de le tuer du tout. On l'avait arrêté pour le voler, et comme il n'avait sur lui que quelques louis, on le rançonnerait. Il se rappela que Morcerf avait été taxé à quelque chose comme quatre mille écus; comme il s'accordait une apparence beaucoup plus importante que Morcerf, il fixa lui-même dans son esprit sa rançon à huit mille écus. Huit mille écus faisaient quarante-huit mille livres. Il lui restait encore quelque chose comme cinq millions cinquante mille francs. Avec cela on se tire d'affaire partout. Donc, à peu près certain de se tirer d'affaire, attendu qu'il n'y a pas d'exemple qu'on ait jamais taxé un homme à cinq millions cinquante mille livres, Danglars s'étendit sur son lit, où, après s'être retourné deux ou trois fois, il s'endormit avec la tranquillité du héros dont Luigi Vampa étudiait l'histoire. CXV La carte de Luigi Vampa. À tout sommeil qui n'est pas celui que redoutait Danglars, il y a un réveil. Danglars se réveilla. Pour un Parisien habitué aux rideaux de soie, aux parois veloutées des murailles, au parfum qui monte du bois blanchissant dans la cheminée et qui descend des voûtes de satin, le réveil dans une grotte de pierre crayeuse doit être comme un rêve de mauvais aloi. En touchant ses courtines de peau de bouc, Danglars devait croire qu'il rêvait Samoïèdes ou Lapons. Mais en pareille circonstance une seconde suffit pour changer le doute le plus robuste en certitude. «Oui, oui, murmura-t-il, je suis aux mains des bandits dont nous a parlé Albert de Morcerf.» Son premier mouvement fut de respirer, afin de s'assurer qu'il n'était pas blessé: c'était un moyen qu'il avait trouvé dans -Don Quichotte-, le seul livre, non pas qu'il eût lu, mais dont il eût retenu quelque chose. «Non, dit-il, ils ne m'ont tué ni blessé, mais ils m'ont volé peut-être?» Et il porta vivement ses mains à ses poches. Elles étaient intactes: les cent louis qu'il s'était réservés pour faire son voyage de Rome à Venise étaient bien dans la poche de son pantalon, et le portefeuille dans lequel se trouvait la lettre de crédit de cinq millions cinquante mille francs était bien dans la poche de sa redingote. «Singuliers bandits, se dit-il, qui m'ont laissé ma bourse et mon portefeuille! Comme je le disais hier en me couchant, ils vont me mettre à rançon. Tiens! j'ai aussi ma montre! Voyons un peu quelle heure il est.» La montre de Danglars, chef-d'oeuvre de Bréguet, qu'il avait remontée avec soin la veille avant de se mettre en route, sonna cinq heures et demie du matin. Sans elle, Danglars fût resté complètement incertain sur l'heure, le jour ne pénétrant pas dans sa cellule. Fallait-il provoquer une explication des bandits? fallait-il attendre patiemment qu'ils la demandassent? La dernière alternative était la plus prudente: Danglars attendit. Il attendit jusqu'à midi. Pendant tout ce temps, une sentinelle avait veillé à sa porte. À huit heures du matin, la sentinelle avait été relevée. Il avait alors pris à Danglars l'envie de voir par qui il était gardé. Il avait remarqué que des rayons de lumière, non pas de jour, mais de lampe, filtraient à travers les ais de la porte mal jointe, il s'approcha d'une de ces ouvertures au moment juste où le bandit buvait quelques gorgées d'eau-de-vie, lesquelles, grâce à l'outre de peau qui les contenait, répandaient une odeur qui répugna fort à Danglars. «Pouah!» fit-il en reculant jusqu'au fond de sa cellule. À midi, l'homme à l'eau-de-vie fut remplacé par un autre factionnaire. Danglars eut la curiosité de voir son nouveau gardien; il s'approcha de nouveau de la jointure. Celui-là était un athlétique bandit, un Goliath aux gros yeux, aux lèvres épaisses, au nez écrasé; sa chevelure rousse pendait sur ses épaules en mèches tordues comme des couleuvres. «Oh! oh! dit Danglars, celui ici ressemble plus à un ogre qu'à une créature humaine; en tout cas, je suis vieux et assez coriace; gros blanc pas bon à manger.» Comme on voit, Danglars avait encore l'esprit assez présent pour plaisanter. Au même instant, comme pour lui donner la preuve qu'il n'était pas un ogre, son gardien s'assit en face de la porte de sa cellule, tira de son bissac du pain noir, des oignons et du fromage, qu'il se mit incontinent à dévorer. «Le diable m'emporte, dit Danglars en jetant à travers les fentes de sa porte un coup d'oeil sur le dîner du bandit: le diable m'emporte si je comprends comment on peut manger de pareilles ordures.» Et il alla s'asseoir sur ses peaux de bouc, qui lui rappelaient l'odeur de l'eau-de-vie de la première sentinelle. Mais Danglars avait beau faire, et les secrets de la nature sont incompréhensibles, il y a bien de l'éloquence dans certaines invitations matérielles qu'adressent les plus grossières substances aux estomacs à jeun. Danglars sentit soudain que le sien n'avait pas de fonds en ce moment: il vit l'homme moins laid, le pain moins noir, le fromage plus frais. Enfin, ces oignons crus, affreuse alimentation du sauvage, lui rappelèrent certaines sauces Robert et certains mirotons que son cuisinier exécutait d'une façon supérieure, lorsque Danglars lui disait: «Monsieur Deniseau, faites-moi, pour aujourd'hui, un bon petit plat canaille.» Il se leva et alla frapper à la porte. Le bandit leva la tête. Danglars vit qu'il était entendu, et redoubla. «-Che cosa-? demanda le bandit. --Dites donc! dites donc! l'ami, fit Danglars en tambourinant avec ses doigts contre sa porte, il me semble qu'il serait temps que l'on songeât à me nourrir aussi, moi!» Mais soit qu'il ne comprît pas, soit qu'il n'eût pas d'ordres à l'endroit de la nourriture de Danglars, le géant se remit à son dîner. Danglars sentit sa fierté humiliée, et, ne voulant pas davantage se commettre avec cette brute, il se recoucha sur ses peaux de bouc et ne souffla plus le mot. Quatre heures s'écoulèrent; le géant fut remplacé par un autre bandit. Danglars, qui éprouvait d'affreux tiraillements d'estomac, se leva doucement, appliqua derechef son oreille aux fentes de la porte, et reconnut la figure intelligente de son guide. C'était en effet Peppino qui se préparait à monter la garde la plus douce possible en s'asseyant en face de la porte, et en posant entre ses deux jambes une casserole de terre, laquelle contenait, chauds et parfumés, des pois chiches fricassés au lard. Près de ces pois chiches, Peppino posa encore un joli petit panier de raisin de Velletri et un fiasco de vin d'Orvietto. Décidément Peppino était un gourmet. En voyant ces préparatifs gastronomiques, l'eau vint à la bouche de Danglars. «Ah! ah! dit le prisonnier, voyons un peu si celui-ci sera plus traitable que l'autre.» Et il frappa gentiment à sa porte. «On y va, dit le bandit, qui, en fréquentant la maison de maître Pastrini, avait fini par apprendre le français jusque dans ses idiotismes.» En effet il vint ouvrir. Danglars le reconnut pour celui qui lui avait crié d'une si furieuse manière: «Rentrez la tête.» Mais ce n'était pas l'heure des récriminations. Il prit au contraire sa figure la plus agréable, et avec un sourire gracieux: «Pardon, monsieur, dit-il, mais est-ce que l'on ne me donnera pas à dîner, à moi aussi? --Comment donc! s'écria Peppino, Votre Excellence aurait-elle faim, par hasard? --Par hasard est charmant, murmura Danglars; il y a juste vingt-quatre heures que je n'ai mangé. «Mais oui, monsieur, ajouta-t-il en haussant la voix, j'ai faim, et même assez faim. --Et Votre Excellence veut manger? --À l'instant même, si c'est possible. --Rien de plus aisé, dit Peppino; ici l'on se procure tout ce que l'on désire, en payant, bien entendu comme cela se fait chez tous les honnêtes chrétiens. --Cela va sans dire! s'écria Danglars, quoique en vérité les gens qui vous arrêtent et qui vous emprisonnent devraient au moins nourrir leurs prisonniers. --Ah! Excellence, reprit Peppino, ce n'est pas l'usage. --C'est une assez mauvaise raison, reprit Danglars, qui comptait amadouer son gardien par son amabilité, et cependant je m'en contente. Voyons, qu'on me serve à manger. --À l'instant même, Excellence; que désirez-vous?» Et Peppino posa son écuelle à terre, de telle façon que la fumée en monta directement aux narines de Danglars. «Commandez, dit-il. --Vous avez donc des cuisines ici? demanda le banquier. --Comment! si nous avons des cuisines? des cuisines parfaites! --Et des cuisiniers? --Excellents! --Eh bien, un poulet, un poisson, du gibier, n'importe quoi, pourvu que je mange. --Comme il plaira à Votre Excellence; nous disons un poulet, n'est-ce pas? --Oui, un poulet.» Peppino, se redressant, cria de tous ses poumons: «Un poulet pour Son Excellence!» La voix de Peppino vibrait encore sous les voûtes que déjà paraissait un jeune homme, beau, svelte, et à moitié nu comme les porteurs de poissons antiques; il apportait le poulet sur un plat d'argent, et le poulet tenait seul sur sa tête. «On se croirait au -Café de Paris-, murmura Danglars. --Voilà, Excellence», dit Peppino en prenant le poulet des mains du jeune bandit et en le posant sur une table vermoulue qui faisait, avec un escabeau et le lit de peaux de bouc, la totalité de l'ameublement de la cellule. Danglars demanda un couteau et une fourchette. «Voilà! Excellence», dit Peppino en offrant un petit couteau à la pointe émoussée et une fourchette de bois. Danglars prit le couteau d'une main, la fourchette de l'autre, et se mit en devoir de découper la volaille. «Pardon, Excellence, dit Peppino en posant une main sur l'épaule du banquier; ici on paie avant de manger; on pourrait n'être pas content en sortant... --Ah! ah! fit Danglars, ce n'est plus comme à Paris, sans compter qu'ils vont m'écorcher probablement; mais faisons les choses grandement. Voyons, j'ai toujours entendu parler du bon marché de la vie en Italie; un poulet doit valoir douze sous à Rome. «Voilà», dit-il, et il jeta un louis à Peppino. Peppino ramassa le louis, Danglars approcha le couteau du poulet. «Un moment, Excellence, dit Peppino en se relevant; un moment, Votre Excellence me redoit encore quelque chose. --Quand je disais qu'ils m'écorcheraient!» murmura Danglars. Puis, résolu de prendre son parti de cette extorsion: «Voyons, combien vous redoit-on pour cette volaille étique? demanda-t-il. --Votre Excellence a donné un louis d'acompte. --Un louis d'acompte sur un poulet? --Sans doute, d'acompte. --Bien... Allez! allez! --Ce n'est plus que quatre mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf louis que Votre Excellence me redoit.» Danglars ouvrit des yeux énormes à l'énoncé de cette gigantesque plaisanterie. «Ah! très drôle, murmura-t-il, en vérité.» Et il voulut se remettre à découper le poulet; mais Peppino lui arrêta la main droite avec la main gauche et tendit son autre main. «Allons dit-il. --Quoi! vous ne riez point? dit Danglars. --Nous ne rions jamais, Excellence, reprit Peppino, sérieux comme un quaker. --Comment, cent mille francs ce poulet! --Excellence, c'est incroyable comme on a de la peine à élever la volaille dans ces maudites grottes. --Allons! allons! dit Danglars, je trouve cela très bouffon, très divertissant, en vérité; mais comme j'ai faim, laissez-moi manger. Tenez, voilà un autre louis pour vous, mon ami. --Alors cela ne fera plus que quatre mille neuf cent quatre-vingt-dix-huit louis, dit Peppino conservant le même sang-froid; avec de la patience, nous y viendrons. --Oh! quant à cela, dit Danglars révolté de cette persévérance à le railler, quant à cela, jamais. Allez au diable! Vous ne savez pas à qui vous avez affaire.» Peppino fit un signe, le jeune garçon allongea les deux mains et enleva prestement le poulet. Danglars se jeta sur son lit de peaux de bouc, Peppino referma la porte et se remit à manger ses pois au lard. Danglars ne pouvait voir ce que faisait Peppino, mais le claquement des dents du bandit ne devait laisser au prisonnier aucun doute sur l'exercice auquel il se livrait. Il était clair qu'il mangeait, même qu'il mangeait bruyamment, et comme un homme mal élevé. «Butor!» dit Danglars. Peppino fit semblant de ne pas entendre, et, sans même tourner la tête, continua de manger avec une sage lenteur. L'estomac de Danglars lui semblait à lui-même percé comme le tonneau des Danaïdes; il ne pouvait croire qu'il parviendrait à le remplir jamais. Cependant, il prit patience une demi-heure encore mais il est juste de dire que cette demi-heure lui parut un siècle. Il se leva et alla de nouveau à la porte. «Voyons, monsieur, dit-il, ne me faites pas languir plus longtemps, et dites-moi tout de suite ce que l'on veut de moi? --Mais, Excellence, dites plutôt ce que vous voulez de nous... Donnez vos ordres et nous les exécuterons. --Alors ouvrez-moi d'abord.» Peppino ouvrit. «Je veux, dit Danglars, pardieu! je veux manger! --Vous avez faim? --Et vous le savez, du reste. --Que désire manger Votre Excellence? --Un morceau de pain sec, puisque les poulets sont hors de prix dans ces maudites caves. --Du pain! soit, dit Peppino. «Holà! du pain!» cria-t-il. Le jeune garçon apporta un petit pain. «Voilà! dit Peppino. --Combien? demanda Danglars. --Quatre mille neuf cent quatre-vingt-dix-huit louis, il y a deux louis payés d'avance. --Comment, un pain, cent mille francs? --Cent mille francs, dit Peppino. --Mais vous ne demandiez que cent mille francs pour un poulet! --Nous ne servons pas à la carte, mais à prix fixe. Qu'on mange peu, qu'on mange beaucoup, qu'on demande dix plats ou un seul, c'est toujours le même chiffre. --Encore cette plaisanterie! Mon cher ami, je vous déclare que c'est absurde, que c'est stupide! Dites-moi tout de suite que vous voulez que je meure de faim, ce sera plus tôt fait. --Mais non, Excellence, c'est vous qui voulez vous suicider. Payez et mangez. --Avec quoi payer, triple animal? dit Danglars exaspéré. Est-ce que tu crois qu'on a cent mille francs dans sa poche? --Vous avez cinq millions cinquante mille francs dans la vôtre, Excellence, dit Peppino; cela fait cinquante poulets à cent mille francs et un demi-poulet à cinquante mille.» Danglars frissonna; le bandeau lui tomba des yeux: c'était bien toujours une plaisanterie, mais il la comprenait enfin. Il est même juste de dire qu'il ne la trouvait plus aussi plate que l'instant d'avant. «Voyons, dit-il, voyons: en donnant ces cent mille francs, me tiendrez-vous quitte au moins, et pourrai-je manger à mon aise? --Sans doute, dit Peppino. --Mais comment les donner? fit Danglars en respirant plus librement. --Rien de plus facile; vous avez un crédit ouvert chez MM. Thomson et French, via dei Banchi, à Rome, donnez-moi un bon de quatre mille neuf cent quatre-vingt-dix-huit louis sur ces messieurs, notre banquier nous le prendra.» Danglars voulut au moins se donner le mérite de la bonne volonté; il prit la plume et le papier que lui présentait Peppino, écrivit la cédule, et signa. «Tenez, dit-il, voilà votre bon au porteur. --Et vous, voici votre poulet.» Danglars découpa la volaille en soupirant: elle lui paraissait bien maigre pour une si grosse somme. Quant à Peppino, il lut attentivement le papier, le mit dans sa poche, et continua de manger ses pois chiches. CXVI Le pardon. Le lendemain Danglars eut encore faim, l'air de cette caverne était on ne peut plus apéritif; le prisonnier crut que, pour ce jour-là, il n'aurait aucune dépense à faire: en homme économe il avait caché la moitié de son poulet et un morceau de son pain dans le coin de sa cellule. Mais il n'eut pas plus tôt mangé qu'il eut soif: il n'avait pas compté là-dessus. Il lutta contre la soif jusqu'au moment où il sentit sa langue desséchée s'attacher à son palais. Alors, ne pouvant plus résister au feu qui le dévorait, il appela. La sentinelle ouvrit la porte; c'était un nouveau visage. Il pensa que mieux valait pour lui avoir affaire à une ancienne connaissance. Il appela Peppino. «Me voici, Excellence, dit le bandit en se présentant avec un empressement qui parut de bon augure à Danglars, que désirez-vous? --À boire, dit le prisonnier. --Excellence, dit Peppino, vous savez que le vin est hors de prix dans les environs de Rome... --Donnez-moi de l'eau alors, dit Danglars cherchant à parer la botte. --Oh! Excellence, l'eau est plus rare que le vin; il fait une si grande sécheresse! --Allons, dit Danglars, nous allons recommencer, à ce qu'il paraît!» Et, tout en souriant pour avoir l'air de plaisanter, le malheureux sentait la sueur mouiller ses tempes. «Voyons, mon ami, dit Danglars, voyant que Peppino demeurait impassible, je vous demande un verre de vin; me le refuserez-vous? --Je vous ai déjà dit, Excellence, répondit gravement Peppino, que nous ne vendions pas au détail. --Eh bien, voyons alors, donnez-moi une bouteille. --Duquel? --Du moins cher. --Ils sont tous deux du même prix. --Et quel prix? --Vingt-cinq mille francs la bouteille. --Dites, s'écria Danglars avec une amertume qu'Harpargon seul eût pu noter dans le diapason de la voix humaine, dites que vous voulez me dépouiller, ce sera plus tôt fait que de me dévorer ainsi lambeau par lambeau. --Il est possible, dit Peppino, que ce soit là le projet du maître. --Le maître, qui est-il donc? --Celui auquel on vous a conduit avant-hier. --Et où est-il? --Ici. --Faites que je le voie. --C'est facile.» L'instant d'après, Luigi Vampa était devant Danglars. «Vous m'appelez? demanda-t-il au prisonnier. --C'est vous, monsieur, qui êtes le chef des personnes qui m'ont amené ici? --Oui Excellence. --Que désirez-vous de moi pour rançon? Parlez. --Mais tout simplement les cinq millions que vous portez sur vous.» Danglars sentit un effroyable spasme lui broyer le coeur. «Je n'ai que cela au monde, monsieur, et c'est le reste d'une immense fortune: si vous me l'ôtez, ôtez-moi la vie. --Il nous est défendu de verser votre sang, Excellence. --Et par qui cela vous est-il défendu? --Par celui auquel nous obéissons. --Vous obéissez donc à quelqu'un? --Oui, à un chef. --Je croyais que vous-même étiez le chef? --Je suis le chef de ces hommes; mais un autre homme est mon chef à moi. --Et ce chef obéit-il à quelqu'un? --Oui. --À qui? --À Dieu.» Danglars resta un instant pensif. «Je ne vous comprends pas, dit-il. --C'est possible. --Et c'est ce chef qui vous a dit de me traiter ainsi? --Oui. --Quel est son but? --Je n'en sais rien. --Mais ma bourse s'épuisera. --C'est probable. --Voyons, dit Danglars, voulez-vous un million? --Non. --Deux millions? --Non. --Trois millions?... quatre?... Voyons, quatre? je vous les donne à la condition que vous me laisserez aller. --Pourquoi nous offrez-vous quatre millions de ce qui en vaut cinq? dit Vampa; c'est de l'usure cela, seigneur banquier, ou je ne m'y connais pas. --Prenez tout! prenez tout, vous dis-je! s'écria Danglars, et tuez-moi! --Allons, allons, calmez-vous, Excellence, vous allez vous fouetter le sang, ce qui vous donnera un appétit à manger un million par jour; soyez donc plus économe, morbleu! --Mais quand je n'aurai plus d'argent pour vous payer! s'écria Danglars exaspéré. --Alors vous aurez faim. --J'aurai faim? dit Danglars blêmissant. --C'est probable, répondit flegmatiquement Vampa. --Mais vous dites que vous ne voulez pas me tuer? --Non. --Et vous voulez me laisser mourir de faim? --Ce n'est pas la même chose. --Eh bien, misérables! s'écria Danglars, je déjouerai vos infâmes calculs; mourir pour mourir, j'aime autant en finir tout de suite; faites-moi souffrir, torturez-moi, tuez-moi, mais vous n'aurez plus ma signature! --Comme il vous plaira, Excellence», dit Vampa. Et il sortit de la cellule. Danglars se jeta en rugissant sur ses peaux de bouc. Quels étaient ces hommes? quel était ce chef invisible? quels projets poursuivaient-ils donc sur lui? et quand tout le monde pouvait se racheter, pourquoi lui seul ne le pouvait-il pas? Oh! certes, la mort, une mort prompte et violente, était un bon moyen de tromper ses ennemis acharnés, qui semblaient poursuivre sur lui une incompréhensible vengeance. Oui, mais mourir! Pour la première fois peut-être de sa carrière si longue, Danglars songeait à la mort avec le désir et la crainte tout à la fois de mourir; mais le moment était venu pour lui d'arrêter sa vue sur le spectre implacable qui vit au-dedans de toute créature, qui, à chaque pulsation du coeur, dit à lui-même: Tu mourras! Danglars ressemblait à ces bêtes fauves que la chasse anime, puis qu'elle désespère, et qui, à force de désespoir, réussissent parfois à se sauver. Danglars songea à une évasion. Mais les murs étaient le roc lui-même; mais à la seule issue qui conduisait hors de la cellule un homme lisait, et derrière cet homme on voyait passer et repasser des ombres armées de fusils. Sa résolution de ne pas signer dura deux jours, après quoi il demanda des aliments et offrit un million. On lui servit un magnifique souper, et on prit son million. Dès lors, la vie du malheureux prisonnier fut une divagation perpétuelle. Il avait tant souffert qu'il ne voulait plus s'exposer à souffrir, et subissait toutes les exigences; au bout de douze jours, un après-midi qu'il avait dîné comme en ses beaux jours de fortune, il fit ses comptes et s'aperçut qu'il avait tant donné de traités au porteur, qu'il ne lui restait plus que cinquante mille francs. Alors il se fit en lui une réaction étrange: lui qui venait d'abandonner cinq millions, il essaya de sauver les cinquante mille francs qui lui restaient, plutôt que de donner ces cinquante mille francs, il se résolut de reprendre une vie de privations, il eut des lueurs d'espoir qui touchaient à la folie; lui qui depuis si longtemps avait oublié Dieu, il y songea pour se dire que Dieu parfois avait fait des miracles: que la caverne pouvait s'abîmer; que les carabiniers pontificaux pouvaient découvrir cette retraite maudite et venir à son secours; qu'alors il lui resterait cinquante mille francs; que cinquante mille francs étaient une somme suffisante pour empêcher un homme de mourir de faim; il pria Dieu de lui conserver ces cinquante mille francs, et en priant il pleura. Trois jours se passèrent ainsi, pendant lesquels le nom de Dieu fut constamment, sinon dans son coeur du moins sur ses lèvres; par intervalles il avait des instants de délire pendant lesquels il croyait, à travers les fenêtres, voir dans une pauvre chambre un vieillard agonisant sur un grabat. Ce vieillard, lui aussi, mourait de faim. Le quatrième jour, ce n'était plus un homme, c'était un cadavre vivant; il avait ramassé à terre jusqu'aux dernières miettes de ses anciens repas et commencé à dévorer la natte dont le sol était couvert. Alors il supplia Peppino, comme on supplie son ange gardien, de lui donner quelque nourriture, il lui offrit mille francs d'une bouchée de pain. Peppino ne répondit pas. Le cinquième jour, il se traîna à l'entrée de la cellule. «Mais vous n'êtes donc pas un chrétien? dit-il en se redressant sur les genoux; vous voulez assassiner un homme qui est votre frère devant Dieu? «Oh! mes amis d'autrefois, mes amis d'autrefois!» murmura-t-il. Et il tomba la face contre terre. Puis, se relevant avec une espèce de désespoir: «Le chef! cria-t-il, le chef! --Me voilà! dit Vampa, paraissant tout à coup, que désirez-vous encore? --Prenez mon dernier or, balbutia Danglars en tendant son portefeuille, et laissez-moi vivre ici, dans cette caverne; je ne demande plus la liberté, je ne demande qu'à vivre. --Vous souffrez donc bien? demanda Vampa. --Oh! oui, je souffre, et cruellement! --Il y a cependant des hommes qui ont encore plus souffert que vous. --Je ne crois pas. --Si fait! ceux qui sont morts de faim.» Danglars songea à ce vieillard que, pendant ses heures d'hallucination, il voyait, à travers les fenêtres de sa pauvre chambre, gémir sur son lit. Il frappa du front la terre en poussant un gémissement. «Oui, c'est vrai, il y en a qui ont plus souffert encore que moi, mais au moins, ceux-là, c'étaient des martyrs. --Vous repentez-vous, au moins?» dit une voix sombre et solennelle, qui fit dresser les cheveux sur la tête de Danglars. Son regard affaibli essaya de distinguer les objets, et il vit derrière le bandit un homme enveloppé d'un manteau et perdu dans l'ombre d'un pilastre de pierre. «De quoi faut-il que je me repente? balbutia Danglars. --Du mal que vous avez fait, dit la même voix. --Oh! oui, je me repens! je me repens!» s'écria Danglars. Et il frappa sa poitrine de son poing amaigri. «Alors je vous pardonne, dit l'homme en jetant son manteau et en faisant un pas pour se placer dans la lumière. --Le comte de Monte-Cristo! dit Danglars, plus pâle de terreur qu'il ne l'était, un instant auparavant, de faim et de misère. --Vous vous trompez; je ne suis pas le comte de Monte-Cristo. --Et qui êtes-vous donc? --Je suis celui que vous avez vendu, livré, déshonoré: je suis celui dont vous avez prostitué la fiancée; je suis celui sur lequel vous avez marché pour vous hausser jusqu'à la fortune; je suis celui dont vous avez fait mourir le père de faim, qui vous avait condamné à mourir de faim, et qui cependant vous pardonne, parce qu'il a besoin lui-même d'être pardonné: je suis Edmond Dantès!» Danglars ne poussa qu'un cri, et tomba prosterné. «Relevez-vous, dit le comte, vous avez la vie sauve; pareille fortune n'est pas arrivée à vos deux autres complices: l'un est fou, l'autre est mort! Gardez les cinquante mille francs qui vous restent, je vous en fais don; quant à vos cinq millions volés aux hospices, ils leur sont déjà restitués par une main inconnue. «Et maintenant, mangez et buvez; ce soir je vous fais mon hôte. «Vampa, quand cet homme sera rassasié, il sera libre.» Danglars demeura prosterné tandis que le comte s'éloignait; lorsqu'il releva la tête, il ne vit plus qu'une espèce d'ombre qui disparaissait dans le corridor, et devant laquelle s'inclinaient les bandits. Comme l'avait ordonné le comte, Danglars fut servi par Vampa, qui lui fit apporter le meilleur vin et les plus beaux fruits de l'Italie, et qui, l'ayant fait monter dans sa chaise de poste, l'abandonna sur la route, adossé à un arbre. Il y resta jusqu'au jour, ignorant où il était. Au jour il s'aperçut qu'il était près d'un ruisseau: il avait soif, il se traîna jusqu'à lui. En se baissant pour y boire, il s'aperçut que ses cheveux étaient devenus blancs. CXVII Le 5 octobre. Il était six heures du soir à peu près, un jour couleur d'opale, dans lequel un beau soleil d'automne infiltrait ses rayons d'or, tombait du ciel sur la mer bleuâtre. La chaleur du jour s'était éteinte graduellement, et l'on commençait à sentir cette légère brise qui semble la respiration de la nature se réveillant après la sieste brûlante du midi, souffle délicieux qui rafraîchit les côtes de la Méditerranée et qui porte de rivage en rivage le parfum des arbres, mêlé à l'âcre senteur de la mer. Sur cet immense lac qui s'étend de Gibraltar aux Dardanelles et de Tunis à Venise, un léger yacht, pur et élégant de forme, glissait dans les premières vapeurs du soir. Son mouvement était celui du cygne qui ouvre ses ailes au vent et qui semble glisser sur l'eau. Il s'avançait, rapide et gracieux à la fois, et laissant derrière lui un sillon phosphorescent. Peu à peu le soleil, dont nous avons salué les derniers rayons, avait disparu à l'horizon occidental; mais, comme pour donner raison aux rêves brillants de la mythologie, ses feux indiscrets, reparaissant au sommet de chaque vague, semblaient révéler que le dieu de flamme venait de se cacher au sein d'Amphitrite, qui essayait en vain de cacher son amant dans les plis de son manteau azuré. Le yacht avançait rapidement, quoique en apparence il y eût à peine assez de vent pour faire flotter la chevelure bouclée d'une jeune fille. Debout sur la proue, un homme de haute taille, au teint de bronze, à l'oeil dilaté, voyait venir à lui la terre sous la forme d'une masse sombre disposée en cône, et sortant du milieu des flots comme un immense chapeau de Catalan. «Est-ce là Monte-Cristo? demanda d'une voix grave et empreinte d'une profonde tristesse le voyageur aux ordres duquel le petit yacht semblait être momentanément soumis. --Oui, Excellence, répondit le patron, nous arrivons. --Nous arrivons!» murmura le voyageur avec un indéfinissable accent de mélancolie. Puis il ajouta à voix basse: «Oui, ce sera là le port.» Et il se replongea dans sa pensée, qui se traduisait par un sourire plus triste que ne l'eussent été des larmes. Quelques minutes après, on aperçut à terre la lueur d'une flamme qui s'éteignit aussitôt, et le bruit d'une arme à feu arriva jusqu'au yacht. «Excellence, dit le patron, voici le signal de terre, voulez-vous y répondre vous-même? --Quel signal?» demanda celui-ci. Le patron étendit la main vers l'île aux flancs de laquelle montait, isolé et blanchâtre, un large flocon de fumée qui se déchirait en s'élargissant. «Ah! oui, dit-il, comme sortant d'un rêve, donnez.» Le patron lui tendit une carabine toute chargée, le voyageur la prit, la leva lentement et fit feu en l'air. Dix minutes après on carguait les voiles, et l'on jetait l'ancre à cinq cents pas d'un petit port. Le canot était déjà à la mer avec quatre rameurs et le pilote; le voyageur descendit, et au lieu de s'asseoir à la poupe, garnie pour lui d'un tapis bleu, se tint debout et les bras croisés. Les rameurs attendaient, leurs avirons à demi levés, comme des oiseaux qui font sécher leurs ailes. «Allez!» dit le voyageur. Les huit rames retombèrent à la mer d'un seul coup et sans faire jaillir une goutte d'eau; puis la barque, cédant à l'impulsion, glissa rapidement. En un instant on fut dans une petite anse formée par une échancrure naturelle, la barque toucha sur un fond de sable fin. «Excellence, dit le pilote, montez sur les épaules de deux de nos hommes, ils vous porteront à terre.» Le jeune homme répondit à cette invitation par un geste de complète indifférence, dégagea ses jambes de la barque et se laissa glisser dans l'eau qui lui monta jusqu'à la ceinture. «Ah! Excellence, murmura le pilote, c'est mal ce que vous faites là, et vous nous ferez gronder par le maître.» Le jeune homme continua d'avancer vers le rivage, suivant deux matelots qui choisissaient le meilleur fond. Au bout d'une trentaine de pas on avait abordé; le jeune homme secouait ses pieds sur un terrain sec, et cherchait des yeux autour de lui le chemin probable qu'on allait lui indiquer, car il faisait tout à fait nuit. Au moment où il tournait la tête, une main se posait sur son épaule, et une voix le fit tressaillir. «Bonjour, Maximilien, disait cette voix, vous êtes exact, merci! --C'est vous, comte, s'écria le jeune homme avec un mouvement qui ressemblait à de la joie, et en serrant de ses deux mains la main de Monte-Cristo. --Oui, vous le voyez, aussi exact que vous; mais vous êtes ruisselant, mon cher ami: il faut vous changer, comme dirait Calypso à Télémaque. Venez donc, il y a par ici une habitation toute préparée pour vous, dans laquelle vous oublierez fatigues et froid.» Monte-Cristo s'aperçut que Morrel se retournait; il attendit. Le jeune homme, en effet, voyait avec surprise que pas un mot n'avait été prononcé par ceux qui l'avaient amené, qu'il ne les avait pas payés et que cependant ils étaient partis. On entendait même déjà le battement des avirons de la barque qui retournait vers le petit yacht. «Ah! oui, dit le comte, vous cherchez vos matelots? --Sans doute, je ne leur ai rien donné, et cependant ils sont partis. --Ne vous occupez point de cela, Maximilien, dit en riant Monte-Cristo, j'ai un marché avec la marine pour que l'accès de mon île soit franc de tout droit de charroi et de voyage. Je suis abonné, comme on dit dans les pays civilisés.» Morrel regarda le comte avec étonnement. «Comte, lui dit-il, vous n'êtes plus le même qu'à Paris. --Comment cela? --Oui, ici, vous riez.» Le front de Monte-Cristo s'assombrit tout à coup. «Vous avez raison de me rappeler à moi-même, Maximilien, dit-il, vous revoir était un bonheur pour moi, et j'oubliais que tout bonheur est passager. --Oh! non, non, comte! s'écria Morrel en saisissant de nouveau les deux mains de son ami; riez au contraire, soyez heureux, vous, et prouvez-moi par votre indifférence que la vie n'est mauvaise qu'à ceux qui souffrent. Oh! vous êtes charitable; vous êtes bon, vous êtes grand, mon ami, et c'est pour me donner du courage que vous affectez cette gaieté. --Vous vous trompez, Morrel, dit Monte-Cristo, c'est qu'en effet j'étais heureux. --Alors vous m'oubliez moi-même; tant mieux! --Comment cela? --Oui, car vous le savez, ami, comme disait le gladiateur entrant dans le cirque au sublime empereur, je vous dis à vous: «Celui qui va mourir te salue.» --Vous n'êtes pas consolé? demanda Monte-Cristo avec un regard étrange. --Oh! fit Morrel avec un regard plein d'amertume, avez-vous cru réellement que je pouvais l'être? --Écoutez, dit le comte, vous entendez bien mes paroles, n'est-ce pas, Maximilien? Vous ne me prenez pas pour un homme vulgaire, pour une crécelle qui émet des sons vagues et vides de sens. Quand je vous demande si vous êtes consolé, je vous parle en homme pour qui le coeur humain n'a plus de secret. Eh bien, Morrel, descendons ensemble au fond de votre coeur et sondons-le. Est-ce encore cette impatience fougueuse de douleur qui fait bondir le corps comme bondit le lion piqué par le moustique? Est-ce toujours cette soif dévorante qui ne s'éteint que dans la tombe? Est-ce cette idéalité du regret qui lance le vivant hors de la vie à la poursuite du mort? ou bien est-ce seulement la prostration du courage épuisé, l'ennui qui étouffe le rayon d'espoir qui voudrait luire? est-ce la perte de la mémoire, amenant l'impuissance des larmes? Oh! mon cher ami, si c'est cela, si vous ne pouvez plus pleurer, si vous croyez mort votre coeur engourdi, si vous n'avez plus de force qu'en Dieu, de regards que pour le ciel, ami, laissons de côté les mots trop étroits pour le sens que leur donne notre âme. Maximilien, vous êtes consolé, ne vous plaignez plus. --Comte, dit Morrel de sa voix douce et ferme en même temps; comte, écoutez-moi, comme on écoute un homme qui parle le doigt étendu vers la terre, les yeux levés au ciel: je suis venu près de vous pour mourir dans les bras d'un ami. Certes, il est des gens que j'aime: j'aime ma soeur Julie, j'aime son mari Emmanuel; mais j'ai besoin qu'on m'ouvre des bras forts et qu'on me sourie à mes derniers instants; ma soeur 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 51 52 53 54 55 56 57 58 59 60 61 62 63 64 65 66 67 68 69 70 71 72 73 74 75 76 77 78 79 80 81 82 83 84 85 86 87 88 89 90 91 92 93 94 95 96 97 98 99 100 101 102 103 104 105 106 107 108 109 110 111 112 113 114 115 116 117 118 119 120 121 122 123 124 125 126 127 128 129 130 131 132 133 134 135 136 137 138 139 140 141 142 143 144 145 146 147 148 149 150 151 152 153 154 155 156 157 158 159 160 161 162 163 164 165 166 167 168 169 170 171 172 173 174 175 176 177 178 179 180 181 182 183 184 185 186 187 188 189 190 191 192 193 194 195 196 197 198 199 200 201 202 203 204 205 206 207 208 209 210 211 212 213 214 215 216 217 218 219 220 221 222 223 224 225 226 227 228 229 230 231 232 233 234 235 236 237 238 239 240 241 242 243 244 245 246 247 248 249 250 251 252 253 254 255 256 257 258 259 260 261 262 263 264 265 266 267 268 269 270 271 272 273 274 275 276 277 278 279 280 281 282 283 284 285 286 287 288 289 290 291 292 293 294 295 296 297 298 299 300 301 302 303 304 305 306 307 308 309 310 311 312 313 314 315 316 317 318 319 320 321 322 323 324 325 326 327 328 329 330 331 332 333 334 335 336 337 338 339 340 341 342 343 344 345 346 347 348 349 350 351 352 353 354 355 356 357 358 359 360 361 362 363 364 365 366 367 368 369 370 371 372 373 374 375 376 377 378 379 380 381 382 383 384 385 386 387 388 389 390 391 392 393 394 395 396 397 398 399 400 401 402 403 404 405 406 407 408 409 410 411 412 413 414 415 416 417 418 419 420 421 422 423 424 425 426 427 428 429 430 431 432 433 434 435 436 437 438 439 440 441 442 443 444 445 446 447 448 449 450 451 452 453 454 455 456 457 458 459 460 461 462 463 464 465 466 467 468 469 470 471 472 473 474 475 476 477 478 479 480 481 482 483 484 485 486 487 488 489 490 491 492 493 494 495 496 497 498 499 500 501 502 503 504 505 506 507 508 509 510 511 512 513 514 515 516 517 518 519 520 521 522 523 524 525 526 527 528 529 530 531 532 533 534 535 536 537 538 539 540 541 542 543 544 545 546 547 548 549 550 551 552 553 554 555 556 557 558 559 560 561 562 563 564 565 566 567 568 569 570 571 572 573 574 575 576 577 578 579 580 581 582 583 584 585 586 587 588 589 590 591 592 593 594 595 596 597 598 599 600 601 602 603 604 605 606 607 608 609 610 611 612 613 614 615 616 617 618 619 620 621 622 623 624 625 626 627 628 629 630 631 632 633 634 635 636 637 638 639 640 641 642 643 644 645 646 647 648 649 650 651 652 653 654 655 656 657 658 659 660 661 662 663 664 665 666 667 668 669 670 671 672 673 674 675 676 677 678 679 680 681 682 683 684 685 686 687 688 689 690 691 692 693 694 695 696 697 698 699 700 701 702 703 704 705 706 707 708 709 710 711 712 713 714 715 716 717 718 719 720 721 722 723 724 725 726 727 728 729 730 731 732 733 734 735 736 737 738 739 740 741 742 743 744 745 746 747 748 749 750 751 752 753 754 755 756 757 758 759 760 761 762 763 764 765 766 767 768 769 770 771 772 773 774 775 776 777 778 779 780 781 782 783 784 785 786 787 788 789 790 791 792 793 794 795 796 797 798 799 800 801 802 803 804 805 806 807 808 809 810 811 812 813 814 815 816 817 818 819 820 821 822 823 824 825 826 827 828 829 830 831 832 833 834 835 836 837 838 839 840 841 842 843 844 845 846 847 848 849 850 851 852 853 854 855 856 857 858 859 860 861 862 863 864 865 866 867 868 869 870 871 872 873 874 875 876 877 878 879 880 881 882 883 884 885 886 887 888 889 890 891 892 893 894 895 896 897 898 899 900 901 902 903 904 905 906 907 908 909 910 911 912 913 914 915 916 917 918 919 920 921 922 923 924 925 926 927 928 929 930 931 932 933 934 935 936 937 938 939 940 941 942 943 944 945 946 947 948 949 950 951 952 953 954 955 956 957 958 959 960 961 962 963 964 965 966 967 968 969 970 971 972 973 974 975 976 977 978 979 980 981 982 983 984 985 986 987 988 989 990 991 992 993 994 995 996 997 998 999 1000