cents mètres. Au fond étaient entassées deux mille tonnes de méli-mélonite, en
communication avec la boîte au fulminate. Puis venait le projectile, long de
cent cinquante mètres. En défalquant la place occupée par la poudre et le
projectile, il resterait à celui-ci encore quatre cent quatre-vingt douze
mètres à parcourir jusqu’à la bouche, ce qui assurerait tout son effet utile à
la poussée produite par l’expansion des gaz.
Cela étant, une première question se posait question de pure balistique : le
projectile dévierait-il de la trajectoire, qui lui était assignée par les
calculs de J.-T. Maston? En aucune façon. Les calculs étaient corrects. Ils
indiquaient dans quelle mesure le projectile devait dévier vers l’est du
méridien du Kilimandjaro, en vertu de la rotation de la Terre sur son axe, et
quelle était la forme de la courbe hyperbolique qu’il décrirait en vertu de son
énorme vitesse initiale.
Seconde question : Serait-il visible pendant son parcours? Non, car, au sortir
de la galerie, plongé dans l’ombre de la Terre, on ne pourrait l’apercevoir,
et, d’ailleurs, par suite de sa faible hauteur, il aurait une vitesse angulaire
très considérable. Une fois rentré dans la zone de lumière, la faiblesse de son
volume le déroberait aux plus puissantes lunettes, et, à plus forte raison,
quand, échappé aux chaînes de l’attraction terrestre, il graviterait
éternellement autour du soleil.
Certes, le président Barbicane et le capitaine Nicholl pouvaient être fiers de
l’opération qu’ils venaient de conduire ainsi jusqu’à son dernier terme.
Pourquoi J.-T. Maston n’était-il pas là pour admirer la bonne exécution des
travaux, digne de la précision des calculs qui les avaient inspirés?… Et,
surtout, pourquoi serait- il loin, bien loin, trop loin! quand cette formidable
détonation irait réveiller les échos jusqu’aux extrêmes horizons de l’Afrique?
En songeant à lui, ses deux collègues ne se doutaient guère que le secrétaire
du Gun-Club avait dû fuir Balistic- Cottage, après s’être évadé de la prison de
Baltimore, et qu’il en était réduit à se cacher pour sauvegarder sa précieuse
existence. Ils ignoraient à quel degré l’opinion publique était montée contre
les ingénieurs de la -North Polar Practical Association-. Ils ne savaient point
qu’ils auraient été massacrés, écartelés, brûlés à petit feu, s’il avait été
possible de se saisir de leur personne, Vraiment, à l’instant où le coup
partirait, il était heureux qu’ils ne pussent être salués que par les cris
d’une peuplade de l’Afrique orientale!
« Enfin! dit le capitaine Nicholl au président Barbicane, lorsque, dans la
soirée du 22 septembre, tous deux se prélassaient devant leur oeuvre parachevée.
-- Oui!… enfin!… Et aussi : ouf! fit Impey Barbicane en poussant un soupir de
soulagement.
-- Si c’était à recommencer…
-- Bah!… Nous recommencerions!
-- Quelle chance, dit le capitaine Nicholl, d’avoir eu à notre disposition cette
adorable méli-mélonite!…
-- Qui suffirait à vous illustrer, Nicholl!
-- Sans doute, Barbicane, répondit modestement le capitaine Nicholl. Mais
savez-vous combien il aurait fallu creuser de galeries dans les flancs du
Kilimandjaro pour obtenir le même résultat, si nous n’avions eu que du fulmi-
coton, pareil à celui qui a lancé notre projectile vers la Lune?
-- Dites, Nicholl.
-- Cent quatre-vingts galeries, Barbicane!
-- Eh bien! nous les aurions creusées, capitaine!
-- Et cent quatre-vingts projectiles de cent quatre-vingt mille tonnes!
-- Nous les aurions fondus, Nicholl! »
Allez donc faire entendre raison à des hommes de cette trempe! Mais, quand des
artilleurs ont fait le tour de la Lune, de quoi ne seraient-ils pas capables?
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Et, le soir même, quelques heures seulement avant la minute précise indiquée
pour le tir, tandis que le président Barbicane et le capitaine Nicholl se
congratulaient ainsi, Alcide Pierdeux, renfermé dans son cabinet à Baltimore,
poussait le cri du Peau-Rouge en délire. Puis, se relevant brusquement de la
table où s’empilaient des feuilles couvertes de formules algébriques, il
s’écriait :
« Coquin de Maston!… Ah! l’animal!… M’aura-t-il fait potasser son problème!… Et
comment n’ai-je pas découvert cela plus tôt!… Nom d’un cosinus!… Si je savais
où il est en ce moment, j’irais l’inviter à souper, et nous boirions un verre
de champagne au moment même où tonnera sa machine à tout casser! »
Et, après un de ces hululements de sauvage, avec lesquels il accentuait ses
parties de whist :
« Le vieux maboul!… Bien sûr, il avait son coup de pulvérin, quand il a calculé
le canon du Kilimandjaro!… Et pourtant, c’était la condition sine quâ non ou
sine canon, comme nous aurions dit à l’École! »
XVIII
Dans lequel les populations du Wamasai
attendent que le président Barbicane crie feu!
au capitaine Nicholl.
On était au soir du 22 septembre, date mémorable à laquelle l’opinion
publique assignait une influence aussi néfaste qu’à celle du 1er janvier de
l’an 1000.
Douze heures après le passage du soleil au méridien du Kilimandjaro,
c’est-à-dire à minuit, le feu devait être mis au terrible engin par la main du
capitaine Nicholl.
Il convient de mentionner ici que le Kilimandjaro étant par trente-cinq degrés
à l’est du méridien de Paris, et Baltimore à soixante-dix-neuf degrés à l’ouest
dudit méridien, cela constitue une différence de cent quatorze degrés, soit
entre les deux lieux quatre cent cinquante-six minutes de temps, ou sept heures
vingt-six. Donc, au moment précis où s’effectuerait le tir, il serait cinq
heures vingt-quatre après midi dans la grande cité du Maryland.
Le temps était magnifique. Le soleil venait de se coucher sur les plaines du
Wamasai, derrière un horizon de toute pureté. On ne pouvait souhaiter une plus
belle nuit, ni plus calme, ni plus étoilée, pour lancer un projectile travers
l’espace. Pas un nuage ne se mélangerait aux vapeurs artificielles, développées
par la déflagration de la méli- mélonite.
Qui sait? Peut-être le président Barbicane et le capitaine Nicholl
regrettaient-ils de ne pouvoir prendre place dans le projectile. Dès la
première seconde, ils auraient franchi deux mille huit cents kilomètres. Après
avoir pénétré les mystères du monde sélénite, ils auraient pénétré les mystères
du monde solaire, et dans des conditions autrement intéressantes que ne l’avait
fait le Français Hector Servadac, emporté à la surface de la comète Gallia!
[Note 19: -Hector Servadac,- du même auteur.]
Le sultan Bâli-Bâli, les plus grands personnages de sa cour, c’est-à-dire son
ministre des finances et son exécuteur des hautes-oeuvres, puis le personnel
noir qui avait concouru au grand travail, étaient réunis pour suivre les
diverses phases du tir. Mais, par prudence, tout ce monde avait pris position à
trois kilomètres de la galerie forée dans le Kilimandjaro, de manière à n’avoir
rien à redouter de l’effroyable poussée des couches d’air.
Alentour, quelques milliers d’indigènes, venus de Kisongo et des bourgades
disséminées dans le sud de la province, s’étaient empressés par ordre du
sultan Bâli-Bâli d’assister à ce sublime spectacle.
Un fil, établi entre une batterie électrique et le détonateur de fulminate
placé au fond de la galerie, était prêt à lancer le courant qui ferait éclater
l’amorce et provoquerait la déflagration de la méli-mélonite.
Comme prélude, un excellent repas avait rassemblé à la même table le sultan,
ses hôtes américains et les notables de sa capitale le tout aux frais de
Bâli-Bâli, qui fit d’autant mieux les choses que ces frais devaient lui être
remboursés par la caisse de la Société Barbicane and Co.
Il était onze heures lorsque ce festin, commencé à sept heures et demie, se
termina par un toast que le sultan porta aux ingénieurs de la -North Polar
Practical Association- et au succès de l’entreprise.
Encore une heure, et la modification des conditions géographiques et
climatologiques de la Terre serait un fait accompli.
Le président Barbicane, son collègue et les dix contremaîtres vinrent alors se
placer autour de la cabane à l’intérieur de laquelle était montée la batterie
électrique.
Barbicane, son chronomètre à la main, comptait les minutes et jamais elles ne
lui parurent si longues de ces minutes qui semblent, non des années, mais des
siècles!
À minuit moins dix, le capitaine Nicholl et lui s’approchèrent de l’appareil
que le fil mettait en communication avec la galerie du Kilimandjaro.
Le sultan, sa cour, la foule des indigènes, formaient un immense cercle autour
d’eux.
Il importait que le coup fût tiré au moment précis, indiqué par les calculs de
J.-T. Maston, c’est à dire à l’instant où le Soleil couperait cette ligne
équinoxiale qu’il ne quitterait plus désormais dans son orbite apparente autour
du sphéroïde terrestre.
Minuit moins cinq! Moins quatre! Moins trois! Moins deux! Moins une!…
Le président Barbicane suivait l’aiguille de sa montre, éclairée par une
lanterne que présentait un des contremaîtres, tandis que le capitaine Nicholl,
son doigt levé sur le bouton de l’appareil, se tenait prêt à fermer le circuit
du courant électrique.
Plus que vingt secondes! Plus que dix! Plus que cinq! Plus qu’une!…
On n’eût pas saisi le plus léger tremblement dans la main de cet impassible
Nicholl. Son collègue et lui n’étaient pas plus émus qu’au moment où ils
attendaient, enfermés dans leur projectile, que la Columbiad les envoyât dans
les régions lunaires!
« Feu!… » cria le président Barbicane.
Et l’index du capitaine Nicholl pressa le bouton.
Détonation effroyable, dont les échos propagèrent les roulements jusqu’aux
dernières limites de l’horizon du Wamasai. Sifflement suraigu d’une masse, qui
traversa la couche d’air sous la poussée de milliards de milliards de litres de
gaz, développés par la déflagration instantanée de deux mille tonnes de
méli-mélonite. On eût dit qu’il passait à la surface de la Terre un de ces
météores dans lesquels s’accumulent toutes les violences de la nature. Et
l’effet n’en eût pas été plus terrible quand tous les canons de toutes les
artilleries du globe se seraient joints à toutes les foudres du ciel pour
tonner ensemble!
XIX
Dans lequel J.-T. Maston regrette peut-être le
temps où la foule voulait le lyncher.
Les capitales des deux Mondes, et aussi les villes de quelque importance, et
jusqu’aux bourgades plus modestes, attendaient au milieu de l’épouvantement.
Grâce aux journaux répandus à profusion, à la surface du globe, chacun
connaissait l’heure précise, qui correspondait au minuit du Kilimandjaro, situé
par trente-cinq degrés est, suivant la différence des longitudes.
Pour ne citer que les principales villes le Soleil parcourant un degré par
quatre minutes c’était :
+---------------------+----------------+
| À Paris….. | 9h 40m. soir. |
+---------------------+----------------+
| À Pétersbourg….. | 11h 31m. soir. |
+---------------------+----------------+
| À Londres….. | 9h 30m. soir. |
+---------------------+----------------+
| À Rome….. | 10h 20m. soir. |
+---------------------+----------------+
| À Madrid…..| 9h 15m. soir. |
+---------------------+----------------+
| À Berlin…..| 11h 20m. soir. |
+---------------------+----------------+
| À Constantinople….. | 11h 26m. soir. |
+---------------------+----------------+
| À Calcutta….. | 3h 04m. matin. |
+---------------------+----------------+
| À Nanking….. | 5h 05m. matin. |
+---------------------+----------------+
À Baltimore, on l’a dit, douze heures après le passage du Soleil au méridien du
Kilimandjaro, il était 5h 24m du soir.
Inutile d’insister sur les affres qui se produisirent à cet instant. La plus
puissante des plumes modernes ne saurait les décrire même avec le style de
l’école décadente et déliquescente.
Que les habitants de Baltimore ne courussent pas le danger d’être balayés par
le mascaret des mers déplacées, soit! Qu’il ne s’agît pour eux que de voir la
baie de la Cheasapeake se vider et le cap Hatteras, qui la termine, s’allonger
comme une crête de montagne au-dessus de l’Atlantique mis à soc, d’accord! Mais
la ville, comme tant d’autres non menacées d’émersion ou d’immersion, ne
serait- elle pas renversée par la secousse, ses monuments anéantis, ses
quartiers engloutis au fond des abîmes qui pouvaient s’ouvrir à la surface du
sol? Et ces craintes n’étaient-elles pas trop justifiées pour ces diverses
parties du globe, que ne devaient pas recouvrir les eaux dénivelées?
Si, évidemment.
Aussi, tout être humain sentait-il le frisson de l’épouvante se glisser jusqu’à
la moelle de ses os pendant cette minute fatale. Oui! tous tremblaient un
seul excepté : l’ingénieur Alcide Pierdeux. Le temps lui manquant pour faire
connaître ce qu’un dernier travail venait de lui révéler, il buvait un verre de
champagne dans un des meilleurs bars de la ville à la santé du vieux Monde.
La vingt-quatrième minute après cinq heures, correspondant au minuit du
Kilimandjaro, s’écoula…
À Baltimore… rien!
À Londres, à Paris, à Rome, à Constantinople, à Berlin, rien!… Pas le moindre
choc!
M. John Milne, observant à la mine de houille de Takoshima (Japon) le
tromomètre [Note 20: Le tromomètre est une sorte de pendule dont les
oscillations dénotent les mouvements microsismiques de l’écorce terrestre. À
l’exemple du Japon, beaucoup d’autres pays ont installé de semblables appareils
près des mines grisouteuses. ] qu’il y avait installé ne remarqua pas le
moindre mouvement anormal dans l’écorce terrestre en cette partie du monde.
Enfin, à Baltimore, rien non plus. D’ailleurs, le ciel était nuageux et, la
nuit venue, il fut impossible de reconnaître si le mouvement apparent des
étoiles tendait à se modifier ce qui eût indiqué un changement de l’axe
terrestre.
Quelle nuit passa J.-T. Maston dans sa retraite, inconnue de tous, sauf de Mrs
Evangélina Scorbitt! Il enrageait, le bouillant artilleur! Il ne pouvait tenir
en place! Qu’il lui tardait d’être plus âgé de quelques jours, afin de voir si
la courbe du Soleil était modifiée preuve indiscutable de la réussite de
l’opération! Ce changement, en effet, n’aurait pu être constaté le matin du 23
septembre, puisque, cette date, l’astre du jour se lève invariablement à l’est
pour tous les points du globe.
Le lendemain, le Soleil parut sur l’horizon comme il avait l’habitude de le
faire.
Les délégués européens étaient alors réunis sur la terrasse de leur hôtel. Ils
avaient à leur disposition des instruments d’une extrême précision qui leur
permettaient de constater si le Soleil décrivait rigoureusement sa courbe dans
le plan de l’Équateur.
Or, quelques minutes après son lever, le disque radieux inclinait déjà vers
l’hémisphère austral.
Rien n’était donc changé à sa marche apparente.
Le major Donellan et ses collègues saluèrent le flambeau céleste par des
hurrahs enthousiastes et lui firent « une entrée », comme on dit au théâtre. Le
ciel était superbe alors, l’horizon nettement dégagé des vapeurs de la nuit, et
jamais le grand acteur ne se présenta sur une plus belle scène, dans de telles
conditions de splendeur, devant un public émerveillé!
« Et à la place même marquée par les lois de l’astronomie!… s’écria Éric
Baldenak.
-- De notre ancienne astronomie, fit observer Boris Karkof, et que ces insensés
prétendaient anéantir!
-- Ils en seront pour leurs frais et leur honte! ajouta Jacques Jansen, par la
bouche duquel la Hollande semblait parler tout entière.
-- Et le domaine arctique restera éternellement sous les glaces qui le
recouvrent! riposta le professeur Jan Harald.
-- Hurrah pour le Soleil! s’écria le major Donellan. Tel il est, tel il suffit
au besoin du Monde!
-- Hurrah!… Hurrah! » répétèrent d’une seule voix les représentants de la
vieille Europe.
C’est alors que Dean Toodrink, qui n’avait rien dit jusqu’alors, se signala par
cette observation assez judicieuse :
« Mais ils n’ont peut-être pas tiré?…
-- Pas tiré?… s’exclama le major. Fasse le ciel qu’ils aient tiré, au contraire,
et plutôt deux fois qu’une! »
Et c’est précisément ce que se disaient J.-T. Maston et Mrs Evangélina
Scorbitt. C’est aussi ce que se demandaient les savants et les ignorants, unis
cette fois par la logique de la situation.
C’est même ce que se répétait Alcide Pierdeux, en ajoutant :
« Qu’ils aient tiré ou non, peu importe!… La Terre n’a pas cessé de valser sur
son vieil axe et de se balader comme d’habitude! »
En somme, on ignorait ce qui s’était passé au Kilimandjaro. Mais, avant la fin
de la journée, une réponse était faite à cette question que se posait
l’humanité.
Une dépêche arriva aux États-Unis, et voici ce que contenait cette dernière
dépêche, envoyée par Richard W. Trust, du consulat de Zanzibar :
Zanzibar, 23 septembre,
Sept heures vingt-sept minutes du matin.
« -À John S. Wright, ministre d’État.-
« Coup tiré hier soir minuit précis par engin foré dans revers
méridional du Kilimandjaro. Passage de projectile avec sifflements
épouvantables. Effroyable détonation. Province dévastée par trombe
d’air. Mer soulevée jusqu’au canal Mozambique. Nombreux navires
désemparés et mis à la côte. Bourgades et villages anéantis. Tout va
bien.
« RICHARD W. TRUST. »
Oui! tout allait bien, puisque rien n’était changé à l’état de choses, sauf les
désastres produits dans le Wamasai, en partie rasé par cette trombe
artificielle, et les naufrages provoqués par le déplacement des couches
aériennes. Et n’en avait-il pas été ainsi, lorsque la fameuse Columbiad avait
lancé son projectile vers la Lune? La secousse, communiquée au sol de la
Floride, ne s’était-elle pas fait sentir dans un rayon de cent milles? Oui,
certes! et, cette fois, l’effet avait dû être centuplé.
Quoi qu’il en soit, la dépêche apprenait deux choses aux intéressés de l’Ancien
et du Nouveau Continent :
1° Que l’énorme engin avait pu être fabriqué dans les flancs mêmes du
Kilimandjaro.
2° Que le coup avait été tiré à l’heure dite.
Et, alors, le monde entier poussa un immense soupir de satisfaction, qui fut
suivi d’un immense éclat de rire.
La tentative de Barbicane and Co avait échoué piteusement! Les formules de
J.-T. Maston étaient bonnes à mettre au panier! La -North Polar Practical
Association- n’avait plus qu’à se déclarer en faillite!
Ah ça! est-ce que, par hasard, le secrétaire du Gun-Club se serait trompé dans
ses calculs?
« Je croirais plutôt m’être trompée dans l’affection qu’il m’inspire! » se
disait Mrs Evangélina Scorbitt.
Et, de tous, l’être humain le plus déconfit qui existât alors à la surface du
sphéroïde, c’était bien J.-T. Maston. En voyant que rien n’avait été changé aux
conditions dans lesquelles se mouvait la Terre depuis sa création, il s’était
bercé de l’espoir que quelque accident aurait pu retarder l’opération de ses
collègues Barbicane et Nicholl…
Mais, depuis la dépêche de Zanzibar, il lui fallait bien reconnaître que
l’opération avait échoué.
Échoué!… Et les équations, les formules, desquelles il avait conclu à la
réussite de l’entreprise! Est-ce donc qu’un engin, long de six cents mètres,
large de vingt-sept mètres, lançant un projectile de cent quatre-vingts
millions de kilogrammes sous la déflagration de deux mille de méli- mélonite
avec une vitesse initiale de deux mille huit cents kilomètres, était
insuffisant pour provoquer le déplacement des Pôles? Non!… Ce n’était pas
admissible!
Et pourtant!…
Aussi, J.-T. Maston, en proie à une violente exaltation, déclara-t-il qu’il
voulait quitter sa retraite. Mrs Evangélina Scorbitt essaya vainement de l’en
empêcher. Non qu’elle eût à craindre pour sa vie désormais, puisque le danger
avait pris fin. Mais les plaisanteries qui seraient adressées au malencontreux
calculateur, les quolibets qu’on ne lui épargnerait guère, les lazzi qui
pleuvraient sur son oeuvre, elle eût voulu les lui épargner!
Et, chose plus grave, quel accueil lui feraient ses collègues du Gun-Club? Ne
s’en prendraient-ils pas à leur secrétaire d’un insuccès qui les couvrait de
ridicule? N’était- ce pas à lui, l’auteur des calculs, que remontait l’entière
responsabilité de cet échec?
J.-T. Maston ne voulut rien entendre. Il résista aux supplications comme aux
larmes de Mrs Evangélina Scorbitt. Il sortit de la maison où il se tenait
caché. Il parut dans les rues de Baltimore. Il fut reconnu, et ceux qu’il avait
menacés dans leur fortune et leur existence, dont il avait perpétué les transes
par l’obstination de son mutisme, se vengèrent en le bafouant, en le daubant de
mille manières.
Il fallait entendre ces gamins d’Amérique, qui en eussent remontré aux
gavroches parisiens!
« Eh! va donc, redresseur d’axe!
-- Eh! va donc, rafistoleur d’horloges!
-- Eh! va donc, rhabilleur de patraques! »
Bref, le déconfit, le houspillé secrétaire du Gun-Club fut contraint de rentrer
à l’hôtel de New-Park, où Mrs Evangélina Scorbitt épuisa tout le stock de ses
tendresses pour le consoler. Ce fut en vain. J.-T. Maston à l’exemple de
Niobé -noluit consolari-, parce que son canon n’avait pas produit sur le
sphéroïde terrestre plus d’effet qu’un simple pétard de la Saint-Jean!
Quinze jours s’écoulèrent dans ces conditions, et le Monde, remis de ses
anciennes épouvantes, ne pensait déjà plus aux projets de la -North Polar
Practical Association-.
Quinze jours, et pas de nouvelles du président Barbicane ni du capitaine
Nicholl! Avaient-ils donc péri dans le contrecoup de l’explosion, lors des
ravages produits à la surface de Wamasai? Avaient-ils payé de leur vie la plus
immense mystification des temps modernes?
Non!
Après la détonation, renversés tous deux, culbutés en même temps que le sultan,
sa cour et quelques milliers d’indigènes, ils s’étaient relevés, sains et saufs.
« Est-ce que cela a réussi?… demanda Bâli-Bâli, en se frottant les épaules.
-- En doutez-vous?
-- Moi… douter!… Mais quand saurez-vous?…
-- Dans quelques jours! » répondit le président Barbicane.
Avait-il compris que l’opération était manquée?… Peut- être! Mais jamais il
n’eût voulu en convenir devant le souverain du Wamasai.
Quarante-huit heures après, les deux collègues avaient pris congé de Bâli-Bâli,
non sans avoir payé une forte somme pour les désastres causés à la surface de
son royaume. Comme cette somme entra dans les caisses particulières du sultan,
et que ses sujets n’en reçurent pas un dollar, Sa Majesté n’eut point lieu de
regretter cette lucrative affaire.
Puis, les deux collègues, suivis de leurs contremaîtres, gagnèrent Zanzibar, où
se trouvait un navire en partance pour Suez. De là, sous de faux noms, le
paquebot des Messageries maritimes -Moeris- les transporta à Marseille, le
P.-L.-M. à Paris sans déraillement ni collision le chemin de fer de l’ouest
au Havre, et enfin le transatlantique -la Bourgogne- en Amérique.
En vingt-deux jours, ils étaient venus du Wamasai à New- York, État de New-York.
Et le 15 octobre, à trois heures après midi, tous deux frappaient à la porte de
l’hôtel de New-Park…
Un instant après, ils se trouvèrent en présence de Mrs Evangélina Scorbitt et
de J.-T. Maston.
XX
Qui termine cette curieuse histoire aussi
véridique qu’invraisemblable.
« Barbicane?… Nicholl?…
-- Maston!
-- Vous?…
-- Nous! »
Et, dans ce pronom, lancé simultanément par les deux collègues d’un ton
singulier, on sentait tout ce qu’il y avait d’ironie et de reproches.
J.-T. Maston passa son crochet de fer sur son front. Puis, d’une voix qui
sifflait entre ses lèvres comme celle d’un aspic, eût dit Ponson du Terrail :
« Votre galerie du Kilimandjaro avait bien six cents mètres sur une largeur de
vingt-sept? demanda-t-il.
-- Oui!
-- Votre projectile pesait bien cent quatre-vingts millions de kilogrammes?
-- Oui!
-- Et le tir s’est bien effectué avec deux mille tonnes de méli-mélonite?
--Oui! »
Ces trois oui tombèrent comme des coups de massue sur l’occiput de J.-T. Maston.
« Alors je conclus… reprit-il.
-- Comment?… demanda le président Barbicane.
-- Comme ceci, répondit J.-T. Maston : Puisque l’opération n’a pas réussi, c’est
que la poudre n’a pas donné au projectile une vitesse initiale de deux mille
huit cents kilomètres!
-- Vraiment!… fit le capitaine Nicholl.
-- C’est que votre méli-mélonite n’est bonne qu’à charger des pistolets de
paille! »
Le capitaine Nicholl bondit à ce mot, qui se tournait pour lui en sanglante
injure.
« Maston! s’écria-t-il.
-- Nicholl!
-- Quand vous voudrez vous battre à la méli-mélonite…
-- Non!… Au fulmi-coton!… C’est plus sûr! »
Mrs Evangélina Scorbitt dut intervenir pour calmer les deux irascibles
artilleurs.
« Messieurs!… messieurs! dit-elle. Entre collègues!… »
Et, alors, le président Barbicane prit la parole d’une voix plus calme, disant :
« À quoi bon récriminer? Il est certain que les calculs de notre ami Maston
devaient être justes, comme il est certain que l’explosif de notre ami Nicholl
devait être suffisant! Oui!… Nous avons mis exactement en pratique les données
de la science!… Et, cependant, l’expérience a manqué! Pour quelles raisons?…
Peut-être ne le saura-t-on jamais?…
-- Eh bien! s’écria le secrétaire du Gun-Club, nous la recommencerons!
-- Et l’argent, qui a été dépensé en pure perte! fit observer le capitaine
Nicholl.
-- Et l’opinion publique, ajouta Mrs Evangélina Scorbitt, qui ne vous
permettrait pas de risquer une seconde fois le sort du Monde!
-- Que va devenir notre domaine circumpolaire? répliqua le capitaine Nicholl.
-- À quel taux vont tomber les actions de la -North Polar Practical
Association-? » s’écria le président Barbicane.
L’effondrement!… Il s’était produit déjà, et l’on offrait les titres par paquet
au prix du vieux papier.
Tel fut le résultat final de cette opération gigantesque. Tel fut le fiasco
mémorable, auquel aboutirent les projets surhumains de Barbicane and Co.
Si jamais la risée publique se donna libre carrière pour accabler de braves
ingénieurs mal inspirés, si jamais les articles fantaisistes des journaux, les
caricatures, les chansons, les parodies, eurent matière à s’exercer, on peut
affirmer que ce fut bien en cette occasion. Le président Barbicane, les
administrateurs de la nouvelle Société, leurs collègues du Club, furent
littéralement conspués. On les qualifia parfois de façon si… gauloise, que ces
qualifications ne sauraient être redites pas même en latin pas même en
zolapük. L’Europe surtout s’abandonna à un déchaînement de plaisanteries tel
que les Yankees finirent par être scandalisés. Et, n’oubliant pas que
Barbicane, Nichol et Maston étaient d’origine américaine, qu’ils appartenaient
à cette célèbre association de Baltimore, peu s’en fallut qu’ils n’obligeassent
le gouvernement fédéral à déclarer la guerre à l’ancien Monde.
Enfin, le dernier coup fut porté par une chanson française que l’illustre
Paulus il vivait encore à cette époque mit à la mode. Cette machine courut
les cafés-concerts du monde entier.
Voici quel était l’un des couplets les plus applaudis :
Pour modifier notre patraque,
Dont l’ancien axe se détraque,
Ils ont fait un canon qu’on braque,
Afin de mettra tout en vrac!
C’est bien pour vous flanquer le trac!
Ordre est donné pour qu’on les traque,
Ces trois imbéciles!… Mais… crac!
Le coup est parti… Rien ne craque!
Vive notre vieille patraque!
Enfin, saurait-on jamais à quoi était dû l’insuccès de cette entreprise? Cet
insuccès prouvait-il que l’opération était impossible à réaliser, que les
forces dont disposent les hommes ne seront jamais suffisantes pour amener une
modification dans le mouvement diurne de la Terre, que jamais les territoires
du Pôle arctique ne pourront être déplacés en latitude pour être reportés au
point où les banquises et les glaces seraient naturellement fondues par les
rayons solaires?
On fut fixé à ce sujet, quelques jours après le retour du président Barbicane
et de son collègue aux États-Unis.
Une simple note parut dans le Temps du 17 octobre, et le journal de M. Hébrard
rendit au Monde le service de le renseigner sur ce point si intéressant pour sa
sécurité.
Cette note était ainsi conçue :
« On sait quel a été le résultat nul de l’entreprise qui avait pour
but la création d’un nouvel axe. Cependant les calculs de J.-T.
Maston, reposant sur des données justes, auraient produit les
résultats cherchés, si, par suite d’une distraction inexplicable, ils
n’eussent été entachés d’erreur dès le début.
« En effet, lorsque le célèbre secrétaire du Gun-Club a pris pour
base la circonférence du sphéroïde terrestre, il l’a portée à
-quarante mille mètres- au lieu de -quarante mille kilomètres- ce
qui a faussé la solution du problème.
« D’où a pu venir une pareille erreur?… Qui a pu la causer?… Comment
un aussi remarquable calculateur a-t-il pu la commettre?… On se perd
en vaines conjectures.
« Ce qui est certain, c’est que le problème de la modification de
l’axe terrestre étant correctement posé, il aurait dû être exactement
résolu. Mais cet oubli de trois zéros a produit une erreur de -douze
zéros- au résultat final.
« Ce n’est pas un canon un million de fois gros comme le canon de
vingt-sept, ce serait un trillion de ces canons, lançant un trillion
de projectiles de cent quatre-vingt mille tonnes, qu’il faudrait pour
déplacer le Pôle de 23°28’, en admettant que la méli-mélonite eût la
puissance expansive que lui attribue le capitaine Nicholl.
« En somme, l’unique coup, dans les conditions où il a été tiré au
Kilimandjaro, n’a déplacé le pôle que de trois microns (3 millièmes
de millimètre), et il n’a fait varier le niveau de la mer au maximum
que de neuf millièmes de microns.
« Quant au projectile, nouvelle petite planète, il appartient
désormais à notre système, où le retient l’attraction solaire.
« ALCIDE PIERDEUX »
Ainsi c’était une distraction de J.-T. Maston, une erreur de trois zéros au
début de ses calculs, qui avait produit ce résultat humiliant pour la nouvelle
Société!
Mais si ses collègues du Gun-Club se montrèrent furieux contre lui, s’ils
l’accablèrent de leurs malédictions, il se fit dans le public une réaction en
faveur du pauvre homme. Après tout, c’était cette faute qui avait été cause de
tout le mal ou plutôt de tout le bien, puisqu’elle avait épargné au monde la
plus effroyable des catastrophes.
Il s’ensuit donc que les compliments arrivèrent de toutes parts, avec des
millions de lettres, qui félicitaient J.-T. Maston de s’être trompé de trois
zéros!
J.-T. Maston, plus déconfit, plus estomaqué que jamais, ne voulut rien entendre
du formidable hurrah que la Terre poussait en son honneur. Le président
Barbicane, le capitaine Nicholl, Tom Hunter aux jambes de bois, le colonel
Bloomsberry, le fringant Bilsby et leurs collègues ne lui pardonneraient jamais…
Du moins, il lui restait Mrs Evangelina Scorbitt. Cette excellente femme ne
pouvait lui en vouloir.
Avant tout, J.-T. Maston avait tenu à refaire ses calculs, se refusant à
admettre qu’il eût été distrait à ce point.
Cela était pourtant. L’ingénieur Alcide Pierdeux ne s’était pas trompé. Et
voilà pourquoi, ayant reconnu l’erreur au dernier moment, lorsqu’il n’avait
plus le temps de rassurer ses semblables, cet original gardait un calme si
parfait au milieu des transes générales. Voilà pourquoi il portait un toast au
vieux Monde, à l’heure où partait le coup du Kilimandjaro.
Oui! Trois zéros oubliés dans la mesure de la circonférence terrestre!…
Subitement alors le souvenir revint à J.-T. Maston. C’était au début de son
travail, lorsqu’il venait de se renfermer dans son cabinet de Balistic-Cottage.
Il avait parfaitement écrit le nombre 40 000 000 sur le tableau noir…
À ce moment, sonnerie précipitée du timbre téléphonique… J.-T. Maston se dirige
vers la plaque… Il échange quelques mots avec Mrs Evangélina Scorbitt… Voilà
qu’un coup de foudre le renverse et culbute son tableau… Il se relève… Il
commence à retracer le nombre à demi effacé dans la chute… Il avait à peine
écrit les chiffres 40 000… quand le timbre résonne une seconde fois… Et,
lorsqu’il se remet au travail, il oublie les trois derniers zéros du nombre qui
mesure la circonférence terrestre!
Eh bien! tout cela, c’était la faute à Mrs Evangélina Scorbitt! Si elle ne
l’eût pas dérangé, peut-être n’aurait-il pas reçu le contrecoup de la décharge
électrique! Peut-être le tonnerre ne lui aurait-il pas joué un de ces tours
pendables, qui suffisent à compromettre toute une existence de bons et honnêtes
calculs!
Quelle secousse reçut la malheureuse femme, lorsque J.- T. Maston dut lui dire
dans quelles circonstances s’était produite l’erreur!… Oui!… elle était la
cause de ce désastre!… C’était par elle que J.-T. Maston se voyait déshonoré
pour les longues années qui lui restaient à vivre, car on mourait généralement
centenaire dans la vénérable association du Gun-club!
Et, après cet entretien, J.-T. Maston avait fui l’hôtel de New-Park. Il était
rentré à Balistic-Cottage. Il arpentait son cabinet de travail, se répétant :
« Maintenant je ne suis plus bon à rien en ce monde!…
-- Pas même à vous marier?… » dit une voix que l’émotion rendait déchirante.
C’était Mrs Evangélina Scorbitt. Éplorée, éperdue, elle avait suivi J.-T.
Maston…
« Cher Maston!… dit-elle.
-- Eh bien! oui!… Mais à une condition… c’est que je ne ferai plus jamais de
mathématiques!
-- Ami, je les ai en horreur! » répondit l’excellente veuve.
Et le secrétaire du Gun-Club fit de Mrs Evangélina Scorbitt Mrs J.-T. Maston.
Quant à la note d’Alcide Pierdeux, quel honneur, quelle célébrité elle apporta
à cet ingénieur et aussi à « l’École » en sa personne! Traduite dans toutes les
langues, insérée dans tous les journaux, cette note répandit son nom à travers
le monde entier. Il arriva donc que le père de la jolie Provençale, qui lui
avait refusé la main de sa fille, « parce qu’il était trop savant, » lut ladite
note dans le -Petit Marseillais-. Aussi, après être parvenu à en comprendre la
signification sans aucun secours étranger, pris de remords et en attendant
mieux, envoya-t-il à son auteur une invitation à dîner.
-- De notre ancienne astronomie, fit observer Boris Karkof, et que ces insensés
prétendaient anéantir!
-- Ils en seront pour leurs frais et leur honte! ajouta Jacques Jansen, par la
bouche duquel la Hollande semblait parler tout entière.
-- Et le domaine arctique restera éternellement sous les glaces qui le
recouvrent! riposta le professeur Jan Harald.
-- Hurrah pour le Soleil! s’écria le major Donellan. Tel il est, tel il suffit
au besoin du Monde!
-- Hurrah!… Hurrah! » répétèrent d’une seule voix les représentants de la
vieille Europe.
XXI
Très court, mais tout à fait rassurant pour
l’avenir du monde.
Et, désormais, que les habitants de la Terre se rassurent! Le président
Barbicane et le capitaine Nicholl ne reprendront point leur entreprise si
piteusement avortée. J.-T. Maston ne refera pas ses calculs, exempts d’erreur
cette fois. Ce serait inutile. La note de l’ingénieur Alcide Pierdeux a dit
vrai. Ce que démontre la mécanique, c’est que, pour produire un déplacement
d’axe de 23°28’, même avec la méli-mélonite, il faudrait un trillion de canons
semblables à l’engin qui a été creusé dans le massif du Kilimandjaro. Or, notre
sphéroïde toute sa surface fût-elle solide est trop petit pour les contenir.
Il semble donc que les habitants du globe peuvent dormir en paix. Modifier les
conditions dans lesquelles se meut la Terre, cela est au-dessus des efforts
permis à l’humanité. Il n’appartient pas aux hommes de rien changer à l’ordre
établi par le Créateur dans le système de l’Univers.
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