m'appuyais à un faux ébénier; derrière moi était un rocher artificiel destiné à servir de banc aux promeneurs; car en tombant, ma main, qui venait de quitter l'ébénier, avait senti la fraîcheur de cette pierre. À ma droite était le faux ébénier, derrière moi était le rocher, je tombai en me plaçant de même, je me relevai et me mis à creuser et à élargir le trou: rien! toujours rien! le coffret n'y était pas. --Le coffret n'y était pas? murmura Mme Danglars suffoquée par l'épouvante. --Ne croyez pas que je me bornai à cette tentative, continua Villefort; non. Je fouillai tout le massif; je pensai que l'assassin, ayant déterré le coffre et croyant que c'était un trésor, avait voulu s'en emparer, l'avait emporté; puis s'apercevant de son erreur, avait fait à son tour un trou et l'y avait déposé; rien. Puis il me vint cette idée qu'il n'avait point pris tant de précautions, et l'avait purement et simplement jeté dans quelque coin. Dans cette dernière hypothèse, il me fallait, pour faire mes recherches, attendre le jour. Je remontai dans la chambre et j'attendis. --Oh! mon Dieu! --Le jour venu, je descendis de nouveau. Ma première visite fut pour le massif; j'espérais y retrouver des traces qui m'auraient échappé pendant l'obscurité. J'avais retourné la terre sur une superficie de plus de vingt pieds carrés, et sur une profondeur de plus de deux pieds. Une journée eût à peine suffi à un homme salarié pour faire ce que j'avais fait, moi, en une heure. Rien, je ne vis absolument rien. «Alors, je me mis à la recherche du coffre, selon la supposition que j'avais faite qu'il avait été jeté dans quelque coin. Ce devait être sur le chemin qui conduisait à la petite porte de sortie; mais cette nouvelle investigation fut aussi inutile que la première, et, le coeur serré, je revins au massif, qui lui-même ne me laissait plus aucun espoir. --Oh! s'écria Mme Danglars, il y avait de quoi devenir fou. --Je l'espérai un instant, dit Villefort, mais je n'eus pas ce bonheur; cependant, rappelant ma force et par conséquent mes idées: Pourquoi cet homme aurait-il emporté ce cadavre? me demandai-je. --Mais vous l'avez dit, reprit Mme Danglars, pour avoir une preuve. --Eh! non, madame, ce ne pouvait plus être cela; on ne garde pas un cadavre pendant un an, on le montre à un magistrat, et l'on fait sa déposition. Or, rien de tout cela n'était arrivé. --Eh bien, alors?... demanda Hermine toute palpitante. --Alors, il y a quelque chose de plus terrible, de plus fatal, de plus effrayant pour nous: il y a que l'enfant était vivant peut-être, et que l'assassin l'a sauvé.» Mme Danglars poussa un cri terrible, et saisissant les mains de Villefort: «Mon enfant était vivant! dit-elle; vous avez enterré mon enfant vivant, monsieur! Vous n'étiez pas sûr que mon enfant était mort, et vous l'avez enterré! ah!...» Mme Danglars s'était redressée et elle se tenait devant le procureur du roi, dont elle serrait les poignets entre ses mains délicates, debout et presque menaçante. «Que sais-je? Je vous dis cela comme je vous dirais autre chose», répondit Villefort avec une fixité de regard qui indiquait que cet homme si puissant était près d'atteindre les limites du désespoir et de la folie. «Ah! mon enfant, mon pauvre enfant!» s'écria la baronne, retombant sur sa chaise et étouffant ses sanglots dans son mouchoir. Villefort revint à lui, et comprit que pour détourner l'orage maternel qui s'amassait sur sa tête, il fallait faire passer chez Mme Danglars la terreur qu'il éprouvait lui-même. «Vous comprenez alors que si cela est ainsi, dit-il en se levant à son tour et en s'approchant de la baronne pour lui parler d'une voix plus basse, nous sommes perdus: cet enfant vit, et quelqu'un sait qu'il vit, quelqu'un a notre secret; et puisque Monte-Cristo parle devant nous d'un enfant déterré où cet enfant n'était plus, ce secret c'est lui qui l'a. --Dieu, Dieu juste, Dieu vengeur!» murmura Mme Danglars. Villefort ne répondit que par une espèce de rugissement. «Mais cet enfant, cet enfant, monsieur? reprit la mère obstinée. --Oh! que je l'ai cherché! reprit Villefort en se tordant les bras: que de fois je l'ai appelé dans mes longues nuits sans sommeil! que de fois j'ai désiré une richesse royale pour acheter un million de secrets à un million d'hommes, et pour trouver mon secret dans les leurs! Enfin, un jour que pour la centième fois je reprenais la bêche, je me demandai pour la centième fois ce que le Corse avait pu faire de l'enfant: un enfant embarrasse un fugitif; peut-être en s'apercevant qu'il était vivant encore, l'avait-il jeté dans la rivière. --Oh! impossible! s'écria Mme Danglars; on assassine un homme par vengeance, on ne noie pas de sang-froid un enfant! --Peut-être, continua Villefort, l'avait-il mis aux Enfants-Trouvés. --Oh! oui, oui! s'écria la baronne, mon enfant est là! monsieur! --Je courus à l'hospice, et j'appris que cette nuit même, la nuit du 20 septembre, un enfant avait été déposé dans le tour; il était enveloppé d'une moitié de serviette en toile fine, déchirée avec intention. Cette moitié de serviette portait une moitié de couronne de baron et la lettre H. --C'est cela, c'est cela! s'écria Mme Danglars, tout mon linge était marqué ainsi; M. de Nargonne était baron, et je m'appelle Hermine. Merci, mon Dieu! mon enfant n'était pas mort! --Non, il n'était pas mort! --Et vous me le dites! vous me dites cela sans craindre de me faire mourir de joie, monsieur! Où est-il? où est mon enfant?» Villefort haussa les épaules. «Le sais-je? dit-il; et croyez-vous que si je le savais je vous ferais passer par toutes ces gradations, comme le ferait un dramaturge ou un romancier? Non, hélas! non! je ne le sais pas. Une femme, il y avait six mois environ, était venue réclamer l'enfant avec l'autre moitié de la serviette. Cette femme avait fourni toutes les garanties que la loi exige, et on le lui avait remis. --Mais il fallait vous informer de cette femme, il fallait la découvrir. --Et de quoi pensez-vous donc que je me sois occupé, madame? J'ai feint une instruction criminelle, et tout ce que la police a de fins limiers, d'adroits agents, je les mis à sa recherche. On a retrouvé ses traces jusqu'à Châlons; à Châlons, on les a perdues. --Perdues? --Oui, perdues; perdues à jamais.» Mme Danglars avait écouté ce récit avec un soupir, une larme, un cri pour chaque circonstance. «Et c'est tout, dit-elle; et vous vous êtes borné là? --Oh! non, dit Villefort, je n'ai jamais cessé de chercher, de m'enquérir, de m'informer. Cependant, depuis deux ou trois ans, j'ai donné quelque relâche. Mais, aujourd'hui, je vais recommencer avec plus de persévérance et d'acharnement que jamais; et je réussirai, voyez-vous; car ce n'est plus la conscience qui me pousse, c'est la peur. --Mais, reprit Mme Danglars, le comte de Monte-Cristo ne sait rien; sans quoi, ce me semble, il ne nous rechercherait point comme il le fait. --Oh! la méchanceté des hommes est bien profonde, dit Villefort, puisqu'elle est plus profonde que la bonté de Dieu. Avez-vous remarqué les yeux de cet homme, tandis qu'il nous parlait? --Non. --Mais l'avez-vous examiné profondément parfois? --Sans doute. Il est bizarre, mais voilà tout. Une chose qui m'a frappée seulement, c'est que de tout ce repas exquis qu'il nous a donné, il n'a rien touché, c'est que d'aucun plat il n'a voulu prendre sa part. --Oui, oui! dit Villefort, j'ai remarqué cela aussi. Si j'avais su ce que je sais maintenant, moi non plus je n'eusse touché à rien; j'aurais cru qu'il voulait nous empoisonner. --Et vous vous seriez trompé, vous le voyez bien. --Oui, sans doute; mais, croyez-moi, cet homme a d'autres projets. Voilà pourquoi j'ai voulu vous voir, voilà pourquoi j'ai demandé à vous parler, voilà pourquoi j'ai voulu vous prémunir contre tout le monde, mais contre lui surtout. Dites-moi, continua Villefort en fixant plus profondément encore qu'il ne l'avait fait jusque-là ses yeux sur la baronne, vous n'avez parlé de notre liaison à personne? --Jamais, à personne. --Vous me comprenez, reprit affectueusement Villefort, quand je dis à personne, pardonnez-moi cette insistance, à personne au monde, n'est-ce pas? --Oh! oui, oui, je comprends très bien, dit la baronne en rougissant; jamais! je vous le jure. --Vous n'avez point l'habitude d'écrire le soir ce qui s'est passé dans la matinée? vous ne faites pas de journal? --Non! Hélas! ma vie passe emportée par la frivolité; moi-même, je l'oublie. --Vous ne rêvez pas haut, que vous sachiez? --J'ai un sommeil d'enfant; ne vous le rappelez-vous pas?» Le pourpre monta au visage de la baronne, et la pâleur envahit celui de Villefort. «C'est vrai, dit-il si bas qu'on l'entendit à peine. --Eh bien? demanda la baronne. --Eh bien, je comprends ce qu'il me reste à faire, reprit Villefort. Avant huit jours d'ici, je saurai ce que c'est que M. de Monte-Cristo, d'où il vient, où il va, et pourquoi il parle devant nous des enfants qu'on déterre dans son jardin.» Villefort prononça ces mots avec un accent qui eût fait frissonner le comte s'il eût pu les entendre. Puis il serra la main que la baronne répugnait à lui donner et la reconduisit avec respect jusqu'à la porte. Mme Danglars reprit un autre fiacre, qui la ramena au passage, de l'autre côté duquel elle retrouva sa voiture et son cocher, qui, en l'attendant, dormait paisiblement sur son siège. LXVIII Un bal d'été. Le même jour, vers l'heure où Mme Danglars faisait la séance que nous avons dite dans le cabinet de M. le procureur du roi, une calèche de voyage, entrant dans la rue du Helder, franchissait la porte du n°27 et s'arrêtait dans la cour. Au bout d'un instant la portière s'ouvrait, et Mme de Morcerf en descendait appuyée au bras de son fils. À peine Albert eut-il reconduit sa mère chez elle que, commandant un bain et ses chevaux, après s'être mis aux mains de son valet de chambre, il se fit conduire aux Champs-Élysées, chez le comte de Monte-Cristo. Le comte le reçut avec son sourire habituel. C'était une étrange chose: jamais on ne paraissait faire un pas en avant dans le coeur ou dans l'esprit de cet homme. Ceux qui voulaient, si l'on peut dire cela, forcer le passage de son intimité trouvaient un mur. Morcerf, qui accourait à lui les bras ouverts, laissa, en le voyant et malgré son sourire amical, tomber ses bras, et osa tout au plus lui tendre la main. De son côté, Monte-Cristo la lui toucha, comme il faisait toujours, mais sans la lui serrer. «Eh bien, me voilà, dit-il, cher comte. --Soyez le bienvenu. --Je suis arrivé depuis une heure. --De Dieppe? --Du Tréport. --Ah! c'est vrai. --Et ma première visite est pour vous. --C'est charmant de votre part, dit Monte-Cristo comme il eût dit toute autre chose. --Eh bien, voyons, quelles nouvelles? --Des nouvelles! vous demandez cela à moi, à un étranger!» --Je m'entends: quand je demande quelles nouvelles, je demande si vous avez fait quelque chose pour moi? --M'aviez-vous donc chargé de quelque commission? dit Monte-Cristo en jouant l'inquiétude. --Allons, allons, dit Albert, ne simulez pas l'indifférence. On dit qu'il y a des avertissements sympathiques qui traversent la distance: eh bien! au Tréport, j'ai reçu mon coup électrique; vous avez, sinon travaillé pour moi, du moins pensé à moi. --Cela est possible, dit Monte-Cristo. J'ai en effet pensé à vous; mais le courant magnétique dont j'étais le conducteur agissait, je l'avoue, indépendamment de ma volonté. --Vraiment! Contez-moi cela, je vous prie. --C'est facile, M. Danglars a dîné chez moi. --Je le sais bien, puisque c'est pour fuir sa présence que nous sommes partis, ma mère et moi. --Mais il a dîné avec M. Andrea Cavalcanti. --Votre prince italien? --N'exagérons pas. M. Andrea se donne seulement le titre de vicomte. --Se donne, dites-vous? --Je dis: se donne. --Il ne l'est donc pas? --Eh! le sais-je, moi? Il se le donne, je le lui donne, on le lui donne; n'est-ce pas comme s'il l'avait? --Homme étrange que vous faites, allez! Eh bien? --Eh bien, quoi? --M. Danglars a donc dîné ici? --Oui. --Avec votre vicomte Andrea Cavalcanti? --Avec le vicomte Andrea Cavalcanti, le marquis son père, Mme Danglars, M. et Mme de Villefort, des gens charmants, M. Debray, Maximilien Morrel, et puis qui encore... attendez donc... ah! M. de Château-Renaud. --On a parlé de moi? --On n'en a pas dit un mot. --Tant pis. --Pourquoi cela? Il me semble que, si l'on vous a oublié, on n'a fait, en agissant ainsi, que ce que vous désiriez! --Mon cher comte, si l'on n'a point parlé de moi, c'est qu'on y pensait beaucoup, et alors je suis désespéré. --Que vous importe, puisque Mlle Danglars n'était point au nombre de ceux qui y pensaient ici! Ah! il est vrai qu'elle pouvait y penser chez elle. --Oh! quant à cela, non, j'en suis sûr: ou si elle y pensait, c'est certainement de la même façon que je pense à elle. --Touchante sympathie! dit le comte. Alors vous vous détestez? --Écoutez, dit Morcerf, si Mlle Danglars était femme à prendre en pitié le martyre que je ne souffre pas pour elle et m'en récompenser en dehors des convenances matrimoniales arrêtées entre nos deux familles, cela m'irait à merveille. Bref, je crois que Mlle Danglars serait une maîtresse charmante, mais comme femme, diable.... --Ainsi, dit Monte-Cristo en riant, voilà votre façon de penser sur votre future? --Oh! mon Dieu! oui, un peu brutale, c'est vrai mais exacte du moins. Or, puisqu'on ne peut faire de ce rêve une réalité; comme pour arriver à un certain but il faut que Mlle Danglars devienne ma femme c'est-à-dire qu'elle vive avec moi, qu'elle pense près de moi, qu'elle chante près de moi, qu'elle fasse des vers et de la musique à dix pas de moi, et cela pendant tout le temps de ma vie, alors je m'épouvante. Une maîtresse, mon cher comte, cela se quitte, mais une femme, peste! c'est autre chose, cela se garde éternellement, de près ou de loin c'est-à-dire. Or, c'est effrayant de garder toujours Mlle Danglars, fût-ce même de loin. --Vous êtes difficile, vicomte. --Oui, car souvent je pense à une chose impossible. --À laquelle? --À trouver pour moi une femme comme mon père en a trouvé une pour lui.» Monte-Cristo pâlit et regarda Albert en jouant avec des pistolets magnifiques dont il faisait rapidement crier les ressorts. «Ainsi, votre père a été bien heureux, dit-il. --Vous savez mon opinion sur ma mère, monsieur le comte: un ange du ciel; voyez-la encore belle, spirituelle toujours, meilleure que jamais. J'arrive du Tréport; pour tout autre fils, eh! mon Dieu! accompagner sa mère serait une complaisance ou une corvée mais, moi, j'ai passé quatre jours en tête-à-tête avec elle, plus satisfait, plus reposé, plus poétique, vous le dirais-je, que si j'eusse emmené au Tréport la reine Mab ou Titania. --C'est une perfection désespérante, et vous donnez à tous ceux qui vous entendent de graves envies de rester célibataires. --Voilà justement, reprit Morcerf, pourquoi, sachant qu'il existe au monde une femme accomplie, je ne me soucie pas d'épouser Mlle Danglars. Avez-vous quelquefois remarqué comme notre égoïsme revêt de couleurs brillantes tout ce qui nous appartient? Le diamant qui chatoyait à la vitre de Marlé ou de Fossin devient bien plus beau depuis qu'il est notre diamant; mais si l'évidence vous force à reconnaître qu'il en est d'une eau plus pure, et que vous soyez condamné à porter éternellement ce diamant inférieur à un autre, comprenez-vous la souffrance? --Mondain! murmura le comte. --Voilà pourquoi je sauterai de joie le jour où Mlle Eugénie s'apercevra que je ne suis qu'un chétif atome et que j'ai à peine autant de cent mille francs qu'elle a de millions.» Monte-Cristo sourit. «J'avais bien pensé à autre chose, continua Albert; Franz aime les choses excentriques, j'ai voulu le rendre malgré lui amoureux de Mlle Danglars; mais à quatre lettres que je lui ai écrites dans le plus affriandant des styles, Franz m'a imperturbablement répondu: «Je suis excentrique, c'est vrai, mais mon excentricité ne va pas jusqu'à reprendre ma parole quand je l'ai donnée.» --Voilà ce que j'appelle le dévouement de l'amitié: donner à un autre la femme dont on ne voudrait soi-même qu'à titre de maîtresse.» Albert sourit. «À propos, continua-t-il, il arrive, ce cher Franz; mais peu vous importe, vous ne l'aimez pas, je crois? --Moi! dit Monte-Cristo; eh! mon cher vicomte, où donc avez-vous vu que je n'aimais pas M. Franz? J'aime tout le monde. --Et je suis compris dans tout le monde... merci. --Oh! ne confondons pas, dit Monte-Cristo: j'aime tout le monde à la manière dont Dieu nous ordonne d'aimer notre prochain, chrétiennement; mais je ne hais bien que de certaines personnes. Revenons à M. Franz d'Épinay. Vous dites donc qu'il arrive. --Oui, mandé par M. de Villefort, aussi enragé, à ce qu'il paraît, de marier Mlle Valentine que M. Danglars est enragé de marier Mlle Eugénie. Décidément, il paraît que c'est un état des plus fatigants que celui de père de grandes filles; il me semble que cela leur donne la fièvre, et que leur pouls bat quatre-vingt-dix fois à la minute, jusqu'à ce qu'ils en soient débarrassés. --Mais M. d'Épinay ne vous ressemble pas, lui; il prend son mal en patience. --Mieux que cela, il le prend au sérieux; il met des cravates blanches et parle déjà de sa famille. Il a au reste pour les Villefort une grande considération. --Méritée, n'est-ce pas? --Je le crois. M. de Villefort a toujours passé pour un homme sévère, mais juste. --À la bonne heure, dit Monte-Cristo, en voilà un au moins que vous ne traitez pas comme ce pauvre M. Danglars. --Cela tient peut-être à ce que je ne suis pas forcé d'épouser sa fille, répondit Albert en riant. --En vérité, mon cher monsieur, dit Monte-Cristo, vous êtes d'une fatuité révoltante. --Moi? --Oui, vous. Prenez donc un cigare. --Bien volontiers. Et pourquoi suis-je fat? --Mais parce que vous êtes là à vous défendre, à vous débattre d'épouser Mlle Danglars. Eh! mon Dieu! laissez aller les choses, et ce n'est peut-être pas vous qui retirerez votre parole le premier. --Bah! fit Albert avec de grands yeux. --Eh! sans doute, monsieur le vicomte, on ne vous mettra pas de force le cou dans les portes, que diable! Voyons, sérieusement, reprit Monte-Cristo en changeant d'intonation, avez-vous envie de rompre? --Je donnerais cent mille francs pour cela. --Eh bien, soyez heureux: M. Danglars est prêt à en donner le double pour atteindre au même but. --Est-ce bien vrai, ce bonheur-là? dit Albert, qui cependant en disant cela ne put empêcher qu'un imperceptible nuage passât sur son front. Mais, mon cher comte, M. Danglars a donc des raisons? --Ah! te voilà bien, nature orgueilleuse et égoïste! À la bonne heure, je retrouve l'homme qui veut trouer l'amour-propre d'autrui à coups de hache, et qui crie quand on troue le sien avec une aiguille. --Non! mais c'est qu'il me semble que M. Danglars.... --Devait être enchanté de vous n'est-ce pas? Eh bien, M. Danglars est un homme de mauvais goût, c'est convenu, et il est encore plus enchanté d'un autre.... --De qui donc? --Je ne sais pas, moi; étudiez, regardez, saisissez les allusions à leur passage, et faites-en votre profit. --Bon, je comprends; écoutez, ma mère... non! pas ma mère, je me trompe, mon père a eu l'idée de donner un bal. --Un bal dans ce moment-ci de l'année? --Les bals d'été sont à la mode. --Ils n'y seraient pas, que la comtesse n'aurait qu'à vouloir, et elle les y mettrait. --Pas mal; vous comprenez, ce sont des bals pur sang; ceux qui restent à Paris dans le mois de juillet sont de vrais Parisiens. Voulez-vous vous charger d'une invitation pour MM. Cavalcanti? --Dans combien de jours a lieu votre bal? --Samedi. --M. Cavalcanti père sera parti. --Mais M. Cavalcanti fils demeure. Voulez-vous vous charger d'amener M. Cavalcanti fils? --Écoutez, vicomte, je ne le connais pas. --Vous ne le connaissez pas? --Non; je l'ai vu pour la première fois il y a trois ou quatre jours, et je n'en réponds en rien. --Mais vous le recevez bien, vous! --Moi, c'est autre chose; il m'a été recommandé par un brave abbé qui peut lui-même avoir été trompé. Invitez-le directement, à merveille, mais ne me dites pas de vous le présenter; s'il allait plus tard épouser Mlle Danglars, vous m'accuseriez de manège, et vous voudriez vous couper la gorge avec moi; d'ailleurs, je ne sais pas si j'irai moi-même. --Où? --À votre bal. --Pourquoi n'y viendrez-vous point? --D'abord parce que vous ne m'avez pas encore invité. --Je viens exprès pour vous apporter votre invitation moi-même. --Oh! c'est trop charmant; mais je puis en être empêché. --Quand je vous aurai dit une chose, vous serez assez aimable pour nous sacrifier tous les empêchements. --Dites. --Ma mère vous en prie. --Mme la comtesse de Morcerf? reprit Monte-Cristo en tressaillant. --Ah! comte, dit Albert, je vous préviens que Mme de Morcerf cause librement avec moi; et si vous n'avez pas senti craquer en vous ces fibres sympathiques dont je vous parlais tout à l'heure, c'est que ces fibres-là vous manquent complètement, car pendant quatre jours nous n'avons parlé que de vous. --De moi? En vérité vous me comblez! --Écoutez, c'est le privilège de votre emploi: quand on est un problème vivant. --Ah! je suis donc aussi un problème pour votre mère? En vérité, je l'aurais crue trop raisonnable pour se livrer à de pareils écarts d'imagination! --Problème, mon cher comte, problème pour tous, pour ma mère comme pour les autres; problème accepté, mais non deviné, vous demeurez toujours à l'état d'énigme: rassurez-vous. Ma mère seulement demande toujours comment il se fait que vous soyez si jeune. Je crois qu'au fond, tandis que la comtesse G... vous prend pour Lord Ruthwen, ma mère vous prend pour Cagliostro ou le comte de Saint-Germain. La première fois que vous viendrez voir Mme de Morcerf, confirmez-la dans cette opinion. Cela ne vous sera pas difficile, vous avez la pierre philosophale de l'un et l'esprit de l'autre. --Je vous remercie de m'avoir prévenu, dit le comte en souriant, je tâcherai de me mettre en mesure de faire face à toutes les suppositions. --Ainsi vous viendrez samedi? --Puisque Mme de Morcerf m'en prie. --Vous êtes charmant. --Et M. Danglars? --Oh! il a déjà reçu la triple invitation; mon père s'en est chargé. Nous tâcherons aussi d'avoir le grand d'Aguesseau, M. de Villefort; mais on en désespère. --Il ne faut jamais désespérer de rien, dit le proverbe. --Dansez-vous, cher comte? --Moi? --Oui, vous. Qu'y aurait-il d'étonnant à ce que vous dansassiez? --Ah! en effet, tant qu'on n'a pas franchi la quarantaine.... Non, je ne danse pas; mais j'aime à voir danser. Et Mme de Morcerf, danse-t-elle? --Jamais, non plus; vous causerez, elle a tant envie de causer avec vous! --Vraiment? --Parole d'honneur! et je vous déclare que vous êtes le premier homme pour lequel ma mère ait manifesté cette curiosité.» Albert prit son chapeau et se leva; le comte le reconduisit jusqu'à la porte. «Je me fais un reproche, dit-il en l'arrêtant au haut du perron. --Lequel? --J'ai été indiscret, je ne devais pas vous parler de M. Danglars. --Au contraire, parlez-m'en encore, parlez-m'en souvent, parlez-m'en toujours; mais de la même façon. --Bien! vous me rassurez. À propos, quand arrive M. d'Épinay? --Mais dans cinq ou six jours au plus tard. --Et quand se marie-t-il? --Aussitôt l'arrivée de M. et de Mme de Saint-Méran. --Amenez-le-moi donc quand il sera à Paris. Quoique vous prétendiez que je ne l'aime pas, je vous déclare que je serai heureux de le voir. --Bien, vos ordres seront exécutés, seigneur. --Au revoir! --À samedi, en tout cas, bien sûr, n'est-ce pas? --Comment donc! c'est parole donnée.» Le comte suivit des yeux Albert en le saluant de la main. Puis, quand il fut remonté dans son phaéton, il se retourna, et trouvant Bertuccio derrière lui: «Eh bien? demanda-t-il. --Elle est allée au Palais, répondit l'intendant. --Elle y est restée longtemps? --Une heure et demie. --Et elle est rentrée chez elle? --Directement. --Eh bien, mon cher monsieur Bertuccio, dit le comte, si j'ai maintenant un conseil à vous donner, c'est d'aller voir en Normandie si vous ne trouverez pas cette petite terre dont je vous ai parlée.» Bertuccio salua, et, comme ses désirs étaient en parfaite harmonie avec l'ordre qu'il avait reçu, il partit le soir même. LXIX Les informations. M. de Villefort tint parole à Mme Danglars, et surtout à lui-même, en cherchant à savoir de quelle façon M. le comte de Monte-Cristo avait pu apprendre l'histoire de la maison d'Auteuil. Il écrivit le même jour à un certain M. de Boville, qui, après avoir été autrefois inspecteur des prisons, avait été attaché, dans un grade supérieur, à la police de sûreté, pour avoir les renseignements qu'il désirait, et celui-ci demanda deux jours pour savoir au juste près de qui l'on pourrait se renseigner. Les deux jours expirés, M. de Villefort reçut la note suivante: «La personne que l'on appelle M. le comte de Monte-Cristo est connue particulièrement de Lord Wilmore, riche étranger, que l'on voit quelquefois à Paris et qui s'y trouve en ce moment; il est connu également de l'abbé Busoni, prêtre sicilien d'une grande réputation en Orient, où il a fait beaucoup de bonnes oeuvres.» M. de Villefort répondit par un ordre de prendre sur ces deux étrangers les informations les plus promptes et les plus précises; le lendemain soir, ses ordres étaient exécutés, et voici les renseignements qu'il recevait: L'abbé, qui n'était que pour un mois à Paris, habitait, derrière Saint-Sulpice, une petite maison composée d'un seul étage au-dessus d'un rez-de-chaussée; quatre pièces, deux pièces en haut et deux pièces en bas, formaient tout le logement, dont il était l'unique locataire. Les deux pièces d'en bas se composaient d'une salle à manger avec table, deux chaises et buffet en noyer, et d'un salon boisé peint en blanc, sans ornements, sans tapis et sans pendule. On voyait que, pour lui-même, l'abbé se bornait aux objets de stricte nécessité. Il est vrai que l'abbé habitait de préférence le salon du premier. Ce salon, tout meublé de livres de théologie et de parchemins, au milieu desquels on le voyait s'ensevelir, disait son valet de chambre, pendant des mois entiers, était en réalité moins un salon qu'une bibliothèque. Ce valet regardait les visiteurs au travers d'une sorte de guichet, et lorsque leur figure lui était inconnue ou ne lui plaisait pas, il répondait que M. l'abbé n'était point à Paris, ce dont beaucoup se contentaient, sachant que l'abbé voyageait souvent et restait quelquefois fort longtemps en voyage. Au reste, qu'il fût au logis ou qu'il n'y fût pas, qu'il se trouvât à Paris ou au Caire, l'abbé donnait toujours, et le guichet servait de tour aux aumônes que le valet distribuait incessamment au nom de son maître. L'autre chambre, située près de la bibliothèque, était une chambre à coucher. Un lit sans rideaux quatre fauteuils et un canapé de velours d'Utrecht jaune formaient avec un prie-Dieu tout son ameublement. Quant à Lord Wilmore, il demeurait rue Fontaine-Saint-Georges. C'était un de ces Anglais touristes qui mangent toute leur fortune en voyages. Il louait en garni l'appartement qu'il habitait dans lequel il venait passer seulement deux ou trois heures par jour, et où il ne couchait que rarement. Une de ses manies était de ne vouloir pas absolument parler la langue française, qu'il écrivait cependant, assurait-on, avec une assez grande pureté. Le lendemain du jour où ces précieux renseignements étaient parvenus à M. le procureur du roi, un homme, qui descendait de voiture au coin de la rue Férou, vint frapper à une porte peinte en vert olive et demanda l'abbé Busoni. «M. l'abbé est sorti dès le matin, répondit le valet. --Je pourrais ne pas me contenter de cette réponse, dit le visiteur, car je viens de la part d'une personne pour laquelle on est toujours chez soi. Mais veuillez remettre à l'abbé Busoni.... --Je vous ai déjà dit qu'il n'y était pas, répéta le valet. --Alors quand il sera rentré, remettez-lui cette carte et ce papier cacheté. Ce soir, à huit heures M. l'abbé sera-t-il chez lui? --Oh! sans faute, monsieur, à moins que M. l'abbé ne travaille, et alors c'est comme s'il était sorti. --Je reviendrai donc ce soir à l'heure convenue», reprit le visiteur. Et il se retira. En effet, à l'heure indiquée, le même homme revint dans la même voiture, qui cette fois, au lieu de s'arrêter au coin de la rue Férou, s'arrêta devant la porte verte. Il frappa, on lui ouvrit, et il entra. Aux signes de respect dont le valet fut prodigue envers lui, il comprit que sa lettre avait fait l'effet désiré. «M. l'abbé est chez lui? demanda-t-il. --Oui, il travaille dans sa bibliothèque; mais il attend monsieur», répondit le serviteur. L'étranger monta un escalier assez rude, et, devant une table dont la superficie était inondée de la lumière que concentrait un vaste abat-jour, tandis que le reste de l'appartement était dans l'ombre, il aperçut l'abbé, en habit ecclésiastique, la tête couverte de ces coqueluchons sous lesquels s'ensevelissait le crâne des savants en -us- du Moyen Âge. «C'est à monsieur Busoni que j'ai l'honneur de parler? demanda le visiteur. --Oui, monsieur, répondit l'abbé, et vous êtes la personne que M. de Boville, ancien intendant des prisons, m'envoie de la part de M. le préfet de Police? --Justement, monsieur. --Un des agents préposés à la sûreté de Paris? --Oui, monsieur», répondit l'étranger avec une espèce d'hésitation, et surtout un peu de rougeur. L'abbé rajusta les grandes lunettes qui lui couvraient non seulement les yeux, mais encore les tempes, et, se rasseyant, fit signe au visiteur de s'asseoir à son tour. «Je vous écoute, monsieur, dit l'abbé avec un accent italien des plus prononcés. --La mission dont je me suis chargé, monsieur, reprit le visiteur en pesant chacune de ses paroles comme si elles avaient peine à sortir, est une mission de confiance pour celui qui la remplit et pour celui près duquel on la remplit. L'abbé s'inclina. «Oui, reprit l'étranger, votre probité, monsieur l'abbé, est si connue de M. le préfet de Police, qu'il veut savoir de vous, comme magistrat, une chose qui intéresse cette sûreté publique au nom de laquelle je vous suis député. Nous espérons donc, monsieur l'abbé, qu'il n'y aura ni liens d'amitié ni considération humaine qui puissent vous engager à déguiser la vérité à la justice. --Pourvu, monsieur, que les choses qu'il vous importe de savoir ne touchent en rien aux scrupules de ma conscience. Je suis prêtre, monsieur, et les secrets de la confession, par exemple, doivent rester entre moi et la justice de Dieu, et non entre moi et la justice humaine. --Oh! soyez tranquille, monsieur l'abbé, dit l'étranger, dans tous les cas nous mettrons votre conscience à couvert.» À ces mots l'abbé, en pesant de son côté sur l'abat jour, leva ce même abat-jour du côté opposé, de sorte que, tout en éclairant en plein le visage de l'étranger, le sien restait toujours dans l'ombre. «Pardon, monsieur l'abbé, dit l'envoyé de M. le préfet de Police, mais cette lumière me fatigue horriblement la vue.» L'abbé baissa le carton vert. «Maintenant, monsieur, je vous écoute, parlez. --J'arrive au fait. Vous connaissez M. le comte de Monte-Cristo? --Vous voulez parler de M. Zaccone, je présume? --Zaccone!... Ne s'appelle-t-il donc pas Monte-Cristo! --Monte-Cristo est un nom de terre, ou plutôt un nom de rocher, et non pas un nom de famille. --Eh bien, soit; ne discutons pas sur les mots, et puisque M. de Monte-Cristo et M. Zaccone c'est le même homme.... --Absolument le même. --Parlons de M. Zaccone. --Soit. --Je vous demandais si vous le connaissiez? --Beaucoup. --Qu'est-il? --C'est le fils d'un riche armateur de Malte. --Oui, je le sais bien, c'est ce qu'on dit; mais, comme vous le comprenez, la police ne peut pas se contenter d'un -on-dit-. --Cependant, reprit l'abbé avec un sourire tout affable, quand cet -on-dit- est la vérité, il faut bien que tout le monde s'en contente, et que la police fasse comme tout le monde. --Mais vous êtes sûr de ce que vous dites? --Comment! si j'en suis sûr! --Remarquez, monsieur, que je ne suspecte en aucune façon votre bonne foi. Je vous dis: Êtes-vous sûr? --Écoutez, j'ai connu M. Zaccone le père. --Ah! ah! --Oui, et tout enfant j'ai joué dix fois avec son fils dans leurs chantiers de construction. --Mais cependant ce titre de comte? --Vous savez, cela s'achète. --En Italie? --Partout. --Mais ces richesses qui sont immenses à ce qu'on dit toujours.... --Oh! quant à cela, répondit l'abbé, immenses c'est le mot. --Combien croyez-vous qu'il possède, vous qui le connaissez? --Oh! il a bien cent cinquante à deux cent mille livres de rente. --Ah! voilà qui est raisonnable, dit le visiteur, mais on parle de trois, de quatre millions! --Deux cent mille livres de rente, monsieur, font juste quatre millions de capital. --Mais on parlait de trois à quatre millions de rente! --Oh! cela n'est pas croyable. --Et vous connaissez son île de Monte-Cristo? --Certainement; tout homme qui est venu de Palerme, de Naples ou de Rome en France, par mer, la connaît, puisqu'il est passé à côté d'elle et l'a vue en passant. --C'est un séjour enchanteur, à ce que l'on assure. --C'est un rocher. --Et pourquoi donc le comte a-t-il acheté un rocher? --Justement pour être comte. En Italie, pour être comte, on a encore besoin d'un comté. --Vous avez sans doute entendu parler des aventures de jeunesse de M. Zaccone. --Le père? --Non, le fils. --Ah! voici où commencent mes incertitudes, car voici où j'ai perdu mon jeune camarade de vue. --Il a fait la guerre? --Je crois qu'il a servi. --Dans quelle arme? --Dans la marine. --Voyons, vous n'êtes pas son confesseur? --Non, monsieur; je le crois luthérien. --Comment, luthérien? --Je dis que je crois; je n'affirme pas. D'ailleurs, je croyais la liberté des cultes établie en France. --Sans doute, aussi n'est-ce point de ses croyances que nous nous occupons en ce moment, c'est de ses actions; au nom de M. le préfet de Police, je vous somme de dire ce que vous savez. --Il passe pour un homme fort charitable. Notre saint-père le pape l'a fait chevalier du Christ, faveur qu'il n'accorde guère qu'aux princes, pour les services éminents qu'il a rendus aux chrétiens d'Orient; il a cinq ou six grands cordons conquis par des services rendus ainsi aux princes ou aux États. --Et il les porte? --Non, mais il en est fier, il dit qu'il aime mieux les récompenses accordées aux bienfaiteurs de l'humanité que celles accordées aux destructeurs des hommes. --C'est donc un quaker que cet homme-là? --Justement, c'est un quaker, moins le grand chapeau et l'habit marron, bien entendu. --Lui connaît-on des amis? --Oui, car il a pour amis tous ceux qui le connaissent. --Mais enfin, il a bien quelque ennemi? --Un seul. --Comment le nommez-vous? --Lord Wilmore. --Où est-il? --À Paris dans ce moment même. --Et il peut me donner des renseignements? --Précieux. Il était dans l'Inde en même temps que Zaccone. --Savez-vous où il demeure? --Quelque part dans la Chaussée-d'Antin; mais j'ignore la rue et le numéro. --Vous êtes mal avec cet Anglais? 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 51 52 53 54 55 56 57 58 59 60 61 62 63 64 65 66 67 68 69 70 71 72 73 74 75 76 77 78 79 80 81 82 83 84 85 86 87 88 89 90 91 92 93 94 95 96 97 98 99 100 101 102 103 104 105 106 107 108 109 110 111 112 113 114 115 116 117 118 119 120 121 122 123 124 125 126 127 128 129 130 131 132 133 134 135 136 137 138 139 140 141 142 143 144 145 146 147 148 149 150 151 152 153 154 155 156 157 158 159 160 161 162 163 164 165 166 167 168 169 170 171 172 173 174 175 176 177 178 179 180 181 182 183 184 185 186 187 188 189 190 191 192 193 194 195 196 197 198 199 200 201 202 203 204 205 206 207 208 209 210 211 212 213 214 215 216 217 218 219 220 221 222 223 224 225 226 227 228 229 230 231 232 233 234 235 236 237 238 239 240 241 242 243 244 245 246 247 248 249 250 251 252 253 254 255 256 257 258 259 260 261 262 263 264 265 266 267 268 269 270 271 272 273 274 275 276 277 278 279 280 281 282 283 284 285 286 287 288 289 290 291 292 293 294 295 296 297 298 299 300 301 302 303 304 305 306 307 308 309 310 311 312 313 314 315 316 317 318 319 320 321 322 323 324 325 326 327 328 329 330 331 332 333 334 335 336 337 338 339 340 341 342 343 344 345 346 347 348 349 350 351 352 353 354 355 356 357 358 359 360 361 362 363 364 365 366 367 368 369 370 371 372 373 374 375 376 377 378 379 380 381 382 383 384 385 386 387 388 389 390 391 392 393 394 395 396 397 398 399 400 401 402 403 404 405 406 407 408 409 410 411 412 413 414 415 416 417 418 419 420 421 422 423 424 425 426 427 428 429 430 431 432 433 434 435 436 437 438 439 440 441 442 443 444 445 446 447 448 449 450 451 452 453 454 455 456 457 458 459 460 461 462 463 464 465 466 467 468 469 470 471 472 473 474 475 476 477 478 479 480 481 482 483 484 485 486 487 488 489 490 491 492 493 494 495 496 497 498 499 500 501 502 503 504 505 506 507 508 509 510 511 512 513 514 515 516 517 518 519 520 521 522 523 524 525 526 527 528 529 530 531 532 533 534 535 536 537 538 539 540 541 542 543 544 545 546 547 548 549 550 551 552 553 554 555 556 557 558 559 560 561 562 563 564 565 566 567 568 569 570 571 572 573 574 575 576 577 578 579 580 581 582 583 584 585 586 587 588 589 590 591 592 593 594 595 596 597 598 599 600 601 602 603 604 605 606 607 608 609 610 611 612 613 614 615 616 617 618 619 620 621 622 623 624 625 626 627 628 629 630 631 632 633 634 635 636 637 638 639 640 641 642 643 644 645 646 647 648 649 650 651 652 653 654 655 656 657 658 659 660 661 662 663 664 665 666 667 668 669 670 671 672 673 674 675 676 677 678 679 680 681 682 683 684 685 686 687 688 689 690 691 692 693 694 695 696 697 698 699 700 701 702 703 704 705 706 707 708 709 710 711 712 713 714 715 716 717 718 719 720 721 722 723 724 725 726 727 728 729 730 731 732 733 734 735 736 737 738 739 740 741 742 743 744 745 746 747 748 749 750 751 752 753 754 755 756 757 758 759 760 761 762 763 764 765 766 767 768 769 770 771 772 773 774 775 776 777 778 779 780 781 782 783 784 785 786 787 788 789 790 791 792 793 794 795 796 797 798 799 800 801 802 803 804 805 806 807 808 809 810 811 812 813 814 815 816 817 818 819 820 821 822 823 824 825 826 827 828 829 830 831 832 833 834 835 836 837 838 839 840 841 842 843 844 845 846 847 848 849 850 851 852 853 854 855 856 857 858 859 860 861 862 863 864 865 866 867 868 869 870 871 872 873 874 875 876 877 878 879 880 881 882 883 884 885 886 887 888 889 890 891 892 893 894 895 896 897 898 899 900 901 902 903 904 905 906 907 908 909 910 911 912 913 914 915 916 917 918 919 920 921 922 923 924 925 926 927 928 929 930 931 932 933 934 935 936 937 938 939 940 941 942 943 944 945 946 947 948 949 950 951 952 953 954 955 956 957 958 959 960 961 962 963 964 965 966 967 968 969 970 971 972 973 974 975 976 977 978 979 980 981 982 983 984 985 986 987 988 989 990 991 992 993 994 995 996 997 998 999 1000