procurerait de grands avantages, se jeta à la mer. Mais il ne tarda pas
à être repris par une embarcation que Cook dépêcha à sa poursuite. Le
capitaine regretta beaucoup que la discipline le forçât d’agir ainsi,
car, si cet homme, qui n’avait ni parents ni amis en Angleterre, lui
avait demandé la permission de rester à Taïti, il ne la lui aurait pas
refusée.
Le 15 mai, la -Résolution- mouilla au havre O-Wharre, à l’île Huaheine.
Le vieux chef Orée fut un des premiers à féliciter les Anglais de leur
retour et à leur apporter les présents de bienvenue. Le capitaine
lui fit cadeau de plumes rouges; mais, ce que semblait préférer le
vieux chef, c’était le fer, les haches et les clous. Il semblait plus
indolent qu’à la première visite; sa tête était bien affaiblie, ce
qu’il faut sans doute attribuer au goût immodéré qu’il montrait pour
la boisson enivrante que ces naturels tirent du poivrier. Son autorité
semblait aussi de plus en plus méprisée; il fallut que Cook se mît à la
poursuite d’une bande de voleurs, réfugiés au centre de l’île, dans les
montagnes, qui ne craignaient pas de piller le vieux chef lui-même.
Orée se montra reconnaissant des bons procédés qu’avaient toujours
eus les Anglais à son égard. Il quitta le dernier le vaisseau quand
celui-ci mit à la voile, le 24 avril, et, lorsque Cook lui eut dit
qu’ils ne se reverraient plus, il se prit à pleurer, et répondit:
«Laissez venir ici vos enfants, nous les traiterons bien.»
Une autre fois, Orée avait demandé au capitaine le nom du lieu où il
serait enterré. «Stepney,» répondit Cook. Orée le pria de répéter
ce mot jusqu’à ce qu’il fût en état de le prononcer. Alors cent
individus s’écrièrent à la fois: «Stepney, moraï no Toote! Stepney, le
tombeau de Cook!» Le grand navigateur ne se doutait guère, en faisant
cette réponse, du triste sort qui l’attendait et de la peine que ses
compatriotes auraient à retrouver ses restes!
Œdidi, qui avait fini par venir à Huaheine avec les Anglais, n’avait
pas trouvé le même accueil empressé qu’à Taïti. D’ailleurs ses
richesses étaient singulièrement diminuées, et son crédit s’en
ressentait.
«Il vérifiait bien, dit la relation, la maxime qu’on n’est jamais
prophète dans sa patrie... Il nous quitta avec des regrets qui
montraient bien son estime pour nous; lorsqu’il fallut nous séparer,
il courut de chambre en chambre pour embrasser tout le monde. Enfin,
je ne puis pas décrire les angoisses qui remplirent l’âme de ce jeune
homme, quand il s’en alla; il regardait le vaisseau, il fondit en
larmes et se coucha de désespoir au fond de sa pirogue. En sortant
des récifs, nous le vîmes encore qui étendait ses bras vers nous.»
Le 6 juin, Cook reconnut l’île Hove de Wallis, appelée Mohipa par les
indigènes; puis, quelques jours après, un groupe de plusieurs îlots
inhabités, entourés d’une chaîne de brisants, auxquels on donna le nom
de Palmerston, en l’honneur d’un des lords de l’Amirauté.
Le 20, une île, escarpée et rocheuse, fut découverte. Tapissée de
grands bois et d’arbrisseaux, elle n’offrait qu’une grève sablonneuse
étroite, sur laquelle accoururent bientôt plusieurs naturels de couleur
très foncée. Une pique, une massue à la main, ils se livrèrent à des
démonstrations menaçantes, mais eurent soin de se retirer dès qu’ils
virent débarquer les Anglais. Des champions ne tardèrent pas à venir
provoquer les étrangers et les assaillir d’une grêle de flèches et de
pierres. Sparrman fut blessé au bras, et Cook faillit être traversé
par une javeline. Une décharge générale dispersa ces insulaires
inhospitaliers, et leur réception peu courtoise valut à leur patrie le
nom d’île Sauvage.
Quatre jours plus tard, Cook revoyait l’archipel des Tonga. Il
s’arrêta, cette fois, à Namouka, la Rotterdam de Tasman.
A peine le vaisseau avait-il laissé tomber l’ancre, qu’il était entouré
d’une multitude de pirogues, chargées de bananes et de fruits de toute
sorte, qu’on échangeait pour des clous et de vieux morceaux d’étoffe.
Cette réception amicale détermina les naturalistes à descendre à terre
et à s’enfoncer dans l’intérieur à la recherche de nouvelles plantes
et de productions inconnues. A leur retour, ils ne tarissaient pas sur
la beauté et le pittoresque des paysages romantiques qu’ils avaient
rencontrés, ni sur l’affabilité et l’empressement des indigènes.
Cependant, plusieurs vols avaient eu lieu, lorsqu’un larcin plus
important que les autres vint forcer le commandant à sévir. En cette
circonstance, un naturel, qui avait tenté de s’opposer à la capture
de deux pirogues que les Anglais voulaient garder jusqu’à ce qu’on
leur eût rendu des armes dérobées, fut grièvement blessé d’un coup
de feu. C’est durant cette seconde visite que Cook donna à ces îles
le nom d’archipel des Amis,--sans doute par antiphrase,--appellation
aujourd’hui remplacée par le vocable indigène Tonga.
Continuant à faire voile à l’ouest, l’infatigable explorateur
reconnut successivement l’île des Lépreux, Aurore, l’île Pentecôte,
et enfin Mallicolo, archipel qui avait reçu de Bougainville le nom de
Grandes-Cyclades.
Les ordres qu’avait donnés le capitaine étaient, comme toujours, de
tâcher de lier avec les naturels des relations de commerce et d’amitié.
La première journée s’était passée sans encombre, et les insulaires
avaient célébré par des jeux et des danses l’arrivée des Anglais,
lorsqu’un incident faillit, le lendemain, amener une collision générale.
Un des indigènes, qui se vit refuser l’entrée du bâtiment, fit mine
de lancer une flèche contre un des matelots. Ses compatriotes l’en
empêchèrent tout d’abord. A ce moment, Cook montait sur le pont, un
fusil à la main. Son premier soin fut d’interpeller l’insulaire, qui
visait une seconde fois le matelot. Sans l’écouter, le sauvage allait
décocher sa flèche contre lui, lorsqu’il le prévint et le blessa d’un
coup de fusil. Ce fut le signal d’une volée de flèches, qui tombèrent
sur le bâtiment sans faire grand mal. Cook dut alors faire tirer un
coup de canon par-dessus la tête des assaillants pour les disperser.
Cependant, quelques heures plus tard, les naturels entouraient de
nouveau le navire, et les échanges recommençaient, comme si rien ne
s’était passé.
Cook profita de ces bonnes dispositions pour descendre à terre avec
un détachement en armes, afin de faire du bois et de l’eau. Quatre ou
cinq insulaires armés étaient réunis sur la grève. Un chef se détacha
du groupe et vint au-devant du capitaine, tenant comme lui une branche
verte. Les deux rameaux furent échangés, la paix fut conclue, et
quelques menus présents achevèrent de la cimenter. Cook obtint alors
la permission de faire du bois, mais sans s’écarter du rivage, et les
naturalistes, qui voulaient s’enfoncer dans l’intérieur pour procéder à
leurs recherches ordinaires, furent ramenés sur la plage, malgré leurs
protestations.
Ces indigènes n’attachaient aucune valeur aux outils en fer. Aussi
fut-il très difficile de se procurer des rafraîchissements. Un petit
nombre consentit seulement à échanger des armes contre des étoffes et
fit preuve, dans ces transactions, d’une probité à laquelle les Anglais
n’étaient pas habitués. La -Résolution- était déjà à la voile que les
échanges continuaient encore, et les naturels, sur leurs pirogues,
s’efforçaient de la suivre pour livrer les objets dont ils avaient
reçu le prix. L’un d’eux, après de très vigoureux efforts, parvint à
rejoindre le navire, apportant ses armes à un matelot qui les avait
payées et qui ne s’en souvenait plus, tant il y avait longtemps de
cela. Lorsque celui-ci voulut lui donner quelque chose, le sauvage s’y
refusa, faisant comprendre qu’il en avait déjà reçu le prix.
Cook donna à ce havre, qu’il quitta le 23 juillet au matin, le nom de
port Sandwich.
Si le commandant était favorablement impressionné par les qualités
morales des insulaires de Mallicolo, il n’en était pas de même de leurs
qualités physiques. Petits et mal proportionnés, de couleur bronzée, le
visage plat, ces sauvages étaient hideux. Si les théories du darwinisme
eussent alors été connues, nul doute que Cook n’eût reconnu en eux
cet échelon perdu entre l’homme et le singe, qui fait le désespoir
des transformistes. Leurs cheveux noirs, gros, crépus et courts, leur
barbe touffue, étaient loin de les avantager. Mais, ce qui achevait de
les rendre grotesques, c’est qu’ils avaient l’habitude de se serrer le
ventre avec une corde, à ce point qu’ils ressemblaient à une grosse
fourmi. Des pendants d’oreille en écaille de tortue, des bracelets de
dents de cochon, de grands anneaux d’écaille, une pierre blanche et
plate qu’ils se passaient dans la cloison du nez, voilà quels étaient
leurs bijoux et leurs parures. Pour armes, ils portaient l’arc et la
flèche, la lance et la massue. Les pointes de leurs flèches, qui sont
quelquefois au nombre de deux ou de trois, étaient enduites d’une
substance que les Anglais crurent être venimeuse, à voir le soin avec
lequel les naturels les serraient toujours dans une sorte de carquois.
A peine la -Résolution- venait-elle de quitter le port Sandwich, que
tout l’équipage fut pris de coliques, de vomissements et de violentes
douleurs dans la tête et les os. On avait pêché et mangé deux très
gros poissons, qui étaient peut-être sous l’influence de la drogue
narcotique dont nous avons parlé plus haut. Toujours est-il que dix
jours se passèrent avant que les malades fussent entièrement guéris. Un
perroquet et un chien, qui s’étaient nourris de ces poissons, moururent
le lendemain. Les compagnons de Quiros avaient éprouvé les mêmes
effets, et l’on a plus d’une fois constaté dans ces parages, depuis
cette époque, les mêmes symptômes d’empoisonnement.
En partant de Mallicolo, Cook gouverna sur l’île d’Ambrym, qui paraît
contenir un volcan, et découvrit bientôt un groupe de petites îles,
auxquelles il donna le nom de Shepherd, en l’honneur du professeur
d’astronomie de Cambridge. Puis il vit l’île des Deux-Collines,
Montagu, Hinchinbrook, et, la plus considérable de toutes, l’île
Sandwich, qu’il ne faut pas confondre avec le groupe de ce nom. Toutes
ces îles, reliées et protégées par des brisants, étaient couvertes
d’une riche végétation et comptaient de nombreux habitants.
Deux légers accidents vinrent troubler la tranquillité dont on
jouissait à bord. Un incendie se déclara, qui fut bientôt éteint, et
l’un des soldats de marine, tombé à la mer, fut sauvé presque aussitôt.
Le 3 août, fut découverte l’île de Koro-Mango, dont, le lendemain,
Cook gagna le rivage, dans l’espérance d’y trouver une aiguade et un
lieu de débarquement. La plupart de ceux qui avaient été empoisonnés
par les poissons de Mallicolo n’avaient pas encore recouvré la santé,
et ils espéraient obtenir une amélioration notable dans un séjour à
terre. Mais la réception qui leur fut faite par des indigènes, armés
de massues, de lances et d’arcs, semblait manquer de franchise. Aussi
le capitaine se tint-il sur ses gardes. Voyant qu’ils ne pouvaient
déterminer les Anglais à haler leur embarcation sur la plage, les
naturels voulurent les y contraindre. Un chef et plusieurs hommes
s’efforcèrent d’arracher les avirons des mains des matelots. Cook
voulut tirer un coup de fusil, mais l’amorce seule partit. Les Anglais
furent aussitôt accablés de pierres et de traits. Le capitaine
ordonna alors une décharge générale; heureusement, plus de la moitié
des mousquets ratèrent. Sans cette circonstance, le massacre eût été
épouvantable.
[Illustration: Types des îles Sandwich. (-Fac-simile. Gravure
ancienne.-)]
«Ces insulaires, dit Forster, paraissent être une race différente de
celle qui habite Mallicolo; aussi ne parlent-ils pas la même langue.
Ils sont d’une médiocre stature, mais bien pris dans leur taille, et
leurs traits ne sont point désagréables; leur teint est très bronzé,
et ils se peignent le visage, les uns de noir et d’autres de rouge;
leurs cheveux sont bouclés et un peu laineux. Le peu de femmes que
j’ai aperçues semblaient être fort laides.... Je n’ai vu de pirogues
en aucun endroit de la côte; ils vivent dans des maisons couvertes
de feuilles de palmiers, et leurs plantations sont alignées et
entourées d’une haie de roseaux.»
[Illustration: Les indigènes eurent assez de confiance. (Page 187.)]
Il ne fallait pas songer à tenter une nouvelle descente. Cook, après
avoir donné à l’endroit où s’était produite cette collision le nom
de cap des Traîtres, gagna une île, reconnue la veille, et que les
indigènes appellent Tanna.
«La colline la plus basse de toutes celles de la même rangée, et
d’une forme conique, dit Forster, avait un cratère au milieu; elle
était d’un brun rouge et composée d’un amas de pierres brûlées
parfaitement stériles. Une épaisse colonne de fumée, pareille
à un grand arbre, en jaillissait de temps en temps, et sa tête
s’élargissait à mesure qu’elle montait.»
La -Résolution- fut aussitôt entourée d’une vingtaine de pirogues, dont
les plus grandes portaient vingt-cinq hommes. Ceux-ci cherchèrent
aussitôt à s’approprier tout ce qui était à leur portée, bouées,
pavillons, gonds du gouvernail, qu’ils essayèrent de faire sauter. Il
fallut tirer une pièce de quatre au-dessus de leurs têtes pour les
déterminer à regagner la côte. On atterrit; mais, malgré toutes les
babioles qui furent distribuées, on ne put jamais faire quitter à ces
peuples leur attitude de défiance et de bravade. Il était évident que
le moindre malentendu eût suffi pour amener l’effusion du sang.
Cook crut comprendre que ces naturels étaient anthropophages, bien
qu’ils possédassent des cochons, des poules, des racines et des fruits
en abondance.
Pendant cette relâche, la prudence défendait de s’écarter du bord de la
mer. Cependant, Forster s’aventura quelque peu, et découvrit une source
d’eau si chaude, qu’on ne pouvait y tenir le doigt plus d’une seconde.
Malgré toute l’envie qu’en avaient les Anglais, il fut impossible
d’arriver jusqu’au volcan central, qui projetait jusqu’aux nues des
torrents de feu et de fumée, et lançait en l’air des pierres d’une
prodigieuse grosseur. Le nombre des solfatares était considérable dans
toutes les directions, et le sol était en proie à des convulsions
plutoniennes très accusées.
Cependant, sans jamais se départir de leur réserve, les Tanniens se
familiarisèrent un peu, et les relations devinrent moins difficiles.
«Ces peuples, dit Cook, se montrèrent hospitaliers, civils et d’un
bon naturel, quand nous n’excitions pas leur jalousie.... On ne
peut guère blâmer leur conduite, car, enfin, sous quel point de vue
devaient-ils nous considérer? Il leur était impossible de connaître
notre véritable dessein. Nous entrons dans leurs ports sans qu’ils
osent s’y opposer; nous tâchons de débarquer comme amis; mais nous
descendons à terre et nous nous y maintenons par la supériorité de
nos armes. En pareille circonstance, quelle opinion pouvaient prendre
de nous les insulaires? Il doit leur paraître bien plus plausible
que nous sommes venus pour envahir leur contrée que pour les visiter
amicalement. Le temps seul et les liaisons plus intimes leur
apprirent nos bonnes intentions.»
Quoi qu’il en soit, les Anglais ne purent deviner le motif pour lequel
les naturels les empêchèrent de pénétrer dans l’intérieur du pays.
Était-ce l’effet d’un caractère naturellement ombrageux? Les habitants
étaient-ils exposés à des incursions fréquentes de la part de leurs
voisins, comme auraient pu le faire supposer leur bravoure et leur
adresse à se servir de leur armes? On ne sait.
Comme les indigènes n’attachaient aucun prix aux objets que les Anglais
pouvaient leur offrir, ils ne leur apportèrent jamais en grande
abondance les fruits et les racines dont ceux-ci avaient besoin. Jamais
ils ne consentirent à se défaire de leurs cochons, même pour des
haches, dont ils avaient pu cependant constater l’utilité.
L’arbre à pain, les noix de coco, un fruit qui ressemble à la pêche et
qu’on nomme «pavie», l’igname, la patate, la figue sauvage, la noix
muscade, et plusieurs autres dont Forster ignorait les noms, telles
étaient les productions de cette île.
Cook quitta Tanna le 21 août et découvrit successivement les îles
Erronam et Annatom, prolongea l’île de Sandwich, et, passant devant
Mallicolo et la Terre du Saint-Esprit de Quiros, où il n’eut pas de
peine à reconnaître la baie de Saint-Jacques et Saint-Philippe, il
quitta définitivement cet archipel, après lui avoir donné le nom de
Nouvelles-Hébrides, sous lequel il est aujourd’hui connu.
Le 5 septembre, le commandant fit une nouvelle découverte. La terre
qu’il avait en vue n’avait jamais été foulée par le pied d’un Européen.
C’était l’extrémité septentrionale de la Nouvelle-Calédonie. Le premier
point aperçu fut appelé cap Colnett, du nom de l’un des volontaires qui
en eut le premier connaissance. La côte était bordée d’une ceinture de
brisants, derrière laquelle deux ou trois pirogues semblaient diriger
leur course, de manière à venir à la rencontre des étrangers. Mais, au
lever du soleil, elles carguèrent leurs voiles et on ne les vit plus.
Après avoir louvoyé pendant deux heures le long du récif extérieur,
Cook aperçut une échancrure, qui devait lui permettre d’accoster. Il y
donna, et débarqua à Balade.
Le pays paraissait stérile, uniquement couvert d’une herbe blanchâtre.
On n’y voyait que de loin en loin quelques arbres à la tige blanche,
dont la forme rappelait celle du saule. C’étaient des «niaoulis». En
même temps, on apercevait plusieurs maisons ressemblant à des ruches
d’abeilles.
L’ancre ne fut pas plus tôt jetée, qu’une quinzaine de pirogues
entourèrent le bâtiment. Les indigènes eurent assez de confiance
pour s’approcher et procéder à des échanges. Quelques-uns entrèrent
même dans le navire, dont ils visitèrent tous les coins avec une
extrême curiosité. Ils refusèrent de toucher aux différents mets qu’on
leur offrit, purée de pois, bœuf et porc salés; mais ils goûtèrent
volontiers aux ignames. Ce qui les surprit le plus, ce furent les
chèvres, les cochons, les chiens et les chats, animaux qui leur
étaient totalement inconnus, puisqu’ils n’avaient pas même de mots
pour les désigner. Les clous, en général tous les instruments de fer,
les étoffes rouges, semblaient avoir un grand prix pour eux. Grands
et forts, bien proportionnés, cheveux et barbe frisés, teint d’un
châtain foncé, ces indigènes parlaient une langue qui semblait n’avoir
aucun rapport avec toutes celles que les Anglais avaient entendues
jusqu’alors.
Lorsque le commandant débarqua, il fut reçu avec des démonstrations de
joie et la surprise naturelle à un peuple qui voit pour la première
fois des objets dont il n’a pas l’idée. Plusieurs chefs, ayant fait
faire silence, prononcèrent de courtes harangues, et Cook commença
sa distribution de quincaillerie habituelle. Puis, les officiers se
mêlèrent à la foule pour faire leurs observations.
Plusieurs de ces indigènes paraissaient affectés d’une sorte de lèpre,
et leurs bras ainsi que leurs jambes étaient prodigieusement enflés.
Presque entièrement nus, ils n’avaient pour vêtement qu’un cordon,
serré à la taille, auquel pendait un lambeau d’étoffe de figuier.
Quelques-uns portaient d’énormes chapeaux cylindriques, à jour des
deux côtés, qui ressemblaient aux bonnets des hussards hongrois. A
leurs oreilles, fendues et allongées, étaient suspendus des boucles en
écaille ou des rouleaux de feuilles de canne à sucre. On ne tarda pas à
rencontrer un petit village, au-dessus des mangliers qui bordaient le
rivage. Il était entouré de plantations de cannes à sucre, d’ignames et
de bananiers, arrosées par de petits canaux, très-habilement dérivés du
cours d’eau principal.
Cook n’eut pas de peine à constater qu’il ne devait rien attendre de ce
peuple, que la permission de visiter librement la contrée.
«Ces indigènes, dit-il, nous apprirent quelques mots de leur
langue, qui n’avait aucun rapport avec celles des autres îles. Leur
caractère était doux et pacifique, mais très indolent; ils nous
accompagnaient rarement dans nos courses. Si nous passions près de
leurs huttes, et si nous leur parlions, ils nous répondaient; mais,
si nous continuions notre route sans leur adresser la parole, ils ne
faisaient pas attention à nous. Les femmes étaient cependant un peu
plus curieuses, et elles se cachaient dans des buissons écartés pour
nous observer; mais elles ne consentaient à venir près de nous qu’en
présence des hommes.
«Ils ne parurent ni fâchés ni effrayés de ce que nous tuions des
oiseaux à coups de fusil; au contraire, quand nous approchions
de leurs maisons, les jeunes gens ne manquaient pas de nous en
montrer, pour avoir le plaisir de les voir tirer. Il semble qu’ils
étaient peu occupés à cette saison de l’année; ils avaient préparé
la terre et planté des racines et des bananes dont ils attendaient
la récolte l’été suivant; c’est peut-être pour cela qu’ils étaient
moins en état que dans un autre temps de vendre leurs provisions,
car, d’ailleurs, nous avions lieu de croire qu’ils connaissaient ces
principes d’hospitalité, qui rendent les insulaires de la mer du Sud
si intéressants pour les navigateurs.»
Ce que dit Cook de l’indolence des Néo-Calédoniens est parfaitement
exact. Quant à leur caractère, son séjour sur cette côte fut trop
court pour qu’il pût l’apprécier avec justesse, et, certainement, il
ne soupçonna jamais qu’ils étaient adonnés aux horribles pratiques de
l’anthropophagie. Il n’aperçut que fort peu d’oiseaux, bien que la
caille, la tourterelle, le pigeon, la poule sultane, le canard, la
sarcelle et quelques menus oiseaux vécussent là à l’état sauvage. Il
ne constata la présence d’aucun quadrupède, et ses efforts pour se
procurer des rafraîchissements furent continuellement infructueux.
A Balade, le commandant fit plusieurs courses dans l’intérieur et
escalada une chaîne de montagnes afin d’avoir une vue générale de la
contrée. Du sommet d’un rocher, il aperçut la mer des deux côtés et se
rendit compte que la Nouvelle-Calédonie, dans cet endroit, n’avait pas
plus de dix lieues de large. En général, le pays ressemblait beaucoup
à quelques cantons de la Nouvelle-Hollande, situés sous le même
parallèle. Les productions naturelles paraissaient être identiques, et
les forêts y manquaient encore de sous-bois, comme dans cette grande
île. Une autre observation qui fut faite, c’est que les montagnes
renfermaient des minéraux,--remarque qui s’est trouvée vérifiée par la
découverte récente de l’or, du fer, du cuivre, du charbon et du nickel.
Le même accident, qui avait failli être funeste à une partie de
l’équipage dans les parages de Mallicolo, se reproduisit pendant cette
relâche.
«Mon secrétaire, dit Cook, acheta un poisson qu’un Indien avait
harponné dans les environs de l’aiguade, et me l’envoya à bord. Ce
poisson, d’une espèce absolument nouvelle, avait quelque ressemblance
avec ceux qu’on nomme soleil; il était du genre que M. Linné nomme
-tetrodon-. Sa tête hideuse était grande et longue. Ne soupçonnant
point qu’il eût rien de venimeux, j’ordonnai qu’on le préparât pour
le servir le soir même à table. Mais, heureusement, le temps de le
dessiner et de le décrire ne permit pas de le cuire, et l’on n’en
servit que le foie. Les deux MM. Forster et moi en ayant goûté, vers
les trois heures du matin nous sentîmes une extrême faiblesse et une
défaillance dans tous les membres. J’avais presque perdu le sentiment
du toucher, et je ne distinguais plus les corps pesants des corps
légers quand je voulais les mouvoir. Un pot plein d’eau et une plume
étaient dans ma main du même poids. On nous fit d’abord prendre de
l’émétique, et ensuite on nous procura une sueur dont nous nous
sentîmes extrêmement soulagés. Le matin, un des cochons, qui avait
mangé les entrailles du poisson, fut trouvé mort. Quand les habitants
vinrent à bord, et qu’ils virent le poisson qu’on avait suspendu, ils
nous firent entendre aussitôt que c’était une nourriture malsaine;
ils en marquèrent de l’horreur; mais, au moment de le vendre et
même après qu’on l’eut acheté, aucun d’eux n’avait témoigné cette
aversion.»
Cook fit procéder au relèvement d’une grande partie de la côte
orientale. Pendant cette excursion, on aperçut un indigène aussi blanc
qu’un Européen, blancheur qui fut attribuée à quelque maladie. C’était
un albinos semblable à ceux qu’on avait déjà rencontrés à Taïti et aux
îles de la Société.
Le commandant, qui voulait acclimater les cochons à la
Nouvelle-Calédonie, eut beaucoup de peine à faire accepter aux
indigènes un vérat et une truie. Il eut besoin de vanter l’excellence
de ces animaux, la facilité de leur reproduction, et d’en exagérer même
la valeur, pour qu’ils consentissent à les lui laisser mettre à terre.
En résumé, Cook peint les Néo-Calédoniens comme grands, robustes,
actifs, civils, paisibles; il leur reconnaît une qualité bien rare:
ils ne sont pas voleurs. Ses successeurs en ce pays, et notamment
d’Entrecasteaux, se sont aperçus, à leurs dépens, que ces insulaires
n’avaient pas persévéré dans cette honnêteté.
Quelques-uns avaient les lèvres épaisses, le nez aplati, et tout à fait
l’aspect du nègre. Leurs cheveux, naturellement bouclés, contribuaient
aussi à leur donner cette ressemblance.
«S’il me fallait juger, dit Cook, de l’origine de cette nation, je la
prendrais pour une race mitoyenne entre les peuples de Tanna et des
îles des Amis, ou entre ceux de Tanna et de la Nouvelle-Zélande, ou
même entre les trois, par la raison que leur langue n’est à quelques
égards qu’un mélange de celles de ces différentes terres.»
La quantité des armes offensives de ces indigènes, massues, lances,
dards, frondes, était un indice de la fréquence de leurs guerres. Les
pierres qu’ils lançaient avec leurs frondes étaient polies et ovoïdes.
Quant aux maisons construites sur un plan circulaire, la plupart
ressemblaient à des ruches d’abeilles, et leur toit, d’une élévation
considérable, se terminait en pointe au sommet. Elles avaient un ou
deux foyers toujours allumés; mais, la fumée n’ayant d’autre issue que
la porte, il était presque impossible à des Européens d’y demeurer.
Ces naturels ne se nourrissaient que de poissons, de racines, entre
autres l’igname et le taro, et de l’écorce d’un arbre qui est fort peu
succulente. Les bananes, les cannes à sucre, le fruit à pain étaient
rares dans ce pays, et les cocotiers n’y poussaient pas aussi vigoureux
que dans les îles déjà visitées par la -Résolution-. Quant au nombre
des habitants, on aurait pu croire qu’il était considérable; mais Cook
remarque avec justesse, que son arrivée avait provoqué la réunion de
tous les indigènes voisins, et le lieutenant Pickersgill eut l’occasion
de constater, pendant sa reconnaissance hydrographique, que le pays
était très peu peuplé.
Les Néo-Calédoniens étaient dans l’usage d’enterrer leurs morts.
Plusieurs personnes de l’équipage visitèrent leurs cimetières, et
notamment le tombeau d’un chef, sorte de grande taupinière, décorée de
lances, de javelots, de pagaies et de dards, fichés autour.
Le 13 septembre, Cook quitta le havre de Balade et continua à ranger la
côte de la Nouvelle-Calédonie, sans pouvoir se procurer de nourriture
fraîche. Le pays présentait à peu près partout le même aspect de
stérilité. Enfin, tout à fait au sud de cette grande terre, on en
découvrit une plus petite, qui reçut le nom d’île des Pins, à cause du
grand nombre d’arbres de cette espèce qui l’ombrageaient.
C’était une espèce de pin de Prusse, très propre à faire les espars
dont la -Résolution- avait besoin. Aussi, Cook envoya-t-il une
chaloupe et des travailleurs pour choisir et couper les arbres qui lui
étaient nécessaires. Quelques-uns avaient vingt pouces de diamètre et
soixante-dix pieds de haut, de sorte qu’on en aurait pu faire un mât
pour le navire, si cela eût été nécessaire. La découverte de cette
île parut donc précieuse, car, avec la Nouvelle-Zélande, elle était
la seule qui pût fournir des mâts et des vergues dans tout l’océan
Pacifique.
En faisant route au sud vers la Nouvelle-Zélande, Cook eut
connaissance, le 10 octobre, d’une petite île inhabitée, sur laquelle
les botanistes firent une ample moisson de végétaux inconnus. C’est
l’île Norfolk, ainsi nommée en l’honneur de la famille Howard, et que
devaient plus tard coloniser une partie des révoltés du -Bounty-.
Le 18, la -Résolution- mouillait encore une fois dans le canal de la
Reine-Charlotte. Les jardins, que les Anglais avaient plantés avec
tant de zèle, avaient été entièrement négligés par les Zélandais, et,
cependant, plusieurs plantes s’y étaient merveilleusement développées.
Tout d’abord, les habitants ne se montrèrent qu’avec circonspection
et parurent peu désireux d’entamer de nouvelles relations. Cependant,
lorsqu’ils eurent reconnu leurs anciens amis, ils témoignèrent leur
joie par les démonstrations les plus extravagantes. Interrogés sur le
motif qui les avait poussés à garder tout d’abord cette réserve et
cette sorte de crainte, ils répondirent d’une façon évasive, et l’on
put comprendre qu’il était question de batailles et de meurtres.
Les craintes de Cook sur le sort de l’-Aventure-, dont il n’avait pas
eu de nouvelles depuis la dernière relâche en cet endroit, devinrent
alors fort vives; mais, quelque question qu’il pût faire, il ne parvint
pas à savoir la vérité. Il ne devait apprendre ce qui s’était passé
pendant son absence qu’au cap de Bonne-Espérance, où il trouva des
lettres du capitaine Furneaux.
[Illustration: Le toit, d’une élévation considérable... (Page 190.)]
Après avoir débarqué de nouveaux cochons, dont il tenait absolument
à doter la Nouvelle-Zélande, le commandant mit à la voile, le 10
novembre, et fit route pour le cap Horn.
La première terre qu’il aperçut, après une vaine croisière, fut la côte
occidentale de la Terre de Feu, près de l’entrée du détroit de Magellan.
«La partie de l’Amérique qui frappait nos regards, dit le capitaine
Cook, était d’un aspect fort triste; elle semblait découpée en
petites îles qui, quoique peu hautes, étaient cependant très noires
et presque entièrement stériles. Par derrière, nous apercevions de
hautes terres hachées, et couvertes de neige presque au bord de
l’eau.... C’est la côte la plus sauvage que j’aie jamais vue. Elle
paraît remplie entièrement de montagnes, de roches, sans la moindre
apparence de végétation. Ces montagnes aboutissent à d’horribles
précipices, dont les sommets escarpés s’élèvent à une grande hauteur.
Il n’y a peut-être rien dans la nature qui offre des points de vue
aussi sauvages. Les montagnes de l’intérieur étaient couvertes de
neige, mais celles de la côte de la mer ne l’étaient pas. Nous
jugeâmes que les premières appartenaient à la Terre de Feu et que les
autres étaient de petites îles rangées de manière qu’en apparence,
elles formaient une côte non interrompue.»
[Illustration: Vue du canal de Noël.]
Cependant, le commandant jugea bon de s’arrêter quelque temps dans
cette contrée désolée, afin de procurer à son équipage quelques vivres
frais. Il trouva un ancrage sûr dans le canal de Noël, dont il fit
avec son soin habituel la reconnaissance hydrographique.
La chasse procura quelques oiseaux, et M. Pickersgill rapporta au
navire trois cents œufs d’hirondelles de mer et quatorze oies. «Je pus
ainsi, dit Cook, en distribuer à tout l’équipage, ce qui fit d’autant
plus de plaisir aux matelots que Noël approchait; sans cette heureuse
circonstance, ils n’auraient eu pour régal que du bœuf et du porc
salés.»
Quelques naturels, appartenant à la nation que Bougainville avait
appelée Pécherais, montèrent à bord, sans qu’il fût besoin de beaucoup
les presser. Ces sauvages, Cook nous les dépeint sous des couleurs qui
rappellent celles qu’avait employées le navigateur français. De la
chair de veau marin pourrie dont ils se nourrissaient, ils préféraient
la partie huileuse, sans doute, remarque le capitaine, parce que cette
huile échauffe leur corps contre la rigueur du froid.
«Si jamais, ajoute-t-il, on a pu révoquer en doute la prééminence
de la vie civilisée sur la vie sauvage, la vue seule de ces Indiens
suffirait pour déterminer la question. Jusqu’à ce qu’on me prouve
qu’un homme tourmenté continuellement par la rigueur du climat
est heureux, je ne crois point aux déclamations éloquentes des
philosophes, qui n’ont pas eu l’occasion de contempler la nature
humaine dans toutes ses modifications, ou qui n’ont pas senti ce
qu’ils ont vu.»
La -Résolution- ne tarda pas à reprendre la mer et à doubler le cap
Horn; puis, elle traversa le détroit de Lemaire et reconnut la Terre
des États, où elle rencontra un bon mouillage. Ces parages étaient
animés par une quantité prodigieuse de baleines, dont c’était la saison
de l’appariage, par des veaux et des lions de mer, par des pingouins et
des nigauds en vols innombrables.
«Nous manquâmes, le docteur Sparrman et moi, dit Forster, d’être
attaqués par un de ces vieux ours de mer, sur un rocher où il y en
avait plusieurs centaines de rassemblés, qui semblaient tous attendre
l’issue du combat. Le docteur avait tiré son coup de fusil sur un
oiseau, et il allait le ramasser, lorsque le vieil ours gronda,
montra les dents et parut se disposer à s’opposer à mon camarade. Dès
que je fus assis, j’étendis l’animal raide mort d’un coup de fusil,
et, au même instant, toute la troupe, voyant son champion terrassé,
s’enfuit du côté de la mer. Plusieurs s’y jetèrent avec tant de hâte,
qu’ils sautèrent à dix ou quinze verges perpendiculaires sur des
rochers pointus. Je crois qu’ils ne se firent point de mal, parce que
leur peau est très dure et que leur graisse, très élastique, se prête
aisément à la compression.»
Après avoir quitté la Terre des États, le 3 janvier, Cook fit voile au
sud-est, afin d’explorer cette partie de l’Océan, la seule qui lui
eût échappé jusqu’alors. Il atteignit bientôt la Géorgie australe, vue
en 1675 par Laroche, et en 1756 par M. Guyot-Duclos, qui commandait
alors le vaisseau espagnol -le Lion-. Cette découverte fut faite le 14
janvier 1775. Le commandant débarqua en trois différents endroits et en
prit possession au nom du roi d’Angleterre, Georges III, dont il lui
donna le nom. Le fond de la baie Possession était bordé de rochers de
glace perpendiculaires, de tout point semblables à ceux qui avaient été
vus dans les hautes latitudes australes.
«L’intérieur du pays, dit la relation, n’était ni moins sauvage ni
moins affreux. Les rochers perdaient leurs hautes cimes dans les
nues, et les vallées étaient couvertes d’une neige éternelle. On ne
voyait pas un arbre, et il n’y avait pas le plus petit arbrisseau.»
En quittant la Géorgie, Cook s’enfonça encore davantage dans le
sud-est, au milieu des glaces flottantes. Les dangers continuels de
cette navigation avaient épuisé l’équipage. Successivement, la Thulé
australe, l’île Saunders, les îles de la Chandeleur et enfin la terre
de Sandwich furent découvertes.
Ces archipels stériles et désolés seront toujours sans utilité pratique
pour le commerçant et le géographe. Leur existence une fois signalée,
il n’y avait plus qu’à passer outre, car c’était risquer, à vouloir les
reconnaître en détail, de compromettre les documents si précieux que la
-Résolution- rapportait en Angleterre.
La découverte de ces terres isolées eut pour résultat de convaincre
Cook «qu’il y a près du pôle une étendue de terre où se forment la
plupart des glaces répandues sur ce vaste océan méridional.» Remarque
ingénieuse, que sont venues confirmer de tout point les découvertes des
explorateurs du XIXe siècle.
Après une nouvelle recherche infructueuse du cap de la Circoncision de
Bouvet, Cook se détermina à regagner le cap de Bonne-Espérance, où il
arriva le 22 mars 1775.
L’-Aventure- avait relâché en cet endroit, et le capitaine Furneaux
avait laissé une lettre, qui relatait ce qui s’était passé à la
Nouvelle-Zélande.
Arrivé dans le canal de la Reine-Charlotte, le 13 novembre 1773, le
capitaine Furneaux avait fait ses provisions d’eau et de bois, puis
envoyé un de ses canots, commandé par M. Rowe, lieutenant de poupe,
afin de recueillir des plantes comestibles. Mais, ne l’ayant vu rentrer
à bord ni le soir ni le lendemain, le capitaine Furneaux, sans se
douter de l’accident qui était arrivé, envoya à sa recherche, et voici
en résumé ce qu’on apprit:
Après plusieurs allées et venues inutiles, l’officier qui commandait la
chaloupe aperçut quelques indices, en débarquant sur une grève près
de l’anse de l’Herbe. Des débris du canot et plusieurs souliers, dont
l’un avait appartenu à un officier de poupe, furent découverts. En même
temps, un des matelots apportait un morceau de viande fraîche, que
l’on crut être de la chair de chien, car on ignorait encore que cette
peuplade fût anthropophage.
«Nous ouvrîmes, dit le capitaine Furneaux, environ vingt paniers
placés sur la grève et fermés avec des cordages. Les uns étaient
remplis de chair rôtie et d’autres de racines de fougère, qui servent
de pain aux naturels. En continuant nos recherches, nous trouvâmes
un plus grand nombre de souliers et une main, que nous reconnûmes
sur-le-champ pour celle de Thomas Hill, parce qu’elle représentait T.
H. tatoués à la manière des Taïtiens.»
Un peu plus loin, l’officier aperçut quatre pirogues et une multitude
de naturels, rassemblés autour d’un grand feu. En débarquant, les
Anglais firent une décharge, qui mit en fuite tous les Zélandais, sauf
deux, qui se retirèrent avec beaucoup de sang-froid. L’un de ceux-ci
fut blessé grièvement, et les matelots s’avancèrent sur la grève.
«Bientôt, une scène affreuse de carnage s’offrit à nos yeux: les
têtes, les cœurs et les poumons de plusieurs de nos gens étaient
répandus sur le sable, et, à peu de distance de là, les chiens en
rongeaient les entrailles.»
L’officier avait trop peu de monde avec lui,--dix hommes
seulement,--pour essayer de tirer vengeance de cet abominable massacre.
En outre, le temps devenait mauvais, et les sauvages se rassemblaient
en grand nombre. Il dut regagner l’-Aventure-.
«Je ne crois pas, dit le capitaine Furneaux, que cette boucherie ait
été l’effet d’un dessein prémédité de la part des sauvages, car, le
matin où M. Rowe partit du vaisseau, il rencontra deux pirogues,
qui descendirent près de nous et restèrent toute la matinée dans
l’anse du vaisseau. Le carnage fut probablement amené par quelque
querelle qui se décida sur-le-champ; peut-être aussi que, nos gens
n’ayant pris aucune précaution pour leur sûreté, l’occasion tenta
les Indiens. Ce qui encouragea les Zélandais, dès qu’ils eurent vu
la première explosion, c’est qu’ils sentirent qu’un fusil n’était
pas une arme infaillible, qu’il manquait quelquefois de partir et
qu’après le premier coup il fallait le charger de nouveau avant de
pouvoir s’en servir.»
Dans ce fatal guet-apens, l’-Aventure- perdit dix de ses meilleurs
matelots. Furneaux avait quitté la Nouvelle-Zélande le 23 décembre
1773, doublé le cap Horn, relâché au cap de Bonne-Espérance et atteint
l’Angleterre, le 14 juillet 1774.
Cook, après avoir embarqué les rafraîchissements nécessaires et réparé
son bâtiment, quitta False-Bay le 27 mai, relâcha à Sainte-Hélène,
à l’Ascension, à Fernando de Noronha, à Fayal, l’une des Açores, et
rentra enfin à Plymouth, le 29 juillet 1775. Il n’avait à regretter,
pendant ce long voyage de trois ans et dix-huit jours, que la perte de
quatre hommes, sans compter, il est vrai, les dix matelots qui avaient
été massacrés à la Nouvelle-Zélande.
Jamais jusqu’alors expédition n’avait rapporté aussi riche moisson
de découvertes et d’observations hydrographiques, physiques et
ethnographiques. Bien des points obscurs dans les relations des anciens
voyageurs étaient élucidés par les savantes et ingénieuses recherches
du capitaine Cook. Des découvertes importantes, notamment celles de
la Nouvelle-Calédonie et de l’île de Pâques, avaient été faites. La
non-existence du continent austral était définitivement prouvée. Le
grand navigateur reçut presque aussitôt la récompense méritée de
ses fatigues et de ses travaux. Il fut nommé capitaine de vaisseau,
neuf jours après son débarquement, et membre de la Société royale de
Londres, le 29 février 1776.
CHAPITRE V
TROISIÈME VOYAGE DU CAPITAINE COOK
I
La recherche des terres découvertes par les Français.--Les
îles Kerguelen.--Relâche à Van-Diemen.--Le détroit de la
Reine-Charlotte.--L’île Palmerston.--Grandes fêtes aux îles
Tonga.
A cette époque, l’idée qui avait autrefois déterminé tant de voyageurs
à explorer les mers du Groenland était à l’ordre du jour. Existait-il
un passage au nord qui mît en communication l’Atlantique et le
Pacifique, en suivant les côtes de l’Asie ou celles de l’Amérique? Et
ce passage, s’il existait, était-il praticable? On avait bien tenté,
tout dernièrement encore, la recherche de cette voie maritime par les
baies d’Hudson et de Baffin: on voulut l’essayer par l’océan Pacifique.
La tâche était ardue. Les lords de l’Amirauté comprirent qu’ils
devaient, avant tout, s’adresser à quelque navigateur au courant des
périls des mers polaires, qui eût donné plus d’une preuve de sang-froid
dans les occasions difficiles, dont les talents, l’expérience et les
connaissances scientifiques fussent à même de tirer parti du puissant
armement en cours d’exécution.
Nul autre que le capitaine Cook ne réunissait au même degré les
qualités requises. On s’adressa donc à lui. Bien qu’il eût pu passer
en paix le reste de ses jours dans la place qui lui avait été donnée,
à l’Observatoire de Greenwich, et jouir en repos de l’estime et de la
gloire que lui avaient conquises ses deux voyages autour du monde, Cook
n’hésita pas un instant.
Deux bâtiments lui furent confiés, la -Résolution- et la -Discovery-,
cette dernière sous les ordres du capitaine Clerke, et ils reçurent le
même armement qu’à la précédente campagne.
Les instructions du commandant de l’expédition lui prescrivaient de
gagner le cap de Bonne-Espérance et de cingler au sud pour chercher
les îles récemment découvertes par les Français, par 48 degrés de
latitude, et vers le méridien de l’île Maurice. Il devait ensuite
toucher à la Nouvelle-Zélande, s’il le jugeait à propos, se rafraîchir
aux îles de la Société et y débarquer le Taïtien Maï, puis gagner
la Nouvelle-Albion, éviter de débarquer dans aucune des possessions
espagnoles de l’Amérique, et de là se diriger par l’océan Glacial
arctique vers les baies d’Hudson et de Baffin,--en d’autres termes,
chercher, par l’est, le passage du nord-ouest. Cela fait, après avoir
rafraîchi ses équipages au Kamtchatka, il devait faire une nouvelle
tentative et regagner l’Angleterre par la route qu’il croirait la plus
utile aux progrès de la géographie et de la navigation.
Les deux bâtiments ne partirent pas ensemble. La -Résolution- mit à
la voile, de Plymouth, le 12 juillet 1776, et fut rejointe au Cap,
le 10 novembre suivant, par la -Discovery-, qui n’avait pu quitter
l’Angleterre que le 1er août. Cette dernière, éprouvée par la tempête,
avait besoin d’être calfatée, et ce travail retint les deux navires
au Cap jusqu’au 30 novembre. Le commandant profita de ce long séjour
pour acheter des animaux vivants qu’il devait déposer à Taïti et à la
Nouvelle-Zélande, et pour approvisionner ses bâtiments en vue d’un
voyage de deux ans.
Après douze jours de route au sud-est, deux îles furent découvertes par
46° 53′ de latitude sud et 37° 46′ de longitude est. Le canal qui les
sépare fut traversé, et l’on reconnut que leur côte escarpée, stérile,
était inhabitée. Elles avaient été découvertes, ainsi que quatre
autres, situées de neuf à douze degrés plus à l’est, par les capitaines
français Marion-Dufresne et Crozet, en 1772.
Le 24 décembre, Cook retrouva les îles que M. de Kerguelen avait
relevées dans ses deux voyages de 1772 et 1773.
Nous ne relaterons pas ici les observations que le navigateur anglais
recueillit sur cet archipel. Comme elles sont de tout point d’accord
avec celles de M. de Kerguelen, nous les réservons pour le moment
où nous raconterons le voyage de ce navigateur. Contentons-nous de
dire que Cook en releva soigneusement les côtes, et les quitta le 31
décembre. Pendant plus de trois cents lieues, les deux navires firent
route au milieu d’une brume épaisse.
Le 26 janvier, l’ancre tomba dans la baie de l’Aventure, à la terre
de Van-Diemen, à l’endroit même où le capitaine Furneaux avait touché
quatre ans auparavant. Quelques naturels vinrent visiter les Anglais,
et reçurent tous les présents qu’on leur fit, sans témoigner aucune
satisfaction.
«Ils étaient, dit la relation, d’une stature ordinaire, mais un
peu mince; ils avaient la peau noire, la chevelure de même couleur
et aussi laineuse que celle des nègres de la Nouvelle-Guinée, mais
ils n’avaient pas les grosses lèvres et le nez plat des nègres de
l’Afrique. Leurs traits ne présentaient rien de désagréable; leurs
yeux nous parurent assez beaux, et leurs dents bien rangées, mais
très sales. Les cheveux et la barbe de la plupart étaient barbouillés
d’une espèce d’onguent rouge; le visage de quelques-uns se trouva
peint avec la même drogue.»
Cette description, pour concise qu’elle soit, n’en est pas moins
précieuse. En effet, le dernier des Tasmaniens est mort, il y a
quelques années, et cette race a complètement disparu.
Cook leva l’ancre le 30 janvier, et vint mouiller à son point de
relâche habituel, dans le canal de la Reine-Charlotte. Les pirogues
des indigènes ne tardèrent pas à environner les bâtiments; mais pas
un indigène n’osa monter à bord, tant ils étaient persuadés que
les Anglais n’étaient venus que pour venger le massacre de leurs
compatriotes. Lorsqu’ils furent convaincus que telle n’était pas
l’intention des Anglais, ils bannirent toute défiance et toute
réserve. Le commandant apprit bientôt, par l’intermédiaire de Maï, qui
comprenait le zélandais, quelle avait été la cause de cet épouvantable
événement.
Assis sur l’herbe, les Anglais prenaient leur repas du soir, lorsque
les indigènes volèrent différentes choses. L’un de ceux-ci fut surpris
et frappé par l’un des matelots. Aux cris du sauvage, ses compatriotes
se ruèrent sur les marins de l’-Aventure-, qui en tuèrent deux, mais
ne tardèrent pas à succomber sous le nombre. Plusieurs Zélandais
désignèrent au capitaine le chef qui avait présidé au carnage, et
l’engagèrent vivement à le mettre à mort. Cook s’y refusa, à la grande
surprise des naturels, et à la stupéfaction de Maï, qui lui dit: «En
Angleterre, on tue un homme qui en a assassiné un autre; celui-ci en a
tué dix, et vous ne vous vengez pas!»
[Illustration: Les îles de Kerguelen.]
Avant de partir, Cook mit à terre des cochons et des chèvres,
dans l’espoir que ces animaux finiraient par s’acclimater à la
Nouvelle-Zélande.
Maï avait formé le dessein d’emmener à Taïti un Néo-Zélandais. Deux
se présentèrent pour l’accompagner. Cook consentit à les recevoir,
en les prévenant toutefois qu’ils ne reverraient plus leur patrie.
Aussi, lorsque les bâtiments perdirent de vue les côtes de la
Nouvelle-Zélande, ces deux jeunes gens ne purent retenir leurs larmes.
A leur douleur vint se joindre le mal de mer. Toutefois leur chagrin
disparut avec lui, et il ne leur fallut pas longtemps pour s’attacher à
leurs nouveaux amis.
Le 29 mars fut découverte une île que ses habitants appellent Mangea.
Sur les représentations de Maï, ces indigènes se décidèrent à monter à
bord des vaisseaux.
[Illustration: Une fête aux îles des Amis. (Page 205.)]
Petits, mais vigoureux et bien proportionnés, ils portaient leur
chevelure nouée sur le dessus de la tête, leur barbe longue, et ils
étaient tatoués sur différentes parties du corps. Cook aurait vivement
désiré mettre pied à terre, mais les dispositions hostiles de la
population l’en empêchèrent.
Quatre lieues plus loin, une nouvelle île fut reconnue, en tout
semblable à la première. Ses habitants se montrèrent d’abord mieux
disposés que ceux de Mangea, et Cook en profita pour envoyer à terre
un détachement, sous les ordres du lieutenant Gore, avec Maï pour
interprète. Anderson le naturaliste, Gore, un autre officier, nommé
Burney, et Maï, débarquèrent, seuls et sans armes, au risque d’être
maltraités.
Reçus avec solennité, conduits, au milieu d’une haie d’hommes portant
la massue sur l’épaule, auprès de trois chefs dont les oreilles
étaient ornées de plumes rouges, ils aperçurent bientôt une vingtaine
de femmes, qui dansaient sur un air d’un mode grave et sérieux et ne
firent aucune attention à leur arrivée. Séparés les uns des autres,
les officiers ne tardèrent pas à s’apercevoir que les naturels
s’efforçaient de vider leurs poches, et ils commençaient à craindre
pour leur sûreté, lorsqu’ils furent rejoints par Maï. Ils furent ainsi
retenus toute la journée et mainte fois forcés d’ôter leurs vêtements
pour que les naturels pussent examiner de près la couleur de leur peau;
mais enfin la nuit arriva sans incident désagréable, et les visiteurs
regagnèrent leur chaloupe, où leur furent apportées des noix de coco,
des bananes et d’autres provisions. Peut-être les Anglais durent-ils
leur salut à la description que Maï avait faite de la puissance
des armes à feu, et à l’expérience qu’il fit devant les indigènes
d’enflammer la poudre d’une cartouche.
Maï avait rencontré trois de ses compatriotes au milieu de la foule
qui se pressait sur le rivage. Partis sur une pirogue, au nombre
de vingt, pour se rendre à Ulitea, ces Taïtiens avaient été jetés
hors de leur route par un vent impétueux. La traversée devant être
courte, ils n’avaient guère emporté de vivres. Aussi, la fatigue et
la faim avaient-elles réduit l’équipage à quatre hommes à demi morts,
lorsque la pirogue chavira. Ces naufragés eurent cependant la force
de saisir les bordages de l’embarcation et de s’y cramponner jusqu’à
ce qu’ils eussent été recueillis par les habitants de cette Wateroo.
Il y avait douze ans que les hasards de la mer les avaient jetés sur
cette côte, éloignée de plus de deux cents lieues de leur île. Ils
avaient contracté des liens de famille et des liaisons d’amitié avec
ces peuples, dont les mœurs et le langage étaient conformes aux leurs.
Aussi refusèrent-ils de regagner Taïti.
«Ce fait, dit Cook, peut servir à expliquer, mieux que tous les
systèmes, comment toutes les parties détachées du globe, et en
particulier les îles de la mer Pacifique, ont pu être peuplées,
surtout celles qui sont éloignées de tout continent, et à une grande
distance les unes des autres.»
Cette île Wateroo gît par 20° 1′ de latitude sud et 201° 45′ de
longitude orientale.
Les deux bâtiments gagnèrent ensuite une île voisine, appelée Wenooa,
sur laquelle M. Gore débarqua pour y prendre du fourrage. Elle était
inhabitée, quoiqu’on y vît des débris de huttes et des tombeaux.
Le 5 avril, Cook arriva en vue de l’île Harvay, qu’il avait découverte
en 1773, pendant son second voyage. Il lui avait semblé, à cette
époque, qu’elle était déserte. Aussi fut-il surpris de voir plusieurs
pirogues se détacher de la côte et se diriger vers les vaisseaux. Mais
ces indigènes ne purent se décider à monter à bord. Leur maintien
farouche et leurs propos bruyants n’annonçaient pas des dispositions
amicales. Leur idiome se rapprochait encore plus de la langue de Taïti
que celle des îles qu’on venait de rencontrer.
Le lieutenant King, qui avait été envoyé à la recherche d’un mouillage,
n’en put trouver un convenable. Les naturels, armés de piques et de
massues, semblaient prêts à repousser par la force toute tentative de
débarquement.
Cependant, Cook, ayant besoin d’eau et de fourrage, résolut alors
de gagner les îles des Amis, où il était certain de trouver des
rafraîchissements pour ses hommes et du fourrage pour ses bestiaux.
D’ailleurs, la saison était trop avancée, la distance qui séparait
ces parages du pôle trop considérable, pour pouvoir rien tenter dans
l’hémisphère septentrional.
Forcé par le vent de renoncer à atteindre Middelbourg ou Eoa, comme
il en avait d’abord l’intention, le commandant se dirigea vers l’île
Palmerston, où il arriva le 14 avril, et sur laquelle il trouva des
oiseaux en abondance, du cochléaria et des cocotiers. Cette île n’est
qu’une réunion de neuf ou dix îlots peu élevés, qui peuvent être
considérés comme les pointes du récif d’un même banc de corail.
Le 28 avril, les Anglais atteignirent l’île Komango, dont les naturels
apportèrent en foule des cocos, des bananes et d’autres provisions.
Puis, ils gagnèrent Annamooka, qui fait également partie de l’archipel
Tonga ou des Amis.
Cook reçut, le 6 mai, la visite d’un chef de Tonga-Tabou, nommé Finaou,
qui se donnait comme le roi de toutes les îles des Amis.
«Je reçus de ce grand personnage, dit-il, un présent de deux
poissons, que m’apporta un de ses domestiques, et j’allai lui faire
une visite l’après-dînée. Il s’approcha de moi, dès qu’il me vit
à terre. Il paraissait âgé d’environ trente ans; il était grand,
mais d’une taille mince, et je n’ai pas rencontré sur ces îles une
physionomie qui ressemblât davantage à la physionomie des Européens.»
Lorsque toutes les provisions de cette île furent épuisées, Cook visita
un groupe d’îlots appelé Hapaee, où la réception, grâce aux ordres de
Finaou, fut amicale, et dans laquelle il put se procurer des cochons,
de l’eau, des fruits et des racines. Des guerriers donnèrent aux
Anglais le spectacle de plusieurs combats singuliers, combats à coups
de massue et pugilat.
«Ce qui nous étonna le plus, dit la relation, ce fut de voir arriver
deux grosses femmes au milieu de la lice et se charger à coups
de poing, sans aucune cérémonie et avec autant d’adresse que les
hommes. Leur combat ne dura pas plus d’une demi-minute, et l’une
d’elles s’avoua vaincue. L’héroïne victorieuse reçut de l’assemblée
les applaudissements qu’on donnait aux hommes dont la force ou la
souplesse avait triomphé de leur rival.»
Les fêtes et les jeux ne s’arrêtèrent pas là. Une danse fut exécutée
par cent cinq acteurs au son de deux tambours ou plutôt de deux troncs
d’arbres creusés, auxquels se joignait un chœur de musique vocale.
Cook répondit à ces démonstrations en faisant faire l’exercice à feu
par ses soldats de marine et en tirant un feu d’artifice, qui causa
aux naturels un étonnement qu’on ne peut concevoir. Ne voulant pas se
montrer vaincus dans cette lutte de divertissements, les insulaires
donnèrent d’abord un concert, puis une danse exécutée par vingt femmes,
couronnées de guirlandes de roses de la Chine. Ce grand ballet fut
suivi d’un autre exécuté par quinze hommes. Mais nous n’en finirions
pas, si nous voulions raconter par le menu les merveilles de cette
réception enthousiaste, qui mérita à l’archipel de Tonga le nom d’îles
des Amis.
Le 23 mai, Finaou, qui s’était donné pour le roi de l’archipel tout
entier, vint annoncer à Cook son départ pour l’île voisine de Vavaoo.
Il avait de bonnes raisons pour cela, car il venait d’apprendre
l’arrivée du véritable souverain, qui s’appelait Futtafaihe ou Poulaho.
Tout d’abord, Cook refusa de reconnaître au nouveau venu le caractère
qu’il s’attribuait; mais il ne tarda pas à recueillir des preuves
irréfutables que le titre de roi lui appartenait.
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