d’un végétal, qui se trouve en quelque sorte métamorphosé. Cette
opération ne détruit ni n’altère la faculté productive dont jouissait
la branche avant d’être enlevée du tronc paternel. Ainsi, lorsqu’elle
portait des fleurs ou des fruits, elle continue à s’en couvrir
quoiqu’elle ne soit plus sur sa première tige. On arrache toujours
les bourgeons des extrémités des branches qu’on destine à devenir
des arbres nains, ce qui les empêche de s’allonger et les force à
jeter d’autres bourgeons et des branches latérales. Ces branchettes
sont attachées avec du fil d’archal et prennent le pli que veut leur
donner le jardinier.
«Quand on a envie que l’arbre ait un air vieux et décrépit, on
l’enduit, à plusieurs reprises, de thériaque ou de mélasse, ce qui
attire des multitudes de fourmis, qui, non contentes de dévorer ces
matières, attaquent l’écorce de l’arbre et la corrodent de manière à
produire bientôt l’effet désiré.»
En quittant Chusan, l’escadre pénétra dans la mer Jaune, que n’avait
jamais sillonnée aucun navire européen. C’est dans cette mer que se
jette le fleuve Hoang-Ho, qui, dans sa longue et tortueuse course,
entraîne une énorme quantité de limon jaunâtre, d’où ce nom donné à
cette mer. Les bâtiments anglais jetèrent l’ancre dans la baie de
Ten-chou-Fou, entrèrent bientôt dans le golfe de Pékin et s’arrêtèrent
devant la barre du Peï-Ho. Comme il ne restait que trois ou quatre
pieds d’eau sur cette barre, à marée basse, les navires ne purent la
franchir.
Des mandarins, nommés par le gouvernement pour recevoir l’ambassadeur
anglais, arrivèrent presque aussitôt, apportant quantité de présents.
Ceux qui, en retour, étaient destinés à l’empereur, furent transbordés
sur des jonques, tandis que l’ambassadeur devait passer sur un yacht
qui lui avait été préparé.
La première ville devant laquelle s’arrêta le cortège est Takou, où
Macartney reçut la visite du vice-roi de la province et du principal
mandarin. C’étaient deux hommes à l’air noble et vénérable, très polis,
et exempts de cette obséquiosité et de ces préventions qu’on rencontre
chez les classes inférieures.
«On a raison de dire, remarque Macartney, que le peuple est ce qu’on
le fait, et les Anglais en eurent continuellement des preuves dans
l’effet que produisait sur le commun des Chinois la crainte de la
pesante main du pouvoir. Quand ils étaient à l’abri de cette crainte,
ils paraissaient d’un caractère gai et confiant; mais, en présence
de leurs magistrats, ils avaient l’air d’être extrêmement timides et
embarrassés.»
En remontant le Peï-Ho, on ne s’avançait qu’avec une extrême lenteur
vers Pékin, à cause des détours innombrables du fleuve. La campagne,
admirablement bien cultivée, les maisons et les villages épars sur
le bord de l’eau ou dans l’intérieur des terres, les cimetières,
les pyramides de sacs remplis de sel, se déroulaient en un tableau
enchanteur et toujours varié; puis, lorsque la nuit tombait, les
lanternes de diverses couleurs, accrochées à la pomme des mâts des
jonques et des yachts, jetaient sur le paysage des teintes singulières,
qui lui donnaient un air fantastique.
[Illustration: Un montreur de lanterne magique. (-Fac-simile. Gravure
ancienne.-)]
Tien-Tsing veut dire «lieu céleste», et la ville doit ce nom à
son climat agréable, son ciel pur et serein, la fertilité de ses
environs. L’ambassadeur y fut reçu par le vice-roi et le légat
envoyés par l’empereur. Ils apprirent à Macartney que l’empereur
était à sa résidence d’été, en Tartarie, et qu’il voulait y célébrer
l’anniversaire de sa naissance, le 13 septembre. L’ambassade devait
donc remonter par eau jusqu’à Tong-Schou, à douze milles de Pékin,
et gagner, par terre, Zhé-Hol, où se trouvait l’empereur. Quant aux
présents, ils suivraient l’ambassadeur. Si la première partie de cette
communication plut à Macartney, la dernière lui fut singulièrement
désagréable, car les cadeaux qu’il apportait consistaient en
instruments délicats qui avaient été démontés au départ et emballés
pièce à pièce. Le légat ne voulait pas consentir à ce que ces
instruments fussent déposés dans un lieu d’où ils ne sortissent plus.
Il fallut l’intervention du vice-roi pour sauver ces «monuments du
génie et des connaissances de l’Europe.»
[Illustration: Le colao (premier ministre). (-Fac-simile. Gravure
ancienne.-)]
La flottille qui portait Macartney et sa suite longea Tien-Tsing. Cette
ville parut aussi longue que Londres et ne renfermait pas moins de sept
cent mille âmes. Une foule considérable bordait le rivage pour voir
passer l’ambassade, et, sur le fleuve, toute la population aquatique
des jonques se pressait au risque de tomber à l’eau.
Les maisons sont construites en briques bleues,--il y en a très peu de
rouges,--et quelques-unes sont à deux étages, ce qui est contraire
à la mode générale. L’ambassade y vit fonctionner ces brouettes à
voiles dont l’existence parut longtemps fabuleuse. Ce sont de doubles
brouettes de roseau, qui ont une grande roue entre elles.
«Quand il n’y a point assez de vent pour faire marcher la charrette,
dit la relation, un homme, qui y est véritablement attelé, la tire
en avant, tandis qu’un autre la tient en équilibre et la pousse
par derrière. Lorsque le vent est favorable, la voile rend inutile
le travail de l’homme qui est en avant. Cette voile consiste en
une natte attachée à deux bâtons plantés sur les deux côtés de la
charrette.»
Les bords du Peï-Ho sont, en quelques endroits, revêtus de parapets de
granit pour parer aux débordements, et l’on rencontre, de loin en loin,
des digues en granit, pourvues d’une écluse qui permet d’arroser les
champs placés en contre-bas.
Bien que toute cette contrée parût admirablement bien cultivée,
elle était souvent ravagée par des famines survenues à la suite
d’inondations, ou produites par les ravages des sauterelles.
Jusqu’alors l’ambassade avait navigué au milieu de l’immense plaine
d’alluvion du Pe-tche-Li. Ce ne fut que le quatrième jour après
la sortie de Tien-Tsing, qu’on aperçut à l’horizon la ligne bleue
des montagnes. On approchait de Pékin. Le 6 août 1793, les yachts
jetèrent l’ancre à deux milles de cette capitale et à un demi-mille de
Tong-chou-Fou.
Il fallait débarquer pour déposer au palais, appelé -Jardin de verdure
perpétuelle-, les présents qui ne pouvaient être transportés, sans
danger, à Zhé-Hol. La curiosité des habitants de Tong-chou-Fou, déjà si
vivement surexcitée par la vue des Anglais, fut portée à son comble par
l’apparition d’un domestique nègre.
«Sa peau, sa couleur de jais, sa tête laineuse, les traits
particuliers à son espèce, étaient absolument nouveaux pour cette
partie de la Chine. On ne se rappelait pas d’y avoir vu rien de
semblable. Quelques-uns des spectateurs doutaient qu’un tel être
appartînt à la race humaine, et les enfants criaient que c’était un
diable noir, -fanquée-. Mais son air de bonne humeur les réconcilia
bientôt avec sa figure, et ils continuèrent à le regarder sans
crainte et sans déplaisir.»
Une des choses qui surprirent le plus les Anglais fut de voir sur un
mur le dessin d’une éclipse de lune qui devait avoir lieu dans quelques
jours. Ils constatèrent également que l’argent était une marchandise
pour les Chinois, car ceux-ci n’ont pas de monnaie frappée et se
servent de lingots qui ne portent qu’un seul caractère représentatif
de leur poids. La ressemblance étonnante entre les cérémonies du
culte de Fo et celles de la religion chrétienne ne pouvait échapper
aux Anglais. Macartney rappelle que certains auteurs ont assuré que
l’apôtre Thomas était allé en Chine, tandis que le missionnaire Premore
prétend que c’est un tour que le diable a voulu jouer aux jésuites.
Il fallut quatre-vingt-dix petits chariots, quarante-quatre brouettes,
plus de deux cents chevaux et près de trois mille hommes, pour
transporter les cadeaux offerts par le gouvernement britannique.
L’ambassadeur et trois autres Anglais accompagnèrent en palanquin
ce convoi; les autres attachés à l’ambassade se tenaient à cheval,
ainsi que les mandarins, autour de l’ambassadeur. Une foule énorme se
pressait sur le passage du cortège. Lorsque Macartney arriva aux portes
de Pékin, il fut accueilli par des détonations d’artillerie; dès qu’il
eut franchi les murailles, il se trouva dans une large rue, non pavée,
mais bordée de maisons à un ou deux étages. Cette rue était traversée
par un bel arc de triomphe en bois, à trois portes surmontées de toits
relevés et richement décorés.
«L’ambassade fournissait, dit-on, amplement matière aux contes qui
captivaient en ce moment l’imagination du peuple. On débitait que les
présents qu’elle apportait à l’empereur consistaient en tout ce qui
était rare dans les autres pays et inconnu à la Chine. On assurait
gravement que, parmi les animaux compris dans ces raretés, il y
avait un éléphant pas plus gros qu’un singe, mais aussi féroce qu’un
lion, et un coq qui se nourrissait de charbon. Tout ce qui venait
d’Angleterre était supposé différer de ce qu’on avait vu jusqu’alors
à Pékin, et posséder des qualités absolument contraires à celles
qu’on lui savait propres.»
On arriva devant la muraille du palais impérial, suffisamment désigné
par sa couleur jaune. A travers la porte, on apercevait des montagnes
artificielles, des lacs, des rivières avec de petites îles, et des
édifices de fantaisie semés au milieu des arbres.
Au bout d’une rue qui se terminait vers le nord, aux murailles de
la ville, les Anglais purent entrevoir un vaste édifice, d’une
hauteur considérable, qui renfermait une cloche d’une grandeur
prodigieuse; puis, ils continuèrent de traverser la ville de part en
part. Le résultat de leurs impressions ne fut pas favorable. Aussi
demeurèrent-ils convaincus que, si un Chinois traversant Londres, avait
vu ses ponts, ses places, ses innombrables vaisseaux, ses squares, ses
monuments publics, il aurait emporté une meilleure idée de la capitale
de la Grande-Bretagne, qu’ils ne le faisaient de Pékin.
Lorsqu’on fut arrivé au palais où devaient être rangés les présents du
roi d’Angleterre, le gouverneur s’entendit avec lord Macartney sur la
manière de placer et de classer les différents objets. Ceux-ci furent
installés dans une vaste salle, bien décorée, où ne se trouvaient,
d’ailleurs, que le trône et quelques vases de vieille porcelaine.
Nous n’entrerons pas dans le détail des négociations interminables
auxquelles donna lieu la prétention des Chinois de faire se prosterner
l’ambassadeur d’Angleterre devant l’empereur, prétention humiliante,
suffisamment indiquée par l’inscription placée au-dessus des pavillons
des yachts et des chariots de l’ambassade: -Ambassadeur portant tribut
du pays d’Angleterre-.
C’est dans la cité chinoise, à Pékin, qu’est situé ce champ que
l’empereur ensemence chaque printemps, conformément à l’ancien usage.
C’est là aussi que se trouve le -Temple de la Terre-, où se rend le
souverain, au moment du solstice d’été, pour reconnaître le pouvoir
de l’astre qui éclaire le monde, et le remercier de sa bienfaisante
influence.
Pékin n’est que le siège du gouvernement de l’empire; là, ni
manufactures, ni port, ni commerce.
La population de Pékin est évaluée par Macartney à trois millions
d’habitants. Les maisons à un seul étage de la ville sembleraient
ne pouvoir suffire à une telle population; mais il est bon de
savoir qu’une seule maison suffit pour une famille comprenant trois
générations. Cette densité des habitants s’explique également par la
précocité des mariages. Ces unions hâtives sont, chez les Chinois, une
mesure de prévoyance, parce que les enfants, et particulièrement les
fils, sont obligés de prendre soin de leurs parents.
Le 2 septembre 1793, l’ambassade quitta Pékin. Macartney fit le voyage
en chaise de poste, et il est probable que semblable voiture roulait
pour la première fois sur la route de Tartarie.
A mesure qu’on s’éloigne de Pékin, la route monte, le sol devient plus
sablonneux et contient moins d’argile et de terre noire. Bientôt,
on rencontra d’immenses étendues de terrain plantées en tabac; pour
Macartney, l’usage de cette plante n’est pas venu d’Amérique, et
l’habitude de fumer a dû naître spontanément sur le sol asiatique.
Avec la qualité du sol, la population diminuait. On ne tarda pas à s’en
apercevoir. En même temps, le nombre des Tartares augmentait, et la
différence entre les mœurs des Chinois et de leurs conquérants devenait
moins sensible.
Le cinquième jour de leur voyage, les Anglais aperçurent la grande
muraille devenue légendaire.
«Tout ce que l’œil peut embrasser à la fois, dit Macartney, de cette
muraille fortifiée, prolongée sur la chaîne des montagnes et sur
les sommets les plus élevés, descendant dans les plus profondes
vallées, traversant les rivières par des arches qui la soutiennent,
doublée, triplée en plusieurs endroits, pour rendre les passages
plus difficiles, et ayant des tours ou de forts bastions, à peu près
de cent pas en cent pas, tout cela, dis-je, présente à l’âme l’idée
d’une entreprise d’une grandeur étonnante....
«Ce qui cause de la surprise et de l’admiration, c’est l’extrême
difficulté de concevoir comment on a pu porter des matériaux et
bâtir des murs dans des endroits qui semblent inaccessibles. L’une
des montagnes les plus élevées, sur lesquelles se prolonge la
grande muraille, a, d’après une mesure exacte, cinq mille deux cent
vingt-cinq pieds de haut.
«Cette espèce de fortification, car le simple nom de muraille ne
donne pas une juste idée de sa structure, cette fortification a,
dit-on, quinze cents milles de long; mais, à la vérité, elle n’est
pas également parfaite. Cette étendue de quinze cents milles était
celle des frontières qui séparaient les Chinois civilisés de diverses
tribus de Tartares vagabonds. Ce n’est point de ces sortes de
barrières que peut dépendre aujourd’hui le sort des nations qui se
font la guerre.
«Plusieurs des moindres ouvrages en dedans de ces grands remparts
cèdent aux efforts du temps et commencent à tomber en ruines;
d’autres ont été réparés; mais la muraille principale paraît,
presque partout, avoir été bâtie avec tant de soin et d’habileté,
que, sans qu’on ait jamais eu besoin d’y toucher, elle se conserve
entière depuis environ deux mille ans, et elle paraît encore aussi
peu susceptible de dégradation que les boulevards de rocher, que la
nature a élevés elle-même entre la Chine et la Tartarie.»
Au delà de la muraille, la nature semblait annoncer, elle aussi,
qu’on entrait dans un autre pays. La température était plus froide,
les chemins plus raboteux, les montagnes moins richement parées. Le
nombre des goîtreux était considérable dans ces vallées de la Tartarie
et s’élevait, suivant le docteur Gillan, médecin de l’ambassade, au
sixième de la population. La partie de la Tartarie où cette maladie
est commune, offre une grande ressemblance avec quelques cantons de la
Suisse et de la Savoie.
Enfin, on aperçut la vallée de Zhé-Hol, où l’empereur possède un palais
et un jardin qu’il habite l’été. La résidence s’appelle: -Séjour de
l’agréable fraîcheur-, et le parc: -Jardin des arbres innombrables-.
L’ambassade fut reçue avec les honneurs militaires, au milieu d’une
foule immense, parmi laquelle on remarquait une multitude de gens
vêtus de jaune. C’étaient des lamas inférieurs ou moines de la secte de
Fo, à laquelle l’empereur était attaché.
Les négociations qui avaient eu lieu à Pékin au sujet du prosternement
devant l’empereur recommencèrent. Enfin, Tchien-Lung daigna se
contenter de la forme respectueuse avec laquelle les Anglais avaient
coutume d’aborder leur souverain. La réception se fit avec toute la
pompe et la cérémonie imaginables. Le concours des courtisans et des
fonctionnaires était prodigieux.
«Peu après qu’il fit jour, dit la relation, le son de plusieurs
instruments et des voix confuses d’hommes éloignés annoncèrent
l’approche de l’empereur. Bientôt il parut, venant de derrière une
haute montagne, bordée d’arbres, comme s’il sortait d’un bois sacré
et précédé par un certain nombre d’hommes qui célébraient à haute
voix ses vertus et sa puissance. Il était assis sur une chaise
découverte et triomphale, portée par seize hommes. Ses gardes, les
officiers de sa maison, les porte-étendard, les porte-parasol et la
musique l’accompagnaient. Il était vêtu d’une robe de soie de couleur
sombre, et coiffé d’un bonnet de velours, assez semblable pour la
forme à ceux des montagnards d’Écosse. On voyait sur son front une
très grosse perle, seul joyau ou ornement qu’il parût avoir sur lui.»
En entrant dans la tente, l’empereur monta sur le trône par les marches
de devant, sur lesquelles lui seul a le droit de passer. Le grand colao
(premier ministre) Ho-Choo-Taung et deux des principaux officiers de
sa maison se tenaient auprès de lui et ne lui parlaient jamais qu’à
genoux. Quand les princes de la famille impériale, les tributaires et
les grands officiers de l’État furent placés suivant leur rang, le
président du Tribunal des Coutumes conduisit Macartney jusqu’au pied du
côté gauche du trône, côté qui, d’après les usages chinois, est regardé
comme la place d’honneur. L’ambassadeur était suivi de son page et de
son interprète. Le ministre plénipotentiaire l’accompagnait.
Macartney, instruit par le président, tint avec ses deux mains et leva
au-dessus de sa tête la grande et magnifique boîte d’or, enrichie de
diamants et de forme carrée, dans laquelle était enfermée la lettre
du roi d’Angleterre à l’empereur. Alors, montant le peu de marches
qui conduisent au trône, il plia le genou, fit un compliment très
court et présenta la boîte à Sa Majesté impériale. Ce monarque la
reçut gracieusement de ses mains, la plaça à côté de lui et dit:
«qu’il éprouvait beaucoup de satisfaction du témoignage d’estime et de
bienveillance que lui donnait Sa Majesté britannique en lui envoyant
une ambassade avec une lettre et de rares présents; que, de son côté,
il avait de pareils sentiments pour le souverain de la Grande-Bretagne
et qu’il espérait que l’harmonie serait toujours maintenue entre leurs
sujets respectifs.»
Après quelques minutes d’entretien particulier avec l’ambassadeur,
l’empereur lui fit, ainsi qu’au ministre plénipotentiaire, divers
présents. Puis ces dignitaires furent conduits sur des coussins devant
lesquels se trouvaient des tables couvertes d’une pyramide de bols
contenant une grande quantité de viandes et de fruits. L’empereur
mangea aussi et accabla, pendant tout ce temps, les ambassadeurs
de témoignages d’estime et de prévenances, qui étaient destinés
à singulièrement relever le gouvernement anglais dans l’opinion
publique. Bien plus, Macartney et sa suite furent invités à visiter les
jardins de Zhé-Hol. Pendant leur promenade, les Anglais rencontrèrent
l’empereur, qui s’arrêta pour recevoir leurs salutations et les fit
accompagner par son premier ministre, que tout le monde considérait
comme un vice-empereur, et par plusieurs autres grands personnages.
Ces Chinois prirent la peine de conduire l’ambassadeur et sa suite à
travers de vastes terrains plantés pour l’agrément et ne formant qu’une
partie de ces immenses jardins. Le reste était réservé aux femmes de la
famille impériale, et l’entrée en était aussi rigoureusement interdite
aux ministres chinois qu’à l’ambassade anglaise.
Macartney parcourut ensuite une vallée verdoyante, dans laquelle il
y avait beaucoup d’arbres et surtout des saules d’une prodigieuse
grosseur. L’herbe était abondante entre ces arbres, et ni le bétail ni
le faucheur n’en diminuaient la vigoureuse croissance. Les ministres
chinois et les Anglais, étant arrivés sur les bords d’un vaste lac, de
forme irrégulière, s’embarquèrent dans des yachts et parvinrent jusqu’à
un pont qui traversait le lac dans sa partie la plus étroite et au delà
duquel il semblait se perdre dans un éloignement très obscur.
Quelques jours plus tard, le 17 septembre, Macartney et sa suite
assistèrent à la cérémonie qui eut lieu à l’occasion de l’anniversaire
de la naissance de l’empereur. Le lendemain et les jours suivants,
eurent lieu des fêtes splendides auxquelles Tchien-Lung assista avec
toute sa cour. Les danseurs de corde, les équilibristes, les faiseurs
de tours, dont l’habileté fut si longtemps sans rivale, les lutteurs,
se succédèrent; puis parurent des habitants des diverses contrées
de l’empire dans leurs costumes nationaux, exhibant les différentes
productions de leur pays. Ce fut ensuite le tour des musiciens et des
danseurs et, enfin, des feux d’artifice, qui, quoique tirés en plein
jour, firent un très bel effet.
«Quelques inventions étaient nouvelles pour les spectateurs anglais,
dit la relation. Nous allons en citer une. Une grande boîte fut
élevée à une hauteur considérable, et, le fond s’étant détaché, comme
par accident, on vit descendre une multitude de lanternes de papier.
En sortant de la boîte, elles étaient toutes pliées et aplaties; mais
elles se déplièrent peu à peu, en s’écartant l’une de l’autre.
[Illustration: La grande muraille de la Chine.]
«Chacune prit une forme régulière, et, tout à coup, on y aperçut une
lumière admirablement colorée... Les Chinois semblent avoir l’art
d’habiller le feu à leur fantaisie. De chaque côté de la grande
boîte, il y en avait de petites, qui y correspondaient et qui,
s’ouvrant de la même manière, laissèrent tomber un réseau de feu,
avec des divisions de forme différente, brillant comme du cuivre
bruni et flamboyant comme un éclair à chaque impulsion du vent. Le
tout fut terminé par l’éruption du volcan artificiel.»
[Illustration: La mission de San-Carlos, près Monterey. (-Fac-simile.
Gravure ancienne.-)]
Ordinairement, après les fêtes de l’anniversaire de sa naissance,
l’empereur va chasser la bête fauve dans les forêts de la Tartarie;
mais, son grand âge ne permettant pas à Tchien-Lung de se livrer à
ce divertissement, il résolut de retourner à Pékin, où l’ambassade
anglaise devait le précéder.
Cependant, lord Macartney sentait qu’il était temps de fixer un
terme à sa mission. D’un côté, les ambassadeurs n’avaient pas
coutume de résider d’une façon permanente à la cour de Chine; de
l’autre, les frais considérables que la présence de l’ambassade
causait à l’empereur, qui payait toutes ses dépenses, l’engageaient
naturellement à abréger son séjour Il reçut bientôt de Tchien-Lung
la réponse aux lettres du roi d’Angleterre, les présents qu’on le
chargeait de remettre au roi et ceux qui lui étaient destinés ainsi
qu’à tous les officiers et fonctionnaires qui faisaient partie de sa
suite. C’était un congé.
Macartney regagna Tong-chou-Fou par le canal Impérial. Pendant ce
voyage de retour, les Anglais purent voir le fameux oiseau «leut-zé»
pêcher pour le compte de son maître. C’est une sorte de cormoran. Il
est si bien instruit, qu’on n’a besoin de lui mettre au cou ni cordon,
ni anneau pour l’empêcher d’avaler une partie de sa proie.
«Sur chaque canot ou radeau, il y a dix ou douze de ces oiseaux, qui
plongent à l’instant où leur maître leur fait un signe. On ne peut
voir sans étonnement les énormes poissons que ces oiseaux prennent et
rapportent dans leur bec.»
Macartney raconte une singulière manière de faire la chasse aux canards
sauvages et aux oiseaux aquatiques. On laisse flotter sur l’eau des
jarres vides et des calebasses pendant plusieurs jours, afin que les
oiseaux aient le temps de s’habituer à cette vue. Puis, un homme entre
dans l’eau, se coiffe d’un de ces vases, s’avance doucement, et, tirant
par les pattes l’oiseau dont il a pu s’approcher, l’étouffe sous l’eau
et continue sans bruit sa chasse jusqu’à ce que soit plein le sac qu’il
a sur lui.
L’ambassadeur gagna Canton, puis Macao, et reprit le chemin de
l’Angleterre. Nous n’avons pas à insister sur les péripéties de ce
voyage de retour.
Il faut nous transporter maintenant dans cette autre partie de l’Asie,
qu’on pourrait appeler l’Asie intérieure. Le premier voyageur sur
lequel nous ayons à nous étendre quelque peu est Volney.
Il n’est personne qui ne connaisse, au moins de réputation, son livre
des -Ruines-. Le récit de son voyage en Égypte et en Syrie lui est bien
supérieur. Là, rien de déclamatoire ou de pompeux; un style sobre,
exact, positif en fait, un des meilleurs et des plus instructifs
ouvrages qu’on puisse lire. Les membres de l’expédition d’Égypte y
trouvèrent, dit-on, des indications précieuses, une appréciation exacte
du climat, des produits du sol, des mœurs des habitants.
Au reste, Volney s’était préparé par un entraînement sérieux à ce
voyage. C’était pour lui une grande entreprise, et il ne voulait
laisser au hasard que le moins de prise possible. C’est ainsi qu’à
peine arrivé en Syrie, il avait compris qu’il ne pouvait pénétrer
intimement dans les dessous de l’existence du peuple qu’en se mettant
à même, en apprenant la langue, de recueillir personnellement toutes
ses informations. Il se retira donc au monastère de Mar-Hanna, dans le
Liban, pour apprendre l’arabe.
Plus tard, afin de se rendre compte de la vie que mènent les tribus
errantes des déserts de l’Arabie, il se lia avec un cheik, s’habitua
à porter une lance et à «courir un cheval», et se mit en état
d’accompagner les tribus dans leurs courses à travers le désert. C’est
grâce à la protection de ces tribus qu’il put visiter les ruines de
Palmyre et de Balbeck, villes mortes, dont on ne connaissait guère à
cette époque que le nom.
«Son expression, dit Sainte-Beuve, exempte de toute phrase et sobre
de couleur, se marque par une singulière propriété et une rigueur
parfaite. Quand il nous définit la qualité du sol de l’Égypte et
en quoi ce sol se distingue du désert de l’Afrique, de «ce terreau
noir, gras et léger», qu’entraîne et que dépose le Nil; quand il nous
retrace aussi la nature des vents chauds du désert, leur chaleur
sèche dont «l’impression peut se comparer à celle qu’on reçoit
de la bouche d’un four banal, au moment qu’on en tire le pain;»
l’aspect inquiétant de l’air dès qu’ils se mettent à souffler; cet
air «qui n’est pas nébuleux mais gris et poudreux et réellement
plein d’une poussière très déliée qui ne se dépose pas et pénètre
partout;» le soleil «qui n’offre plus qu’un disque violacé;» dans
toutes ces descriptions, dont il faut voir en place l’ensemble et le
détail, Volney atteint à une véritable beauté,--si cette expression
est permise, appliquée à une telle rigueur de lignes,--une beauté
physique, médicale en quelque sorte, et qui rappelle la touche
d’Hippocrate dans son -Traité de l’air, des lieux et des eaux-.»
Si Volney n’a fait aucune découverte géographique qui ait illustré
son nom, nous devons, du moins, reconnaître en lui un des premiers
voyageurs qui aient eu la conscience de l’importance de leur tâche. Il
a cherché à reproduire l’aspect «vrai» des localités qu’il a visitées,
et ce n’est pas un mince mérite, à une époque où aucun explorateur ne
se privait d’enjoliver ses récits, sans se douter le moins du monde de
la responsabilité qu’il encourait.
Par ses relations de société, par sa situation scientifique, l’abbé
Barthélemy, qui devait publier, en 1788, son -Voyage du jeune
Anacharsis-, commençait à exercer une certaine influence et à mettre
à la mode la Grèce et les pays circonvoisins. C’est évidemment dans
ses leçons que M. de Choiseul avait puisé son goût pour l’histoire et
l’archéologie.
Nommé ambassadeur à Constantinople, celui-ci se promit d’employer les
loisirs que lui laissaient ses fonctions, à parcourir en archéologue
et en artiste la Grèce d’Homère et d’Hérodote. Ce voyage devait servir
à compléter l’éducation de ce jeune ambassadeur de vingt-quatre ans,
qui, s’il se connaissait lui-même, ne devait guère connaître les hommes.
Au reste, il faut croire que M. de Choiseul avait conscience de son
insuffisance, car il s’entoura de savants et d’artistes sérieux, l’abbé
Barthélemy, l’helléniste d’Ansse de Villoison, le poète Delille, le
sculpteur Fauvel et le peintre Cassas. Le seul rôle qu’il joua dans
la publication de son -Voyage pittoresque de la Grèce- est celui d’un
Mécène.
M. de Choiseul-Gouffier avait engagé, comme secrétaire particulier,
un professeur, l’abbé Jean-Baptiste Le Chevalier, qui parlait avec
facilité la langue d’Homère. Celui-ci, après un voyage à Londres, où
les intérêts personnels de M. de Choiseul l’arrêtèrent assez longtemps
pour qu’il eût le temps d’y apprendre l’anglais, partit pour l’Italie,
où une grave maladie le retint à Venise pendant sept mois. Il put,
alors seulement, rejoindre à Constantinople M. de Choiseul-Gouffier.
Les études de Le Chevalier portèrent principalement sur les champs
où fut Troie. Profondément versé dans la connaissance de l’-Iliade-,
Le Chevalier rechercha et crut retrouver toutes les localités
désignées dans le poème homérique. Cet ingénieux travail de géographie
historique, cette restitution souleva, presque aussitôt son apparition,
de nombreuses controverses. Les uns, comme Bryant, déclarèrent
illusoires les découvertes de Le Chevalier, par cette bonne raison que
Troie et, à plus forte raison, la guerre de Dix Ans n’avaient jamais
existé que dans l’imagination de celui qui les avait chantées. Bien
d’autres, et presque tous sont Anglais, adoptèrent les conclusions
de l’archéologue français. On croyait depuis longtemps la question
épuisée, lorsque les découvertes de M. Schliemann sont venues, tout
récemment, lui donner un regain d’actualité.
Guillaume-Antoine Olivier, qui parcourut une grande partie de l’orient
à la fin du siècle dernier, eut une singulière fortune. Employé par
Berthier de Sauvigny à la rédaction d’une statistique de la généralité
de Paris, il se vit privé de son protecteur et du prix de ses travaux
par les premières fureurs de la Révolution. Cherchant à utiliser ses
talents en histoire naturelle loin de Paris, Olivier reçut du ministre
Roland une mission pour les portions reculées et peu connues de
l’empire ottoman. On lui donna comme associé un naturaliste du nom de
Bruguière.
Partis de Paris à la fin de 1792, les deux amis attendirent pendant
quatre mois à Marseille qu’on leur eût trouvé un vaisseau convenable,
et ils arrivèrent à la fin de mai de l’année suivante à Constantinople,
porteurs de lettres relatives à leur mission pour M. de Semonville.
Mais cet ambassadeur avait été rappelé. Son successeur, M. de
Sainte-Croix, n’avait pas entendu parler de leur voyage. Que faire en
attendant la réponse aux instructions que M. de Sainte-Croix demandait
à Paris?
Les deux savants ne pouvaient rester oisifs. Ils se déterminèrent donc
à visiter les côtes de l’Asie Mineure, quelques îles de l’archipel
et l’Égypte. Comme le ministre de France avait eu d’excellentes
raisons pour ne mettre à leur disposition que très peu d’argent, comme
eux-mêmes n’avaient que des ressources très bornées, ils ne purent
visiter qu’en courant tous ces pays si curieux.
A leur retour à Constantinople, Olivier et Bruguière trouvèrent un
nouvel ambassadeur, Verninac, qui était chargé de les envoyer en Perse,
où ils devaient s’efforcer de développer les sympathies du gouvernement
pour la France, et le déterminer, s’il était possible, à déclarer la
guerre à la Russie.
La Perse était à cette époque dans un état d’anarchie épouvantable, et
les usurpateurs s’y succédaient, pour le plus grand mal des habitants.
Méhémet-Khan était alors sur le trône. Il guerroyait dans le Khorassan,
lorsqu’arrivèrent Olivier et Bruguière. On leur offrit de rejoindre
le shah dans cette contrée qu’aucun voyageur n’avait encore visitée.
L’état de santé de Bruguière les en empêcha et les retint, quatre mois
durant, dans un village perdu au milieu des montagnes.
En septembre 1796, Méhémet rentra à Téhéran. Son premier acte fut de
faire massacrer une centaine de matelots russes qu’on avait pris sur
les bords de la Caspienne et de faire clouer leurs membres pantelants
sur les portes de son palais. Dégoûtante enseigne, bien digne d’un tel
bourreau!
L’année suivante, Méhémet fut assassiné, et son neveu Fehtah-Ali-Shah
lui succéda, mais non sans combat.
Au milieu de ces incessants changements de souverains, il
était difficile à Olivier de faire aboutir la mission dont
le gouvernement français l’avait chargé. Avec chaque nouveau
prince, il fallait recommencer les négociations. Les deux
diplomates-naturalistes-voyageurs, comprenant qu’ils n’obtiendraient
rien tant que le gouvernement subirait cette instabilité, incapable
d’affermir le pouvoir dans les mains d’un shah quelconque, reprirent
le chemin de l’Europe, et remirent à des jours meilleurs ou à de plus
habiles le soin de conclure l’alliance de la France et de la Perse.
Bagdad, Ispahan, Alep, Chypre, Constantinople, telles furent les étapes
de leur voyage de retour.
Quels avaient été les résultats de ce long séjour? Si le but
diplomatique qu’on se proposait était manqué, si, au point de vue
géographique, aucune découverte, aucune observation nouvelle n’avait
été faite, Cuvier, dans son éloge d’Olivier, assure qu’en ce qui
regarde l’histoire naturelle, les renseignements obtenus ne manquaient
pas de valeur. Il faut bien le croire, puisque, trois mois après son
retour, Olivier était nommé de l’Institut en remplacement de Daubenton.
Quant à sa relation, publiée en trois volumes in-4o, elle reçut du
public l’accueil le plus distingué, dit Cuvier en style académique.
«On a dit qu’elle aurait été plus piquante, continue-t-il, si la
censure n’en eût rien retranché; mais alors on trouvait des allusions
partout, et il n’était pas toujours permis de dire ce que l’on
pensait, même sur Thamas-Kouli-Khan.
«M. Olivier ne tenait pas à ses allusions plus qu’à sa fortune; il
effaça tranquillement tout ce qu’on voulut, et se restreignit, avec
une entière soumission, au récit pur et simple de ce qu’il avait
observé.»
De la Perse à la Russie, la transition n’est pas trop brusque. Elle
l’était encore bien moins au XVIIIe siècle qu’aujourd’hui. A proprement
parler, ce n’est qu’avec Pierre le Grand que la Russie entre dans
le concert européen. Jusqu’alors, cette contrée, par son histoire,
par ses relations, par les mœurs de ses habitants, était demeurée
tout asiatique. Avec Pierre le Grand, avec Catherine II, les routes
se percent, le commerce prend de l’importance, la marine se crée,
les tribus russes se réunissent en corps de nation. Déjà, l’empire
soumis au czar est immense. Ses souverains, par leurs conquêtes,
l’agrandissent encore. Ils font plus. Pierre le Grand dresse des
cartes, envoie des expéditions de tous les côtés pour être renseigné
sur le climat, les productions, les races de chacune de ses provinces;
enfin, il expédie Behring à la découverte du détroit qui doit porter le
nom de ce navigateur.
Catherine II marche sur les traces du grand empereur, de l’initiateur
par excellence. Elle attire des savants en Russie, se met en relation
avec les littérateurs du monde entier. Elle sait créer une puissante
agitation en faveur de son peuple. La curiosité, l’intérêt s’éveillent,
et l’Europe occidentale a les yeux fixés sur la Russie. On sent qu’une
grande nation est à la veille d’être constituée, et l’on n’est pas sans
inquiétude sur les suites qu’amènera, infailliblement, son entremise
dans les affaires européennes. Déjà la Prusse vient de se révéler, et
son épée, jetée par Frédéric II dans la balance, a changé toutes les
conditions de l’équilibre européen. La Russie possède bien d’autres
ressources en hommes, en argent, en richesses de tout genre inconnues
ou inexploitées.
Aussi, toutes les publications relatives à cette contrée sont-elles
aussitôt lues avec empressement par les hommes politiques, par tous
ceux qui s’intéressent aux destinées de leur patrie, aussi bien que par
les curieux qui se plaisent à la description de mœurs si différentes
des nôtres, si variées entre elles.
Aucun ouvrage n’avait encore été publié qui surpassât celui du
naturaliste Pallas, -Voyage à travers plusieurs provinces de l’empire
russe-, traduit en français de 1788 à 1793. Aucun n’eut autant de
succès, et nous devons avouer qu’il le méritait à tous égards.
Pierre-Simon Pallas est un naturaliste allemand que Catherine II avait
appelé en 1668 à Saint-Pétersbourg, qu’elle avait fait aussitôt nommer
adjoint de l’Académie des Sciences, et qu’elle sut s’attacher par ses
bienfaits. Pallas, en témoignage de reconnaissance, publie aussitôt son
mémoire sur les ossements fossiles de la Sibérie. L’Angleterre et la
France venaient d’envoyer des expéditions pour observer le passage de
Vénus sur le disque du soleil. La Russie ne veut pas rester en arrière
et fait partir pour la Sibérie toute une troupe de savants dont Pallas
fait partie.
Sept astronomes et géomètres, cinq naturalistes et plusieurs élèves
doivent parcourir en tout sens cet immense territoire. Pendant six ans
entiers, Pallas ne s’épargne pas, explorant, tour à tour, Orembourg,
sur le Jaïk, rendez-vous des hordes nomades qui errent sur les bords
salés de la Caspienne; Gouriel, située sur cette mer ou plutôt ce grand
lac qui se dessèche tous les jours; les montagnes de l’Oural et les
nombreuses mines de fer qu’elles renferment; Tobolsk, la capitale de
la Sibérie; le gouvernement de Koliwan, sur le versant septentrional
de l’Altaï; Krasnojarsk, sur le Yenisseï; le grand lac Baïkal et la
Daourie, qui touche aux frontières de la Chine. Puis c’est Astrakan,
c’est le Caucase, aux peuples si divers et si intéressants, c’est le
Don, qu’il étudie avant de rentrer à Pétersbourg, le 30 juillet 1774.
Il ne faut pas croire que Pallas soit un voyageur ordinaire. Il ne
voyage pas en naturaliste seulement. Il est homme, et rien de ce
qui touche l’humanité ne lui est indifférent. Géographie, histoire,
politique, commerce, religion, beaux-arts, sciences, tout a pour lui de
l’intérêt; et cela est si vrai, qu’on ne peut lire son récit de voyage
sans admirer la variété de ses connaissances, sans rendre hommage à son
patriotisme éclairé, sans reconnaître la perspicacité de la souveraine
qui a su s’attacher un homme d’une telle valeur.
Une fois sa relation mise en ordre, écrite et publiée, Pallas ne songe
ni à se reposer sur ses lauriers ni à se laisser enivrer par les fumées
d’une gloire naissante. Pour lui, le travail est un délassement, et il
participe aux opérations nécessaires à l’établissement de la carte de
la Russie.
[Illustration: Le fameux oiseau Leut-zé. (Page 418.)]
Bientôt, son esprit, toujours enthousiaste, le porte à se livrer plus
spécialement à l’étude de la botanique, et ses ouvrages lui assurent
une place des plus distinguées entre les naturalistes de l’empire russe.
Un de ses derniers travaux a été une description de la Russie
méridionale, -Tableau physique et topographique de la Tauride-, ouvrage
que Pallas a publié en français et traduit en allemand et en russe.
Engoué de ce pays qu’il a visité en 1793 et en 1794, il témoigne le
désir d’aller s’y établir. L’impératrice lui fait aussitôt présent de
plusieurs terres appartenant à la couronne, et le savant voyageur se
transporte avec sa famille à Symphéropol.
Pallas profita de la circonstance pour faire un nouveau voyage dans
les provinces méridionales de l’empire, les steppes du Volga et les
contrées qui bordent la mer Caspienne jusqu’au Caucase; enfin il
parcourut la Crimée dans tous les sens. Il avait déjà vu une partie
de ces pays une vingtaine d’années auparavant; il put y constater de
profonds changements. S’il se plaint de l’exploitation à outrance
des forêts, Pallas est obligé de reconnaître qu’en bien des endroits
l’agriculture s’est développée, que des centres d’industrie et
d’exploitation se sont créés, en un mot que le pays marche dans la
voie du progrès. Quant à la Crimée, sa conquête est toute récente,
et cependant on y reconnaît déjà des améliorations sensibles. Que
seront-elles dans quelques années!
[Illustration: Portrait de La Condamine. (-Fac-simile. Gravure
ancienne.-)]
Le bon Pallas, si enthousiaste de cette province, eut à subir, dans
sa nouvelle résidence, toute espèce de tracasseries de la part des
Tartares. Sa femme mourut en Crimée, et enfin, dégoûté du pays et des
habitants, il revint finir ses jours à Berlin, le 8 septembre 1811.
Il laissait deux ouvrages d’une importance capitale, où le géographe,
l’homme d’État, le naturaliste, le commerçant pouvaient puiser
en abondance des renseignements sûrs et précis sur des contrées
jusqu’alors très peu connues, et dont les ressources et les besoins
allaient modifier profondément les conditions du marché européen.
CHAPITRE IV
LES DEUX AMÉRIQUES
La côte occidentale d’Amérique.--Juan de Fuca et de Fonte.--Les
trois voyages de Behring-Vancouver.--Exploration du détroit de
Fuca.--Reconnaissance de l’archipel de la Nouvelle-Géorgie et
d’une partie de la côte américaine.--Exploration de l’intérieur
de l’Amérique.--Samuel Hearne.--Découverte de la rivière
de Cuivre.--Mackenzie et la rivière qui porte son nom.--La
rivière de Fraser.--L’Amérique méridionale.--Reconnaissance
de l’Amazone par La Condamine.--Voyage de A. de Humboldt
et de Bonpland.--Ténériffe.--La caverne du Guachero.--Les
«llanos».--Les gymnotes.--L’Amazone, le Rio-Negro et l’Orénoque.
--Les mangeurs de terre.--Résultats du voyage. --Second voyage
de Humboldt.--Les Volcanitos.--La cascade de Tequendama.--Les
ponts d’Icononzo.--Le passage de Quindiu à dos d’homme.--Quito
et le Pichincha.--Ascension du Chimboraço.--Les Andes.--Lima.
--Le passage de Mercure. --Exploration du Mexique.--Mexico.
--Puebla et le Cofre de Perote.--Retour en Europe.
A plusieurs reprises nous avons eu l’occasion de raconter certaines
expéditions qui avaient pour but de reconnaître les côtes de
l’Amérique. Nous avons parlé des tentatives de Fernand Cortès, des
courses et des explorations de Drake, de Cook, de La Pérouse et de
Marchand. Il est bon de revenir pour quelque temps en arrière et
d’envisager, avec Fleurieu, la suite des voyages qui se sont succédé
sur la rive occidentale de l’Amérique, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.
En 1537, Cortès, avec Francisco de Ulloa, avait reconnu la grande
péninsule de Californie et visité la plus grande partie de ce golfe
long et étroit, qui porte aujourd’hui le nom de mer Vermeille.
Après lui, Vasquès Coronado, par terre, et Francisco Alarcon, par mer,
s’étaient élancés à la recherche de ce fameux détroit, qui mettait
en communication, disait-on, l’Atlantique et le Pacifique; mais ils
n’avaient pu dépasser le trente-sixième parallèle.
Deux ans plus tard, en 1542, le Portugais Rodriguès de Cabrillo avait
atteint 44° de latitude. Là, le froid, les maladies, le manque de
provisions et le mauvais état de son navire l’avaient contraint de
rétrograder. Il n’avait pas fait de découverte, il est vrai, mais
il avait constaté que, du port de la Nativité, par 19° 3/4 jusqu’au
point qu’il avait atteint, la côte se continuait sans interruption. Le
détroit semblait reculer devant les explorateurs.
Il faut croire que le peu de succès de ces tentatives découragea les
Espagnols, car, à cette époque, ils disparaissent de la liste des
explorateurs. C’est un Anglais, Drake, qui, après avoir prolongé
la côte occidentale depuis le détroit de Magellan et ravagé les
possessions espagnoles, parvient jusqu’au quarante-huitième degré,
explore tout le rivage en redescendant sur une longueur de dix degrés,
et donne à cette immense étendue de côtes le nom de Nouvelle-Albion.
Vient ensuite, en 1592, le voyage, en grande partie fabuleux, de Juan
de Fuca, qui prétendit avoir trouvé le détroit d’Anian qu’on cherchait
depuis si longtemps, alors qu’il n’avait découvert en réalité que le
pas qui sépare du continent l’île de Vancouver.
En 1602, Vizcaino jetait les fondations du port de Monterey, en
Californie, et, quarante ans plus tard, avait lieu cette expédition si
contestée de l’amiral de Fuente ou de Fonte,--suivant qu’on en fait
un Espagnol ou un Portugais,--expédition qui a donné lieu à tant de
dissertations savantes et de discussions ingénieuses. On lui doit la
découverte de l’archipel Saint-Lazare au-dessus de l’île Vancouver;
mais il faut rejeter dans le domaine du roman tout ce que Fonte raconte
des lacs et des grandes villes qu’il assure avoir visitées et de la
communication qu’il prétend avoir découverte entre les deux océans.
Au XVIIIe siècle, on n’acceptait déjà plus aveuglément les récits des
voyageurs. On les examinait, on les contrôlait et l’on n’en retenait
que les parties qui concordaient avec les relations déjà connues.
Buache, Delisle et surtout Fleurieu ont, les premiers, ouvert la voie
si féconde de la critique historique, et il faut leur en savoir le plus
grand gré.
Les Russes, on l’a vu, avaient considérablement étendu le domaine de
leurs connaissances, et il y avait tout lieu de croire peu éloigné le
jour où leurs coureurs et leurs cosaques atteindraient l’Amérique, si
surtout, comme on le supposait à cette époque, les deux continents
étaient réunis par le nord. Mais ce n’aurait pas été, en tout cas, une
expédition sérieuse, et qui pût donner des renseignements scientifiques
auxquels on dût ajouter foi.
Le czar Pierre Ier avait tracé de sa main, peu d’années avant sa mort,
le plan et les instructions d’un voyage dont il avait formé le projet
depuis longtemps: s’assurer si l’Asie et l’Amérique sont réunies
ou séparées par un détroit. Il n’était pas possible de trouver les
ressources nécessaires dans les arsenaux et les ports du Kamtschatka.
Aussi fallut-il faire venir d’Europe capitaines, matelots, équipements
et vivres.
Le Danois Vitus Behring et le Russe Alexis Tschirikow, qui tous deux
avaient donné mainte preuve de savoir et d’habileté, furent chargés du
commandement de l’expédition. Celle-ci se composait de deux vaisseaux,
qui furent construits au Kamtschatka. Ils ne furent prêts à prendre la
mer que le 20 juillet 1720. Dirigeant sa route au nord-est, le long de
la côte d’Asie, qu’il ne perdit pas un instant de vue, Behring parvint,
le 15 août, par 67° 18′ de latitude nord, en vue d’un cap au delà
duquel la côte s’infléchissait à l’ouest.
Non seulement, dans ce premier voyage, Behring n’avait pas eu
connaissance de la côte d’Amérique, mais il venait de franchir, sans
s’en douter, le détroit auquel la postérité a imposé son nom. Le
fabuleux détroit d’Anian était remplacé par le détroit de Behring.
Un second voyage, entrepris l’année suivante par les mêmes voyageurs,
n’avait pas amené de résultat.
Ce fut seulement en 1741, le 4 juin, que Behring et Tschirikow purent
partir de nouveau. Cette fois, dès qu’ils seraient arrivés par 50
degrés de latitude nord, ils entendaient porter à l’est, jusqu’à ce
qu’ils rencontrassent la côte d’Amérique. Mais les deux vaisseaux,
séparés dès le 20 juin par un coup de vent, ne purent se réunir pendant
le reste de la campagne. Le 18 juillet, fut découvert par Behring le
continent américain par 58° 28′ de latitude. Les jours suivants furent
consacrés au relèvement d’une grande baie, comprise entre les deux caps
Saint-Élie et Saint-Hermogène.
Pendant tout le mois d’août, Behring navigua au milieu des îles qui
bordent la péninsule d’Alaska, nomma l’archipel Schumagin, lutta
jusqu’au 24 septembre contre des vents contraires, reconnut l’extrémité
de la presqu’île, et découvrit une partie des îles Aléoutiennes.
Mais depuis longtemps malade, ce navigateur fut bientôt incapable de
relever la route que faisait le navire, et ne put éviter de se mettre
à la côte sur une petite île qui a pris le nom de Behring. Là périt
misérablement, le 8 décembre 1741, cet homme de cœur, cet explorateur
habile.
Quant au reste de l’équipage, bien diminué par les fatigues et les
privations d’un hivernage en ce lieu désolé, il parvint à construire
une grande chaloupe avec les débris du vaisseau, et rentra au
Kamtschatka.
Pour Tschirikow, après avoir attendu son commandant jusqu’au 25 juin,
il atterrit à la côte d’Amérique entre les cinquante-cinquième et
cinquante-sixième degrés. Il y perdit deux embarcations avec tout leur
équipage, sans pouvoir découvrir ce qu’elles étaient devenues. N’ayant
plus alors de moyen pour communiquer avec la terre, il avait regagné le
Kamtschatka.
La voie était ouverte. Des aventuriers, des négociants, des officiers
s’y engagèrent résolûment. Leurs découvertes portèrent principalement
sur les îles Aléoutiennes et la presqu’île d’Alaska.
Cependant, les expéditions que les Anglais envoyaient à la côte
d’Amérique, les progrès des Russes avaient excité la jalousie et
l’inquiétude des Espagnols. Ceux-ci craignaient de voir leurs rivaux
s’établir dans des pays qui leur appartenaient, nominalement, mais où
ils n’avaient aucun établissement.
Le vice-roi du Mexique, le marquis de Croix, se souvint alors de la
découverte faite par Vizcaino d’un excellent port, et il résolut d’y
établir un presidio. Deux expéditions simultanées, l’une par terre,
sous le commandement de don Gaspar de Portola, l’autre par mer,
composée des deux paquebots le -San-Carlos- et le -San-Antonio-,
quittèrent La Paz le 10 janvier 1769, atteignirent le port de
San-Diego, et retrouvèrent, après une année de recherches, le havre de
Monterey, indiqué par Vizcaino.
A la suite de cette expédition, les Espagnols continuèrent à explorer
les côtes de la Californie. Les plus célèbres voyages sont ceux de don
Juan de Ayala et de La Bodega, qui eurent lieu en 1775, et pendant
lesquels furent reconnus le cap del Engaño et la baie de la Guadalupa,
puis les expéditions d’Arteaga et de Maurelle.
Les reconnaissances de Cook, de La Pérouse et de Marchand, ayant été
précédemment racontées, il convient maintenant de s’arrêter avec
quelque détail sur l’expédition de Vancouver. Cet officier, qui avait
accompagné Cook pendant son second et son troisième voyage, se trouvait
tout naturellement désigné pour prendre le commandement de l’expédition
que le gouvernement anglais envoyait à la côte d’Amérique dans le but
de mettre fin aux contestations survenues avec le gouvernement espagnol
au sujet de la baie de Nootka.
Georges Vancouver reçut ordre d’obtenir, des autorités espagnoles,
une cession formelle de ce port si important pour le commerce des
fourrures. Il devait ensuite relever toute la côte nord-ouest depuis
le trentième degré de latitude jusqu’à la rivière de Cook sous le
soixante et unième degré. Enfin, on appelait tout particulièrement son
attention sur le détroit de Fuca et sur la baie explorée en 1789 par le
-Washington-.
Les deux bâtiments, la -Découverte-, de 340 tonneaux, et le -Chatam-,
de 135, ce dernier sous le commandement du capitaine Broughton,
partirent de Falmouth le 1er avril 1791.
Après deux relâches à Ténériffe et à la baie Simon, puis au cap de
Bonne-Espérance, Vancouver s’enfonça dans le sud, reconnut l’île
Saint-Paul, et cingla vers la Nouvelle-Hollande, entre les routes de
Dampier et de Marion, sur des parages qui n’avaient pas encore été
parcourus. Le 27 septembre, fut reconnue une partie de la côte de la
Nouvelle-Hollande, terminée par un cap formé de falaises élevées, qui
reçut le nom de cap Chatam. Comme un certain nombre de ses matelots
étaient attaqués de la dysenterie, Vancouver résolut de relâcher dans
le premier port qu’il rencontrerait, afin de s’y procurer l’eau,
le bois, et surtout les vivres frais qui lui manquaient. Ce fut au
port du Roi Georges III qu’il s’arrêta. Il y trouva des canards, des
courlis, des cygnes, une grande quantité de poissons, des huîtres;
mais il ne put entrer en communication avec aucun habitant, bien qu’on
eût découvert un village d’une vingtaine de huttes tout récemment
abandonnées.
Nous n’avons pas à suivre la croisière de Vancouver sur la côte
sud-ouest de la Nouvelle-Hollande; elle ne nous apprendrait rien que
nous ne sachions déjà.
Le 26 octobre, fut doublée la terre de Van-Diemen, et, le 2 novembre,
on reconnut la côte de la Nouvelle-Zélande, où les deux bâtiments
anglais allèrent mouiller à la baie Dusky. Vancouver y compléta les
relèvements que Cook avait laissés inachevés. Un ouragan sépara
bientôt de la -Découverte- le -Chatam-, qui fut retrouvé dans la baie
de Matavaï, à Taïti. Pendant cette dernière traversée, Vancouver
avait aperçu quelques îles rocheuses, qu’il appela les Embûches (-the
Snares-), et une île plus considérable, nommée Oparra. De son côté,
le capitaine Broughton avait découvert l’île Chatam à l’est de la
Nouvelle-Zélande. Les incidents de la relâche à Taïti rappellent trop
ceux du séjour de Cook, pour qu’il soit utile de les rapporter.
Le 24 janvier 1792, les deux bâtiments partirent pour les Sandwich
et s’arrêtèrent quelque peu à Owhyhee, à Waohoo et à Attoway. Depuis
le massacre de Cook, bien des changements étaient survenus dans
l’archipel. Des navires anglais et américains, qui faisaient la pêche
de la baleine ou le commerce des fourrures, commençaient à le visiter.
Leurs capitaines avaient donné aux naturels le goût de l’eau-de-vie et
le désir de posséder des armes à feu. Les querelles entre les petits
chefs étaient devenues plus fréquentes, l’anarchie la plus complète
régnait partout, et déjà le nombre des habitants avait singulièrement
diminué.
Le 17 mars 1792, Vancouver abandonna les îles Sandwich, et fit route
pour l’Amérique, dont il reconnut bientôt la partie de côte nommée par
Drake Nouvelle-Albion. Il y rencontra presque aussitôt le capitaine
Gray, qui passait pour avoir pénétré avec le -Washington- dans le
détroit de Fuca, et avoir reconnu une vaste mer. Gray se hâta de
démentir les découvertes qu’on lui avait si généreusement prêtées. Il
n’avait fait que cinquante milles seulement dans le détroit qui courait
de l’ouest à l’est, jusqu’à un endroit à partir duquel les naturels lui
assuraient qu’il s’enfonçait dans le nord.
Vancouver pénétra à son tour dans le détroit de Fuca, y reconnut
le port de la Découverte, l’entrée de l’Amirauté, la Birch-Bay, le
Désolation-Sound, le détroit de Johnston et l’archipel de Broughton.
Avant d’atteindre l’extrémité de ce long bras de mer, il avait
rencontré deux petits bâtiments espagnols sous les ordres de Quadra.
Les deux capitaines se communiquèrent leurs travaux réciproques, et
donnèrent leurs deux noms à la principale île de ce nombreux archipel,
qui fut désigné sous le nom de Nouvelle-Géorgie.
Vancouver visita ensuite Nootka, la rivière Columbia, et vint relâcher
à San-Francisco. On comprend que nous ne puissions suivre dans tous ses
détails cette exploration minutieuse, qui ne demanda pas moins de trois
campagnes successives. L’immense étendue de côtes comprise entre le cap
Mendocino et le port de Conclusion par 56° 14′ nord et 225° 37′ est,
fut reconnue par les navires anglais.
«Maintenant, dit le voyageur, que nous avons atteint le but principal
que le roi s’était proposé en ordonnant ce voyage, je me flatte que
notre reconnaissance très précise de la côte nord-ouest de l’Amérique
dissipera tous les doutes et écartera toutes les fausses opinions
concernant un passage par le nord ouest; qu’on ne croira plus qu’il y
ait une communication entre la mer Pacifique du Nord et l’intérieur
du continent de l’Amérique dans l’étendue que nous avons parcourue.»
Parti de Nootka pour faire la reconnaissance de la côte méridionale
de l’Amérique avant de revenir en Europe, Vancouver s’arrêta à la
petite île des Cocos, qui mérite peu son nom, comme nous avons eu déjà
l’occasion de le dire, relâcha à Valparaiso, doubla le cap Horn, fit de
’
,
.
1
’
2
’
.
,
’
3
,
’
4
’
.
5
’
6
,
’
7
’
.
8
’
9
.
10
11
«
’
,
12
’
,
,
,
13
,
,
14
,
’
’
15
’
.
»
16
17
,
’
,
’
18
.
’
19
-
,
,
,
20
,
’
21
.
’
22
-
-
,
’
23
-
.
24
’
,
,
25
.
26
27
,
’
28
,
,
.
29
,
,
’
,
30
,
’
31
.
32
33
’
,
34
-
35
.
’
’
,
,
36
’
37
.
38
39
«
,
,
’
40
,
41
’
42
.
’
,
43
’
;
,
44
,
’
’
45
.
»
46
47
-
,
’
’
48
,
.
,
49
,
50
’
’
,
,
51
,
52
;
,
,
53
,
54
,
,
55
.
56
57
[
:
.
(
-
-
.
58
.
-
)
]
59
60
-
«
»
,
61
,
,
62
.
’
-
63
’
.
’
64
’
,
,
’
65
’
,
.
’
66
’
-
,
,
67
,
,
-
,
’
.
68
,
’
.
69
,
70
,
’
71
72
.
73
’
.
74
’
-
«
75
’
.
»
76
77
[
:
(
)
.
(
-
-
.
78
.
-
)
]
79
80
-
.
81
82
.
83
’
,
,
,
84
’
.
85
86
,
-
-
87
,
-
-
-
,
88
.
’
89
’
.
90
,
.
91
92
«
’
,
93
,
,
,
94
,
’
95
.
,
96
’
.
97
98
.
»
99
100
-
,
,
101
,
’
,
,
102
,
’
’
103
-
.
104
105
,
106
107
’
,
.
108
109
’
’
’
110
’
-
-
.
111
-
,
’
’
112
.
.
,
113
’
-
114
-
-
.
115
116
,
-
117
-
,
,
118
,
-
.
-
-
,
119
,
120
’
’
.
121
122
«
,
,
,
123
,
124
.
’
125
.
-
’
126
,
’
127
,
-
-
.
128
,
129
.
»
130
131
132
’
133
.
’
134
,
-
’
135
’
136
.
137
138
.
139
’
,
140
’
.
141
142
-
-
,
-
,
143
,
144
.
145
’
146
;
’
,
147
,
’
.
148
.
149
,
’
;
’
150
,
,
,
151
.
152
,
153
.
154
155
«
’
,
-
,
156
’
.
157
’
’
158
.
159
,
,
160
’
,
’
161
,
.
162
’
’
’
163
,
164
’
.
»
165
166
,
167
.
,
168
,
,
,
169
.
170
171
’
,
172
,
,
’
173
,
’
174
;
,
175
.
.
176
-
,
,
177
,
,
,
,
178
,
179
-
,
’
.
180
181
’
182
’
,
’
183
.
-
184
,
,
,
185
’
,
.
186
187
’
188
189
’
’
’
,
,
190
’
-
191
’
:
-
192
’
-
.
193
194
’
,
,
’
195
’
,
’
.
196
’
-
-
,
197
,
’
,
198
’
,
199
.
200
201
’
’
;
,
202
,
,
.
203
204
205
’
.
206
;
207
’
208
.
’
209
.
,
,
210
,
,
211
,
.
212
213
,
’
.
214
,
215
.
216
217
’
’
,
,
218
’
.
,
219
’
;
220
,
’
’
’
,
221
’
.
222
223
,
.
’
224
.
,
,
225
226
.
227
228
,
229
.
230
231
«
’
,
,
232
,
233
,
234
,
,
235
,
,
236
,
,
237
,
,
-
,
’
’
238
’
’
.
.
.
.
239
240
«
’
,
’
’
241
242
.
’
243
,
244
,
,
’
,
245
-
.
246
247
«
,
248
,
,
249
-
,
;
,
,
’
250
.
251
252
.
’
253
’
254
.
255
256
«
257
;
258
’
;
,
259
,
’
,
260
,
’
’
,
261
,
262
,
263
-
.
»
264
265
,
,
,
266
’
.
,
267
,
.
268
269
’
,
,
’
,
270
.
271
,
272
.
273
274
,
-
,
’
275
’
’
.
’
:
-
276
’
-
,
:
-
-
.
277
’
,
’
278
,
279
.
’
280
,
’
.
281
282
283
’
.
,
-
284
285
’
.
286
.
287
.
288
289
«
’
,
,
290
’
291
’
’
.
,
292
,
’
,
’
’
293
’
294
.
295
,
.
,
296
,
-
,
-
297
’
.
’
298
,
’
,
299
’
.
300
,
’
.
»
301
302
,
’
303
,
.
304
(
)
-
-
305
’
306
.
,
307
’
,
308
’
309
,
,
’
,
310
’
.
’
311
.
’
.
312
313
,
,
314
-
’
,
315
,
316
’
’
.
,
317
,
,
318
.
319
,
:
320
«
’
’
321
322
;
,
,
323
-
324
’
’
325
.
»
326
327
’
’
,
328
’
,
’
,
329
.
330
’
331
.
’
332
,
,
333
’
,
334
’
335
.
,
336
-
.
,
337
’
,
’
338
,
339
-
,
.
340
341
’
342
’
’
343
.
344
,
’
345
’
’
.
346
347
,
348
’
’
349
.
’
,
350
’
.
351
,
’
,
352
,
’
’
353
354
.
355
356
,
,
357
’
’
358
’
.
,
359
-
360
.
,
,
361
,
’
,
,
362
;
363
’
,
364
.
365
,
,
’
,
,
366
,
.
367
368
«
,
369
.
.
370
,
,
’
,
371
,
.
372
,
;
373
,
’
’
’
.
374
375
[
:
.
]
376
377
«
,
,
,
378
.
.
.
’
379
’
.
380
,
,
,
381
’
,
,
382
,
383
.
384
’
.
»
385
386
[
:
-
,
.
(
-
-
.
387
.
-
)
]
388
389
,
’
,
390
’
;
391
,
-
392
,
,
’
393
.
394
395
,
’
396
.
’
,
’
397
’
;
398
’
,
’
399
’
,
,
’
400
-
401
’
,
’
402
403
’
404
.
’
.
405
406
-
-
.
407
,
«
-
»
408
.
’
.
409
,
’
’
,
410
’
’
.
411
412
«
,
,
413
’
.
414
415
.
»
416
417
418
.
’
419
,
420
’
.
,
421
’
,
’
,
’
,
,
422
’
’
,
’
’
423
’
’
424
.
425
426
’
,
,
427
’
.
’
428
.
429
430
’
,
431
’
’
.
432
.
433
434
’
,
,
435
-
-
.
436
.
,
;
,
437
,
,
438
’
.
’
’
439
,
-
,
,
440
,
,
.
441
442
,
’
443
.
’
,
444
.
’
’
445
,
’
446
’
’
447
,
,
448
.
-
,
449
,
’
.
450
451
,
452
’
,
,
’
453
«
»
,
454
’
.
’
455
’
456
,
,
457
.
458
459
«
,
-
,
460
,
461
.
’
462
’
,
«
463
,
»
,
’
;
464
,
465
«
’
’
466
’
,
’
;
»
467
’
’
’
;
468
«
’
469
’
470
;
»
«
’
’
;
»
471
,
’
472
,
,
-
-
473
,
,
-
-
474
,
,
475
’
-
’
,
-
.
»
476
477
’
478
,
,
,
479
’
.
480
’
«
»
’
,
481
’
,
482
’
,
483
’
.
484
485
,
,
’
486
,
,
,
-
487
-
,
488
.
’
489
.
’
490
’
.
491
492
,
-
’
493
,
494
’
’
.
495
’
-
,
496
,
’
-
,
.
497
498
,
.
499
,
’
’
,
’
500
,
’
’
,
,
501
.
’
502
-
-
’
503
.
504
505
.
-
,
,
506
,
’
-
,
507
’
.
-
,
,
508
.
’
509
’
’
’
,
’
,
510
.
,
511
,
.
-
.
512
513
514
.
’
-
-
,
515
516
.
517
,
,
,
518
.
,
,
519
,
520
,
,
’
521
’
.
522
’
,
,
523
’
.
524
,
.
,
525
,
’
.
526
527
-
,
’
528
,
.
529
’
530
,
531
.
532
,
533
534
’
.
535
.
536
537
,
538
’
,
539
’
,
540
.
.
541
.
,
.
542
-
,
’
.
543
.
-
544
?
545
546
.
547
’
,
’
548
’
.
’
549
’
,
550
-
’
,
551
’
.
552
553
,
554
,
,
,
555
’
556
,
,
’
,
557
.
558
559
’
,
560
’
,
.
561
-
.
,
562
’
.
563
’
’
.
564
’
,
565
,
.
566
567
,
.
568
’
569
570
.
,
’
571
!
572
573
’
,
,
-
-
574
,
.
575
576
,
577
578
’
.
579
,
.
580
-
-
,
’
’
581
,
582
’
’
,
583
’
,
584
’
.
585
,
,
,
,
,
586
.
587
588
?
589
’
,
,
590
,
,
’
591
,
,
’
,
’
592
’
,
593
.
,
,
594
,
’
.
595
596
,
-
,
597
’
,
.
598
599
«
’
,
-
-
,
600
’
;
601
,
’
’
602
,
-
-
.
603
604
«
.
’
;
605
’
,
,
606
,
’
607
.
»
608
609
,
’
.
610
’
’
’
.
611
,
’
’
612
.
’
,
,
,
613
,
,
614
.
,
,
615
,
’
,
,
616
.
,
’
617
.
,
,
618
’
.
.
619
,
620
,
,
;
621
,
622
.
623
624
,
’
625
.
,
626
.
627
.
,
’
’
,
628
’
.
’
629
’
,
’
’
630
’
,
,
631
.
,
632
,
,
633
’
.
’
634
,
,
635
.
636
637
,
-
638
,
639
’
,
640
641
,
.
642
643
’
644
,
-
’
645
-
,
.
’
646
,
’
.
647
648
-
649
-
,
’
650
’
,
’
’
651
.
,
,
652
.
’
653
’
654
.
655
656
.
657
658
,
659
.
660
,
’
,
,
,
,
661
,
-
662
;
,
663
;
’
664
’
;
,
665
;
,
666
’
;
,
;
667
,
.
’
,
668
’
,
,
’
669
,
’
,
.
670
671
.
672
.
,
673
’
.
,
,
674
,
,
,
-
,
,
675
’
;
,
’
676
,
677
,
678
’
’
.
679
680
,
,
681
682
’
.
,
,
683
’
684
.
685
686
[
:
-
.
(
.
)
]
687
688
,
,
,
689
’
,
690
’
.
691
692
693
,
-
-
,
694
.
695
’
,
696
’
’
.
’
697
,
698
.
699
700
701
’
,
702
’
;
703
.
704
’
;
705
.
’
’
706
,
’
707
’
’
,
’
708
’
,
709
.
,
,
710
.
711
-
!
712
713
[
:
.
(
-
-
.
714
.
-
)
]
715
716
,
,
,
717
,
718
.
,
,
719
,
,
.
720
721
’
,
,
722
’
’
,
,
723
724
’
,
725
.
726
727
728
729
730
731
732
733
734
’
.
-
-
.
-
-
735
-
.
-
-
736
.
-
-
’
-
737
’
.
-
-
’
738
’
.
-
-
.
-
-
739
.
-
-
.
-
-
740
.
-
-
’
.
-
-
741
’
.
-
-
.
742
.
-
-
.
-
-
.
-
-
743
«
»
.
-
-
.
-
-
’
,
-
’
.
744
-
-
.
-
-
.
-
-
745
.
-
-
.
-
-
.
-
-
746
’
.
-
-
’
.
-
-
747
.
-
-
.
-
-
.
-
-
.
748
-
-
.
-
-
.
-
-
.
749
-
-
.
-
-
.
750
751
752
’
753
754
’
.
,
755
,
,
756
.
757
’
,
,
758
’
,
’
.
759
760
,
,
,
761
762
,
’
.
763
764
,
,
,
,
,
765
’
,
766
,
-
,
’
;
767
’
-
.
768
769
,
,
770
.
,
,
,
771
’
772
.
’
,
,
773
,
,
/
’
774
’
,
.
775
.
776
777
778
,
,
,
779
.
’
,
,
,
780
781
,
’
-
,
782
,
783
-
.
784
785
,
,
,
,
786
,
’
’
787
,
’
’
788
’
.
789
790
,
,
791
,
,
,
792
’
,
-
-
’
793
,
-
-
794
.
795
’
-
-
’
;
796
797
’
798
’
.
799
800
,
’
801
.
,
’
’
802
.
803
,
,
,
804
,
805
.
806
807
,
’
,
808
,
809
’
,
810
,
,
811
.
’
,
,
812
,
813
.
814
815
,
’
,
816
’
817
:
’
’
’
818
.
’
819
.
820
-
’
,
,
821
.
822
823
,
824
’
,
825
’
.
-
,
826
.
827
.
-
,
828
’
,
’
,
,
829
,
,
’
830
’
’
.
831
832
,
,
’
833
’
,
,
834
’
,
.
835
’
.
836
837
,
’
,
838
’
.
839
840
,
,
841
.
,
’
842
,
’
,
’
843
’
’
.
,
844
,
845
.
,
846
.
847
’
,
848
-
-
.
849
850
’
,
851
’
,
’
,
852
’
,
’
853
’
,
.
854
855
,
856
,
857
.
858
,
,
,
859
.
860
861
’
,
862
’
,
863
,
864
.
865
866
,
’
,
867
’
-
868
-
.
869
,
’
.
’
870
,
871
.
872
873
.
,
,
874
’
.
875
’
’
.
876
877
,
878
’
,
879
’
.
-
880
’
,
,
881
’
.
882
883
-
,
,
884
’
,
’
885
.
,
’
,
886
,
’
,
887
-
-
-
-
-
-
,
888
,
889
-
,
,
,
890
,
.
891
892
,
893
.
894
,
,
895
,
896
’
.
897
898
,
,
899
,
’
900
’
.
,
901
,
902
’
903
’
904
905
.
906
907
’
,
,
908
909
.
-
910
’
911
.
,
912
913
-
-
.
914
915
,
-
-
,
,
-
-
,
916
,
,
917
.
918
919
,
920
-
,
’
,
’
921
-
,
-
,
922
,
’
923
.
,
924
-
,
,
925
.
926
,
927
’
,
’
’
,
928
,
.
929
’
’
.
,
930
,
,
,
;
931
,
’
932
’
933
.
934
935
’
936
-
-
;
937
.
938
939
,
-
,
,
,
940
-
,
941
.
942
.
943
-
-
-
-
,
944
,
.
,
945
,
’
(
-
946
-
)
,
,
.
,
947
’
’
948
-
.
949
,
’
.
950
951
,
952
’
,
.
953
,
954
’
.
,
955
,
.
956
’
-
-
957
.
958
,
’
959
,
960
.
961
962
,
,
963
’
,
964
-
.
965
,
-
-
966
,
.
967
’
.
968
’
969
’
’
,
’
970
’
’
.
971
972
,
973
,
’
’
,
-
,
974
-
,
’
.
975
’
’
,
976
.
977
,
978
,
979
-
.
980
981
,
,
982
-
.
983
,
984
.
’
985
,
986
.
987
988
«
,
,
989
’
,
990
-
’
991
992
;
’
’
993
’
994
’
’
.
»
995
996
997
’
,
’
998
,
,
999
’
,
,
,
1000