s'irritait encore contre la femme nue, couchée dans l'herbe. C'était une
rancune personnelle, la honte d'avoir cru un instant se reconnaître, une
sourde gêne en face de ce grand corps, qui continuait à la blesser, bien
qu'elle y retrouvât de moins en moins ses traits.
D'abord, elle avait protesté en détournant les yeux.
Maintenant, elle restait des minutes entières, les regards fixes, dans
une contemplation muette. Comment donc sa ressemblance avait-elle
disparu ainsi? À mesure que le peintre s'acharnait, jamais content,
revenant cent fois sur le même morceau, cette ressemblance
s'évanouissait un peu chaque fois. Et, sans qu'elle pût analyser cela,
sans qu'elle osât même se l'avouer, elle dont la pudeur s'était révoltée
le premier jour, elle éprouvait un chagrin croissant à voir que rien
d'elle ne demeurait plus. Leur amitié lui paraissait en pâtir, elle se
sentait moins près de lui, à chaque trait qui s'effaçait. Ne l'aimait-il
pas, qu'il la laissait ainsi sortir de son oeuvre? et quelle était cette
femme nouvelle, cette face inconnue et vague qui perçait sous la sienne?
Claude, désolé d'avoir gâté la tête, ne savait justement de quelle
manière lui demander quelques heures de pose.
Elle se serait simplement assise, il n'aurait pris que des indications.
Mais il l'avait vue si fâchée, qu'il craignait de l'irriter encore.
Après s'être promis de la supplier gaiement, il ne trouvait pas les
mots, tout d'un coup honteux, comme s'il se fût agi d'une inconvenance.
Un après-midi, il la bouleversa par un de ses accès de colère, dont il
n'était pas le maître, même devant elle.
Rien n'avait marché, cette semaine-là. Il parlait de gratter sa toile,
il se promenait furieusement, en lâchant des ruades dans les meubles.
Tout d'un coup, il la saisit par les épaules et la posa sur le divan.
«Je vous en prie, rendez-moi ce service, ou j'en crève, parole
d'honneur!» Effarée, elle ne comprenait pas.
«Quoi, que voulez-vous?» Puis, lorsqu'elle le vit prendre ses brosses,
elle ajouta étourdiment:
«Ah! oui... pourquoi ne me l'avez-vous pas demandé plus tôt?»,
D'elle-même, elle se renversa sur un coussin, elle glissa le bras sous
la nuque. Mais une surprise et une confusion d'avoir consenti si vite,
l'avaient rendue grave; car elle ne se savait pas décidée à cette chose,
elle aurait bien juré que jamais plus elle ne lui servirait de modèle.
Ravi, il cria:
«Vrai! vous consentez!... Nom d'un chien! la sacrée bonne femme que je
vais bâtir avec vous!»
De, nouveau, sans réfléchir, elle dit:
«Oh! la tête seulement!» Et lui, bredouilla, dans une hâte d'homme qui
craint d'être allé trop loin:
«Bien sûr, bien sûr, seulement la tête!» Une gêne les rendit muets, il
se mit à peindre, tandis que les yeux en l'air, immobile, elle restait
troublée d'avoir lâché une pareille phrase. Déjà, sa complaisance
l'emplissait de remords, comme si elle entrait dans quelque chose de
coupable, en laissant donner sa ressemblance à cette nudité de femme,
éclatante sous le soleil.
Claude, en deux séances, campa la tête. Il exultait de joie, il criait
que c'était son meilleur morceau de peinture; et il avait raison, jamais
il n'avait baigné dans de la vraie lumière, un visage plus vivant.
Heureuse de le voir si heureux, Christine s'était égayée, elle aussi, au
point de trouver sa tête très bien, pas très ressemblante toujours, mais
d'une expression étonnante. Ils restèrent longtemps devant le tableau, à
cligner les yeux, à se reculer jusqu'au mur. «Maintenant, dit-il enfin,
je vais la bâcler avec un modèle... Ah! cette gueuse, je la tiens
donc!» Et, dans un accès de gaminerie, il empoigna la jeune fille, ils
dansèrent ensemble ce qu'il appelait «le pas du triomphe». Elle riait
très fort, adorant le jeu, n'éprouvant plus rien de son trouble, ni
scrupules ni malaise.
Mais, dès la semaine suivante, Claude redevint sombre.
Il avait choisi Zoé Piédefer, pour poser le corps, et elle ne lui
donnait pas ce qu'il voulait: la tête, si fine, disait-il, ne
s'emmanchait point sur ces épaules canaille.
Il s'obstina, pourtant, gratta, recommença. Vers le milieu de janvier,
pris de désespoir, il lâcha le tableau, le retourna contre le mur; puis,
quinze jours plus tard, il s'y remit, avec un autre modèle, la grande
Judith, ce qui le força à changer les tonalités. Les choses se
gâtèrent encore, il fit revenir Zoé, ne sut plus où il allait, malade
d'incertitude et d'angoisse. Et le pis était que la figure centrale
seule l'enrageait ainsi, car le reste de l'oeuvre, les arbres, les deux
petites femmes, le monsieur en veston, terminés, solides, le
satisfaisaient pleinement. Février s'achevait, il ne lui restait que
quelques jours pour l'envoi au Salon, c'était un désastre.
Un soir, devant Christine, il jura, il lâcha ce cri de colère:
«Aussi, tonnerre de Dieu! est-ce qu'on plante la tête d'une femme sur le
corps d'une autre!... Je devrais me couper la main.» Au fond de lui,
maintenant, une pensée unique montait: obtenir d'elle qu'elle consentît
à poser la figure entière.
Cela, lentement, avait germé, d'abord un simple souhait vite écarté
comme absurde, puis une discussion muette, sans cesse reprise, enfin le
désir net, aigu, sous le fouet de la nécessité. Cette gorge qu'il avait
entrevue quelques minutes, le hantait d'un souvenir obsédant. Il la
revoyait dans sa fraîcheur de jeunesse, rayonnante, indispensable.
S'il ne l'avait pas, autant valait-il renoncer au tableau, car aucune
autre ne le contenterait. Lorsque, pendant des heures, tombé sur une
chaise, il se dévorait d'impuissance à ne plus savoir où donner un coup
de pinceau, il prenait des résolutions héroïques: dès qu'elle entrerait,
il lui dirait son tourment, en paroles si touchantes, qu'elle céderait
peut-être. Mais elle arrivait, avec son rire de camarade, sa robe chaste
qui ne livrait rien de son corps, et il perdait tout courage, il
détournait les yeux, de peur qu'elle ne le surprit à chercher, sous le
corsage, la ligne souple du torse. On ne pouvait exiger d'une amie un
service pareil, jamais il n'en aurait l'audace.
Et, pourtant, un soir, comme il s'apprêtait à la reconduire et qu'elle
remettait son chapeau, les bras en l'air, ils restèrent deux secondes
les yeux dans les yeux, lui frémissant devant les pointes des seins
relevés qui crevaient l'étoffe, elle si brusquement sérieuse, si pâle,
qu'il se sentit deviné. Le long des quais, ils parlèrent à peine: cette
chose demeura entre eux, pendant que le soleil se couchait, dans un ciel
couleur de vieux cuivre. À deux autres reprises, il lut, au fond de son
regard, qu'elle savait sa continuelle pensée. En effet, depuis qu'il y
songeait, elle s'était mise à y songer aussi, malgré elle, l'attention
éveillée par des allusions involontaires. Elle en fut effleurée d'abord,
elle dut s'y arrêter ensuite; mais elle ne croyait pas avoir à s'en
défendre, car cela lui semblait hors de la vie, une de ces imaginations
du sommeil dont on a honte. La peur même qu'il osât le demander ne lui
vint pas: elle le connaissait bien à présent, elle l'aurait fait taire
d'un souffle, avant qu'il eût bégayé les premiers mots, malgré les
éclats subits de ses colères. C'était fou, simplement. Jamais, jamais;
des jours s'écoulèrent; et, entre eux, l'idée fixe grandissait. Dès
qu'ils se trouvaient ensemble, ils ne pouvaient plus ne pas y penser.
Ils n'en ouvraient point la bouche, mais leurs silences en étaient
pleins; ils ne risquaient plus un geste, ils n'échangeaient plus un
sourire, sans retrouver au fond cette chose impossible à dire tout haut,
et dont ils débordaient. Bientôt, rien d'autre ne resta dans leur vie de
camarades. S'il la regardait, elle croyait se sentir déshabiller par son
regard; les mots innocents retentissaient en significations gênantes;
chaque poignée de main allait au-delà, du poignet, faisait couler un
léger frisson le long du corps. Et ce qu'ils avaient évité jusque-là, le
trouble de leur liaison; l'éveil de l'homme et de la femme dans leur
bonne amitié, éclatait enfin, sous l'évocation constante de cette nudité
vierge. Peu à peu, ils se découvraient une fièvre secrète, ignorée
d'eux-mêmes. Des chaleurs leur montaient aux joues, ils rougissaient
pour s'être frôlés du doigt. C'était désormais comme une excitation de
chaque minute, fouettant leur sang; tandis que, dans cet envahissement
de tout leur être, le tourment de ce qu'ils taisaient ainsi, sans
pouvoir se le cacher, s'exagérait au point qu'ils en étouffaient, la
poitrine gonflée de grands soupirs.
Vers le milieu de mars, Christine, à une de ses visites, trouva Claude
assis devant son tableau, écrasé de chagrin.
Il ne l'avait pas même entendue, il restait immobile, les yeux vides et
hagards sur l'oeuvre inachevée. Dans trois jours expiraient les délais
pour l'envoi au Salon.
«Eh bien?» lui demanda-t-elle doucement, désespérée de son désespoir.
Il tressaillit, il se retourna.
«Eh bien, c'est fichu, je n'exposerai pas cette année...
Ah! moi qui avais tant compté sur ce Salon!» Tous deux retombèrent dans
leur accablement, où s'agitaient de grandes choses confuses. Puis, elle
reprit, pensant à voix haute:
«On aurait le temps encore.
--Le temps? eh non! Il faudrait un miracle. Où voulez-vous que je trouve
un modèle, à cette heure?...
Tenez! depuis ce matin, je me débats, et j'ai cru un moment avoir une
idée: oui, ce serait d'aller chercher cette fille, cette Irma qui est
venue comme vous étiez ici. Je sais bien qu'elle est petite et ronde,
qu'il faudrait tout changer peut-être; mais elle est jeune, elle doit
être possible... Décidément, je vais en essayer...» Il s'interrompit.
Les yeux brûlants dont il la regardait, disaient clairement: «Ah! il y a
vous. Ah! ce serait le miracle attendu, le triomphe certain, si vous me
faisiez ce suprême sacrifice! Je vous implore, je vous le demande, comme
à une amie adorée, la plus belle, la plus chaste!» Elle, toute droite,
très blanche, entendait chaque mot; et ces yeux d'ardente prière
exerçaient sur elle une puissance. Sans hâte, elle ôta son chapeau et sa
pelisse; puis, simplement, elle continua du même geste calme, dégrafa
le corsage, le retira ainsi que le corset, abattit les jupons,
déboutonna les épaulettes de la chemise, qui glissa sur les hanches.
Elle n'avait pas prononcé une parole, elle semblait autre part, comme
les soirs, où, enfermée dans sa chambre, perdue au fond de quelque rêve,
elle se déshabillait machinalement, sans y prêter attention.
Pourquoi donc laisser une rivale donner son corps, quand elle avait déjà
donné sa face? Elle voulait être là tout entière, chez elle, dans sa
tendresse, en comprenant enfin quel malaise jaloux ce monstre bâtard lui
causait depuis longtemps. Et, toujours muette, nue et vierge, elle se
coucha sur le divan, prit la pose, un bras sous la tête, les yeux
fermés.
Saisi, immobile de joie, lui la regarda se dévêtir. Il la retrouvait. La
vision rapide, tant de fois évoquée, redevenait vivante. C'était cette
enfance, grêle encore, mais si souple, d'une jeunesse si fraîche; et il
s'étonnait de nouveau: où cachait-elle cette gorge épanouie, qu'on ne
soupçonnait point sous la robe? Il ne parla pas non plus, il se mit à
peindre, dans le silence recueilli qui s'était fait. Durant trois
longues heures, il se rua au travail, d'un effort si viril, qu'il acheva
d'un coup une ébauche superbe du corps entier. Jamais la chair de la
femme ne l'avait grisé de la sorte, son coeur battait comme devant une
nudité religieuse. Il ne s'approchait point, il restait surpris de la
transfiguration du visage, dont les mâchoires un peu massives et
sensuelles s'étaient noyées sous l'apaisement tendre du front et des
joues. Pendant les trois heures, il ne remua pas, elle ne souffla pas,
faisant le don de sa pudeur, sans un frisson, sans une gêne. Tous deux
sentaient que, s'ils disaient une seule phrase, une grande honte leur
viendrait. Seulement, de temps à autre, elle ouvrait ses yeux clairs,
les fixait sur un point vague de l'espace, restait ainsi un instant sans
qu'il pût rien y lire de ses pensées, puis les refermait, retombait dans
son néant de beau marbre, avec le sourire mystérieux et figé de la pose.
Claude, d'un geste, dit qu'il avait fini; et, redevenu gauche, il
bouscula une chaise pour tourner le dos plus vite; tandis que, très
rouge, Christine quittait le divan.
En hâte, elle se rhabilla, dans un grelottement brusque, prise d'un tel
émoi, qu'elle s'agrafait de travers, tirant ses manches, remontant son
col, pour ne plus laisser un seul coin de sa peau nue. Et elle était
contre le mur, ne se décidait pas à risquer un regard. Pourtant, il
revint vers elle, ils se contemplèrent, hésitants, étranglés d'une
émotion qui les empêcha encore de parler. Était-ce donc de la tristesse,
une tristesse infinie, inconsciente et innommée? car leurs paupières se
gonflèrent de larmes, comme s'ils venaient de gâter leur existence, de
toucher le fond de la misère humaine. Alors, attendri et navré, ne
trouvant rien, pas même un remerciement, il la baisa au front.
V
Le 15 mai, Claude, qui était rentré la veille de chez Sandoz à trois
heures du matin, dormait encore, vers neuf heures, lorsque Mme Joseph
lui monta un gros bouquet de lilas blancs, qu'un commissionnaire venait
d'apporter.
Il comprit, Christine lui fêtait à l'avance le succès de son tableau;
car c'était un grand jour pour lui, l'ouverture du Salon des Refusés,
créé de cette année-là, et où allait être exposée son oeuvre, repoussée
par le jury du Salon officiel.
Cette pensée tendre, ces lilas frais et odorants, qui l'éveillaient, le
touchèrent beaucoup, comme s'ils étaient le présage d'une bonne journée.
En chemise, nu-pieds, il les mit dans son pot à eau, sur la table. Puis,
les yeux enflés de sommeil, effaré, il s'habilla, en grondant d'avoir
dormi si tard. La veille, il avait promis à Dubuche et à Sandoz de les
prendre, dès huit heures, chez ce dernier, pour se rendre tous les trois
ensemble au Palais de l'Industrie, où l'on trouverait le reste de la
bande. Et il était déjà en retard d'une heure! Mais, justement, il ne
pouvait plus mettre la main sur rien, dans son atelier, en déroute
depuis le départ de la grande toile. Pendant cinq minutes, il chercha
ses souliers, à genoux parmi de vieux châssis. Des parcelles d'or
s'envolaient; car, ne sachant où se procurer l'argent d'un cadre, il
avait fait ajuster quatre planches par un menuisier du voisinage, et il
les avait dorées lui-même, avec son amie, qui s'était révélée comme une
doreuse très maladroite. Enfin, vêtu, chaussé, son chapeau de feutre
constellé d'étincelles jaunes, il s'en allait lorsqu'une pensée
superstitieuse le ramena vers les fleurs, qui restaient seules au milieu
de la table. S'il ne baisait point ces lilas, il aurait un affront. Il
les baisa, embaumé par leur odeur forte de printemps. Sous la voûte, il
donna sa clef à la concierge, comme d'habitude.
«Madame Joseph, je n'y serai pas de la journée.» En moins de vingt
minutes, Claude fut rue d'Enfer, chez Sandoz. Mais celui-ci, qu'il
craignait de ne plus rencontrer, se trouvait également en retard, à la
suite d'une indisposition de sa mère. Ce n'était rien, simplement une
mauvaise nuit, qui l'avait bouleversé d'inquiétude.
Rassuré à présent, il lui conta que Dubuche avait écrit de ne pas
l'attendre, en leur donnant rendez-vous là-bas.
Tous les deux partirent; et, comme il était près d'onze heures, ils se
décidèrent à déjeuner, au fond d'une petite crémerie déserte de la rue
Saint-Honoré, longuement, envahis d'une paresse dans leur ardent désir
de voir, goûtant une sorte de tristesse attendrie à s'attarder parmi de
vieux souvenirs d'enfance.
Une heure sonna, lorsqu'ils traversèrent les Champs-Élysées c'était par
une journée exquise, au grand ciel limpide, dont une brise, froide
encore, semblait aviver le bleu. Sous le soleil, couleur de blé mûr, les
rangées de marronniers avaient des feuilles neuves, d'un vert tendre,
fraîchement verni; et les bassins avec leurs gerbes jaillissantes, les
pelouses correctement tenues, la profondeur des allées et la largeur des
espaces, donnaient au vaste horizon un air de grand luxe. Quelques
équipages, rares à cette heure, montaient; pendant qu'un flot de foule,
perdu et mouvant comme une fourmilière, s'engouffrait sous l'arcade
énorme du Palais de l'Industrie.
Quand ils furent entrés, Claude eut un léger frisson, dans le vestibule
géant, d'une fraîcheur de cave, et dont le pavé humide sonnait sous les
pieds, ainsi qu'un dallage d'église. Il regarda, à droite et à gauche,
les deux escaliers monumentaux, et il demanda avec mépris:
«Dis donc, est-ce que nous allons traverser leur saleté de Salon?»
--Ah! non, fichtre! répondit Sandoz. Filons par le jardin. Il y a,
là-bas, l'escalier de l'Ouest qui mène aux Refusés.» Et ils passèrent
dédaigneusement entre les petites tables de vendeuses de catalogues.
Dans l'écartement d'immenses rideaux de velours rouge, le jardin vitré
apparaissait, au-delà d'un porche d'ombre.
À ce moment de la journée, le jardin était presque vide, il n'y avait du
monde qu'au buffet, sous l'horloge, la cohue des gens en train de
déjeuner là. Toute la foule se trouvait au premier étage, dans les
salles; et, seules, les statues blanches bordaient les allées de sable
jaune, qui découpaient crûment le dessin vert des gazons. C'était un
peuple de marbre immobile, que baignait la lumière diffuse, descendue
comme en poussière des vitres hautes.
Au midi, des stores de toile barraient une moitié de la nef, blonde sous
le soleil, tachée aux deux bouts par les rouges et les bleus éclatants
des vitraux. Quelques visiteurs, harassés déjà, occupaient les chaises
et les bancs tout neufs, luisants de peinture; tandis que les vols des
moineaux qui habitaient, en l'air, la forêt des charpentes de fonte,
s'abattaient avec des petits cris de poursuite, rassurés et fouillant le
sable.
Claude et Sandoz affectèrent de marcher vite, sans un coup d'oeil autour
d'eux. Un bronze raide et noble, la Minerve d'un membre de l'Institut,
les avait exaspérés dès la porte. Mais, comme ils pressaient le pas le
long d'une interminable ligne de bustes, ils reconnurent Bongrand, seul,
faisant lentement le tour d'une figure couchée, colossale et débordante.
«Tiens! c'est vous! cria-t-il lorsqu'ils lui eurent tendu la main. Je
regardais justement la figure de notre ami Mahoudeau, qu'ils ont eu au
moins l'intelligence de recevoir et de bien placer...» Et,
s'interrompant:
«Vous venez de là-haut?
--Non, nous arrivons», dit Claude.
Alors, très chaudement, il leur parla du Salon des Refusés. Lui, qui
était de l'Institut, mais qui vivait à l'écart de ses collègues,
s'égayait sur l'aventure: l'éternel mécontentement des peintres, la
campagne menée par les petits journaux comme le Tambour, les
protestations, les réclamations continues qui avaient enfin troublé
l'Empereur; et le coup d'État artistique de ce rêveur silencieux, car la
mesure venait uniquement de lui; et l'effarement, le tapage de tous, à
la suite de ce pavé tombé dans la mare aux grenouilles.
«Non, continua-t-il, vous n'avez pas idée des indignations, parmi les
membres du jury!... Et encore on se méfie de moi, on se tait, quand je
suis là!... Toutes les rages sont contre les affreux réalistes. C'est
devant eux qu'on fermait systématiquement les portes du temple; c'est à
cause d'eux que l'Empereur a voulu permettre au public de réviser le
procès; ce sont eux enfin qui triomphent... Ah! j'en entends de belles,
je ne donnerais pas cher de vos peaux, jeunes gens!» Il riait de son
grand rire, les bras ouverts, comme pour embrasser toute la jeunesse
qu'il sentait monter du sol.
«Vos élèves poussent», dit Claude simplement.
D'un geste, Bongrand le fit taire, pris d'une gêne. Il n'avait rien
exposé, et toute cette production, au travers de laquelle il marchait,
ces tableaux, ses statues, cet effort de création humaine, l'emplissait
d'un regret. Ce n'était pas jalousie, car il n'y avait point d'âme plus
haute ni meilleure, mais retour sur lui-même, peur sourde d'une lente
déchéance, cette peur inavouée qui le hantait.
«Et aux Refusés, lui demanda Sandoz, comment ça marche-t-il?--Superbe!
vous allez voir.»
Puis, se tournant vers Claude, lui gardant les deux mains dans les
siennes:
«Vous, mon bon, vous êtes un fameux... Écoutez! moi, que l'on dit un
malin, je donnerais dix ans de ma vie pour avoir peint votre grande
coquine de femme.» Cet éloge, sorti d'une telle bouche, toucha le jeune
peintre aux larmes. Enfin, il tenait donc un succès! Il ne trouva pas un
mot de gratitude, il parla brusquement d'autre chose, voulant cacher son
émotion.
«Ce brave Mahoudeau! mais elle est très bien, sa figure!... Un sacré
tempérament, n'est-ce pas?» Sandoz et lui s'étaient mis à tourner autour
du plâtre.
Bongrand répondit avec un sourire:
«Oui, oui, trop de cuisses, trop de gorge. Mais regardez les attaches
des membres, c'est fin et joli comme tout... Allons, adieu, je vous
laisse. Je vais m'asseoir un peu, j'ai les jambes cassées.» Claude avait
levé la tête et prêtait l'oreille. Un bruit énorme, qui ne l'avait pas
frappé d'abord, roulait dans l'air, avec un fracas continu: c'était une
clameur de tempête battant la côte, le grondement d'un assaut
infatigable, se ruant de l'infini.
«Tiens! murmura-t-il, qu'est-ce donc?
--Ça, dit Bongrand qui s'éloignait, c'est la foule, là-haut, dans les
salles.»
Et les deux jeunes gens, après avoir traversé le jardin, montèrent au
Salon des Refusés.
On l'avait fort bien installé, les tableaux reçus n'étaient pas logés
plus richement: hautes tentures de vieilles tapisseries aux portes,
cimaises garnies de serge verte, de velours rouge, écrans de toile
blanche sous vitrées des plafonds; et, dans l'enfilade des salles, le
premier aspect était le même, le même or des cadres, les mêmes taches
vives des toiles. Mais une gaieté particulière y régnait, un éclat de
jeunesse, dont on ne se rendait pas nettement compte d'abord. La foule,
déjà compacte, augmentait de minute en minute, car on désertait le Salon
officiel, on accourait, fouetté de curiosité, piqué du désir de juger
les juges, amusé enfin dès le seuil par la certitude qu'on allait voir
des choses extrêmement plaisantes. Il faisait très chaud, une poussière
fine montait du plancher, on étoufferait sûrement vers quatre heures.
«Fichtre! dit Sandoz en jouant des coudes, ça ne va pas être commode de
manoeuvrer là-dedans et de trouver ton tableau.» Il se hâtait, dans une
fièvre de fraternité. Ce jour-là, il ne vivait que pour l'oeuvre et la
gloire de son vieux camarade.
«Laisse donc! s'écria Claude, nous arriverons bien. Il ne s'envolera
pas, mon tableau!» Et lui, au contraire, affecta de ne pas se presser,
malgré l'irrésistible envie qu'il avait de courir. Il levait la tête,
regardait. Bientôt, dans la voix haute de la foule qui l'avait étourdi,
il distingua des rires légers, contenus encore, que couvraient le
roulement des pieds et le bruit des conversations. Devant certaines
toiles, des visiteurs plaisantaient. Cela l'inquiéta, car il était d'une
crédulité et d'une sensibilité de femme au milieu de ses rudesses
révolutionnaires, s'attendant toujours au, martyre, et toujours
saignant, toujours stupéfait d'être repoussé et raillé. Il murmura:
«Ils sont gais, ici!
--Dame! c'est qu'il y a de quoi, fit remarquer Sandoz.
Regarde donc ces rosses extravagantes.» Mais, à ce moment, comme ils
s'attardaient dans la première salle, Fagerolles, sans les voir, tomba
sur eux.
Il eut un sursaut, contrarié sans doute de la rencontre.
Du reste, il se remit tout de suite, très aimable.
«Tiens! je songeais à vous... Je suis là depuis une heure.
--Où ont-ils donc fourré le tableau de Claude? demanda Sandoz.
Fagerolles, qui venait de rester vingt minutes planté devant ce tableau,
l'étudiant et étudiant l'impression du public, répondit sans une
hésitation:
«Je ne sais pas... Nous allons le chercher ensemble, voulez-vous?» Et
il se joignit à eux. Le terrible farceur qu'il était, n'affectait plus
autant des allures de voyou, déjà correctement vêtu, toujours d'une
moquerie à mordre le monde, mais les lèvres désormais pincées en une
moue sérieuse de garçon qui veut arriver. Il ajouta, l'air convaincu:
«C'est moi qui regrette de n'avoir rien envoyé, cette année! Je serais
ici avec vous autres, j'aurais ma part du succès... Et il y a des
machines étonnantes, mes enfants! Par exemple, ces chevaux...» Il
montrait, en face d'eux, la vaste toile, devant laquelle la foule
s'attroupait en riant. C'était, disait-on, l'oeuvre d'un ancien
vétérinaire, des chevaux grandeur nature lâchés dans un pré, mais des
chevaux fantastiques, bleus, violets, roses, et dont la stupéfiante
anatomie perçait la peau.
«Dis donc, si tu ne te fichais pas de nous!» déclara Claude,
soupçonneux.
Fagerolles joua l'enthousiasme.
«Comment! mais c'est plein de qualités, ça! Il connaît joliment son
cheval, le bonhomme! Sans doute, il peint comme un salaud. Qu'est-ce que
ça fait, s'il est original et s'il apporte un document?» Son fin visage
de fille restait grave. À peine, au fond de ses yeux clairs, luisait une
étincelle jeune de moquerie.
Et il ajouta cette allusion méchante, dont lui seul put jouir:
«Ah bien! si tu te laisses influencer par les imbéciles qui rient, tu
vas en voir bien d'autres, tout à l'heure!» Les trois camarades, qui
s'étaient remis en marche, avançaient avec une peine infinie, au milieu
de la houle des épaules. En rentrant dans la seconde salle, ils
parcoururent les murs d'un coup d'oeil; mais le tableau cherché ne s'y
trouvait pas. Et ce qu'ils virent, ce fut Irma Bécot au bras de
Gagnière, écrasés tous les deux contre une cimaise, lui en train
d'examiner une petite toile, tandis qu'elle, ravie de la bousculade,
levait son museau rose et riait à la cohue.
«Comment! dit Sandoz étonné, elle est avec Gagnière, maintenant?
--Oh! une passade, expliqua Fagerolles d'un air tranquille. L'histoire
est si drôle... Vous savez qu'on vient de lui meubler un appartement
très chic; oui, ce jeune crétin de marquis, celui dont on parle dans les
journaux, vous vous souvenez? Une gaillarde qui ira loin, je l'ai
toujours dit!... Mais on a beau la mettre dans des lits armoirés, elle a
des rages de lits de sangle, il y a des soirs où il lui faut la soupente
d'un peintre. Et c'est ainsi que, lâchant tout, elle est tombée au café
Baudequin dimanche, vers une heure du matin. Nous venions de partir, il
n'y avait plus là que Gagnière, endormi sur sa chope... Alors, elle a
pris Gagnière.» Irma les avait aperçus et leur faisait de loin des
gestes tendres. Ils durent s'approcher. Lorsque Gagnière se retourna,
avec ses cheveux pâles et sa petite face imberbe, l'air plus falot
encore que de coutume, il ne marqua aucune surprise de les trouver dans
son dos.
«C'est inouï, murmura-t-il.
--Quoi donc? demanda Fagerolles.
--Mais ce petit chef-d'oeuvre... Et honnête, et naïf, et convaincu!» Il
désignait la toile minuscule devant laquelle il s'était absorbé, une
toile absolument enfantine, telle qu'un gamin de quatre ans aurait pu la
peindre, une petite maison au bord d'un petit chemin, avec un petit
arbre à côté, le tout de travers, cerné de traits noirs, sans oublier le
tire-bouchon de fumée qui sortait du toit.
Claude avait eu un geste nerveux, tandis que Fagerolles répétait avec
flegme:
«Très fin, très fin... Mais ton tableau, Gagnière, où est-il donc?
--Mon tableau? il est là.» En effet, la toile envoyée par lui se
trouvait justement près du petit chef-d'oeuvre. C'était un paysage d'un
gris perlé, un bord de Seine, soigneusement peint, joli de ton quoiqu'un
peu lourd, et d'un parfait équilibre, sans aucune brutalité
révolutionnaire.
«Sont-ils assez bêtes d'avoir refusé ça! dit Claude, qui s'était
approché avec intérêt. Mais pourquoi, pourquoi, je vous le demande?» En
effet, aucune raison n'expliquait le refus du jury.
«Parce que c'est réaliste», dit Fagerolles, d'une voix si tranchante,
qu'on ne pouvait savoir s'il blaguait le jury ou le tableau.
Cependant, Irma, dont personne ne s'occupait, regardait fixement Claude,
avec le sourire inconscient que la sauvagerie godiche de ce grand garçon
lui mettait aux lèvres. Dire qu'il n'avait même pas eu l'idée de la
revoir! Elle le trouvait si différent, si drôle, pas en beauté ce
jour-là, hérissé, le teint brouillé comme après une grosse fièvre! Et,
peinée de son peu d'attention, elle lui toucha le bras, d'un geste
familier.
«Dites, n'est-ce pas, en face, un de vos amis qui vous cherche?» C'était
Dubuche, qu'elle connaissait, pour l'avoir rencontré une fois au café
Baudequin. Il fendait péniblement la foule, les yeux vagues sur le flot
des têtes. Mais, tout d'un coup, au moment où Claude tâchait de se faire
voir, en gesticulant, l'autre lui tourna le dos et salua très bas un
groupe de trois personnes, le père gras et court, la face cuite d'un
sang trop chaud, la mère très maigre, couleur de cire, mangée d'anémie,
la fille si chétive à dix-huit ans qu'elle avait encore la pauvreté
grêle de la première enfance. «Bon! murmura le peintre, le voilà pincé...
A-t-il de laides connaissances, cet animal-là! Où a-t-il pêché ces
horreurs?» Gagnière, paisiblement, dit les connaître de nom. Le père
Margaillan était un gros entrepreneur de maçonnerie, déjà cinq ou six
fois millionnaire, et qui faisait sa fortune dans les grands travaux de
Paris, bâtissant à lui seul des boulevards entiers. Sans doute Dubuche
s'était trouvé en rapport avec lui, par un des architectes dont il
redressait les plans. Mais Sandoz, que la maigreur de la jeune fille
apitoyait, la jugea d'un mot.
«Ah! le pauvre petit chat écorché! Quelle tristesse!
--Laisse donc! déclara Claude avec férocité, ils ont sur la face tous
les crimes de la bourgeoisie, ils suent la scrofule et la bêtise. C'est
bien fait... Tiens! notre lâcheur file avec eux. Est-ce assez plat, un
architecte? Bon voyage, qu'il nous retrouve!» Dubuche, qui n'avait pas
aperçu ses amis, venait d'offrir son bras à la mère et s'en allait, en
expliquant les tableaux, le geste débordant d'une complaisance exagérée.
«Continuons, nous autres», dit Fagerolles.
Et, s'adressant à Gagnière: «Sais-tu où ils ont fourré la toile de
Claude, toi?
--Moi, non, je la cherchais... Je vais avec vous.
Il les accompagna, il oublia Irma, Bécot contre la cimaise. C'était elle
qui avait eu le caprice de visiter le Salon à son bras, et il avait si
peu l'habitude de promener ainsi une femme, qu'il la perdait sans cesse
en chemin, stupéfait de la retrouver toujours près de lui, ne sachant
plus comment ni pourquoi ils étaient ensemble. Elle courut, elle lui
reprit le bras, pour suivre Claude, qui passait déjà dans une autre
salle, avec Fagerolles et Sandoz.
Alors, ils vaguèrent tous les cinq, le nez en l'air, coupés par une
poussée, réunis par une autre, emportés au fil du courant. Une
abomination de Chaîne les arrêta, un Christ pardonnant à la femme
adultère, de sèches figures taillées dans du bois, d'une charpente
osseuse violaçant la peau, et peintes avec de la boue. Mais, à côté, ils
admirèrent une très belle étude de femme, vue de dos, les reins
saillants, la tête tournée. C'était, le long des murs, un mélange de
l'excellent et du pire, tous les genres confondus; les gâteux de l'école
historique coudoyant les jeunes fous du réalisme, les simples niais
restés dans le tas avec les fanfarons de l'originalité, une Jézabel
morte qui semblait avoir pourri au fond des caves de l'École des
Beaux-Arts, près de la Dame en blanc, très curieuse vision d'un oeil de
grand artiste, un immense Berger regardant la mer, fable, en face d'une
petite toile, des Espagnols jouant à la paume, un coup de lumière d'une
intensité splendide.
Rien ne manquait dans l'exécrable, ni les tableaux militaires aux
soldats de plomb, ni l'Antiquité blafarde, ni le Moyen Âge sabré de
bitume. Mais, de cet ensemble incohérent, des paysages surtout, presque
tous d'une note sincère et juste, des portraits encore, la plupart très
intéressants de facture, il sortait une bonne odeur de jeunesse, de
bravoure et de passion. S'il y avait moins de mauvaises toiles au Salon
officiel, la moyenne y était à coup sûr plus banale et plus médiocre. On
se sentait là dans une bataille, et une bataille gaie, livrée de verve,
quand le petit jour luit, que les clairons sonnent, que l'on marche à
l'ennemi avec la certitude de le battre avant le coucher du soleil.
Claude, ragaillardi par ce souffle de lutte, s'animait, se fâchait,
écoutait maintenant monter les rires du public, l'air provocant, comme
s'il eût entendu siffler des balles.
Discrets à l'entrée, les rires sonnaient plus haut, à mesure qu'il
avançait. Dans la troisième salle déjà, les femmes ne les étouffaient
plus sous leurs mouchoirs, les hommes tendaient le ventre, afin de se
soulager mieux. C'était l'hilarité contagieuse d'une foule venue pour
s'amuser, s'excitant peu à peu, éclatant à propos d'un rien, égayée
autant par les belles choses que par les détestables. On riait moins
devant le Christ de Chaîne que devant l'étude de femme, dont la croupe
saillante, comme sortie de la toile, paraissait d'un comique
extraordinaire. La Dame en blanc, elle aussi, récréait le monde: on se
poussait du coude, on se tordait, il se formait toujours là un groupe,
la bouche fendue. Et chaque toile avait son succès, des gens
s'appelaient de loin pour s'en montrer une bonne, continuellement des
mots d'esprit circulaient de bouche en bouche; si bien que Claude, en
entrant dans la quatrième salle, manqua gifler une vieille dame dont les
gloussements l'exaspéraient.
«Quels idiots! dit-il en se tournant vers les autres. Hein? on a envie
de leur flanquer des chefs-d'oeuvre à la tête!», Sandoz s'était
enflammé, lui aussi; et Fagerolles continuait à louer très haut les
pires peintures, ce qui augmentait la gaieté; tandis que Gagnière, vague
au milieu de la bousculade, tirait à sa suite Irma ravie, dont les jupes
s'enroulaient aux jambes de tous les hommes.
Mais, brusquement, Jury parut devant eux. Son grand nez rose, sa face
blonde de beau garçon resplendissait.
Il fendait violemment la foule, gesticulait, exultait comme d'un
triomphe personnel. Dès qu'il aperçut Claude, il cria:
«Ah! c'est toi, enfin! Il y a une heure que je te cherche... Un succès,
mon vieux, oh! un succès...
--Quel succès?...
--Le succès de ton tableau, donc!... Viens, il faut que je te montre ça.
Non, tu vas voir, c'est épatant!» Claude pâlit, une grosse joie
l'étranglait, tandis qu'il feignait d'accueillir la nouvelle avec
flegme. Le mot de Bongrand lui revint, il se crut du génie.
«Tiens! bonjour!» continuait Jory, en donnant des poignées de main aux
autres.
Et, tranquillement, lui, Fagerolles et Gagnière entouraient Irma qui
leur souriait, dans un partage bon enfant, en famille, comme elle disait
elle-même.
«Où est-ce, à la fin? demanda Sandoz impatient.
Conduis-nous.» Jory prit la tête, suivi de la bande. Il fallut faire le
coup de poing à la porte de la dernière salle, pour entrer.
Mais Claude, resté en arrière, entendait toujours monter les rires, une
clameur grandissante, le roulement d'une marée qui allait battre son
plein. Et, comme il pénétrait enfin dans la salle, il vit une masse
énorme, grouillante, confuse, en tas, qui s'écrasait devant le tableau.
Tous les rires s'enflaient, s'épanouissaient, aboutissaient là. C'était
de son tableau qu'on riait.
«Hein? répéta Jory, triomphant, en voilà un succès!»
Gagnière, intimidé, honteux comme si on l'eût giflé lui-même, murmura:
«Trop de succès... J'aimerais mieux autre chose.
--Es-tu bête! reprit Jory dans un élan de conviction exaltée. C'est le
succès, ça... Qu'est-ce que ça fiche qu'ils rient! Nous voilà lancés,
demain tous les journaux parleront de nous.
--Crétins!» lâcha seulement Sandoz, la voix étranglée de douleur.
Fagerolles se taisait, avec la tenue désintéressée et digne d'un ami de
la famille qui suit un convoi. Et, seule, Irma restait souriante,
trouvant ça drôle; puis, d'un geste caressant, elle s'appuya contre
l'épaule du peintre hué, elle le tutoya et lui souffla doucement dans
l'oreille: «Faut pas te faire de la bile, mon petit. C'est des bêtises,
on s'amuse tout de même.» Mais Claude demeurait immobile. Un grand froid
le glaçait. Son coeur s'était arrêté un moment, tant la déception venait
d'être cruelle. Et, les yeux élargis, attirés et fixés par une force
invincible, il regardait son tableau, il s'étonnait, le reconnaissait à
peine, dans cette salle. Ce n'était certainement pas la même oeuvre que
dans son atelier. Elle avait jauni sous la lumière blafarde de l'écran
de toile; elle semblait également diminuée, plus brutale et plus
laborieuse à la fois; et, soit par l'effet des voisinages, soit à cause
du nouveau milieu, il en voyait du premier regard tous les défauts,
après avoir vécu des mois aveuglé devant elle. En quelques coups, il la
refaisait, reculait les plans, redressait un membre, changeait la valeur
d'un ton. Décidément, le monsieur au veston de velours ne valait rien,
empâté, mal assis; la main seule était belle. Au fond, les deux petites
lutteuses, la blonde, la brune, restées trop à l'état d'ébauche,
manquaient de solidité, amusantes uniquement pour des yeux d'artiste.
Mais il était content des arbres, de la clairière ensoleillée; et la
femme nue, la femme couchée sur l'herbe, lui apparaissait supérieure à
son talent même, comme si un autre l'avait peinte et qu'il ne l'eût pas
connue encore, dans ce resplendissement de vie.
Il se tourna vers Sandoz, il dit simplement:
«Ils ont raison de rire, c'est incomplet... N'importe, la femme est
bien! Bongrand ne s'est pas fichu de moi.» Son ami s'efforçait de
l'emmener, mais il s'entêtait, il se rapprocha au contraire. Maintenant
qu'il avait jugé son oeuvre, il écoutait et regardait la foule.
L'explosion continuait, s'aggravait dans une gamme ascendante de fous
rires. Dès la porte, il voyait se fendre les mâchoires des visiteurs, se
rapetisser les yeux, s'élargir le visage; et c'étaient des souffles
tempétueux d'hommes gras, des grincements rouillés d'hommes maigres,
dominés par les petites flûtes aiguës des femmes. En face, contre la
cimaise, des jeunes gens se renversaient comme si on leur avait
chatouillé les côtes. Une dame venait de se laisser tomber sur une
banquette, les genoux serrés, étouffant, tâchant de reprendre haleine
dans son mouchoir. Le bruit de ce tableau si drôle devait se répandre,
on se ruait des quatre coins du Salon, des bandes arrivaient, se
poussaient, voulaient en être. «Où donc? Là-bas! Oh! cette farce!» Et les
mots d'esprit pleuvaient plus drus qu'ailleurs, c'était le sujet surtout
qui fouettait la gaieté: on ne comprenait pas, on trouvait ça insensé,
d'une cocasserie à se rendre malade. «Voilà, la dame a trop chaud, tandis
que le monsieur a mis sa veste de velours, de peur d'un rhume.
--Mais non, elle est déjà bleue, le monsieur l'a retirée d'une mare, et
il se repose à distance, en se bouchant le nez.--Pas poli, l'homme! il
pourrait nous montrer son autre figure.--Je vous dis que c'est un
pensionnat de jeunes filles en promenade: regardez les deux qui jouent à
saute-mouton.--Tiens! un savonnage: les chairs sont bleues, les arbres
sont bleus, pour sûr qu'il l'a passé au bleu, son tableau!» Ceux qui ne
riaient pas entraient en fureur: ce bleuissement, cette notation
nouvelle de la lumière semblaient une insulte. Est-ce qu'on laisserait
outrager l'art? De vieux messieurs brandissaient des cannes. Un
personnage grave s'en allait, vexé, en déclarant à sa femme qu'il
n'aimait pas les mauvaises plaisanteries.
Mais un autre, un petit homme méticuleux, ayant cherché dans le
catalogue l'explication du tableau, pour l'instruction de sa demoiselle,
et lisant à voix haute le titre: 'Plein air', ce fut autour de lui une
reprise formidable, des cris, des huées. Le mot courait, on le répétait,
on le commentait: plein air, oh! oui, plein air, le ventre à l'air, tout
en l'air, tra-la-la-laire! Cela tournait au scandale, la foule
grossissait encore, les faces se congestionnaient dans la chaleur
croissante, chacune avec la bouche ronde et bête des ignorants qui
jugent de la peinture, exprimant à elles toutes la somme d'âneries, de
réflexions saugrenues, de ricanements stupides et mauvais, que la vue
d'une oeuvre originale peut tirer à l'imbécillité bourgeoise.
Et, à ce moment, comme dernier coup, Claude vit reparaître Dubuche, qui
traînait les Margaillan. Dès qu'il arriva devant le tableau,
l'architecte, embarrassé, pris d'une honte lâche, voulut presser le pas,
emmener son monde, en affectant de n'avoir aperçu ni la toile ni ses
amis. Mais déjà l'entrepreneur s'était planté sur ses courtes jambes,
écarquillant les yeux, lui demandant très haut, de sa grosse voix
rauque:
«Dites donc, quel est le sabot qui a fichu ça?» Cette brutalité bon
enfant, ce cri d'un parvenu millionnaire qui résumait la moyenne de
l'opinion, redoubla l'hilarité; et lui, flatté de son succès, les côtes
chatouillées par l'étrangeté de cette peinture, partit à son tour, mais
d'un rire tel, si démesuré, si ronflant, au fond de sa poitrine grasse,
qu'il dominait tous les autres. C'était l'alléluia, l'éclat final des
grandes orgues.
«Emmenez ma fille», dit la pâle Mme Margaillan à l'oreille de Dubuche.
Il se précipita, dégagea Régine, qui avait baissé les paupières; et il
déployait des muscles vigoureux, comme s'il eût sauvé ce pauvre être
d'un danger de mort. Puis, ayant quitté les Margaillan à la porte, après
des poignées de main et des saluts d'homme du monde, il revint vers ses
amis, il dit carrément à Sandoz, à Fagerolles et à Gagnière:
«Que voulez-vous? ce n'est pas ma faute... Je l'avais prévenu que le
public ne comprendrait pas. C'est cochon, oui, vous aurez beau dire,
c'est cochon!--Ils ont hué Delacroix, interrompit Sandoz, blanc de rage,
les poings serrés. Ils ont tué Courbet. Ah! race ennemie, stupidité de
bourreaux! Gagnière, qui partageait maintenant cette rancune d'artiste,
se fâchait au souvenir de ses batailles des concerts Pas de loup, chaque
dimanche pour la vraie musique.
«Et ils sifflent Wagner, ce sont les mêmes; je les reconnais... Tenez!
ce gros, là-bas...» Il fallut que Jory le retînt. Lui, aurait excité la
foule.
Il répétait que c'était fameux, qu'il y avait là pour cent mille francs
de publicité. Et Irma, lâchée encore, venait de retrouver dans la cohue
deux amis à elle, deux jeunes boursiers, qui étaient parmi les plus
acharnés blagueurs, et qu'elle endoctrinait, qu'elle forçait à trouver
ça très bien, en leur donnant des tapes sur les doigts.
Mais Fagerolles n'avait pas desserré les dents. Il examinait toujours la
toile, il jetait des coups d'oeil sur le public. Avec son flair de
Parisien et sa conscience souple de gaillard adroit, il se rendait
compte du malentendu; et, vaguement, il sentait déjà ce qu'il faudrait
pour que cette peinture fît la conquête de tous, quelques tricheries
peut-être, des atténuations, un arrangement du sujet, un adoucissement
de la facture. L'influence que Claude avait eue sur lui persistait: il
en restait pénétré, à jamais marqué. Seulement, il le trouvait archi-fou
d'exposer une pareille chose. N'était-ce pas stupide de croire à
l'intelligence du public? À quoi bon cette femme nue avec ce monsieur
habillé? Que voulaient dire les deux petites lutteuses du fond? Et les
qualités d'un maître, un morceau de peinture comme il n'y en avait pas
deux dans le Salon! Un grand mépris lui venait de ce peintre
admirablement doué, qui faisait rire tout Paris comme le dernier des
barbouilleurs.
Ce mépris devint si fort qu'il ne put le cacher davantage.
Il dit, dans un accès d'invincible franchise:
«Ah! écoute, mon cher, tu l'as voulu, c'est toi qui es trop bête.»
Claude, en silence, détournant les yeux de la foule, le regarda. Il
n'avait point faibli, pâle seulement sous les rires, les lèvres agitées
d'un léger tic nerveux: personne ne le connaissait, son oeuvre seule
était souffletée. Puis, il reporta un instant les regards sur le
tableau, parcourut de là les autres toiles de la salle, lentement. Et,
dans le désastre de ses illusions, dans la douleur vive de son orgueil,
un souffle de courage, une bouffée de santé et d'enfance, lui vinrent de
toute cette peinture si gaiement brave, montant à l'assaut de l'antique
routine, avec une passion si désordonnée. Il en était consolé et
raffermi, sans remords, sans contrition, poussé au contraire à heurter
le public davantage. Certes, il y avait là bien des maladresses, bien
des efforts puérils, mais quel joli ton général, quel coup de lumière
apporté, une lumière gris d'argent, fine, diffuse, égayée de tous les
reflets dansants du plein air! C'était comme une fenêtre brusquement
ouverte dans la vieille cuisine au bitume, dans les jus recuits de la
tradition, et le soleil entrait, et les murs riaient de cette matinée de
printemps! La note claire de son tableau, ce bleuissement dont on se
moquait, éclatait parmi les autres. N'était-ce pas l'aube attendue, un
jour nouveau qui se levait pour l'art? Il aperçut un critique qui
s'arrêtait sans rire, des peintres célèbres, surpris, la mine grave, le
père Malgras, très sale, allant de tableau en tableau avec sa moue de
fin dégustateur, tombant en arrêt devant le sien, immobile, absorbé.
Alors, il se retourna vers Fagerolles, il l'étonna par cette réponse
tardive:
«On est bête comme on peut, mon cher, et il est à croire que je resterai
bête... Tant mieux pour toi, si tu es un malin!». Tout de suite,
Fagerolles lui tapa sur l'épaule, en camarade qui plaisante, et Claude
se laissa prendre le bras par Sandoz. On l'emmenait enfin, la bande
entière quitta le Salon des Refusés, en décidant qu'on allait passer par
la salle de l'architecture; car, depuis un instant, Dubuche, dont on
avait reçu un projet de Musée, piétinait et les suppliait d'un regard si
humble, qu'il semblait difficile de ne pas lui donner cette
satisfaction.
«Ah! dit plaisamment Jory, en entrant dans la salle, quelle glacière! On
respire ici.» Tous se découvrirent et s'essuyèrent le front avec
soulagement, comme s'ils arrivaient sous la fraîcheur de ombrages, au
bout d'une longue course en plein soleil. La salle était vide. Du
plafond, tendu d'un écran de toile blanche, tombait une clarté égale,
douce et morne, qui se reflétait, pareille à une eau de source immobile,
dans le miroir du parquet fortement ciré. Aux quatre murs, d'un rouge
déteint, les projets, les grands et les petits châssis, bordés de bleu
pâle, mettaient les taches lavées de leurs teintes d'aquarelle. Et seul,
absolument seul au milieu de ce désert, un monsieur barbu se tenait
debout devant un projet d'Hospice, plongé dans une contemplation
profonde. Trois dames parurent, s'effacèrent, traversèrent en fuyant à
petits pas pressés.
Déjà Dubuche montrait et expliquait son oeuvre aux camarades. C'était un
seul châssis, une pauvre petite salle de Musée, qu'il avait envoyée par
hâte ambitieuse, en dehors des usages, et contre la volonté de son
patron, qui pourtant la lui avait fait recevoir, se croyant engagé
d'honneur.
«Est-ce que c'est pour loger les tableaux de l'école du plein air, ton
Musée?» demanda Fagerolles sans rire.
Gagnière admirait, d'un branle de la tête, en songeant à autre chose;
tandis que Claude et Sandoz, par amitié, examinaient et s'intéressaient
sincèrement.
«Eh! ce n'est pas mal, mon vieux, dit le premier. Les ornements sont
encore d'une tradition joliment bâtarde...
N'importe, ça va!» Jory, impatient, finit par l'interrompre.
«Ah! filons, voulez-vous? Moi, je m'enrhume.» La bande reprit sa marche.
Mais le pis était que, pour couper au plus court, il leur fallait
traverser tout le Salon officiel; et ils s'y résignèrent, malgré le
serment qu'ils avaient fait de n'y pas mettre les pieds, par
protestation.
Fendant la foule, avançant avec raideur, ils suivirent l'enfilade des
salles, en jetant à droite et à gauche des regards indignés. Ce n'était
plus le gai scandale de leur Salon à eux, les tons clairs, la lumière
exagérée du soleil.
Des cadres d'or pleins d'ombre se succédaient, des choses gourmées et
noires, des nudités d'atelier jaunissant sous des jours de cave, toute
la défroque classique, l'histoire, le genre, le paysage, trempés
ensemble au fond du même cambouis de la convention. Une médiocrité
uniforme suintait des oeuvres, la salissure boueuse du ton qui les
caractérisait, dans cette bonne tenue d'un art au sang pauvre et
dégénéré. Et ils pressaient le pas, et ils galopaient pour échapper à ce
règne encore debout du bitume, condamnant tout en bloc avec leur belle
injustice de sectaires, criant qu'il n'y avait là rien, rien, rien;
Enfin, ils s'échappèrent, et ils descendaient au jardin, lorsqu'ils
rencontrèrent Mahoudeau et Chaîne. Le premier se jeta dans les bras de
Claude.
«Ah! mon cher, ton tableau, quel tempérament!» Le peintre, tout de
suite, loua la Vendangeuse.
«Et toi, dis donc, tu leur en as fichu par la tête, un morceau!» Mais la
vue de Chaîne, auquel personne ne parlait de sa Femme adultère, et qui
errait silencieux, l'apitoya. Il trouvait une mélancolie profonde à
l'exécrable peinture à la vie manquée de ce paysan, victime des
admirations bourgeoises. Toujours il lui donnait la joie d'un éloge.
Il le secoua amicalement, il cria:
«Très bien aussi, votre machine... Ah! mon gaillard, le dessin ne vous
fait pas peur!--non, bien sûr!» déclara Chaîne, dont la face s'était
empourprée de vanité, sous les broussailles noires de sa barbe.
Mahoudeau et lui se joignirent à la bande; et le premier demanda aux
autres s'ils avaient vu le Semeur, de Chambouvard. C'était inouï, le
seul morceau de sculpture du Salon. Tous le suivirent dans le jardin,
que la foule envahissait maintenant.
«Tiens! reprit Mahoudeau, en s'arrêtant au milieu de l'allée centrale,
il est justement devant son Semeur, Chambouvard.» En effet, un homme
obèse était là, campé fortement sur ses grosses jambes, et s'admirant.
La tête dans les épaules, il avait une face épaisse et belle d'idole
hindoue.
On le disait fils d'un vétérinaire des environs d'Amiens.
À quarante-cinq ans, il était déjà l'auteur de vingt chefs-d'oeuvre, des
statues simples et vivantes, de la chair bien moderne, pétrie par un
ouvrier de génie, sans raffinement; et cela au hasard de la production,
donnant ses oeuvres comme un champ donne son herbe, bon un jour, mauvais
le lendemain, dans l'ignorance absolue de ce qu'il créait. Il poussait
le manque de sens critique jusqu'à ne pas faire de distinction, entre
les fils les plus glorieux de ses mains, et les détestables magots qu'il
lui arrivait de bâcler parfois. Sans fièvre nerveuse, sans un doute,
toujours solide et convaincu, il avait un orgueil de Dieu.
«Étonnant, le semeur! murmura Claude, et quelle bâtisse, et quel geste!»
Fagerolles, qui n'avait pas regardé la statue s'amusait beaucoup du
grand homme et de la queue de jeunes disciples béants, qu'il traînait
d'ordinaire à sa suite.
«Regardez-les donc, ils communient, ma parole!... Et lui, hein? quelle
bonne tête de brute, transfigurée dans la contemplation de son nombril!»
Seul et à l'aise au milieu de la curiosité de tous, Chambouvard
s'ébahissait, de l'air foudroyé d'un homme qui s'étonne d'avoir enfanté
une pareille oeuvre. Il semblait la voir pour la première fois, il n'en
revenait point. Puis, un ravissement noya sa face large, il dodelina de
la tête, il éclata d'un rire doux et invincible, en répétant à dix
reprises:
«C'est comique... c'est comique...» Toute sa queue derrière lui, se
pâmait, tandis qu'il n'imaginait rien d'autre, pour dire l'adoration où
il était de lui-même.
Mais il y eut un léger émoi: Bongrand, qui se promenait, les mains
derrière le dos, les yeux vagues, venait de tomber sur Chambouvard; et
le public, s'écartant, chuchotait, s'intéressait à la poignée de main
échangée par les deux artistes célèbres, l'un court et sanguin, l'autre
grand et frissonnant. On entendit des mots de bonne camaraderie:
«Toujours des merveilles! Parbleu! Et vous, rien cette année? Non,
rien. Je me repose, je cherche.
Allons donc! farceur; ça vient tout seul. Adieu! Adieu!» Déjà,
Chambouvard, accompagné de sa cour, s'en allait lentement au travers de
la foule, avec des regards de monarque heureux de vivre; pendant que
Bongrand, qui avait reconnu Claude et ses amis, s'approchait d'eux, les
mains fébriles, et leur désignait le sculpteur d'un mouvement nerveux du
menton, en disant: «En voilà un gaillard que j'envie! Toujours croire
qu'on fait des chefs-d'oeuvre!» Il complimenta Mahoudeau de sa
Vendangeuse, se montra paternel pour tous, avec sa large bonhomie, son
abandon de vieux romantique rangé, décoré. Puis, s'adressant à Claude:
«Eh bien, qu'est-ce que je vous disais? Vous avez vu, là-haut... Vous
voici passé chef d'école.--Ah! oui, répondit Claude, ils m'arrangent...
C'est vous, notre maître à tous.» Bongrand eut un geste de vague
souffrance, et il se sauva, en disant: «Taisez-vous donc! je ne suis pas
même mon maître!» Un moment encore, la bande erra dans le jardin. On
était retourné voir la Vendangeuse, lorsque Jory s'aperçut que Gagnière
n'avait plus Irma Bécot à son bras. Ce dernier fut stupéfait: où diable
pouvait-il l'avoir perdue? Mais quand Fagerolles lui eut conté qu'elle
s'en était allée dans la foule, avec deux messieurs, il se tranquillisa;
et il suivit les autres, plus léger, soulagé de cette bonne fortune qui
l'ahurissait.
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