Mais, tandis que le mélomane s'enivrait du chant de l'incomparable
artiste, Orfanik ne s'occupait que de compléter les découvertes qui
avaient été faites par les électriciens pendant ces dernières années, à
perfectionner leurs applications, à en tirer les plus extraordinaires
effets.
Après les incidents qui terminèrent la campagne dramatique de la Stilla,
le baron de Gortz disparut sans que l'on pût savoir ce qu'il était
devenu. Or, en quittant Naples, c'était au château des Carpathes qu'il
était allé se réfugier, accompagné de Orfanik, très satisfait de s'y
enfermer avec lui.
Lorsqu'il eut pris la résolution d'enfouir son existence entre les murs
de ce vieux burg, l'intention du baron de Gortz était qu'aucun habitant
du pays ne pût soupçonner son retour, et que personne ne fût tenté de
lui rendre visite. Il va sans dire que Orfanik et lui avaient le moyen
d'assurer très suffisamment la vie matérielle dans le château. En effet,
il existait une communication secrète avec la route du col de Vulkan, et
c'est par cette route qu'un homme sûr, un ancien serviteur du baron que
nul ne connaissait, introduisait à dates fixes tout ce qui était
nécessaire à l'existence du baron Rodolphe et de son compagnon.
En réalité, ce qui restait du burg--et notamment le donjon central--,
était moins délabré qu'on ne le croyait et même plus habitable que ne
l'exigeaient les besoins de ses hôtes. Aussi, pourvu de tout ce qu'il
fallait pour ses expériences, Orfanik put-il s'occuper de ces prodigieux
travaux dont la physique et la chimie lui fournissaient les éléments. Et
alors l'idée lui vint de les utiliser en vue d'éloigner les importuns.
Le baron de Gortz accueillit la proposition avec empressement, et
Orfanik installa une machinerie spéciale, destinée à épouvanter le pays
en produisant des phénomènes, qui ne pouvaient être attribués qu'à une
intervention diabolique.
Mais, en premier lieu, il importait au baron de Gortz d'être tenu au
courant de ce qui se disait au village le plus rapproché. Y avait-il
donc un moyen d'entendre causer les gens sans qu'ils puissent s'en
douter? Oui, si l'on réussissait à établir une communication
téléphonique entre le château et cette grande salle de l'auberge du -Roi
Mathias-, où les notables de Werst avaient l'habitude de se réunir
chaque soir.
C'est ce que Orfanik effectua non moins adroitement que secrètement dans
les conditions les plus simples. Un fil de cuivre, revêtu de sa gaine
isolante, et dont un bout remontait au premier étage du donjon, fut
déroulé sous les eaux du Nyad jusqu'au village de Werst. Ce premier
travail accompli, Orfanik, se donnant pour un touriste, vint passer une
nuit au -Roi Mathias-, afin de raccorder ce fil à la grande salle de
l'auberge. On le comprend, il ne lui fut pas difficile d'en ramener
l'extrémité, plongée dans le lit du torrent, à la hauteur de cette
fenêtre de la façade postérieure qui ne s'ouvrait jamais. Puis, ayant
placé un appareil téléphonique, que cachait l'épais fouillis du
feuillage, il y rattacha le fil. Or, cet appareil étant merveilleusement
disposé pour émettre comme pour recueillir les sons, il s'en suivit que
le baron de Gortz pouvait entendre tout ce qui se disait au -Roi
Mathias-, et y faire entendre aussi tout ce qui lui convenait.
Durant les premières années, la tranquillité du burg ne fut aucunement
troublée. La mauvaise réputation dont il jouissait suffisait à en
écarter les habitants de Werst. D'ailleurs, on le savait abandonné
depuis la mort des derniers serviteurs de la famille. Mais, un jour, à
l'époque où commence ce récit, la lunette du berger Frik permit
d'apercevoir une fumée qui s'échappait de l'une des cheminées du donjon.
A partir de ce moment, les commentaires reprirent de plus belle, et l'on
sait ce qui en résulta.
C'est alors que la communication téléphonique fut utile, puisque le
baron de Gortz et Orfanik purent être tenus au courant de tout ce qui se
passait à Werst. C'est par le fil qu'ils connurent l'engagement qu'avait
pris Nic Deck de se rendre au burg, et c'est par le fil qu'une voix
menaçante se fit soudain entendre dans la salle du -Roi Mathias- pour
l'en détourner. Dès lors, le jeune forestier ayant persisté dans sa
résolution malgré cette menace,. le baron de Gortz décida-t-il de lui
infliger une telle leçon qu'il perdît l'envie d'y jamais revenir. Cette
nuit-là, la machinerie de Orfanik, qui était toujours prête à
fonctionner, produisit une série de phénomènes purement physiques, de
nature à jeter l'épouvante sur le pays environnant: cloche tintant au
campanile de la chapelle, projection d'intenses flammes, mélangées de
sel marin, qui donnaient à tous les objets une apparence spectrale,
formidables sirènes d'où l'air comprimé s'échappait en mugissements
épouvantables, silhouettes photographiques de monstres projetées au
moyen de puissants réflecteurs, plaques disposées entre les herbes du
fossé de l'enceinte et mises en communication avec des piles dont le
courant avait saisi le docteur par ses bottes ferrées, enfin décharge
électrique, lancée des batteries du laboratoire, et qui avait renversé
le forestier, au montent où sa main se posait sur la ferrure du
pont-levis.
Ainsi que le baron de Gortz le pensait, après l'apparition de ces
inexplicables prodiges, après la tentative de Nic Deck qui avait si mal
tourné, la terreur fut au comble, et, ni pour or ni pour argent,
personne n'eût voulu s'approcher--même à deux bons milles de ce château
des Carpathes, évidemment hanté par des êtres surnaturels.
Rodolphe de Gortz devait donc se croire à l'abri de toute curiosité
importune, lorsque Franz de Télek arriva au village de Wertz.
Tandis qu'il interrogeait soit Jonas, soit maître Koltz et les autres,
sa présence à l'auberge du -Roi Mathias- fut aussitôt signalée par le
fil du Nyad. La haine du baron de Gortz pour le jeune comte se ralluma
avec le souvenir des événements qui s'étaient passés à Naples. Et non
seulement Franz de Télek était dans ce village, à quelques milles du
burg, mais voilà que, devant les notables, il raillait leurs absurdes
superstitions; il démolissait cette réputation fantastique qui
protégeait le château des Carpathes, il s'engageait même à prévenir les
autorités de Karlsburg, afin que la police vînt mettre à néant toutes
ces légendes!
Aussi le baron de Gortz résolut-il d'attirer Franz de Télek dans le
burg, et l'on sait par quels divers moyens il y était parvenu. La voix
de la Stilla, envoyée à l'auberge du -Roi Mathias- par l'appareil
téléphonique, avait provoqué le jeune comte à se détourner de sa route
pour s'approcher du château; l'apparition de la cantatrice sur le
terre-plein du bastion lui avait donné l'irrésistible désir d'y
pénétrer; une lumière, montré à une des fenêtres du donjon, l'avait
guidé vers la poterne qui était ouverte pour lui donner passage. Au fond
de cette crypte, éclairée électriquement, de laquelle il avait encore
entendu cette voix si pénétrante, entre les murs de cette cellule, où
des aliments lui étaient apportés alors qu'il dormait d'un sommeil
léthargique, dans cette prison enfouie sous les profondeurs du burg et
dont la porte s'était refermée sur lui, Franz de Télek était au pouvoir
du baron de Gortz, et le baron de Gortz comptait bien qu'il n'en
pourrait jamais sortir.
Tels étaient les résultats obtenus par cette collaboration mystérieuse
de Rodolphe de Gortz et de son complice Orfanik. Mais, à son extrême
dépit, le baron savait que l'éveil avait été donné par Rotzko qui,
n'ayant point suivi son maître à l'intérieur du château, avait prévenu
les autorités de Karlsburg. Une escouade d'agents était arrivée au
village de Werst, et le baron de Gortz allait avoir affaire à trop forte
partie. En effet, comment Orfanik et lui parviendraient-ils à se
défendre contre une troupe nombreuse? Les moyens employés contre Nic
Deck et le docteur Patak seraient insuffisants, car la police ne croit
guère aux interventions diaboliques. Aussi tous deux s'étaient-ils
déterminés à détruire le burg de fond en comble, et ils n'attendaient
plus que le moment d'agir. Un courant électrique était préparé pour
mettre le feu aux charges de dynamite qui avaient été enterrées sous le
donjon, les bastions, la vieille chapelle, et l'appareil, destiné, à
lancer ce courant, devait laisser au baron de Gortz et à son complice le
temps de fuir par le tunnel du col de Vulkan. Puis, après l'explosion
dont le jeune comte et nombre de ceux qui auraient escaladé l'enceinte
du château seraient les victimes, tous deux s'enfuiraient si loin que
jamais on ne retrouverait leurs traces.
Ce qu'il venait d'entendre de cette conversation avait donné à Franz
l'explication des phénomènes du passé. Il savait maintenant qu'une
communication téléphonique existait entre le château des Carpathes et le
village de Werst. Il n'ignorait pas non plus que le burg allait être
anéanti dans une catastrophe qui lui coûterait la vie et serait fatale
aux agents de la police amenés par Rotzko. Il savait enfin que le baron
de Gortz et Orfanik auraient le temps de fuir,--fuir en entraînant la
Stilla, inconsciente...
Ah! pourquoi Frantz ne pouvait-il forcer l'entrée de la chapelle, se
jeter sur ces deux hommes!... il les aurait terrassés, il les aurait
frappés, il les aurait mis hors d'état de nuire, il aurait pu empêcher
l'effroyable ruine!
Mais ce qui était impossible en ce moment, ne le serait peut-être pas
après le départ du baron. Lorsque tous deux auraient quitté la chapelle,
Franz, se jetant sur leurs traces, les poursuivrait jusqu'au donjon, et,
Dieu aidant, il ferait justice!
Le baron de Gortz et Orfanik étaient déjà au fond du chevet. Franz ne
les perdait pas du regard. Par quelle issue allaient-ils sortir?
Serait-ce une porte donnant sur l'une des cours de l'enceinte, ou
quelque couloir intérieur qui devait raccorder la chapelle avec le
donjon, car il semblait que toutes les constructions du burg
communiquaient entre elles? Peu importait, si le jeune comte ne
rencontrait pas un obstacle qu'il ne pourrait franchir.
En ce moment, quelques paroles furent encore échangées entre le baron de
Gortz et Orfanik.
«Il n'y a plus rien à faire ici?
--Rien.
--Alors séparons-nous.
--Votre intention est toujours que je vous laisse seul dans le
château?...
--Oui, Orfanik, et partez à l'instant par le tunnel du col de Vulkan.
--Mais vous?...
--Je ne quitterai le burg qu'au dernier instant.
--Il est bien convenu que c'est à Bistritz que je dois aller vous
attendre?
--A Bistritz.
--Restez donc, baron Rodolphe, et restez seul, puisque c'est votre
volonté.
--Oui... car je veux l'entendre... je veux l'entendre encore une fois
pendant cette dernière nuit que j'aurai passée au château des
Carpathes!»
Quelques instants encore et le baron de Gortz, avec Orfanik, avait
quitté la chapelle.
Bien que le nom de Stilla n'eût pas été prononcé dans cette
conversation, Frantz l'avait bien compris, c'était d'elle que venait de
parler Rodolphe de Gortz.
XVI
Le désastre était imminent. Franz ne pouvait le prévenir qu'en mettant
le baron de Gortz hors d'état d'exécuter son projet.
Il était alors onze heures du soir. Ne craignant plus d'être découvert,
Franz reprit son travail. Les briques de la paroi se détachaient assez
facilement; mais son épaisseur était telle qu'une demi-heure s'écoula
avant que l'ouverture fût assez large pour lui livrer passage.
Dès que Franz eut mis pied à l'intérieur de cette chapelle ouverte à
tous les vents, il se sentit ranimé par l'air du dehors. A travers les
déchirures de la nef et l'embrasure des fenêtres, le ciel laissait voir
de légers nuages, chassés par la brise. Çà et là apparaissaient quelques
étoiles que faisait pâlir l'éclat de la lune montant sur l'horizon.
Il s'agissait de trouver la porte qui s'ouvrait au fond de la chapelle,
et par laquelle le baron de Gortz et Orfanik étaient sortis. C'est
pourquoi, ayant traversé la nef obliquement, Franz s'avança-t-il vers le
chevet.
En cette partie très obscure, où ne pénétraient pas les rayons lunaires,
son pied se heurtait à des débris de tombes et aux fragments détachés de
la voûte.
Enfin, à l'extrémité du chevet, derrière le retable de l'autel, près
d'une sombre encoignure, Franz sentit une porte vermoulue céder sous sa
poussée.
Cette porte s'ouvrait sur une galerie, qui devait traverser l'enceinte.
C'était par là que le baron de Gortz et Orfanik étaient entrés dans la
chapelle, et c'était par là qu'ils venaient d'en sortir.
Dès que Franz fut dans la galerie, il se trouva de nouveau au milieu
d'une complète obscurité. Après nombre de détours, sans avoir eu ni à
monter ni à descendre, il était certain de s'être maintenu au niveau des
cours intérieures.
Une demi-heure plus tard, l'obscurité parut être moins profonde: une
demi-clarté se glissait à travers quelques ouvertures latérales de la
galerie.
Franz put marcher plus rapidement, et il déboucha dans une large
casemate, ménagée sous ce terre-plein du bastion, qui flanquait l'angle
gauche de la courtine.
Cette casemate était percée d'étroites meurtrières, par lesquelles
pénétraient les rayons de la lune.
A l'opposé il y avait une porte ouverte.
Le premier soin de Franz fut de se placer devant une des meurtrières,
afin de respirer cette fraîche brise de la nuit durant quelques
secondes.
Mais, au moment où il allait se retirer, il crut apercevoir deux ou
trois ombres, qui se mouvaient à l'extrémité inférieure du plateau
d'Orgall, éclairé jusqu'au sombre massif de la sapinière.
Franz regarda.
Quelques hommes allaient et venaient sur ce plateau, un peu en avant des
arbres--sans doute les agents de Karlsburg, ramenés par Rotzko.
S'étaient-ils donc décidés à opérer de nuit, dans l'espoir de surprendre
les hôtes du château, ou attendaient-ils en cet endroit les premières
lueurs de l'aube?
Quel effort Franz dut faire sur lui-même pour retenir le cri prêt à lui
échapper, pour ne pas appeler Rotzko, qui aurait bien su entendre et
reconnaître sa voix! Mais ce cri pouvait arriver jusqu'au donjon, et,
avant que les agents eussent escaladé l'enceinte, Rodolphe de Gortz
aurait le temps de mettre son appareil en activité et de s'enfuir par le
tunnel.
Franz parvint à se maîtriser et s'éloigna de la meurtrière. Puis, la
casemate traversée, il franchit la porte et continua de suivre la
galerie.
Cinq cents pas plus loin, il arriva au seuil d'un escalier qui se
déroulait dans l'épaisseur du mur.
Était-il enfin au donjon qui se dressait au milieu de la place d'armes?
Il avait lieu de le croire.
Cependant, cet escalier ne devait pas être l'escalier principal qui
accédait aux divers étages. Il ne se composait que d'une suite
d'échelons circulaires, disposés comme les filets d'une vis à
l'intérieur d'une cage étroite et obscure.
Franz monta sans bruit, écoutant, mais n'entendant rien, et, au bout
d'une vingtaine de marches, il s'arrêta sur un palier.
Là, une porte s'ouvrait attenant à la terrasse, dont le donjon était
entouré à son premier étage.
Franz se glissa le long de cette terrasse et, en prenant le soin de
s'abriter derrière le parapet, il regarda dans la direction du plateau
d'Orgall.
Plusieurs hommes apparaissaient encore au bord de la sapinière, et rien
n'indiquait qu'ils voulussent se rapprocher du burg.
Décidé à rejoindre le baron de Gortz avant qu'il se fût enfui par le
tunnel du col, Franz contourna l'étage et arriva devant une autre porte,
où la vis de l'escalier reprenait sa révolution ascendante.
Il mit le pied sur la première marche, appuya ses deux mains aux parois,
et commença à monter.
Toujours même silence.
L'appartement du premier étage n'était point habité.
Franz se hâta d'atteindre les paliers qui donnaient accès aux étages
supérieurs.
Lorsqu'il eut atteint le troisième palier, son pied ne rencontra plus de
marche. Là se terminait l'escalier, qui desservait l'appartement le plus
élevé du donjon, celui que couronnait la plate-forme crénelée, où
flottait autrefois l'étendard des barons de Gortz.
La paroi, à gauche du palier, était percée d'une porte, fermée en ce
moment.
A travers le trou de la serrure, dont la clef était en dehors, filtrait
un vif rayon de lumière.
Franz écouta et ne perçut aucun bruit à l'intérieur de l'appartement.
En appliquant son œil à la serrure, il ne distingua que la partie
gauche d'une chambre, qui était très éclairée, la partie droite étant
plongée dans l'ombre.
Après avoir tourné la clef doucement, Franz poussa la porte qui
s'ouvrit.
Une salle spacieuse occupait tout cet étage supérieur du donjon. Sur ses
murs circulaires s'appuyait une voûte à caissons, dont les nervures, en
se rejoignant au centre, se fondaient en un lourd pendentif. Des
tentures épaisses, d'anciennes tapisseries à personnages, recouvraient
ses parois. Quelques vieux meubles, bahuts, dressoirs, fauteuils,
escabeaux, la meublaient assez artistement. Aux fenêtres pendaient
d'épais rideaux, qui ne laissaient rien passer au-dehors de la clarté
intérieure. Sur le plancher se développait un tapis de haute laine, sur
lequel s'amortissaient les pas.
L'arrangement de la salle était au moins bizarre, et, en y pénétrant,
Franz fut surtout frappé du contraste qu'elle offrait, suivant qu'elle
était baignée d'ombre ou de lumière.
A droite de la porte, le fond disparaissait au milieu d'une profonde
obscurité.
A gauche, au contraire, une estrade, dont la surface était drapée
d'étoffes noires, recevait une puissante lumière, due à quelque appareil
de concentration, placé en avant, mais de manière à ne pouvoir être
aperçu.
A une dizaine de pieds de cette estrade, dont il était séparé par un
écran à hauteur d'appui, se trouvait un antique fauteuil à long dossier,
que l'écran entourait d'une sorte de pénombre.
Près du fauteuil, une petite table, recouverte d'un tapis, supportait
une boîte rectangulaire.
Cette boîte, longue de douze à quinze pouces, large de cinq à six, dont
le couvercle, incrusté de pierreries, était relevé, contenait un
cylindre métallique.
Dès son entrée dans la salle, Franz s'aperçut que le fauteuil était
occupé.
Là, en effet, il y avait une personne qui gardait une complète
immobilité, la tête renversée contre le dos du fauteuil, les paupières
closes, le bras droit étendu sur la table, la main appuyée sur la partie
antérieure de la boîte.
C'était Rodolphe de Gortz.
Était-ce donc pour s'abandonner au sommeil que le baron avait voulu
passer cette dernière nuit à l'extrême étage du vieux donjon?
Non!... Cela ne pouvait être, d'après ce que Franz lui avait entendu
dire à Orfanik.
Le baron de Gortz était seul dans cette chambre, d'ailleurs, et,
conformément aux ordres qu'il avait reçus, il n'était pas douteux que
son compagnon ne se fût déjà enfui par le tunnel.
Et la Stilla?... Rodolphe de Gortz n'avait-il pas dit aussi qu'il
voulait l'entendre une dernière fois dans ce château des Carpathes,
avant qu'il n'eût été détruit par l'explosion?... Et pour quelle autre
raison aurait-il regagné cette salle, où elle devait venir, chaque soir,
l'enivrer de son chant?...
Où était donc la Stilla?...
Franz ne la voyait ni ne l'entendait...
Après tout, qu'importait, maintenant que Rodolphe de Gortz était à la
merci du jeune comte!... Franz saurait bien le contraindre à parler.
Mais, étant donné l'état de surexcitation où il se trouvait, n'allait-il
pas se jeter sur cet homme qu'il haïssait comme il en était haï, qui lui
avait enlevé la Stilla... la Stilla, vivante et folle... folle par
lui... et le frapper?...
Franz vint se poster derrière le fauteuil. Il n'avait plus qu'un pas à
faire pour saisir le baron de Gortz, et, le sang aux yeux, la tête
perdue, il levait la main...
Soudain la Stilla apparut.
Franz laissa tomber son couteau sur le tapis.
La Stilla était debout sur l'estrade, en pleine lumière, sa chevelure
dénouée, ses bras tendus, admirablement belle dans son costume blanc de
l'Angélica d'Orlando, telle qu'elle s'était montrée sur le bastion du
burg. Ses yeux, fixés sur le jeune comte, le pénétraient jusqu'au fond
de l'âme...
Il était impossible que Franz ne fût pas vu d'elle, et, pourtant, la
Stilla ne faisait pas un geste pour l'appeler... elle n'entrouvrait pas
les lèvres pour lui parler... Hélas! elle était folle!
Franz allait s'élancer sur l'estrade pour la saisir entre ses bras, pour
l'entraîner au-dehors...
La Stilla venait de commencer à chanter. Sans quitter son fauteuil, le
baron de Gortz s'était penché vers elle. Au paroxysme de l'extase, le
dilettante respirait cette voix comme un parfum, il la buvait comme une
liqueur divine. Tel il était autrefois aux représentations des théâtres
d'Italie, tel il était alors au milieu de cette salle, dans une solitude
infinie, au sommet de ce donjon, qui dominait la campagne transylvaine!
Oui! la Stilla chantait!... Elle chantait pour lui... rien que pour
lui!... C'était comme un souffle s'exhalant de ses lèvres, qui
semblaient être immobiles... Mais, si la raison l'avait abandonnée, du
moins son âme d'artiste lui était-elle restée toute entière!
Franz, lui aussi, s'enivrait du charme de cette voix qu'il n'avait pas
entendue depuis cinq longues années... Il s'absorbait dans l'ardente
contemplation de cette femme qu'il croyait ne jamais revoir, et qui
était là, vivante, comme si quelque miracle l'eût ressuscitée à ses
yeux!
Et ce chant de la Stilla, n'était-ce pas entre tous celui qui devait
faire vibrer plus vivement au cœur de Franz les cordes du souvenir?
Oui! il avait reconnu le finale de la tragique scène d'-Orlando-, ce
finale où l'âme de la cantatrice s'était brisée sur cette dernière
phrase:
Innamorata, mio cuore tremante,
Voglio morire...
Franz la suivait note par note, cette phrase ineffable... Et il se
disait qu'elle ne serait pas interrompue, comme elle l'avait été sur le
théâtre de San-Carlo!... Non!... Elle ne mourrait pas entre les lèvres
de la Stilla, comme elle était morte à sa représentation d'adieu...
Franz ne respirait plus... Toute sa vie était attachée à ce chant...
Encore quelques mesures, et ce chant s'achèverait dans toute son
incomparable pureté...
Mais voici que la voix commence à faiblir... On dirait que la Stilla
hésite en répétant ces mots d'une douleur poignante:
Voglio morire...
La Stilla va-t-elle tomber sur cette estrade comme elle est autrefois
tombée sur la scène?...
Elle ne tombe pas, mais le chant s'arrête à la même mesure, à la même
note qu'au théâtre de San-Carlo...
Elle pousse un cri... et c'est le même cri que Franz avait entendu ce
soir-là...
Et pourtant, la Stilla est toujours là, debout, immobile, avec son
regard adoré,--ce regard qui jette au jeune comte toutes les tendresses
de son âme...
Franz s'élance vers elle... Il veut l'emporter hors de cette salle, hors
de ce château...
A ce moment, il se rencontre face à face avec le baron, qui venait de se
relever.
«Franz de Télek!... s'écrie Rodolphe de Gortz. Franz de Télek qui a pu
s'échapper...»
Mais Franz ne lui répond même pas, et, se précipitant vers l'estrade:
«Stilla... ma chère Stilla, répète-t-il, toi que je retrouve ici...
vivante...
--Vivante... la Stilla... vivante!...» s'écrie le baron de Gortz.
Et cette phrase ironique s'achève dans un éclat de rire, où l'on sent
tout l'emportement de la rage.
«Vivante!... reprend Rodolphe de Gortz. Eh bien! que Franz de Télek
essaie donc de me l'enlever!»
Franz a tendu les bras vers la Stilla, dont les yeux sont ardemment
fixés sur lui...
A ce moment, Rodolphe de Gortz se baisse, ramasse le couteau qui s'est
échappé de la main de Franz, et il le dirige vers la Stilla immobile...
Franz se précipite sur lui, afin de détourner le coup qui menace la
malheureuse folle...
Il est trop tard... le couteau la frappe au cœur...
Soudain, le bruit d'une glace qui se brise se fait entendre, et, avec
les mille éclats de verre, dispersés à travers la salle, disparaît la
Stilla...
Franz est demeuré inerte... Il ne comprend plus... Est-ce qu'il est
devenu fou, lui aussi?...
Et alors Rodolphe de Gortz de s'écrier:
«La Stilla échappe encore à Franz de Télek!... Mais sa voix... sa voix
me reste... Sa voix est à moi... à moi seul... et ne sera jamais à
personne!»
Au moment où Franz va se jeter sur le baron de Gortz, ses forces
l'abandonnent, et il tombe sans connaissance au pied de l'estrade.
Rodolphe de Gortz ne prend même pas garde au jeune comte. Il saisit la
boîte déposée sur la table, il se précipite hors de la salle, il descend
au premier étage du donjon; puis, arrivé sur la terrasse, il la
contourne, et il allait gagner l'autre porte, lorsqu'une détonation
retentit.
Rotzko, posté au rebord de la contrescarpe, venait de tirer sur le baron
de Gortz.
Le baron ne fut pas atteint, mais la balle de Rotzko fracassa la boîte
qu'il serrait entre ses bras.
Il poussa un cri terrible.
«Sa voix... sa voix!... répétait-il. Son âme... l'âme de la Stilla...
Elle est brisée... brisée... brisée!...»
Et alors, les cheveux hérissés, les mains crispées, on le vit courir le
long de la terrasse, criant toujours: «Sa voix... sa voix!... Ils m'ont
brisé sa voix!... Qu'ils soient maudits!»
Puis, il disparut à travers la porte, au moment où Rotzko et Nic Deck
cherchaient à escalader l'enceinte du burg, sans attendre l'escouade des
agents de police.
Presque aussitôt, une formidable explosion fit trembler tout le massif
du Plesa. Des gerbes de flammes s'élevèrent jusqu'aux nuages, et une
avalanche de pierres retomba sur la route du Vulkan.
Des bastions, de la courtine, du donjon, de la chapelle du château des
Carpathes, il ne restait plus qu'une masse de ruines fumantes à la
surface du plateau d'Orgall.
XVII
On ne l'a point oublié, en se reportant à la conversation du baron et de
Orfanik, l'explosion ne devait détruire le château qu'après le départ de
Rodolphe de Gortz. Or, au moment où cette explosion s'était produite, il
était impossible que le baron eût eu le temps de s'enfuir par le tunnel
sur la route du col. Dans l'emportement de la douleur, dans la folie du
désespoir, n'ayant plus conscience de ce qu'il faisait, Rodolphe de
Gortz avait-il provoqué une catastrophe immédiate dont il devait avoir
été la première victime? Après les incompréhensibles paroles qui lui
étaient échappées, au moment où la balle de Rotzko venait de briser la
boîte qu'il emportait, avait-il voulu s'ensevelir sous les ruines du
burg?
En tout cas, il fut très heureux que les agents, surpris par le coup de
fusil de Rotzko, se trouvassent encore à une certaine distance, lorsque
l'explosion ébranla le massif. C'est à peine si quelques-uns furent
atteints par les débris qui tombèrent au pied du plateau d'Orgall.
Seuls, Rotzko et le forestier étaient alors au bas de la courtine, et,
en vérité, ce fut miracle qu'ils n'eussent pas été écrasés sous cette
pluie de pierres.
L'explosion avait donc produit son effet, lorsque Rotzko, Nic Deck et
les agents parvinrent, sans trop de peine, à franchir l'enceinte, en
remontant le fossé, qui avait été à demi comblé par le renversement des
murailles.
Cinquante pas au-delà de la courtine, un corps fut relevé au milieu des
décombres, à la base du donjon.
C'était celui de Rodolphe de Gortz. Quelques anciens du pays--entre
autres maître Koltz--le reconnurent sans hésitation.
Quant à Rotzko et à Nic Deck, ils ne songeaient qu'à retrouver le jeune
comte. Puisque Franz n'avait pas reparu dans les délais convenus entre
son soldat et lui, c'est qu'il n'avait pu s'échapper du château.
Mais Rotzko n'osait espérer qu'il eût survécu, qu'il ne fût pas une
victime de la catastrophe; aussi pleurait-il à grosses larmes, et Nic
Deck ne savait comment le calmer.
Cependant, après une demi-heure de recherches, le jeune comte fut
retrouvé au premier étage du donjon, sous un arc-boutement de la
muraille, qui l'avait empêché d'être écrasé.
«Mon maître... mon pauvre maître...
--Monsieur le comte...»
Ce furent les premières paroles que prononcèrent Rotzko et Nic Deck,
lorsqu'ils se penchèrent sur Franz. Ils devaient le croire mort, il
n'était qu'évanoui.
Franz rouvrit les veux; mais son regard sans fixité ne semblait ni
reconnaître Rotzko ni l'entendre.
Nic Deck, qui avait soulevé le jeune comte dans ses bras, lui parla
encore; il ne fit aucune réponse.
Ces derniers mots du chant de la Stilla s'échappaient seuls de sa
bouche:
Innamorata... Voglio morire...
Franz de Télek était fou.
XVIII
Personne, sans doute, puisque le jeune comte avait perdu la raison,
n'aurait jamais eu l'explication des derniers phénomènes dont le château
des Carpathes avait été le théâtre, sans les révélations qui furent
faites dans les circonstances que voici:
Pendant quatre jours, Orfanik avait attendu, comme c'était convenu, que
le baron de Gortz vînt le rejoindre à la bourgade de Bistritz. En ne le
voyant pas reparaître, il s'était demandé s'il n'avait pas été victime
de l'explosion. Poussé alors par la curiosité autant que par
l'inquiétude, il avait quitté la bourgade, il avait repris la route de
Werst, et il était revenu rôder aux environs du burg.
Mal lui en prit, car les agents de la police ne tardèrent pas à
s'emparer de sa personne sur les indications de Rotzko, qui le
connaissait et de longue date.
Une fois dans la capitale du comitat, en présence des magistrats devant
lesquels il fut conduit, Orfanik ne fit aucune difficulté de répondre
aux questions qui lui furent posées au cours de l'enquête ordonnée sur
cette catastrophe.
Nous avouerons même que la triste fin du baron Rodolphe de Gortz ne
parut pas émouvoir autrement ce savant égoïste et maniaque, qui n'avait
à cœur que ses inventions.
En premier lieu, sur les demandes pressantes de Rotzko, Orfanik affirma
que la Stilla était morte, et--ce sont les expressions mêmes dont il se
servit--, qu'elle était enterrée et bien enterrée depuis cinq ans dans
le cimetière du Campo Santo Nuovo, à Naples.
Cette affirmation ne fut pas le moindre des étonnements que devait
provoquer cette étrange aventure.
En effet, si la Stilla était morte, comment se faisait-il que Franz eût
pu entendre sa voix dans la grande salle de l'auberge, puis la voir
apparaître sur le terre-plein du bastion, puis s'enivrer de son chant,
lorsqu'il était enfermé dans la crypte?... Enfin comment l'avait-il
retrouvée vivante dans la chambre du donjon?
Voici l'explication de ces divers phénomènes, qui semblaient devoir être
inexplicables.
On se souvient de quel désespoir avait été saisi le baron de Gortz,
lorsque le bruit s'était répandu que la Stilla avait pris la résolution
de quitter le théâtre pour devenir comtesse de Télek. L'admirable talent
de l'artiste, c'est-à-dire toutes ses satisfactions de dilettante,
allaient lui manquer.
Ce fut alors que Orfanik lui proposa de recueillir, au moyen d'appareils
phonographiques, les principaux morceaux de son répertoire que la
cantatrice se proposait de chanter à ses représentations d'adieu. Ces
appareils étaient merveilleusement perfectionnés à cette époque, et
Orfanik les avait rendus si parfaits que la voix humaine n'y subissait
aucune altération, ni dans son charme, ni dans sa pureté.
Le baron de Gortz accepta l'offre du physicien. Des phonographes furent
installés successivement et secrètement au fond de la loge grillée
pendant le dernier mois de la saison. C'est ainsi que se gravèrent sur
leurs plaques, cavatines, romances d'opéras ou de concerts, entre
autres, la mélodie de Stéfano et cet air final d'Orlando qui fut
interrompu par la mort de la Stilla.
Voici en quelles conditions le baron de Gortz était venu s'enfermer au
château des Carpathes, et là, chaque soir, il pouvait entendre les
chants qui avaient été recueillis par ces admirables appareils. Et non
seulement il entendait la Stilla, comme s'il eût été dans sa loge, mais
--ce qui peut paraître absolument incompréhensible--, il la voyait comme
si elle eût été vivante, devant ses yeux.
C'était un simple artifice d'optique.
On n'a pas oublié que le baron de Gortz avait acquis un magnifique
portrait de la cantatrice. Ce portrait la représentait en pied avec son
costume blanc de l'Angélica d'Orlando et sa magnifique chevelure
dénouée. Or, au moyen de glaces inclinées suivant un certain angle
calculé par Orfanik, lorsqu'un foyer puissant éclairait ce portrait
placé devant un miroir, la Stilla apparaissait, par réflexion, aussi
«réelle» que lorsqu'elle était pleine de vie et dans toute la splendeur
de sa beauté. C'est grâce à cet appareil, transporté pendant la nuit sur
le terre-plein du bastion, que Rodolphe de Gortz l'avait fait
apparaître, lorsqu'il avait voulu attirer Franz de Télek; c'est grâce à
ce même appareil que le jeune comte avait revu la Stilla dans la salle du
donjon, tandis que son fanatique admirateur s'enivrait de sa voix et de
ses chants.
Tels sont, très sommaires, les renseignements que donna Orfanik d'une
manière plus détaillée au cours de son interrogatoire. Et, il faut le
dire, c'est avec une fierté sans égale qu'il se déclara l'auteur de ces
inventions géniales, qu'il avait portées au plus haut degré de
perfection.
Cependant, si Orfanik avait matériellement expliqué ces divers
phénomènes, ou plutôt ces «trucs», pour employer le mot consacré, ce
qu'il ne s'expliquait pas, c'était pourquoi le baron de Gortz, avant
l'explosion, n'avait pas eu le temps de s'enfuir par le tunnel du col du
Vulkan. Mais, lorsque Orfanik eut appris qu'une balle avait brisé
l'objet que Rodolphe de Gortz emportait entre ses bras, il comprit. Cet
objet, c'était l'appareil phonographique qui renfermait le dernier chant
de la Stilla, c'était celui que Rodolphe de Gortz avait voulu entendre
une fois encore dans la salle du donjon, avant son effondrement. Or, cet
appareil détruit, c'était la vie du baron de Gortz détruite aussi, et,
fou de désespoir, il avait voulu s'ensevelir sous les ruines du burg.
Le baron Rodolphe de Gortz a été inhumé dans le cimetière de Werst avec
les honneurs dus à l'ancienne famille qui finissait en sa personne.
Quant au jeune comte de Télek, Rotzko l'a fait transporter au château de
Krajowa, où il se consacre tout entier à soigner son maître. Orfanik lui
a volontiers cédé les phonographes où sont recueillis les autres chants
de la Stilla, et, lorsque Franz entend la voix de la grande artiste, il
y prête une certaine attention, il reprend sa lucidité d'autrefois, il
semble que son âme s'essaie à revivre dans les souvenirs de cet
inoubliable passé.
De fait, quelques mois plus tard, le jeune comte avait recouvert la
raison, et c'est par lui qu'on a connu les détails de cette dernière
nuit au château des Carpathes.
Disons maintenant que le mariage de la charmante Miriota et de Nic Deck
fut célébré dans la huitaine qui suivit la catastrophe. Après que les
fiancés eurent reçu la bénédiction du pope au village de Vulkan, ils
revinrent à Werst, où maître Koltz leur avait réservé la plus belle
chambre de sa maison.
Mais, de ce que ces divers phénomènes ont été mis au jour d'une façon
naturelle, il ne faudrait pas s'imaginer que la jeune femme ne croit
plus aux fantastiques apparitions du burg. Nic Deck a beau la raisonner
--Jonas aussi, car il tient à ramener la clientèle au -Roi Mathias---,
elle n'est point convaincue, pas plus, d'ailleurs, que ne le sont maître
Koltz, le berger Frik, le magister Hermod et les autres habitants de
Werst. On comptera bien des années, vraisemblablement, avant que ces
braves gens aient renoncé à leurs superstitieuses croyances.
Toutefois, le docteur Patak, qui a repris ses fanfaronnades habituelles,
ne cesse de répéter à qui veut l'entendre:
«Eh bien! ne l'avais-je pas dit?... Des génies dans le burg!... Est-ce
qu'il existe des génies!»
Mais personne ne l'écoute, et on le prie même de se taire, lorsque ses
railleries dépassent la mesure.
Du reste, le magister Hermod n'a pas cessé de baser ses leçons sur
l'étude des légendes transylvaines. Longtemps encore, la jeune
génération du village de Werst croira que les esprits de l'autre monde
hantent les ruines du château des Carpathes.
Fin
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