LES EXPLORATEURS DE L’AFRIQUE Shaw en Algérie et à Tunis.--Hornemann dans le Fezzan--Adanson au Sénégal.--Houghton en Sénégambie.--Mungo-Park et ses deux voyages au Djoliba ou Niger.--Sego.--Tombouctou.--Sparmann et Levaillant au Cap, à Natal et dans l’intérieur.--Lacerda en Mozambique et chez Cazembé.--Bruce en Abyssinie.--Les sources du Nil Bleu.--Le lac Tzana.--Voyage de Browne dans le Darfour. Un Anglais, Thomas Shaw, attaché comme chapelain au comptoir d’Alger, avait mis à profit ses douze ans de séjour dans les États Barbaresques pour réunir une riche collection de curiosités naturelles, de médailles, d’inscriptions et d’objets d’art. S’il ne visita pas lui-même les parties méridionales de l’Algérie, il sut, du moins, s’entourer d’hommes sérieux, bien informés, qui lui donnèrent, sur beaucoup de localités peu connues, une masse de renseignements exacts et d’informations précieuses. Son travail, qu’il publia sous la forme de deux gros in-4o, avec de nombreuses figures dans le texte, porte sur toute l’ancienne Numidie. C’est bien plutôt l’œuvre d’un érudit que d’un voyageur, et cette érudition, il faut l’avouer, est souvent fort mal digérée. Mais, quel que soit ce travail de géographie historique, il ne manquait pas de prix pour l’époque, et personne n’aurait été, plus et mieux que Shaw, en état de réunir la quantité prodigieuse de matériaux qui y sont mis en œuvre. L’extrait suivant pourra donner une idée de la manière dont cet ouvrage est conçu: «La principale manufacture des Kabyles et des Arabes est de faire des -hykes- (c’est ainsi qu’ils appellent leurs couvertures de laine) et des tissus de poil de chèvre, dont ils couvrent leurs tentes. Il n’y a que les femmes qui s’occupent de cet ouvrage, comme faisaient autrefois Andromaque et Pénélope; elles ne se servent point de navette, mais conduisent chaque fil de la trame avec les doigts. Une de ces hykes a communément six aunes d’Angleterre de long et cinq ou six pieds de large, et sert aux Kabyles et aux Arabes d’habillement complet pendant le jour et de lit et de couverture pendant la nuit. C’est un vêtement léger, mais fort incommode, parce qu’il se dérange et tombe souvent; de sorte que ceux qui le portent sont obligés de le relever et de le rajuster à tout moment. Cela fait aisément comprendre de quelle utilité est une ceinture lorsqu’il faut agir, et, par conséquent, toute l’énergie de l’expression allégorique qui revient si souvent dans l’Écriture: -avoir les reins ceints-. «La manière de porter ce vêtement et l’usage qu’on en a toujours fait pour s’en couvrir, lorsqu’on était couché, pourraient nous faire croire que, du moins, l’espèce la plus fine des hykes, telles que les portent les femmes et les gens d’un certain rang chez les Kabyles, est la même que les anciens appelaient -peplus-. Il est aussi fort probable que l’habillement appelé -toga- chez les Romains, qu’ils jetaient seulement sur les épaules et dont ils s’enveloppaient, était de cette espèce, car, à en juger par la draperie de leurs statues, la -toga- ou le manteau y est arrangée à peu près de la même façon que la hyke des Arabes.» Il est inutile de nous arrêter plus longtemps sur cet ouvrage, dont l’intérêt, au point de vue qui nous occupe, est presque nul. Il vaut mieux nous étendre un peu sur le voyage de Frédéric-Conrad Hornemann au Fezzan. C’est sous les auspices de la Société fondée à Londres pour l’exploration de l’Afrique que ce jeune Allemand devait faire cette expédition. Ayant appris la langue arabe et acquis quelques connaissances en médecine, il fut définitivement agréé par la Société Africaine, qui, après lui avoir remis des lettres de recommandation et des saufs-conduits, lui ouvrit un crédit illimité. Il quitta Londres au mois de juillet 1797 et vint à Paris. Lalande le présenta à l’Institut, lui remit son -Mémoire sur l’Afrique-, et Broussonnet lui fit faire la connaissance d’un Turc, qui lui donna les lettres de recommandation les plus pressantes pour certains marchands du Caire en relations d’affaires avec l’intérieur de l’Afrique. Hornemann mit à profit son séjour au Caire pour se perfectionner dans la langue arabe et étudier les mœurs et les coutumes des indigènes. Hâtons-nous d’ajouter que le voyageur avait été présenté au commandant en chef de l’armée d’Égypte par Monge et Berthollet. Bonaparte lui fit excellent accueil et mit à sa disposition toutes les ressources du pays. Pour Hornemann, la plus sûre manière de voyager était de se déguiser en marchand mahométan. Il se hâta donc d’apprendre certaines prières, d’adopter certaines habitudes suffisantes à ses yeux pour tromper des gens non prévenus. D’ailleurs, il partait avec un de ses compatriotes, Joseph Frendenburgh, qui, depuis douze ans, avait embrassé la religion musulmane, avait fait trois voyages à la Mecque et parlait avec facilité les divers dialectes turcs et arabes les plus usités. Il devait servir d’interprète à Hornemann. Le 5 septembre 1798, le voyageur quitta le Caire avec une caravane de marchands et commença par visiter la fameuse oasis de Jupiter Ammon ou de Siouah, située dans le désert, à l’est de l’Égypte. C’est un petit État indépendant, qui reconnaît le sultan, mais sans lui payer tribut. Autour de la ville de Siouah, se trouvent plusieurs villages à un ou deux milles de distance. La ville est bâtie sur un rocher dans lequel les habitants se sont creusé leurs demeures. Les rues sont si étroites, si embrouillées, qu’un étranger ne peut s’y reconnaître. L’étendue de cette oasis est considérable. Son district le plus fertile est une vallée bien arrosée, d’environ cinquante milles de circuit, qui produit du blé et des végétaux comestibles. Son produit le plus rémunérateur consiste en dattes d’un excellent goût, dont la renommée est proverbiale chez les Arabes du Sahara. Tout d’abord, Hornemann avait aperçu des ruines qu’il se promettait de visiter, car les renseignements qu’il avait recueillis des habitants ne lui avaient pas appris grand’chose. Mais, lorsqu’il pénétra dans l’enceinte de ces monuments, il y fut suivi, chaque fois, par un certain nombre d’habitants, qui l’empêchèrent d’examiner en détail. Un des Arabes lui dit même: «Il faut que vous soyez encore chrétien dans le cœur, pour que vous veniez si souvent visiter les ouvrages des infidèles.» On comprendra, d’après cela, qu’Hornemann dut renoncer à toute recherche ultérieure. Autant qu’il put en juger d’après cet examen superficiel, c’est bien l’oasis d’Ammon, et les ruines paraissent être d’origine égyptienne. Une preuve de la densité de l’ancienne population de cette oasis, est le nombre prodigieux des catacombes qu’on rencontre à chaque pas et surtout sous la colline qui porte la ville. Ce fut en vain que, dans ces nécropoles, le voyageur chercha à se procurer une tête entière; parmi les occiputs qu’il recueillit, il ne put trouver la preuve qu’ils eussent été remplis de résine. Quant aux vêtements, il en trouva de nombreux fragments, mais dans un tel état de décomposition, qu’il lui fut absolument impossible de leur assigner une origine ou une provenance. Après avoir passé huit jours en cet endroit, Hornemann se dirigea, le 29 septembre, sur Schiacha, et traversa la chaîne de montagnes qui enferme l’oasis de Siouah. Jusqu’alors, aucun événement n’était venu troubler le passage du voyageur. Mais à Schiacha, il fut accusé d’être chrétien et de parcourir le pays en espion. Il fallut payer d’audace. Hornemann n’y manqua pas. Il fut sauvé par un Coran qu’il apporta dans la pièce où il était interrogé et qu’il lut à livre ouvert. Mais, pendant ce temps, son interprète, craignant qu’on ne fouillât ses effets, avait jeté au feu les fragments de momies, les spécimens de botanique, le journal détaillé du voyage et tous les livres. Ce fut une perte irréparable. Un peu plus loin, la caravane atteignit Augila, ville bien connue d’Hérodote, qui la place à dix jours de l’oasis d’Ammon. Cela concorde avec le témoignage de Hornemann, qui mit neuf jours, à marche forcée, pour faire le trajet entre ces deux localités. La caravane s’était augmentée, à Augila, d’un certain nombre de marchands de Bengasi, Merote et Mojabra, et ne comptait pas moins de cent vingt individus. Après une longue marche à travers un désert de sable, elle pénétra dans une contrée bossuée de collines et coupée de ravins, où l’on rencontrait, par places, de l’herbe et des arbres. C’est le désert de Harutsch. Il fallut le traverser pour gagner Temissa, ville peu importante, bâtie sur une colline et ceinte d’une haute muraille. A Zuila, on entra sur le territoire du Fezzan. Les fantasias accoutumées se reproduisaient à chaque entrée de ville, ainsi que les compliments interminables et les souhaits de bonne santé. Ces salutations, souvent si trompeuses, semblent tenir une grande place dans la vie des Arabes; leur fréquence eut plus d’une fois le don d’étonner le voyageur. Le 17 novembre, la caravane découvrit Mourzouk, la capitale du Fezzan. C’était le but du voyage. La plus grande longueur de la partie cultivée du royaume de Fezzan, d’après Hornemann, est d’environ trois cents milles du nord au sud, sa plus grande largeur de deux cents milles de l’ouest à l’est; mais il faut y ajouter la région montagneuse d’Harutsch à l’est, et les autres déserts au sud et à l’ouest. Le climat n’y est jamais agréable: en été, la chaleur s’y concentre avec une intensité prodigieuse, et, quand le vent souffle du sud, elle est à peine supportable, même pour les natifs; en hiver, le vent du nord est si pénétrant et si froid, qu’il force les habitants à faire du feu. Les dattes, d’abord, puis les végétaux comestibles constituent à peu près les seules richesses de la contrée. Mourzouk est le principal marché du pays. On y voit réunis les produits du Caire, de Bengasi, de Tripoli, de Rhadamès, du Toat et du Soudan. Les articles de ce commerce sont les esclaves des deux sexes, les plumes d’autruche, les peaux d’animaux féroces, l’or, soit en poudre, soit en pépites. Le Bornou envoie du cuivre, le Caire des soies, des calicots, des vêtements de laine, des imitations de corail, des bracelets, des marchandises des Indes. Les marchands de Tripoli et de Rhadamès importent des armes à feu, des sabres, des couteaux, etc. [Illustration: Carte pour les voyages de Hornemann et de Frendenburgh au Fezzan.] Le Fezzan est gouverné par un sultan qui descend de la famille des shérifs. Son pouvoir est illimité, mais il paye cependant au bey de Tripoli un tribut de quatre mille dollars. La population du pays peut être évaluée (Hornemann ne nous dit pas sur quelles bases il s’appuie) à soixante-quinze mille habitants, qui, tous, professent le mahométisme. [Illustration: Le Baobab. (Page 363.)] On trouve encore, dans le récit d’Hornemann, quelques autres détails sur les mœurs et les habitudes de ce peuple. Le voyageur termine son rapport à la Société africaine en disant qu’il se propose de revenir dans le Fezzan, et qu’il compte envoyer de nouveaux détails. Ce que nous savons de plus, c’est qu’à Mourzouk mourut le fidèle compagnon d’Hornemann, le renégat Freudenburg. Atteint lui-même d’une fièvre violente, Hornemann fut obligé de faire, en cet endroit, un séjour beaucoup plus long qu’il n’y comptait. A peine rétabli, Hornemann gagna Tripoli afin de s’y reposer et de s’y retremper dans la compagnie de quelques Européens. Le 1er décembre 1799, il reprenait le chemin de Mourzouk, d’où il partait définitivement, le 7 avril 1800, avec une caravane. Le Bournou l’attirait, et ce gouffre, qui devait faire tant de victimes, ne nous le rendit pas. Pendant tout le cours du XVIIIe siècle, l’Afrique est assiégée comme une place forte. De tous côtés, les explorateurs tâtent la place, essayent de s’y introduire. Quelques-uns parviennent à pénétrer dans l’intérieur, mais ils sont repoussés, ou ils y trouvent la mort. C’est seulement de nos jours que ce mystérieux continent devait livrer ses secrets, et découvrir, à la surprise générale, les trésors de fécondité qu’on était bien loin d’y soupçonner. Du côté du Sénégal, les informations recueillies par Brue, avaient besoin d’être complétées. Mais notre prépondérance n’était plus indiscutée comme autrefois. Nous avions des rivaux très sérieux, très entreprenants, les Anglais. Ils étaient persuadés de l’importance qu’auraient, pour le développement de leur commerce, les renseignements qu’ils pourraient se procurer. Cependant, avant d’entreprendre le récit des explorations du major Houghton et de Mungo-Park, il nous faut dire quelques mots de la mission que s’était donnée le naturaliste français Michel Adanson. Adonné dès l’enfance à l’étude de l’histoire naturelle, Adanson voulut illustrer son nom par la découverte d’espèces nouvelles. Il ne fallait pas compter en trouver en Europe. Contre toute attente, Adanson choisit le Sénégal pour champ de recherches. «C’est que c’était, dit-il dans une note manuscrite, de tous les établissements européens, le plus difficile à pénétrer, le plus chaud, le plus malsain, le plus dangereux à tous égards, et par conséquent le moins connu des naturalistes.» Ne faut-il pas une rare dose de courage et d’ambition pour se déterminer d’après des motifs semblables? Adanson n’était certes pas le premier naturaliste qui affrontât pareils dangers; mais on n’en avait pas vu, jusqu’alors, le faire avec autant d’entrain, à leurs frais, sans aucune espérance de récompense, car il ne lui restait pas même assez d’argent pour entreprendre, à son retour, la publication des découvertes qu’il allait faire. Le 3 mars 1749, Adanson s’embarqua sur le -Chevalier Marin-, commandé par d’Après de Mannevillette, fit relâche à Sainte-Croix de Ténériffe, et débarqua à l’embouchure du Sénégal, qui est, pour lui, le Niger des anciens géographes. Pendant près de cinq ans, il parcourut notre colonie dans tous les sens, portant tour à tour ses pas à Podor, à Portudal, à Albreda, à l’embouchure de la Gambie, et il recueillit, avec une ardeur et une persévérance inouïes, des richesses immenses dans les trois règnes de la nature. C’est à lui qu’on doit les premiers renseignements exacts sur un arbre géant, le baobab, qui est souvent désigné sous le nom d’Adansonia; sur les mœurs des sauterelles qui forment la base de la nourriture de certaines peuplades sauvages; sur les fourmis blanches, qui se bâtissent de véritables maisons; sur certaines huîtres, à l’embouchure de la Gambie, qui «perchent» sur des arbres. «Les nègres, dit-il, n’ont pas tant de peine qu’on penserait à les cueillir, ils ne font que couper la branche où elles sont attachées. Une seule en porte quelquefois plus de deux cents, et, si elle a plusieurs rameaux, elle fait un bouquet d’huîtres qu’un homme aurait bien de la peine à porter.» Mais, au milieu de toutes ces observations, si intéressantes qu’elles soient, le géographe a bien peu de choses à glaner: quelques renseignements nouveaux ou plus complets sur les Yolofs, sur les Mandingues, et c’est tout. Si, avec Adanson, nous faisons plus intime connaissance avec des pays déjà visités, nous n’apprenons rien de nouveau. Il n’en est pas de même de l’expédition dont nous allons raconter les péripéties. Le major Houghton, capitaine au 69e régiment et major du fort de Gorée, pour le gouvernement anglais, avait eu, depuis son extrême jeunesse, pendant laquelle il fit partie de la légation anglaise au Maroc, l’occasion de se mettre au courant des usages et des mœurs des Maures et des nègres de la Sénégambie. Il s’offrit, en 1790, à la Société Africaine, pour gagner le Niger, en explorer le cours, visiter les villes de Tombouctou et de Haoussa, et revenir par le Sahara. Ce plan merveilleux ne devait subir qu’une atteinte, mais elle allait suffire pour le faire échouer complètement. Houghton quitta l’Angleterre le 16 octobre 1790, et mouilla le 10 novembre à Gillifrie, à l’embouchure de la Gambie. Bien reçu par le roi de Barra, il remonta la Gambie l’espace de trois cents lieues, traversa par terre le reste de la Sénégambie, et parvint jusqu’à Gonka-Konda, dans le Yani. «Là, il acheta d’un nègre, dit Walckenaer, dans son -Histoire des voyages-, un cheval et cinq ânes, et il se préparait à passer, avec les marchandises qui devaient servir à le défrayer dans son voyage, à Medina, capitale du petit royaume de Woolli. Heureusement pour lui, quelques mots échappés de la bouche d’une négresse, en mandingue, langue dont il avait une légère connaissance, lui apprirent qu’on avait formé une conspiration pour le faire périr. Les marchands, qui trafiquaient sur le fleuve, croyant que le commerce était l’unique but du major, et craignant qu’il ne leur enlevât leur bénéfice par sa concurrence, avaient résolu sa mort. «Pour se soustraire au danger qui le menaçait, il jugea à propos de quitter la route ordinaire. Il traversa, avec ses ânes, le fleuve à la nage, et se trouva sur la rive méridionale, dans le royaume de Cantor.» Houghton passa ensuite une seconde fois le fleuve, et pénétra dans le royaume de Woolli. Là, il s’empressa d’envoyer au roi un messager, pour lui porter des présents et lui demander sa protection. Celui-ci reçut le voyageur avec bienveillance et hospitalité dans sa capitale. Medina, d’après le voyageur, est une ville importante, entourée d’une campagne fertile où paissent de nombreux troupeaux. Le major Houghton pouvait attendre une bonne issue de son voyage; du moins tout le faisait présager, lorsqu’un accident vint porter un premier coup à ses espérances. Le feu prit à l’une des cases voisines de celle où il logeait, et bientôt la ville tout entière fut en flammes. Son interprète, qui avait déjà fait plusieurs tentatives pour le voler, saisit cette occasion et s’enfuit avec un cheval et trois ânes. Mais le roi de Woolli continuait à protéger le voyageur et le comblait de cadeaux, précieux non par leur valeur, mais par l’affection dont ils étaient le gage. Ce roi protecteur des Européens avait nom Djata; bon, humain, intelligent, il aurait voulu que les Anglais construisissent une factorerie dans ses États. «Le capitaine Littleton, écrivait Houghton à sa femme, a fait, en séjournant ici quatre ans, une fortune considérable; il possède actuellement plusieurs vaisseaux qui font le commerce sur le fleuve. On se procure ici, en tout temps, et pour des babioles de peu de valeur, de l’or, de l’ivoire, de la cire, des esclaves, et il est facile de gagner huit capitaux pour un. La volaille, les brebis, les œufs, le beurre, le lait, le miel, le poisson s’y trouvent en une abondance extrême, et, avec dix livres sterling, on y entretiendrait, dans l’aisance, une famille nombreuse. Le sol est sec, l’air très sain, et le roi de Woolli m’a dit qu’il n’était jamais mort un seul blanc à Fatatenda.» Houghton parvint ensuite sur la Falémé, jusqu’à Cacullo, le Cacoulou de la carte de d’Anville, et se procura, dans le Bambouk, quelques renseignements sur le Djoliba, fleuve qui coule dans l’intérieur du Soudan. Sa direction est d’abord du sud au nord jusqu’à Djenné, puis de l’ouest à l’est jusqu’à Tombouctou, informations qui devaient être bientôt confirmées par Mungo-Park. Le roi de Bambouk reçut le voyageur avec cordialité, lui donna un guide pour le conduire à Tombouctou, et des cauris pour le défrayer de ses dépenses pendant le voyage. On avait lieu d’espérer que le major parviendrait heureusement jusqu’au Niger, lorsqu’une note au crayon, à demi effacée, parvint au docteur Laidley. Datée de Simbing, elle faisait connaître que le voyageur avait été dépouillé de ses bagages, mais qu’il continuait sa route pour Tombouctou. Bientôt après, certains autres renseignements venus de divers côtés donnèrent à penser que Houghton avait été assassiné dans le Bambarra. On ne fut définitivement fixé sur le sort du major que par Mungo-Park. «Simbing, dit Walckenaer, où le major Houghton traça les derniers mots qu’on ait reçus de lui, est une petite ville frontière du royaume de Ludamar, entourée de murailles. Dans ce lieu, le major Houghton se vit abandonné par ses domestiques nègres, qui ne voulurent pas le suivre dans le pays des Maures. Il n’en continua pas moins sa route, et, après avoir surmonté un très grand nombre d’obstacles, il s’avança vers le nord et tenta de traverser le royaume de Ludamar. Il arriva enfin à Jarra, et fit connaissance avec quelques marchands maures qui allaient acheter du sel à Tischet, ville située près des marais salants du grand désert, et à dix journées de marche au nord de Jarra. Là, au moyen d’un fusil et d’un peu de tabac, que le major donna à ces marchands, il les engagea à le mener à Tischet. Quand on songe qu’il prit un tel parti, on ne peut s’empêcher de croire que les Maures avaient cherché à le tromper, soit à l’égard de la route qu’il devait suivre, soit sur l’état du pays situé entre Jarra et Tombouctou.» Au bout de deux jours de marche, Houghton, s’apercevant qu’on le trompait, voulut regagner Jarra; les Maures le dépouillèrent de tout ce qu’il possédait et s’enfuirent. Il fut obligé de retourner à pied à Jarra. Y mourut-il de faim? y fut-il assassiné par les Maures? On ne sait au juste; mais on montra à Mungo-Park l’endroit où il avait péri. La perte des journaux et des observations de Houghton ont rendu presque nuls pour l’avancement de la science ses fatigues et son dévouement. On en est réduit, pour trouver des détails sur son exploration, à les chercher dans les -Proceedings- de la Société Africaine. A ce moment, Mungo-Park, jeune chirurgien écossais, qui venait de faire campagne dans les Indes orientales sur le -Worcester-, apprit que la Société Africaine cherchait un voyageur qui voulût pénétrer dans l’intérieur du continent par la Gambie. Mungo-Park, depuis longtemps désireux d’observer les productions du pays, les mœurs et le caractère de ces peuples, s’offrit pour cette tâche, bien qu’il eût tout lieu d’appréhender que son prédécesseur, le major Houghton, n’eût péri dans sa tentative. Aussitôt accepté par la société, Mungo-Park procéda aux préparatifs du voyage et partit de Portsmouth, le 22 mai 1795, avec de puissantes recommandations pour le docteur Laidley et un crédit de deux cents livres sterling. Débarqué à Gillifrie, à l’embouchure de la Gambie, dans le royaume de Barra, le voyageur remonta la rivière et gagna Pisania, factorerie anglaise du docteur Laidley. Son premier soin fut d’apprendre la langue la plus répandue, le mandingue; puis il rassembla les renseignements nécessaires à l’exécution de ses projets. Ce séjour d’initiation lui avait permis de récolter des informations plus exactes et plus précises que celles de ses prédécesseurs sur les Feloups, les Yolofs, les Foulahs et les Mandingues. Les premiers sont tristes, querelleurs et vindicatifs, mais courageux et fidèles; les seconds forment une nation puissante et belliqueuse, à la peau extrêmement noire. Ils offrent, sauf par la couleur de leur peau et le langage, une très grande ressemblance avec les Mandingues. Ceux-ci sont doux et sociables. Grands et bien faits, ils possèdent des femmes relativement jolies. Enfin, les Foulahs, qui sont les moins foncés, semblent très attachés à la vie pastorale et agricole. La plupart de ces populations sont mahométanes et pratiquent la polygamie. Le 2 décembre, accompagné de deux nègres interprètes et d’un petit bagage, Mungo-Park s’avança dans l’intérieur. Il pénétra d’abord dans le petit royaume de Woolli, dont la capitale, Medina, renferme un millier de maisons. Il visita ensuite Kolor, ville considérable, et arriva, après avoir franchi un désert de deux jours de marche, dans le royaume de Bondou. Les habitants sont Foulahs, professent la religion mahométane et s’enrichissent par le commerce de l’ivoire, quand ils ne sont pas agriculteurs et pasteurs. Le voyageur ne tarda pas à atteindre la Falémé, rivière sortie des montagnes de Dalaba, qui, près de sa source, baigne d’importants gîtes aurifères. A Fatteconda, capitale du Bondou, il fut reçu par le roi, qui se refusait à comprendre qu’on voyageât par curiosité. L’entrevue du voyageur avec les femmes du monarque est assez piquante: «A peine fus-je entré dans leur cour, dit Mungo-Park, que je me vis environné de tout le sérail. Les unes me demandaient des médecines, les autres de l’ambre, et toutes voulaient éprouver ce grand spécifique des Africains, la saignée. Ces femmes étaient au nombre de dix à douze, la plupart jeunes et jolies et portant sur la tête des ornements d’or et des grains d’ambre. «Elles me plaisantèrent avec beaucoup de gaieté sur différents sujets. Elles riaient surtout de la blancheur de ma peau et de la longueur de mon nez, soutenant que l’une et l’autre étaient artificielles. Elles disaient qu’on avait blanchi ma peau en me plongeant dans du lait, lorsque j’étais encore enfant, et qu’on avait allongé mon nez en le pinçant tous les jours jusqu’à ce qu’il eût acquis cette conformation désagréable et contre nature.» En sortant du Bondou par le nord, Mungo-Park entra dans le Kajaaga, auquel les Français donnent le nom de Galam. Le climat de ce pays pittoresque, arrosé par les eaux du Sénégal, est beaucoup plus sain que celui des contrées qui se rapprochent de la côte. Les habitants s’appellent Serawoullis et sont nommés Seracolets par les Français. La couleur de leur peau est d’un noir de jais, et l’on ne peut, à cet égard, les distinguer des Yolofs. «Les Serawoullis, dit Mungo-Park, s’adonnent ordinairement au commerce. Ils en faisaient autrefois un très grand avec les Français, à qui ils vendaient de la poudre d’or et des esclaves. Aujourd’hui, ils fournissent quelques esclaves aux factoreries anglaises établies sur les bords de la Gambie. Ils sont renommés pour la facilité et la loyauté avec lesquelles ils traitent les affaires.» A Joag, Mungo-Park fut dévalisé de la moitié de ses effets par les envoyés du roi, sous prétexte de lui faire payer un droit de passage. Heureusement pour lui, le neveu de Demba-Jego-Jalla, roi de Kasson, qui s’apprêtait à rentrer dans son pays, le prit sous sa protection. Ils gagnèrent ensemble Gongadi, où se trouvent de belles plantations de dattiers, et Samie, sur les bords du Sénégal, à la frontière du Kasson. La première ville qu’on rencontre sur ce territoire est celle de Tiesie, que Mungo-Park atteignit le 31 décembre. Bien accueilli par la population, qui lui vendit très bon marché les provisions dont il avait besoin, le voyageur y subit de la part du frère et du neveu du roi toutes sortes de vexations. Mungo-Park quitta cette ville le 10 janvier 1796, pour se rendre à Kouniakari, capitale du Kasson, pays fertile, riche et bien peuplé, qui peut mettre quarante mille hommes sous les armes. Le roi, plein de bienveillance pour le voyageur, voulait que celui-ci restât dans ses États tant que durerait la guerre entre les royaumes de Kasson et de Kajaaga. A cette guerre ne pouvaient manquer d’être mêlés le Kaarta et le Bambara, que Mungo-Park voulait visiter. Cet avis était prudent, et celui-ci se repentit plus d’une fois de ne l’avoir pas suivi. Mais, impatient de s’avancer dans l’intérieur, le voyageur ne voulut rien écouter et gagna le Kaarta, aux plaines unies et sablonneuses. Sur sa route, il rencontrait une foule d’habitants qui s’enfuyaient dans le Kasson pour éviter les horreurs de la guerre. Ce spectacle ne l’arrêta pas, et il continua son chemin jusqu’à la capitale du Kaarta, située dans une plaine fertile et découverte. [Illustration: Portrait de Mungo-Park. (-Fac-simile. Gravure ancienne.-)] Le roi Daisy-Kourabari reçut avec affabilité le voyageur, voulut le détourner d’entrer dans le Bambara, et, voyant ses efforts inutiles, il lui conseilla, pour éviter de passer au milieu des combattants, d’entrer dans le royaume de Ludamar, habité par des Maures. De là il pourrait pénétrer dans le Bambara. Pendant le cours de ce voyage, Mungo-Park vit les nègres se nourrir d’une sorte de pain, au goût de pain d’épices, fait avec les baies du lotus. Cette plante, le -rhamnus lotus-, croît spontanément dans la Sénégambie, la Nigritie et le pays de Tunis. [Illustration: Itinéraire du voyage de Mungo-Park.] «Ainsi, dit Mungo-Park, on ne peut guère douter que ce ne soit le fruit de ce même lotus dont Pline dit que se nourrissaient les Lotophages de la Lybie. J’ai mangé du pain de lotus, et je crois qu’une armée peut fort bien avoir vécu d’un pareil pain, comme Pline rapporte qu’ont vécu les Lybiens. Le goût de ce pain est même si doux et si agréable, qu’il y a apparence que les soldats ne s’en plaignaient pas.» Mungo-Park arriva le 22 février à Jarra, ville considérable, aux maisons de pierre, habitée par des nègres venus du midi pour se mettre sous la protection des Maures, auxquels ils payent un tribut considérable. Le voyageur obtint d’Ali, roi de Ludamar, la permission de traverser ses États sans recevoir d’injures. Malgré cette assurance, Mungo-Park fut presque entièrement dépouillé par les Maures fanatiques de Deena. A Sampaka, à Dalli, villes considérables, à Samée, petit village heureusement situé, le voyageur reçut si bon accueil, qu’il se voyait déjà parvenu dans l’intérieur de l’Afrique, lorsque parut une troupe des soldats d’Ali qui l’emmenèrent à Benowm, camp de ce souverain. «Ali, dit Mungo-Park, assis sur un coussin de maroquin noir, était occupé à rogner quelques poils de sa moustache, tandis qu’une femme esclave tenait un miroir devant lui. C’était un vieillard de la race des Arabes. Il portait une longue barbe blanche et il avait l’air sombre et de mauvaise humeur. Il me considéra très attentivement. Ensuite, il demanda à mes conducteurs si je parlais la langue arabe. Ils lui répondirent que non. Il en parut très étonné, et il garda le silence. Les personnes qui étaient auprès de lui, et surtout les femmes, ne faisaient pas de même. Elles m’accablaient de questions, regardaient toutes les parties de mes vêtements, fouillaient dans mes poches et m’obligeaient à déboutonner mon gilet pour examiner la blancheur de ma peau. Elles allèrent même jusqu’à compter les doigts de mes pieds et de mes mains, comme si elles avaient douté que j’appartinsse véritablement à l’espèce humaine.» Étranger, sans protection, chrétien, passant pour espion, Mungo-Park fournit aux Maures l’occasion d’exercer à leur gré l’insolence, la férocité et le fanatisme qui les distinguent. Insultes, outrages, coups, rien ne lui fut épargné. C’est ainsi qu’on voulut le transformer en barbier; mais sa maladresse, qui lui fit entamer le cuir chevelu du fils d’Ali, le dispensa de ce métier peu honorifique. Pendant cette captivité, Mungo-Park recueillit quelques renseignements sur Tombouctou, cette ville dont l’accès est si difficile pour les Européens, ce -desideratum- de tous les voyageurs africains. «Houssa, lui dit un schérif, est la plus grande ville que j’aie jamais vue. Walet est plus grand que Tombouctou; mais, comme elle est éloignée du Niger, et que son principal commerce est en sel, on y voit beaucoup moins d’étrangers. De Benowm à Walet il y a dix journées de marche. En se rendant d’un de ces lieux à l’autre, on ne voit aucune ville remarquable, et l’on est obligé de se nourrir du lait qu’on achète des Arabes, dont les troupeaux paissent autour des puits ou des mares. On traverse pendant deux jours un pays sablonneux dans lequel on ne trouve point d’eau. «Il faut ensuite onze jours pour se rendre de Walet à Tombouctou. Mais l’eau est beaucoup moins rare sur cette route, et l’on y voyage ordinairement sur des bœufs. On voit à Tombouctou un grand nombre de juifs, qui tous parlent arabe et se servent des mêmes prières que les Maures.» Cependant, les événements de la guerre déterminèrent Ali à se rendre à Jarra. Mungo-Park, qui avait su se faire une alliée de la sultane favorite Fatima, obtint d’accompagner le roi. En se rapprochant ainsi du théâtre des événements, le voyageur espérait trouver une occasion favorable pour s’échapper. En effet, le roi du Kaarta, Daisy Kourabari, ne tarda pas à s’avancer victorieusement contre la ville de Jarra. La plupart des habitants prirent la fuite, et Mungo-Park fit comme eux. Il trouva bientôt le moyen de s’enfuir; mais son interprète refusa de l’accompagner. Il dut donc partir, pour le Bambara, seul et sans aucune ressource. La première ville qu’il rencontra fut Wawra; elle appartient proprement au Kaarta, qui, en ce moment, était tributaire de Mansong, roi de Bambara. «Le 7 juillet au matin, lorsque j’étais prêt à partir, dit Mungo-Park, mon hôte, avec beaucoup d’embarras, me pria de lui donner un peu de mes cheveux. On lui avait dit, ajouta-t-il, que des cheveux d’un blanc étaient un -saphis- (talisman) qui donnait à celui qui le portait toute l’instruction des blancs. Je n’avais jamais entendu parler d’un mode si simple d’éducation; mais je me prêtai sur-le-champ à ses désirs. Le pauvre homme avait une si grande envie d’apprendre, que, moitié coupant, moitié arrachant, il me tondit d’assez près tout un côté de la tête; il en aurait fait tout autant de l’autre, si je n’eusse témoigné quelque mécontentement et si je ne lui avais pas dit que je voulais réserver pour quelque autre occasion une partie de cette précieuse matière.» Gallou, puis Mourja, grande ville fameuse par son commerce de sel, furent traversées au milieu de péripéties, de fatigues et de privations sans nombre. En approchant de Sego, Mungo-Park put enfin apercevoir le Djoliba. «Regardant devant moi, dit-il, je vis avec un extrême plaisir le grand objet de ma mission, le majestueux Niger que je cherchais depuis longtemps. Large comme la Tamise l’est à Westminster, il étincelait des feux du soleil et coulait lentement -vers l’orient-. Je courus au rivage, et, après avoir bu de ses eaux, j’élevai mes mains au ciel, en remerciant avec ferveur l’Ordonnateur de toutes choses de ce qu’il avait couronné mes efforts d’un succès si complet. «Cependant, la pente du Niger vers l’est et les points collatéraux de cette direction ne me causèrent aucune surprise; car, quoique à mon départ d’Europe j’eusse de grands doutes à ce sujet, j’avais fait, dans le cours de mon voyage, tant de questions sur ce fleuve, et des nègres de diverses nations m’avaient assuré si souvent et si positivement que son cours allait vers le -soleil levant-, qu’il ne me restait sur ce point presque plus d’incertitude, d’autant que je savais que le major Houghton avait recueilli, de la même manière, des informations pareilles. «La capitale du Bambara, Sego, où j’arrivais alors, consiste proprement en quatre villes distinctes, deux desquelles sont situées sur la rive septentrionale du fleuve et s’appellent Sego-Korro et Sego-Bou. Les deux autres sont sur la rive méridionale et portent les noms de Sego-Sou-Korro et Sego-See-Korro. Toutes sont entourées de grands murs de terre. Les maisons sont construites en argile; elles sont carrées et leurs toits sont plats; quelques-unes ont deux étages; plusieurs sont blanchies. «Outre ces bâtiments, on voit, dans tous les quartiers, des mosquées bâties par les Maures. Les rues, quoique étroites, sont assez larges pour tous les usages nécessaires dans un pays où les voitures à roues sont absolument inconnues. D’après toutes les notions que j’ai pu recueillir, j’ai lieu de croire que Sego contient dans sa totalité environ trente mille habitants. «Le roi de Bambara réside constamment à Sego-See-Korro; il emploie un grand nombre d’esclaves à transporter les habitants d’un côté à l’autre de la rivière. Le salaire qu’ils reçoivent de ce travail, quoiqu’il ne soit que de dix cauris par personne, fournit au roi, dans le cours d’une année, un revenu considérable.» Influencé par les Maures, le roi ne voulut pas recevoir le voyageur et lui interdit le séjour de sa capitale, où, d’ailleurs, il n’aurait pu le soustraire aux mauvais traitements. Mais, pour ôter à son refus tout caractère de mauvais vouloir, il envoya à Mungo-Park un sac de cinq mille cauris, à peu près vingt-cinq francs de notre monnaie, pour acheter des vivres. Le messager du roi devait, en outre, servir de guide au voyageur jusqu’à Sansanding. Toute protestation, toute récrimination était impossible; il n’y avait qu’à s’exécuter; c’est ce que fit Mungo-Park. Avant d’arriver à Sansanding, il assista à la récolte du beurre végétal que produit un arbre appelé -Shea-. «Cet arbre, dit la relation, croît abondamment dans toute cette partie du Bambara. Il n’est pas planté par les habitants, mais on le trouve croissant naturellement dans les bois. Il ressemble beaucoup à un chêne américain, et le fruit, avec le noyau duquel, séché au soleil et bouilli dans l’eau, on prépare le beurre végétal, ressemble un peu à l’olive d’Espagne. Le noyau est enveloppé d’une pulpe douce que recouvre une mince écorce verte. Le beurre qui en provient, outre l’avantage qu’il a de se conserver toute l’année sans sel, est plus blanc, plus ferme, et, à mon goût, plus agréable qu’aucun beurre de lait de vache que j’aie jamais mangé. C’est un des principaux articles du commerce intérieur de ces contrées.» Sansanding, ville de huit à dix mille habitants, est un marché fréquenté par les Maures, qui y apportent, de la Méditerranée, des verroteries qu’ils échangent contre de la poudre d’or et de la toile de coton. Mungo-Park n’eut pas la liberté de s’arrêter en ce lieu, et dut, à cause des importunités des habitants et des perfides insinuations des Maures fanatiques, continuer son voyage. Son cheval étant épuisé par les fatigues et les privations, il dut s’embarquer sur le Niger ou Djoliba, comme disent les habitants. A Mourzan, village de pêcheurs situé sur la rive septentrionale du fleuve, force fut à Mungo-Park de renoncer à pousser plus loin ses découvertes. Plus il s’enfonçait dans l’est en descendant le fleuve, plus il se mettait entre les mains des Maures. La saison des pluies était commencée, et il ne serait bientôt plus possible de voyager qu’en canot. Or, son extrême dénûment empêchait Mungo-Park de louer une embarcation, et il était réduit à vivre de la charité publique. S’enfoncer plus avant dans cette direction, c’était non seulement courir au devant de la mort, mais encore vouloir ensevelir avec soi le fruit de ses travaux et de ses fatigues. Certes, le retour à Gambie n’était pas facile; il y avait plusieurs centaines de milles à faire, à pied, à travers des contrées difficiles, mais l’espoir du retour le soutiendrait sans doute! «Avant de quitter Silla, dit le voyageur, je crus convenable de prendre, des marchands maures et nègres, toutes les informations que je pourrais me procurer, soit sur le cours ultérieur du Niger vers l’est, soit sur la situation et l’étendue des royaumes qui l’avoisinent.... «A deux journées de marche de Silla est la ville de Djenné, qui est située sur une petite île du fleuve, et qui contient, dit-on, plus d’habitants que Sego et même qu’aucune autre ville du Bambara. A deux jours de distance, la rivière s’étend et forme un lac considérable appelé -Dibby- «le lac obscur». Tout ce que j’ai pu savoir sur l’étendue de ce lac, c’est qu’en le traversant de l’ouest à l’est, les canots perdent la terre de vue pendant un jour entier. L’eau sort de ce lac en plusieurs courants, qui finissent par former deux grands bras de rivière, dont l’un coule vers le nord est et l’autre vers l’est. Mais ces bras se réunissent à Kabra, qui est à une journée de marche au sud de Tombouctou et qui forme le port ou le lieu d’embarquement de cette ville. L’espace qu’enferment les deux courants s’appelle -Jinbala-; il est habité par des nègres. La distance entière, par terre, de Djenné à Tombouctou est de douze jours de marche. «Au nord-est de Masina est le royaume de Tombouctou, le grand objet des recherches des Européens. La capitale de ce royaume est un des principaux marchés du grand commerce que les Maures font avec les nègres. L’espoir d’acquérir des richesses dans ce négoce, et le zèle de ces peuples pour leur religion ont peuplé cette grande ville de Maures et de convertis mahométans. Le roi lui-même et les principaux officiers de l’État sont plus sévères, plus intolérants dans leurs principes, qu’aucune des autres tribus maures de cette partie de l’Afrique.» Mungo-Park dut donc revenir sur ses pas, et, par des chemins qu’avaient détrempés les pluies et l’inondation, traverser Mourzan, Kea, Modibou, où il retrouva son cheval, Nyara, Sansanding, Samée, Sai, entourée de fossés profonds et de hautes murailles aux tours carrées, Jabbée, ville considérable d’où l’on aperçoit de hautes montagnes, et, enfin, Taffara, où il fut reçu avec peu d’hospitalité. Au village de Souha, Mungo-Park essaya d’obtenir par charité quelques grains du «douty», qui lui répondit n’avoir rien dont il pût se passer. «Tandis que j’examinais la figure de cet homme inhospitalier, dit Mungo-Park, et que je cherchais à démêler la cause d’un air d’humeur et de mécontentement qu’exprimaient ses traits, il appela un esclave qui travaillait dans un champ voisin et lui ordonna d’apporter avec lui sa bêche; lui montrant ensuite un endroit peu éloigné, il lui dit de faire un trou dans la terre. L’esclave, avec son outil, commença à creuser la terre, et le douty, qui paraissait un homme impatient, marmotta et parla tout seul, jusqu’à ce que le trou fût presque fini. Il prononça alors deux fois de suite les mots -dankatou- (bon à rien), -jankra lemen- (une vraie peste), expressions que je crus ne pouvoir s’appliquer qu’à moi. «Comme le trou avait assez l’apparence d’une fosse, je trouvai prudent de remonter à cheval, et j’allais décamper, lorsque l’esclave, qui venait d’aller au village, en revint, et apporta le corps d’un enfant mâle, d’environ neuf ou dix ans, parfaitement nu. Le nègre portait le corps par un bras et une jambe, et le jeta dans la fosse avec une indifférence barbare dont je n’avais jamais vu d’exemple. Pendant qu’il le couvrait de terre, le douty répétait: -naphula attiniata- (argent perdu), d’où je conclus que l’enfant avait été un de ses esclaves.» Le 21 août, Mungo-Park quitta Koulikorro, où il s’était procuré des aliments en écrivant des saphis pour plusieurs habitants, et gagna Bammakou, où se tient un grand marché de sel. Près de là, du haut d’une éminence, le voyageur put apercevoir une grande chaîne de montagnes située dans le pays de Kong, dont le souverain pouvait mettre sur pied une armée plus nombreuse que celle du roi de Bambara. Dépouillé par des brigands du peu qu’il possédait, le malheureux Mungo-Park, au milieu d’un immense désert, pendant la saison pluvieuse, à cinq cents lieues de l’établissement européen le plus voisin, se sentit un moment à bout de force et d’espoir. Mais ce fut une crise de peu de durée. Reprenant courage, il atteignit la ville de Sibidoulou, dont le «mansa» ou chef lui fit retrouver son cheval et ses habits qui lui avaient été volés par des brigands foulahs, puis Kamalia, où Karfa Taura lui proposa de gagner la Gambie, après la saison des pluies, avec une caravane d’esclaves. Épuisé, sans ressources, attaqué de la fièvre, qui pendant cinq semaines l’empêcha de sortir, Mungo-Park fut contraint de s’arrêter à ce parti. Le 19 avril fut le jour du départ de la caravane pour la côte. Avec quelle joie Mungo-Park salua son lever, on peut aisément le deviner! Après avoir traversé le désert de Jallonka et passé le bras principal du Sénégal, puis la Falémé, la caravane atteignit enfin les bords de la Gambie et Pisania, où Mungo-Park tomba, le 12 juin 1797, dans les bras du docteur Laidley, qui ne comptait plus le revoir. Le 22 septembre, Mungo-Park rentrait en Angleterre. L’enthousiasme fut tel, à l’annonce de ses découvertes, si grande était l’impatience avec laquelle on attendait la relation de ce voyage, assurément le plus important qui eût été fait dans cette partie de l’Afrique, que la Société Africaine dut lui permettre de publier, à son profit, un récit abrégé de ses aventures. On lui devait sur la géographie, les mœurs et les coutumes du pays, plus de faits importants que n’en avaient recueilli tous les voyageurs qui l’avaient précédé. C’est lui qui venait de fixer la position des sources du Sénégal et de la Gambie, et relever le cours du Niger ou Djoliba, coulant vers l’est alors que la Gambie descendait à l’ouest. C’était mettre fin, par des faits positifs, à un débat qui avait jusqu’alors divisé les géographes. En même temps, il n’y avait plus moyen de confondre ces trois fleuves comme l’avait fait, en 1707, le géographe français Delisle, qui nous présentait le Niger courant vers l’est depuis le Bornou, et se terminant par le fleuve du Sénégal à l’ouest. Mais lui-même avait reconnu et corrigé cette erreur dans ses cartes, de 1722 à 1727, sans doute d’après les informations recueillies par André Brue, le gouverneur du Sénégal pour la Compagnie. Houghton avait bien reçu, des naturels, des renseignements assez précis sur la source du Niger dans le pays de Manding, sur la position approximative de Sego, de Djenné et de Tombouctou; mais il appartenait à Mungo-Park de fixer définitivement, -de visu-, la position de ces deux premières villes, et de nous donner, sur la nature du pays et les différentes peuplades qui l’habitent, des détails bien plus circonstanciés que ceux que l’on possédait. [Illustration: Indigènes du Sénégal.] Aussi, comme nous l’avons dit plus haut, l’opinion publique ne s’était-elle pas trompée sur l’importance de ce voyage, sur l’habileté, le courage et la véracité de celui qui l’avait exécuté. Un peu plus tard, le gouvernement anglais voulut confier à Mungo-Park le commandement d’une expédition pour l’intérieur de l’Australie, mais le voyageur refusa. [Illustration: Un Boschiman. (-Fac-simile. Gravure ancienne.-)] Quelques années après, en 1804, la Société Africaine, résolue à compléter la découverte du Niger, proposa à Mungo-Park la direction d’une nouvelle campagne d’exploration. Mungo-Park ne crut pas pouvoir refuser, cette fois, et, le 30 janvier 1805, il quitta l’Angleterre. Deux mois après, il débarquait à Gorée. Mungo-Park était accompagné du chirurgien Anderson, son beau-frère, du dessinateur Georges Scott et de cinq artilleurs. Il était, en outre, autorisé à s’adjoindre le nombre de soldats qu’il jugerait nécessaire, et un crédit de cent mille francs lui était ouvert. «Ces ressources, dit Walckenaer dans son -Histoire des voyages-, si grandes en comparaison de celles qu’avaient pu lui fournir les souscriptions particulières de la Société Africaine, furent, suivant nous, ce qui contribua en partie à sa perte. La rapace exigence des monarques africains s’accrut en raison des richesses qu’ils supposaient à notre voyageur, et la nécessité de se soustraire à l’énormité de demandes qu’il n’aurait pu satisfaire fut en partie la cause de la catastrophe qui mit fin à cette expédition.» Quatre charpentiers, un officier et trente-cinq soldats d’artillerie, ainsi qu’un marchand mandingue appelé Isaac, qui devait servir de guide, composaient, avec les chefs de l’expédition déjà nommés, une importante caravane. Le 27 avril 1805, Mungo-Park quitta Cayee, arriva le lendemain à Pisania, d’où il était parti, dix ans auparavant, pour entreprendre son premier voyage, et se dirigea dans l’est, suivant la route autrefois parcourue jusqu’à Bambakou, sur les bords du Niger. De tous les Européens, il ne restait plus, lorsque la caravane y arriva, que six soldats et un charpentier. Tous les autres avaient succombé à la fatigue, aux fièvres, aux maladies causées par les inondations. Les exactions des petits potentats, dont l’expédition avait traversé les États, avaient été telles, que le stock des marchandises d’échange était considérablement réduit. Bientôt Mungo-Park commit une grave imprudence. A Sansanding, ville de onze mille habitants, il avait remarqué que le marché était très assidûment suivi et qu’on y vendait des grains de collier, de l’indigo, de l’antimoine, des bagues, des bracelets et mille autres objets qui n’avaient pas le temps de se détériorer avant d’être enlevés par les acheteurs. «Il ouvrit, dit Walckenaer, une boutique dans le grand genre, et étala un assortiment choisi des marchandises d’Europe, à vendre en gros ou en détail. Mungo-Park croit que le grand débit qu’il en fit lui attira l’envie des marchands, ses confrères. Les gens de Djenné, les Maures, les marchands de Sansanding se joignirent à ceux de Sego, et offrirent, en présence de Modibinne, qui a lui-même rapporté le fait à Mungo-Park, de donner à Mansong une quantité de marchandises d’un plus grand prix que tous les présents qu’il avait reçus de notre voyageur, s’il voulait s’emparer de son bagage, et ensuite le tuer ou le chasser du Bambara. Mungo-Park n’en continua pas moins à ouvrir tous les jours sa boutique, et il reçut, dans une seule journée de marché, vingt-cinq mille sept cent cinquante-six pièces de monnaie ou cauris.» Le 28 octobre, Anderson mourut après quatre mois de maladie, et Mungo-Park se vit, une seconde fois, seul au milieu de l’Afrique. Il avait reçu la permission du roi Mansong de construire à Sansanding une embarcation qui lui permettrait de descendre le Niger; il lui donna le nom de -Djoliba- et fixa son départ au 16 novembre. C’est là que se termine son journal par des détails sur les populations riveraines du fleuve et sur la géographie de ces contrées qu’il avait été le premier à découvrir. Parvenu en Europe, ce journal, tout informe qu’il était, fut publié, dès qu’on eut acquis la triste certitude que son auteur avait péri dans les eaux du Djoliba. A proprement parler, il ne contenait aucune nouvelle découverte, mais on savait qu’il serait utile à la science géographique. Plus instruit, en effet, Mungo-Park avait déterminé la position astronomique des villes les plus importantes, ce qui allait donner des bases sérieuses à une carte de la Sénégambie. Cette carte fut confiée à Arrow-Smith, qui, dans un court avertissement, se contenta de déclarer que, trouvant de grandes différences entre les positions des lieux données par les journées de marche et celles fournies par les observations astronomiques, il lui avait été impossible de les concilier, mais que, se rapportant à ces dernières, il avait été obligé de rejeter plus au nord la route suivie par Mungo-Park durant son premier voyage. Il y avait là un fait bizarre que devait débrouiller un homme à l’esprit encyclopédique, le Français Walckenaer, tour à tour ou en même temps préfet, géographe, littérateur. Il découvrit, dans le journal de Mungo-Park, une erreur singulière que ni l’éditeur anglais, ni le traducteur français, qui a commis les plus grossières légèretés, n’avaient relevée. Ce journal contenait le récit de ce que Mungo-Park avait fait le «31 avril.» Or, tout le monde sait que ce mois n’a que trente jours. Il résultait de là que, pendant tout le cours du voyage, Mungo-Park avait fait l’erreur d’un jour entier, et qu’il avait, dans ses calculs, employé les déclinaisons de la veille en croyant faire usage de celles du jour. Il y eut donc des modifications importantes à faire à la carte d’Arrow-Smith; mais il n’en résulte pas moins, une fois les inexactitudes de Mungo-Park reconnues, qu’il rapportait la première base sérieuse d’une carte de la Sénégambie. Bien que les rapports faits au gouvernement anglais ne laissassent guère de prise au doute, cependant, comme certains récits annonçaient que des blancs avaient été vus dans l’intérieur de l’Afrique, le gouverneur du Sénégal envoya une expédition dont il confia le commandement au marchand nègre Isaac, ancien guide de Mungo-Park qui avait fidèlement remis le journal de ce dernier entre les mains des autorités anglaises. Nous ne nous étendrons pas sur le récit de ce voyage qui ne contient aucun fait nouveau, et nous n’en retiendrons que la partie relative aux derniers jours de Mungo-Park. A Sansanding, Isaac avait retrouvé Amadi Fatouma, nègre qui accompagnait Mungo-Park sur le Djoliba, lorsqu’il périt, et il reçut de lui la déposition suivante: «Nous nous embarquâmes à Sansanding et nous gagnâmes en deux jours Silla, lieu où Mungo-Park avait terminé son premier voyage. «Deux jours de navigation nous conduisirent ensuite à Djenné. Lorsque nous passâmes à Dibby, trois canots remplis de nègres armés de piques de lances et d’arcs, mais sans armes à feu, vinrent après nous. On passa successivement devant Racbara et Tombouctou, où l’on fut de nouveau poursuivi par trois canots, qu’il fallut repousser par la force et en tuant toujours plusieurs naturels. A Gouroumo, sept canots voulurent encore nous attaquer et furent battus. On livra encore ensuite plusieurs combats, à la grande perte des nègres, jusqu’à Kaffo, où l’on s’arrêta pendant un jour. On descendit ensuite le fleuve jusqu’à Carmusse, et l’on jeta l’ancre à Gourmon. Le lendemain, on aperçut une armée de Maures, qui laissèrent tranquillement passer le canot. «On entra alors dans le pays des Haoussa. Le jour suivant, on arriva à Yaour. Amadi Fatouma fut envoyé dans cette ville pour porter des présents au chef et acheter des provisions. Ce nègre demanda, avant d’accepter les présents, si le voyageur blanc reviendrait visiter son pays. Mungo-Park, à qui cette question fut rapportée, crut devoir répondre qu’il n’y reviendrait jamais. On a pensé que ces paroles causèrent sa mort. Le chef nègre, certain de ne revoir jamais Mungo-Park, prit, dès lors, la résolution de s’emparer des présents destinés au roi. «Cependant Amadi Fatouma se rendit à la résidence du roi, située à quelques centaines de pas de la rivière. Ce prince, averti du passage des voyageurs blancs, envoya le lendemain une armée dans le petit village de Boussa, sur le bord du fleuve. Lorsque l’embarcation parut, elle fut assaillie par une pluie de pierres et de flèches. Park fit jeter les bagages dans le fleuve et s’y précipita avec ses compagnons; tous y périrent.» Ainsi finit misérablement le premier Européen qui ait navigué sur le cours du Djoliba et visité Tombouctou. Bien des efforts devaient être faits dans la même direction. Presque tous devaient échouer. A la fin du XVIIIe siècle, deux des meilleurs élèves de Linné parcouraient en naturalistes le sud de l’Afrique. C’étaient Sparrman pour les quadrupèdes et Thunberg pour les plantes. Le récit de l’exploration de Sparrman, interrompue, comme nous l’avons dit, par son voyage en Océanie, à la suite de Cook, parut le premier et fut traduit en français par Le Tourneur. Dans sa préface,--les traducteurs n’en font jamais d’autre,--Le Tourneur déplorait la perte de ce savant voyageur, mort pendant un voyage à la Côte-d’Or. Au moment même où l’ouvrage paraissait, Sparrman vint rassurer sur son sort le bon Le Tourneur, légèrement ahuri de sa bévue. Le 30 avril 1772, Sparrman mit le pied sur la terre d’Afrique et débarqua au cap de Bonne-Espérance. A cette époque, la ville était petite et ne comptait pas plus de deux mille pas de long sur autant de large, en y comprenant même les jardins et les vergers qui la terminent d’un côté. Les rues étaient larges, plantées de chênes, bordées de maisons blanchies à l’extérieur ou peintes en vert, ce qui ne laissa pas d’étonner Sparrman. Venu au Cap pour servir de précepteur aux enfants de M. Kerste, il ne trouva celui-ci qu’à False-Bay, sa résidence d’hiver. Dès que revint le printemps, Sparrman accompagna M. Kerste à Alphen, propriété que celui-ci possédait près de Constance. Le naturaliste en profita pour faire quelques excursions dans les environs et escalader la montagne de la Table, ce qui ne fut pas sans danger. Ces promenades lui permirent en même temps de connaître la manière de vivre des boers et leurs relations avec leurs esclaves. Les dispositions de ces derniers étaient telles, que chaque habitant était obligé de fermer, durant la nuit, la porte de sa chambre et de tenir près de lui ses armes chargées. Quant aux colons, ils étaient, pour la plupart, d’une bonhomie rude, d’une hospitalité brutale, dont Sparrman 1 2 3 . - - - - 4 . - - . - - - 5 . - - . - - . - - 6 , . - - 7 . - - . - - 8 . - - . - - . 9 10 11 , , , 12 13 , 14 , . 15 - , , , 16 , , , 17 , 18 . , 19 - , , 20 . 21 22 , 23 , , . , 24 , 25 , , , 26 27 . 28 29 30 : 31 32 « 33 - - ( ) 34 , . 35 , 36 ; 37 , . 38 39 , 40 . 41 , , 42 ; 43 . 44 , 45 , , 46 : - - . 47 48 « 49 , , 50 , , , 51 , 52 - - . 53 - - , 54 , 55 , , , 56 - - 57 . » 58 59 , 60 , , . 61 - 62 . 63 64 65 66 . 67 , 68 , , 69 - , . 70 71 . 72 , - - , 73 , 74 75 . 76 77 78 . 79 - 80 . 81 . 82 83 , 84 . , 85 86 . , , 87 , , , 88 , 89 . 90 . 91 92 , 93 94 , , . 95 , , . 96 , 97 . 98 . , 99 , . 100 101 . 102 , , 103 . 104 , 105 . 106 107 , 108 , 109 . , 110 , , , 111 , . 112 : « 113 , 114 . » 115 116 , , 117 . 118 , , 119 . 120 121 , 122 123 . , 124 , ; 125 , 126 . , 127 , , 128 129 . 130 131 , , 132 , , 133 . , 134 . , 135 . . 136 . 137 . , 138 , , 139 , , 140 , . 141 . 142 143 , , 144 , . 145 , , , 146 . 147 , , , 148 , . 149 , 150 , 151 , , . 152 . , 153 , . 154 , . 155 , 156 . , 157 , ; 158 . 159 160 , , . 161 . 162 , , 163 , 164 ; 165 , . 166 : , 167 , , , 168 , ; , 169 , . 170 171 , , 172 . 173 . , , 174 , , . 175 , , 176 , , , . 177 , , , 178 , , , 179 . 180 , , , . 181 182 [ : 183 . ] 184 185 186 . , 187 . 188 ( ) 189 - , , , . 190 191 [ : . 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