Il y avait à peine quelques jours que les Français étaient arrêtés en
cet endroit, lorsqu’un matelot trouva un morceau de plaque de plomb,
sur lequel se lisait encore un fragment d’inscription en anglais.
On n’eut pas de peine à retrouver l’endroit où Carteret avait campé
l’année précédente.
Les ressources que le pays offrait aux chasseurs étaient des plus
médiocres. Ils aperçurent bien quelques sangliers ou cochons marrons,
mais il leur fut impossible de les tirer. En revanche, ils abattirent
des pigeons de la plus grande beauté, au ventre et au cou d’un gris
blanc, au plumage vert doré, des tourterelles, des veuves, des
perroquets, des oiseaux couronnés et une espèce de corbeau dont le
cri ressemble, à s’y méprendre, à l’aboiement d’un chien. Les arbres
étaient grands et magnifiques; c’étaient le bétel, l’arec, le jonc, le
poivrier, etc.
Les reptiles malfaisants fourmillaient dans ces terrains marécageux,
au milieu de ces forêts vierges, serpents, scorpions et quantité
d’autres animaux venimeux. Il n’y en avait malheureusement pas que sur
terre. Un matelot qui cherchait des «marteaux», molusque bivalve très
rare, fut piqué par une espèce de serpent. Après cinq ou six heures
de souffrances terribles et de convulsions effrayantes, les douleurs
diminuèrent, et enfin, la thériaque et l’eau de lusse, qu’on lui avait
administrées après la morsure, le remirent sur pied. Cet accident
ralentit singulièrement le zèle des amateurs de conchyliologie.
Le 22, après une grosse tourmente, les navires ressentirent plusieurs
secousses de tremblement de terre, la mer haussa et baissa plusieurs
fois de suite, ce qui effraya terriblement les matelots occupés
à pêcher. Malgré la pluie et les orages, qui se succédaient sans
discontinuer, tous les jours, un détachement partait à la recherche des
lataniers, des palmistes et des tourterelles. On se promettait monts et
merveilles; mais, le plus souvent, on revenait les mains vides et sans
autre résultat que d’être trempé jusqu’aux os. Une curiosité naturelle,
mille fois plus belle que les merveilles inventées pour l’ornement des
palais des souverains, attirait chaque jour, à quelque distance du
mouillage, de nombreux visiteurs qui ne se lassaient pas de l’admirer.
«C’était une cascade. La décrire serait impossible. Il faudrait, pour
en faire comprendre toute la beauté, reproduire par le pinceau les
feux étincelants des nappes frappées par le soleil, l’ombre vaporeuse
des arbres tropicaux qui s’élançaient de l’eau même, et les jeux
fantastiques de la lumière sur un paysage grandiose, que la main de
l’homme n’avait pas encore gâté.»
Dès que le temps changea, les vaisseaux quittèrent le port Praslin et
continuèrent à suivre la côte de la Nouvelle-Bretagne, jusqu’au 3 août.
L’-Étoile-, attaquée en route par une multitude de pirogues, avait été
obligée de répondre aux pierres et aux flèches par quelques coups de
fusil qui avaient mis en fuite les assaillants. Le 4, furent aperçues
les terres nommées par Dampier île Mathias et île Orageuse. Trois jours
plus tard fut reconnue l’île des Anachorètes, ainsi nommée parce qu’un
grand nombre de pirogues, occupées à la pêche, ne se dérangèrent pas à
la vue de l’-Étoile- et de la -Boudeuse-, dédaignant de nouer aucune
relation avec ces étrangers.
Après une série d’îlots à demi submergés, sur lesquels les bâtiments
faillirent s’échouer, et que Bougainville nomma l’Échiquier, la côte de
la Nouvelle-Guinée fut aperçue. Haute et montueuse, elle courait dans
l’ouest-nord-ouest. Le 12, fut découverte une grande baie; mais les
courants qui, jusqu’alors, avaient été contraires, ne tardèrent pas à
entraîner les bâtiments loin de cette baie, signalée, à plus de vingt
lieues au large, par deux sentinelles gigantesques, les monts Cyclope
et Bougainville.
[Illustration: GOLFE ET ILES DE LA LOUISIADE (-Fac-simile. Gravure
ancienne.-)]
Les îles Arimoa, dont la plus grande n’a que quatre milles d’étendue,
furent reconnues ensuite; mais le mauvais temps et les courants
obligèrent les deux navires à tenir la haute mer et à cesser toute
exploration. Il fallut cependant se rapprocher de la terre pour ne
pas commettre quelque erreur dangereuse, et manquer le débouquement
dans la mer des Indes. Les îles Mispulu et Waigiou, cette dernière
à l’extrémité nord-est de la Nouvelle-Guinée, furent successivement
dépassées.
Le canal des Français, qui permit aux bâtiments de quitter cet amas
de petites îles et de rochers, fut heureusement franchi. Dès lors,
Bougainville pénétrait dans l’archipel des Moluques, où il comptait
trouver les rafraîchissements nécessaires pour les quarante-cinq
scorbutiques qu’il comptait à son bord.
[Illustration: Portrait de Cook. (-Fac-simile. Gravure ancienne.-)]
Dans l’ignorance absolue des événements qui avaient pu se passer en
Europe depuis son départ, Bougainville ne voulait pas se risquer dans
une colonie où il n’aurait pas été le plus fort. Le petit comptoir que
les Hollandais avaient établi sur l’île de Boero ou Bourou, convenait
parfaitement à ses projets, d’autant mieux qu’il était facile de
s’y procurer des rafraîchissements. Les équipages reçurent, avec la
joie la plus vive, l’ordre de pénétrer dans le golfe de Cajeti. Il
n’était personne à bord qui n’eût ressenti les atteintes du scorbut,
et la moitié des équipages se trouvait, dit Bougainville, dans
l’impossibilité absolue de faire son service.
«Les vivres qui nous restaient étaient si pourris et d’une odeur si
cadavéreuse, que les moments les plus durs de nos tristes journées
étaient ceux où la cloche avertissait de prendre ces aliments
dégoûtants et malsains. Combien cette situation embellissait encore
à nos yeux le charmant paysage des îles Boero! Dès le milieu de la
nuit, une odeur agréable, exhalée des plantes aromatiques dont les
îles Moluques sont couvertes, s’était fait sentir à plusieurs lieues
en mer et avait semblé l’avant-coureur qui annonçait la fin de nos
maux. L’aspect du bourg assez grand, situé au fond du golfe, celui
des vaisseaux à l’ancre, la vue des bestiaux errant dans les prairies
qui environnent le bourg, causèrent des transports, que j’ai partagés
sans doute, et que je ne saurais dépeindre.»
A peine la -Boudeuse- et l’-Étoile- avaient-elles mouillé, que le
résident du comptoir envoya deux soldats s’informer, auprès du
commandant français, des motifs qui le faisaient s’arrêter en cet
endroit, alors qu’il devait savoir que l’entrée n’en était permise
qu’aux seuls navires de la Compagnie des Indes. Bougainville lui
dépêcha aussitôt un officier chargé d’expliquer que, pressé par la
faim et la maladie, il était forcé d’entrer dans le premier port qu’il
rencontrait sur sa route. D’ailleurs, il quitterait Boero dès qu’il
aurait reçu les secours dont il avait le plus urgent besoin, et qu’il
réclamait au nom de l’humanité. Le résident lui renvoya alors l’ordre
du gouverneur d’Amboine qui lui défendait expressément de recevoir dans
son port aucun navire étranger, et pria Bougainville de vouloir bien
consigner par écrit les motifs de sa relâche, afin de pouvoir prouver à
son supérieur qu’il n’avait enfreint ses ordres que sous la pression de
la plus impérieuse nécessité.
Lorsque Bougainville eut signé ce certificat, la plus franche
cordialité présida aux rapports qui s’établirent aussitôt avec les
Hollandais. Le résident voulut recevoir à sa table l’état-major des
deux navires, et une convention fut conclue pour la fourniture de la
viande fraîche. Le pain fut remplacé par le riz, nourriture ordinaire
des Hollandais, et les légumes frais, qui ne sont point communément
cultivés dans cette île, furent fournis aux équipages par le résident,
qui les tira du jardin de la Compagnie. Certes, il eût été à souhaiter
pour le rétablissement des malades qu’on pût prolonger cette relâche;
mais la fin de la mousson d’est pressait Bougainville de partir pour
Batavia.
Ce fut le 7 septembre que le commandant quitta Boero, avec la
persuasion que la navigation dans cet archipel n’était pas aussi
difficile que les Hollandais voulaient bien le dire. Quant à se fier
aux cartes françaises, il n’y fallait pas compter; elles étaient plus
propres à faire perdre les navires qu’à les guider. Bougainville
dirigea donc sa route par les détroits de Button et de Saleyer. Ce
chemin, fréquenté par les Hollandais, était très peu connu des autres
nations. Aussi la relation décrit-elle avec le plus grand soin et de
cap en cap le chemin qu’il a suivi. Nous n’insisterons pas sur cette
partie du voyage, bien qu’elle ait été très instructive; mais, par cela
même, elle s’adresse spécialement aux hommes du métier.
Le 28 septembre, après dix mois et demi de voyage depuis le départ de
Montevideo, l’-Étoile- et la -Boudeuse- arrivaient à Batavia, l’une
des plus belles colonies de l’univers. On peut dire que, dès lors,
le voyage était terminé. Après avoir touché à l’île de France, au
cap de Bonne-Espérance et à l’île de l’Ascension, près de laquelle
il rencontra Carteret, Bougainville rentra, le 16 février 1769, à
Saint-Malo, n’ayant perdu que sept hommes, depuis deux ans et quatre
mois qu’il avait quitté Nantes.
Le reste de la carrière de cet heureux navigateur ne rentre pas dans
notre cadre; aussi n’en dirons-nous que peu de mots. Il prit part à la
guerre d’Amérique et soutint, en 1781, un combat honorable devant le
Fort-Royal de la Martinique. Chef d’escadre depuis 1780, il fut chargé,
dix ans plus tard, de rétablir l’ordre dans la flottille mutinée de M.
d’Albert de Rions. Nommé vice-amiral en 1792, il ne crut pas devoir
accepter un grade éminent, qu’il considérait, suivant ses propres
expressions, comme un titre sans fonctions. Successivement appelé au
Bureau des longitudes et à l’Institut, élevé à la dignité de sénateur,
créé comte par Napoléon Ier, Bougainville mourut, le 31 août 1811,
chargé d’ans et d’honneurs.
Ce qui a rendu populaire le nom de Bougainville, c’est d’avoir été
le premier Français qui ait accompli le tour du monde. S’il eut le
mérite de découvrir et de reconnaître, sinon d’explorer, plusieurs
archipels ignorés ou peu connus avant lui, on peut dire qu’il dut sa
réputation bien plutôt au charme, à la facilité, à l’animation de son
récit de voyage qu’à ses travaux. S’il est plus connu que tant d’autres
marins français, ses émules, ce n’est pas qu’il ait fait plus ou mieux
qu’eux, c’est qu’il sut raconter ses aventures de manière à charmer ses
contemporains.
Quant à Guyot-Duclos, son poste secondaire dans l’entreprise et
sa roture ne lui valurent aucune récompense. S’il fut nommé plus
tard chevalier de Saint-Louis, il le mérita par son sauvetage de la
-Belle-Poule-. Bien qu’il fût né en 1722, et qu’il naviguât depuis
1734, il n’était encore que lieutenant de vaisseau en 1791. Il fallut
l’avènement de ministres imbus de l’esprit nouveau pour qu’il obtînt à
cette époque le grade de capitaine de vaisseau, tardive récompense de
longs et signalés services. Il mourut à Saint-Servan le 10 mars 1794.
CHAPITRE III
PREMIER VOYAGE DU CAPITAINE COOK
I
Les commencements de sa carrière maritime.--Le commandement
de l’-Aventure- lui est confié.--La Terre de Feu.--Découverte
de quelques îles de l’archipel Pomotou.--Arrivée à Taïti.
--Mœurs et coutumes des habitants.--Reconnaissance des
autres îles de l’archipel de la Société.--Arrivée à la
Nouvelle-Zélande.--Entrevues avec les naturels.--Découverte du
détroit de Cook.--Circumnavigation des deux grandes îles.--Mœurs
et productions du pays.
Lorsqu’il s’agit de raconter la carrière d’un homme célèbre, il est
bon de ne négliger aucun de ces petits faits qui paraîtraient d’un
mince intérêt chez tout autre. Ils prennent, alors, une importance
singulière, car on y découvre souvent les indices d’une vocation
qui s’ignore elle-même, et jettent toujours une vive lumière sur le
caractère du héros qu’on veut peindre. Aussi nous étendrons-nous
quelque peu sur les humbles commencements de l’un des plus illustres
navigateurs dont l’Angleterre puisse s’enorgueillir.
Le 27 octobre 1728, James Cook naquit à Morton, dans le Yorkshire.
Il était le neuvième enfant d’un valet de ferme et d’une paysanne
nommée Grace. A peine en sa huitième année, le petit James aidait son
père dans ses rudes travaux à la ferme d’Airy-Holme, près d’Ayton. Sa
gentillesse, son ardeur au travail intéressèrent le fermier, qui lui
fit apprendre à lire. Puis, lorsqu’il eut treize ans, il fut mis en
apprentissage chez William Sanderson, mercier à Staith, petit havre de
pêche assez important. Mais, d’être assidu derrière un comptoir, cela
ne pouvait plaire au jeune Cook, qui profitait de ses moindres instants
de liberté pour aller causer avec les marins du port.
Du consentement de ses parents, James quitta bientôt la boutique du
mercier, pour s’engager comme mousse, sous le patronage de Jean et
Henri Walker, dont les bâtiments servaient au transport du charbon sur
les côtes d’Angleterre et d’Irlande. Mousse, matelot, puis patron,
Cook se familiarisa rapidement avec tous les détails de sa nouvelle
profession.
Au printemps de 1755, lorsque éclatèrent les premières hostilités entre
la France et l’Angleterre, le bâtiment sur lequel Cook servait était
ancré dans la Tamise. La marine militaire recrutait alors ses équipages
au moyen de la «presse» des matelots. Cook commença par se cacher;
mais, poussé sans doute par quelque pressentiment, il alla s’engager
sur l’-Aigle-, navire de soixante canons, que devait presque aussitôt
commander le capitaine sir Hugues Palliser.
Intelligent, actif, au courant de tous les travaux du métier, Cook fut
en peu de temps remarqué de ses officiers et signalé à l’attention du
commandant. Ce dernier recevait, en même temps, une lettre du membre
du Parlement pour Scarborough qui lui recommandait chaudement, sur les
sollicitations pressantes de tous les habitants du village d’Ayton,
le jeune Cook, qui ne tarda pas à obtenir une commission de maître
d’équipage. Le 15 mai 1759, il embarqua sur le vaisseau le -Mercure-,
à destination du Canada, où il rejoignit l’escadre de sir Charles
Saunders, qui, de concert avec le général Wolf, faisait le siège de
Québec.
Ce fut pendant cette campagne que Cook trouva la première occasion de
se signaler. Chargé de sonder le Saint-Laurent entre l’île d’Orléans
et la rive septentrionale du fleuve, il remplit cette mission avec
habileté et put dresser une carte du canal, malgré les difficultés
et les dangers de l’entreprise. Si exacts et si complets furent
reconnus ces relevés hydrographiques, qu’il reçut l’ordre d’examiner
les passages de la rivière au-dessous de Québec. Il s’acquitta de
cette opération avec tant de soin et d’intelligence, que sa carte du
Saint-Laurent fut publiée par les soins de l’Amirauté anglaise.
Après la prise de Québec, Cook passa à bord du -Northumberland-,
commandé par lord Colville, et profita de sa station sur les côtes de
Terre-Neuve pour s’appliquer à l’étude de l’astronomie. Bientôt, des
travaux importants lui furent confiés. Il dressa le plan de Placentia
et releva les côtes de Saint-Pierre et Miquelon. Nommé en 1764
ingénieur de la marine pour Terre-Neuve et le Labrador, il fut employé
pendant trois années consécutives à des travaux hydrographiques, qui
appelèrent sur lui l’attention du ministère et servirent à relever
les innombrables erreurs des cartes de l’Amérique. En même temps, il
adressait à la Société royale de Londres un mémoire sur une éclipse
de soleil, dont il fit observation à Terre-Neuve en 1766, mémoire qui
parut dans les -Transactions philosophiques-. Cook ne devait pas tarder
à recevoir la récompense de tant de travaux si habilement conduits,
d’études patientes et d’autant plus méritoires, que l’instruction
première lui avait fait défaut, et qu’il avait dû se former sans le
secours d’aucun maître.
Une question scientifique d’une haute importance, le passage de Vénus
sur le disque du soleil, annoncé pour 1769, passionnait alors les
savants du monde entier. Le gouvernement anglais, persuadé que cette
observation ne pouvait être faite avec fruit que dans la mer du Sud,
avait résolu d’y envoyer une expédition scientifique. Le commandement
en fut offert au fameux hydrographe A. Dalrymple, aussi célèbre par ses
connaissances astronomiques que par ses recherches géographiques sur
les mers australes. Mais ses exigences, sa demande d’une commission
de capitaine de vaisseau, que lui refusait obstinément sir Edouard
Hawker, déterminèrent le secrétaire de l’Amirauté à proposer un
autre commandant pour l’expédition projetée. Son choix s’arrêta sur
James Cook, chaleureusement appuyé par sir Hugues Palliser, et qui
reçut, avec le rang de lieutenant de vaisseau, le commandement de
l’-Endeavour-.
Cook avait alors quarante ans. C’était son premier commandement dans
la marine royale. La mission qu’on lui confiait exigeait des qualités
multiples, qu’on trouvait alors rarement réunies chez un marin. En
effet, si l’observation du passage de Vénus était le principal objet du
voyage, il n’en était pas le seul, et Cook devait faire une campagne de
reconnaissance et de découverte dans l’océan Pacifique. L’humble enfant
du Yorkshire ne devait pas se trouver au-dessous de la tâche difficile
qu’on lui imposait.
Tandis qu’on procédait à l’armement de l’-Endeavour-, qu’on choisissait
les quatre-vingt-quatre hommes de son équipage, qu’on embarquait ses
dix-huit mois de vivres, ses dix canons et ses douze pierriers avec
les munitions nécessaires, le capitaine Wallis, qui venait de faire le
tour du monde, rentrait en Angleterre. Consulté sur le lieu le plus
favorable à l’observation du passage de Vénus, ce navigateur désigna
une île qu’il avait découverte, à laquelle il donnait le nom de Georges
III, et qu’on sut, depuis, être appelée Taïti par les indigènes. Ce fut
l’endroit fixé à Cook pour faire ses observations.
Avec lui s’embarquèrent Charles Green, assistant du docteur Bradley
à l’observatoire de Greenwich, à qui était confiée la partie
astronomique, le docteur Solander, médecin suédois, disciple de
Linné, professeur au British Museum, chargé de la partie botanique,
et enfin sir Joseph Banks, qui cherchait dans les voyages l’emploi de
son activité et de son immense fortune. En sortant de l’université
d’Oxford, cet homme du monde avait visité les côtes de Terre-Neuve
et du Labrador et pris, durant ce voyage, un goût très vif pour la
botanique. Il s’adjoignit deux peintres, l’un pour le paysage et
la figure, l’autre pour les objets d’histoire naturelle, plus un
secrétaire et quatre domestiques, dont deux nègres.
Le 26 août 1768, l’-Endeavour- quitta Plymouth et relâcha, le 13
septembre, à Funchal, dans l’île de Madère, pour y prendre des vivres
frais et faire quelques recherches. L’accueil qu’y reçut l’expédition
fut des plus empressés. Pendant une visite que fit l’état-major de
l’-Endeavour- à un couvent de religieuses Clarisses, ces pauvres et
ignorantes recluses les prièrent sérieusement de leur dire quand
il tonnerait et leur demandèrent de leur trouver dans l’enceinte
du couvent une source de bonne eau, dont elles avaient besoin.
Si instruits qu’ils fussent, Banks, Solander et Cook furent dans
l’impossibilité de répondre à ces naïves demandes.
De Madère à Rio-de-Janeiro, où l’expédition arriva le 13 novembre,
aucun incident ne marqua le voyage; mais l’accueil que Cook reçut des
Portugais ne fut pas celui qu’il attendait. Tout le temps de la relâche
se passa en altercations avec le vice-roi, homme fort peu instruit et
tout à fait hors d’état de comprendre l’importance scientifique de
l’expédition. Il ne put cependant se refuser à fournir aux Anglais les
vivres frais dont ils manquaient absolument. Toutefois, le 5 décembre,
au moment ou Cook passait devant le fort Santa-Cruz pour sortir de
la baie, on lui tira deux coups de canon à boulet, ce qui lui fit
immédiatement jeter l’ancre et demander raison de cette insulte. Le
vice-roi répondit que le commandant du fort avait ordre de ne laisser
sortir aucun bâtiment sans être prévenu, et que, bien que le vice-roi
eût reçu de Cook l’annonce de son départ, c’était par pure négligence
qu’on n’avait pas averti le commandant du fort. Était-ce un parti pris
extrêmement désobligeant de la part du vice-roi? Était-ce simplement
incurie? Si ce fonctionnaire était aussi négligent pour tous les
détails de son administration, la colonie portugaise devait être bien
gouvernée!
Ce fut le 14 janvier 1769, que Cook pénétra dans le détroit de Lemaire.
«La marée était alors si forte, dit Kippis dans sa -Vie du capitaine
Cook-, que l’eau s’élevait jusqu’au-dessus du cap San-Diego, et le
vaisseau, poussé avec violence, eut longtemps son beaupré sous les
flots. Le lendemain, on jeta l’ancre dans un petit havre, qu’on
reconnut pour le port Maurice, et, bientôt après, on alla mouiller
dans la baie de Bon-Succès. Pendant que l’-Endeavour- était mouillé
en cet endroit, il arriva une singulière et fâcheuse aventure à MM.
Banks et Solander, au docteur Green, à M. Monkhouse, chirurgien du
vaisseau, et aux personnes de leur suite. Ils s’étaient acheminés
vers une montagne pour y chercher des plantes, ils la gravissaient,
lorsqu’ils furent surpris par un froid si vif et si imprévu, qu’ils
furent tous en danger de périr. Le docteur Solander éprouva un
engourdissement général. Deux domestiques nègres moururent sur la
place; enfin, ce ne fut qu’au bout de deux jours que ces messieurs
purent regagner le vaisseau. Ils se félicitèrent de leur délivrance,
avec une joie qui ne peut être comprise que par ceux qui ont échappé
à semblables dangers, tandis que Cook leur témoignait le plaisir
de voir cesser les inquiétudes que lui avait causées leur absence.
Cet événement leur donna une preuve de la rigueur du climat.
C’était alors le milieu de l’été pour cette partie du monde, et le
commencement du jour où le froid les surprit avait été aussi chaud
que le mois de mai l’est ordinairement en Angleterre.»
[Illustration: Intérieur d’un Moraï d’Otooi. (-Fac-simile. Gravure
ancienne.-)]
James Cook put faire aussi quelques curieuses observations sur les
sauvages habitants de ces terres désolées. Dépourvus de toutes les
commodités de l’existence, sans vêtements, sans abri sérieux contre
les intempéries presque continuelles de ces climats glacés, sans
armes, sans industrie qui leur permette de fabriquer les ustensiles
les plus nécessaires, ils mènent une vie misérable, et ne peuvent qu’à
grand’peine pourvoir à leur existence. Cependant, de tous les objets
d’échange qu’on leur offrit, ce furent ceux qui pouvaient leur être le
moins utiles qu’ils préférèrent. Ils acceptèrent avec empressement les
bracelets et les colliers, en laissant de côté les haches, les couteaux
et les hameçons. Insensibles au bien-être qui nous est si précieux, le
superflu était pour eux le nécessaire.
[Illustration: Un «i-pah.» (-Fac-simile. Gravure ancienne.-) (Page
119.)]
Cook n’eut qu’à s’applaudir d’avoir suivi cette route. En effet, il
ne mit que trente jours à doubler la Terre de Feu, depuis l’entrée du
détroit de Lemaire, jusqu’à trois degrés au nord de celui de Magellan.
Nul doute qu’il lui eût fallu un temps bien plus considérable pour
traverser les passes sinueuses du détroit de Magellan. Les très-exactes
observations astronomiques qu’il fit, de concert avec Green, les
instructions qu’il rédigea pour cette navigation dangereuse, ont rendu
plus facile la tâche de ses successeurs, et rectifié les cartes de
L’Hermite, de Lemaire et de Schouten.
Depuis le 21 janvier, jour où il doubla le cap Horn, jusqu’au 1er mars,
sur un espace de six cent soixante lieues de mer, Cook ne remarqua
aucun courant sensible. Il découvrit un certain nombre d’îles de
l’archipel Dangereux, auxquelles il donna les noms d’îles du Lagon, du
Bonnet, de l’Arc, des Groupes, des Oiseaux et de la Chaîne. La plupart
étaient habitées, couvertes d’une végétation qui parut luxuriante à
des marins habitués depuis trois mois à ne voir que le ciel, l’eau et
les rocs glacés de la Terre de Feu. Puis, ce fut l’île Maïtea, que
Wallis avait appelée Osnabruck, et, le lendemain 11 juin au matin, fut
découverte l’île de Taïti.
Deux jours plus tard, l’-Endeavour- jeta l’ancre dans le port de
Matavaï, appelé par Wallis baie de Port-Royal, et où ce capitaine avait
dû lutter contre les indigènes, dont il n’avait, d’ailleurs, pas eu de
peine à triompher. Cook, connaissant les incidents qui avaient marqué
la relâche de son prédécesseur à Taïti, voulut à tout prix éviter le
retour des mêmes scènes. De plus, il importait à la réussite de ses
observations de n’être troublé par aucune inquiétude, ni distrait par
aucune préoccupation. Aussi, son premier soin fut-il de lire à son
équipage un règlement, qu’il était défendu d’enfreindre sous les peines
les plus sévères.
Cook déclara tout d’abord qu’il chercherait, par tous les moyens en
son pouvoir, à gagner l’amitié des naturels; puis, il désigna ceux
qui devaient acheter les provisions nécessaires et défendit à qui que
ce fût d’entreprendre aucune espèce d’échange sans une permission
spéciale. Enfin, les hommes débarqués ne devaient, sous aucun prétexte,
s’éloigner de leur poste, et si un ouvrier ou un soldat se laissait
enlever son outil ou son arme, non seulement le prix lui en serait
retenu sur la paye, mais il serait puni suivant l’exigence des cas.
De plus, pour garantir les observateurs contre toute attaque, Cook
résolut de construire une sorte de fort, dans lequel ils seraient
renfermés à portée de canon de l’-Endeavour-. Il descendit donc à terre
avec MM. Banks, Solander et Green, trouva bientôt l’endroit favorable
et traça immédiatement devant les indigènes l’enceinte du terrain
qu’il entendait occuper. Un de ceux-ci, nommé Owhaw, qui avait eu de
bons rapports avec Wallis, se montra particulièrement prodigue de
démonstrations amicales. Aussitôt que le plan du fort eut été tracé,
Cook laissa treize hommes avec un officier pour garder les tentes et
s’enfonça avec ses compagnons dans l’intérieur du pays. Des détonations
d’armes à feu les rappelèrent presque aussitôt.
Un incident très pénible, et dont les conséquences pouvaient être fort
graves, venait de se produire.
Un des naturels qui rôdaient autour des tentes avait surpris une
sentinelle et s’était emparé de son fusil. Une décharge générale
fut aussitôt faite sur la foule inoffensive, mais qui heureusement
n’atteignit personne. Toutefois, le voleur, ayant été poursuivi, fut
pris et tué.
Il est facile de comprendre l’émotion qui s’ensuivit. Cook dut
prodiguer ses protestations pour ramener les indigènes. Il leur paya
tout ce dont il avait besoin pour la construction de son fort, et ne
permit pas qu’on touchât à un arbre sans leur autorisation. Enfin,
il fit attacher au mât et frapper de coups de garcette le boucher de
l’-Endeavour-, qui avait menacé de mort la femme de l’un des principaux
chefs. Ces procédés firent oublier ce qu’avait eu de pénible le premier
incident, et, sauf quelques larcins commis par les insulaires, les
relations ne cessèrent d’être amicales.
Cependant, le moment d’exécuter le principal objet du voyage
approchait. Cook prit aussitôt ses mesures pour mettre à exécution les
instructions qu’il avait reçues. A cet effet, il expédia une partie des
observateurs avec Joseph Banks à Eimeo, l’une des îles voisines. Quatre
autres gagnèrent un endroit commode et assez éloigné du fort, où Cook
lui-même se proposait d’attendre le passage de la planète, et qui a
gardé le nom de «pointe de Vénus».
La nuit qui précéda l’observation s’écoula dans la crainte que le temps
ne fût pas favorable; mais, le 3 juin, le soleil se montra dès le matin
dans tout son éclat, et pas un nuage ne vint pendant toute la journée
gêner les observateurs.
«L’observation fut très fatigante pour les astronomes, dit M. W. de
Fonvielle dans un article de la -Nature- du 28 mars 1874, car elle
commença à 9 heures 21 minutes du matin et se termina à 3 heures
10 minutes du soir, à un moment où la chaleur était étouffante. Le
thermomètre marquait 120 degrés Fahrenheit. Cook nous avertit, et
on le croit facilement, qu’il n’était pas sûr lui-même de la fin de
son observation. Dans de pareilles circonstances thermométriques,
l’organisme humain, cet admirable instrument, perd toujours de sa
puissance.»
En entrant sur le soleil, le bord de Vénus s’allongea comme s’il
avait été attiré par l’astre; il se forma un point noir ou ligament
obscur un peu moins noir que le corps de l’astre. Le même phénomène se
produisit lors du second contact intérieur.
«En somme, dit Cook, l’observation fut faite avec un égal succès au
fort et par les personnes que j’avais envoyées à l’est de l’île.
Depuis le lever du soleil jusqu’à son coucher, il n’y eut pas un
seul nuage au ciel, et nous observâmes, M. Green, le Dr Solander
et moi, tout le passage de Vénus avec la plus grande facilité. Le
télescope de M. Green et le mien étaient de la même force, et celui
du Dr Solander était plus grand. Nous vîmes tout autour de la planète
une atmosphère ou brouillard lumineux qui rendait moins distinct les
temps des contacts et surtout des contacts intérieurs, ce qui nous
fit différer les uns des autres dans nos observations plus qu’on ne
devait l’attendre.»
Tandis que les officiers et les savants étaient occupés de cette
observation importante, quelques gens de l’équipage, enfonçant la porte
du magasin aux marchandises, volèrent un quintal de clous. C’était là
un fait grave, qui pouvait avoir des conséquences désastreuses pour
l’expédition. Le marché se trouvait tout d’un coup encombré de cet
article d’échange, que les indigènes montraient le plus vif désir de
posséder, et il y avait à craindre de voir augmenter leurs exigences.
Un des voleurs fut découvert, mais on ne lui trouva que soixante-dix
clous, et, bien qu’on lui appliquât vingt-quatre coups de verge, il ne
voulut pas dénoncer ses complices.
D’autres incidents du même genre se produisirent encore, mais les
relations ne furent pas sérieusement troublées. Les officiers purent
donc faire quelques promenades dans l’intérieur de l’île, pour se
rendre compte des mœurs des habitants et se livrer aux recherches
scientifiques.
Ce fut pendant l’une de ces excursions que Joseph Banks rencontra une
troupe de musiciens ambulants et d’improvisateurs. Il ne s’aperçut pas
sans étonnement que la venue des Anglais et les diverses particularités
de leur séjour formaient le sujet des chansons indigènes. Banks
remonta assez loin dans l’intérieur la rivière qui se jetait dans la
mer à Matavaï, et put distinguer plusieurs traces d’un volcan depuis
longtemps éteint. Il planta et distribua aux indigènes un grand nombre
de graines potagères, telles que melons d’eau, oranges, limons, etc.,
et fit tracer près du fort un jardin, où il sema quantité de graines
qu’il avait prises à Rio-de-Janeiro.
Avant de lever l’ancre, Cook et ses principaux collaborateurs voulurent
accomplir le périple entier de l’île, à laquelle ils donnèrent une
trentaine de lieues de tour. Pendant ce voyage, ils se mirent en
relations avec les chefs des différents districts et recueillirent une
foule d’observations intéressantes sur les mœurs et les coutumes des
naturels.
L’une des plus curieuses consiste à laisser les morts se décomposer à
l’air libre et à n’enterrer que les ossements. Le cadavre est placé
sous un hangar de quinze pieds de long sur onze de large, avec une
hauteur proportionnée; l’un des bouts est ouvert, et les trois autres
côtés sont enfermés par un treillage d’osier. Le plancher sur lequel
repose le corps est élevé d’environ cinq pieds au-dessus de terre. Là,
le cadavre est étendu enveloppé d’étoffes, avec sa massue et une hache
de pierre. Quelques noix de coco, enfilées en chapelet, sont suspendues
à l’extrémité ouverte du hangar; une moitié de noix de coco, placée à
l’extérieur, est remplie d’eau douce, et un sac, renfermant quelques
morceaux de l’arbre à pain tout grillé, est attaché à un poteau. Cette
espèce de monument porte le nom de «toupapow». Comment a été introduit
cet usage singulier d’élever le mort au-dessus de la terre jusqu’à ce
que la chair soit consumée par la putréfaction? C’est ce qu’il fut
impossible de savoir. Cook remarqua seulement que les cimetières,
appelés «moraï», sont des lieux où les indigènes vont rendre une sorte
de culte religieux, et que jamais ceux-ci ne les virent s’en approcher
sans inquiétude.
Un mets qui est considéré comme des plus délicats, c’est le chien.
Tous ceux qu’on élève pour la table ne mangent jamais de viande, mais
seulement des fruits à pain, des noix de coco, des ignames et autres
végétaux. Étendu dans un trou sur des pierres brûlantes, recouvert de
feuilles vertes et de pierres chaudes sur lesquelles on rejette la
terre, en quatre heures l’animal est cuit à l’étuvée, et Cook, qui en
mangea, convient que c’est une chair délicieuse.
Le 7 juillet, on commença les préparatifs du départ. En peu de temps,
les portes et les palissades de la forteresse furent démontées, les
murailles abattues.
C’est à ce moment qu’un des naturels, qui avaient le plus familièrement
reçu les Européens, vint à bord de l’-Endeavour- avec un jeune garçon
de treize ans qui lui servait de domestique. Il avait nom Tupia.
Autrefois premier ministre de la reine Oberea, il était alors un des
prêtres principaux de Taïti. Il demanda à partir pour l’Angleterre.
Plusieurs raisons décidèrent Cook à le prendre à bord. Très au courant
de tout ce qui regardait Taïti, par la haute situation qu’il avait
occupée, par les fonctions qu’il remplissait encore, cet indigène
était en état de donner les renseignements les plus circonstanciés sur
ses compatriotes, en même temps qu’il pourrait initier ceux-ci à la
civilisation européenne. Enfin, il avait visité les îles voisines et
connaissait parfaitement la navigation de ces parages.
Le 13 juillet, il y eut foule à bord de l’-Endeavour-. Les naturels
venaient prendre congé de leurs amis les Anglais et de leur compatriote
Tupia. Les uns, pénétrés d’une douleur modeste et silencieuse,
versaient des larmes; les autres semblaient, au contraire, se disputer
à qui pousserait les plus grands cris, mais il y avait dans leurs
démonstrations moins de véritable douleur que d’affectation.
Dans le voisinage immédiat de Taïti se trouvaient, au dire de Tupia,
quatre îles: Huaheine, Ulietea, Otaha et Bolabola, où il serait facile
de se procurer des cochons, des volailles et d’autres rafraîchissements
qui avaient un peu fait défaut pendant la dernière partie du séjour
à Matavaï. Cependant, Cook préférait visiter une petite île appelée
Tethuroa, placée à huit lieues dans le nord de Taïti; mais les
indigènes n’y avaient pas d’établissement fixe. Aussi jugea-t-on
inutile de s’y arrêter.
Lorsqu’on fut en vue d’Huaheine, des pirogues s’approchèrent de
l’-Endeavour-, et ce fut seulement après avoir vu Tupia, que les
naturels consentirent à monter à bord. Le roi Orée, qui se trouvait au
nombre des passagers, fut frappé de surprise à la vue de tout ce que
contenait le vaisseau. Bientôt calmé par l’accueil amical des Anglais,
il se familiarisa au point de vouloir changer de nom avec Cook; pendant
tout le temps de la relâche, il ne s’appela que Cookée et ne désignait
le commandant que sous son propre nom. L’ancre tomba dans un beau
havre, et l’état-major débarqua aussitôt. Mêmes mœurs, même langage,
mêmes productions qu’à Taïti.
A sept ou huit lieues dans le sud-ouest, se trouve Ulietea. Cook y
descendit également, et prit solennellement possession de cette île
et de ses trois voisines. En même temps, il mit à profit son séjour
en procédant au relevé hydrographique des côtes, pendant qu’on
aveuglait une voie d’eau qui s’était déclarée sous la sainte-barbe de
l’-Endeavour-. Puis, après avoir reconnu quelques autres petites îles,
il donna au groupe tout entier le nom d’îles de la Société.
Cook remit à la voile le 7 août. Six jours plus tard, il reconnaissait
l’île d’Oteroah. Les dispositions hostiles des habitants empêchèrent
l’-Endeavour- de s’y arrêter, et il fit voile au sud.
Le 25 août, fut célébré par l’équipage l’anniversaire de son départ
d’Angleterre. Le 1er septembre, par 40° 22′ de latitude sud et
174° 29′ de longitude occidentale, la mer, que soulevait un violent
vent d’ouest, devint très forte; l’-Endeavour- fut obligé de mettre le
cap au nord et de fuir devant la tempête. Jusqu’au 3, le temps fut le
même, puis il se rétablit, et il fut possible de reprendre la route de
l’ouest.
Pendant les derniers jours du mois, différents indices, pièces de
bois, paquets d’herbes flottantes, oiseaux de terre, annoncèrent le
voisinage d’une île ou d’un continent. Le 5 octobre, l’eau changea
de couleur, et, le 6 au matin, on aperçut une grande côte qui
courait à l’ouest quart nord-ouest. A mesure qu’on s’en approchait,
elle paraissait plus considérable. De l’avis unanime, ce fameux
continent, depuis si longtemps cherché et déclaré nécessaire pour
faire contrepoids au reste du monde, d’après les cosmographes, la
-Terra australis incognita-, était enfin découverte. C’était la côte
orientale de la plus septentrionale des deux îles qui ont reçu le nom
de Nouvelle-Zélande.
On ne tarda pas à apercevoir de la fumée qui s’élevait de différents
points du rivage, dont on discerna bientôt tous les détails. Les
collines étaient couvertes de bois, et, dans les vallées, on
distinguait de très gros arbres. Ensuite apparurent des maisons
petites, mais propres, des pirogues, puis des naturels, assemblés sur
la grève. Enfin, sur une petite éminence, on aperçut une palissade
haute et régulière qui enfermait tout le sommet de la colline. Les uns
voulurent y voir un parc à daims, les autres un enclos à bestiaux,
sans compter nombre de suppositions aussi ingénieuses, mais qui toutes
furent reconnues fausses, lorsqu’on sut plus tard ce qu’était un
«i-pah».
Le 8, vers les quatre heures de l’après-midi, l’ancre fut jetée dans
une baie à l’embouchure d’une petite rivière. De chaque côté, de hautes
roches blanches; au milieu, un sol brun qui se relevait par degrés et
paraissait, par une succession de croupes étagées, rejoindre une grande
chaîne de montagnes, qui semblait fort loin dans l’intérieur; tel était
l’aspect de cette partie de la côte.
Cook, Banks et Solander se jetèrent dans deux embarcations, montées
par un détachement de l’équipage. Lorsqu’ils approchèrent de l’endroit
où les naturels étaient rassemblés, ceux-ci prirent la fuite. Cela
n’empêcha pas les Anglais de débarquer en laissant quatre mousses à la
garde d’une des embarcations, tandis que l’autre restait au large.
A peine étaient-ils à quelque distance de la chaloupe, que quatre
hommes, armés de longues lances, sortirent des bois et se précipitèrent
pour s’en emparer. Ils y seraient arrivés facilement, si l’équipage
de l’embarcation, restée au large, ne les avait aperçus et n’eût crié
aux mousses de se laisser entraîner par le courant. Ceux-ci furent
poursuivis de si près, que le maître de la pinasse dut tirer un coup
de fusil au-dessus de la tête des indigènes. Après s’être arrêtés un
instant, les naturels reprirent leur poursuite, lorsqu’un second coup
de feu étendit l’un d’eux mort sur place. Ses compagnons essayèrent,
un instant, de l’emporter avec eux, mais ils durent l’abandonner pour
ne pas retarder leur fuite. Au bruit des détonations, les officiers
débarqués regagnèrent le vaisseau, d’où ils entendirent bientôt les
indigènes, revenus sur la plage, discuter avec animation sur ce qui
s’était passé.
[Illustration: Ceux-ci furent poursuivis de si près... (Page 119.)]
Cependant, Cook désirait entrer en relations avec eux. Il fit donc
équiper trois embarcations et descendit à terre avec MM. Banks,
Solander et Tupia. Une cinquantaine d’indigènes, assis sur la rive,
les attendaient. Pour armes, ils portaient de longues lances ou un
instrument de talc vert, bien poli, long d’un pied et qui pouvait peser
quatre ou cinq livres. C’était le «patou-patou» ou «toki», sorte de
hache de bataille en talc ou en os avec un tranchant très aigu. Tous se
levèrent aussitôt et firent signe aux Anglais de s’éloigner.
Dès que les soldats de marine furent descendus à terre, Cook et ses
compagnons s’avancèrent vers les naturels. Tupia leur dit que les
Anglais étaient venus avec des intentions pacifiques, qu’ils ne
voulaient que de l’eau et des provisions, qu’ils payeraient tout ce
qu’on leur apporterait avec du fer, dont il leur expliqua l’usage.
On vit avec plaisir que ces peuples l’entendaient parfaitement, leur
langue n’étant qu’un dialecte particulier de celle qu’on parle à Taïti.
[Illustration: Joueur de flûte taïtien. (-Fac-simile. Gravure
ancienne.-)]
Après différents pourparlers, une trentaine de sauvages traversèrent la
rivière. On leur donna de la verroterie et du fer, dont il ne parurent
pas faire grand cas. Mais l’un d’eux, étant parvenu à s’emparer par
surprise du coutelas de M. Green, et les autres recommençant leurs
démonstrations hostiles, il fallut tirer sur le voleur, qui fut
abattu, et tous se jetèrent à la nage pour regagner la rive opposée.
Ces diverses tentatives, pour entrer en relations commerciales avec
les naturels, étaient trop malheureuses pour que Cook y persévérât
plus longtemps. Il résolut donc de chercher ailleurs une aiguade. Sur
ces entrefaites, deux pirogues, qui tâchaient de regagner la côte,
furent aperçues. Cook prit ses dispositions pour leur en couper le
chemin. L’une échappa à force de rames, l’autre fut rattrapée, et,
bien que Tupia criât aux naturels que les Anglais venaient en amis,
ils saisirent leurs armes et commencèrent l’attaque. Une décharge en
tua quatre, et les trois autres, qui s’étaient jetés à la mer, furent
saisis malgré une vive résistance.
Les réflexions que ce fâcheux incident suggère à Cook sont trop à son
honneur, elles sont en contradiction trop flagrante avec la manière
de procéder alors en usage, pour que nous ne les rapportions pas
textuellement.
«Je ne peux pas me dissimuler, dit-il, que toutes les âmes humaines
et sensibles me blâmeront d’avoir fait tirer sur ces malheureux
Indiens, et il me serait impossible de ne pas blâmer moi-même une
telle violence, si je l’examinais de sang-froid. Sans doute, ils ne
méritaient pas la mort pour avoir refusé de se fier à mes promesses
et de venir à mon bord, quand même ils n’y eussent vu aucun danger;
mais la nature de ma commission m’obligeait à prendre connaissance
de leur pays, et je ne pouvais le faire qu’en y pénétrant à force
ouverte ou en obtenant la confiance et la bonne volonté des
habitants. J’avais déjà tenté, sans succès, la voie des présents; le
désir d’éviter de nouvelles hostilités m’avait fait entreprendre d’en
avoir quelques-uns à mon bord, comme l’unique moyen de les convaincre
que, loin de vouloir leur faire aucun mal, nous étions disposés à
leur être utiles. Jusque-là, mes intentions n’avaient certainement
rien de criminel; il est vrai que dans le combat, auquel je ne
m’étais pas attendu, notre victoire eût pu être également complète
sans ôter la vie à quatre de ces Indiens, mais il faut considérer
que, dans une semblable situation, quand l’ordre de faire feu a été
donné, on n’est plus le maître d’en prescrire ni d’en modérer les
effets.»
Accueillis à bord avec toutes les démonstrations nécessaires, sinon
pour leur faire oublier, du moins pour leur rendre moins pénible le
souvenir de leur capture, comblés de présents, parés de bracelets et
de colliers, on se disposait à débarquer ces naturels, lorsqu’ils
déclarèrent, en voyant les bateaux se diriger vers l’embouchure de la
rivière, que leurs ennemis habitaient en cet endroit et qu’ils seraient
bientôt tués et mangés. Cependant, ils furent débarqués, et l’on eut
lieu de penser que rien de fâcheux ne leur était advenu.
Le lendemain 11 octobre au matin, Cook quitta ce canton misérable. Il
lui donna le nom de «baie de la Pauvreté», parce que, de toutes les
choses dont il avait besoin, il n’avait pu s’y procurer que du bois.
Située par 38° 42′ de latitude sud et 181° 36′ de longitude ouest,
cette baie a la forme d’un fer à cheval et offre un bon mouillage, bien
qu’elle soit ouverte aux vents entre le sud et l’est.
Cook continua de longer la côte en descendant vers le sud, nommant les
points remarquables, et appelant Portland une île à laquelle il trouva
une grande ressemblance avec celle du même nom qui se trouve dans la
Manche. Les relations avec les naturels étaient toujours mauvaises;
si elles ne dégénéraient pas en lutte ouverte, c’est que les Anglais
montraient une patience à toute épreuve.
Un jour, plusieurs pirogues entouraient le vaisseau, on échangeait
des clous et de la verroterie pour du poisson, lorsque les naturels
s’emparèrent de Tayeto, le domestique de Tupia, et firent aussitôt
force de rames pour s’échapper. Il fallut tirer sur les ravisseurs; le
petit Taïtien profita du désordre, causé par la décharge, pour sauter à
la mer, où il fut recueilli par la pinasse de l’-Endeavour-.
Le 17 octobre, Cook n’ayant pu trouver de havre, et considérant que, la
mer devenant de plus en plus mauvaise, il perdrait un temps qui serait
mieux employé à reconnaître la côte au nord, vira de bord et reprit la
route qu’il venait de suivre.
Le 23 octobre, l’-Endeavour- atteignit une baie, appelée Tolaga, où ne
se faisait sentir aucune houle. L’eau était excellente, et il était
facile d’y compléter les provisions, d’autant plus que les naturels
montraient des dispositions amicales.
Après avoir tout réglé pour la protection des travailleurs, MM. Banks
et Solander descendirent à terre afin de recueillir des plantes, et
ils virent dans leur promenade plusieurs choses dignes de remarque.
Au fond d’une vallée, encaissée au milieu de montagnes escarpées, se
dressait un rocher percé à jour, si bien que d’un côté on apercevait la
mer et de l’autre on découvrait une partie de la baie et les collines
environnantes. En revenant à bord, les excursionnistes furent arrêtés
par un vieillard, qui les fit assister aux exercices militaires du
pays avec la lance et le patou-patou. Pendant une autre promenade, le
docteur Solander acheta une toupie entièrement semblable aux toupies
européennes, et les indigènes lui firent entendre par signes qu’il
fallait la fouetter pour la faire aller.
Sur une île à gauche de l’entrée de la baie, les Anglais virent la plus
grande pirogue qu’ils eussent encore rencontrée. Elle n’avait pas moins
de soixante-huit pieds et demi de long, cinq de large, trois pieds six
pouces de haut, et portait à l’avant des sculptures en relief d’un goût
bizarre où dominaient les lignes en spirale et des figures étrangement
contournées.
Le 30 octobre, dès qu’il eut achevé ses provisions de bois et d’eau,
Cook remit à la voile et continua de suivre la côte vers le nord.
Dans les environs d’une île, à laquelle le capitaine donna le nom de
Maire, les naturels se montrèrent plus insolents et plus voleurs encore
qu’ils ne l’avaient été jusque-là. Cependant, il fallait s’arrêter cinq
ou six jours dans ce canton pour observer le passage de Mercure. Afin
de prouver à ces sauvages que les Anglais ne pouvaient être maltraités
impunément, on tira à plomb sur un voleur qui venait de dérober une
pièce de toile; mais la décharge, qu’il reçut dans le dos, ne lui fit
pas plus d’effet qu’un violent coup de rotin. Mais alors un boulet, qui
ricocha à la surface de l’eau et passa plusieurs fois par-dessus les
pirogues, frappa les indigènes d’une terreur telle, qu’ils regagnèrent
la côte à force de rames.
Le 9 novembre, Cook et Green descendirent à terre pour observer le
passage de Mercure. Green observa seul l’immersion, pendant que Cook
prenait la hauteur du soleil.
Notre intention n’est pas de suivre jour par jour, heure par heure,
les navigateurs anglais dans leur reconnaissance très approfondie de
la Nouvelle-Zélande. Les mêmes incidents sans cesse répétés, le récit
des mêmes luttes avec les habitants, les descriptions de beautés
naturelles, si attrayantes qu’elles soient, ne pourraient longtemps
plaire au lecteur. Il vaut donc mieux passer rapidement sur la partie
hydrographique du voyage, pour ne nous attacher qu’à la peinture des
mœurs des indigènes, aujourd’hui si profondément modifiées.
La baie Mercure est située à la base de la longue péninsule découpée
qui, courant de l’est au nord-est, forme l’extrémité septentrionale de
la Nouvelle-Zélande. Le 15 novembre, au moment où l’-Endeavour- quitta
cette baie, plusieurs canots s’avancèrent à la fois vers le bâtiment.
«Deux d’entre eux, dit la relation, qui portaient environ soixante
hommes armés, s’approchèrent à portée de la voix, et les naturels
commencèrent à chanter leur chanson de guerre; mais, voyant qu’on
faisait peu d’attention à eux, ils commencèrent à jeter des pierres
aux Anglais, et pagayèrent du côté du rivage. Bientôt, ils revinrent
à la charge, en apparence résolus à combattre nos voyageurs, et
s’animant entre eux par leur chanson. Sans que personne l’y eût
excité, Tupia leur adressa quelques reproches et leur dit que les
Anglais avaient des armes en état de les foudroyer dans l’instant.
Mais ils répondirent en propres termes: «Venez à terre, et nous vous
tuerons tous.--A la bonne heure, dit Tupia, mais pourquoi venez-vous
nous insulter pendant que nous sommes en mer? Nous ne désirons pas
combattre et nous n’acceptons pas votre défi, parce qu’il n’y a
entre vous et nous aucun sujet de querelle. La mer ne vous appartient
pas plus qu’elle n’appartient à notre vaisseau.» Une éloquence
si simple et si juste n’avait point été suggérée à Tupia. Aussi
surprit-elle beaucoup Cook et les autres Anglais.»
Pendant qu’il était à la baie des îles, le capitaine reconnut une
rivière assez considérable, à laquelle il donna le nom de Tamise. Elle
était bordée de beaux arbres, de la même espèce que ceux qu’on avait
rencontrés dans la baie Pauvreté. L’un deux, à six pieds au-dessus
de terre, mesurait dix-neuf pieds de circonférence; un autre n’avait
pas moins de quatre-vingt-dix pieds depuis le sol jusqu’aux premières
branches.
Si les altercations avec les naturels étaient fréquentes, ces derniers
pourtant n’avaient pas toujours tort.
«Quelques hommes du vaisseau, dit Kippis, qui, dès que les Indiens
étaient surpris en faute, ne manquaient pas de montrer une sévérité
digne de Lycurgue, jugèrent à propos d’entrer dans une plantation
zélandaise et d’y dérober beaucoup de patates. M. Cook les condamna à
douze coups de verge. Deux d’entre eux les reçurent tranquillement;
mais le troisième soutint que ce n’était point un crime pour un
Anglais de piller les plantations des Indiens. La méthode que M. Cook
jugea convenable pour répondre à ce casuiste fut de l’envoyer à fond
de cale et de ne pas permettre qu’il en sortît jusqu’à ce qu’il eût
consenti à recevoir six coups de plus.»
Le 30 décembre, les Anglais doublèrent ce qu’ils jugèrent être le cap
Maria-Van-Diemen de Tasman, mais ils furent aussitôt assaillis par des
vents contraires, qui obligèrent Cook à ne faire que dix lieues en
trois semaines. Fort heureusement, il se tint, pendant tout ce temps, à
une certaine distance du rivage. Sans cela, nous n’aurions probablement
pas, aujourd’hui, à raconter ses aventures.
Le 16 janvier 1770, après avoir nommé un certain nombre d’accidents de
la côte occidentale, Cook arriva en vue d’un pic imposant et couvert
de neige, qu’il appela mont Egmont, en l’honneur du comte de ce nom.
A peine ce pic fut-il doublé, qu’on vit la côte décrire un grand arc
de cercle. Elle était découpée en un grand nombre de rades, où Cook
résolut d’entrer, afin de caréner et de réparer son bâtiment et de
faire provision d’eau et de bois. Il débarqua au fond d’une anse où
il trouva un beau ruisseau et des arbres en très grande abondance,
car la forêt ne finissait qu’au bord de la mer, là où le sol lui
manquait. Il profita des bonnes relations, qui furent entretenues en
cet endroit avec les naturels, pour leur demander s’ils avaient jamais
vu un vaisseau semblable à l’-Endeavour-. Mais il constata que toute
tradition relative à Tasman était effacée, bien qu’on fût seulement à
quinze milles au sud de la baie des Assassins.
Dans un des paniers à provisions des Zélandais, on aperçut deux os
à demi rongés. Il ne semblait pas que ce fussent des os de chien,
et lorsqu’on les examina de près, on reconnut que c’étaient des
débris humains. Les indigènes interrogés ne firent pas difficulté de
répondre qu’ils avaient l’habitude de manger leurs ennemis. Quelques
jours plus tard, ils apportèrent même à bord de l’-Endeavour- sept
têtes d’hommes, auxquelles adhéraient encore les cheveux et la chair,
mais dont ils avaient tiré la cervelle, qu’ils considèrent comme un
mets très-délicat. La chair était molle, et, sans doute, on l’avait
préservée de la putréfaction au moyen de quelque ingrédient, car elle
n’avait point d’odeur désagréable. Banks acheta avec beaucoup de peine
une de ces têtes; mais il ne put décider le vieillard qui les avait
apportées à lui en céder une seconde, peut-être parce que les Zélandais
les considèrent comme un trophée et une preuve de leur bravoure.
Les jours suivants furent consacrés à la visite des environs et à
quelques promenades. Pendant l’une de ces excursions, Cook, ayant
gravi une très haute colline, aperçut distinctement tout le détroit,
auquel il avait donné le nom de canal de la Reine-Charlotte, et la côte
opposée, qui lui parut éloignée d’environ quatre lieues. A cause du
brouillard, il lui fut impossible de la découvrir au loin dans le S.-E.
Mais il en avait assez vu pour comprendre que là finissait la grande
île dont il venait de suivre tous les contours. Il lui restait donc à
explorer celle qu’il découvrait au sud. C’est ce qu’il se promit de
faire, aussitôt qu’il se serait assuré, en le parcourant dans toute sa
longueur, que le canal de la Reine-Charlotte était bien un détroit.
Dans les environs, Cook eut l’occasion de visiter un «i-pah». Bâti sur
une petite île ou un rocher d’accès très difficile, l’i-pah n’est autre
chose qu’un village fortifié.
Le plus souvent, les naturels ont ajouté aux difficultés naturelles des
fortifications qui en rendent l’abord des plus périlleux. Plusieurs
de ceux qu’on visita étaient défendus par un double fossé, dont
l’intérieur avait un parapet et une double palissade. Le second fossé
ne mesurait pas moins de vingt-quatre pieds de profondeur. En dedans
de la palissade intérieure s’élevait, à vingt pieds de haut, une
plate-forme de quarante pieds de long sur six de large. Soutenue par de
gros poteaux, elle était destinée à porter les défenseurs de la place,
qui, de là, pouvaient facilement accabler les agresseurs de dards et
de pierres, dont il y a toujours des tas énormes préparés en cas de
besoin. Ces places fortes sont impossibles à forcer pour les naturels,
à moins que, par un long blocus, la garnison ne soit obligée à se
rendre.
«Il est très surprenant, remarque Cook, que l’industrie et le soin
qu’ils ont employés à bâtir, presque sans instruments, des places
si propres à la défense, ne leur aient pas fait inventer, par la
même raison, une seule arme de trait, à l’exception de la lance
qu’ils jettent avec la main. Ils ne connaissent point l’arc pour
les aider à décocher un dard, ni la fronde pour lancer une pierre,
ce qui est d’autant plus étonnant que l’invention des frondes, des
arcs et des flèches est beaucoup plus simple que celle des ouvrages
que construisent ces peuples, et qu’on trouve d’ailleurs ces deux
armes dans presque tous les pays du monde, chez les nations les plus
sauvages.»
Le 6 février, Cook sortit de la baie et fit voile à l’est, dans
l’espérance de trouver l’entrée du détroit facile avant le reflux de
la marée. A sept heures du soir, le vaisseau fut entraîné, par la
violence du courant, jusqu’auprès d’une petite île en dehors du cap
Koamaroo. Des rochers très pointus s’élevaient du fond de la mer. A
chaque instant le danger augmentait. Un unique moyen restait de sauver
le vaisseau. On le tenta, il réussit. La longueur d’un câble séparait
seulement l’-Endeavour- de l’écueil, lorsqu’on laissa tomber l’ancre
par soixante-quinze brasses d’eau. Par bonheur, l’ancre mordit, et le
courant, qui changeait de direction après avoir frappé l’île, entraîna
le navire au delà de l’écueil. Mais il n’était pas encore sauvé, car il
était toujours très-près des rocs, et le courant faisait cinq milles à
l’heure.
Cependant, lorsque le flux diminua, le bâtiment put se relever, et, le
vent devenant favorable, il fut rapidement entraîné dans la partie la
plus resserrée du détroit, qu’il franchit sans danger.
L’île la plus septentrionale de la Nouvelle-Zélande, qui porte le nom
d’Eaheinomauwe, n’était cependant pas encore reconnue dans toutes ses
parties; il restait une quinzaine de lieues de côtes qu’on n’avait pas
relevées. Certains officiers profitèrent de cette circonstance pour
soutenir, malgré le sentiment de Cook, que ce n’était pas une île, mais
bien un continent. Quoique son opinion fût faite, le commandant dirigea
sa navigation de manière à éclaircir le doute qui pouvait subsister
dans l’esprit de ses officiers. Après deux jours de route, pendant
lesquels on dépassa le cap Palliser, il les appela sur le pont et leur
demanda s’ils étaient convaincus. Sur leur réponse affirmative, Cook,
renonçant à remonter jusqu’au point le plus méridional qu’il avait
atteint sur la côte orientale d’Eaheinomauwe, résolut de prolonger dans
toute sa longueur la terre dont il venait d’avoir connaissance, et qui
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