pénible, mais endurer des tracasseries, des persécutions, des exactions
telles que, pour les faire cesser, le major Campbell se vit forcé de
faire brûler ses marchandises, briser ses fusils, et noyer sa poudre.
A tant de fatigues, à la ruine de ses espérances, à l'échec complet de
sa tentative, le major Campbell ne put résister, et il mourut, avec
plusieurs de ses officiers, à l'endroit même où s'était éteint le major
Peddie. Ce qui restait de l'expédition regagna avec peine Sierra-Leone.
Un peu plus tard, ce sont Richtie et le capitaine Georges-Francis Lyon,
qui, profitant du prestige que le bombardement d'Alger vient d'apporter
au pavillon britannique et des relations que le consul anglais de
Tripoli a su se créer parmi les personnages importants de la Régence,
entreprennent de suivre la route tracée par Hornemann et de pénétrer
jusqu'au centre même de l'Afrique.
Le 25 mars 1819, ces voyageurs partent de Tripoli avec
Mohammed-el-Moukni, bey du Fezzan, qui prend le titre de sultan sur son
territoire. Grâce à cette puissante escorte, Richtie et Lyon arrivent
sans encombre jusqu'au Mourzouk. Mais là, les fatigues du voyage à
travers le désert, les privations, les ont tellement épuisés, que
Richtie meurt le 20 novembre. Lyon, longtemps malade, ne se rétablit
que pour déjouer les entreprises perfides du sultan, qui, spéculant
déjà sur la mort des voyageurs, cherche à s'emparer de leurs bagages.
Lyon ne peut donc s'avancer au delà des frontières méridionales du
Fezzan; mais il a cependant le temps de recueillir de précieuses
informations sur les principales villes de cet État et sur la langue
des habitants. En même temps, on lui doit les premiers renseignements
authentiques relatifs aux Touaregs, ces sauvages habitants du grand
désert, sur leur religion, leurs coutumes, leur langage et leur costume
singulier.
La relation du capitaine Lyon est également riche en détails, non plus
vus, mais triés avec soin, sur le Bornou, le Wadaï et le Soudan en
général.
Les résultats obtenus n'étaient pas pour satisfaire l'avidité anglaise,
qui voulait ouvrir à ses négociants les riches marchés de l'intérieur.
Aussi, les propositions faites au gouvernement par un Écossais, le
docteur Walter Oudney, qu'avaient enflammé les récits de Mungo-Park,
furent-elles accueillies favorablement. Il avait pour ami un lieutenant
de vaisseau, de trois ans plus âgé que lui, Hugues Clapperton, qui
s'était distingué sur les lacs canadiens et en maintes circonstances,
mais auquel la pacification de 1815 avait créé des loisirs forcés en le
réduisant à la demi-solde.
La confidence que le docteur Oudney fit à Clapperton de son projet
de voyage le décida sur-le-champ à faire partie de cette aventureuse
expédition. Le docteur Oudney sollicita du ministère l'aide de cet
officier entreprenant, dont les connaissances spéciales lui devaient
être du plus grand secours. Lord Bathurst ne fit aucune difficulté,
et les deux amis, après avoir reçu des instructions détaillées,
s'embarquèrent pour Tripoli, où ils apprirent bientôt qu'ils allaient
avoir pour chef le major Dixon Denham.
Né à Londres, le 31 décembre 1785, Denham avait d'abord été commis chez
un régisseur de grandes propriétés rurales. Entré dans l'étude d'un
attorney, son peu de goût pour les affaires, son caractère audacieux,
en quête d'aventures, l'avaient bientôt poussé à s'engager dans un
régiment qui partait pour l'Espagne. Jusqu'en 1815, il s'était battu;
puis, il avait mis ses loisirs à profit pour visiter la France et
l'Italie.
Amoureux de la gloire, Denham avait cherché la carrière qui pût lui
donner rapidement, même au péril de la vie, les satisfactions qu'il
ambitionnait, et il s'était déterminé pour celle d'explorateur. Chez
lui, l'action suivait de près la pensée. Il proposa au ministère de
se rendre à Tembouctou par la route que Laing devait suivre plus
tard. Lorsqu'il apprit quelle mission avait été confiée au lieutenant
Clapperton et au docteur Oudney, il sollicita la faveur de leur être
adjoint.
Sans retard, muni des objets qu'il croit nécessaires à son expédition,
après avoir engagé un habile charpentier, nommé William Hillman, Denham
s'embarque pour Malte et rejoint ses futurs compagnons de voyage à
Tripoli, le 21 novembre 1821. Le nom anglais jouissait à cette époque
d'un très grand prestige, non seulement dans les États barbaresques, à
cause du récent bombardement d'Alger, mais aussi parce que le consul
de la Grande-Bretagne à Tripoli avait su, par une politique habile, se
maintenir en bons termes avec le gouvernement de la régence.
Cette influence n'avait même pas tardé à rayonner hors de ce cercle
restreint. La nationalité de certains voyageurs, la protection dont
l'Angleterre avait entouré la Porte, le bruit de ses luttes et de
ses victoires dans l'Inde, tout cela avait vaguement pénétré dans
l'intérieur de l'Afrique, et le nom anglais, sans qu'on pût donner des
détails précis, y était désormais connu. La route de Tripoli au Bornou
était aussi sûre que celle de Londres à Édimbourg, à en croire le
consul britannique. C'était donc le moment de profiter de facilités qui
pourraient bien ne pas se représenter de sitôt.
Les trois voyageurs, après un bienveillant accueil du bey, qui mit ses
ressources à leur disposition, s'empressèrent de quitter Tripoli.
Grâce à l'escorte fournie par lui, ils purent gagner facilement
Mourzouk, la capitale du Fezzan, le 8 avril 1822.
En certaines localités, ils avaient même été reçus avec une
bienveillance et des transports qui touchaient presque à l'enthousiasme.
«A Sockna, raconte Denham, le gouverneur vint à notre rencontre et nous
aborda dans la plaine. Il était accompagné des principaux habitants
et de plusieurs centaines de paysans, qui entouraient nos chevaux,
nous baisaient les mains avec toute l'apparence de la franchise et
du plaisir. Nous entrâmes ainsi dans la ville. Les mots: -Inglesi!
Inglesi!- étaient répétés par la foule, et cette réception nous était
d'autant plus agréable que nous étions les premiers Européens qui
n'eussent point changé d'habit, et je suis persuadé que notre réception
eût été beaucoup moins amicale, si nous avions voulu passer pour
Mahométans et nous abaisser au rôle d'imposteurs.»
Mais, à Mourzouk, devaient se renouveler toutes les tracasseries qui
avaient paralysé Hornemann. Toutefois, les circonstances, comme les
hommes, étaient changées. Sans se laisser éblouir par les grands
honneurs que le sultan leur rendait, les Anglais, qui visaient au
sérieux, demandèrent l'escorte nécessaire pour gagner le Bornou.
Il était impossible de partir avant le printemps suivant, leur
répondait-on, à cause de la difficulté de réunir la «kafila», ou
caravane, et les troupes qui devaient l'escorter à travers des régions
désertes.
Cependant, un riche marchand, du nom de Bou-Baker-Bou-Khaloum, ami
particulier du pacha, fit entendre aux Anglais que, s'il recevait
quelques présents, il se faisait fort d'aplanir bien des difficultés.
Il se chargeait même de les conduire dans le Bornou, pays où il se
rendait lui-même, si le pacha de Tripoli lui en donnait l'autorisation.
Denham, persuadé de la véracité de Bou-Khaloum, comprit qu'il fallait
obtenir cette autorisation et gagna Tripoli. Ne recevant que des
réponses évasives, il menaça de s'embarquer pour l'Angleterre, où il
allait, disait-il, rendre compte des entraves qu'apportait le pacha à
l'accomplissement de la mission dont il était chargé.
Ces menaces ne produisant pas d'effet, Denham mit à la voile, et il
allait débarquer à Marseille, lorsqu'il reçut du bey un message qui
le rappelait et lui donnait satisfaction, en autorisant Bou-Khaloum à
accompagner les trois voyageurs.
Le 30 octobre, Denham rentrait à Mourzouk, où il retrouvait ses
compagnons, très violemment attaqués des fièvres et minés par la
désastreuse influence du climat.
Persuadé que le changement d'air rétablirait leur santé compromise,
Denham les fit partir et voyager à petites journées. Lui-même quitta
Mourzouk le 29 novembre avec une caravane composée de marchands de
Mesurata, de Tripoli, de Sockna et de Mourzouk, qu'accompagnait une
escorte de deux cent dix Arabes, commandés par Bou-Khaloum, guerriers
choisis parmi les tribus les plus éclairées et les plus soumises.
L'expédition suivit la route qu'avait parcourue le lieutenant Lyon et
gagna bientôt Tegherhy, ville la plus méridionale du Fezzan, et la
dernière qu'on rencontre avant de pénétrer dans le désert de Bilma.
«Je fis si bien, dit Denham, que je dessinai une vue du château de
Tegherhy, prise de la rive méridionale d'un étang salé contigu à
cette ville. On entre à Tegherhy par un passage étroit, bas et voûté,
puis on trouve une seconde muraille et une porte; le mur est percé de
meurtrières, qui rendraient très difficile l'entrée par ce passage
resserré. Au-dessus de la seconde porte, il y a aussi une ouverture
d'où l'on pourrait lancer sur les assaillants des traits et des tisons
enflammés, dont les Arabes faisaient autrefois un grand usage. Il y a,
dans l'intérieur, des puits dont l'eau est assez bonne. Aussi, avec
des munitions et des vivres, si cette place était réparée, je pense
qu'elle pourrait faire une bonne défense. La situation de Tegherhy est
vraiment agréable. Tout à l'entour croissent des dattiers, et l'eau y
est excellente. Une chaîne de collines basses se prolonge à l'est. Les
bécassines, les canards et les oies sauvages fréquentent les étangs
salés qui sont près de la ville.»
Les voyageurs pénétrèrent, en quittant cette ville, dans un désert de
sable, à travers lequel il n'aurait pas été facile de se diriger, si
la route n'eût été jalonnée de squelettes d'animaux et d'hommes qu'on
rencontrait surtout auprès des puits.
«Un des squelettes que nous vîmes aujourd'hui, raconte Denham,
paraissait encore tout frais; sa barbe tenait à son menton, on
distinguait ses traits. Un des marchands de la kafila s'écria tout
à coup: C'était mon esclave! Il y a quatre mois, je le laissai près
d'ici.--Et vite, vite, mène-le au marché! cria un marchand d'esclaves
facétieux, de crainte qu'un autre ne le réclame!»
A travers le désert, il y a certaines étapes marquées par des oasis,
au milieu desquelles s'élèvent des villes plus ou moins importantes.
Kishi est un des rendez-vous les plus fréquentés des caravanes. C'est
là qu'on paye le droit de passage à travers le pays. Le sultan de
cette ville,--on verra plus d'un de ces potentats minuscules prendre
le titre du commandeur des croyants,--le sultan de Kishi se faisait
remarquer par une absence complète de propreté, et sa cour n'offrait
guère un aspect plus ragoûtant, si l'on en croit Denham.
[Illustration: Une khafila d'esclaves. (-Fac-simile. Gravure
ancienne.-)]
«Il vint, dit le voyageur, dans la tente de Bou-Khaloum, accompagné
d'une demi-douzaine de Tibbous dont quelques-uns étaient vraiment
hideux. Leurs dents étaient d'un jaune foncé, car ils aiment tant le
tabac en poudre qu'ils en prennent par le nez et par la bouche. Leur
nez ressemblait à un petit morceau de chair arrondi fiché sur leur
figure; leurs narines étaient si grandes que leurs doigts pouvaient
y pénétrer aussi avant qu'ils voulaient. Ma montre, ma boussole, ma
tabatière à musique, ne leur causèrent que peu d'étonnement. C'étaient
de vraies brutes à face humaine.»
[Illustration: Garde du corps du cheik de Bornou.
(-Fac-simile. Gravure ancienne.-)]
La ville de Kirby, qu'on rencontre un peu plus loin, dans le voisinage
d'une chaîne de collines dont les plus hautes ne dépassent pas quatre
cents pieds, est située dans un «ouady», entre deux lacs salés qui,
suivant toute vraisemblance, doivent leur origine aux excavations
faites pour prendre la terre nécessaire aux constructions. Au milieu de
ces lacs s'élève, comme un îlot, une masse de muriate et de carbonate
de soude. Ce sel, que fournissent les ouadys, très nombreux dans la
contrée, est l'objet d'un important commerce avec le Bornou et tout le
Soudan.
Quant à Kirby, il est impossible de voir une ville plus misérable.
«Il n'y a rien dans les maisons, pas même une natte.» Et comment en
pourrait-il en être autrement, dans une cité exposée aux incessantes
razzias des Touaregs?
La caravane traversait alors le pays des Tibbous, peuple hospitalier
et paisible, auquel les caravanes payent un droit de passage comme
gardien des puits et citernes qui jalonnent le désert. Vifs et actifs,
montés sur des chevaux très agiles, la plupart des Tibbous ont une
adresse singulière à manier la lance, que les plus vigoureux guerriers
jettent jusqu'à deux cent quarante pieds. Bilma est leur capitale et la
résidence de leur sultan.
«Celui-ci, dit la relation, vint au devant des étrangers avec un
nombreux cortège d'hommes et de femmes. Ces dernières étaient bien
mieux que celles des petites villes; quelques-unes avaient des traits
fort agréables, leurs dents blanches et bien rangées contrastaient
admirablement avec le noir éclatant de leur peau et avec la tresse
triangulaire qui pendait de chaque côté de leur visage dégouttant
d'huile; des pendeloques de corail au nez et de grands colliers d'ambre
les rendaient tout à fait séduisantes. Les unes avaient un «cheiche»
ou éventail fait d'herbes minces ou de crin pour écarter les mouches,
d'autres une branche d'arbre; celles-ci des éventails de plumes
d'autruche, celles-là un paquet de clefs; toutes tenaient quelque chose
à la main et l'agitaient au-dessus de leur tête en avançant. Un morceau
d'étoffe du Soudan, attaché sur l'épaule gauche et laissant le côté
droit découvert, composait leur habillement; un autre, plus petit,
entourait leur tête et leur descendait sur les épaules, ou bien était
jeté en arrière. Quoi qu'elles parussent très peu vêtues, rien de moins
immodeste que leur air ou leur maintien.»
A un mille de Bilma, au delà d'une source limpide, qui semble avoir été
placée là par la nature pour inviter le voyageur à s'approvisionner
d'eau, commence un désert dont la traversée n'exige pas moins de dix
jours. C'était autrefois, sans doute, un immense lac salé.
Le 4 février 1828, la caravane atteignit Lari, ville située sur la
rivière septentrionale du Bornou par 14°40´ de latitude nord.
Les habitants, effrayés de la force de la caravane, s'enfuirent,
frappés de terreur.
«Mais la tristesse que ce spectacle nous causait, dit Denham,
fit bientôt place à une sensation toute différente, lorsque nous
découvrîmes plus loin, à moins d'un mille du lieu où nous étions, le
grand lac Tchad, réfléchissant les rayons du soleil. La vue de cet
objet, si intéressant pour nous, produisit en moi une satisfaction
et une émotion dont aucune expression ne serait assez énergique pour
rendre la force et la vivacité.»
A partir de Lari, l'aspect du pays changeait complètement. Aux déserts
sablonneux succédait une terre argileuse, couverte de gazon, semée
d'acacias et d'arbres d'essences variées, au milieu desquels on
apercevait des troupeaux d'antilopes, tandis que les poules de Guinée
et les tourterelles de Barbarie faisaient chatoyer leur plumage à
travers la verdure. Les villes succédaient aux villages, composés de
huttes en forme de cloche et couvertes avec la paille de dhourra.
Les voyageurs continuèrent à s'avancer vers le sud, en contournant
le lac Tchad, qu'ils avaient attaqué par la pointe septentrionale.
Près des bords de cette nappe liquide, le terrain était vaseux, noir
et ferme. L'eau, s'élevant beaucoup dans la saison d'hiver, baisse
proportionnellement en été; elle est douce, poissonneuse, peuplée
d'hippopotames et d'oiseaux aquatiques. A peu près au milieu du lac,
dans le sud-est, sont des îles habitées par les Biddomah, peuple
habitué à vivre du pillage qu'il fait sur le continent.
Les étrangers avaient envoyé un courrier au cheik El-Khanemi, afin de
lui demander l'autorisation de gagner sa capitale. Un envoyé rejoignit
bientôt la caravane, invitant Bou-Khaloum et ses compagnons à se
diriger vers Kouka.
Dans leur route, les étrangers passèrent à Beurwha, ville fortifiée qui
avait jusqu'alors défié les attaques des Touaregs, et ils traversèrent
l'Yeou, grande rivière dont la largeur, dans quelques endroits, mesure
plus de cent cinquante pieds. Cet affluent du Tchad vient du Soudan.
Sur la rive méridionale de cette rivière, s'élève une jolie ville
murée, appelée également Yeou, et moitié moins grande que Beurwha.
La khafila arriva bientôt après aux portes de Kouka, et fut reçue le
17 février, après deux mois et demi de marche, par un corps d'armée
de quatre mille hommes, qui manœuvraient avec un ensemble parfait.
Parmi ces troupes, se trouvait un corps de noirs, formant la garde
particulière du cheik, et dont l'armement rappelait celui des anciens
chevaliers.
«Ils portaient, dit Denham, des cottes de mailles en chaînons de fer
qui couvraient la poitrine jusqu'au cou, se rattachaient au-dessus
de la tête et descendaient séparément par devant et par derrière, de
manière à tomber sur les flancs du cheval et à couvrir les cuisses
du cavalier. Ils avaient des espèces de casques ou calottes de fer
retenues par des turbans jaunes, rouges ou blancs, noués sous le
menton. Les têtes des chevaux étaient également défendues par des
plaques de même métal. Leurs selles étaient petites et légères;
leurs étriers, d'étain. On n'y peut placer que le bout du pied, qui
est revêtu par une sandale de cuir ornée de peau de crocodile. Ils
montaient tous admirablement à cheval et coururent vers nous au grand
galop, ne s'arrêtant qu'à quelques pas de nous, agitant leurs lances
renversées du côté de Bou-Khaloum en criant: Barca! Barca! Bien-venue!
Bien-venue!»
Entourés de cette fantasia brillante, les Anglais et les Arabes
pénétrèrent dans la ville, où un appareil militaire tout semblable
avait été déployé en leur honneur.
Ils furent bientôt admis en la présence du cheik El-Khanemi. Ce
personnage paraissait âgé de quarante-cinq ans. Sa physionomie
prévenait en sa faveur; elle était riante, spirituelle et bienveillante.
Les Anglais lui remirent les lettres du pacha. Lorsque le cheik en eut
terminé la lecture, il demanda à Denham ce que lui et ses compagnons
venaient faire dans le Bornou.
«Uniquement voir le pays, répondit Denham, et nous renseigner sur ses
habitants, sa nature et ses productions.
--Soyez les bien-venus, répliqua le cheik. Vous montrer chaque chose
sera un plaisir pour moi. J'ai ordonné que l'on construisît des cases
pour vous dans la ville; allez les voir avec un de mes gens, et s'il y
a quelque chose de défectueux ne craignez pas de le dire.»
Les voyageurs reçurent bientôt l'autorisation d'emporter les dépouilles
des animaux et des oiseaux qui leur paraîtraient intéressants et de
prendre des notes sur tout ce qu'ils pourraient observer. C'est ainsi
qu'ils recueillirent quantité de renseignements sur les villes voisines
de Kouka.
Kouka, alors capitale du Bornou, possédait un marché où se vendaient
des esclaves, des moutons, des bouvards, du froment, du riz, des
arachides, des haricots, de l'indigo et bien d'autres productions de
la contrée. Une grande animation ne cessait de régner dans les rues de
cette ville, qui ne comptait pas moins de quinze mille habitants.
Angornou était aussi une grande cité murée, qui ne renfermait pas moins
de trente mille âmes. C'était l'ancienne capitale du pays. Son marché
était très important. On y avait vu jusqu'à cent mille individus s'y
disputer à prix d'argent le poisson, la volaille et la viande, qu'on
y vend crus ou cuits, le laiton, le cuivre, l'ambre et le corail.
La toile de lin était à si bas prix dans ce district que la plupart
des hommes avaient une chemise et un pantalon. Aussi, les mendiants
ont-ils une singulière manière d'exciter la compassion: ils se placent
aux entrées du marché, et, tenant à la main les lambeaux d'un vieux
pantalon, ils prennent un air piteux et disent aux passants: «Voyez,
je n'ai pas de culottes.» La nouveauté du procédé, la demande de ce
vêtement plus nécessaire à leurs yeux que la nourriture, fit rire aux
éclats le voyageur, lorsqu'il en fut pour la première fois témoin.
Jusqu'alors, les Anglais n'avaient eu affaire qu'au cheik, qui, se
contentant d'un pouvoir effectif, abandonnait la puissance nominale au
sultan. Singulier personnage que ce souverain, qui ne se laissait voir,
comme un animal curieux et malfaisant, qu'à travers les barreaux d'une
cage de roseaux, près de la porte de son jardin! Modes bizarres que
celles qui régnaient à cette cour, où tout élégant devait avoir un gros
ventre et se donner par des moyens factices une obésité qu'on considère
généralement comme très gênante!
Certains raffinés, lorsqu'ils étaient à cheval, avaient même un ventre
si rembourré et si proéminent qu'il semblait pendre par-dessus le
pommeau de la selle. Avec cela, l'élégance exigeait qu'on eût un turban
d'une envergure et d'un poids tels, qu'ils forçaient souvent ceux qui
les portaient à pencher la tête de côté.
Ces fantaisies baroques rappelaient à s'y méprendre celles des Turcs
de bal masqué. Aussi, les voyageurs eurent-ils grand peine à conserver
leur gravité en face de ces grotesques.
Mais, à côté de ces réceptions solennellement amusantes, que
d'observations nouvelles, que de renseignements intéressants à
recueillir, que de «desiderata» à combler!
Denham aurait voulu s'enfoncer tout de suite dans le sud. Or, le
cheik se refusait à compromettre la sécurité des voyageurs que le bey
de Tripoli lui avait confiés. Depuis qu'ils étaient entrés dans le
territoire du Bornou, la responsabilité de Bou-Khaloum ayant pris fin,
celle du cheik était engagée.
Si vives, cependant, furent les instances de Denham, qu'il obtint
d'El-Khanemi l'autorisation d'accompagner Bou-Khaloum dans une
«ghrazzie» ou razzia qu'il méditait sur les Kaffirs ou infidèles.
L'armée du cheik et la troupe des Arabes traversèrent tour à tour
Yeddie, grande ville murée à vingt milles d'Angornou, Affagay, et
plusieurs autres cités, bâties sur un sol d'alluvion, qui présente un
aspect argileux de couleur foncée.
A Delow, les Arabes pénétrèrent dans le Mandara, dont le sultan vint au
devant d'eux, à la tête de cinq cents cavaliers.
«Mohammed-Becker était de petite taille, dit Denham, et âgé d'environ
cinquante ans; sa barbe était teinte en bleu céleste de la plus belle
nuance.»
Les présentations se firent, et le sultan, ayant regardé le major
Denham, demanda aussitôt qui il était, d'où il venait, ce qu'il
voulait, enfin s'il était musulman. A la réponse embarrassée de
Bou-Khaloum, le sultan détourna les yeux en disant: «Le pacha a donc
des Kaffirs pour amis?»
Cet incident produisit une très mauvaise impression, et Denham ne fut
plus admis désormais à paraître devant le sultan.
Les ennemis du pacha du Bornou et du sultan de Mandara portaient le nom
de Felatahs. Leurs tribus immenses s'étendaient jusque bien au delà de
Tembouctou. Ce sont de beaux hommes, dont la couleur rappelle le bronze
foncé, ce qui les distingue nettement des nègres et en fait une race à
part. Ils professent l'islamisme et se mêlent rarement avec les noirs.
Au reste, il y aura lieu de revenir un peu plus tard sur les Felatahs,
Foulahs, Peuls ou Fans, comme on les appelle dans tout le Soudan.
Au sud de la ville de Mora, s'élève une chaîne de montagnes dont les
plus hauts sommets ne dépassent pas deux mille cinq cents pieds, et qui
s'étend, au dire des indigènes, sur un parcours de plus de deux mois de
route.
La description que Denham fait de ce pays est assez curieuse pour que
nous en reproduisions les traits saillants.
«De tous côtés, dit-il, notre vue était bornée par la chaîne de
montagnes dont on ne découvrait pas la fin. Quoique, pour les
dimensions gigantesques et l'âpre magnificence, elles ne puissent
être comparées ni aux Alpes, ni aux Apennins, ni au Jura, ni même
à la Sierra-Morena, toutefois elles les égalaient sous le rapport
pittoresque. Les pics de Valmy Savah, Djogghiday Vayah, Moyoung
et Memay, dont les flancs pierreux étaient couverts de groupes de
villages, s'élançaient à l'est et à l'ouest; Horza, qui l'emportait sur
tous les autres en élévation et en beauté, se montrait devant nous dans
le sud avec ses ravins et ses précipices.»
Derkolla, l'une des principales villes des Felatahs, fut réduite en
cendres par les envahisseurs. Ceux-ci ne tardèrent pas à prendre
position devant Mosfeia, dont la situation était très forte, et qui
était défendue par des palissades garnies de nombreux archers. Le
voyageur anglais dut assister à cette action. Le premier choc des
Arabes fut irrésistible. Les détonations des armes à feu, la réputation
de vaillance et de cruauté de Bou-Khaloum et de ses acolytes, jetèrent
un moment de panique chez les Felatahs. Assurément, si les Mandarans et
les Bornouens eussent alors donné avec vigueur l'assaut à la colline,
on avait ville gagnée.
Mais les assiégés, remarquant l'hésitation de leurs adversaires,
prirent à leur tour l'offensive et rapprochèrent leurs archers, dont
les flèches empoisonnées ne tardèrent pas à faire de nombreuses
victimes parmi les Arabes. C'est à ce moment que les contingents du
Bornou et du Mandara lâchèrent pied.
Barca Gama, le général qui commandait le premier, avait eu trois
chevaux tués sous lui. Bou-Khaloum était blessé ainsi que son cheval;
celui de Denham l'était également; lui-même avait eu le visage effleuré
d'une flèche, et deux autres étaient fichées dans son burnous.
La retraite dégénère bientôt en une fuite désordonnée. Le cheval de
Denham tombe, et le cavalier se relève à peine qu'il est entouré de
Felatahs. Deux s'enfuient à la vue du pistolet dont l'Anglais les
menace; un troisième reçoit la charge dans l'épaule.
Denham se considérait comme sauvé, lorsque son cheval s'abattit une
seconde fois avec une telle violence qu'il fut jeté au loin contre un
arbre. Lorsque le major se releva, son cheval avait disparu et il était
sans armes. Aussitôt entouré d'ennemis, Denham, blessé aux deux mains
et au côté droit, est en partie dépouillé, et, seule, la crainte de
détériorer ses riches vêtements empêche les Felatahs de l'achever.
Une contestation s'élève à propos de ces dépouilles. Le major en
profite pour se glisser sous un cheval, et il disparaît au milieu des
halliers. Nu, ensanglanté, après une course folle, il arrive au bord
d'une ravine au fond de laquelle coule un torrent.
«Mes forces m'avaient presque abandonné, dit-il; j'empoignai les
jeunes branches qui avaient poussé sur un vieux tronc d'arbre suspendu
au-dessus de la ravine, ayant le projet de me laisser glisser jusqu'à
l'eau, parce que les rives étaient très escarpées. Déjà les branches
cédaient au poids de mon corps, lorsque, sous ma main, un grand
«liffa», le serpent le plus venimeux de ces contrées, sortit de son
trou comme pour me mordre. L'horreur dont je fus saisi bouleversa
toutes mes idées. Les branches se dérobèrent de ma main, et je fus
culbuté dans l'eau. Cependant, ce choc me ranima, et trois mouvements
de mes bras me portèrent au bord opposé que je gravis avec difficulté.
Alors, pour la première fois, j'étais à l'abri de la poursuite des
Felatahs...»
Par bonheur, Denham aperçut un groupe de cavaliers, dont il parvint,
malgré le tumulte de la poursuite, à se faire entendre. Il ne parcourut
pas moins de trente-sept milles, sans autre vêtement qu'une mauvaise
couverture, constellée de vermine, sur la croupe nue d'un cheval
maigre. Quelles souffrances avec cette chaleur de trente-six degrés,
qui envenimait ses blessures!
Trente-cinq Arabes tués et avec eux leur chef Bou-Khaloum, presque tous
les autres blessés, les chevaux détruits ou perdus, tels furent les
résultats d'une expédition qui devait rapporter un immense butin et
procurer quantité d'esclaves.
[Illustration: Réception de la mission.
(-Fac-simile. Gravure ancienne.-) (Page 84.)]
En six jours furent parcourus les cent quatre-vingts milles qui
séparaient Mora de Kouka. Denham reçut dans cette dernière ville
un bienveillant accueil du cheik El-Khanemi, qui lui envoya, pour
remplacer sa garde-robe perdue, un vêtement à la mode du pays.
A peine le major était-il remis de ses blessures et de ses fatigues
qu'il prenait part à une nouvelle expédition que le cheik envoyait
dans le Monga, pays situé à l'ouest du lac Tchad, dont les habitants
n'avaient jamais complètement reconnu sa suprématie et refusaient de
payer tribut.
[Illustration: Lancier du sultan de Begharmi. (-Fac-simile. Gravure
ancienne.-)]
Denham et le docteur Oudney partirent de Kouka le 22 mai, traversèrent
le Yeou, rivière presque à sec en cette saison, mais très grosse au
moment des pluies, visitèrent Birnie et les ruines du vieux Birnie,
ancienne capitale du pays, qui pouvait contenir jusqu'à deux cent mille
individus. Ce furent ensuite les restes de Gambarou, aux édifices
magnifiques, résidence favorite de l'ancien sultan, détruite par les
Felatahs, puis Kabchary, Bassecour, Bately, et tant d'autres villes ou
villages, dont la nombreuse population se soumit sans résistance au
sultan du Bornou.
L'hivernage ne fut pas favorable aux membres de la mission. Clapperton
avait une fièvre terrible. L'état du docteur Oudney, déjà malade
de la poitrine au départ d'Angleterre, empirait tous les jours.
Le charpentier Hillman était dans un état désespéré. Seul, Denham
résistait encore.
Dès que la saison des pluies tira vers sa fin, le 14 décembre,
Clapperton partit avec le docteur Oudney pour Kano. Nous aurons bientôt
à le suivre dans cette partie si intéressante du voyage.
Sept jours après, un enseigne nommé Toole arrivait à Kouka, n'ayant mis
que trois mois et quatorze jours pour venir de Tripoli.
Au mois de février 1824, Denham et Toole firent une course dans le
Loggoun, à l'extrémité méridionale du lac Tchad. Toute la partie
voisine du lac et de son affluent, le Chary, est marécageuse et inondée
pendant la saison des pluies. Le climat excessivement malsain de cette
région fut fatal au jeune Toole, qui mourut le 26 février, à Angala;
il n'avait pas encore vingt-deux ans. Persévérant, intrépide, gai,
obligeant, doué de sang-froid et de prudence, Toole possédait les
qualités qui distinguent le véritable voyageur.
Le Loggoun était alors un pays très peu connu, que ne parcouraient pas
les caravanes, et dont la capitale, Kernok, ne comptait pas moins de
quinze mille habitants. C'est un peuple plus beau, plus intelligent que
les Bornouens,--cela est vrai surtout pour les femmes,--très laborieux,
qui fabrique des toiles très belles et du tissu le plus serré.
La présentation obligée au sultan se termina, après un échange de
bonnes paroles et l'acceptation de riches présents, par cette offre
singulière de la part d'un sultan à un voyageur: «Si tu es venu pour
acheter des femmes esclaves, ce n'est pas la peine que tu ailles plus
loin, je te les vendrai aussi bon marché que qui que ce soit.» Denham
eut grand'peine à faire comprendre à ce souverain industriel que tel
n'était pas le but de son voyage et que le seul amour de la science
avait dirigé ses pas.
Le 2 mars, Denham était de retour à Kouka, et, le 20 mai, il voyait
arriver le lieutenant Tyrwhit, qui, porteur de riches présents pour le
cheik, devait résider au Bornou en qualité de consul.
Après une dernière razzia vers Manou, la capitale du Kanem, et chez les
Dogganah, qui habitaient autrefois dans les environs du lac Fitri, le
16 août, le major reprenait avec Clapperton la route du Fezzan, et il
rentrait à Tripoli, après un long et pénible voyage dont les résultats
géographiques, déjà considérables, avaient été singulièrement augmentés
par Clapperton.
Il est temps, en effet, de raconter les incidents de voyage et les
découvertes de cet officier. Parti, le 14 décembre 1823, avec le
docteur Oudney pour Kano, grande ville des Felatahs située à l'ouest
du Tchad, Clapperton avait suivi le Yeou jusqu'à Damasak, et visité
le vieux Birnie, Bera, située sur les bords d'un lac superbe formé
des débordements du Yeou, Dogamou, Bekidarfi, cités qui font presque
toutes partie du Haoussa. Les habitants de cette province, qui étaient
très nombreux avant l'invasion des Felatahs, sont armés d'arcs et de
flèches, et font le commerce de tabac, de noix, de gouro, d'antimoine,
de peaux de chèvres tannées, de toile de coton en pièces ou en
vêtements.
La caravane abandonna bientôt le cours du Yeou ou Gambarou pour
s'avancer dans une contrée boisée, qui doit être complètement inondée
pendant la saison des pluies.
Les voyageurs entrèrent ensuite dans la province de Katagoum, dont le
gouverneur les reçut avec beaucoup d'affabilité, leur assurant que leur
arrivée était une véritable fête pour lui et qu'elle serait on ne peut
plus agréable au sultan des Felatahs, qui n'avait jamais vu d'Anglais.
Il leur affirmait en même temps qu'ils trouveraient chez lui, comme à
Kouka, tout ce qui leur serait nécessaire.
La seule chose qui l'étonnât profondément, c'était de savoir que les
voyageurs ne voulaient ni esclaves, ni chevaux, ni argent, qu'ils ne
demandaient, avec son amitié, que la permission de cueillir des fleurs
et des plantes et l'autorisation de visiter le pays.
Katagoum est située par 12° 17´ 11´´ de latitude et environ 12° de
longitude, d'après les observations de Clapperton. Cette province
formait la frontière du Bornou avant la conquête des Felatahs. Elle
peut mettre sur pied quatre mille hommes de cavalerie et deux mille
fantassins armés d'arcs, d'épées et de lances. Elle produit du grain
et des bœufs, qui sont, avec les esclaves, les principaux articles
de commerce. Quant à la ville même, c'était la plus forte que les
Anglais eussent vue depuis Tripoli. Percée de portes qu'on fermait
tous les soirs, elle était défendue par deux murs parallèles et trois
fossés à sec, un intérieur, un autre extérieur, et un troisième creusé
entre les deux murailles hautes de vingt pieds et larges de dix à la
base. D'ailleurs, aucun autre monument qu'une mosquée en ruines dans
cette ville aux maisons de terre, qui peut renfermer sept à huit mille
habitants.
C'est là que, pour la première fois, les Anglais virent les cauris
servir de monnaie. Jusqu'alors, la toile du pays ou quelque autre
article avait été l'unique terme des échanges.
Au sud de la province de Katagoum est situé le pays de Yacoba, que
les musulmans désignent sous le nom de Mouchy. D'après les rapports
que Clapperton reçut, les habitants de cette province, hérissée
de montagnes calcaires, seraient anthropophages. Cependant, les
musulmans, qui ont une invincible horreur pour les Kaffirs, ne donnent
d'autre preuve à cette accusation que d'avoir vu des têtes et des
membres humains pendus aux murs des habitations.
C'est dans le Yacoba que prendrait sa source l'Yeou, rivière
complètement à sec pendant l'été, mais dont les eaux, pendant la
saison des pluies, au dire des habitants, croissent et diminuent
alternativement tous les sept jours.
«Le 11 janvier, dit Clapperton, nous continuâmes notre voyage, mais,
à midi, il fallut nous arrêter à Mourmour. Le docteur était dans un
tel état de faiblesse et d'épuisement que je n'espérais pas qu'il pût
y résister un jour de plus. Il dépérissait journellement depuis notre
départ des montagnes d'Obarri, dans le Fezzan, où il avait été attaqué
d'une inflammation à la gorge pour s'être exposé à un courant d'air
pendant qu'il était en transpiration.
«12 janvier.--Le docteur prit, au point du jour, une tasse de café et,
d'après son désir, je fis charger les chameaux. Je l'aidai ensuite à
s'habiller et, soutenu par son domestique, il sortit de la tente. Mais,
à l'instant où l'on allait le placer sur le chameau, j'aperçus dans
tous ses traits l'affreuse empreinte de la mort. Je le fis rentrer
aussitôt, je me plaçai à côté de lui, et, avec une douleur que je
ne chercherai pas à exprimer, je le vis expirer sans proférer une
plainte et sans paraître souffrir. J'envoyai demander au gouverneur
la permission de l'ensevelir, ce qui me fut accordé sur-le-champ. Je
fis creuser une fosse sous un mimosa, auprès d'une des portes de la
ville. Après que le corps eut été lavé selon l'usage du pays, je le
fis revêtir avec des châles à turbans que nous avions pour en faire
des présents. Nos domestiques le portèrent, et, avant de le confier à
la terre, je lus le service funèbre de l'Église d'Angleterre. Je fis
ensuite entourer le modeste tombeau d'un mur en terre pour le préserver
des animaux carnassiers, et je fis tuer deux moutons, que je distribuai
aux pauvres.»
Ainsi s'éteignit misérablement le docteur Oudney, chirurgien de marine
assez instruit en histoire naturelle. La terrible maladie dont il avait
apporté les germes d'Angleterre, ne lui avait pas permis de rendre à
l'expédition tous les services que le gouvernement attendait de lui, et
pourtant, il ne ménageait pas ses forces, disant qu'il se sentait moins
mal en voyage qu'au repos. Sentant que sa constitution épuisée ne lui
permettait pas un travail assidu, jamais il n'avait voulu mettre une
entrave au zèle de ses compagnons.
Après cette triste cérémonie, Clapperton reprit sa route vers Kano.
Digou, ville située au milieu d'un pays bien cultivé et qui nourrit
de nombreux troupeaux; Katoungoua, qui n'est plus dans la province
de Katagoum; Zangeia, située près de l'extrémité de la chaîne des
collines de Douchi et qui doit avoir été considérable, à en juger
d'après l'étendue de ses murailles encore debout; Girkoua, dont le
marché est plus beau que celui de Tripoli; Sochwa, entourée d'un haut
rempart d'argile, telles furent les principales étapes du voyageur,
avant son entrée à Kano, qu'il atteignit le 20 janvier.
Kano, la Chana d'Édrisi et des autres géographes arabes, est le grand
rendez-vous du royaume de Haoussa.
«A peine eus-je passé les portes, dit Clapperton, que je fus
étrangement déçu dans mon attente. D'après la brillante description
que m'en avaient faite les Arabes, je m'attendais à voir une ville
d'une étendue immense. Les maisons étaient à un quart de mille des
murailles, et dans quelques endroits réunies en petits groupes séparés
par de larges mares d'eau stagnante. J'aurais pu me dispenser de mes
frais de toilette (il avait revêtu son uniforme d'officier de marine);
tous les habitants, occupés à leurs affaires, me laissèrent passer
tranquillement sans me remarquer et sans tourner les yeux vers moi.»
Kano, la capitale de la province de même nom et l'une des principales
villes du Soudan, est située par 12°0´19´´ de latitude nord et 9°20´ de
longitude est.
Il peut y avoir dans cette capitale trente ou quarante mille habitants,
dont plus de la moitié sont esclaves.
Le marché, qui est bordé à l'est et à l'ouest par de grands marécages
plantés de roseaux, est la retraite de nombreuses bandes de canards,
de cigognes et de vautours, qui servent de boueurs à la ville. Dans ce
marché, fourni de toutes les provisions en usage en Afrique, on voit de
la viande de bœuf, de mouton, de chèvre et quelquefois de chameau.
«Les bouchers du pays, raconte le voyageur, sont aussi avisés que les
nôtres; ils pratiquent quelques coupures pour mettre la graisse en
évidence, ils soufflent la viande, et même, quelquefois, ils collent un
morceau de peau de mouton à un gigot de chèvre.»
Du papier à écrire, produit des manufactures françaises, des ciseaux
et des couteaux de fabrication indigène, de l'antimoine, de l'étain,
de la soie rouge, des bracelets de cuivre, des grains de verroterie,
du corail, de l'ambre, des bagues d'étain, quelques bijoux en argent,
des châles à turban, de la toile de coton, du calicot, des habillements
mauresques et bien d'autres objets encore, voilà ce qu'on trouve
abondamment sur le marché de Kano.
Clapperton y acheta, pour trois piastres, un parapluie anglais en
coton, venu par Ghadamès. Il visita aussi le marché aux esclaves, où
ces malheureux sont examinés très minutieusement «et avec le même soin
que les officiers de santé visitent les volontaires qui entrent dans la
marine.»
La ville est très malsaine; les marais qui la partagent à peu près par
la moitié et les trous qu'on creuse dans le sol, pour se procurer la
terre nécessaire aux constructions, y engendrent une sorte de mal'aria
permanente.
A Kano, la grande mode est de se teindre les dents et les lèvres
avec les fleurs du «gourgi» et du tabac, qui les colorent en rouge
sanguin. On mâche la noix de gouro, on la prise même, mêlée avec du
«trona», usage qui n'est pas particulier au Haoussa, car on le retrouve
également dans le Bornou, où il est cependant interdit aux femmes.
Enfin les Haoussani fument un tabac originaire du pays.
Le 23 février, Clapperton partit pour Sockatou. Il traversa un pays
pittoresque et bien cultivé, auquel des bosquets, disséminés sur les
collines, donnaient une sorte de ressemblance avec un parc anglais.
Des troupeaux de beaux bœufs blancs ou d'un gris cendré animaient le
paysage.
Les localités les plus importantes que Clapperton rencontra sur sa
route sont Gadania, ville très peu peuplée, dont les habitants avaient
été vendus comme esclaves par les Felatahs, Doncami, Zirmie, capitale
du Zambra, Kagaria, Kouara et les puits de Kamoun, où le rejoignit une
escorte envoyée par le sultan.
Sockatou était la ville la plus peuplée que le voyageur eût vue en
Afrique. Ses maisons, bien bâties, formaient des rues régulières,
au lieu d'être réunies en groupes, comme dans les autres villes du
Haoussa. Entourée d'une muraille de vingt à trente pieds d'élévation,
percée de douze portes qu'on fermait régulièrement au coucher du
soleil, Sockatou possédait deux grandes mosquées, un marché spacieux et
une grande place devant la demeure du sultan.
Les habitants, qui, pour la plupart, sont Felatahs, ont beaucoup
d'esclaves, et, de ces derniers, ceux qui ne sont pas occupés aux
travaux intérieurs, exercent quelque métier pour le compte de leurs
maîtres; ils sont tisserands, maçons, forgerons, cordonniers ou
cultivateurs.
Pour faire honneur à ses hôtes, pour leur donner une haute idée de
la puissance et de la richesse de l'Angleterre, Clapperton ne voulut
paraître devant le sultan Bello que dans une toilette éblouissante. Il
revêtit son uniforme aux galons d'or, mit un pantalon blanc et des bas
de soie; puis, il s'affubla, pour compléter son costume de carnaval,
d'un turban et de babouches turques. Bello le reçut assis sur un tapis
entre deux colonnes supportant le toit de chaume d'une cabane, qui
ressemblait assez à un cottage anglais. Ce sultan était un bel homme
d'environ quarante-cinq ans, vêtu d'un «tobé» de coton bleu et d'un
turban blanc dont le châle lui cachait le nez et la bouche, selon la
mode turque.
Bello accepta avec une joie d'enfant les présents que lui apportait
le voyageur. Ce qui lui fit le plus de plaisir, ce fut la montre, le
télescope et le thermomètre, qu'il appelait ingénieusement «une montre
de chaleur.» Mais, de toutes ces curiosités, celle qu'il trouvait la
plus merveilleuse, c'était le voyageur lui-même. Il ne pouvait se
lasser de l'interroger sur les mœurs, les habitudes, le commerce de
l'Angleterre. A plusieurs reprises, Bello manifesta le désir d'entrer
en relations de commerce avec cette puissance; il aurait voulu qu'un
consul et qu'un médecin anglais résidassent dans un port qu'il appelait
Raka; enfin, il demandait que certains objets des manufactures de
la Grande-Bretagne lui fussent expédiés à la côte maritime, où il
possédait une ville très commerçante, nommée Funda. Après nombre de
conversations sur les différents cultes de l'Europe et bien d'autres
matières, Bello rendit à Clapperton les livres, journaux et vêtements
qui avaient été pris à Denham, lors de la malheureuse razzia dans
laquelle Bou-Khaloum perdit la vie.
Le 3 mai, le voyageur fit ses adieux au sultan.
«Après beaucoup de tours et de détours, dit-il, je fus enfin admis
en présence de Bello, qui était seul et qui me remit incontinent une
lettre pour le roi d'Angleterre, en m'assurant de ses sentiments
d'amitié pour notre nation. Il exprima, de nouveau, tout son désir
d'entretenir des relations avec nous et me pria de lui écrire l'époque
à laquelle l'expédition anglaise (dont Clapperton lui avait promis
l'envoi) arriverait sur les côtes.»
Clapperton reprit la route qu'il avait suivie en venant et rentra,
le 8 juillet, à Kouka, où il retrouva le major Denham. Il rapportait
un manuscrit arabe, contenant un tableau historique et géographique
du royaume de Takrour, gouverné par Mohammed Bello de Haoussa, fait
et composé par ce prince. Lui-même avait recueilli non seulement de
précieuses et nombreuses informations sur la zoologie et la botanique
du Bornou et du Haoussa, mais il avait aussi rassemblé un vocabulaire
des langues du Begharmi, du Mandara, du Bornou, du Haoussa et de
Tembouctou.
[Illustration: CARTE DES VOYAGES DE DENHAM ET DE CLAPPERTON d'après la
relation du 2e voyage de Clapperton. -Gravé par E. Morieu.-]
[Illustration: Portrait de Clapperton.
(-Fac-simile. Gravure ancienne.-)]
Les résultats de cette expédition étaient donc considérables. C'était
pour la première fois qu'on entendait parler des Felatahs, et leur
identité avec les Fans allait être démontrée par le second voyage
de Clapperton. On savait qu'ils avaient créé dans le centre et dans
l'ouest de l'Afrique un immense empire, et il était bien constaté
que ces peuples n'appartenaient pas à la race nègre. L'étude de
leur langage et des rapports qu'il présente avec certains idiomes
non africains allait jeter un jour tout nouveau sur l'histoire des
migrations des peuples. Enfin, on connaissait le lac Tchad, sinon dans
son entier, du moins dans sa plus grande partie. On lui savait deux
affluents: l'Yeou, dont le cours se trouvait en partie relevé et dont
la source était indiquée par les rapports des indigènes, et le Chary,
dont la partie inférieure et l'embouchure avaient été visitées avec
soin par Denham. Quant au Niger, les informations que Clapperton avait
recueillies de la bouche des indigènes étaient encore bien confuses,
mais de leur ensemble on pouvait inférer qu'il se jetait dans le golfe
de Benin. D'ailleurs, Clapperton se promettait de revenir, après un
court repos en Angleterre, et, partant de la côte de l'Atlantique, de
remonter le Kouara ou Djoliba, comme on appelait le Niger, en divers
endroits de son cours, de mettre fin au débat, depuis si longtemps
soulevé, en faisant de ce fleuve un cours d'eau différent du Nil,
de relier ses nouvelles découvertes avec celles de Denham, et enfin
d'achever la traversée de l'Afrique, suivant une diagonale allant de
Tripoli au golfe de Benin.
II
Second voyage de Clapperton.--Arrivée à Badagry.--Le Yourriba et sa
capitale Katunga.--Boussa.--Tentatives pour obtenir un récit fidèle
de la mort de Mungo-Park.--Le Nyffé, le Gouari et le Zegzeg.--Arrivée
à Kano.--Déboires.--Mort de Clapperton.--Retour de Lander à la
côte.--Tuckey au Congo.--Bowdich chez les Aschanties.--Mollien aux
sources du Sénégal et de la Gambie.--Le major Gray.--Caillié à
Tembouctou.--Laing aux sources du Niger.--Richardet et John Lander à
l'embouchure du Niger.--Cailliaud et Letorzec en Égypte, en Nubie et
à l'oasis de Siouah.
Dès que Clapperton fut revenu en Angleterre, il s'empressa de
soumettre à lord Bathurst le projet qu'il avait formé de se rendre à
Kouka en partant de Benin, c'est-à-dire en suivant le chemin le plus
court,--chemin qu'aucun de ses prédécesseurs n'avait parcouru,--et en
remontant le Niger depuis son embouchure jusqu'à Tembouctou.
Trois personnes furent adjointes à Clapperton pour cette expédition,
dont il avait le commandement: le chirurgien Dickson, le capitaine de
vaisseau Pearce, excellent dessinateur, et le chirurgien de marine
Morrison, très versé dans toutes les branches de l'histoire naturelle.
L'expédition arriva, le 26 novembre 1825, dans le golfe de Benin.
Dickson ayant demandé, on ne sait sous quel motif, à voyager seul pour
gagner Sockatou, fut débarqué à Juidah. Un Portugais, nommé de Souza,
l'accompagna jusqu'à Dahomey avec Columbus, qui avait été le domestique
de Denham. A dix-sept journées de cette ville, Dickson atteignit Char,
puis Youri, et l'on n'entendit plus jamais parler de lui.
Les autres explorateurs avaient gagné la rivière de Benin, qu'un
négociant anglais du nom de Houtson leur conseilla de ne pas remonter,
car le roi des contrées qu'elle arrosait nourrissait une haine profonde
contre les Anglais, qui mettaient obstacle à son commerce le plus
rémunérateur, la traite des esclaves.
Il valait bien mieux, disait-il, aller à Badagry, lieu aussi rapproché
de Sockatou, et dont le chef, bien disposé pour les voyageurs, leur
fournirait, sans doute, une escorte jusqu'aux frontières du royaume
de Yourriba. Houtson habitait le pays depuis plusieurs années; il en
connaissait les mœurs et la langue; Clapperton jugea donc utile de se
l'attacher jusqu'à Eyes ou Katunga, capitale du Yourriba.
L'expédition débarqua, le 29 novembre 1825, à Badagry, remonta un
bras de la rivière de Lagos, puis, pendant près de deux milles, la
crique de Gazie, qui traverse une partie du Dahomey, et, descendant
sur la rive gauche, elle s'enfonça dans l'intérieur. Le pays était
tantôt marécageux, tantôt admirablement cultivé, et planté d'ignames.
Tout respirait l'abondance. Aussi, les nègres se montraient-ils très
récalcitrants au travail. Dire à quels interminables «palabres»
(pourparlers) il fallut avoir recours, quelles négociations il fut
nécessaire de mener, quelles exactions il fallut subir pour se procurer
des porteurs, serait impossible.
Les explorateurs, au milieu de ces difficultés, atteignirent cependant
Djannah, à soixante milles de la côte.
«Nous avons vu ici, dit Clapperton, plusieurs métiers de tisserand
en mouvement. Il y en avait huit ou dix dans une maison; c'était
réellement une manufacture en règle.... Ces gens fabriquent aussi de
la faïence, mais ils préfèrent celle qui vient d'Europe, quoi qu'ils
ne fassent pas toujours un usage convenable des différents objets. Le
vase dans lequel le «cabocir» (chef) nous offrit de l'eau à boire, fut
reconnu par M. Houtson pour un joli pot de chambre qu'il avait vendu
l'année précédente à Badagry.»
Tous les membres de l'expédition étaient gravement atteints de fièvres,
engendrées par la chaleur humide et malsaine de la contrée. Pearce et
Morrisson moururent le 27 septembre, l'un auprès de Clapperton, l'autre
à Djannah, avant d'avoir atteint la côte.
Dans toutes les villes que Clapperton traversait, à Assoudo, qui ne
compte pas moins de dix mille habitants, à Daffou, qui en renferme cinq
mille de plus, un bruit singulier semblait l'avoir précédé. Partout
on disait qu'il venait rétablir la paix dans les pays où régnait la
guerre, et faire du bien aux contrées qu'il explorerait.
A Tchow, la caravane rencontra l'émissaire que le roi du Yourriba
envoyait au devant d'elle avec une suite nombreuse, et entra bientôt
à Katunga. Cette ville «est entourée et entremêlée d'arbres touffus
décrivant une ceinture autour de la base d'une montagne rocailleuse
composée de granit et longue d'environ trois milles; c'est un des plus
beaux tableaux qu'il soit possible de voir.»
Clapperton séjourna dans cette ville depuis le 24 janvier jusqu'au 7
mars 1826. Il y fut reçu avec beaucoup de cordialité par le sultan,
auquel il demanda l'autorisation d'entrer dans le Nyffé ou Toppa, afin
de gagner par là le Haoussa et le Bornou. «Le Nyffé était désolé par
la guerre civile, et l'un des prétendants au trône avait appelé à son
aide les Felatahs, répondit le sultan; il ne serait donc pas prudent de
prendre ce chemin, et mieux vaudrait passer par la province de Youri.»
Quoi qu'il en eût, Clapperton dut se soumettre.
Mais il avait profité de son séjour à Katunga pour faire quelques
observations intéressantes. Cette ville ne renferme pas moins de sept
marchés différents, où l'on vend des ignames, du grain, des bananes,
des figues, du beurre végétal, des graines de coloquinte, des chèvres,
des poules, des moutons, des agneaux, de la toile et une foule
d'instruments aratoires.
Les maisons du roi et de ses femmes sont entourées de deux grands
parcs. Les portes et les poteaux qui soutiennent les verandahs
sont ornés de sculptures, représentant, soit un boa qui tue une
antilope ou un cochon, soit des troupes de guerriers accompagnées de
tambours,--sculptures qui ne sont pas trop mal exécutées.
«L'aspect général des Yourribani, dit le voyageur, me paraît offrir
moins des traits caractéristiques des nègres que celui d'aucun des
autres peuples que j'ai vus; leurs lèvres sont moins épaisses, leur nez
se rapproche plus de la forme aquiline que ceux des nègres en général.
Les hommes sont bien faits et ont un maintien aisé qui ne peut manquer
d'attirer l'attention. Les femmes ont presque toutes l'air plus commun
que les hommes, ce qui peut provenir de ce qu'elles sont exposées au
soleil et des fatigues qu'elles sont obligées de supporter, tous les
travaux de la terre retombant sur elles.»
Quelque temps après être sorti de Katunga, Clapperton traversa la
rivière de Moussa, affluent du Kouara, et entra à Kiama, l'une des
villes par lesquelles passe la caravane qui, du Haoussa et du Borgou,
va au Gandja, sur les frontières de l'Achantie. Elle ne renferme pas
moins de trente mille habitants, qui sont regardés comme les plus
grands voleurs de toute l'Afrique. «Il suffit d'appeler quelqu'un natif
du Borgou pour le désigner comme un larron et un assassin.»
Au sortir de Kiama, le voyageur rencontra la caravane du Haoussa. Des
bœufs, des ânes, des chevaux, des femmes et des hommes, au nombre d'un
millier, marchaient les uns derrière les autres, en formant une ligne
interminable, qui offrait le coup d'œil le plus singulier et le plus
bizarre. Quelle étrange bigarrure, depuis ces jeunes filles nues et ces
hommes pliant sous le fardeau, jusqu'à ces marchands gandjani, vêtus
d'une manière aussi fantastique que ridicule, et montés sur des chevaux
estropiés qui boitaient en marchant!
Clapperton dirigeait maintenant sa marche vers Boussa, lieu où
Mungo-Park avait péri sur le Niger. Avant de l'atteindre, il lui fallut
traverser l'Oli, affluent du Kouara, et passer par Ouaoua, capitale
d'une province du Borgou, dont l'enceinte carrée peut contenir dix-huit
mille habitants. C'est l'une des villes les plus propres et les mieux
bâties qu'on rencontre depuis Badagry. Les rues sont propres, larges,
et les maisons circulaires ont un toit conique en chaume. Mais il est
impossible, dans l'univers entier, d'imaginer une ville où l'ivrognerie
soit plus générale. Gouverneur, prêtres, laïques, hommes, femmes,
boivent avec excès du vin de palme, du rhum qui vient de la côte et
«du bouza». Cette dernière liqueur est un mélange de dourrah, de miel,
de poivre du Chili et de la racine d'une herbe grossière que mange le
bétail, le tout additionné d'une certaine quantité d'eau.
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