explora ce beau lac entouré de montagnes volcaniques, où l'on remarque
encore quelques fumerolles; quant à sa profondeur, elle se réduit à
douze ou treize brasses uniformément, si bien que, si cette nappe se
desséchait, elle formerait une plaine parfaitement unie.
Le 4 août fut quitté le mouillage de Manado, qui n'avait pas été
favorable à la guérison des fiévreux et des dysentériques de
l'expédition, laquelle arriva, le 29 du même mois, à Batavia, où elle
ne resta que trois jours.
A partir de ce moment, l'-Astrolabe-, jusqu'à son retour en France, ne
fit plus route que dans des mers connues. Elle gagna l'île de France,
où d'Urville rencontra le commandant Le Goarant qui, avec la corvette
la -Bayonnaise-, avait fait une expédition à Vanikoro. Il apprit que
cet officier n'avait même pas tenté de pénétrer à l'intérieur du récif,
et s'était contenté d'envoyer ses embarcations en reconnaissance.
Les naturels avaient respecté le monument élevé à la mémoire de
La Pérouse, et n'avaient permis qu'avec peine aux marins de la
-Bayonnaise- d'y clouer une médaille de cuivre.
Le 18 novembre, la corvette quitta l'île de France, s'arrêta au Cap, à
Sainte-Hélène, à l'Ascension, et, le 25 mars 1829, arriva à Marseille,
trente-cinq mois, jour pour jour, après son départ.
Rien que pour l'hydrographie, les résultats de l'expédition étaient
remarquables, et on ne comptait pas moins de quarante-cinq cartes
nouvelles dues à l'infatigable labeur de MM. Gressien et Paris.
Quant à l'histoire naturelle, rien ne donnera une meilleure idée de la
richesse de la moisson rapportée que les lignes suivantes du rapport de
Cuvier:
«Les catalogues les comptent par milliers (les espèces dues à MM. Quoy
et Gaimard), et rien ne prouve mieux l'activité de nos naturalistes que
l'embarras où se trouve l'administration du Jardin du Roi pour placer
tout ce que lui ont valu les dernières expéditions et surtout celle
dont nous rendons compte. Il a fallu descendre au rez-de-chaussée,
presque dans les souterrains, et les magasins mêmes sont aujourd'hui
tellement encombrés, c'est le véritable terme, que l'on est obligé de
les diviser par des cloisons pour y multiplier les places.»
Les collections de géologie n'étaient pas moins nombreuses; cent
quatre-vingt-sept espèces ou variétés de roches témoignaient du
zèle de MM. Quoy et Gaimard; M. Lesson jeune avait recueilli quinze
à seize cents plantes. Le capitaine Jacquinot avait fait nombre
d'observations astronomiques, M. Lottin avait étudié le magnétisme;
enfin le commandant, sans négliger ses devoirs de marin et de chef
d'expédition, s'était occupé d'expériences de température sous-marine,
de météorologie, et il avait amassé une masse prodigieuse de
renseignements de philologie et d'ethnographie.
Aussi ne pouvons-nous mieux terminer le récit de cette expédition
qu'en citant le passage suivant des mémoires de Dumont d'Urville, que
reproduit la biographie Didot:
«Cette aventureuse campagne a surpassé toutes celles qui avaient eu
lieu jusqu'alors, par la fréquence et l'immensité des périls qu'elle a
courus, comme par le nombre et l'étendue des résultats obtenus en tous
genres. Une volonté de fer ne m'a jamais permis de reculer devant aucun
obstacle. Le parti une fois pris de périr ou de réussir, m'avait mis
à l'abri de toute hésitation, de toute incertitude. Vingt fois j'ai
vu l'-Astrolabe- sur le point de se perdre, sans conserver au fond de
l'âme aucun espoir de salut. Mille fois j'ai compromis l'existence de
mes compagnons de voyage pour remplir l'objet de mes instructions,
et, pendant deux années consécutives, je puis affirmer que nous avons
couru chaque jour plus de dangers réels que n'en offre la plus longue
campagne dans la navigation ordinaire. Braves, pleins d'honneur, les
officiers ne se dissimulaient pas les dangers auxquels je les exposais
journellement; mais ils gardaient le silence et remplissaient noblement
leur tâche.»
De ce concert admirable d'efforts et de dévouement, résulta une masse
prodigieuse de découvertes, de matériaux et d'observations pour toutes
les connaissances humaines, dont MM. de Rossel, Cuvier, Geoffroy
Saint-Hilaire, Desfontaines, etc., juges savants et désintéressés,
rendirent alors un compte exact.
CHAPITRE III
LES EXPÉDITIONS POLAIRES
I
Le Pôle sud
Encore un circumnavigateur russe: Bellingshausen.--Découverte
des îles Traversay, Pierre Ier et Alexandre Ier.--Le baleinier
Weddell.--Les Orcades australes.--La Géorgie du Sud.--Le nouveau
Shetland.--Les habitants de la Terre de Feu.--John Biscoë et les
Terres d'Enderby et de Graham.--Charles Wilkes et le continent
antarctique.--Le capitaine Balleny.--Expédition de Dumont
d'Urville sur l'-Astrolabe- et la -Zélée-.--Coupvent-Desbois au
pic de Ténériffe.--Le détroit de Magellan.--Un nouveau bureau de
poste.--Enfermé dans la banquise.--La Terre Louis-Philippe.--A
travers l'Océanie.--Les Terres Adélie et Clarie.--La Nouvelle-Guinée
et le détroit de Torrès.--Retour en France.--James Clark Ross et la
Terre Victoria.
Nous avons eu déjà l'occasion de parler des régions antarctiques et
des explorations qui y avaient été faites, au XVIIe et à la fin du
XVIIIe siècle, par plusieurs navigateurs, presque tous Français,
au nombre desquels il convient de citer La Roche, découvreur de la
Nouvelle-Géorgie en 1675, Bouvet, Kerguelen, Marion et Crozet. On
désigne sous le nom de Terres antarctiques toutes les îles disséminées
dans l'Océan, qui portent le nom des navigateurs, puis celles du
Prince-Édouard, de Sandwich, de la Nouvelle-Géorgie, etc.
C'est dans ces parages que William Smith, commandant du brick
-William-, allant de Montevideo à Valparaiso, avait, en 1818, découvert
les Shetland du Sud, terres arides et nues, tapissées de neige, mais
sur lesquelles s'ébattaient d'immenses troupeaux de veaux marins,
animaux dont la peau sert de fourrure et qu'on n'avait jusqu'alors
rencontrés que dans les mers du Sud. A cette nouvelle, les navires
baleiniers s'empressèrent de visiter les rivages nouvellement reconnus,
et l'on calcule qu'en 1821 et 1822, trois cent vingt mille veaux marins
furent capturés sur cet archipel, et que la quantité d'huile d'éléphant
de mer peut être évaluée, pendant le même temps, à neuf cent quarante
tonnes. Mais, comme on avait tué mâles et femelles, ces nouveaux
terrains de chasse furent bientôt épuisés. On releva donc, en peu de
temps, les douze îles principales et les innombrables rochers presque
entièrement dépouillés de végétation qui composent cet archipel.
Deux ans plus tard, Botwell découvrit les Orcades méridionales; puis,
sous les mêmes latitudes, Palmer et d'autres baleiniers entrevirent ou
crurent reconnaître des terres qui reçurent les noms de Palmer et de la
Trinité.
Des découvertes plus importantes allaient être accomplies dans ces
régions hyperboréennes, et les hypothèses de Dalrymple, de Buffon et
d'autres savants au XVIIIe siècle, sur l'existence d'un continent
austral faisant contre-poids aux terres du pôle nord, allaient
recevoir une confirmation inattendue par les travaux de ces intrépides
explorateurs.
La Russie se trouvait depuis quelques années dans une période très
nettement marquée d'encouragement à la marine nationale et aux
recherches scientifiques. Nous avons raconté les intéressants voyages
de ses circumnavigateurs, mais il reste à parler de Bellingshausen et
de son voyage autour du monde, à cause du rôle important qu'y joue
l'exploration des mers antarctiques.
Les deux bâtiments le -Vostok-, capitaine Bellingshausen, et le
-Mirni-, commandé par le lieutenant Lazarew, quittèrent Cronstadt,
le 3 juillet 1819, pour les mers polaires du Sud. Le 15 décembre,
ils reconnurent la Géorgie méridionale, et sept jours plus tard
ils découvrirent dans le sud-est une île volcanique à laquelle ils
donnèrent le nom de Traversay, et dont ils fixèrent la position par 52°
15´ de latitude et 27° 21´ de longitude à l'ouest du méridien de Paris.
Continuant de courir, à l'est, pendant quatre cents milles sous le
60e degré, jusqu'au 187e méridien, ils donnèrent alors droit au sud
jusqu'au 70e degré; là seulement, une barrière de glace leur coupa le
chemin, et les empêcha de pénétrer plus loin.
Bellingshausen, ne se tenant pas pour battu, piqua dans l'est, le plus
souvent à l'intérieur du Cercle polaire; mais, au 44e degré est, il fut
forcé de revenir au nord. A quarante milles de distance, gisait une
grande terre qu'un baleinier, trouvant la route libre, devait découvrir
douze ans plus tard.
Redescendu jusqu'au 62e degré de latitude, Bellingshausen fit encore
une fois route à l'est sans rencontrer d'obstacles, atteignit le 90e
méridien est, et le 5 mars 1820, il fit route vers le port Jackson pour
s'y réparer.
Tout l'été fut consacré par le navigateur russe à une croisière dans
les mers océaniques, où il ne découvrit pas moins de dix-sept îles
nouvelles. De retour à Port-Jackson, Bellingshausen en repartit, le 31
octobre, pour une nouvelle expédition.
Tout d'abord les deux navires reconnurent les îles Macquarie; puis,
coupant le 60e degré de latitude par 160 de longitude est, ils
coururent dans l'est entre le 64e et le 68e degré jusqu'au 95e de
longitude ouest. Le 9 janvier 1821, Bellingshausen atteignait le 70e
degré de latitude, et le lendemain, il découvrait, par 69° 30´ et 92°
20´ de longitude ouest, une île qui reçut le nom de Pierre Ier, terre
la plus méridionale qu'on connût jusqu'alors. Puis, à quinze degrés
dans l'est, et presque sous le même parallèle, il eut connaissance
d'une nouvelle terre qui fut nommée Terre d'Alexandre Ier. Distante
à peine de deux cents milles de la Terre de Graham, elle doit s'y
rattacher, si l'on en croit Krusenstern, car entre ces deux îles la
mer se montra constamment décolorée, sans compter d'autres indices qui
semblaient confirmer cette opinion.
De là, les deux navires, faisant route au nord et passant au large de
la Terre de Graham, rejoignirent la Nouvelle-Géorgie en février, et
rentrèrent à Cronstadt au mois de juillet 1821, juste deux ans après
leur départ, n'ayant éprouvé d'autre perte que celle de trois hommes
sur un équipage de deux cents matelots.
Nous aurions voulu donner des détails plus complets sur cette très
intéressante expédition; mais la relation originale, publiée en russe
à Saint-Pétersbourg, a échappé à nos recherches, et nous avons dû
nous contenter du résumé publié dans le -Bulletin de la Société de
géographie- de 1837.
A la même époque, un maître de la marine royale, James Weddell,
recevait d'une maison de commerce d'Edimbourg le commandement d'une
expédition chargée de recueillir des peaux de veaux marins dans les
mers du Sud, où elle devait séjourner deux ans. Elle se composait du
brick -Jane-, de cent soixante tonneaux, capitaine Weddell, et du
cutter -Beaufort-, de soixante-cinq tonneaux, commandé par Mathieu
Brisbane.
Ces deux bâtiments quittèrent l'Angleterre le 17 septembre 1822,
s'arrêtèrent à Bonavista, l'une des îles du cap Vert, et mouillèrent,
le 11 décembre suivant, dans le port de Sainte-Hélène, sur la côte
orientale de la Patagonie où furent faites des observations utiles,
touchant la position de ce port.
Weddell reprit la mer le 27 décembre, et, faisant route au S.-E., il
parvint, le 12 janvier, en vue d'un archipel auquel il donna le nom
d'Orcades australes. Ces îles sont situées par 60° 45' de latitude sud
et 45° de longitude à l'ouest du méridien de Greenwich.
Ce petit groupe présenterait, à en croire ce navigateur, une apparence
encore plus effrayante que le Nouveau-Shetland. De quelque côté que
se porte le regard, on n'aperçoit que des pointes aiguës de rochers,
absolument dénudés, qui surgissent d'une mer démontée, sur laquelle
s'entre-choquent, avec un bruit de tonnerre, d'énormes glaces
flottantes. Les dangers que courent les navires dans ces parages sont
de tous les instants, et les onze jours que Weddell passa sous voiles
à relever en détail les îles, les îlots et les rochers de cet archipel
furent sans repos pour l'équipage qui se vit tout le temps au moment de
périr.
Des spécimens des principaux -strata- de ces îles furent recueillis et
déposés au retour entre les mains du professeur Jameson, d'Édimbourg,
qui y reconnut des roches primitives et volcaniques.
Weddell s'enfonça alors dans le sud, traversa le Cercle polaire par le
30e degré est de Greenwich, et ne tarda pas à rencontrer de nombreuses
îles de glace. Lorsqu'il eut dépassé le 70e degré, ces dernières
devinrent moins nombreuses et finirent par disparaître complètement;
le temps s'adoucit, les oiseaux reparurent en vols innombrables autour
du navire, tandis que des troupeaux de baleines se jouaient dans le
sillage du bâtiment. Cet adoucissement singulier et inattendu de la
température surprit tout le monde, d'autant plus qu'il s'accentua à
mesure que l'on s'enfonçait dans le sud. Les circonstances étaient si
favorables qu'à chaque instant Weddell s'attendait à découvrir quelque
terre nouvelle. Il n'en fut rien cependant.
Le 20 janvier, le bâtiment se trouvait par 36° 1/4 E. et 74° 15.
«J'aurais volontiers, dit Weddell, exploré la bande du S.-O.; mais,
considérant la saison avancée et que nous aurions pour nous en
retourner un espace de mer de mille milles, semé d'îles de glace, je ne
pus prendre un autre parti que de profiter de ce vent favorable pour
m'en retourner.»
N'ayant aperçu aucun indice de la terre dans cette direction, le vent
du sud soufflant avec force, Weddell revint en arrière jusqu'au 58e
degré de latitude, et s'avança dans l'est jusqu'à cent milles de la
Terre Sandwich. Le 7 février, le navigateur mit encore une fois le cap
au sud, traversa une banquise de cinquante milles de large et, le 20
février, atteignit 74° 15'. Du haut des mâts, on n'apercevait de tous
côtés qu'une mer libre, avec quatre îles de glace en vue.
Ces pointes dans le sud avaient donné des résultats inattendus.
Weddell s'était enfoncé vers le pôle, deux cent quatorze milles plus
loin que tous ses prédécesseurs, y compris Cook. Il donna le nom de
Georges IV à cette partie de la mer antarctique qu'il avait explorée.
Chose singulière et sur laquelle il est bon d'insister, les glaces
avaient diminué à mesure qu'on pénétrait plus avant dans le sud, les
brouillards et les orages étaient continuels, l'atmosphère était
journellement chargée d'une humidité compacte, la mer était profonde,
ouverte, et la température était singulièrement douce.
Autre remarque précieuse, les mouvements de la boussole étaient aussi
lents sous ces latitudes australes que Parry l'avait déjà constaté dans
les régions arctiques.
[Illustration: CARTE DES REGIONS POLAIRES SUD indiquant les routes des
navigateurs du XIXe siècle. -Gravé par E. Morieu-]
Les deux bâtiments de Weddell, séparés par la tempête, se rejoignirent
à la Nouvelle-Géorgie, après une navigation périlleuse de douze
cents milles à travers les glaces. Cette île, découverte par de La
Roche, en 1675, visitée, en 1756, par le vaisseau le -Lion-, n'était
réellement bien connue que depuis l'exploration que Cook en avait
faite; les détails qu'il avait donnés dans sa relation sur l'abondance
des veaux marins et des morses avaient déterminé nombre d'armateurs à
la fréquenter. C'étaient surtout des Anglais et des Américains, qui
portaient les peaux des animaux tués en Chine, où ils ne les vendaient
pas moins de vingt-cinq à trente francs pièce. En quelques années, le
nombre des peaux de veaux marins tués s'éleva à douze cent mille. Aussi
cette race d'animaux y était-elle déjà presque éteinte.
[Illustration: DUMONT D'URVILLE.]
«La longueur de la Géorgie méridionale, dit Weddell, est d'environ
trente lieues, et sa largeur moyenne est de trois lieues. Elle est
tellement festonnée par des baies que, dans quelques endroits, les
deux bords de ces petits mouillages paraissent se toucher. Les cimes
des montagnes sont très escarpées et toujours couvertes de neige. Dans
les vallées, la végétation ne manque pas de force pendant l'été; on y
remarque surtout une espèce de fourrage dont les tiges très vigoureuses
s'élèvent communément à deux pieds de hauteur. Il n'y a point de
quadrupèdes, mais l'île est peuplée d'oiseaux et d'animaux amphibies.»
On y rencontre des bandes immenses de pingouins qui se promènent sur
le rivage, la tête haute et l'air fier. On dirait, pour rappeler
l'expression d'un ancien navigateur, sir John Narborough, des troupes
d'enfants portant des tabliers blancs. On y voit aussi quantité
d'albatros, oiseau qui mesure seize à dix-sept pieds d'envergure, et
dont le volume, lorsqu'il est dépouillé de ses plumes, est réduit de
moitié.
Weddell visita également le Nouveau-Shetland et constata que l'île
Bridgeman, qui fait partie de cet archipel, est un volcan encore en
activité. Il lui fut impossible de débarquer, tous les ports étant
bloqués par les glaces, et il dut se rendre à la Terre de Feu.
Pendant le séjour de deux mois qu'il y fit, Weddell réunit de
précieuses observations sur les avantages que cette côte offre aux
navigateurs et put acquérir des notions exactes sur le caractère des
habitants.
Dans l'intérieur se dressent quelques montagnes, toujours couvertes de
neige, dont la plus élevée ne paraît pas dépasser trois mille pieds.
Weddell ne put apercevoir le volcan que d'autres voyageurs avaient
observé, et notamment Basil Hall en 1822, mais il ramassa quantité
de lave qui en provenait. Au reste, il ne pouvait y avoir doute sur
son existence, car Weddell, dans un précédent voyage, en 1820, avait
constaté que le ciel était tellement rouge au-dessus de la Terre de
Feu, qu'il n'avait pu attribuer cette coloration extraordinaire qu'à
une éruption volcanique.
Jusqu'alors les voyageurs qui avaient visité la Terre de Feu étaient
peu d'accord sur la température de cette région polaire. Weddell
attribue ces divergences à la différence des époques de leur séjour
et des vents qui régnaient. Pour lui, si le vent souffle du sud, le
thermomètre ne dépassera jamais deux ou trois degrés au-dessus de zéro;
s'il vient au contraire du nord, il fait aussi chaud «qu'en juillet en
Angleterre».
Les animaux dont le navigateur constata la présence sont des chiens et
des loutres, et ce seraient, suivant lui, les seuls quadrupèdes du pays.
Les relations avec les naturels furent toujours cordiales. Tout
d'abord, ceux-ci firent le tour du bâtiment, sans oser y monter; mais
ils ne tardèrent cependant pas à se familiariser. Les mêmes scènes qui
ont été décrites lors du passage du premier navire par le détroit, se
reproduisirent fidèlement, malgré le temps écoulé. Du pain, du madère
et du bœuf qu'on leur servit, les indigènes ne touchèrent qu'au
dernier. Pour eux, les objets qui avaient le plus de prix, c'étaient le
fer et les miroirs devant lesquels ils se livrèrent à des grimaces et à
des contorsions extravagantes qui amusèrent tout l'équipage.
Au reste, leur équipement suffisait pour exciter la gaieté. Avec
leur peinture noire comme le jais, leur plumes bleues, leur face
sillonnée de lignes parallèles rouges et blanches comme une toile à
matelas, ils offraient une physionomie si grotesque, qu'ils prêtaient
aux plaisanteries et aux rires des Anglais. Bientôt, peu satisfaits
des morceaux de cercles de tonneaux qu'on leur donnait, et trouvant
mesquins ces présents offerts par des gens possesseurs de tant de
richesses, ils se mirent à prendre tout ce qui était à leur convenance.
Ces vols furent facilement réprimés, mais ils produisirent plus d'une
scène plaisante et permirent d'admirer l'étonnante faculté d'imitation
de ces sauvages.
«Un matelot avait donné à l'un d'eux, raconte Weddell, un pot
d'étain plein de café que celui-ci but sur-le-champ, et il garda le
pot. Le matelot s'apercevant que son pot avait disparu, le demande
vivement, et, malgré l'énergie de son geste, personne ne se présente
pour restituer l'objet volé. Après avoir employé tous les moyens
imaginables, cet homme, furieux et prenant une attitude tragique,
s'écria d'un ton animé: «Canaille cuivrée, qu'as-tu fait de mon pot?»
Le sauvage, imitant son attitude, redit en anglais et sur le même ton:
«Canaille cuivrée, qu'as-tu fait de mon pot?» L'imitation fut si exacte
et si prompte que tout l'équipage en éclata de rire, excepté le matelot
qui s'élança sur le voleur, le fouilla et retrouva son pot d'étain.»
Sous ce climat rigoureux, sans vêtements, sans nourriture, au milieu
de montagnes stériles, sans animaux pour leur fournir une nourriture
substantielle qui les réconforte, les Fuégiens sont dans un état
d'abrutissement complet. La chasse ne peut leur fournir de ressources
sérieuses, la pêche ne leur en procure que d'insuffisantes; ils sont
donc obligés d'attendre que la tempête vienne jeter sur leurs côtes
quelque gros cétacé qu'ils dévorent à pleines dents, sans même prendre
la peine d'en faire cuire la chair.
En 1828, le vaisseau le -Chanticleer-, commandé par Henri Foster, avait
été chargé de faire des observations du pendule pour la détermination
de la figure de la terre. Cette expédition dura trois ans et se termina
par la mort de son commandant, qui se noya en 1831, dans la rivière
de Chagres. Nous n'en parlons que parce que, le 5 janvier 1829, ce
bâtiment reconnut et explora le groupe des Shetland méridionales. Le
commandant descendit même à grand'peine sur l'une de ces îles, où il
ramassa quelques échantillons de ces syénites dont le sol est composé,
et une petite quantité de neige rouge, de tout point semblable à celle
que plusieurs explorateurs avaient rencontrée dans les parages du pôle
nord.
Mais il est une reconnaissance d'un bien plus vif intérêt: c'est celle
qu'opéra en 1830 le baleinier John Biscoë.
Le brick le -Tula-, de cent quarante-huit tonneaux, et le cutter
-Lively-, quittèrent, sous ses ordres, le port de Londres, le
14 juillet 1830. Ces deux bâtiments, appartenant à MM. Enderby,
étaient armés pour la pêche des phoques et pourvus de tous les
objets convenables pour cette longue et pénible navigation. Mais les
instructions qu'avait reçues Biscoë lui prescrivaient, en outre, de
tâcher de faire quelque découverte dans les mers antarctiques.
Les deux bâtiments touchèrent aux Malouines, en repartirent le 27
novembre, cherchèrent vainement les îles Aurora et se dirigèrent vers
la Terre de Sandwich, dont la pointe septentrionale fut doublée le 1er
janvier 1831.
Arrivés au cinquante-neuvième parallèle, ils rencontrèrent des
glaces compactes qui les forcèrent à abandonner la route du
sud-ouest,--direction sur laquelle se faisaient remarquer les signes
du voisinage de la terre. Il fallut donc tourner à l'est, prolonger
la banquise jusqu'à 9° 34´ de longitude occidentale. Ce fut seulement
le 16 janvier que Biscoë put couper le soixantième parallèle sud.
Cook, en 1775, avait trouvé une mer libre sur un espace de deux cent
cinquante milles, là même où une barrière infranchissable avait arrêté
la tentative de Biscoë.
Continuant à courir dans le sud-est jusqu'à 68° 51´ de latitude et 10°
de longitude orientale, le navigateur n'avait pu s'empêcher d'être
frappé de la décoloration de l'eau, de la présence de plusieurs
«eaglets» et de pigeons du Cap, enfin de la direction du vent qui
soufflait du sud-sud-ouest, indices certains du voisinage d'une grande
terre.
Mais les glaces lui défendaient l'accès du sud. Aussi, Biscoë dut
poursuivre sa route à l'est, en se rapprochant du Cercle polaire.
«Enfin, le 27 février, dit Desborough Cooley, par 65° 57´ sud et 45°
de longitude orientale, il vit très distinctement une terre d'une
étendue considérable, montagneuse et couverte de neige, à laquelle il
imposa le nom d'Enderby. Tous ses efforts eurent dès lors pour objet
d'y aborder, mais elle était complètement entourée de glaces qui en
défendaient l'approche. Sur ces entrefaites, un coup de vent inattendu
vint séparer les deux navires et les entraîna vers le sud-est, ayant
encore longtemps en vue la même terre qui offrait, d'est en ouest, une
étendue de plus de deux cents milles. Mais le mauvais temps et l'état
déplorable de la santé de son équipage forcèrent le capitaine Biscoë
à laisser porter sur la Terre de Van-Diémen, où il ne fut rejoint que
plusieurs mois après par le -Lively-.»
Les explorateurs furent plusieurs fois témoins des lueurs éblouissantes
de l'aurore australe, spectacle merveilleux qu'il est impossible
d'oublier.
«Pour la première fois, dit Biscoë, les brillants reflets de l'aurore
australe roulaient sur nos têtes sous la forme de magnifiques colonnes,
puis prenaient tout à coup l'apparence d'une frange de tapisserie, et,
l'instant d'après, s'agitaient en l'air comme des serpents; souvent
ces jets de lumière ne semblaient être qu'à quelques verges au-dessus
de nos têtes, et bien certainement ils se trouvaient dans notre
atmosphère.»
La terre, montagneuse et couverte de neige, courait suivant la
direction E.-O. sous le parallèle 66° 30´; par malheur, il fut
impossible de l'approcher de plus de dix lieues, et elle était partout
bordée de glaces.
Laissant la Terre de Van-Diémen le 14 janvier 1832, Biscoë se dirigea
avec ses deux navires au sud-est. A plusieurs reprises, des fucus
flottant à la surface de la mer et quantité d'oiseaux qui s'écartent
peu de la terre, des nuages bas et épais, firent croire à Biscoë qu'il
allait faire quelque découverte; mais toujours la tempête l'empêcha de
pousser à fond sa reconnaissance. Enfin, le 12 février, par 66° 27´
de latitude et 84° 10´, de nouveau furent aperçus, en grand nombre,
des albatros, des pingouins et des baleines; le 15, une terre fut
découverte dans le sud-est à une grande distance; le lendemain, on
reconnut que c'était une île à laquelle on donna le nom d'Adélaïde, en
l'honneur de la reine d'Angleterre. Sur cette île, à une lieue à peu
près du bord de la mer, s'élevaient plusieurs pics de forme conique et
à base très large.
Les jours suivants, on put s'assurer qu'elle n'était pas isolée, mais
qu'elle faisait partie d'une chaîne d'îlots située au-devant d'une
terre haute. Cette terre, qui s'étendait sur un espace de deux cent
cinquante milles dans une direction E.-N.-E. et O.-S.-O., reçut le nom
de Graham, tandis que celui de Biscoë restait attaché à la chaîne des
îles que ce navigateur avait découvertes. Ce pays n'offrait pas la
moindre trace de plantes ou d'animaux.
Biscoë, pour donner une sanction certaine à sa découverte, descendit,
le 21 février, sur la grande terre, afin d'en prendre possession, et
détermina, par 64° 45´ latitude sud et 66° 11´ longitude ouest de
Paris, la position d'une haute montagne, à laquelle il donna le nom de
mont William.
«On se trouvait, dit le -Bulletin de la Société de géographie- de 1833,
dans une baie profonde où l'eau était si paisible que, s'il y avait
eu des phoques, on eût pu facilement en charger les deux navires,
attendu qu'on eût pu, sans peine, approcher du bord des rochers pour
leur donner la chasse. L'eau était aussi très profonde, puisque, à
toucher presque le rivage, on n'eut point de fond avec vingt brasses
de ligne. Le soleil était si chaud que la neige fondait sur tous les
rochers situés au bord de l'eau, circonstance qui rendait encore plus
extraordinaire l'absence complète des phoques.»
De là, Biscoë gagna le Shetland du Sud, auquel la Terre de Graham
pourrait se rattacher, puis il relâcha aux Malouines où le -Lively- se
perdit, et il rentra enfin en Angleterre.
Le capitaine Biscoë reçut, en récompense de ses fatigues et pour
l'encourager dans ses efforts, les grands prix des Sociétés de
géographie de Londres et de Paris.
Des controverses très animées s'étaient produites, à la suite de ces
voyages, sur l'existence d'un continent austral et la possibilité de
naviguer au delà d'une première barrière de glaces, appuyée sur les
îles déjà découvertes. Trois puissances résolurent à la même époque d'y
envoyer une expédition. La France confia le commandement de la sienne
à Dumont d'Urville, l'Angleterre à James Ross et les États-Unis au
lieutenant Charles Wilkes.
Aux nouveaux venus les honneurs. Ce dernier reçut le commandement d'une
petite escadre composée du -Purpoise-, des deux sloops le -Vincennes-
et le -Peacock-, des deux schooners -Sea-Gull- et -Flying-Fish-, et
d'une gabare, le -Relief-. Cette dernière, qui emportait dans ses
flancs un supplément de provisions, fut expédiée à Rio, tandis que
les autres bâtiments, avant de s'arrêter sur cette rade, touchèrent à
Madère et aux îles du cap Vert.
Du 24 novembre 1838 au 6 janvier 1839, l'escadre demeura dans la baie
de Rio-de-Janeiro, gagna ensuite le Rio-Negro où elle séjourna six
jours, et n'arriva que le 19 février 1839 au port Orange, à la Terre de
Feu.
En cet endroit, l'expédition se divisa: le -Peacock- et le
-Flying-Fish- furent envoyés vers le point où Cook avait doublé
le soixantième degré de latitude; le -Relief- pénétra avec les
naturalistes dans le détroit de Magellan par un des passages situés
au sud-est de la Terre de Feu; le -Vincennes- restait au port Orange,
tandis que le -Sea-Gull- et le -Purpoise- partaient, le 24 février,
pour les mers australes. Wilkes reconnut la Terre de Palmer sur une
longueur de trente milles jusqu'au point où elle tourne vers le
S.-S.-E. qu'il nomma cap Hope; puis, il visita les Shetland et fit à
leur géographie quelques heureuses rectifications.
Les deux bâtiments, après trente-six jours passés dans ces régions
inhospitalières, firent route au nord. Après divers incidents de
navigation, aujourd'hui sans grand intérêt, ayant perdu le -Sea-Gull-,
Wilkes relâcha au Callao, visita les Pomoutou, Taïti, les îles de la
Société, des Navigateurs, et relâcha à Sydney, le 28 novembre.
Le 29 décembre 1839, l'expédition reprenait encore une fois la mer
et se dirigeait au sud. L'objectif était d'atteindre la plus haute
latitude possible entre les 160e et 145e degrés à l'est du méridien de
Greenwich, en allant de l'est à l'ouest. Les bâtiments avaient liberté
de manœuvre, et rendez-vous était fixé en cas de séparation. Jusqu'au
22 janvier, on releva de nombreux indices de terre, et quelques
officiers crurent même l'apercevoir; mais il ressort des dépositions
de ceux-ci, au procès que Wilkes eut à soutenir à son retour, que, si
quelque circonstance eût rejeté au nord le -Vincennes- avant le 22
janvier, l'expédition n'aurait eu aucune certitude de l'existence d'un
continent austral. C'est à Sydney seulement que Wilkes, entendant dire
que d'Urville avait découvert la terre le 19 janvier, prétendit l'avoir
découverte le même jour.
Ces faits sont établis dans un article très concluant, publié par
l'hydrographe Daussy dans le -Bulletin de la Société de géographie-.
On verra plus loin que, dès le 21 janvier, d'Urville avait débarqué sur
cette nouvelle terre. La priorité de la découverte doit donc lui être
réservée.
Le -Peacock- et le -Flying-Fish-, ayant éprouvé des avaries ou n'ayant
pu affronter l'état de la mer et les glaces flottantes, avaient fait
route au nord dès le 24 janvier et le 5 février.
Seuls, le -Vincennes- et le -Purpoise- avaient continué cette rude
croisière jusque par 97° de longitude est, voyant la terre et s'en
approchant de temps en temps, depuis dix milles jusqu'à trois quarts de
mille, selon que la banquise le permettait.
[Illustration: L'île est peuplée d'oiseaux. (Page 373.)]
«Le 29 janvier, dit Wilkes dans son rapport à l'Institut national de
Washington, nous entrâmes dans ce que j'ai nommé baie Piners, la seule
place où nous ayons pu débarquer sur les rochers nus; mais nous fûmes
repoussés par un de ces coups de vent soudains qui sont ordinaires dans
ces mers. Nous sortîmes de cette baie en sondant par trente brasses. Le
coup de vent dura trente-six heures, et après avoir échappé plusieurs
fois de très près à nous briser contre les glaces, nous nous trouvâmes
à soixante milles sous le vent de la baie. Comme il était alors
probable que la terre que nous avions découverte était d'une grande
étendue, je pensai qu'il était plus important de la suivre vers l'ouest
que de retourner pour débarquer à la baie Piners, ne doutant pas
d'ailleurs que nous ne trouvassions l'occasion de le faire sur quelque
point plus accessible. Je fus cependant trompé dans cette attente,
et la banquise nous empêcha constamment d'approcher de terre. Nous
rencontrâmes sur la limite de la banquise de grandes masses de glace
couvertes de vase, de roches et de pierres, dont nous pûmes prendre
des échantillons aussi nombreux que si nous les avions détachés des
rochers eux-mêmes. La terre couverte de neige fut aperçue distinctement
en plusieurs endroits, et, entre ces points, les apparences étaient
telles, qu'elles ne laissèrent que peu ou même aucun doute dans mon
esprit, qu'il n'y eût là une ligne continue de côtes, qui méritât le
nom que nous lui avons donné, de continent antarctique. Lorsque nous
atteignîmes le 97e degré est, nous trouvâmes que la glace se dirigeait
vers le nord; nous la suivîmes dans cette direction, et nous arrivâmes,
à quelques milles près, au point où Cook avait été arrêté par la
barrière de glace en 1773.»
[Illustration: Il fallut se mouiller jusqu'à mi-corps. (Page 370.)]
La baie Piners, où Wilkes débarqua, est située par 140° est (137° 40´
de Paris), c'est-à-dire au point même où d'Urville avait débarqué le 21
janvier.
Le 30 janvier, le -Purpoise- avait aperçu les deux bâtiments de
d'Urville, s'était approché d'eux, à portée de la voix; mais ceux-ci,
faisant de la toile, avaient paru se refuser à toute communication.
Wilkes regagna Sydney où il trouva le -Peacock- en réparation, se
rendit avec ce bâtiment à la Nouvelle-Zélande, de là à Tonga-Tabou,
puis aux Fidji, où furent massacrés par les naturels deux jeunes
officiers de l'expédition. Les îles des Amis, des Navigateurs, les
Sandwich, l'embouchure de la Colombia à la côte occidentale d'Amérique,
les détroits de l'Amirauté et de Puget, l'île Vancouver, les îles
des Larrons, Manille, les Soulou, Singapour, les îles de la Sonde,
Sainte-Hélène, Rio-de-Janeiro, furent les nombreuses étapes de ce long
voyage, qui se termina, le 9 juin 1842, à New-York, après une absence
de trois ans et dix mois.
Les résultats dans toutes les branches de la science étaient
considérables, et, pour son début dans la carrière des voyages de
circumnavigation, la jeune république des États-Unis venait de faire un
coup de maître.
Malgré tout l'intérêt que présente la précieuse relation de cette
expédition, ainsi que les traités spéciaux qui l'accompagnent et
que l'on doit à la plume des savants Dana, Gould, Pickering, Gray,
Cassin et Brackenridge, nous sommes forcé de négliger tout ce qui
s'est fait dans des contrées déjà connues. Le succès de cette grande
publication fut considérable au delà de l'Atlantique, il est facile
de le comprendre, dans un pays qui ne compte qu'un petit nombre
d'explorateurs officiels.
En même temps que Wilkes, au commencement de 1839, Balleny, capitaine
de l'-Elisabeth-Scott-, apportait sa contribution à la reconnaissance
des terres antarctiques.
Parti de l'île Campbell, au sud de la Nouvelle-Zélande, il était
parvenu, le 7 février, par 67° 7´ de latitude et 164° 25´ de longitude
à l'ouest du méridien de Paris. Faisant alors route à l'ouest, deux
jours plus tard, après avoir reconnu maint indice du voisinage de la
terre, il avait découvert dans le sud-ouest une bande noire, qu'à six
heures du soir on ne pouvait plus hésiter à prendre pour la terre.
C'étaient trois îles assez considérables, dont la plus occidentale
était la plus longue. Elles reçurent le nom de Balleny. Comme on peut
le croire, le capitaine manœuvra pour atterrir, mais ces îles étaient
défendues par une barrière de glace sans aucun passage. On dut donc se
contenter de fixer par 66° 44´ et 162° 25´ de longitude la position de
l'île centrale.
Le 11 février, fut encore vue une terre haute et couverte de neige dans
l'ouest-sud-ouest; le lendemain, on n'en était plus qu'à une dizaine
de milles. On s'en approcha, puis un canot fut détaché. Une plage
de trois ou quatre pieds de large au bas de falaises verticales et
inaccessibles en défendait l'accès, et il fallut se mouiller jusqu'à
mi-corps pour recueillir quelques échantillons de lave car cette terre
est volcanique, et ses montagnes sont surmontées d'un panache de fumée.
Encore une fois, le 2 mars, par 65° de latitude et 120° 24´ de
longitude estimée, on aperçut, du pont de l'-Elisabeth-Scott-, une
nouvelle apparence de terre. On mit en panne pour passer la nuit, et
le lendemain, on tenta de se diriger vers le sud-ouest; mais il fut
impossible de franchir la banquise attachée au rivage. Cette nouvelle
terre reçut le nom de Sabrina. Balleny dut alors reprendre la route
du nord, et c'est à ces indications incomplètes, mais sûres, que se
bornent ses découvertes.
En 1837, au moment où Wilkes partait pour l'expédition qui vient
d'être racontée, le capitaine Dumont d'Urville proposa au ministre
de la marine un nouveau plan de voyage autour du monde. Les services
qu'il avait rendus de 1819 à 1821, durant une campagne hydrographique,
de 1822 à 1825, sur la -Coquille- avec le capitaine Duperrey; enfin,
de 1826 à 1829, sur l'-Astrolabe-, ses études et son expérience lui
donnaient bien le droit de soumettre ses vues au gouvernement et de
faire en sorte de compléter la masse de renseignements que lui-même ou
d'autres navigateurs avaient recueillis sur des parages imparfaitement
décrits, bien que très importants à connaître sous le rapport de
l'hydrographie, du commerce et des sciences.
Le ministre s'était empressé d'accepter les offres de Dumont d'Urville
et mit tout en œuvre pour lui donner des collaborateurs éclairés
en qui il pût avoir confiance. Les deux corvettes -l'Astrolabe-
et la -Zélée-, munies de toutes les ressources dont les voyages
successifs que la France venait d'entreprendre avaient fait
reconnaître la nécessité, furent tenues à sa disposition. Parmi les
officiers qui l'accompagnèrent, plusieurs devaient arriver au grade
d'officier général: c'était Jacquinot, le commandant de la -Zélée-,
Coupvent-Desbois, Du Bouzet, Tardy de Montravel et Périgot, dont les
noms sont bien connus de tous ceux qui se sont occupés de l'histoire de
la marine française.
Les instructions que le commandant de l'expédition reçut du vice-amiral
de Rosamel différaient de celles qui avaient été données à ses
prédécesseurs, en ce sens qu'il lui était prescrit de s'enfoncer vers
le pôle sud aussi loin que les glaces le lui permettraient. Il devait
également compléter le grand travail qu'il avait exécuté, en 1827, sur
les îles Viti, et, après une reconnaissance de l'archipel Salomon,
suivie d'une relâche à la rivière des Cygnes en Australie et à la
Nouvelle-Zélande, il devait visiter les îles Chatam et la partie des
Carolines reconnue par Lütké, pour gagner ensuite Mindanao, Borneo,
Batavia, d'où il reviendrait en France par le cap de Bonne-Espérance.
Ces instructions se terminaient par des considérations d'un haut
intérêt, qui témoignaient des vues élevées de l'administration.
«Sa Majesté, disait l'amiral de Rosamel, n'a pas seulement eu en
vue les progrès de l'hydrographie et des sciences naturelles; sa
royale sollicitude pour les intérêts du commerce français et pour le
développement des expéditions de nos armateurs, lui a fait envisager,
sous un point de vue plus large, l'étendue de votre mission et les
avantages qu'elle doit réaliser. Vous visiterez un grand nombre
de points qu'il est très important d'étudier sous le rapport des
ressources qu'ils peuvent offrir à nos navires baleiniers. Vous aurez
à recueillir tous les renseignements propres à les guider dans leurs
expéditions pour les rendre plus fructueuses. Vous relâcherez dans des
ports où déjà notre commerce entretient des relations et où le passage
d'un bâtiment de l'État peut produire une salutaire influence, dans
d'autres où peut-être les produits de notre industrie trouveraient des
débouchés ignorés jusqu'à ce jour, et sur lesquels vous pourrez, à
votre retour, fournir de précieuses indications.»
Dumont d'Urville reçut, avec les vœux et les encouragements personnels
de Louis-Philippe, les marques d'intérêt les plus vives de l'Académie
des Sciences morales et de la Société de géographie. Par malheur,
il n'en fut pas de même de la part de l'Académie des Sciences, bien
que, depuis plus de vingt années, le capitaine d'Urville n'eût cessé
de travailler à l'accroissement des richesses du Muséum d'histoire
naturelle.
«Soit esprit de corps, soit préventions défavorables contre moi,
écrit d'Urville, ils montrèrent peu d'empressement pour l'expédition
qui se préparait, et les termes dans lesquels furent conçues leurs
instructions furent pour le moins aussi froids qu'ils eussent pu
les employer vis-à-vis d'une personne qui leur eût été complètement
étrangère.»
On doit regretter d'avoir vu, parmi les adversaires les plus acharnés
de cette expédition, l'illustre Arago, ennemi déclaré des recherches
polaires.
Il n'en fut pas de même d'un certain nombre de savants étrangers, au
premier rang desquels il convient de citer Humboldt et Krusenstern, qui
adressèrent à d'Urville leurs félicitations sur sa nouvelle campagne et
sur les services que les sciences en pouvaient attendre.
Après de nombreux retards causés par l'armement de deux vaisseaux
qui devaient transporter le prince de Joinville au Brésil, les deux
corvettes l'-Astrolabe- et la -Zélée- purent enfin quitter Toulon le
7 septembre 1837. Le dernier jour du même mois, elles mouillaient
sur la rade de Sainte-Croix de Ténériffe; cette relâche, d'Urville
la substituait à celle du cap Vert, parce qu'il espérait pouvoir s'y
procurer du vin, et aussi procéder à certaines observations d'intensité
magnétique et de hauteur qu'on lui avait reproché de n'avoir pas
exécutées en 1826, bien qu'on sût parfaitement qu'il n'était pas à
cette époque en état de les faire.
Malgré l'impatience que témoignaient les jeunes officiers d'aller
prendre leurs ébats à terre, ils durent se soumettre à une quarantaine
de quatre jours, récemment établie sur le bruit de quelques cas de
peste survenus au lazaret de Marseille. Sans s'arrêter sur les détails
de l'ascension de MM. Du Bouzet, Coupvent et Dumoulin au sommet
du pic, il suffira de citer ces quelques phrases enthousiastes de
Coupvent-Desbois:
«Arrivés au pied du piton, dit cet officier, nous gravissons, durant
une dernière heure, des cendres et des débris de pierres, et nous
touchons enfin au but désiré, le point le plus élevé de ce monstrueux
volcan. Le cratère fumant se présente à nos yeux comme une demi-sphère
creuse, soufreuse, couverte de débris de ponces et de pierres, large
d'environ 400 mètres et profonde de 100. Le thermomètre qui est, à
l'ombre, de 5 degrés à dix heures du matin, s'est brisé, placé sur le
sol, dans un endroit qui laissait échapper des vapeurs sulfureuses.
Il y a sur les bords et dans le cratère une foule de fumerolles qui
distillent le soufre natif qui forme la base du sommet. La vitesse
des vapeurs est assez grande pour faire entendre des détonations. La
chaleur du sol est telle qu'en certains endroits il est impossible
d'y poser les pieds pendant quelques instants. Maintenant, jetez vos
regards autour de vous, voyez ces trois montagnes entassées les unes
sur les autres, n'est-ce pas une œuvre des géants pour escalader le
ciel? Considérez ces immenses coulées de laves qui divergent d'un
point unique et forment la croûte que, peu de siècles auparavant, vous
n'eussiez point foulée impunément. Voyez au loin cet archipel des
Canaries, jeté çà et là sur la mer qui brise sur les côtes de l'île
dont vous êtes le sommet, vous pygmées!... Voyez comme Dieu doit voir,
et soyez payés de vos fatigues, voyageurs que l'admiration des grands
spectacles de la nature a conduits à 3,704 mètres au-dessus du niveau
de la mer!»
Il faut ajouter à ces observations que les explorateurs constatèrent
au sommet du pic l'éclat plus vif des étoiles, la facilité du son à se
propager, enfin l'engourdissement des extrémités du corps et des maux
de tête assez prononcés, symptômes bien connus de ce qu'on appelle «le
mal des montagnes».
Pendant qu'une partie de l'état-major se livrait à cette promenade
scientifique, plusieurs officiers parcouraient la ville, où l'on ne
remarque qu'une promenade publique bien exiguë, appelée l'Alameda, et
l'église des Franciscains. Les environs sont assez intéressants, soit
par les curieux aqueducs qui amènent l'eau à la ville, soit par la
forêt de Mercédès, qui mériterait plutôt, d'après d'Urville, le nom de
bois taillis, car on n'y voit plus que des arbustes et des fougères.
La population parut joviale mais adonnée à une excessive paresse,
frugale mais livrée à la plus abominable saleté, enfin d'une licence de
mœurs sans nom.
Le 12 octobre, les deux bâtiments reprirent la mer, se disposant à
gagner au plus tôt les régions polaires. Un sentiment d'humanité
détermina d'Urville à relâcher à Rio. L'état d'un élève, embarqué
malade de la poitrine, allait tous les jours empirant, le séjour
dans les glaces aurait vraisemblablement avancé sa fin; c'est ce qui
détermina le commandant à changer son itinéraire.
Les deux bâtiments mouillèrent sur la rade de Rio et non pas dans
la baie, le 13 novembre, mais ils n'y séjournèrent qu'une journée,
c'est-à-dire juste le temps de mettre à terre le jeune Duparc et de
faire provision de quelques vivres frais, puis ils reprirent leur route
au sud.
Depuis longtemps, d'Urville désirait explorer le détroit de Magellan,
non pas seulement au point de vue hydrographique, car les relèvements
si consciencieux du capitaine anglais King--commencés en 1826, ils ne
furent terminés qu'en 1834 par Fitz-Roy--laissaient bien peu de chose
à faire; mais sous le rapport de l'histoire naturelle, quelle riche
moisson d'observations nouvelles n'y avait-il pas à récolter?
N'était-il pas intéressant au plus haut degré de vérifier ces dangers
à chaque instant renaissants, ces sautes de vents et tous ces périls
signalés par les anciens navigateurs?
Et même, ces fameux Patagons, objets de tant de fables et de
controverses, ne serait-on pas satisfait de recueillir sur eux des
documents précis et circonstanciés?
D'ailleurs, une autre raison militait en faveur de la relâche au port
Famine que d'Urville voulait substituer à celle de la Terre des États.
En relisant les relations des explorateurs qui s'étaient enfoncés dans
l'Océan austral, le commandant s'était persuadé que le meilleur moment,
pour aborder avec succès ces régions, était la fin de janvier et le
mois de février. Alors seulement les effets du dégel sont complets, et
l'on ne court pas le risque d'exposer les équipages à des fatigues et à
des dangers inutiles dans une croisière intempestive.
Dès que sa résolution fut arrêtée, d'Urville communiqua ses nouvelles
intentions au capitaine Jacquinot et fit aussitôt voile pour le canal.
Le 12 décembre, les deux corvettes étaient en vue du cap des Vierges,
et Dumoulin, secondé par les jeunes officiers, commençait sous voile la
belle série de ses travaux hydrographiques.
Dans la navigation épineuse du détroit, d'Urville déploya autant
d'audace que de sang-froid, d'habileté que de présence d'esprit,--ce
sont les termes mêmes employés à son égard,--et fit complètement
revenir sur son compte bon nombre de ses matelots, qui, en le voyant
marcher pesamment à Toulon et souffrant de la goutte, s'étaient écriés
naïvement: «Oh! ce bonhomme-là ne nous mènera pas bien loin!»
Mais, lorsqu'on sortit du détroit, grâce à la vigilance continuelle du
commandant, les esprits étaient si bien changés qu'on répétait:
«Ce diable d'homme est enragé! Il nous a fait raser les roches, les
écueils et la terre, comme s'il n'avait jamais fait d'autre navigation
dans sa vie!... Et nous qui le croyions mort dans le dos!»
Ici, il convient de dire quelques mots de la relâche au port Famine.
Le débarquement y est facile; on y trouve une belle source et du bois
en abondance; les rochers fournissent une récolte abondante de moules,
de patelles, de buccins, et la terre produit du céleri et une sorte de
salade semblable au pissenlit. Une autre ressource très abondante de
cette baie, c'est la pêche; pendant tout le temps de la relâche, la
seine, le trémail et la ligne procurèrent des éperlans, des mulets,
des loches, des gobies, en assez grande abondance pour nourrir les
équipages.
«Comme j'allais me rembarquer, dit d'Urville, mon patron me remit un
petit baril qu'on avait trouvé suspendu à un arbre de la plage, tandis
qu'on avait lu sur un poteau voisin l'inscription -Post-Office-. Ayant
reconnu qu'il contenait des papiers, je le transportai à bord et pris
connaissance des diverses pièces qu'il renfermait. C'étaient des
notes des capitaines qui avaient passé par le détroit, sur l'époque
de leur passage, les circonstances de leur traversée, quelques avis à
leurs successeurs et des lettres pour l'Europe et les États-Unis. Il
paraît que la première idée de ce bureau de poste en plein vent fut
due au capitaine américain Cunningham, qui se servit tout simplement
d'une bouteille suspendue à un arbre, en avril 1833; son compatriote
Water-House y ajouta, en 1835, l'utile complément du poteau, avec
l'inscription. Enfin le capitaine anglais Carrick, commandant le
schooner -Mary-Ann-, de Liverpool, passa par le détroit en mars 1837,
allant à San-Blas de Californie; il y passa encore à son retour, le
29 novembre 1837, c'est-à-dire seize jours avant nous, et c'est lui
qui avait substitué le baril à la bouteille, avec invitation à ses
successeurs d'en faire usage pour les lettres qu'ils voudraient faire
parvenir à leurs diverses destinations. Je me propose d'ajouter encore
à cette mesure vraiment utile et ingénieuse dans sa simplicité, en
créant un vrai bureau de poste au sommet de la presqu'île; car son
inscription, par la dimension de ses caractères, sera telle, qu'elle
forcera l'attention des navigateurs qui ne voudraient pas mouiller à
Port-Famine, et la curiosité les portera à envoyer un canot visiter
la boîte qui sera appliquée au poteau. Selon toute apparence, nous
serons les premiers à en recueillir les fruits, et nos familles seront
agréablement surprises de recevoir de nos nouvelles de cette terre
sauvage et solitaire au moment même où nous allons nous lancer vers les
glaces polaires.»
[Illustration: Relâche au port Famine. (Page 375.)]
A marée basse, l'embouchure de la rivière Sedger, qui se jette dans
la baie Famine, est obstruée par des bancs de sable; à trois cents
mètres plus loin, la plaine se transforme en un immense marécage d'où
émergent d'énormes troncs d'arbres, ossements gigantesques, blanchis
sous l'action du temps, transportés en cet endroit par les pluies
extraordinaires, qui grossissent le cours de la rivière.
[Illustration: Vue de la Terre Adélie.
(-Fac-simile. Gravure ancienne.-)]
Une belle forêt sert de lisière à celle-ci, et des arbustes, armés
d'aiguillons, en défendent l'accès. Les essences les plus communes sont
le hêtre, au tronc haut de vingt à trente mètres sur près d'un mètre de
diamètre, l'écorce de Winter, qui a longtemps remplacé la cannelle, et
une sorte d'épine-vinette.
Les plus gros hêtres que d'Urville ait rencontrés mesuraient cinq
mètres de circonférence et pouvaient avoir cinquante mètres de haut.
Par malheur, on ne trouve sur ce littoral ni mammifères, ni reptiles,
ni coquilles terrestres ou fluviatiles; une ou deux sortes d'oiseaux,
voilà seulement, avec des lichens et des mousses, ce que le naturaliste
y peut seulement recueillir.
Plusieurs officiers remontèrent le Sedger dans une yole, jusqu'à ce
que le peu de profondeur de l'eau les arrêtât. Ils étaient alors à
sept milles et demi de l'embouchure, et ils constatèrent que cette
rivière pouvait avoir, à l'endroit où elle tombe dans la mer, trente ou
quarante mètres de large.
«Il serait difficile, dit M. de Montravel, d'imaginer un tableau plus
pittoresque que celui que chaque coude dévoilait à nos yeux. Partout,
c'était ce désordre admirable qu'on ne saurait imiter, un amas confus
d'arbres, de branches brisées, de troncs couverts de mousses qui se
croisaient en tous sens.»
En résumé, la station au port Famine avait été des plus heureuses; le
bois et l'eau furent faits très facilement; on procéda à une foule de
réparations ou d'installations nouvelles, à des observations d'angles
horaires, de physique, de météorologie, de marée, d'hydrographie; enfin
on recueillit de nombreux objets d'histoire naturelle, qui offraient
d'autant plus d'intérêt que les divers musées de France ne possédaient
absolument rien de ces régions inexplorées.
«Un petit nombre de plantes recueillies par Commerson et conservées
dans l'herbier de M. de Jussieu, dit la relation, représentaient tout
ce qu'on en savait.»
Le 28 décembre 1837, l'ancre fut levée sans qu'on eût pu apercevoir un
seul de ces Patagons, dont la rencontre excitait à un si haut degré la
curiosité des officiers et de l'équipage.
Les hasards de la navigation forcèrent les deux corvettes à mouiller un
peu plus loin, au port Galant, dont les rives, bordées de beaux arbres,
sont coupées de torrents qui forment, à peu de distance, de magnifiques
cascades de quinze à vingt mètres de hauteur. Cette relâche ne fut pas
perdue, car on recueillit un grand nombre de plantes nouvelles, et on
releva le port et les baies voisines. Mais le commandant, trouvant
la saison trop avancée, renonça à sortir du détroit par l'ouest, et
résolut de revenir sur ses pas, afin d'avoir une entrevue avec les
Patagons, avant de gagner les régions arctiques.
La baie Saint-Nicolas, que Bougainville avait appelée baie des
Français, offrit un spectacle infiniment plus gracieux que le port
Galant, où les équipages passèrent le premier janvier 1838. Les travaux
hydrographiques habituels y furent menés à bonne fin par les officiers
sous la direction de Dumoulin.
Un canot fut expédié au cap Remarquable, où Bougainville disait avoir
vu des coquilles fossiles; ce n'étaient que de petits galets empâtés
dans une gangue calcaire, formant une couche très épaisse depuis le
niveau de la mer jusqu'à une hauteur de cinquante mètres environ.
D'intéressantes observations furent faites également avec le
thermométrographe à deux cent quatre-vingt-dix brasses, sans trouver le
fond à moins de deux milles de terre. Si à la surface la température
était de neuf degrés, elle en accusait deux à cette profondeur, et
comme vraisemblablement les courants n'introduisent pas aussi bas les
eaux des deux océans, on serait fondé à croire que c'est la température
propre à cette profondeur.
Puis, les bâtiments rallièrent la Terre de Feu où Dumoulin reprit
le cours de ses relèvements. Basse, découverte, semée de rochers
qui servirent de jalons, elle n'offre en cet endroit que fort peu
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