monsieur l'avocat impérial, que les jeunes femmes
lisent cela! Je suis moins effrayé, moins timide que vous. Pour mon
compte personnel, je comprends à merveille que le père de famille dise à
sa fille: Jeune femme, si ton cœur, si ta conscience, si le sentiment
religieux, si la voix du devoir ne suffisaient pas pour te faire marcher
dans la droite voie, regarde, mon enfant, regarde combien d'ennuis, de
souffrances, de douleurs et de désolations attendent la femme qui va
chercher le bonheur ailleurs que chez elle! Ce langage ne vous
blesserait pas dans la bouche d'un père, eh bien! M. Flaubert ne dit pas
autre chose; c'est la peinture la plus vraie, la plus saisissante de ce
que la femme qui a rêvé le bonheur en dehors de sa maison trouve
immédiatement.
Mais marchons, nous arrivons à toutes les aventures de la désillusion.
Vous m'opposez les caresses de Léon à la page 60[65]: Hélas! elle va
payer bientôt la rançon de l'adultère; et cette rançon, vous la
trouverez terrible, à quelques pages plus loin de l'ouvrage que vous
incriminez. Elle a cherché le bonheur dans l'adultère, la malheureuse!
Et elle y a trouvé, outre le dégoût et la fatigue que la monotonie du
mariage peut donner à une femme qui ne marche pas dans la voie du
devoir, elle y a trouvé la désillusion, le mépris de l'homme auquel elle
s'était livrée. Est-ce qu'il manque quelque chose à ce mépris? Oh non!
et vous ne le nierez pas, le livre est sous vos yeux: Rodolphe, qui
s'est révélé si vil, lui donne une dernière preuve d'égoïsme et de
lâcheté. Elle lui dit: «Emmène-moi! Enlève-moi! J'étouffe, je ne puis
plus respirer dans la maison de mon mari, dont j'ai fait la honte et le
malheur. Il hésite; elle insiste; enfin il promet, et le lendemain elle
reçoit de lui une lettre foudroyante, sous laquelle elle tombe écrasée,
anéantie. Elle tombe malade, elle est mourante. La livraison qui suit
vous la montre dans toutes les convulsions d'une âme qui se débat, qui
peut-être serait ramenée au devoir par l'excès de sa souffrance, mais
malheureusement elle rencontre bientôt l'enfant avec lequel elle avait
joué quand elle était inexpérimentée. Voilà le mouvement du roman, et
puis vient l'expiation.
[65] Page 146.
Mais, M. l'avocat impérial m'arrête et me dit: quand il serait vrai que
le but de l'ouvrage soit bon d'un bout à l'autre, est-ce que vous
pouviez vous permettre des détails obscènes, comme ceux que vous vous
êtes permis?
Très certainement, je ne pouvais pas me permettre de tels détails, mais
m'en suis-je permis? Où sont-ils? J'arrive ici aux passages les plus
incriminés. Je ne parle plus de l'aventure du fiacre, le tribunal a eu
satisfaction à cet égard; j'arrive aux passages que vous avez signalés
comme contraires à la morale publique et qui forment un certain nombre
de pages du numéro du 1er décembre; et pour faire disparaître tout
l'échafaudage de votre accusation, je n'ai qu'une chose à faire:
restituer ce qui précède et ce qui suit vos citations, substituer, en un
mot, le texte complet à vos découpures.
Au bas de la page 72[66], Léon, après avoir été mis en rapport avec
Homais et le pharmacien, vient à l'hôtel de Bourgogne; puis le
pharmacien vient le chercher.
«Mais Emma venait de partir, exaspérée; ce manque de parole au
rendez-vous lui semblait un outrage.
«Puis, se calmant, elle finit par découvrir qu'elle l'avait sans doute
calomnié. Mais le dénigrement de ceux que nous aimons toujours nous en
détache quelque peu. Il ne faut pas toucher aux idoles; la dorure en
reste aux mains.
«Ils en vinrent à parler plus souvent de choses indifférentes à leur
amour...»
[66] Page 383.
Mon Dieu! C'est pour les lignes que je viens de vous lire que nous
sommes traduit devant vous. Écoutez maintenant:
«Ils en vinrent à parler plus souvent de choses indifférentes à leur
amour; et dans les lettres qu'Emma lui envoyait, il était question de
fleurs, de vers, de la lune et des étoiles, ressources naïves d'une
passion affaiblie, qui essayait de s'aviver à tous les secours
extérieurs. Elle se promettait continuellement, pour son prochain
voyage, une félicité profonde; puis elle s'avouait ne rien sentir
d'extraordinaire. Mais cette déception s'effaçait vite, sous un espoir
nouveau; et Emma revenait à lui plus enflammée, plus haletante, plus
avide. Elle se déshabillait brutalement, arrachant le lacet mince de
son corset qui sifflait autour de ses hanches comme une couleuvre qui
glisse. Elle allait sur la pointe de ses pieds nus regarder encore une
fois si la porte était fermée, puis elle faisait d'un seul geste
tomber ensemble tous ses vêtements;--et pâle, sans parler, sérieuse,
elle s'abattait contre sa poitrine, avec un long frisson[67].»
[67] Page 385.
Vous vous êtes arrêté là, monsieur l'avocat impérial; permettez-moi de
continuer:
«Cependant il y avait sur ce front couvert de gouttes froides, sur ces
lèvres balbutiantes, dans ces prunelles égarées, dans l'étreinte de
ces bras, quelque chose d'extrême, de vague et de lugubre, qui
semblait à Léon se glisser entre eux, subtilement, comme pour les
séparer[68].»
[68] Idem.
Vous appelez cela de la couleur lascive, vous dites que cela donnerait
le goût de l'adultère, vous dites que voilà des pages qui peuvent
exciter, émouvoir les sens,--des pages lascives! Mais la mort est dans
ces pages. Vous n'y pensez pas, monsieur l'avocat impérial, vous vous
effarouchez de trouver là les mots de corset, de vêtements qui
tombent; et vous vous attachez à ces trois ou quatre mots de corset et
de vêtements qui tombent! Voulez-vous que je vous montre comme quoi un
corset peut paraître dans un livre classique, et très classique! C'est
ce que je me donnerai le plaisir de faire tout à l'heure.
«Elle se déshabillait... (ah! monsieur l'avocat impérial, que vous avez
mal compris ce passage!), elle se déshabillait brutalement (la
malheureuse!), arrachant le lacet mince de son corset qui sifflait
autour de ses hanches, comme une couleuvre qui glisse; et pâle, sans
parler, sérieuse, elle s'abattait contre sa poitrine avec un long
frisson... Il y avait sur ce front couvert de gouttes froides... dans
l'étreinte de ses bras quelque chose de vague et de lugubre...»
C'est ici qu'il faut se demander où est la couleur lascive? et où est la
couleur sévère? et si les sens de la jeune fille aux mains de laquelle
tomberait ce livre peuvent être émus, excités,--comme à la lecture d'un
livre classique entre tous les classiques, que je citerai tout à
l'heure, et qui a été réimprimé mille fois, sans que jamais procureur
impérial ou royal ait songé à le poursuivre. Est-ce qu'il y a quelque
chose d'analogue dans ce que je viens de vous lire? Est-ce que ce n'est
pas au contraire l'excitation à l'horreur du vice que «ce quelque chose
de lugubre qui se glisse entre eux pour les séparer»? Continuons, je
vous prie.
«Il n'osait lui faire de questions; mais, la discernant si
expérimentée, elle avait dû passer, se disait-il, par toutes les
épreuves de la souffrance et du plaisir. Ce qui le charmait autrefois
l'effrayait un peu maintenant. D'ailleurs, il se révoltait contre
l'absorption, chaque jour plus grande, de sa personnalité. Il en
voulait à Emma de cette victoire permanente. Il s'efforçait même à ne
pas la chérir; puis, au craquement de ses bottines, il se sentait
lâche, comme les ivrognes à la vue des liqueurs fortes[69].»
[69] Page 385.
Est-ce que c'est lascif, cela?
Et puis, prenez le dernier paragraphe:
«Un jour qu'ils s'étaient quittés de bonne heure, et qu'elle s'en
revenait seule par le boulevard, elle aperçut les murs de son couvent;
alors elle s'assit sur un banc, à l'ombre des ormes. Quel calme dans
ce temps-là! Comme elle enviait les ineffables sentiments d'amour
qu'elle tâchait, d'après des livres, de se figurer[70]!
«Les premiers mois de son mariage, ses promenades à cheval dans la
forêt, le vicomte qui valsait, et Lagardy chantant, tout repassa
devant ses yeux[71].»
[70] Page 386.
[71] Idem.
N'oubliez donc pas ceci, monsieur l'avocat impérial, quand vous voulez
juger la pensée de l'auteur, quand vous voulez trouver absolument la
couleur lascive là où je ne puis trouver qu'un excellent livre.
«Et Léon lui parut soudain dans le même éloignement que les autres.
«Je l'aime pourtant», se disait-elle; elle n'était pas heureuse, ne
l'avait jamais été. D'où venait donc cette insuffisance de la vie,
cette pourriture instantanée des choses où elle s'appuyait[72]?»
[72] Idem.
Est-ce lascif, cela?
«Mais s'il y avait quelque part un être fort et beau, une nature
valeureuse, pleine à la fois d'exaltation et de raffinements, un cœur
de poète sous une forme d'ange, lyre aux cordes d'airain sonnant vers
le ciel des épithalames élégiaques, pourquoi, par hasard, ne le
trouverait-elle pas? Oh! quelle impossibilité! Rien d'ailleurs ne
valait la peine d'une recherche, tout mentait! Chaque sourire cachait
un bâillement d'ennui, chaque joie une malédiction, tout plaisir son
dégoût, et les meilleurs baisers ne vous laissaient sur la lèvre que
l'irréalisable envie d'une volupté plus haute.
«Un râle métallique se traîna dans les airs, et quatre coups se firent
entendre à la cloche du couvent. Quatre heures! et il lui semblait
qu'elle était là, sur ce banc, depuis l'éternité[73].»
[73] Page 387.
Il ne faut pas chercher au bout d'un livre quelque chose pour expliquer
ce qui est au bout d'un autre. J'ai lu le passage incriminé sans y
ajouter un mot, pour défendre une œuvre qui se défend par elle-même.
Continuons la lecture de ce passage incriminé, au point de vue de la
morale:
«Madame était dans sa chambre. On n'y montait pas. Elle restait là
tout le long du jour, engourdie, à peine vêtue, et de temps à autre
faisait fumer des pastilles du sérail, qu'elle avait achetées à Rouen,
dans la boutique d'un Algérien. Pour ne pas avoir la nuit, contre sa
chair, cet homme étendu qui dormait, elle finit, à force de grimaces,
par le reléguer au second étage; et elle lisait jusqu'au matin des
livres extravagants où il y avait des tableaux orgiaques avec des
situations sanglantes.» (Ceci donne envie de l'adultère, n'est-ce
pas?) «Souvent une terreur la prenait, elle poussait un cri. Charles
accourait.--Ah! va-t'en, disait-elle; ou d'autres fois, brûlée plus
fort par cette flamme intime que l'adultère avivait, haletante, émue,
toute en désir, elle ouvrait la fenêtre, aspirait l'air froid,
éparpillait au vent sa chevelure trop lourde, et regardait les
étoiles, souhaitait des amours de prince. Elle pensait à lui, à Léon.
Elle eût alors tout donné pour un seul de ces rendez-vous qui la
rassasiaient.
«C'était ses jours de gala. Elle les voulait splendides! et lorsqu'il
ne pouvait payer seul la dépense, elle complétait le surplus
libéralement; ce qui arrivait à peu près toutes les fois. Il essaya de
lui faire comprendre qu'ils seraient aussi bien ailleurs dans quelque
hôtel plus modeste, mais elle trouva des objections[74].»
[74] Page 393.
Vous voyez comme tout ceci est simple quand on lit tout; mais avec les
découpures de M. l'avocat impérial, le plus petit mot devient une
montagne.
M. l'avocat impérial.--Je n'ai cité aucune de ces phrases-là, et
puisque vous en voulez citer que je n'ai point incriminées, il ne
fallait pas passer à pieds joints sur la page 50.
Me Senard.--Je ne passe rien, j'insiste sur les phrases incriminées
dans la citation. Nous sommes cités pour les pages 77 et 78[75].
[75] Page 394.
M. l'avocat impérial.--Je parle des citations faites à l'audience, et
je croyais que vous m'imputiez d'avoir cité ces lignes que vous venez de
lire.
Me Senard.--Monsieur l'avocat impérial, j'ai cité tous les passages à
l'aide desquels vous vouliez constituer un délit qui maintenant est
brisé. Vous avez développé à l'audience ce qui bon vous semblait, et
vous avez eu beau jeu. Heureusement nous avions le livre, le défenseur
savait le livre; s'il ne l'avait pas su, sa position eût été bien
étrange, permettez-moi de vous le dire. Je suis appelé à m'expliquer sur
tels et tels passages, et à l'audience on y substitue d'autres passages.
Si je n'avais possédé le livre comme je le possède, la défense eût été
difficile. Maintenant, je vous montre par une analyse fidèle que le
roman, loin de devoir être présenté comme lascif, doit être, au
contraire, considéré comme une œuvre éminemment morale. Après avoir
fait cela, je prends les passages qui ont motivé la citation en police
correctionnelle, et après avoir fait suivre vos découpures de ce qui
précède et de ce qui suit, l'accusation est si faible qu'elle vous
révolte vous-même, au moment où je les lis! Ces mêmes passages que vous
signaliez comme incriminables il y a un instant, j'ai cependant bien le
droit de les citer moi-même, pour vous faire voir le néant de cette
accusation.
Je reprends ma citation où j'en suis resté au bas de la page 78[76].
«Il (Léon) s'ennuyait maintenant lorsque Emma, tout à coup, sanglotait
sur sa poitrine, et son cœur, comme les gens qui ne peuvent endurer
qu'une certaine dose de musique, s'assoupissait d'indifférence au
vacarme d'un amour dont il ne distinguait plus les délicatesses.
«Ils se connaissaient trop pour avoir ces ébahissements de la
possession qui en centuplent la joie. Elle était aussi dégoûtée de lui
qu'il était fatigué d'elle. Emma retrouvait dans l'adultère toutes les
platitudes du mariage.»
[76] Page 395.
Platitudes du mariage! Celui qui a découpé ceci a dit: Comment, voilà
un monsieur qui dit que dans le mariage il n'y a que des platitudes!
C'est une attaque au mariage, c'est un outrage à la morale! Convenez,
monsieur l'avocat impérial, qu'avec des découpures artistement faites,
on peut aller loin en fait d'incrimination. Qu'est-ce que l'auteur a
appelé les platitudes du mariage? Cette monotonie qu'Emma avait
redoutée, qu'elle avait voulu fuir, et qu'elle retrouvait sans cesse
dans l'adultère, ce qui était précisément la désillusion. Vous voyez
donc bien que quand, au lieu de découper des membres de phrases et des
mots, on lit ce qui précède et ce qui suit, il ne reste plus rien à
l'incrimination; et vous comprenez à merveille que mon client, qui sait
sa pensée, doit être un peu révolté de la voir ainsi travestir.
Continuons:
«Elle était aussi dégoûtée de lui qu'il était fatigué d'elle. Emma
retrouvait dans l'adultère toutes les platitudes du mariage.
«Mais comment pouvoir s'en débarrasser? Puis elle avait beau se sentir
humiliée de la bassesse d'un tel bonheur, elle y tenait encore, par
habitude ou par corruption, et chaque jour elle s'y acharnait
davantage, tarissant toute félicité à la vouloir trop grande. Elle
accusait Léon de ses espoirs déçus, comme s'il l'avait trahie, et même
elle souhaitait une catastrophe qui amenât leur séparation,
puisqu'elle n'avait pas le courage de s'y décider.
«Elle n'en continuait pas moins à lui écrire des lettres amoureuses,
en vertu de cette idée: qu'une femme doit toujours écrire à son amant.
«Mais, en écrivant, elle percevait un autre homme, un fantôme, fait de
ses plus ardents souvenirs.» Ceci n'est plus incriminé: «ensuite elle
retombait à plat, brisée, car ces élans d'amour vague la fatiguaient
plus que de grandes débauches.»
«Elle éprouvait maintenant une courbature incessante et universelle...
elle recevait du papier timbré qu'elle regardait à peine. Elle aurait
voulu ne plus vivre ou continuellement dormir[77].»
[77] Page 396.
J'appelle cela une excitation à la vertu, par l'horreur du vice, ce que
l'auteur annonce lui-même, et ce que le lecteur le plus distrait ne peut
pas ne pas voir, sans un peu de mauvaise volonté.
Et maintenant quelque chose de plus, pour vous faire apercevoir quelle
espèce d'homme vous avez à juger. Pour vous montrer non pas quelle
espèce de justification je puis prendre, mais si M. Flaubert a eu la
couleur lascive et où il prend ses inspirations, laissez-moi mettre sur
votre bureau ce livre usé par lui, et dans les passages duquel il s'est
inspiré pour dépeindre cette concupiscence, les entraînements de cette
femme qui cherche le bonheur dans les plaisirs illicites, qui ne peut
pas l'y rencontrer, qui cherche encore, qui cherche de plus en plus, et
ne le rencontre jamais. Où Flaubert a pris ces inspirations, messieurs?
C'est dans ce livre que voilà, écoutez:
«ILLUSION DES SENS.
«Quiconque donc s'attache au sensible, il faut qu'il erre
nécessairement d'objets en objets, et se trompe pour ainsi dire, en
changeant de place; ainsi la concupiscence, c'est-à-dire l'amour des
plaisirs, est toujours changeant, parce que toute son ardeur languit
et meurt dans la continuité, et que c'est le changement qui le fait
revivre. Aussi qu'est-ce autre chose que la vie des sens, qu'un
mouvement alternatif de l'appétit au dégoût, et du dégoût à l'appétit,
l'âme flottant toujours incertaine entre l'ardeur qui se ralentit et
l'ardeur qui se renouvelle? Inconstantia, concupiscentia. Voilà ce
que c'est que la vie des sens. Cependant dans ce mouvement perpétuel,
on ne laisse pas de se divertir par l'image d'une liberté errante.»
Voilà ce que c'est que la vie des sens. Qui a dit cela! qui a écrit les
paroles que vous venez d'entendre sur ces excitations et ces ardeurs
incessantes? Quel est le livre que M. Flaubert feuillette jour et nuit,
et dont il s'est inspiré dans les passages qu'incrimine M. l'avocat
impérial? C'est Bossuet! Ce que je viens de vous lire, c'est un fragment
d'un discours de Bossuet sur les plaisirs illicites. Je vous ferai
voir que tous ces passages incriminés ne sont, non pas des
plagiats,--l'homme qui s'est approprié une idée, n'est pas un
plagiaire,--mais que des imitations de Bossuet. En voulez-vous un autre
exemple? Le voici:
«SUR LE PÉCHÉ.
«Et ne me demandez pas, chrétiens, de quelle sorte se fera ce grand
changement de nos plaisirs en supplices; la chose est prouvée par les
Écritures. C'est le Véritable qui le dit, c'est le Tout-Puissant qui
le fait. Et toutefois, si vous regardez la nature des passions
auxquelles vous abandonnez votre cœur, vous comprendrez aisément
qu'elles peuvent devenir un supplice intolérable. Elles ont toutes en
elles-mêmes des peines cruelles, des dégoûts, des amertumes. Elles ont
toutes une infinité qui se fâche de ne pouvoir être assouvie; ce qui
mêle dans elles toutes des emportements, qui dégénèrent en une espèce
de fureur non moins pénible que déraisonnable. L'amour, s'il m'est
permis de le nommer dans cette chaire, a ses incertitudes, ses
agitations violentes, et ses résolutions irrésolues et l'enfer de ses
jalousies.»
Et plus loin:
«Eh! qu'y a-t-il donc de plus aisé que de faire de nos passions une
peine insupportable de nos péchés, en leur ôtant, comme il est très
juste, ce peu de douceur par où elles nous séduisent, et leur laissant
seulement les inquiétudes cruelles et l'amertume dont elles abondent?
Nos péchés contre nous, nos péchés sur nous, nos péchés au milieu de
nous: trait perçant contre notre sein, poids insupportable sur notre
tête, poison dévorant dans nos entrailles.»
Tout ce que vous venez d'entendre n'est-il pas là pour vous montrer les
amertumes des passions? Je vous laisse ce livre tout marqué, tout flétri
par le pouce de l'homme studieux qui y a pris sa pensée. Et celui qui
s'est inspiré à une source pareille, celui-là qui a décrit l'adultère
dans les termes que vous venez d'entendre, celui-là est poursuivi pour
outrage à la morale publique et religieuse!
Quelques lignes encore sur la femme pécheresse, et vous allez voir
comment M. Flaubert, ayant à peindre ces ardeurs, a su s'inspirer de son
modèle:
«Mais, punis de notre erreur sans en être détrompés, nous cherchons
dans le changement le remède de notre méprise; nous errons d'objet en
objet, et s'il en est enfin quelqu'un qui nous fixe, ce n'est pas que
nous soyons contents de notre choix, c'est que nous sommes loués de
notre inconstance.»
........................
«Tout lui paraît vide, faux, dégoûtant dans les créatures: loin d'y
retrouver ces premiers charmes, dont son cœur avait eu tant de peine
à se défendre, elle n'en voit plus que le frivole, le danger et la
vanité.»
........................
«Je ne parle pas d'un engagement de passion; quelles frayeurs que le
mystère n'éclate! que de mesures à garder du côté de la bienséance et
de la gloire! que d'yeux à éviter! que de surveillants à tromper! que
de retours à craindre sur la fidélité de ceux qu'on a choisis pour les
ministres et les confidents de sa passion! quels rebuts à essuyer de
celui, peut-être, à qui on a sacrifié son honneur et sa liberté, et
dont on n'oserait se plaindre! A tout cela, ajoutez ces moments cruels
où la passion moins vive nous laisse le loisir de retomber sur
nous-mêmes, et de sentir toute l'indignité de notre état; ces moments
où le cœur, né pour des plaisirs plus solides, se lasse de ses
propres idoles et trouve son supplice dans ses dégoûts et dans son
inconstance. Monde profane! si c'est là cette félicité que tu nous
vantes tant, favorises-en tes adorateurs et punis-les, en les rendant
ainsi heureux, de la foi qu'ils ont ajoutée si légèrement à tes
promesses.»
Laissez-moi vous dire ceci: quand un homme, dans le silence des nuits, a
médité sur les causes des entraînements de la femme, quand il les a
trouvées dans l'éducation et que pour les exprimer, se défiant de ses
observations personnelles, il a été se mûrir aux sources que je viens
d'indiquer, quand il ne s'est laissé aller à prendre la plume qu'après
s'être inspiré des pensées de Bossuet et de Massillon, permettez-moi de
vous demander s'il y a un mot pour vous exprimer ma surprise, ma douleur
en voyant traduire cet homme en police correctionnelle--pour quelques
passages de son livre, et précisément pour les idées et les sentiments
les plus vrais et les plus élevés qu'il ait pu rassembler! Voilà ce que
je vous prie de ne pas oublier relativement à l'inculpation d'outrage à
la morale religieuse. Et puis, si vous me le permettez, je mettrai en
regard de tout ceci, sous vos yeux, ce que j'appelle, moi, des atteintes
à la morale, c'est-à-dire la satisfaction des sens sans amertume, sans
ces larges gouttes de sueur glacée, qui tombent du front chez ceux qui
s'y livrent; et je ne vous citerai pas des livres licencieux dans
lesquels les auteurs ont cherché à exciter les sens, je vous citerai un
livre--qui est donné en prix dans les collèges, mais je vous demanderai
la permission de ne vous dire le nom de l'auteur qu'après que je vous en
aurai lu un passage. Voici ce passage; je vous ferai passer le volume:
c'est un exemplaire qui a été donné en prix à un élève de collège;
j'aime mieux vous remettre cet exemplaire que celui de M. Flaubert:
«Le lendemain, je fus reconduit dans son appartement. Là je sentis
tout ce qui peut porter à la volupté. On avait répandu dans la chambre
les parfums les plus agréables. Elle était sur un lit qui n'était
fermé que par des guirlandes de fleurs; elle y paraissait
languissamment couchée. Elle me tendit la main et me fit asseoir
auprès d'elle. Tout, jusqu'au voile qui lui couvrait le visage, avait
de la grâce. Je voyais la forme de son beau corps. Une simple toile
qui se mouvait sur elle me faisait tour à tour perdre et trouver des
beautés ravissantes.» Une simple toile quand elle était étendue sur un
cadavre vous a paru une image lascive; ici elle est étendue sur la
femme vivante. «Elle remarqua que mes yeux étaient occupés, et quand
elle les vit s'enflammer, la toile sembla s'ouvrir d'elle-même; je vis
tous les trésors d'une beauté divine. Dans ce moment, elle me serra la
main; mes yeux errèrent partout. Il n'y a, m'écriai-je, que ma chère
Ardasire qui soit aussi belle; mais j'atteste les dieux que ma
fidélité... Elle se jeta à mon cou et me serra dans ses bras. Tout
d'un coup, la chambre s'obscurcit, son voile s'ouvrit; elle me donna
un baiser. Je fus tout hors de moi; une flamme subite coula dans mes
veines et échauffa tous mes sens. L'idée d'Ardasire s'éloigna de moi.
Un reste de souvenir... mais il ne me paraissait qu'un songe...
J'allais... J'allais la préférer à elle-même. Déjà j'avais porté mes
mains sur son sein; elles couraient rapidement partout; l'amour ne se
montrait que par sa fureur; il se précipitait à la victoire; un moment
de plus, et Ardasire ne pouvait pas se défendre.»
Qui a écrit cela? Ce n'est pas même l'auteur de la Nouvelle Héloïse,
c'est M. le président de Montesquieu! Ici, pas une amertume, pas un
dégoût, tout est sacrifié à la beauté littéraire, et on donne cela en
prix aux élèves de rhétorique, sans doute pour leur servir de modèle
dans les amplifications, ou les descriptions qu'on leur donne à faire.
Montesquieu décrit dans les Lettres persanes une scène qui ne peut pas
même être lue. Il s'agit d'une femme que cet auteur place entre deux
hommes qui se la disputent. Cette femme ainsi placée entre deux hommes
fait des rêves--qui lui paraissent fort agréables.
En sommes-nous là, monsieur l'avocat impérial? Faudra-t-il encore vous
citer Jean-Jacques Rousseau dans les Confessions et ailleurs? Non, je
dirai seulement au tribunal que si, à propos de sa description de la
voiture dans la Double méprise, M. Mérimée était poursuivi, il serait
immédiatement acquitté. On ne verrait dans son livre qu'une œuvre
d'art, de grandes beautés littéraires. On ne le condamnerait pas plus
qu'on ne condamne les peintres ou les statuaires qui ne se contentent
pas de traduire toute la beauté du corps, mais toutes les ardeurs,
toutes les passions. Je n'en suis pas là; je vous demande de reconnaître
que M. Flaubert n'a pas chargé ses images, et qu'il n'a fait qu'une
chose: toucher de la main la plus ferme la scène de la dégradation. A
chaque ligne de son livre il fait ressortir la désillusion, et au lieu
de terminer par quelque chose de gracieux, il s'attache à nous montrer
cette femme arrivant, après le mépris, l'abandon, la ruine de sa maison,
à la mort la plus épouvantable. En un mot, je ne puis que répéter ce que
j'ai dit en commençant la plaidoirie, que M. Flaubert est l'auteur d'un
bon livre, livre qui est l'excitation à la vertu par l'horreur du vice.
J'ai maintenant à examiner l'outrage à la religion. L'outrage à la
religion commis par M. Flaubert! Et en quoi, s'il vous plaît? M.
l'avocat impérial a cru voir en lui un sceptique. Je puis répondre à M.
l'avocat impérial qu'il se trompe. Je n'ai pas ici de profession de foi
à faire, je n'ai que le livre à défendre, c'est ce qui fait que je me
borne à ce simple mot. Mais quant au livre, je défie M. l'avocat
impérial d'y trouver quoi que ce soit qui ressemble à un outrage à la
religion. Vous avez vu comment la religion a été introduite dans
l'éducation d'Emma, et comment cette religion, faussée de mille
manières, ne pouvait pas retenir Emma sur la pente qui l'entraînait.
Voulez-vous savoir en quelle langue M. Flaubert parle de la religion?
Écoutez quelques lignes que je prends dans la première livraison,
p. 231, 232 et 233[78].
«Un jour que la fenêtre était ouverte, et qu'assise au bord elle
venait de regarder Lestiboudois, le bedeau, qui taillait le buis, elle
entendit tout à coup sonner l'Angelus.
«On était au commencement d'avril, quand les primevères sont écloses;
un vent tiède se roule sur les plates-bandes labourées, et les jardins
comme des femmes semblent faire leur toilette pour les fêtes de l'été.
Par les barreaux de la tonnelle et au delà, tout autour, on voyait la
rivière dans la prairie, où elle dessinait sur l'herbe des sinuosités
vagabondes. La vapeur du soir passait entre les peupliers sans
feuilles, estompant leurs contours d'une teinte violette, plus pâle et
transparente qu'une gaze subtile arrêtée sur leurs branchages. Au
loin, des bestiaux marchaient; on n'entendait ni leurs pas ni leurs
mugissements, et la cloche, sonnant toujours, continuait dans les airs
sa lamentation pacifique.
«A ce tintement répété, la pensée de la jeune femme s'égarait dans ses
vieux souvenirs de jeunesse et de pension. Elle se rappela les grands
chandeliers qui dépassaient, sur l'autel, les vases pleins de fleurs
et le tabernacle à colonnettes. Elle aurait voulu comme autrefois être
encore confondue dans la longue ligne de voiles blancs que marquaient
de noir, çà et là, les capuchons raides des bonnes sœurs inclinées
sur leur prie-Dieu.»
[78] Page 149.
Voilà la langue dans laquelle le sentiment religieux est exprimé; et à
entendre M. l'avocat général, le scepticisme règne d'un bout à l'autre
dans le livre de M. Flaubert. Où donc, je vous prie, trouvez-vous là du
scepticisme?
M. l'avocat impérial.--Je n'ai pas dit qu'il y en eût là dedans.
Me Senard.--S'il n'y en a pas là dedans, où donc y en a-t-il? Dans vos
découpures, évidemment. Mais voici l'ouvrage tout entier, que le
tribunal le juge, et il verra que le sentiment religieux y est si
fortement empreint, que l'accusation de scepticisme est une vraie
calomnie. Et maintenant, monsieur l'avocat impérial me permettra-t-il de
lui dire que ce n'était pas la peine d'accuser l'auteur de scepticisme
avec tant de fracas. Poursuivons:
«Le dimanche à la messe, quand elle relevait sa tête, elle apercevait
le doux visage de la Vierge parmi les tourbillons bleuâtres de
l'encens qui montait. Alors un attendrissement la saisit, elle se
sentit molle et tout abandonnée, comme un duvet d'oiseau qui tournoie
dans la tempête, et ce fut sans en avoir conscience qu'elle s'achemina
vers l'église, disposée à n'importe quelle dévotion, pourvu qu'elle y
absorbât son âme et que l'existence entière y disparût[79].»
[79] Page 150.
Ceci, messieurs, est le premier appel à la religion, pour retenir Emma
sur la pente des passions. Elle est tombée, la pauvre femme, puis
repoussée du pied par l'homme auquel elle s'est abandonnée. Elle est
presque morte, elle se relève, elle se ranime; et vous allez voir
maintenant ce qui est écrit (nº du 15 novembre 1856, p. 548[80]):
«Un jour qu'au plus fort de sa maladie elle s'était crue agonisante,
elle avait demandé la communion; et à mesure que l'on faisait dans sa
chambre les préparatifs pour le sacrement, que l'on disposait en autel
la commode encombrée de sirops, et que Félicité semait par terre des
fleurs de dahlia, Emma sentait quelque chose de fort passant sur elle,
qui la débarrassait de ses douleurs, de toute perception, de tout
sentiment. Sa chair allégée ne pesait plus, une autre vie commençait;
il lui sembla que son être, montant vers Dieu...» (Vous voyez dans
quelle langue M. Flaubert parle des choses religieuses.) «Il lui
sembla que son être, montant vers Dieu, allait s'anéantir dans cet
amour, comme un encens allumé qui se dissipe en vapeur. On aspergea
d'eau bénite les draps du lit; le prêtre retira du saint ciboire la
blanche hostie; et ce fut en défaillant d'une joie céleste qu'elle
avança les lèvres pour accepter le corps du Sauveur qui se
présentait.»
[80] Page 290.
J'en demande pardon à M. l'avocat impérial, j'en demande pardon au
tribunal, j'interromps ce passage; mais j'ai besoin de dire que c'est
l'auteur qui parle, et de vous faire remarquer dans quels termes il
s'exprime sur le mystère de la communion; j'ai besoin, avant de
reprendre cette lecture, que le tribunal saisisse la valeur littéraire
empruntée à ce tableau, j'ai besoin d'insister sur ces expressions qui
appartiennent à l'auteur:
«Et ce fut en défaillant d'une joie céleste qu'elle avança les lèvres
pour accepter le corps du Sauveur qui se présentait. Les rideaux de
son alcôve se bombaient mollement autour d'elle en façon de nuées, et
les rayons des deux cierges brûlant sur la commode lui parurent être
des gloires éblouissantes. Alors elle laissa retomber sa tête, croyant
entendre dans les espaces le chant des harpes séraphiques, et
apercevoir en un ciel d'azur, sur un trône d'or, au milieu des saints
tenant des palmes vertes, Dieu le père, tout éclatant de majesté, et
qui d'un signe faisait descendre vers la terre des anges aux ailes de
flammes, pour l'emporter dans leurs bras.»
Il continue:
«Cette vision splendide demeura dans sa mémoire comme la chose la plus
belle qu'il fût possible de rêver; si bien qu'à présent elle
s'efforçait d'en ressaisir la sensation qui continuait cependant,
mais d'une manière moins exclusive et avec une douceur aussi profonde.
Son âme, courbaturée d'orgueil, se reposait enfin dans l'humilité
chrétienne; et, savourant le plaisir d'être faible, Emma contemplait
en elle-même la destruction de sa volonté, qui devait faire aux
envahissements de la Grâce une large entrée. Il existait donc à la
place du bonheur des félicités plus grandes, un autre amour au-dessus
de tous les amours, sans intermittences ni fin, et qui s'accroîtrait
éternellement! Elle entrevit, parmi les illusions de son espoir, un
état de pureté flottant au-dessus de la terre, se confondant avec le
ciel et où elle aspira d'être. Elle voulut devenir une sainte. Elle
acheta des chapelets; elle porta des amulettes; elle souhaitait avoir
dans sa chambre, au chevet de sa couche, un reliquaire enchâssé
d'émeraudes pour le baiser tous les soirs.»
Voilà des sentiments religieux! Et si vous vouliez vous arrêter un
instant sur la pensée principale de l'auteur, je vous demanderais de
tourner la page et de lire les trois lignes suivantes du deuxième
alinéa[81]:
«Elle s'irrita contre les prescriptions du culte; l'arrogance des
écrits polémiques lui déplut par leur acharnement à poursuivre des
gens qu'elle ne connaissait pas, et les contes profanes relevés de
religion lui parurent écrits dans une telle ignorance du monde, qu'ils
l'écartèrent insensiblement des vérités dont elle attendait la
preuve.»
[81] Page 293.
Voilà le langage de M. Flaubert. Maintenant, s'il vous plaît, arrivons à
une autre scène, à la scène de l'extrême-onction. Oh! monsieur l'avocat
impérial, combien vous vous êtes trompé quand, vous arrêtant aux
premiers mots, vous avez accusé mon client de mêler le sacré au profane,
quand il s'est contenté de traduire ces belles formules de
l'extrême-onction, au moment où le prêtre touche tous les organes de nos
sens, au moment où, selon l'expression du rituel, il dit: Per istam
unctionem, et suam piissimam misericordiam, indulgeat tibi Dominus
quidquid deliquisti!
Vous avez dit: il ne faut pas toucher aux choses saintes. De quel droit
travestissez-vous ces saintes paroles: «Que Dieu, dans sa sainte
miséricorde, vous pardonne toutes les fautes que vous avez commises par
la vue, par le goût, par l'ouïe, etc.?»
Tenez, je vais vous lire le passage incriminé, et ce sera toute ma
vengeance. J'ose dire ma vengeance, car l'auteur a besoin d'être vengé.
Oui, il faut que M. Flaubert sorte d'ici, non seulement acquitté, mais
vengé! Vous allez voir de quelles lectures il est nourri. Le passage
incriminé est à la page 271[82] du nº du 15 décembre, il est ainsi
conçu:
«Pâle comme une statue, et les yeux rouges comme des charbons,
Charles, sans pleurer, se tenait en face d'elle, au pied du lit,
tandis que le prêtre, appuyé sur un genou, marmottait des paroles
basses....»
[82] Page 440.
Tout ce tableau est magnifique, et la lecture en est irrésistible; mais
tranquillisez-vous, je ne la prolongerai pas outre mesure. Voici
maintenant l'incrimination!
«Elle tourna sa figure lentement et parut saisie de joie à voir tout à
coup l'étole violette, sans doute retrouvant au milieu d'un apaisement
extraordinaire la volupté perdue de ses premiers élancements
mystiques, avec des visions de béatitude éternelle qui commençaient:
«Le prêtre se releva pour prendre le crucifix; alors elle allongea le
cou comme quelqu'un qui a soif, et collant ses lèvres sur le corps de
l'Homme-Dieu, elle y déposa, de toute sa force expirante, le plus
grand baiser d'amour qu'elle eût jamais donné[83].»
[83] Page 441.
L'extrême-onction n'est pas encore commencée; mais on me reproche ce
baiser. Je n'irai pas chercher dans sainte Thérèse, que vous connaissez
peut-être, mais dont le souvenir est trop éloigné, je n'irai pas même
chercher dans Fénelon le mysticisme de Mme Guyon, ni des mysticismes
plus modernes dans lesquels je trouve bien d'autres raisons. Je ne veux
pas demander à ces écoles que vous qualifiez de christianisme sensuel,
l'explication de ce baiser; c'est à Bossuet, à Bossuet lui-même que je
veux la demander:
«Obéissez et tachez au reste d'entrer dans les dispositions de Jésus
en communiant, qui sont des dispositions d'union, de jouissance et
d'amour: tout l'Évangile le crie. Jésus veut qu'on soit avec lui; il
veut jouir, il veut qu'on jouisse de lui. Sa sainte chair est le
milieu de cette union et de cette chaste jouissance: il se donne.»
Etc.
Je reprends la lecture du passage incriminé:
«Ensuite il récita le Misereatur et l'Indulgentiam, trempa son
pouce droit dans l'huile et commença les onctions: d'abord sur les
yeux, qui avaient tant convoité les somptuosités terrestres; puis sur
les narines, friandes de brises tièdes et de senteurs amoureuses; puis
sur la bouche, qui s'était ouverte pour le mensonge, qui avait gémi
d'orgueil et crié dans la luxure; puis sur les mains, qui se
délectaient aux contacts suaves, et enfin sur la plante des pieds, si
rapides autrefois quand elle courait à l'assouvissance de ses désirs,
et qui maintenant ne marcheraient plus.
«Le curé s'essuya les doigts, jeta dans le feu les brins de coton
trempés d'huile, et revint s'asseoir près de la moribonde pour lui dire
qu'elle devait à présent joindre ses souffrances à celles de
Jésus-Christ, et s'abandonner à la miséricorde divine.
«En finissant ses exhortations, il essaya de lui mettre dans la main un
cierge béni, symbole des gloires célestes dont elle allait tout à
l'heure être environnée. Mais Emma, trop faible, ne put fermer les
doigts, et le cierge, sans M. Bournisien, serait tombé par terre.
«Cependant elle n'était plus aussi pâle, et son visage avait une
expression de sérénité, comme si le sacrement l'eût guérie.
«Le prêtre ne manqua point d'en faire l'observation; et il expliqua
même à Bovary que le Seigneur, quelquefois, prolongeait l'existence des
personnes lorsqu'il le jugeait convenable pour leur salut. Et Charles
se rappela un jour, où ainsi, près de mourir, elle avait reçu la
communion. Il ne fallait peut-être pas se désespérer, pensa-t-il.»
Maintenant quand une femme meurt, et que le prêtre va lui donner
l'extrême-onction, quand on fait de cela une scène mystique et que nous
traduisons avec une fidélité scrupuleuse les paroles sacramentelles, on
dit que nous touchons aux choses saintes. Nous avons porté une main
téméraire aux choses saintes, parce que au deliquisti per oculos, per
os, per aurem, per manus et per pedes, nous avons ajouté le péché que
chacun de ces organes avait commis. Nous ne sommes pas les premiers qui
ayons marché dans cette voie. M. Sainte-Beuve, dans un livre que vous
connaissez, met aussi une scène d'extrême-onction, et voici comment il
s'exprime:
«Oh! oui donc, à ces yeux d'abord, comme au plus noble et au plus vif
des sens; à ces yeux, pour ce qu'ils ont vu, regardé de trop tendre,
de trop perfide en d'autres yeux, de trop mortel; pour ce qu'ils ont
lu et relu d'attachant et de trop chéri; pour ce qu'ils ont versé de
vaines larmes sur les biens fragiles et sur les créatures infidèles;
pour le sommeil qu'ils ont tant de fois oublié, le soir, en y
songeant!
«A l'ouïe aussi, pour ce qu'elle a entendu et s'est laissé dire de
trop doux, de trop flatteur et enivrant; pour ce son que l'oreille
dérobe lentement aux paroles trompeuses; pour ce qu'elle y boit de
miel caché!
«A cet odorat ensuite, pour les trop subtils et voluptueux parfums des
soirs de printemps au fond des bois, pour les fleurs reçues le matin
et tous les jours, respirées avec tant de complaisance!
«Aux lèvres, pour ce qu'elles ont prononcé de trop confus ou de trop
avoué; pour ce qu'elles n'ont pas répliqué en certains moments ou ce
qu'elles n'ont pas révélé à certaines personnes; pour ce qu'elles ont
chanté dans la solitude de trop mélodieux et de trop plein de larmes;
pour leur murmure inarticulé, pour leur silence!
«Au cou, au lieu de la poitrine, pour l'ardeur du désir, selon
l'expression consacrée (propter ardorem libidinis); oui, pour la
douleur des affections, des rivalités, pour le trop d'angoisse des
humaines tendresses, pour les larmes qui suffoquent un gosier sans
voix, pour tout ce qui fait battre un cœur ou ce qui le ronge!
«Aux mains aussi, pour avoir serré une main qui n'était pas saintement
liée; pour avoir reçu des pleurs trop brûlants; pour avoir peut-être
commencé d'écrire, sans l'achever, quelque réponse non permise!
«Aux pieds, pour n'avoir pas fui, pour avoir suffi aux longues
promenades solitaires, pour ne s'être pas lassés assez tôt au milieu
des entretiens qui sans cesse recommençaient!»
Vous n'avez pas poursuivi cela. Voilà deux hommes qui, chacun dans leur
sphère, ont pris la même chose, et qui ont, à chacun des sens, ajouté le
péché, la faute. Est-ce que vous auriez voulu leur interdire de traduire
la formule du rituel: Quidquid deliquisti per oculos, per aurem, etc.?
M. Flaubert a fait ce qu'a fait M. Sainte-Beuve, sans pour cela être un
plagiaire. Il a usé du droit qui appartient à tout écrivain, d'ajouter à
ce qu'a dit un autre écrivain, de compléter un sujet. La dernière scène
du roman de Madame Bovary a été faite comme toute l'étude de ce type,
avec les documents religieux. M. Flaubert a fait la scène de
l'extrême-onction avec un livre que lui avait prêté un vénérable
ecclésiastique de ses amis, qui a lu cette scène, qui en a été touché
jusqu'aux larmes, et qui n'a pas imaginé que la majesté de la religion
pût en être offensée. Ce livre est intitulé: Explication historique,
dogmatique, morale, liturgique et canonique du catéchisme, avec la
réponse aux objections tirées des sciences contre la religion par M.
l'abbé Ambroise Guillois, curé de Notre-Dame-du-Pré, au Mans, 6e
édition, etc., ouvrage approuvé par Son Éminence le cardinal Gousset,
N. N. S. S. les Évêques et Archevêques du Mans, de Tours, de Bordeaux,
de Cologne, etc., tome IIIe, imprimé au Mans par Charles Monnoyer, 1851.
Or vous allez voir dans ce livre, comme vous avez vu tout à l'heure dans
Bossuet, les principes et en quelque sorte le texte des passages
qu'incrimine M. l'avocat impérial. Ce n'est plus maintenant M.
Sainte-Beuve, un artiste, un fantaisiste littéraire que je cite, écoutez
l'Église elle-même:
«L'extrême-onction peut rendre la santé du corps si elle est utile
pour la gloire de Dieu...» et le prêtre dit que cela arrive souvent.
Maintenant voici l'extrême-onction:
«Le prêtre adresse au malade une courte exhortation, s'il est en état
de l'entendre, pour le disposer à recevoir dignement le sacrement
qu'il va lui administrer.
«Le prêtre fait ensuite les onctions sur le malade avec le stylet, ou
l'extrémité du pouce droit qu'il trempe chaque fois dans l'huile des
infirmes. Ces onctions doivent être faites surtout aux cinq parties du
corps que la nature a données à l'homme comme les organes des
sensations, savoir: aux yeux, aux oreilles, aux narines, à la bouche
et aux mains.
«A mesure que le prêtre fait les onctions (nous avons suivi de point
en point le rituel, nous l'avons copié), il prononce les paroles qui y
répondent.
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