de dangers. L'île Magdalena, la baie Gente-grande, l'île Élisabeth,
le havre Oazy, où l'on distingua à la lunette un camp nombreux de
Patagons, le havre Peckett, où l'-Astrolabe- toucha par trois brasses
d'eau, furent successivement dépassés.
«Au moment où l'on s'aperçut que nous touchions, dit Dumont d'Urville,
il y eut un moment d'étonnement et même d'agitation dans l'équipage,
et quelques clameurs se faisaient déjà entendre. D'une voix ferme,
j'imposai silence, et sans paraître m'inquiéter en rien de ce qui
venait d'arriver, je m'écriai: «Ce n'est rien du tout, et vous en
verrez bien d'autres!» Par la suite, ces mots revinrent souvent à la
mémoire de nos matelots. Il est plus important qu'on ne pense, pour
un capitaine, de conserver le calme le plus parfait et la plus grande
impassibilité au milieu des périls les plus imminents, même de ceux
qu'il pourrait juger inévitables.»
La station au havre Peckett fut égayée par la vue des Patagons. Tous,
officiers et matelots, étaient impatients de descendre à terre. Une
foule de naturels à cheval attendaient au lieu du débarquement.
Doux et paisibles, ils répondirent avec complaisance aux questions qui
leur furent faites. Ils considéraient avec tranquillité tout ce qu'ils
voyaient et ne montraient pas une grande convoitise pour les objets
qu'on leur montrait. Ils ne parurent avoir aucun penchant au vol, et,
tant qu'ils furent à bord, ils n'essayèrent de soustraire quoi que ce
fût.
Leur taille moyenne parut être de 1m,73, quoiqu'on en vît de plus
petits. Leurs membres étaient gros et potelés sans être musculeux;
leurs extrémités, d'une petitesse remarquable. Leur trait le plus
caractéristique, c'est la largeur de la partie inférieure de la figure,
tandis que le front est bas et fuyant. Des yeux allongés et étroits,
des pommettes assez saillantes, un nez écrasé, leur donnent assez de
ressemblance avec le type mongol.
Chez eux tout annonce la mollesse et l'indolence, rien la vigueur
et l'agilité. A les voir accroupis, en marche ou debout, avec leurs
cheveux tombant sur les épaules, on dirait plutôt les femmes d'un
harem que des sauvages habitués à souffrir des intempéries des saisons
et à lutter contre les difficultés de l'existence. Étendus sur des
peaux, au milieu de leurs chiens et de leurs chevaux, ils n'ont pas
de passe-temps plus agréable que de chercher, pour s'en régaler, la
vermine dont ils sont largement fournis. Ils sont tellement ennemis de
la marche qu'ils montaient à cheval pour aller ramasser des coquilles
sur le rivage, qui n'était cependant éloigné que de cinquante à
soixante pas.
Avec eux vivait un blanc, à l'aspect misérable et décharné; il se
disait originaire des États-Unis, mais il ne parlait l'anglais
qu'imparfaitement, et l'on n'eut pas de peine à reconnaître en lui un
Suisse allemand.
Niederhauser,--c'était son nom,--était allé tenter de s'enrichir aux
États-Unis; comme la fortune se montrait rebelle, il avait écouté les
propositions merveilleuses d'un pêcheur de phoques, qui cherchait à
recruter son équipage. Il fut déposé, suivant la coutume, avec sept
camarades et des provisions, sur une île sauvage de la Terre de Feu
pour faire la chasse aux phoques et préparer leurs peaux.
Quatre mois après, le schooner reparut, chargea les peaux, laissa
les pêcheurs avec de nouvelles provisions et... ne revint pas. Que
le bâtiment ait fait naufrage, que le capitaine ait abandonné ses
matelots, c'est ce qu'il fut impossible de savoir.
Lorsque ces malheureux virent le délai passé et qu'ils se trouvèrent
sans provisions, ils montèrent dans leur canot et embouquèrent le
détroit. Ils ne tardèrent pas à rencontrer les Patagons. Niederhauser
resta avec eux, tandis que les autres continuaient leur route. Très
bien accueilli par les naturels, il avait vécu de leur existence,
s'emplissant l'estomac, lorsque la chasse était bonne, se serrant la
ceinture et ne vivant que de racines en temps de disette.
Mais, las de cette existence misérable, Niederhauser supplia d'Urville
de le prendre à son bord, car il n'aurait pu résister un mois de plus à
ces privations. Le capitaine y consentit et l'embarqua comme passager.
Pendant ses trois mois de séjour chez les Patagons, Niederhauser avait
pris quelque teinture de leur langage, et d'Urville en profita pour
recueillir en patagon la plupart des mots d'un vocabulaire comparatif
de toutes les langues.
Le costume de guerre des Fuégiens comprend un casque de cuir bouilli,
armé de plaques d'airain et recouvert d'un beau cimier de plumes de
coq, une tunique de cuir de bœuf teinte en rouge et bariolée de bandes
jaunes, et une sorte de cimeterre à double tranchant. Le chef de la
peuplade du havre Peckett consentit à laisser faire son portrait sous
ce costume, ce qui dénonçait une supériorité sur ses sujets, qui s'y
refusèrent obstinément dans la crainte de quelque sortilège.
Le 8 janvier, l'ancre définitivement levée, le second goulet fut enfilé
assez lestement, malgré le flot. Après avoir parcouru les deux tiers de
l'étendue du détroit de Magellan, les bâtiments firent route pour les
régions polaires, ayant relevé toute la bande orientale de la Terre de
Feu, lacune importante comblée pour l'hydrographie, car, jusqu'alors,
il n'existait aucune carte détaillée de cette côte.
La Terre des États fut doublée sans incident. Le 15 janvier, furent
aperçues, non sans une certaine émotion, les premières glaces au milieu
desquelles les bâtiments allaient bientôt naviguer sans trêve.
Les écueils flottants ne sont pas par eux-mêmes les ennemis les plus
redoutables de ces parages; la brume,--une brume opaque que le regard
le plus vif ne peut parvenir à percer,--enveloppe bientôt les deux
navires, paralyse leurs mouvements et risque à chaque instant, bien
qu'ils soient à la cape, de leur faire donner contre quelqu'un de ces
blocs redoutables. La température s'abaisse; à la surface de l'eau,
le thermométrographe n'accuse plus que deux degrés, celle des eaux
inférieures descend au-dessous de zéro. Bientôt une neige à moitié
fondue tombe à flot. Tout annonce qu'on entre définitivement dans les
mers antarctiques.
Il est impossible de reconnaître l'île Clarence et les
New-South-Orkney; on passe son temps à manœuvrer pour éviter les blocs
de glace.
A midi, le 20 janvier, on est par 62° 3´ latitude sud et 49° 56´
longitude ouest. C'est non loin de là, dans l'est, que Powell a
rencontré des «ice fields» compacts. On aperçoit bientôt une île
immense de deux mille mètres d'étendue, de soixante-six mètres de
hauteur, table taillée à pic, imitant la terre à s'y méprendre sous
certains reflets de lumière.
Les baleines et les pingouins nagent en foule autour des bâtiments que
croisent sans cesse les pétrels blancs.
Le 21, les observations accusent 62° 53´ sud, et d'Urville compte
bientôt atteindre le soixante-cinquième parallèle, lorsque, dans la
nuit, à trois heures du matin, on le prévient que la route est barrée
par une banquise, à travers laquelle il ne paraît pas possible de se
frayer un passage. Les amures sont aussitôt changées, et l'on fait
route à l'est à petite vitesse, car la brise est tombée.
«Aussi, dit la relation, eûmes-nous le temps de contempler tout à
notre aise le merveilleux spectacle que nous avions sous les yeux.
Sévère et grandiose au delà de toute expression, tout en élevant
l'imagination, il remplit le cœur d'un sentiment d'épouvante
involontaire; nulle part l'homme n'éprouve plus vivement la conviction
de son impuissance... C'est un monde nouveau dont l'image se déploie
à ses regards, mais un monde inerte, lugubre et silencieux où tout le
menace de l'anéantissement de ses facultés. Là, s'il avait le malheur
de rester abandonné à lui-même, nulle ressource, nulle consolation,
nulle étincelle d'espérance ne pourraient adoucir ses derniers moments.
Cette idée rappelle involontairement la fameuse inscription de la porte
de l'enfer du Dante:
Lasciate ogni speranza, voi ch'entrate.»
D'Urville procède alors à un travail très curieux, qui, comparé à
d'autres de même nature, pourrait avoir une extrême utilité. Il fait
relever le tracé exact de la banquise. Si d'autres navigateurs avaient
agi de même par la suite, on aurait obtenu des renseignements précis
sur la marche et les mouvements des glaces australes, matières si
obscures encore aujourd'hui.
Le 22, après avoir doublé une pointe, on reconnaît que la direction de
la banquise est S.-S.-O., puis O. Dans ces parages, on aperçoit une
terre haute et accidentée. Dumoulin a commencé d'en faire le relevé,
d'Urville croit y reconnaître le New-South-Groenland de Morrell,
lorsqu'on voit ses formes s'altérer et se fondre à l'horizon.
Le 24, les deux corvettes traversent un lit de glaçons flottants et
pénètrent dans une plaine où les glaces sont en dissolution. Mais le
passage se rétrécit bientôt, les blocs deviennent plus nombreux, et il
faut faire volte-face, si l'on ne veut pas être bloqué.
Cependant tout indique que la lisière de la banquise est en
décomposition: les îles de glace s'éboulent avec des détonations
formidables, les glaces suintent et laissent couler de petits filets;
c'est la débâcle; la saison n'est donc pas assez avancée, et Fanning a
raison de dire qu'il ne faut pas arriver dans ces parages avant le mois
de février.
D'Urville se décide alors à faire route au nord pour essayer de gagner
les îles New-South-Orkney, dont la carte était incomplète et mal
déterminée. Le commandant désirait procéder au relevé de cet archipel
et s'y arrêter quelques jours, avant de piquer de nouveau vers le sud,
afin de s'y retrouver à la même époque de l'année que Weddell.
Pendant trois jours, d'Urville prolongea la bande septentrionale de
cet archipel sans pouvoir l'accoster; puis, il reprit sa route au sud
jusqu'au 4 février, et fut de nouveau en vue de la banquise par 62°
20´ de latitude sud et 39° 28´ de longitude est.
Quelques minutes avant midi, on découvrit une sorte d'ouverture, et
l'on s'y lança à tout hasard.
Cette manœuvre audacieuse réussit aux deux bâtiments, qui purent
pénétrer, malgré une neige intense, dans une sorte de petit bassin à
peine large de deux milles, mais cerné de tous côtés par de hautes
murailles de glaces.
Il fallut s'amarrer aux glaçons. Lorsqu'on donna l'ordre de mouiller,
un jeune novice de la -Zélée- s'écria naïvement:
«Est-ce qu'il y a un port ici près? Je ne croyais pas qu'il y eût des
habitants au travers des glaces!»
D'ailleurs, à ce moment, tout le monde à bord des deux bâtiments était
enthousiaste et joyeux. De jeunes officiers de la -Zélée- étaient venus
vider un bol de punch avec leurs camarades de l'-Astrolabe-. De son
lit, le commandant pouvait entendre les bruyantes expressions de leur
contentement. Mais lui n'envisageait pas la situation sous un jour
aussi favorable. Il considérait sa manœuvre comme très imprudente.
Enfermé dans un cul-de-sac, il n'avait, pour sortir, d'autre issue que
celle qui lui avait servi pour entrer, et il était impossible d'en
profiter, à moins d'avoir vent sous vergue.
En effet, à onze heures, d'Urville fut réveillé par des chocs violents
et par un bruit de déchirement, comme si la corvette eût touché contre
des rochers. Le commandant se releva et vit que l'-Astrolabe-, ayant
dérivé, était tombée sur les glaces, où elle restait exposée aux
attaques de celles que le courant entraînait plus vite qu'elle-même.
Au jour, on se vit entouré de glaçons. Seul, dans le nord, un filet
d'un bleu noirâtre semblait indiquer une eau libre. On prit aussitôt
cette direction, mais une brume épaisse enveloppa presque immédiatement
les deux corvettes. Lorsqu'elle se dissipa, on se trouva en présence
d'une barrière de glaces compactes, au delà desquelles s'étendait à
perte de vue une eau entièrement dégagée.
D'Urville résolut aussitôt de se frayer un passage, et, prenant
du champ, il lança, avec le plus de rapidité qu'il fut possible,
l'-Astrolabe- contre l'obstacle. Celle-ci pénétra de deux ou trois
longueurs dans la glace, puis demeura immobile. Alors, les hommes
descendirent sur les glaçons; armés de pics, de pinces, de pioches et
de scies, ils travaillèrent gaiement à se frayer un passage.
Déjà ils avaient presque traversé ce fragment de banquise, lorsque le
vent changea, la houle du large se fit sentir, et l'on dut, de l'avis
de tous les officiers, rentrer dans l'intérieur des glaces, car il y
avait lieu de craindre, si le vent fraîchissait, d'être affalé contre
la banquise et démoli par les lames et les écueils flottants.
[Illustration: Petite carte des découvertes de Dumont d'Urville au Pôle
sud, d'après ses relations.]
Les corvettes avaient parcouru douze ou quinze milles inutilement,
lorsqu'un officier, perché dans les haubans, aperçut un passage dans
l'E.-N.-E. On se dirigea immédiatement de ce côté; mais, encore une
fois, il fut impossible de se frayer un passage, et, la nuit venue, on
dut s'amarrer à un gros glaçon. Les effroyables craquements qui avaient
tenu éveillé le commandant, la nuit précédente, recommencèrent avec une
telle violence, qu'il semblait que la corvette ne pourrait y résister
jusqu'au jour.
[Illustration: On dut enfermer le gouvernail. (Page 385.)]
Cependant, après une entrevue avec le capitaine de la -Zélée-,
d'Urville fit route au nord, mais la journée se passa encore sans
apporter de changement dans la position des navires; le lendemain, au
milieu d'une pluie de neige fondue, la houle devint assez forte pour
soulever toute la plaine glacée, dans laquelle les deux bâtiments
étaient emprisonnés.
Il fallut veiller avec plus de soin que jamais aux glaçons, que
ces ondulations faisaient bondir au loin, et l'on dut enfermer le
gouvernail dans une espèce de cabane en bois qui le protégeait contre
les chocs des glaces.
A part quelques ophthalmies produites par la réverbération continuelle
de la neige, la santé des équipages était satisfaisante, et ce n'était
pas une mince satisfaction pour les commandants, obligés d'être
continuellement sur le qui-vive. Ce fut seulement le 9 février que les
corvettes, favorisées par une forte brise, purent se dégager et se
retrouver enfin dans une mer entièrement libre. On avait prolongé la
banquise sur une étendue de deux cent vingt-cinq lieues.
Par un bonheur inespéré, les navires n'avaient aucune avarie, sauf la
perte de quelques espars et d'une bonne partie du doublage en cuivre;
mais ils ne faisaient pas plus d'eau qu'auparavant.
Le soleil parut le lendemain et permit d'obtenir des observations qui
donnèrent la position par 62° 9´ latitude sud et 39° 22 longitude ouest.
La neige ne cessa pas de tomber, le froid fut vif et le vent violent
pendant les trois jours qui suivirent. Cette continuité de mauvais
temps, ainsi que la durée plus longue des nuits, avertirent d'Urville
de la nécessité de renoncer à cette navigation. Aussi, dès qu'il
se trouva par 62° sud et 33° 11´, sur la route où Weddell avait pu
cheminer librement en 1823, et où lui ne rencontra que des glaces
impénétrables, il fit route pour les New-South-Orkney.
D'ailleurs, un mois entier passé au milieu des glaces et des brumes de
l'océan Antarctique avait ébranlé la santé des équipages, et il était
sans profit pour la science de continuer plus longtemps cette croisière.
Ce fut le 20 que l'on reconnut l'archipel; d'Urville fut encore une
fois forcé par les glaces de le prolonger par le nord, mais il put
détacher deux canots, qui, sur l'île Weddell, recueillirent une
ample collection géologique, quelques échantillons de lichens et une
vingtaine de pingouins et de chionis.
Le 25 février, fut aperçue l'île Clarence, qui forme l'extrémité
orientale de l'archipel New-South-Shetland, terre extrêmement haute,
abrupte, couverte de neige, sauf au bord de la mer; puis, on cingla
vers l'île Éléphant, de tout point semblable à la première, mais semée
de pitons, qui se détachent en noir sur les plaines de neige et de
glace. Les îlots Narrow, Biggs, O'Brien, Aspland sont successivement
reconnus; mais, couverts de neige, ils n'offrent pas une place
où l'homme puisse prendre pied. Puis, on aperçut le petit volcan
Bridgeman, sur lequel deux canots essayèrent vainement de débarquer les
naturalistes.
«La teinte générale du sol, dit la relation, est d'une couleur
rougeâtre, comme celle de la brique brûlée, avec des taches grises qui
semblent annoncer des pierres ponces ou de la cendre durcie. Au bord
de la mer, çà et là, on voit de gros blocs d'une couleur noirâtre qui
doivent être de la lave. Du reste, cet îlot n'a point de véritable
cratère, mais il laisse échapper d'épaisses fumées qui sortent presque
toutes de sa base, dans la bande occidentale; sur celle du nord, on
voit encore deux fumerolles à dix ou douze mètres au-dessus de l'eau.
On n'en remarque point sur la bande de l'est, ni sur celle du sud,
ni sur le sommet, qui est uniforme et arrondi. Sa masse paraît avoir
récemment subi quelque grande modification, et il faut bien qu'il
en ait été ainsi pour avoir maintenant si peu de rapport avec la
description qu'en traça Powell en 1822.»
D'Urville reprit bientôt la route du sud, et, le 27 février, reconnut
une bande considérable de terre dans le S.-E., que la brume et les
flocons d'une neige très fine l'empêchèrent d'accoster. Il se trouvait
alors sur le parallèle de l'île Hope, par 62° 57´ de latitude. Il en
approcha de très près et reconnut d'abord une terre basse, à laquelle
il donna le nom de Terre de Joinville; plus loin, dans le sud-ouest,
une grande terre montagneuse qu'il appela Terre Louis-Philippe, et,
entre elles, au milieu d'une sorte de canal encombré par les glaces,
une île à laquelle il donna le nom de Rosamel.
«Pour lors, dit d'Urville, l'horizon bien éclairci nous permet de
suivre des yeux tous les accidents de la Terre Louis-Philippe. En ce
moment, elle s'étend depuis le mont Bransfield, dans le N. 72° E.,
jusqu'au S.-S.-O., où l'œil la suit jusqu'aux bornes de l'horizon.
Depuis le mont Bransfield jusqu'au sud, c'est une haute terre, assez
uniforme et formant un immense glacier sans accidents notables. Mais,
au sud, la terre se relève sous la forme d'un beau piton (le mont
Jacquinot), qui paraît égaler et même surpasser Bransfield; puis, à
partir de là, elle s'étend sous la forme d'une chaîne de montagnes
se terminant dans le S.-O. par un sommet encore plus élevé que tous
les autres. Au reste, les effets de la neige et de la glace, ainsi
que l'absence de tout objet de comparaison, contribuent à exagérer
singulièrement la hauteur de toutes ces protubérances. En effet, nous
trouvâmes, par les mesures qui furent prises par M. Dumoulin, que
toutes ces montagnes, qui nous paraissaient alors gigantesques et au
moins comparables aux Alpes et aux Pyrénées, n'avaient que des hauteurs
très médiocres. Ainsi, le mont Bransfield n'avait que 632 mètres, le
mont Jacquinot 648 mètres, et enfin ce dernier, le mont d'Urville, le
plus élevé de tous, 931 mètres. A l'exception des îlots en avant de la
grande terre et de quelques pointes dégagées de neige, tout le reste
n'est qu'une suite de glaces compactes; dans cet état, il n'est pas
possible de tracer la vraie direction de la terre, mais seulement de
ses croûtes de glace.»
Le 1er mars, un sondage n'accuse que cent quatre-vingts brasses de
profondeur, le fond est de roches et de gravier. La température est de
1°9 à la surface et de 0,2 au fond de la mer. Le 2 mars est reconnue,
au large de la Terre Louis-Philippe, une île qui reçoit le nom d'île
de l'Astrolabe. Le lendemain, une grande baie ou plutôt un canal,
auquel on donne le nom de canal d'Orléans, est relevé entre la Terre
Louis-Philippe et une bande haute et rocheuse qui, selon d'Urville,
serait le commencement des terres de Trinité, jusqu'alors très
incorrectement tracées.
Ainsi donc, depuis le 26 février jusqu'au 5 mars, d'Urville resta en
vue de la côte, la longeant à peu de distance, mais n'étant cependant
pas maître de ses manœuvres, à cause des brumes et des pluies qui
se succédèrent sans arrêter. Tout, du reste, annonçait un dégel
bien accentué; à midi, la température s'élevait jusqu'à cinq degrés
au-dessus de zéro; partout, des glaces coulaient des filets d'eau, des
blocs entiers se détachaient et tombaient dans la mer avec un bruit
formidable; enfin un vent d'ouest ne cessait pas de souffler en grande
brise.
Ce fut même la raison qui empêcha d'Urville de pousser plus loin son
exploration. La mer était très dure, la pluie fréquente et la brume
continuelle. Il dut donc s'éloigner de cette côte dangereuse et
remonter vers le nord, où, dès le lendemain, il relevait les îles les
plus occidentales du Nouveau-Shetland.
D'Urville prit alors la route de la Concepcion. Mais cette traversée
fut très pénible, le scorbut ayant attaqué, malgré toutes les
précautions prises, les équipages des deux corvettes, et surtout celui
de la -Zélée-, avec la dernière violence. Ce fut aussi à ce moment que
d'Urville mesura des hauteurs de lames, qui répondaient au reproche
d'exagération fabuleuse qui lui avait été fait, lorsqu'il avait
attribué cent pieds d'élévation à celles qu'il avait essuyées sur le
banc des Aiguilles.
Avec l'aide de ses officiers, afin qu'on ne pût mettre en doute les
résultats de ses observations, d'Urville mesura des lames, dont la
hauteur verticale était de onze mètres et demi, et qui n'avaient pas
moins de soixante mètres du sommet au point inférieur, ce qui faisait
cent vingt mètres pour la longueur totale d'une seule lame. Ces mesures
répondaient aux affirmations ironiques d'Arago, qui, de son cabinet, ne
permettait pas à une lame de s'élever à plus de cinq ou six mètres. Il
ne faut pas hésiter un seul instant à admettre, contre l'illustre mais
passionné physicien, les mesures des navigateurs qui avaient observé
sur place.
Le 7 avril 1838, la division jeta l'ancre dans la baie de Talcahuano.
Elle devait y trouver un repos, dont les quarante scorbutiques de
la -Zélée- avaient le plus grand besoin. De là, d'Urville gagna
Valparaiso; puis, traversant toute l'Océanie, il mouilla, le 1er
janvier 1839, à Guaham, s'engagea ensuite dans la Malaisie, arriva en
octobre à Batavia, et de là atteignit Hobart-Town, d'où, le 1er janvier
1840, il appareillait pour une nouvelle course à travers les régions
antarctiques.
A cette époque, d'Urville ne connaissait ni le voyage de Balleny ni la
découverte de la Terre Sabrina. Son intention était de ne faire qu'une
pointe au sud de la Tasmanie, afin de constater sous quel parallèle
il rencontrerait les glaces. L'espace compris entre 120° et 160° de
longitude orientale n'avait pas encore été exploré, pensait-il. Il y
avait donc là quelque découverte à tenter.
Tout d'abord, la navigation se présenta sous les auspices les plus
fâcheux. La houle était très forte, les courants portaient à l'est,
l'état sanitaire était loin d'être satisfaisant, et, cependant,
on n'était encore que sous le 58e degré de latitude, lorsque tout
annonçait le voisinage de la banquise.
Le froid devint bientôt très vif; les vents se mirent à souffler de
l'ouest-nord-ouest, et la mer s'apaisa, indice presque certain du
voisinage d'une terre ou de la banquise. On pencha plutôt pour la
première de ces hypothèses, car les îles de glace que l'on rencontrait
étaient trop grosses pour s'être formées en pleine mer. Le 18
janvier, on atteignit le 64e degré de latitude, et l'on ne tarda pas
à rencontrer d'énormes blocs de glace taillés à pic, dont la hauteur
variait entre trente et quarante mètres et dont la largeur dépassait
mille mètres.
Le lendemain, 19 janvier 1840, fut aperçue une nouvelle terre, qui
reçut le nom de Terre Adélie. Le soleil était brûlant, et toutes les
glaces semblaient en décomposition; de nombreux ruisseaux se formaient
à leurs sommets et descendaient en cascades jusqu'à la mer. L'aspect
de la terre était uniforme; couverte de neige, elle courait de l'est à
l'ouest et semblait s'abaisser en pente douce jusqu'à la mer. Le 21,
le vent permit aux deux navires de s'en approcher. On ne tarda pas à
découvrir de profondes ravines, creusées par les eaux provenant de la
fonte des neiges.
A mesure qu'on s'avançait, la navigation devenait plus périlleuse. Les
îles de glace étaient en si grand nombre, qu'à peine restait-il entre
elles un canal assez large pour permettre aux corvettes de manœuvrer.
«Leurs murailles droites dépassaient de beaucoup nos mâtures, dit
d'Urville; elles surplombaient nos navires, dont les dimensions
paraissaient ridiculement rétrécies, comparativement à ces masses
énormes. Le spectacle qui s'offrait à nos regards était tout à la fois
grandiose et effrayant. On aurait pu se croire dans les rues étroites
d'une ville de géants.»
Bientôt les corvettes entrèrent dans un vaste bassin formé par la côte
et les îles de glace qu'elles venaient de doubler. La terre s'étendait
à perte de vue au sud-est et au nord-ouest. Elle pouvait avoir de
mille à douze cents mètres de haut, mais ne présentait nulle part de
sommet saillant. Enfin, au milieu de cette immense plaine de neige,
parurent quelques rochers. Les deux capitaines expédièrent aussitôt des
embarcations, avec mission de recueillir des preuves palpables de leur
découverte. Voici ce que dit l'un des officiers, Du Bouzet, chargé de
cette importante reconnaissance:
«Il était près de neuf heures, lorsque, à notre grande joie, nous
prîmes terre sur la partie ouest de l'îlot le plus occidental et le
plus élevé. Le canot de l'-Astrolabe- était arrivé avant nous; déjà
les hommes qui le montaient étaient grimpés sur les flancs escarpés
de ce rocher. Ils précipitaient en bas les pingouins, fort étonnés
de se voir dépossédés si brutalement de l'île dont ils étaient les
seuls habitants..... J'envoyai aussitôt un de nos matelots déployer un
drapeau tricolore sur ces terres, qu'aucune créature humaine n'avait
ni vues ni foulées avant nous. Suivant l'ancienne coutume, que les
Anglais ont conservée précieusement, nous en prîmes possession au
nom de la France, ainsi que de la côte voisine, que la glace nous
empêchait d'aborder..... Le règne animal n'y était représenté que par
les pingouins. Malgré toutes nos recherches, nous n'y trouvâmes pas une
seule coquille. La roche était entièrement nue et n'offrait pas même la
moindre trace de lichens. Il fallut nous rabattre sur le règne minéral.
Chacun de nous prit le marteau et se mit à tailler dans la roche. Mais
celle-ci, d'une nature granitique, était tellement dure, que nous
ne pûmes en détacher que de très faibles morceaux. Heureusement, en
parcourant le sommet de l'île, les matelots découvrirent de larges
fragments de rocher détachés par les gelées, et ils les embarquèrent
dans les canots. En les examinant de près, je reconnus une ressemblance
parfaite entre ces roches et de petits fragments de gneiss que nous
avions trouvés dans l'estomac d'un pingouin, tué la veille. Le petit
îlot sur lequel nous prîmes terre fait partie d'un groupe de huit ou
dix petites îles, arrondies au sommet et présentant toutes à peu près
les mêmes formes. Ces îles sont séparées de la côte la plus proche par
un espace de 500 ou 600 mètres. Nous apercevions encore sur le rivage
plusieurs sommets entièrement découverts et un cap dont la base était
aussi dépouillée de neige..... Tous ces îlots, très rapprochés les uns
des autres, semblaient former une chaîne continue, parallèle à la côte
et qui s'étendait de l'est à l'ouest.»
Le 22 et le 23, fut continuée la reconnaissance de ce littoral; mais,
ce jour-là, une banquise, soudée à la côte, vint forcer les bâtiments
à retourner vers le nord; en même temps, une rafale de neige, aussi
subite que terrible, assaillit les bâtiments et les mit en perdition.
La -Zélée- subit de fortes avaries dans sa voilure; mais, le lendemain,
elle se retrouvait auprès de sa conserve.
Pendant ce temps, la terre n'avait pour ainsi dire pas été perdue de
vue. Toutefois, le 29, devant la persistance singulière des vents
d'est, d'Urville dut abandonner la reconnaissance de la Terre Adélie.
C'est ce jour-là que fut aperçu l'un des bâtiments du lieutenant
Wilkes. D'Urville se plaint des intentions malveillantes que ce dernier
lui prête dans son rapport, et assure que sa manœuvre, qui avait pour
but de communiquer, fut mal interprétée par les Américains.
«Nous ne sommes plus, dit-il, au temps où les navigateurs, poussés par
l'intérêt du commerce, se croyaient obligés de cacher soigneusement
leur route et leurs découvertes, pour éviter la concurrence des nations
rivales. J'eusse été heureux, au contraire, d'indiquer à nos émules le
résultat de nos recherches, dans l'espérance que cette communication
aurait pu leur être utile et élargir le cercle de nos connaissances
géographiques.»
Le 30 janvier, on aperçut une muraille de glaces énormes, au sujet de
laquelle les avis furent partagés. Les uns y voyaient une masse de
glace compacte et indépendante de toute terre; les autres,--et c'était
l'avis de d'Urville,--pensaient que ces hautes montagnes avaient une
base solide, soit de terre, soit de rochers, soit même de hauts fonds
épars autour d'une grande terre. On lui donna le nom de côte Clarie,
par 128° de longitude.
Les officiers, dans ces parages, avaient recueilli des documents
suffisants pour déterminer la position du pôle magnétique austral; mais
leurs résultats ne devaient pas concorder avec les travaux de Duperrey,
de Wilkes et de James Ross.
Le 17 février, les deux corvettes jetaient encore une fois l'ancre
devant Hobart-Town.
Dès le 25, elles reprenaient la mer, se portaient vers la
Nouvelle-Zélande, où elles complétaient les travaux hydrographiques de
l'-Uranie-, puis gagnaient la Nouvelle-Guinée, dont elles constataient
que la Louisiade n'était séparée par aucun détroit, exploraient avec
le plus grand soin, au milieu des courants et des récifs de corail, et
au prix d'avaries assez graves, le détroit de Torrès, arrivaient le 20
à Timor, et rentraient à Toulon, le 6 novembre, après avoir relâché à
Bourbon et à Sainte-Hélène.
A l'annonce de l'expédition de découvertes organisée sur un si grand
pied par le gouvernement des États-Unis, l'Angleterre s'était émue,
et, sous la pression des sociétés savantes, avait décidé l'envoi d'une
expédition dans les régions où, depuis Cook, les capitaines Weddell et
Biscoë s'étaient seuls aventurés.
Le capitaine James Clarke Ross, qui en reçut le commandement, était
le neveu du fameux John Ross, l'explorateur de la baie de Baffin. Né
en 1800, James Ross naviguait depuis l'âge de douze ans. Il avait
accompagné son oncle, en 1818, dans sa première exploration des
terres arctiques; de 1819 à 1827, il avait pris part, sous les ordres
de Parry, à quatre expéditions dans les mêmes parages, et, de 1829
à 1833, il y avait été le fidèle compagnon de son oncle. Chargé des
observations scientifiques, il avait découvert le pôle magnétique nord;
enfin il avait fait de longues courses à pied et en traîneau sur les
glaces. C'était donc un des officiers de la marine britannique les plus
habitués aux navigations polaires.
[Illustration: Leurs murailles droites dépassaient de beaucoup nos
mâtures. (Page 389.)]
Deux bâtiments lui furent confiés, l'-Erebus- et la -Terror-, et son
second fut un marin accompli, le capitaine Francis Rowdon Crozier,
compagnon de Parry en 1824, de James Ross en 1835, à la baie de
Baffin, le même qui devait, sur la -Terror-, accompagner Franklin à
la recherche du passage du nord-ouest. On ne pouvait faire choix d'un
cœur plus vaillant, d'un marin plus expérimenté.
[Illustration: Le capitaine JOHN ROSS.]
Les instructions, qui furent remises à James Ross par l'Amirauté,
différaient essentiellement de celles qui avaient été données à
Wilkes et à Dumont d'Urville. Pour ceux-ci, l'exploration des régions
arctiques n'était qu'un incident de leur campagne autour du monde; elle
faisait, au contraire, le fond même du voyage de James Ross. Des trois
années, pendant lesquelles il serait éloigné de l'Europe, il devait en
passer la majeure partie dans les régions antarctiques, et ne quitter
les glaces que pour réparer ses avaries et refaire ses équipages
fatigués ou malades.
Aussi, les bâtiments avaient-ils été choisis en conséquence; plus forts
que les navires de d'Urville, ils étaient mieux en état de résister aux
assauts répétés des glaces, et leur équipage aguerri avait été recruté
parmi les marins familiarisés avec les navigations polaires.
L'-Erebus- et la -Terror-, sous le commandement de Ross et de
Crozier, quittèrent l'Angleterre le 29 septembre 1839, et touchèrent
successivement à Madère, aux îles du cap Vert, à Sainte-Hélène, au
cap de Bonne-Espérance, où furent faites de nombreuses observations
magnétiques.
Le 12 avril, Ross atteignait l'île de Kerguelen et y débarquait
aussitôt ses instruments. La moisson scientifique fut abondante, des
arbres fossiles furent extraits de la lave dont cette île est formée,
et l'on y rencontra de riches gisements de charbon qui attendent
encore l'exploitation. Le 29 était un jour fixé pour des observations
simultanées sur divers points du globe. Par une fortune singulière, se
produisit ce jour-là une de ces tempêtes magnétiques, qui avaient déjà
été remarquées en Europe. Les instruments enregistrèrent à Kerguelen
les mêmes phénomènes qu'à Toronto, au Canada,--preuve de l'immense
étendue de ces météores et de l'incroyable rapidité avec laquelle ils
se propagent.
A son arrivée à Hobart-Town, où il rencontra dans le gouverneur son
vieil ami John Franklin, Ross apprit la découverte de la Terre Adélie
et de la côte Clarie par les Français, et la reconnaissance simultanée
des mêmes terres par l'expédition américaine de Wilkes. Ce dernier lui
avait même laissé un croquis de ses relevés de côtes.
Mais Ross se décida à aborder les régions antarctiques par le 170e
degré est, parce que, dans cette direction, Balleny avait trouvé, en
1839, la mer libre de glaces jusqu'au 69e degré de latitude. Il gagna
donc les îles Auckland, puis les Campbell, et, après avoir, comme ses
prédécesseurs, tiré d'innombrables bordées au milieu d'une mer semée
d'îles de glaces, il atteignit, au delà du 63e degré, l'extrémité de la
banquise et franchit le Cercle polaire le 1er janvier 1841.
Quant aux glaces errantes, elles ne ressemblaient en aucune façon à
celles du pôle nord, ainsi que put facilement s'en convaincre James
Ross. Ce sont des blocs immenses à parois verticales et régulières.
Quant aux «ice-fields», moins unis que dans le nord, ils affectent
une allure chaotique, et ces débris, vingt fois ressoudés et rompus,
prennent, suivant une expression imagée de Wilkes, l'apparence d'une
terre labourée.
La banquise ne sembla pas à James Ross «aussi formidable que l'ont
représentée les Français et les Américains.» Toutefois, il ne put
tout d'abord s'y risquer et fut forcé par l'ouragan de se tenir au
large. Ce ne fut que le 5 qu'il put l'assaillir de nouveau par 66°
45´ de latitude sud et 174° 16´ de longitude ouest. Cette fois, les
circonstances étaient on ne peut plus favorables, puisque le vent et
la mer, portant sur elle, contribuaient à la disloquer. Grâce à la
puissance de ses bâtiments, Ross put s'y frayer un passage. D'ailleurs,
à mesure qu'il s'enfonçait dans le sud, le brouillard devenait
plus épais, et des chutes répétées de neige contribuaient à rendre
cette route extrêmement dangereuse. Toutefois, ce qui déterminait
l'explorateur à continuer ses efforts, c'est qu'il apercevait dans le
ciel le reflet d'une mer libre, apparence peu trompeuse, car, le 9,
après avoir fait plus de deux cents milles à travers la banquise, il
entrait définitivement dans une mer, dégagée.
Le 11 janvier, la terre fut signalée à cent milles en avant par 70°
47´ de latitude sud et 172° 36 de longitude ouest. Jamais terre aussi
méridionale n'avait été aperçue. C'étaient des pics hauts de neuf mille
à douze mille pieds,--si ces hauteurs ne sont pas exagérées, comme
tendraient à le faire croire les remarques de d'Urville à la Terre
de Graham,--pics entièrement couverts de neige, et dont les glaciers
trempent leur pied au loin dans la mer. Par-ci, par-là, de noirs
rochers perçaient la neige, mais la côte était si hérissée de glaces,
qu'il fut impossible de débarquer. Cette singulière rangée de pics
monstrueux reçut le nom de chaîne de l'Amirauté, et la terre elle-même,
celui de Victoria.
Dans le sud-est se montraient quelques petites îles; les bâtiments se
dirigèrent de ce côté, et, le 12 janvier, les deux capitaines, avec
quelques-uns de leurs officiers, débarquèrent sur un de ces îlots
volcaniques et en prirent possession au nom de l'Angleterre. On n'y
trouva pas la moindre trace de végétation.
Ross ne tarda pas à reconnaître que la côte orientale de la grande
terre s'inclinait vers le sud, tandis que celle du nord se dessinait
vers le nord-ouest. Il prolongea donc le littoral est, en s'efforçant
de pénétrer par le sud jusqu'au delà du pôle magnétique qu'il fixait
vers le 76e degré, pour revenir ensuite par l'ouest et achever la
circumnavigation de cette terre qu'il considérait comme une grande île.
La chaîne des montagnes se continuait au long de la côte. Ross imposa
aux sommets les plus remarquables les noms de Herschell, Wehwell,
Wheatstone, Murchison et Melbourne; mais, les glaces attachées au
rivage s'élargissant de plus en plus, il perdit de vue les détails de
la côte. Le 23 janvier, était dépassé le 74e degré, latitude la plus
australe qu'on eût jamais atteinte.
Quelque temps, les navires y furent arrêtés par des brouillards, des
coups de vent du sud et de violentes rafales de neige. Ils continuèrent
cependant à longer la côte. Le 27 janvier, les marins anglais
débarquèrent sur une petite île volcanique, à laquelle ils donnèrent
le nom de Franklin, située par 76° 8´ de latitude sud et 168° 12´ de
longitude est.
Le lendemain, fut aperçue une gigantesque montagne, qui s'élevait en
pente régulière jusqu'à douze mille pieds de hauteur au-dessus d'une
terre très étendue. La cime régulière, entièrement couverte de neige,
était, d'heure en heure, enveloppée d'une épaisse fumée, dont la
largeur n'avait pas moins de trois cents pieds de diamètre et qui en
mesurait, sous la forme d'un cône renversé, le double à sa plus grande
hauteur. Lorsqu'elle se dissipait, on distinguait un cratère dénudé,
éclairé de feux d'un rouge vif, dont l'éclat s'apercevait même en
plein midi. La neige montait jusqu'au cratère, et il fut impossible de
distinguer la moindre coulée de lave.
Si la vue d'un volcan est toujours un spectacle grandiose, l'aspect
de ce géant qui dépasse l'Etna et le pic de Ténériffe, son activité
prodigieuse, sa situation au milieu des glaces du pôle étaient bien
faits pour vivement frapper l'esprit des explorateurs.
Il reçut le nom d'Erebus, et l'on attribua celui de l'autre navire,
Terror, à un autre cratère éteint, situé à l'est du premier, noms bien
choisis et qui font vraiment image.
Les deux bâtiments continuèrent à prolonger la terre dans le sud,
jusqu'à ce qu'une banquise, dont les sommets dépassaient de cent
cinquante pieds les mâts des bâtiments, vint leur barrer le chemin.
Derrière, on continuait d'apercevoir une chaîne de montagnes, les
monts Parry, qui s'enfonçaient à perte de vue dans le sud-sud-est.
Ross longea cette barrière dans l'est jusqu'au 2 février, qu'il
atteignit par 78° 4´, latitude la plus australe de cette campagne. Il
avait suivi, pendant plus de trois cents milles, la terre qu'il avait
découverte, lorsqu'il la quitta par 191° 23´ de longitude est.
Suivant toute vraisemblance, les deux navires ne seraient pas sortis de
la formidable banquise, à travers laquelle, au prix de fatigues inouïes
et de périls sans cesse renaissants, ils réussirent enfin à se frayer
un passage, sans les fortes brises qui leur vinrent en aide.
Le 15 février, une nouvelle tentative fut faite par 76° de latitude
sud, pour essayer d'atteindre le pôle magnétique. Mais la terre
arrêta les navires par 76° 12´ et 164° de longitude est, à soixante
cinq lieues communes de l'endroit où Ross plaçait ce pôle, que l'état
menaçant de la mer, l'aspect désolé de la contrée lui interdisaient de
gagner par terre.
Après être allé reconnaître les îles découvertes en 1839 par Balleny,
Ross se trouvait, le 6 mars, au centre des montagnes indiquées par le
lieutenant Wilkes.
«Mais, dit la relation, loin d'y trouver des montagnes, on n'y trouva
pas de fond par six cents brasses. Après avoir couru dans toutes
les directions et dans un cercle d'environ quatre-vingts milles de
diamètre autour de ce centre imaginaire, par des temps très purs qui
permettaient de tout apercevoir à de grandes distances, les Anglais
durent reconnaître qu'au moins -cette position d'un prétendu continent
antarctique, avec les quelque deux cents milles de côtes indiquées
à la suite, n'a pas d'existence réelle-. Le lieutenant Wilkes aura
sans doute été induit en erreur par des nuages, par des énormes bancs
de brouillards qui, dans ces régions, trompent aisément les yeux
inexpérimentés.»
L'expédition regagna la Tasmanie sans avoir un seul malade à bord,
sans avoir éprouvé la moindre avarie. Elle s'y refit, y régla ses
instruments et repartit pour une seconde campagne. Sydney et la baie
des Iles à la Nouvelle-Zélande, l'île Chatam, furent les premières
stations où Ross s'arrêta pour faire des observations magnétiques.
Le 18 décembre, par 62° 40´ de latitude sud et 146° de longitude est
fut rencontrée la banquise. C'était trois cents milles plus au nord
que l'année précédente. Les navires arrivaient trop tôt. Ross n'en
essaya pas moins de rompre cette redoutable ceinture. Il y pénétra
de trois cents milles, mais se vit arrêté par des masses tellement
compactes, qu'il lui fut impossible d'aller plus loin. Ce ne fut que le
1er janvier 1842 qu'il franchit le Cercle polaire. Le 19 du même mois,
les deux navires furent assaillis par un orage d'une violence inouïe,
au moment où ils touchaient à la mer libre; l'-Erebus- et la -Terror-
perdirent leur gouvernail, furent abordés par des écueils flottants,
et, pendant vingt-six heures, se virent sur le point d'être engloutis.
L'emprisonnement de l'expédition dans la banquise ne dura pas moins de
quarante-six jours. Enfin, le 22, Ross atteignit la grande barrière des
glaces fixes, qui s'était sensiblement abaissée depuis le mont Erebus,
où elle n'avait pas moins de deux cents pieds. A l'endroit où Ross la
retrouvait cette année, elle n'en avait plus que cent sept. On reconnut
cette barrière cent cinquante milles plus à l'est qu'on ne l'avait
fait l'année précédente. Ce fut le seul résultat géographique de cette
pénible campagne de cent trente-six jours, bien plus dramatique que la
première.
Les bâtiments gagnèrent alors le cap Horn et remontèrent jusqu'à
Rio-de-Janeiro, où ils trouvèrent tout ce qui pouvait leur être utile.
Aussitôt qu'ils eurent reçu leur complément de vivres, ils reprirent la
mer, et atteignirent les Malouines, d'où ils partirent, le 17 décembre
1842, pour leur troisième campagne.
Les premières glaces furent rencontrées dans les parages de l'île
Clarence, et, le 25 décembre, Ross se trouvait arrêté par la banquise.
Il gagna alors les Nouvelles-Shetland, compléta l'étude des Terres
Louis-Philippe et Joinville, découvertes par Dumont d'Urville, nomma
les monts Haddington et Penny, reconnut que la Terre Louis-Philippe
n'est qu'une grande île et visita le détroit de Bransfield qui la
sépare des Shetland.
Tels furent les merveilleux résultats obtenus par James Ross dans ses
trois campagnes.
Maintenant, pour juger la part qui revient à chacun de ces trois
explorateurs des régions antarctiques; on peut dire que d'Urville a
le premier reconnu le continent antarctique, que Wilkes en a suivi
les côtes sur le plus long espace,--car on ne peut méconnaître
la ressemblance qu'offre son tracé avec celui du navigateur
français;--enfin que James Ross en a visité la partie la plus
méridionale et la plus intéressante.
Mais ce continent existe-t-il en réalité? D'Urville n'en est pas
persuadé, et Ross n'y croit pas. Il faut donc laisser la parole aux
explorateurs, qui vont se diriger prochainement sur les traces des
vaillants marins dont nous venons de raconter les voyages et les
découvertes.
II
Le Pôle nord.
Anjou et Wrangell.--La «polynia».--Première expédition de John
Ross.--La baie de Baffin est fermée!--Les découvertes d'Edward Parry
dans son premier voyage.--La reconnaissance de la baie d'Hudson et
la découverte du détroit de la Fury et de l'Hecla.--Troisième voyage
de Parry.--Quatrième voyage. En traîneau sur la glace, en pleine
mer.--Première course de Franklin.--Incroyables souffrances des
explorateurs.--Seconde expédition.--John Ross.--Quatre hivers dans
les glaces.--Expédition de Dease et Simpson.
Il a été parlé à différentes reprises du grand mouvement géographique
inauguré par Pierre Ier. L'un des résultats les plus rapidement
atteints fut la découverte par Behring du détroit qui sépare l'Asie de
l'Amérique. Le plus important qui suivit, à une trentaine d'années de
distance, fut la reconnaissance, dans la mer polaire, de l'archipel
Liakow ou de la Nouvelle-Sibérie.
En 1770, un marchand du nom de Liakow avait vu arriver du nord sur
la glace un grand troupeau de rennes. Il se dit que ces animaux ne
pouvaient venir que d'un pays où se trouvaient des pâturages assez
abondants pour les nourrir. Un mois plus tard, il partait en traîneau,
et, après un voyage de cinquante milles, il découvrit, entre les
embouchures de la Léna et de l'Indighirka, trois grandes îles, dont les
immenses gîtes d'ivoire fossile sont devenus célèbres dans le monde
entier.
En 1809, Hedenstrœm avait été chargé d'en lever la carte. A plusieurs
reprises, il avait tenté des courses en traîneau sur la mer gelée,
et s'était vu, chaque fois, arrêté par des glaces en fusion qui ne
pouvaient le porter. Il en avait conclu à l'existence d'une mer libre,
au large, et il appuyait cette opinion sur l'immense volume d'eau
chaude à dix degrés que versent dans la mer polaire les grands fleuves
de l'Asie.
En mars 1821, le lieutenant (plus tard amiral) Anjou s'avança sur
la glace jusqu'à quarante-deux milles au nord de l'île Kotelnoï, et
vit par 76° 38´ une vapeur qui l'amena à croire à l'existence d'une
mer libre. Dans une autre expédition, cette mer, il l'aperçut avec
ses glaces à la dérive et revint avec cette conviction qu'il était
impossible de s'avancer au large à cause du peu d'épaisseur de la glace
et de l'existence de cette mer libre.
Tandis qu'Anjou se livrait à ces explorations, un autre officier
de marine, le lieutenant Wrangell, recueillait des légendes et des
renseignements précieux sur l'existence d'une terre située par le
travers du cap Yakan.
Du chef d'une peuplade tchouktchie, il aurait appris que, près de la
côte et de certains récifs placés à l'embouchure d'une rivière, on
peut, par un beau temps d'été, découvrir, à une très grande distance
dans le nord, des montagnes couvertes de neige; mais en hiver, il est
impossible d'en rien voir. Autrefois, des troupeaux de rennes venaient
de cette terre, quand la mer était prise. Ce chef lui-même, une fois,
avait vu un troupeau de rennes retournant au nord par cette voie, et il
l'avait suivi dans un traîneau pendant toute une journée, jusqu'à ce
que l'état de la glace le forçât à abandonner son entreprise.
Son père lui avait aussi raconté qu'un Tchouktchi y était allé une fois
avec quelques compagnons dans une barque de peau; mais il ne savait ni
ce qu'ils y avaient trouvé ni ce qu'ils étaient devenus. Il soutenait
que ce pays devait être habité, et il racontait à ce sujet qu'une
baleine morte était venue s'échouer à l'île d'Aratane, percée de lances
à pointe d'ardoise, arme dont les Tchouktchis ne se servent jamais.
Ces informations étaient fort curieuses, elles augmentaient le désir de
Wrangell de pénétrer jusqu'à ces pays inconnus; mais elles ne devaient
être vérifiées que de nos jours.
[Illustration: CARTE DE LA TERRE VICTORIA découverte par James Ross
-Gravé par E. Morieu.-]
De 1820 à 1824, Wrangell, établi à l'embouchure de la Kolyma, fit
quatre voyages en traîneau sur les glaces. Tout d'abord il explora la
côte depuis l'embouchure de la Kolyma jusqu'au cap Tchélagskoï, et il
dut endurer, pendant cette course, jusqu'à trente-cinq degrés de froid.
[Illustration: On dut charger sur deux petits traîneaux. (Page 411.)]
La seconde année, il voulut voir quel point il pourrait atteindre sur
la glace, et parvint à cent quarante milles de terre.
La troisième année, en 1822, Wrangell partit au mois de mars, afin
de vérifier le rapport d'un indigène qui lui affirmait l'existence
d'une terre au large. Il atteignit un champ de glace, sur lequel
il put s'avancer sans obstacles. Plus loin, l'«ice-field» semblait
moins résistant. La glace étant alors trop peu solide pour porter une
caravane, on dut charger sur deux petits traîneaux une nacelle, des
planches et quelques outils, puis s'engager sur une glace fondante qui
craquait sous ses pieds.
«Il me fallut, dit Wrangell, faire d'abord sept verstes à travers une
couche saline; plus loin, apparut une surface sillonnée de larges
crevasses, que nous ne parvînmes à franchir qu'à l'aide de nos
planches. Je remarquai en cet endroit de petites buttes d'une glace
tellement déliquescente, que le moindre contact suffisait pour la
briser et transformer la butte en une ouverture circulaire. La glace
sur laquelle nous voyagions était sans consistance, n'avait qu'un
pied d'épaisseur et, qui plus est, était criblée de trous. Je ne puis
comparer l'aspect de la mer, en cet instant, qu'à un immense marais;
et, en effet, l'eau fangeuse qui s'élevait de ces milliers de crevasses
s'entrecoupant dans tous les sens, la neige déliquescente mêlée de
terre et de sable, ces buttes d'où s'échappaient de nombreux ruisseaux,
tout concourait à rendre l'illusion complète.»
Wrangell s'était éloigné de la côte de deux cent vingt-huit kilomètres,
et c'est la mer libre de Sibérie, dont il avait touché les bords,
immense «polynia»,--nom qu'il donne à de vastes étendues d'eau
libre,--déjà signalée par Leontjew en 1764 et par Hedenstrœm en 1810.
Au quatrième voyage, Wrangell partit du cap Yakan, le point le plus
rapproché des terres septentrionales. Sa petite troupe, après avoir
dépassé le cap Tchélagskoï, fit route au nord; mais un violent orage
brisa la glace, qui n'avait que trois pieds d'épaisseur, et fit courir
aux explorateurs le plus grand danger. Tantôt traînés sur quelque
grande plaque non encore rompue, tantôt à demi submergés sur un
plancher mobile qui oscillait ou disparaissait complètement, ou bien
amarrés sur quelque bloc qui leur servait de bac, tandis que les chiens
tiraient et nageaient, ils parvinrent enfin à regagner la terre au
travers des glaçons que la mer entre-choquait à grand bruit. Ils ne
durent leur salut qu'à la rapidité et à la vigueur de leurs attelages.
Ainsi se terminèrent les tentatives faites pour atteindre les terres au
nord de la Sibérie.
La calotte polaire était attaquée en même temps d'un autre côté avec
autant d'énergie, mais avec plus de continuité.
On se rappelle avec quel enthousiasme et quelle persévérance avait été
cherché le fameux passage du nord-ouest. Les traités de 1815 n'eurent
pas plus tôt nécessité le désarmement de nombreux vaisseaux anglais et
la mise à demi-solde de leurs officiers, que l'Amirauté, ne voulant pas
briser la carrière de tant d'estimables marins, s'ingénia pour leur
procurer de l'emploi. C'est dans ces circonstances que fut reprise la
recherche du passage du nord-ouest.
L'-Alexandre-, de deux cent cinquante-deux tonneaux, et l'-Isabelle-,
de trois cent quatre-vingt-cinq, sous le commandement de John Ross,
officier d'expérience, et du lieutenant William Parry, furent expédiés
par le gouvernement pour explorer la baie de Baffin. Plusieurs
officiers, James Ross, Back, Belcher, qui devaient s'illustrer
dans les expéditions polaires, faisaient partie des équipages. Ces
bâtiments mirent à la voile le 18 avril, relâchèrent aux îles Shetland,
cherchèrent vainement la terre submergée de Bass, qu'on plaçait par 57°
28 nord, et, dès le 26 mai, eurent connaissance des premières glaces.
Le 2 juin, on releva la côte du Groënland. Sur la partie occidentale
très mal indiquée par les cartes, furent trouvées de grandes quantités
de glaces, et le gouverneur de l'établissement danois de Whale-island
assura aux Anglais que la rigueur des hivers augmentait sensiblement,
depuis onze ans qu'il habitait le pays.
Jusqu'alors on avait cru qu'au delà du 75e degré le pays était
inhabité. Aussi les voyageurs furent-ils étonnés de voir arriver par la
glace toute une tribu d'Esquimaux. Ces sauvages ignoraient l'existence
d'un autre peuple que le leur. Ils regardaient les Anglais sans oser
les toucher, et l'un d'eux, s'adressant aux bâtiments d'une voix grave
et solennelle, leur disait:
«Qui êtes-vous? D'où venez-vous? Du soleil ou de la lune?»
Bien que cette tribu fût à certains égards fort au-dessous des
Esquimaux que la longue fréquentation des Européens a commencé à
civiliser, elle connaissait cependant l'usage du fer, dont quelques-uns
de ses membres étaient parvenus à se faire des couteaux. Il provenait,
d'après ce que l'on crut comprendre, d'une masse ou montagne d'où ils
le tiraient. C'était vraisemblablement du fer météorique.
Pendant tout ce voyage,--et dès qu'on en connut les résultats en
Angleterre, l'opinion publique ne s'y trompa pas,--Ross, à côté de
qualités nautiques de premier ordre, fit preuve d'une indifférence et
d'une légèreté singulières. Il semblait peu se soucier de trouver la
solution des problèmes géographiques, qui avaient décidé l'armement de
l'expédition.
Sans les examiner, il passa devant les baies Wolstenholme et des
Baleines, ainsi que devant le détroit de Smith, qui s'ouvre au fond de
la baie de Baffin, et à une si grande distance qu'il ne le reconnut pas.
Bien plus, lorsqu'il commença à descendre la côte occidentale de la
baie de Baffin, un magnifique bras de mer profondément encaissé, dont
la largeur n'était pas inférieure à cinquante milles, s'offrit aux
regards anxieux des explorateurs. Les deux bâtiments y pénétrèrent le
29 août, mais ils ne s'étaient pas enfoncés de trente milles, que
Ross donna l'ordre de virer de bord, sous le prétexte qu'il avait
distinctement vu une chaîne de hautes montagnes, auxquelles il donna
le nom de monts Croker, en barrer l'extrémité. Cette opinion ne fut
pas partagée par ses officiers, qui n'avaient pas aperçu la moindre
colline, par cette excellente raison que le bras dans lequel on venait
d'entrer n'était autre que le détroit de Lancastre, ainsi nommé par
Baffin, et qui communique avec la mer dans la direction de l'ouest.
Il en fut à peu près de même de toutes les indentations de cette côte
si profondément découpée, et, le plus souvent, on s'en tenait à une
telle distance qu'il était impossible d'apercevoir le moindre détail.
C'est ainsi que, étant arrivée, le 1er octobre, devant l'entrée de
Cumberland, l'expédition ne chercha pas à reconnaître ce point si
important, et Ross rentra en Angleterre, tournant le dos à la gloire
qui l'attendait.
Accusé de légèreté et de négligence, Ross répondait avec un aplomb
.
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