de 19° au soleil, il descendit en peu de temps à 9°5 à l'ombre.» La descente eut lieu sans accident, par une route différente, qui permit aux voyageurs d'explorer la Cueva de la Nieve et de visiter la forêt d'Agua-Garcia, que traverse un ruisseau limpide, et où d'Urville fit une récolte abondante de végétaux. [Illustration: Maison du havre Doreï. (Nouvelle-Guinée.) (-Fac-simile. Gravure ancienne.-)] A Santa-Cruz, le commandant put voir dans le cabinet du major Megliorini, au milieu d'armes, de coquilles, d'animaux, de poissons et d'objets disparates, une momie complète de Guanche, qu'on lui dit être celle d'une femme. Enveloppée de peaux cousues, elle semblait avoir eu cinq pieds quatre pouces de hauteur; les mains étaient grandes et les traits du visage paraissaient avoir été assez réguliers. Les grottes sépulcrales des Guanches contenaient aussi des vases en terre et en bois, des cachets triangulaires en terre cuite et une foule de petits disques de même matière qui, enfilés comme des chapelets, servaient peut-être à cette race disparue aux mêmes usages que les «quipos» des Péruviens. [Illustration: La baie Jervis, où l'on trouva de magnifiques forêts d'eucalyptus. (Page 331.)] Le 21 juin, l'-Astrolabe- remit à la voile et s'arrêta à La Praya, aux îles du cap Vert, où d'Urville comptait trouver le capitaine anglais King, qui lui aurait donné des renseignements précieux pour la navigation des côtes de la Nouvelle-Guinée. Mais celui-ci avait quitté La Praya depuis trente-six heures. Aussi, le lendemain matin 30 juin, l'-Astrolabe- reprit-elle sa route. Les rochers de Martin-Vaz et l'île de la Trinité furent aperçus le dernier jour de juillet. Cette dernière paraît complètement stérile; on n'y découvre qu'une maigre verdure et quelques bouquets de bois rabougris, qui font tache au milieu des rochers. D'Urville aurait vivement désiré faire quelques recherches de botanique sur cette île déserte, mais le ressac était si violent qu'il jugea hors de propos d'y hasarder une embarcation. Le 4 août, l'-Astrolabe- courut sur la position de Saxembourg, île qu'il faut définitivement rayer des cartes françaises, comme avaient déjà fait les Anglais; puis on passa, à la suite d'une série de coups de vent qui fatiguèrent considérablement le navire, à proximité des îles Saint-Paul et Amsterdam, et, le 7 octobre, le bâtiment mouilla dans le port du Roi-Georges, à la côte d'Australie. Bien que la houle eût été très violente et le temps presque constamment mauvais pendant les cent huit jours que l'-Astrolabe- venait de tenir la mer, d'Urville n'en avait pas moins procédé à ses recherches habituelles sur les effets du roulis, sur la hauteur des lames, qu'il estima atteindre quatre-vingts et cent pieds, au banc des Aiguilles, en même temps que sur la température de la mer à différentes profondeurs. Le capitaine Jacquinot ayant découvert, sur la rive droite du goulet de la Princesse, une fort belle aiguade, et non loin de là un lieu propice à l'établissement de l'observatoire, les voiliers vinrent bientôt y dresser les tentes, tandis que plusieurs officiers faisaient le tour entier de la baie de la Princesse et que plusieurs autres entraient en relations avec quelques aborigènes. Un de ces derniers consentit à monter à bord. On eut toutes les peines du monde à obtenir qu'il laissât de côté un tison de banksia, qui lui servait à conserver longtemps du feu et à se chauffer le ventre et toute la partie antérieure du corps. Au reste, il passa deux jours à bord très tranquillement, buvant, mangeant devant le feu de la cuisine. Ses compatriotes, qui étaient restés à terre, firent tout le temps preuve de dispositions pacifiques et ne craignirent même pas d'amener au camp trois de leurs enfants. Pendant cette relâche, une embarcation, montée par huit Anglais, se présenta. Ils demandèrent à être pris à bord comme passagers. Ils racontèrent une histoire d'abandon peu vraisemblable, qui donna au commandant l'idée que ce devaient être des convicts échappés, et cette présomption devint une certitude à la grimace qu'ils firent, lorsqu'ils s'entendirent proposer d'être ramenés à Port-Jackson. Le lendemain, cependant, l'un d'eux s'engagea comme matelot, deux autres comme passagers; quant aux cinq autres, ils se décidèrent à rester sur ces plages et à continuer l'existence misérable qu'ils menaient au milieu des sauvages. Pendant ce temps, les opérations hydrographiques et astronomiques se poursuivaient, tandis qu'à terre les chasseurs et les naturalistes essayaient de se procurer des échantillons d'espèces nouvelles. Cette relâche, qui se prolongea jusqu'au 24 octobre, permit à l'équipage de se remettre de la pénible traversée qu'il avait eue à supporter, de procéder aux réparations nécessaires, de faire l'eau et le bois, de dresser le plan de tous les environs et de recueillir d'importantes collections de plantes et de zoologie. D'après les observations de tout genre qu'il avait faites, d'Urville s'étonnait que les Anglais ne se fussent pas encore établis au port du Roi-Georges, admirablement situé, tant pour les navires qui se rendent directement d'Europe à la Nouvelle-Galles que pour ceux qui vont du Cap en Chine ou aux îles de la Sonde à contre-mousson. L'exploration de cette côte fut continuée jusqu'à Port-Western, relâche que d'Urville préféra au port Dalrympe, dont l'entrée et la sortie étaient difficiles et souvent dangereuses. D'ailleurs Port-Western n'était encore connu que par les rapports de Baudin et de Flinders. Il y aurait donc bien plus de profit à explorer cette terre peu fréquentée. Les travaux, qui avaient été accomplis au port du Roi-Georges, furent également faits à Port-Western, et ils amenèrent le commandant à cette conclusion: «Port-Western, dit-il, offre un mouillage aussi facile à prendre qu'à quitter; la tenue en est excellente, le bois abondant et facile à faire. En un mot, dès qu'on aura découvert une aiguade commode (et elle se trouvera probablement), ce sera un point de relâche très important dans un détroit comme celui de Bass, où les vents soufflent souvent avec fureur d'un même côté durant plusieurs jours de suite et où les courants peuvent rendre la navigation difficile dans ces sortes de circonstances.» Du 19 novembre au 2 décembre, l'-Astrolabe- continua à prolonger la côte, sans autre arrêt qu'à la baie Jervis, où l'on trouva de magnifiques forêts d'eucalyptus. L'accueil qui fut fait aux Français, à Port-Jackson, par le gouverneur Darling et par les autorités de la colonie, fut on ne peut plus cordial, bien que les relâches que d'Urville avait faites sur divers points de la Nouvelle-Hollande eussent fort intrigué les autorités anglaises. Depuis trois ans, la ville s'était singulièrement accrue et embellie; quoique la population de la colonie ne fût encore évaluée qu'à cinquante mille âmes, cependant les Anglais créaient toujours de nouveaux établissements. Le commandant profita de sa relâche à Sydney pour expédier ses dépêches en France, ainsi que plusieurs caisses d'échantillons d'histoire naturelle. Puis, aussitôt qu'il eut embarqué ses vivres et qu'il se fut procuré tous les objets qui lui étaient nécessaires, il remit à la voile. S'arrêter avec Dumont d'Urville à la Nouvelle-Galles serait inutile; il consacre un volume tout entier de sa relation à l'histoire et à l'état de cette colonie en 1826, et nous en avons déjà parlé en détail. Mieux vaut quitter avec lui Sydney, le 19 décembre, et le suivre à la baie Tasman, à travers les calmes, les vents debout, les courants et les tempêtes, qui ne lui permirent d'atteindre la Nouvelle-Zélande que le 14 janvier 1827. Aucune expédition n'avait encore fait connaître la baie Tasman, que Cook seul avait vue durant son second voyage. Des pirogues portant une vingtaine de naturels, dont la moitié paraissaient être des chefs, accostèrent l'-Uranie-. Ils furent assez confiants pour monter à bord; quelques-uns même y restèrent plusieurs jours. D'autres arrivèrent enfin, qui s'établirent dans le voisinage, et les échanges commencèrent. Plusieurs officiers grimpèrent sur les hauteurs qui dominent la baie, au milieu de fourrés épais. «Point d'oiseaux, dit d'Urville, point d'insectes, pas même de reptiles; cette absence complète de tout être animé, ce silence absolu a quelque chose de solennel et de lugubre.» Telle est l'impression pénible que produisirent ces tristes déserts. Du haut de ces coteaux, le commandant avait aperçu une nouvelle baie, la baie de l'Amirauté, qui communiquait par un chenal avec celle où l'-Astrolabe- était mouillée. Il voulut l'explorer, car, de haut, elle lui avait semblé encore plus sûre que la baie Tasman. Mais à plusieurs reprises, les courants le mirent à deux doigts de sa perte. Si l'-Uranie- avait été jetée sur cette côte rocheuse et accore, l'équipage aurait péri tout entier, il ne serait par resté trace du naufrage. Enfin, après plusieurs tentatives infructueuses, d'Urville parvint à franchir cette passe en ne perdant que quelques fragments de la contre-quille du navire. «Pour consacrer, dit la relation, le souvenir du passage de l'-Astrolabe-, je laissai à ce dangereux détroit le nom de passe des Français; mais, à moins d'un cas urgent, je ne conseillerais à personne de le tenter.... Nous contemplâmes alors tout à notre aise le beau bassin où nous nous trouvions. Il mérite certainement tous les éloges que Cook en a faits, et je recommanderais surtout un joli petit havre, à quelques milles au sud de l'endroit où mouilla ce capitaine... Notre navigation par la passe des Français venait d'établir positivement l'existence comme île de toute la partie de terre qui se termine au cap Stephens de Cook. Elle se trouve divisée de Tavaï-Pounamou par le bassin des Courants. La comparaison de notre carte avec celle que dressa Cook pour le détroit montrera combien ses travaux laissaient à désirer....» L'-Astrolabe- donna bientôt dans le détroit de Cook, passa devant la baie de la Reine-Charlotte, et doubla le cap Palliser, formé de montagnes entassées. Avec une profonde surprise, d'Urville reconnut que bien des inexactitudes s'étaient glissées dans les travaux du grand navigateur anglais, et, dans la partie hydrographique de son voyage, il discute certains points pour lesquels il a trouvé des erreurs de quinze à vingt minutes. L'intention du commandant était alors de reconnaître la côte orientale d'Ika-Na-Mawi, l'île nord, sur laquelle on trouve des cochons et pas de «pounamou», ce jade vert dont les Zélandais font leurs instruments les plus précieux, tandis que sur l'île méridionale on en trouve et pas de cochons. Deux naturels, qui avaient absolument voulu rester à bord, étaient devenus tristes et mélancoliques en voyant s'effacer à l'horizon les côtes du district qu'ils habitaient. Ils regrettaient maintenant, mais trop tard, l'audace qui les avait portés à voyager. Le mot d'audace «n'est vraiment pas trop fort», car, à plusieurs reprises, ils demandèrent aux Français s'ils n'allaient pas les manger, et les bons traitements ne les rassurèrent qu'au bout de quelques jours. D'Urville continua à remonter la côte. Les caps Turn-again et Kidnappers de Cook, furent doublés et l'on reconnut l'île Stérile avec son ipah. Dans la baie de Tolaga de Cook, des naturels apportèrent à la corvette des cochons et des pommes de terre, qu'ils échangèrent contre des objets de peu de valeur. D'autres pirogues s'étant présentées, les Néo-Zélandais, qui étaient sur le bâtiment, harcelaient le commandant pour le déterminer à faire feu dessus et à tuer leurs compatriotes. Mais lorsque ceux-ci montaient à bord, les premiers arrivés allaient au-devant d'eux et les accueillaient avec les plus vives démonstrations d'amitié. Cette conduite singulière se comprend par la défiance et la jalousie qu'ils se portent mutuellement. «Ils voudraient tous profiter exclusivement des avantages qu'ils attendent des visites des étrangers, et sont désespérés de voir leurs voisins y participer.» Cette explication était si exacte qu'elle reçut bientôt confirmation. Sur l'-Astrolabe- se trouvait un certain nombre de Zélandais, mais surtout un certain Shaki, que sa haute taille, son tatouage complet, son maintien altier, et l'air de soumission avec lequel lui parlaient ses compatriotes, avaient fait reconnaître pour un chef. En voyant s'approcher de la corvette une pirogue montée par sept ou huit hommes seulement, Shaki et les autres vinrent supplier avec instance d'Urville de tuer ces nouveaux arrivants; ils allèrent même jusqu'à demander des fusils pour tirer eux-mêmes. Cependant, les nouveaux venus ne furent pas plus tôt montés à bord, que tous ceux qui s'y trouvaient déjà les accablèrent de marques de respect, et Shaki, bien qu'il se fût montré l'un des plus acharnés, changea de ton et alla leur offrir quelques haches qu'il venait d'acquérir. Ces chefs, à l'attitude guerrière et farouche, au visage complètement tatoué, n'étaient à bord que depuis quelques instants, et d'Urville s'apprêtait à les interroger au moyen du vocabulaire publié par les missionnaires, lorsqu'ils le quittèrent brusquement, sautèrent dans leurs pirogues et gagnèrent le large. Leurs compatriotes, pour se débarrasser d'eux, leur avaient simplement insinué que leur existence n'était pas en sûreté sur l'-Astrolabe-, et que les Français avaient formé le projet de les tuer. C'est dans la baie de Tolaga, dont le vrai nom est Houa-Houa, que d'Urville se procura les premiers renseignements sur le «kiwi», au sujet d'une natte garnie des plumes de cet oiseau, un des objets de luxe de ces indigènes. Cet oiseau, gros comme un petit dindon, serait privé, comme l'autruche, de la faculté de voler. Ce serait la nuit, au flambeau et avec des chiens, qu'on lui ferait la chasse. C'est ce même oiseau qui a reçu le nom d'«apteryx». Les informations que d'Urville avait recueillies auprès des naturels étaient exactes en grande partie. L'apteryx, avec la taille d'une poule et le plumage d'un brun de fer, se rapproche de l'autruche; il habite les forêts sombres et humides, et ne sort que le soir pour chercher sa nourriture. Les chasses actives que les naturels lui ont faites ont considérablement diminué cette espèce curieuse, aujourd'hui devenue fort rare. D'Urville continua donc la reconnaissance hydrographique de la côte orientale de l'île septentrionale de la Nouvelle-Zélande, ayant des communications quotidiennes avec les naturels, qui lui apportaient des pommes de terre et des cochons. Au dire des indigènes, les guerres seraient continuelles de tribu à tribu, et ce serait la cause la plus réelle de la diminution du nombre des habitants. Ceux-ci demandaient toujours des fusils et finissaient par se contenter de la poudre qu'on leur donnait en échange de leurs marchandises. Le 10 février, dans les parages du cap Runaway, la corvette eut à supporter une tempête qui dura trente-six heures, et elle fut plus d'une fois au moment de sombrer. Puis, elle s'enfonça dans la baie de l'Abondance, au fond de laquelle s'élève le mont Edgecumbe, elle continua à suivre la côte, elle vit les îles Haute, Major; mais le temps fut tellement mauvais pendant cette exploration de la baie, que la carte n'en mérite pas une grande confiance. La corvette gagne ensuite la baie Mercure, reconnaît l'île de la Barrière, pénètre dans la baie Shouraki (-aliàs- Hauraki), reconnaît la Poule-et-les-Poussins, les Pauvres-Chevaliers et arrive à la baie des Iles. Les tribus que d'Urville rencontra en cet endroit étaient engagées dans une expédition contre celles des baies Shouraki et Waikato. D'Urville redescendit pour explorer la baie Shouraki, qui avait été incomplètement reconnue par Cook, et découvrit qu'en cet endroit la Nouvelle-Zélande est découpée en une quantité de havres et de bassins plus profonds, plus sûrs les uns que les autres. D'Urville, ayant appris qu'en suivant le cours du Waï-Magoïa on arrivait à un endroit séparé par une marche très courte du grand port de Manukau, sur la rive occidentale de l'île, fit parcourir cette route par plusieurs de ses officiers, qui constatèrent la vérité de ces informations. «Cette découverte, dit Dumont d'Urville, peut devenir d'un grand intérêt pour les établissements qui auront lieu à la baie Shouraki, et cet intérêt augmentera encore si de nouvelles reconnaissances peuvent démontrer que le port de Manukau est susceptible de recevoir des navires d'une certaine dimension, car un pareil établissement se trouverait alors à la portée des deux mers, orientale et occidentale.» Rangui, l'un des «rangatiras», chefs de cet endroit, avait, à plusieurs reprises, demandé au commandant du plomb pour faire des balles, et celui-ci lui en avait toujours refusé. Au moment du départ, d'Urville fut averti que le plomb de sonde venait d'être volé. Le commandant fit aussitôt des reproches à Rangui, lui disant d'un ton sévère qu'il était indigne d'honnêtes gens de commettre de tels larcins. Ce reproche parut affecter profondément le chef, qui s'excusa en prétendant que ce délit avait été commis à son insu et par des étrangers. «Un instant après, dit la relation, le bruit de coups frappés avec force, et des cris pitoyables partant de la pirogue de Rangui, attirèrent de nouveau mon attention de ce côté. Alors je vis Rangui et Tawiti frappant à coups redoublés, avec leurs pagaies, sur un manteau qui semblait recouvrir un homme. Mais il me fut facile de reconnaître que les deux chefs astucieux ne frappaient que sur un des bancs de la pirogue. Après avoir joué quelque temps cette farce, la pagaie de Rangui se brisa entre ses mains. L'homme fit semblant de tomber par terre, et Rangui, m'interpellant, me dit qu'il venait d'assommer le voleur et me demanda si j'étais satisfait. Je lui répondis affirmativement, riant en moi-même de la ruse de ces sauvages, ruse, au reste, dont il s'est trouvé souvent des exemples chez beaucoup de peuples plus avancés en civilisation.» [Illustration: Néo-Zélandais. (Page 333.)] D'Urville reconnut la belle île Wai-hiki, et termina ainsi la reconnaissance du canal de l'Astrolabe et de la baie Hauraki. Il remonta alors vers le nord jusqu'à la baie des Iles et de là jusqu'au cap Maria-Van-Diemen, extrémité septentrionale de la Nouvelle-Zélande, «où les âmes des morts, les Waïdouas, viennent se rendre de tous les points d'Ika-Na-Mawi pour prendre leur dernier essor vers la gloire ou les ténèbres éternelles.» La baie des Iles, lors de la station de la -Coquille-, était animée par une assez nombreuse population, avec laquelle on avait eu des relations amicales. Maintenant, le silence du désert avait remplacé l'animation des anciens jours. L'ipah, ou plutôt le pâ de Kahou-Wera, qui abritait une tribu active, était abandonné; la guerre avait en ce lieu causé ses ravages ordinaires. La tribu de Songhui avait pillé les propriétés et dispersé les membres de celle de Paroa. [Illustration: Attaque des indigènes de Tonga-Tabou. (Page 339.)] C'est à la baie des Iles que s'étaient établis les missionnaires anglais. Malgré tout leur dévouement, ils n'avaient encore fait aucun progrès auprès des naturels, et l'inutilité de leurs efforts était évidente. C'est en cet endroit que se termina la très importante reconnaissance hydrographique de la côte orientale de la Nouvelle-Zélande. Depuis Cook, aucune exploration n'avait été faite sur cette terre avec autant de soin, au milieu de tant de dangers et sur un si long parcours de côtes. D'Urville, par cette savante et minutieuse opération, venait de rendre un signalé service à la science géographique et à la navigation. Il avait dû, au milieu de bourrasques subites et terribles, déployer des qualités exceptionnelles; mais, sans tenir compte de tant de fatigues et de dévouement, on allait, à son retour en France, le laisser à l'écart ou ne lui donner que des fonctions où il était impossible de se distinguer et qu'aurait aussi bien remplies n'importe quel capitaine de vaisseau. En quittant la Nouvelle-Zélande le 18 mars 1827, d'Urville fit route vers Tonga-Tabou. Il reconnut tout d'abord les îles Curtis, Macauley, Sunday, chercha vainement l'île Vasquez de Maurelle, arriva, le 16 avril, en face de Namouka. Deux jours plus tard, il distingua Eoa; mais, avant d'atteindre Tonga-Tabou, il eut encore à essuyer une violente tempête, qui mit l'-Astrolabe- en perdition. Des Européens, établis depuis longues années à Tonga-Tabou, furent très utiles au commandant pour le tenir au courant des dispositions des naturels. Trois chefs, trois «éguis», se partageaient le pouvoir, depuis que le chef religieux ou «touï-tonga», qui jouissait d'une influence immense, avait été exilé. Une mission wesleyenne était établie à Tonga; mais, au premier abord, il parut évident que ces prêtres méthodistes n'avaient su acquérir aucune influence sur les naturels. Ceux mêmes qu'ils avaient convertis étaient méprisés pour leur apostasie. Lorsque l'-Astrolabe- parvint au mouillage, après avoir heureusement échappé aux dangers imminents que les vents contraires, les courants et les récifs lui avaient fait courir, elle fut aussitôt envahie par une abondance invraisemblable de fruits, de racines, de cochons et de volailles que les indigènes cédaient presque pour rien. D'Urville acheta également, pour le musée, des armes et des objets divers de l'industrie des sauvages. C'étaient des casse-têtes, le plus souvent en casuarina, parfaitement ciselés ou enrichis d'incrustations artistiques en nacre ou en os de baleine. La coutume de se couper une ou deux phalanges pour l'offrir à la divinité, en cas de maladie grave d'un proche parent, subsistait encore. Depuis le 28 avril, les naturels n'avaient montré que des dispositions conciliantes, pas une querelle ne s'était élevée, lorsque, le 9 mai, d'Urville fit avec presque tous ses officiers visite à l'un des chefs les plus importants, nommé Palou. Celui-ci le reçut avec une contrainte tout à fait extraordinaire et peu d'accord avec les démonstrations bruyantes et enthousiastes des jours précédents. La défiance des insulaires éveilla celle du commandant, qui, songeant au peu d'hommes laissés sur l'-Astrolabe-, éprouvait les inquiétudes les plus vives. Il n'était cependant rien arrivé pendant son absence. Seule, la timidité de Palou avait fait échouer un complot, qui ne tendait à rien moins qu'à enlever d'un seul coup tout l'état-major; on aurait ensuite eu bien facilement raison de l'équipage, déjà en partie désireux de vivre de la vie facile des naturels. Telle fut du moins la conviction que le commandant se forma. Les événements allaient confirmer sa manière de voir. Ces craintes engagèrent d'Urville à quitter le plus rapidement possible Tonga-Tabou, et, le 13, tout était paré pour mettre à la voile le lendemain. L'élève Dudemaine se promenait sur la grande île, pendant que l'élève Faraguet, avec neuf hommes, était occupé sur l'îlot Pangaï-Modoz à faire de l'eau ou à observer la marée. Un des éguis, Tahofa, était sur l'-Astrolabe- avec beaucoup d'indigènes, lorsque, sur un signe de leur chef, les pirogues débordèrent toutes à la fois et gagnèrent la terre. On se demandait la cause de cette retraite subite, lorsqu'on aperçut sur Pangaï-Modou les matelots entraînés de force par les naturels. D'Urville fut sur le point de faire tirer un coup de canon, mais il trouva plus sûr d'expédier, à force de rames, une embarcation qui recueillit deux hommes et l'élève Dudemaine. Le même canot, envoyé peu après pour brûler des cases et essayer de capturer quelques otages, fut reçu à coups de fusil. Un naturel fut tué, plusieurs autres blessés, mais un caporal de marine reçut tant de coups de baïonnette, qu'il expira deux heures plus tard. D'Urville était on ne peut plus inquiet sur le sort de ses matelots et de Faraguet qui les commandait. Il ne lui restait d'autre ressource que d'attaquer le village sacré de Mafanga, qui contient les tombeaux de plusieurs familles de chefs. Mais, le lendemain, une foule de naturels entouraient cette place de redoutes en terre et de palissades, si bien qu'il ne fallait plus songer à l'enlever dans une descente. On rapprocha donc la corvette de terre et l'on canonna le village, sans autre effet que de tuer un des insulaires. Cependant, la difficulté de se procurer des vivres, la pluie, les alertes continuelles, dans lesquelles les Français les tenaient par leurs coups de canon, les déterminèrent à faire la paix. Ils rendirent les hommes, qui avaient été tous fort bien traités, ils firent un présent de cochons et de bananes, et, le 24 mai, l'-Astrolabe- quittait définitivement les îles des Amis. Il était temps, d'ailleurs, que cela finît, car la position de d'Urville n'était plus tenable, et, d'une conversation avec le maître d'équipage, il était ressorti qu'on ne pouvait compter que sur cinq ou six matelots; tout le reste aurait passé du côté des sauvages. Tonga-Tabou est de formation madréporique. On y trouve une très épaisse couche d'humus. Aussi, les plantes et les arbres s'y développent-ils dans la perfection; les cocotiers, dont la tige est plus grêle qu'ailleurs, et les bananiers y poussent avec une rapidité et une puissance étonnantes. Le pays est plat, monotone, et celui qui a fait un quart de lieue n'a pas besoin de parcourir l'île entière pour s'en faire une idée. La population peut être évaluée à sept mille individus à physionomie franchement polynésienne. «Ils réunissent, dit d'Urville, les qualités les plus opposées. Ils sont généreux, complaisants, hospitaliers, en même temps que cupides, audacieux et surtout profondément dissimulés. Au moment même où ils vous accablent de caresses et d'amitiés, ils sont capables de vous assaillir et de vous dépouiller, pour peu que leur avidité ou leur amour-propre soit suffisamment stimulé.» Les naturels de Tonga l'emportent évidemment de beaucoup sur les habitants de Taïti en intelligence. Les Français ne pouvaient se lasser d'admirer l'ordre merveilleux avec lequel étaient tenues les plantations de kawa, de bananes ou d'ignames, l'extrême propreté des habitations, l'élégance des clôtures. L'art de la fortification ne leur était point inconnu, ainsi que d'Urville l'éprouva et comme il avait pu s'en rendre compte en visitant le village fortifié de Hifo, garni de solides palissades, entouré d'un fossé large de quinze à vingt pieds et à demi rempli d'eau. Le 25 mai, d'Urville commença l'exploration de l'archipel Viti ou Fidji. Il eut tout d'abord la bonne fortune de rencontrer un naturel de Tonga, qui, habitant les Fidji pour son commerce, avait autrefois visité Taïti, la Nouvelle-Zélande et l'Australie. Cet homme, ainsi qu'un insulaire de Guaham, fut très utile au commandant pour lui donner les noms de plus de deux cents îles qui composent ce groupe et lui indiquer à l'avance leur position et celle des récifs qui les entourent. En même temps, l'hydrographe Gressier recueillait tous les matériaux nécessaires pour dresser la carte des Fidji. Une chaloupe reçut l'ordre d'accoster l'île de Laguemba, où se trouvait une ancre, que Dumont d'Urville, qui avait perdu deux des siennes devant Tonga, aurait bien voulu se procurer. Tout d'abord, Lottin, qui commandait cette embarcation, n'aperçut sur le rivage que des femmes et des enfants; mais les guerriers accoururent, firent retirer les femmes et prirent leurs dispositions pour retenir les matelots et s'emparer de la chaloupe. Leurs intentions étaient trop claires pour laisser place au doute; aussi Lottin fit-il aussitôt relever le grapin et gagna-t-il le large avant qu'une collision eût pu se produire. Pendant dix-huit jours consécutifs, malgré un gros temps et une mer houleuse, l'-Astrolabe- parcourut l'archipel des Fidji, reconnaissant les îles Laguemba, Kandabon, Viti-Levou, Oumbenga, Vatou-Lele, Ounong-Lebou, Malolo, etc., et notamment la partie méridionale du groupe, qui était alors presque entièrement inconnue. La population, si l'on en croit d'Urville, forme la limite de la race cuivrée ou polynésienne et de la race noire ou mélanésienne. Ces naturels ont une apparence de force et de vigueur que justifie leur haute stature. Ils sont anthropophages et ne s'en cachent pas. Le 11 juin, la corvette faisait route vers le havre Carteret; elle reconnut tour à tour les îles Erronan et Annatom, les Loyalty, groupe où d'Urville découvrit les îles Chabrol et Halgan, le petit groupe des îlots Beaupré, les récifs de l'Astrolabe, d'autant plus dangereux qu'ils sont éloignés de près de trente milles des îles Beaupré et de soixante milles de la Nouvelle-Calédonie, l'île Huon et la chaîne septentrionale des récifs de la Nouvelle-Calédonie. De ces parages, d'Urville gagna la Louisiade en six jours; mais le mauvais temps qui l'assaillit sur ces côtes le détermina à ne pas poursuivre le plan de campagne qui lui était tracé et à éviter le détroit de Torrès. Le commandant pensa que l'exploration immédiate de la côte méridionale de la Nouvelle-Bretagne et de la côte septentrionale de la Nouvelle-Guinée serait plus profitable pour la science. L'île Rossel et le cap de la Délivrance furent aperçus, et l'on fit route pour la Nouvelle-Irlande, afin d'y remplacer le bois et l'eau consommés. On y arriva le 5 juillet, par un temps sombre et pluvieux, et l'on eut toutes les peines du monde à distinguer l'entrée du havre Carteret, où d'Entrecasteaux avait séjourné pendant une huitaine de jours. Les Français y reçurent à plusieurs reprises la visite d'une vingtaine de naturels, qui semblaient former toute la population de cet endroit. C'étaient des êtres sans intelligence et sans aucune curiosité pour tant d'objets qui leur étaient inconnus. Leur extérieur ne plaidait pas, non plus, en leur faveur. Complètement nus, noirs de peau, les cheveux crépus, la cloison du nez traversée par un os, ils ne montraient d'avidité que pour le fer, sans cependant paraître comprendre qu'on ne leur en donnerait que contre des fruits et des cochons. Sombres et défiants, ils se refusèrent à conduire qui que ce fût à leurs villages. Pendant cette relâche peu fructueuse, d'Urville fut violemment attaqué d'une entérite, qui, pendant plusieurs jours, le fit cruellement souffrir. Le 19, l'-Astrolabe- reprit la mer et prolongea la côte méridionale de la Nouvelle-Bretagne. Cette exploration fut contrariée par un temps pluvieux et brumeux, par des averses et des grains, qui forçaient le bâtiment à s'éloigner de terre aussitôt qu'il avait pu s'en rapprocher. «Il faut avoir, comme nous, dit d'Urville, pratiqué ces parages, et dans les mêmes circonstances, pour se faire une juste idée de ces incroyables averses; il faut, en outre, avoir à exécuter des travaux semblables à ceux qui nous étaient imposés, pour juger sainement des soucis et des inquiétudes qu'entraîne une pareille navigation. Rarement notre horizon s'étendait à cent toises de distance, et nos manœuvres ne pouvaient être que fort incertaines, puisque notre vraie position était un problème. En général, notre travail entier sur la Nouvelle-Bretagne, nonobstant les peines inouïes qu'il nous a coûtées et les périls qu'il a fait courir à l'-Astrolabe-, est loin d'être comparable, pour l'exactitude, aux autres reconnaissances de la campagne.» Dans l'impossibilité de reprendre la route du canal Saint-Georges, d'Urville dut passer par le détroit de Dampier, dont l'ouverture, du côté du sud, est presque entièrement barrée par une chaîne de récifs, sur lesquels l'-Astrolabe- talonna par deux fois. Comme Dampier et d'Entrecasteaux, d'Urville fut enthousiasmé de l'aspect délicieux du rivage occidental de la Nouvelle-Bretagne. Une côte saine, un sol disposé en amphithéâtre, des forêts au feuillage sombre ou des prairies jaunissantes, les deux pitons majestueux du mont Glocester donnent à cette partie de la côte une variété que venaient encore augmenter les lignes ondulées de l'île Rook. A la sortie du canal se dessinent, dans toute leur splendeur, les montagnes de la Nouvelle-Guinée; bientôt elles forment une sorte d'hémicycle et une vaste baie qui reçut le nom de golfe de l'Astrolabe. Les îles Schouten, l'anse de l'Attaque, où d'Urville eut à repousser une aggression des naturels, la baie Humboldt, la baie du Geelwinck, les îles des Traîtres, Tobie et Mysory, les monts Arfak, sont successivement reconnus et dépassés, et l'-Astrolabe- vient enfin mouiller au port Doreï, afin de lier ses opérations à celles de la -Coquille-. En cet endroit, des relations amicales furent aussitôt entamées avec les Papous, qui apportèrent à bord quantité d'oiseaux de paradis, mais fort peu de rafraîchissements. Doux et timides, ces naturels ne s'aventuraient qu'à regret dans les bois, par crainte des Arfakis, habitants des montagnes et leurs ennemis jurés. Un des matelots occupés à faire de l'eau fut blessé d'une flèche par un de ces sauvages, qu'il fut impossible de punir de cette lâche agression que rien n'était venu motiver. Ici, la terre est partout si riche, qu'il suffirait de la remuer et d'enlever les mauvaises herbes pour lui faire produire d'abondantes récoltes; mais les Papous sont si paresseux, si peu intelligents en fait de culture que les plantes alimentaires sont le plus souvent étouffées par les parasites. Quant aux habitants, ils sont d'origines très mélangées. D'Urville les divise en trois grandes variétés: les Papous, les métis, tenant plus ou moins à la race malaise ou polynésienne, et les Harfours ou Alfourous, qui rappelleraient le type ordinaire des Australiens, des Néo-Calédoniens et en général des Océaniens de la race noire. Ce seraient les véritables indigènes du pays. Le 6 septembre, après une relâche peu intéressante et pendant laquelle d'Urville n'avait pu se procurer que peu d'objets d'histoire naturelle, si ce n'est des mollusques, et encore moins d'informations précises sur les mœurs, la religion et la langue des diverses races de la Nouvelle-Guinée, l'-Astrolabe- reprenait la mer et se dirigeait vers Amboine, où elle arrivait sans accident, le 24 septembre. Bien que le gouverneur, M. Merkus, fût en tournée, le commandant n'en trouva pas moins en ce port tous les objets dont il avait besoin. Il y fut reçu de la façon la plus amicale par les autorités et les habitants, qui firent tout leur possible pour faire oublier aux Français les fatigues de cette longue et pénible campagne. D'Amboine, d'Urville se dirigea vers la Tasmanie et Hobart-Town, lieu qu'aucun navire français n'avait revu depuis Baudin; il y arriva le 17 décembre 1827. Trente-cinq ans auparavant, d'Entrecasteaux n'avait trouvé sur ces plages que quelques misérables sauvages, et, dix ans plus tard, Baudin n'y avait plus rencontré personne. La première chose que Dumont d'Urville apprit en entrant dans la rivière Dervent, avant même d'avoir mouillé devant Hobart-Town, c'est que le capitaine anglais Dillon avait recueilli à Tucopia des renseignements positifs sur le naufrage de La Pérouse à Vanikoro; il avait même rapporté une garde d'épée qu'il supposait avoir appartenu à ce navigateur. Arrivé à Calcutta, Dillon ayant fait part de sa découverte au gouverneur, celui-ci l'avait immédiatement renvoyé sur les lieux avec mission de recueillir les naufragés qui pourraient encore exister et tout ce qui resterait des bâtiments. On peut juger avec quel intérêt d'Urville apprit ces nouvelles, lui qui, ayant reçu pour instructions de rassembler tous les documents de nature à jeter quelque lumière sur le sort de l'infortuné navigateur, avait acquis, à Namouka, la preuve du séjour de La Pérouse dans l'archipel des Amis. [Illustration: Habitants de Vanikoro. (-Fac-simile. Gravure ancienne.-)] Les opinions étaient partagées, dans la colonie anglaise, sur la créance qu'on devait ajouter au récit du capitaine Dillon; mais le rapport que cet officier avait adressé au gouverneur de l'Inde vint lever tous les doutes de d'Urville. Aussi, renonçant à ses projets ultérieurs sur la Nouvelle-Zélande, cet officier résolut-il de conduire immédiatement l'-Astrolabe- à Vanikoro, qu'il ne connaissait encore que sous le nom de Mallicolo, d'après Dillon. [Illustration: Je me contentai de faire ouvrir la salle d'armes. (Page 350.)] Au reste, voici les faits, tels que ce dernier les avait exposés. Pendant une relâche aux îles Fidji, le bâtiment le -Hunter- avait eu occasion de recueillir un Prussien, Martin Bushart, sa femme et un Lascar, du nom d'Achowlia, que les naturels allaient dévorer, comme ils avaient fait de tous les autres déserteurs européens établis dans l'archipel. Ces trois malheureux ne demandaient qu'à être débarqués sur la première île habitable que le -Hunter- rencontrerait. Ils furent donc déposés sur l'une des îles Charlotte, à Tucopia, par 12° 15' de latitude sud et 169° de longitude. Au mois de mai 1826, Dillon, qui avait fait partie de l'équipage du -Hunter-, désireux de savoir ce qu'étaient devenus les matelots débarqués en 1813, sur Tucopia, s'approcha de cette île. Il y rencontra, en effet, le Lascar et le Prussien. Le premier lui vendit même une garde d'épée en argent. Naturellement, Dillon demanda comment ces indigènes se l'étaient procurée. Le Prussien raconta qu'à son arrivée à Tucopia, il y avait trouvé des verrous, des haches, des couteaux, des objets de fer, des cuillères et une quantité d'objets qu'on lui dit provenir de Mallicolo, groupe d'îles situées à l'ouest, que séparaient seulement deux journées de pirogue. Dillon, continuant à interroger les naturels, apprit que, bien des années auparavant, deux navires avaient été jetés sur les côtes de cette île. L'un d'eux avait entièrement péri, corps et biens, mais les matelots du second avaient construit, avec les débris de leur bâtiment, un petit navire sur lequel ils étaient partis, en laissant à Mallicolo quelques-uns des leurs. Le Lascar prétendait avoir vu deux de ces hommes, qui, par les services rendus aux chefs, s'étaient acquis une légitime influence. Dillon lui proposa vainement de l'emmener à Mallicolo; il fut plus heureux avec le Prussien, qui l'accompagna jusqu'en vue de cette île,--île de la Recherche de d'Entrecasteaux,--mais le calme et le manque de vivres avaient empêché Dillon de s'arrêter. A son arrivée à Pondichéry, le gouverneur, après avoir pris connaissance de son rapport, lui confia le commandement d'un navire spécialement destiné à de nouvelles investigations. On était en 1827. Dillon toucha à Tucopia, s'y pourvut d'interprètes et d'un pilote, puis gagna Mallicolo. Il y apprit des indigènes que les étrangers étaient restés cinq mois sur l'île à construire leur bâtiment, que d'ailleurs ils étaient considérés comme des êtres surnaturels, opinion que leur conduite singulière n'avait pas médiocrement contribué à accréditer. On les voyait, en effet, causer avec la lune et les étoiles au moyen d'un long bâton; leurs nez étaient énormes, et quelques-uns de ces hommes se tenaient continuellement debout sur un pied, une barre de fer à la main. C'était ainsi qu'étaient restés dans le souvenir populaire les observations astronomiques, les chapeaux à cornes et les sentinelles des Français. Dillon recueillit des indigènes bien des reliques de l'expédition. Il aperçut également au fond de la mer, sur le banc de corail où le navire avait touché, des canons de bronze, une cloche et des débris de toute sorte, qu'il ramassa pieusement et qu'il rapporta à Paris, en 1828, où le roi lui accorda une pension de quatre mille francs en récompense de ses travaux. Le doute ne fut plus permis, lorsque le comte de Lesseps, ce compagnon de La Pérouse qui avait débarqué au Kamtchatka, eut reconnu les canons et l'arrière sculpté de la -Boussole-, quand enfin on eut déchiffré les armoiries de Colignon, le botaniste, sur un chandelier d'argent. Mais ces derniers faits, si intéressants et si curieux, d'Urville n'en devait être instruit que bien plus tard, et, pour le moment, il ne connaissait que le premier rapport de Dillon. Par hasard, ou plutôt par crainte d'être prévenu, ce capitaine avait négligé d'indiquer la position de Vanikoro et la route qu'il avait suivie pour s'y rendre de Tucopia. D'Urville jugea que cette île devait appartenir aux groupes de Banks ou de Santa-Cruz, presque aussi inconnus l'un que l'autre. Mais, avant de suivre le commandant, il faut s'arrêter quelque temps avec lui à Hobart-Town, qui lui parut déjà d'une importance remarquable. «Ses maisons sont très espacées, dit-il, et n'ont généralement qu'un étage, outre le rez-de-chaussée; mais leur propreté et leur régularité leur donnent un aspect agréable. Les rues ne sont point pavées, ce qui les rend fatigantes à parcourir; quelques-unes ont pourtant des trottoirs; en outre, la poussière qui s'en élève continuellement est très gênante pour les yeux. Le palais du gouvernement occupe une heureuse situation au bord de la baie. Cette résidence offrira sous peu d'années de nouveaux agréments, si les jeunes arbres dont on l'a entourée prennent tout leur développement, car ceux du pays sont peu propres à servir d'ornement.» Le temps fut mis à profit, durant cette relâche, pour faire emplette de vivres, d'ancres et d'objets de première nécessité qui faisaient défaut, ainsi que pour radouber le bâtiment et procéder à une foule de réparations indispensables dans le gréement. Le 6 janvier 1828, l'-Astrolabe- reprenait encore une fois la mer, relevait, le 20, l'île Norfolk, six jours plus tard le petit volcan Mathew, Erronan le 28, le 8 février la petite île Mitre, et le lendemain elle arrivait en face de Tucopia. C'est une petite île de trois ou quatre milles de circuit avec un pic assez pointu, recouvert de végétation. La bande orientale de cet îlot paraît inaccessible, étant toujours battue par les flots. L'impatience de tout le monde s'accroît et ne connaît plus de bornes, lorsqu'on voit s'approcher trois pirogues, dans l'une desquelles se trouve un Européen. C'est le Prussien Bushart, ainsi qu'il le déclare lui-même, qui vient d'accompagner Dillon à Mallicolo. Ce dernier avait séjourné près d'un mois en ce lieu, où il s'était réellement procuré les reliques de l'expédition, ainsi que d'Urville en avait été informé à Hobart-Town. Il ne restait pas un Français dans l'île, le dernier étant mort l'année précédente. Bushart avait d'abord accepté d'accompagner d'Urville, mais il revint sur sa promesse et refusa, au dernier moment, de rester à bord de l'-Astrolabe-. Vanikoro est entourée de récifs, à travers lesquels on parvint, non sans danger, à trouver une passe, qui permit de mouiller l'-Astrolabe- dans la baie d'Ocili, là même où Dillon avait laissé tomber l'ancre. Quant au lieu du naufrage, il était situé sur la côte opposée de l'île. Il ne fut pas facile d'obtenir des renseignements des naturels, gens avides, de mauvaise foi, insolents et perfides. Un vieillard finit cependant par avouer que les blancs, débarqués sur la plage de Vanou, avaient été reçus à coups de flèche; il s'en était suivi une lutte dans laquelle bon nombre d'indigènes avaient trouvé la mort; quant aux «maras», ils avaient tous été tués, et leurs crânes enterrés à Vanou. Les autres ossements avaient servi aux indigènes à garnir leurs flèches. Un canot fut expédié au village de Nama. La promesse d'un morceau de drap rouge décida, non sans de longues hésitations, les indigènes à mener les Français sur le lieu du naufrage. A un mille de terre près de Païou et en face d'Ambi, au fond d'une sorte de coupée au travers des brisants, on distingua, çà et là, des ancres, des boulets, des canons et bien d'autres objets, qui ne laissèrent subsister aucun doute dans l'esprit des officiers de l'-Astrolabe-. Pour tous, il était évident que le navire avait tenté de s'introduire au dedans des récifs par une espèce de passe, qu'il avait échoué et n'avait pu se dégager. Mais l'équipage aurait pu se sauver à Païou, et, suivant le récit de quelques sauvages, y construire un petit bâtiment, tandis que l'autre navire, échoué plus au large sur le récif, s'y serait perdu corps et biens. Le chef Moembe avait entendu dire que les habitants de Vanou avaient accosté le bâtiment pour le piller, mais que, repoussés par les blancs, ils avaient perdu vingt hommes et trois chefs. Ceux-ci, à leur tour, avaient massacré tous les Français descendus à terre; deux seulement, épargnés, avaient vécu dans l'île l'espace de trois lunes. Un autre chef, nommé Valiko, racontait que l'un des bâtiments s'était échoué en dehors du récif, en face de Tanema, après une nuit pendant laquelle il avait beaucoup venté, et que presque tous ses hommes avaient péri sans venir à terre. Les maras du second navire, en grand nombre, s'étaient établis à terre et avaient construit à Païou un petit vaisseau avec les débris du navire échoué. Durant leur séjour, des querelles s'étaient élevées, et cinq naturels de Vanou et un de Tanema avaient été tués ainsi que deux maras. Les Français avaient quitté l'île au bout de cinq lunes. Enfin un troisième vieillard assurait qu'une trentaine de matelots du premier navire s'étaient réunis à l'équipage du second, et qu'ils n'étaient tous partis qu'au bout de six à sept lunes. Toutes ces dépositions, qu'il fallut pour ainsi dire arracher par force, variaient sur les détails; il sembla cependant que les dernières versions s'approchaient le plus de la vérité. Au nombre des objets recueillis par l'-Astrolabe- figurent une ancre de 1,800 livres environ, un canon court en fonte, un pierrier en bronze, une espingole en cuivre, des saumons de plomb et plusieurs autres objets en assez mauvais état et sans grand intérêt. Ces objets, ainsi que ceux recueillis par Dillon, figurent aujourd'hui au musée de la Marine, installé dans les galeries du Louvre. D'Urville ne voulut pas quitter Vanikoro sans élever un cénotaphe à la mémoire de ses malheureux compatriotes. Ce modeste monument fut placé sur le récif même, au milieu d'une touffe de mangliers. Il se compose d'un prisme quadrangulaire de six pieds de haut, en plateaux de corail, surmonté d'une pyramide quadrangulaire de même hauteur en bois de «koudi», qui porte sur une petite plaque de plomb l'inscription suivante: ----------------------- |A LA MÉMOIRE| |DE LA PÉROUSE | |ET DE SES COMPAGNONS | |L'ASTROLABE | |14 MARS 1828| ----------------------- Aussitôt que ce travail fut terminé, d'Urville prit ses dispositions pour appareiller. Il était grand temps, car l'humidité causée par les pluies torrentielles avait engendré des fièvres violentes, qui n'avaient pas jeté moins de vingt-cinq personnes sur les cadres. Si le commandant voulait conserver un équipage capable d'exécuter les manœuvres pénibles que nécessitait la sortie par une passe étroite et semée d'écueils, il fallait se hâter. La dernière journée que passa l'-Astrolabe- à Vanikoro aurait d'ailleurs éclairé, s'il en eût eu besoin, le commandant sur les véritables dispositions des naturels. Voici comment il raconte ces derniers incidents de cette dangereuse relâche: «Sur les huit heures, j'ai été fort étonné de voir venir à nous une demi-douzaine de pirogues de Tevaï, d'autant plus que trois ou quatre habitants de Manevaï, qui se trouvaient à bord, ne paraissaient nullement effrayés à leur approche, bien qu'ils m'eussent encore dit, quelques jours auparavant, que ceux de Tevaï étaient leurs ennemis mortels. Je témoignai ma surprise aux hommes de Manevaï, qui se contentèrent de rire d'un air équivoque, en disant qu'ils avaient fait leur paix avec les habitants de Tevaï et que ceux-ci m'apportaient des cocos. Mais je vis bientôt que les nouveaux venus n'apportaient rien que des arcs et des flèches en fort bon état. Deux ou trois d'entre eux montèrent à bord d'un air déterminé et s'approchèrent du grand panneau pour regarder dans l'intérieur du faux-pont et s'assurer du nombre des hommes malades. Une joie maligne perçait en même temps dans leurs regards diaboliques. En ce moment, quelques personnes de l'équipage m'ont fait observer que deux ou trois hommes de Manevaï, qui se trouvaient à bord, faisaient ce manège depuis trois ou quatre jours. M. Gressien, qui observait depuis le matin leurs mouvements, avait cru voir les guerriers des deux tribus se réunir sur la plage et avoir entre eux une longue conférence. De pareilles manœuvres annonçaient les plus perfides dispositions, et je jugeai que le danger était imminent. A l'instant j'intimai aux naturels l'ordre de quitter la corvette et de rentrer dans leurs pirogues. Ils eurent l'audace de me regarder d'un air fier et menaçant, comme pour me défier de faire mettre mon ordre à exécution. Je me contentai de faire ouvrir la salle d'armes, ordinairement fermée avec soin, et, d'un front sévère, je la montrai du doigt à mes sauvages, tandis que de l'autre je désignais leurs pirogues; l'aspect subit de vingt mousquets étincelants, dont ils connaissaient la puissance, les fit tressaillir et nous délivra de leur sinistre présence.» Avant de quitter ce groupe de lamentable mémoire, voici quelques détails empruntés à la relation de d'Urville. Le groupe de Vanikoro, de Mallicolo ou de La Pérouse, comme l'appelle Dillon, se compose de deux îles, la Recherche et Tevaï. La première n'a pas moins de trente milles de circonférence, la seconde n'en a pas plus de neuf. Toutes deux sont hautes, couvertes presque jusqu'au bord de la mer de forêts impénétrables, et entourées d'une barrière de récifs de trente-six milles de circonférence, coupée de passes rares et étroites. Le nombre des habitants ne doit pas s'élever au-dessus de douze ou quinze cents individus, paresseux, dégoûtants, stupides, farouches, lâches et avides. Ce fut une véritable mauvaise chance pour La Pérouse de venir s'échouer au milieu d'une telle population, alors qu'il aurait reçu un accueil bien différent sur toute autre île de la Polynésie. Les femmes sont naturellement hideuses; mais les fatigues qu'elles supportent et les modes quelles suivent ne font que rendre leur aspect encore plus déplaisant. Les hommes sont un peu moins laids, quoique petits, maigres, couverts d'ulcères et de taches de lèpre. Leurs armes sont l'arc et les flèches. Au dire des naturels, ces dernières, en bambou, garnies d'une pointe en os très déliée et aiguë, soudée par une résine très tenace, font des blessures mortelles. Aussi y tiennent-ils, et les voyageurs eurent-ils grand'peine à se procurer quelqu'une de ces armes. Le 17 mars, l'-Astrolabe- était enfin hors des terribles récifs qui forment la ceinture de Vanikoro. L'intention de son commandant était de reconnaître les îles Taumako, Kennedy, Nitendi et les Salomon, où il espérait trouver les traces du naufrage des survivants de la -Boussole- et de l'-Astrolabe-. Mais la triste situation de l'équipage, affaibli par la fièvre, la maladie de la plupart des officiers, l'absence de mouillage assuré dans cette partie de l'Océanie, le déterminèrent à se diriger vers Guaham, où il serait possible, pensait-il, de prendre quelque repos. C'était une dérogation assez grave à ses instructions, qui lui prescrivaient la reconnaissance du détroit de Torrès; mais l'absence de quarante matelots gisant sur les cadres suffisait à prouver la folie d'une tentative aussi périlleuse. Le 26 avril seulement, fut aperçu l'archipel Hogolez, où d'Urville remplit la lacune laissée par Duperrey dans son exploration, et ce n'est que le 2 mai que furent reconnues les côtes de Guaham. La relâche eut lieu à Umata, où l'on trouva une aiguade facile et un climat plus tempéré qu'à Agagna. Cependant, le 29 mai, lorsque l'expédition remit à la voile, tous les hommes étaient loin d'être guéris,--ce que Dumont d'Urville attribue aux excès que ces malades avaient faits sous le rapport des aliments et à l'impossibilité de les astreindre à un régime convenable. C'était encore une fois le bon Medinilla, dont Freycinet avait tant eu à se louer, qui était gouverneur de Guaham. S'il ne montra pas, cette fois, tout à fait autant de prévenances envers l'expédition, c'est qu'une sécheresse terrible venait de ravager la colonie; puis, le bruit s'était répandu que la maladie dont les marins de l'-Astrolabe- étaient attaqués était contagieuse; enfin Umata était bien éloignée d'Agagna, et d'Urville ne put visiter le gouverneur dans sa résidence. Il n'en est pas moins vrai que Medinilla envoya à l'expédition des vivres frais, des fruits en quantité et qu'il ne se départit pas de sa générosité habituelle. En quittant Guaham, d'Urville reconnut sous voiles, dans les Carolines occidentales, les groupes Élivi, l'Uluthii de Lütké, Gouap, Goulou, Pelew; il fut forcé par les vents de passer en vue de Waigiou, d'Aiou, d'Asia, de Guébé, il donna dans le détroit de Bourou et jeta enfin l'ancre à Amboine, où il reçut un cordial accueil des autorités hollandaises. Le commandant y trouva également des nouvelles de France. Le ministère semblait vouloir ne tenir aucun compte des travaux, des fatigues et des dangers de l'expédition, car, malgré les propositions de d'Urville, aucun officier n'avait reçu d'avancement. [Illustration: Récifs de Vanikoro. (Page 350.)] Lorsque ces nouvelles furent connues, elles causèrent un certain désappointement et un découragement que le commandant s'empressa de combattre. D'Amboine, l'-Astrolabe- gagna Manado par le détroit de Banka. C'est une résidence agréable, où l'on voit un fort bien retranché et muni de canons. Le gouverneur Merkus put procurer à d'Urville de beaux babiroussas, un sapioutang, animal de la grosseur d'une petite vache et qui en a le museau, les pattes, avec deux cornes rabattues en arrière, des serpents, des oiseaux, des poissons et des plantes qui enrichirent les collections d'histoire naturelle. [Illustration: La pêche aux éléphants de mer. (Page 358.)] Au dire de d'Urville, l'extérieur des habitants de Célèbes se rapproche bien plus de celui des Polynésiens que des Malais. Il lui semblait retrouver les types de Taïti, de Tonga-Tabou, de la Nouvelle-Zélande, bien plutôt que ceux des Papous du havre Doreï, des Harfours de Bourou, ou les faces équarries et osseuses des Malais. Dans le voisinage de Manado se trouvaient des mines de quartz aurifère, dont le commandant put se procurer un échantillon, et un lac, situé dans l'intérieur, dont la profondeur était immense, disait-on. C'est le lac Tondano, d'où sort un torrent considérable, le Manado, qui, avant de se jeter à la mer, forme une superbe cascade. Le fleuve, barré par une roche de basalte, s'est creusé une issue, et, s'élançant avec violence sous la forme d'une gerbe immense, s'abîme dans un précipice de plus de quatre-vingts pieds de hauteur. Avec le gouverneur et les naturalistes de l'expédition, d'Urville , ' . » 1 2 , , 3 ' 4 ' - , , ' 5 . 6 7 [ : . 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