as fait descendre. Et le spectre continua son chemin sans hâter le pas. Roland, un instant étonné, descendit de son estrade et se mit résolument à la poursuite du fantôme. Le chemin était difficile, encombré qu'il se présentait de pierres, de bancs mis en travers, de tables renversées. Et cependant on eût dit qu'à travers tous ces obstacles un sentier invisible était tracé pour le spectre, qui marchait du même pas sans que rien l'arrêtât. Chaque fois qu'il passait devant une fenêtre, la lumière extérieure, si faible qu'elle fût, se réfléchissait sur ce linceul, et le fantôme dessinait ses contours, qui, la fenêtre franchie, se perdaient dans l’obscurité pour reparaître bientôt et se perdre encore. Roland, l'oeil fixé sur celui qu'il poursuivait, craignant de le perdre de vue s'il en détachait un instant son regard, ne pouvait interroger du regard ce chemin si facile au spectre et si hérissé d'obstacles pour lui. À chaque pas, il trébuchait; le fantôme gagnait sur lui. Le fantôme arriva près de la porte opposée à celle par laquelle il était entré, Roland vit s'ouvrir l’entrée d'un corridor obscur; il comprit que l’ombre allait lui échapper. -- Homme ou spectre, voleur ou moine, dit-il, arrête, ou je fais feu! -- On ne tue pas deux fois le même corps, et la mort, tu le sais bien, continua le fantôme d'une voix sourde, n'a pas de prise sur les âmes. -- Qui es-tu donc? demanda Roland. -- Je suis le spectre de celui que tu as violemment arraché de ce monde. Le jeune officier éclata de rire, de son rire strident et nerveux rendu plus effrayant encore dans les ténèbres. -- Par ma foi, dit-il, si tu n'as pas d'autre indication à me donner, je ne prendrai pas même la peine de chercher, je t'en préviens. -- Rappelle-toi la fontaine de Vaucluse, dit le fantôme avec un accent si faible, que cette phrase sembla sortir de sa bouche plutôt comme un soupir que comme des paroles articulées. Un instant, Roland sentit, non pas son coeur faiblir, mais la sueur perler à son front; par une réaction sur lui-même, il reprit sa force, et, d'une voix menaçante: -- Une dernière fois, apparition ou réalité, cria-t-il, je te préviens que, si tu ne m'attends pas, je fais feu. Le spectre fut sourd et continua son chemin. Roland s'arrêta une seconde pour viser: le spectre était à dix pas de lui: Roland avait la main sûre, c'était lui-même qui avait glissé la balle dans le pistolet, un instant auparavant; il venait de passer la baguette dans les canons pour s'assurer qu'ils étaient chargés. Au moment où le spectre se dessinait de toute sa hauteur, blanc, sous la voûte sombre du corridor, Roland fit feu. La flamme illumina comme un éclair le corridor, dans lequel continua de s'enfoncer le spectre, sans hâter ni ralentir le pas. Puis tout rentra dans une obscurité d'autant plus profonde que la lumière avait été plus vive. Le spectre avait disparu sous l’arcade sombre. Roland s'y élança à sa poursuite, tout en faisant passer son second pistolet dans sa main droite. Mais, si court qu'eût été le temps d'arrêt, le fantôme avait gagné du chemin; Roland le vit au bout du corridor, se dessinant cette fois en vigueur sur l'atmosphère grise de la nuit. Il doubla le pas et arriva à l'extrémité du corridor au moment où le spectre disparaissait derrière la porte de la citerne. Roland redoubla de vitesse; arrivé sur le seuil de la porte, il lui sembla que le spectre s'enfonçait dans les entrailles de la terre. Cependant tout le torse était encore visible. -- Fusses-tu le démon, dit Roland, je te rejoindrai. Et il lâcha son second coup de pistolet, qui emplit de flamme et de fumée le caveau dans lequel s'était englouti le spectre. Quand la fumée fut dissipée, Roland chercha vainement; il était seul. Roland se précipita dans le caveau en hurlant de rage; il sonda les murs de la crosse de ses pistolets, il frappa le sol du pied: partout le sol et la pierre rendirent ce son mat des objets solides. Il essaya de percer l’obscurité du regard; mais c'était chose impossible: le peu de lumière que laissait filtrer la lune s'arrêtait aux premières marches de la citerne. -- Oh! s'écria Roland, une torche! une torche! Personne ne lui répondit; le seul bruit qui se fît entendre était le murmure de la source coulant à trois pas de lui. Il vit qu'une plus longue recherche serait inutile, sortit du caveau, tira de sa poche une poire à poudre, deux balles tout enveloppées dans du papier, et rechargea vivement ses pistolets. Puis il reprit le chemin qu'il venait de suivre, retrouva le couloir sombre, au bout du couloir le réfectoire immense, et alla reprendre, à l’extrémité de la salle muette, la place qu'il avait quittée pour suivre le fantôme. Là, il attendit. Mais les heures de la nuit sonnèrent successivement jusqu'à ce qu'elles devinssent les heures matinales et que les premiers rayons du jour teignissent de leurs tons blafards les murailles du cloître. -- Allons, murmura Roland, c'est fini pour cette nuit; peut-être une autre fois serai-je plus heureux. Vingt minutes après, il rentrait au château des Noires-Fontaines. XVII -- PERQUISITION Il ne pouvait point se figurer que sa soeur craignit pour un autre que lui. Amélie s'élança hors de sa chambre, avec son peignoir de nuit. Il était facile de voir, à la pâleur de son teint, au cercle de bistre s'étendant jusqu'à la moitié de sa joue, qu'elle n’avait pas fermé l’oeil de la nuit. -- Il ne t’est rien arrivé, Roland? s'écria-t-elle en serrant son frère dans ses bras et en le tâtant avec inquiétude. -- Rien. -- Ni à toi ni à personne? -- Ni à moi ni à personne. -- Et tu n'as rien vu? -- Je ne dis pas cela, fit Roland. -- Qu'as-tu vu, mon Dieu? -- Je te raconterai cela plus tard; en attendant, tant tués que blessés, il n'y a personne de mort. -- Ah! je respire. -- Maintenant, si j'ai un conseil à te donner, petite soeur, c'est d'aller te mettre gentiment dans ton lit et de dormir, si tu peux, jusqu'à l’heure du déjeuner. Je vais faire autant, et je te promets que l’on n'aura pas besoin de me bercer pour m'endormir: bonne nuit ou plutôt bon matin! Roland embrassa tendrement sa soeur, et, en affectant de siffloter insoucieusement un air de chasse, il monta l’escalier du second étage. Sir John l'attendait franchement dans le corridor. Il alla droit au jeune homme. -- Eh bien? lui demanda-t-il. -- Eh bien, je n'ai point fait complètement buisson creux. -- Vous avez vu un fantôme? -- J'ai vu quelque chose, du moins, qui y ressemblait beaucoup. -- Vous allez me raconter cela. -- Oui, je comprends, vous ne dormiriez pas ou vous dormiriez mal; voici en deux mots la chose telle qu'elle s'est passée... Et Roland fit un récit exact et circonstancié de l’aventure de la nuit. -- Bon! dit sir John quand Roland eut achevé, j'espère que vous en avez laissé pour moi? -- J'ai même peur, dit Roland, de vous avoir laissé le plus dur. Puis, comme sir John insistait, revenant sur chaque détail, se faisant indiquer la disposition des localités: -- Écoutez, dit Roland; aujourd'hui, après déjeuner, nous irons faire à la chartreuse une visite de jour, ce qui ne vous empêchera point d'y faire votre station de nuit; au contraire, la visite de jour vous servira à étudier les localités. Seulement, ne dites rien à personne. -- Oh! fit sir John, ai-je donc l'air d'un bavard? -- Non, c'est vrai, dit Roland en riant; ce n'est pas vous, milord, qui êtes un bavard, c'est moi qui suis un niais. Et il rentra dans sa chambre. Après le déjeuner, les deux hommes descendirent les pentes du jardin comme pour aller faire une promenade aux bords de la Reyssouse, puis ils appuyèrent à gauche, remontèrent au bout de quarante pas, gagnèrent la grande route, traversèrent le bois, et se trouvèrent au pied du mur de la chartreuse, à l'endroit même où la veille Roland l'avait escaladé. -- Milord, dit Roland, voici le chemin. -- En bien, fit sir John, prenons-le. Et lentement, mais avec une admirable force de poignet qui indiquait un homme possédant à fond sa gymnastique, l'Anglais saisit le chaperon du mur, s'assit sur le faîte, et se laissa retomber de l'autre. Roland le suivit avec la prestesse d'un homme qui n'en était point à son coup d'essai. Tous deux se trouvèrent de l'autre côté. L'abandon était encore plus visible de jour que la nuit. L'herbe avait poussé partout dans les allées et montait jusqu'aux genoux; les escaliers étaient envahis par des vignes devenues si épaisses, que le raisin n’y pouvait mûrir sous l'ombre des feuilles; en plusieurs endroits, le mur était dégradé, et le lierre, ce parasite bien plus que cet ami des ruines, commençait à s'étendre de tous côtés. Quant aux arbres en plein vent, pruniers, pêchers, abricotiers, ils avaient poussé avec la liberté des hêtres et des chênes de la forêt, dont ils semblaient envier la hauteur et l'épaisseur, et la sève, tout entière absorbée par les branches aux jets multiples et vigoureux, ne donnait que des fruits rares et mal venus. Deux ou trois fois, au mouvement des longues herbes agitées devant eux, sir John et Roland devinèrent que la couleuvre, cette hôtesse rampante de la solitude, avait établi là son domicile et fuyait tout étonnée qu'on la dérangeât. Roland conduisit son ami droit à la porte donnant du verger dans le cloître; mais, avant d'entrer dans le cloître, il jeta les yeux sur le cadran de l'horloge; l'horloge, qui marchait la nuit, était arrêtée le jour. Du cloître, il passa dans le réfectoire: là, le jour lui révéla sous leur véritable aspect les objets que l'obscurité avait revêtus des formes fantastiques de la nuit. Roland montra à sir John l'escabeau renversé, la table rayée sous les batteries des pistolets, la porte par laquelle était entré le fantôme. Il suivit, avec l'Anglais, le chemin qu'il avait suivi à la piste du fantôme; il reconnut les obstacles qui l'avaient arrêté, mais qui étaient faciles à franchir pour quelqu'un qui d'avance aurait pris connaissance de la localité. Arrivé à l'endroit où il avait fait feu, il retrouva les bourres, mais il chercha inutilement la balle. Par la disposition du corridor, fuyant en biais, il était cependant impossible, si la balle n'avait pas laissé de traces sur la muraille, qu'elle n'eût point atteint le fantôme. Et cependant, si le fantôme avait été atteint et présentait un corps solide, comment se faisait-il que ce corps fût resté debout? comment, au moins, n'avait-il point été blessé? et comment, ayant été blessé, ne trouvait-on sur le sol aucune trace de sang? Or, il n'y avait ni trace de sang ni trace de balle. Lord Tanlay n'était pas loin d'admettre que son ami eût eu affaire à un spectre véritable. -- On est venu depuis moi, dit Roland, et l'on a ramassé la balle. -- Mais, si vous avez tiré sur un homme, comment la balle n'est- elle pas entrée? -- Oh! c'est bien simple, l'homme avait une cotte de mailles sous son linceul. C'était possible: cependant, sir John secoua la tête en signe de doute; il aimait mieux croire à un événement surnaturel, cela le fatiguait moins. L'officier et lui continuèrent leur investigation. On arriva au bout du corridor, et l'on se trouva à l'autre extrémité du verger. C'était là que Roland avait revu son spectre, un instant disparu sous la voûte sombre. Il alla droit à la citerne; il semblait suivre encore le fantôme, tant il hésitait peu. Là, il comprit l'obscurité de la nuit devenue plus intense encore par l'absence de tout reflet extérieur: à peine y voyait-on pendant le jour. Roland tira de dessous son manteau deux torches d'un pied de long, prit un briquet, y alluma de l'amadou, et à l’amadou une allumette. Les deux torches flambèrent. Il s'agissait de découvrir le passage par où le fantôme avait disparu. Roland et sir John approchèrent les torches du sol. La citerne était pavée de grandes dalles de liais qui semblaient parfaitement jointes les unes aux autres. Roland cherchait sa seconde balle avec autant de persistance qu'il avait cherché la première. Une pierre se trouvait sous ses pieds, il repoussa la pierre et aperçut un anneau scellé dans une des dalles. Sans rien dire, Roland passa sa main dans l’anneau, s'arc-bouta sur ses pieds et tira à lui. La dalle tourna sur son pivot avec une facilité qui indiquait qu'elle opérait souvent la même manoeuvre. En tournant, elle découvrit l’entrée du souterrain. -- Ah! fit Roland, voici le passage de mon spectre. Et il descendit dans l’ouverture béante. Sir John le suivit. Ils firent le même trajet qu'avait fait Morgan lorsqu'il était revenu rendre compte de son expédition; au bout du souterrain, ils trouvèrent la grille donnant sur les caveaux funéraires. Roland secoua la grille; la grille n'était point fermée, elle céda. Ils traversèrent le cimetière souterrain et atteignirent l'autre grille; comme la première, elle était ouverte. Roland marchant toujours le premier, ils montèrent quelques marches et se trouvèrent dans le choeur de la chapelle où s'était passée la scène que nous avons racontée entre Morgan et les compagnons de Jéhu. Seulement, les stalles étaient vides, le choeur était solitaire, et l'autel, dégradé par l'abandon du culte, n'avait plus ni ses cierges flamboyants, ni sa nappe sainte. Il était évident pour Roland que là avait abouti la course du faux fantôme, que sir John s'obstinait à croire véritable. Mais, que le fantôme fût vrai ou faux, sir John avouait que c'était là en effet que sa course avait dû aboutir. Il réfléchit un instant, puis, après cet instant de réflexion: -- Eh bien, dit l’Anglais, puisque c'est à mon tour à veiller ce soir, puisque j'ai le droit de choisir la place où je veillerai, je veillerai là, dit-il. Et il montra une espèce de table formée au milieu du choeur par le pied de chêne qui supportait autrefois l'aile du lutrin. -- En effet, dit Roland avec la même insouciance que s'il se fût agi de lui-même, vous ne serez pas mal là; seulement, comme ce soir vous pourriez trouver la pierre scellée et les deux grilles fermées, nous allons chercher une issue qui vous conduise, directement ici. Au bout de cinq minutes, l'issue était trouvée. La porte d'une ancienne sacristie s'ouvrait sur le choeur, et, de cette sacristie, une fenêtre dégradée donnait passage dans la forêt. Les deux hommes sortirent par la fenêtre et se trouvèrent dans le plus épais du bois, juste à vingt pas de l'endroit où ils avaient tué le sanglier. -- Voilà notre affaire, dit Roland; seulement, mon cher lord, comme vous ne vous retrouveriez pas de nuit dans cette forêt où l'on a déjà assez de mal à se retrouver de jour, je vous accompagnerai jusqu'ici. -- Oui, mais, moi entré, vous vous retirez aussitôt, dit l'Anglais; je me souviens de ce que vous m'avez dit touchant la susceptibilité des fantômes: vous sachant à quelques pas de moi, ils pourraient hésiter à apparaître, et, puisque vous en avez vu un, je veux aussi en voir un au moins. -- Je me retirerai, répondit Roland, soyez tranquille; seulement, ajouta-t-il en riant, je n'ai qu'une peur. -- Laquelle? -- C'est qu'en votre qualité d'Anglais et d'hérétique; ils ne soient mal à l’aise avec vous. -- Oh! dit sir John gravement, quel malheur que je n'aie pas le temps d'abjurer d'ici à ce soir! Les deux amis avaient vu tout ce qu'ils avaient à voir: en conséquence, ils revinrent au château. Personne, pas même Amélie, n'avait paru soupçonner dans leur promenade autre chose qu'une promenade ordinaire. La journée se passa donc sans questions et même sans inquiétudes apparentes: d'ailleurs, au retour des deux amis, elle était déjà bien avancée. On se mit à table, et, à la grande joie d'Édouard, on projeta une nouvelle chasse. Cette chasse fit les frais de la conversation pendant le dîner et pendant une partie de la soirée. À dix heures, comme d'habitude, chacun était rentré dans sa chambre, seulement Roland était dans celle de sir John. La différence des caractères éclatait visiblement dans les préparatifs: Roland avait fait les siens joyeusement, comme pour une partie de plaisir; sir John faisait les siens gravement, comme pour un duel. Les pistolets furent chargés avec le plus grand soin et passés à la ceinture de l'Anglais, et, au lieu d'un manteau qui pouvait gêner ses mouvements, ce fut une grande redingote à collet qu'il endossa par-dessus son habit. À dix heures et demie, tous deux sortirent avec les mêmes précautions que Roland avait prises pour lui tout seul. À onze heures moins cinq minutes, ils étaient au pied de la fenêtre dégradée, mais à laquelle des pierres tombées de la voûte pouvaient servir de marchepied. Là, ils devaient, selon leurs conventions, se séparer. Sir John rappela ces conditions à Roland: -- Oui, dit le jeune homme, avec moi, milord, une fois pour toutes, ce qui est convenu est convenu; seulement, à mon tour, une recommandation. -- Laquelle? -- Je n'ai pas retrouvé les balles parce que l’on est venu les enlever; on est venu les enlever pour que je ne visse pas l’empreinte qu'elles avaient conservée sans doute. -- Et, dans votre opinion, quelle empreinte eussent-elles conservée? -- Celle des chaînons d'une cotte de mailles; mon fantôme était un homme cuirassé. -- Tant pis, dit sir John, j'aimais fort le fantôme, moi. Puis, après un moment de silence où un soupir de l’Anglais exprimait son regret profond d'être forcé de renoncer au spectre: -- Et votre recommandation? dit-il. -- Tirez au visage. L'Anglais fit un signe d'assentiment, serra la main du jeune officier, escalada les pierres, entra dans la sacristie, et disparut. -- Bonne nuit! lui cria Roland. Et, avec cette insouciance du danger qu'en général un soldat a pour lui-même et pour ses compagnons, Roland, comme il l’avait promis à sir John, reprit le chemin du château des Noires- Fontaines. XVIII -- LE JUGEMENT Le lendemain, Roland, qui n'était parvenu à s'endormir que vers deux heures du matin, s'éveilla à sept heures. En s'éveillant, il réunit ses souvenirs épars, se rappela ce qui s'était passé la veille, entre lui et sir John, et s'étonna qu'à son retour l'Anglais ne l’eût point éveillé. Il s'habilla vivement et alla, au risque de le réveiller au milieu de son premier sommeil, frapper à la porte de la chambre de sir John. Mais sir John ne répondit point. Roland frappa plus fort. Même silence. Cette fois, un peu d'inquiétude se mêlait à la curiosité de Roland. La clef était en dehors; le jeune officier ouvrit la porte et plongea dans la chambre un regard rapide. Sir John n'était point dans la chambre, sir John n'était point rentré. Le lit était intact. Qu'était-il donc arrivé? Il n'y avait pas un instant à perdre, et, avec la rapidité de résolution que nous connaissons à Roland, on devine qu'il ne perdit pas un instant. Il s'élança dans sa chambre, acheva de s'habiller, mit son couteau de chasse à sa ceinture, son fusil en bandoulière, et sortit. Personne n'était encore éveillé, sinon la femme de chambre. Roland la rencontra sur l’escalier: -- Vous direz à madame de Montrevel, dit-il, que je suis sorti pour faire un tour dans la forêt de Seillon avec mon fusil; qu'on ne soit pas inquiet si milord et moi ne rentrions pas précisément à l’heure du déjeuner. Et Roland s'élança rapidement hors du château. Dix minutes après, il était près de la fenêtre où, la veille, à onze heures du soir, il avait quitté lord Tanlay. Il écouta: on n'entendait aucun bruit à l'intérieur; à l’extérieur seulement, l’oreille d'un chasseur pouvait reconnaître toutes ces rumeurs matinales que fait le gibier dans les bois. Roland escalada la fenêtre avec son agilité ordinaire et s'élança de la sacristie dans le choeur. Un regard lui suffit pour s'assurer que non seulement le choeur, mais le vaisseau entier de la petite chapelle, était vide. Les fantômes avaient-ils fait suivre à l’Anglais le chemin opposé à celui qu'il avait suivi lui-même? C'était possible. Roland passa rapidement derrière l’autel, gagna la grille des caveaux: la grille était ouverte. Il s'engagea dans le cimetière souterrain. L'obscurité l'empêchait de voir dans ses profondeurs. Il appela à trois reprises sir John; personne ne lui répondit. Il gagna l’autre grille donnant dans le souterrain; elle était ouverte comme la première. Il s'engagea dans le passage voûté. Seulement, là, comme il eût été impossible, au milieu des ténèbres, de se servir de son fusil, il le passa en bandoulière et mit le couteau de chasse à la main. En tâtonnant, il s'enfonça toujours davantage sans rencontrer personne, et, au fur et à mesure qu'il allait en avant, l’obscurité redoublait, ce qui indiquait que la dalle de la citerne était fermée. Il arriva ainsi à la première marche de l’escalier, monta jusqu'à ce qu'il touchât la dalle tournante avec sa tête, fit un effort, la dalle tourna. Roland revit le jour. Il s'élança dans la citerne. La porte qui donnait sur le verger était ouverte; Roland sortit par cette porte, traversa la partie du verger qui se trouvait entre la citerne et le corridor, à l’autre extrémité duquel il avait fait feu sur son fantôme. Il traversa le corridor et se trouva dans le réfectoire. Le réfectoire était vide. Comme il avait fait dans le souterrain funèbre, Roland appela trois fois sir John. L'écho étonné, qui semblait avoir désappris les sons de la parole humaine, lui répondit seul en balbutiant. Il n'était point probable que sir John fût venu de ce côté; il fallait retourner au point de départ. Roland repassa par le même chemin et se retrouva dans le choeur de la chapelle. C'était là que sir John avait dû passer la nuit, c'était là qu'on devait retrouver sa trace. Roland s'avança dans le choeur. À peine y fut-il, qu'un cri s'échappa de sa poitrine. Une large tache de sang s'étendait à ses pieds et tachait les dalles du choeur. De l'autre côté du choeur, à quatre pas de celle qui rougissait le marbre à ses pieds, il y avait une seconde tache non moins large, non mois rouge, non moins récente, et qui semblait faire le pendant de la première. Une de ces taches était à droite, l'autre à gauche de cette espèce de piédestal devant lequel milord avait dit qu'il établirait son domicile. Roland s'approcha du piédestal; le piédestal était ruisselant de sang. C'était là évidement que le drame s'était passé. Le drame, s'il fallait en croire les traces qu'il avait laissées, le drame avait été terrible. Roland, en sa double qualité de chasseur et de soldat, devait être un habile chercheur de piste. Il avait pu calculer ce qu'a répandu de sang un homme mort, ou ce qu'en répand un homme blessé. Cette nuit avait vu tomber trois hommes morts ou blessés. Maintenant, quelles étaient les probabilités? Les deux taches de sang du choeur, celle de droite et celle de gauche, étaient probablement le sang de deux des antagonistes de sir John. Le sang du piédestal, était probablement le sien. Attaqué de deux côtés, à droite et à gauche, il avait fait feu des deux mains et avait tué ou blessé un homme de chaque coup. De là les deux taches de sang qui rougissaient le pavé. Attaqué à son tour lui-même, il avait été frappé près du piédestal, et sur le piédestal son sang avait rejailli. Au bout de cinq secondes d'examen, Roland était aussi sûr de ce que nous venons de dire, que s'il avait vu la lutte de ses propres yeux. Maintenant qu'avait-on fait des deux autres corps et du corps de sir John? Ce qu'on avait fait des deux autres corps, Roland s'en inquiétait assez peu. Mais il tenait fort à savoir ce qu'était devenu celui de sir John. Une trace de sang partait du piédestal et allait jusqu’à la porte. Le corps de sir John avait été porté dehors. Roland secoua la porte massive; elle n'était fermée qu'au pêne. Sous son premier effort elle s'ouvrit: de l'autre côté du seuil, il retrouva les traces de sang. Puis, à travers les broussailles, le chemin qu'avaient suivi les gens qui emportaient le corps. Les branches brisées, les herbes foulées conduisirent Roland jusqu'à la lisière de la forêt donnant sur le chemin de Pont-d'Ain à Bourg. Là, vivant ou mort, le corps semblait avoir été déposé le long du talus du fossé. Après quoi, plus rien. Un homme passa, venant du côté du château des Noires-Fontaines; Roland alla à lui. -- N'avez-vous rien vu sur votre chemin? n'avez-vous rencontré personne? demanda-t-il. -- Si fait, répondit l'homme, j'ai vu deux paysans qui portaient un corps sur une civière. -- Ah! s'écria Roland, et ce corps était celui d'un homme vivant? -- L'homme était pâle et sans mouvement, et il avait bien l'air d'être mort. -- Le sang coulait-il? -- J'en ai vu des gouttes sur le chemin. -- En ce cas, il vit. Alors, tirant un louis de sa poche: -- Voilà un louis, dit-il; cours chez le docteur Milliet, à Bourg; dis-lui de monter à cheval et de se rendre à franc étrier au château des Noires-Fontaines; ajoute, qu'il y a un homme en danger de mort. Et, tandis que le paysan, stimulé par la récompense reçue, pressait sa course vers Bourg, Roland, bondissant sur son jarret de fer, pressait la sienne vers le château. Et maintenant, comme notre lecteur est selon toute probabilité, aussi curieux que Roland de savoir ce qui est arrivé à sir John, nous allons le mettre au courant des événements de la nuit. Sir John, comme on l’a vu, était entré à onze heures moins quelques minutes dans ce que l'on avait coutume d'appeler la Correrie ou le pavillon de la chartreuse, et qui n'était rien autre chose qu'une chapelle élevée au milieu du bois. De la sacristie, il avait passé dans le choeur. Le choeur était vide et paraissait solitaire. Une lune assez brillante, mais qui cependant disparaissait de temps en temps voilée par les nuages, infiltrait son rayon bleuâtre à travers les fenêtres en ogive et les vitraux de couleur à moitié brisés de la chapelle. Sir John pénétra jusqu'au milieu du choeur, s'arrêta devant le piédestal et s'y tint debout. Les minutes s'écoulèrent; mais, cette fois, ce ne fut point l'horloge de la chartreuse qui donna la mesure du temps, ce fut l'église de Péronnaz, c'est-à-dire du village le plus proche de la chapelle où sir John attendait. Tout se passa, jusqu'à minuit, comme tout s'était passé pour Roland, c'est-à-dire que sir John ne fut distrait que par de vagues rumeurs et par des bruits passagers. Minuit sonna: c'était le moment qu'attendait avec impatience sir John, car c'était celui où l'événement devait se produire, si un événement quelconque se produisait. Au dernier coup, il lui sembla entendre des pas souterrains et voir une lumière apparaître du côté de la grille qui communiquait aux tombeaux. Toute son attention se porta donc de ce côté. Un moine sortit du passage, son capuchon rabattu sur ses yeux et tenant une torche à la main. Il portait la robe des chartreux. Un second le suivit, puis un troisième. Sir John en compta douze. Ils se séparèrent devant l’autel. Il y avait douze stalles dans le choeur; six à la droite de sir John, six à sa gauche. Les douze moines prirent silencieusement place dans les douze stalles. Chacun planta sa torche dans un trou pratiqué à cet effet dans les appuis du chêne, et attendit. Un treizième parut et se plaça devant l’autel. Aucun de ces moines n'affectait l'allure fantastique des fantômes ou des ombres; tous appartenaient évidemment encore à la Terre, tous étaient des hommes vivants. Sir John, debout, un pistolet de chaque main, appuyé à son piédestal placé juste au milieu du choeur, regardait avec un grand flegme cette manoeuvre qui tendait à l'envelopper. Comme lui, les moines étaient debout et muets. Le moine de l’autel rompit le silence. -- Frères, demanda-t-il, pourquoi les vengeurs sont-ils réunis? -- Pour juger un profane, répondirent les moines. -- Ce profane, reprit l'interrogateur, quel crime a-t-il commis? -- Il a tenté de pénétrer les secrets des compagnons de Jéhu. -- Quelle peine a-t-il méritée? -- La peine de mort. Le moine de l'autel laissa, pour ainsi dire, à l'arrêt qui venait d'être rendu le temps de pénétrer jusqu'au coeur de celui qu'il atteignait. Puis, se retournant vers l’Anglais, toujours aussi calme que s'il eût assisté à une comédie: -- Sir John Tanlay, lui dit-il, vous êtes étranger, vous êtes Anglais; c'était une double raison pour laisser tranquillement les compagnons de Jéhu débattre leurs affaires avec le gouvernement dont ils ont juré la perte. Vous n'avez point eu cette sagesse; vous avez cédé à une vaine curiosité; au lieu de vous en écarter, vous avez pénétré dans l’antre du lion, le lion vous déchirera. Puis, après un instant de silence pendant lequel il sembla attendre la réponse de l'Anglais, voyant que celui-ci demeurait muet: -- Sir John Tanlay, ajouta-t-il, tu es condamné à mort; prépare- toi à mourir. -- Ah! ah! je vois que je suis tombé au milieu d'une bande de voleurs. S'il en est ainsi, on peut se racheter par une rançon. Puis se tournant vers le moine de l’autel: -- À combien la fixez-vous, capitaine? Un murmure de menaces accueillit ces insolentes paroles. Le moine de l’autel étendit la main. -- Tu te trompes, sir John: nous ne sommes pas une bande de voleurs, dit-il d'un ton qui pouvait lutter de calme et de sang- froid avec celui de l’Anglais, et la preuve, c'est que, si tu as quelque somme considérable ou quelques bijoux précieux sur toi, tu n'as qu'à donner tes instructions, et argent et bijoux seront remis, soit à ta famille, soit à la personne que tu désigneras. -- Et quel garant aurais-je que ma dernière volonté sera accomplie? -- Ma parole. -- La parole d'un chef d'assassins! je n'y crois pas. -- Cette fois comme l'autre, tu te trompes, sir John: je ne suis pas plus un chef d'assassins que je n'étais un capitaine de voleurs. -- Et qu'es-tu donc alors? -- Je suis l’élu de la vengeance céleste; je suis l’envoyé de Jéhu, roi d'Israël, qui a été sacré par le prophète Élisée pour exterminer la maison d'Achab. -- Si vous êtes ce que vous dites, pourquoi vous voilez-vous le visage? Pourquoi vous cuirassez-vous sous vos robes? Des élus frappent à découvert et risquent la mort en donnant la mort. Rabattez vos capuchons, montrez-moi vos poitrines nues, et je vous reconnaîtrai pour ce que vous prétendez être. -- Frères, vous avez entendu? dit le moine de l'autel. Et, dépouillant sa robe, il ouvrit d'un seul coup son habit, son gilet et jusqu'à sa chemise. Chaque moine en fit autant, et se trouva visage découvert et poitrine nue. C'étaient tous de beaux jeunes gens dont le plus âgé ne paraissait pas avoir trente-cinq ans. Leur mise indiquait l’élégance la plus parfaite; seulement, chose étrange, pas un seul n'était armé. C'étaient bien des juges et pas autre chose. -- Sois content, sir John Tanlay, dit le moine de l’autel, tu vas mourir; mais, en mourant, comme tu en as exprimé le désir tout à l'heure, tu pourras reconnaître et tuer. Sir John, tu as cinq minutes pour recommander ton âme à Dieu. Sir John, au lieu de profiter de la permission accordée et de songer à son salut spirituel, souleva tranquillement la batterie de ses pistolets pour voir si l’amorce était en bon état, fit jouer les chiens pour s'assurer de la bonté des ressorts, et passa la baguette dans les canons pour être bien certain de l'immobilité des balles. Puis, sans attendre les cinq minutes qui lui étaient accordées: -- Messieurs, dit-il, je suis prêt; l'êtes-vous? Les jeunes gens se regardèrent: puis, sur un signe de leur chef, marchèrent droit à sir John, l'enveloppant de tous les côtés. Le moine de l’autel resta immobile à sa place, dominant du regard la scène qui allait se passer. Sir John n'avait que deux pistolets, par conséquent que deux hommes à tuer. Il choisit ses victimes et fit feu. Deux compagnons de Jéhu roulèrent sur les dalles qu'ils rougirent de leur sang. Les autres, comme si rien ne s'était passé, s'avancèrent du même pas, étendant la main sur sir John. Sir John avait pris ses pistolets par le canon et s'en servait comme de deux marteaux. Il était vigoureux, la lutte fut longue. Pendant près de dix minutes, un groupe confus s'agita au milieu du choeur; puis, enfin, ce mouvement désordonné cessa, et les compagnons de Jéhu s'écartèrent à droite et à gauche, regagnant leurs stalles, et laissant sir John garrotté avec les cordes de leur robes et couché sur le piédestal au milieu du choeur. -- As-tu recommandé ton âme à Dieu? demanda le moine de l'autel. -- Oui, assassin! répondit sir John; tu peux frapper. Le moine prit sur l'autel un poignard, s'avança le bras haut vers sir John, et suspendant le poignard au-dessus de sa poitrine: -- Sir John Tanlay, lui dit-il, tu es brave, tu dois être loyal; fais serment que pas un mot de ce que tu viens de voir ne sortira de ta bouche; jure que dans quelque circonstance que ce soit, tu ne reconnaîtras aucun de nous, et nous te faisons grâce de la vie. -- Aussitôt sorti d'ici, répondit sir John, ce sera pour vous dénoncer; aussitôt libre, ce sera pour vous poursuivre. -- Jure! répéta une seconde fois le moine. -- Non! dit sir John. -- Jure! répéta une troisième fois le moine. -- Jamais! répéta à son tour sir John. -- Eh bien, meurs donc, puisque tu le veux! Et il enfonça son poignard jusqu'à la garde dans la poitrine de sir John, qui, soit force de volonté, soit qu'il eût été tué sur le coup, ne poussa pas même un soupir. Puis, d’une voix pleine, sonore, de la voix d'un homme qui a la conscience d'avoir accompli son devoir: -- Justice est faite! dit le moine. Alors, remontant à l'autel en laissant le poignard dans la blessure: -- Frères, dit-il, vous savez que vous êtes invités à Paris, rue du Bac, n° 35, au bal des victimes, qui aura lieu le 21 janvier prochain, en mémoire de la mort du roi Louis XVI. Puis, le premier, il rentra dans le souterrain, où le suivirent les dix moines restés debout, emportant chacun sa torche. Deux torches restaient pour éclairer les trois cadavres. Un instant après, à la lueur de ces deux torches, quatre frères servants entrèrent; ils commencèrent par prendre les deux cadavres gisant sur les dalles et les emportèrent dans le caveau. Puis ils rentrèrent, soulevèrent le corps de sir John, le posèrent sur un brancard, l'emportèrent hors de la chapelle, par la grande porte d'entrée, qu'ils refermèrent derrière eux. Les deux moines qui marchaient devant le brancard avaient pris les deux dernières torches. Et maintenant, si nos lecteurs nous demandent pourquoi cette différence entre les événements arrivés à Roland et ceux arrivés à 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 51 52 53 54 55 56 57 58 59 60 61 62 63 64 65 66 67 68 69 70 71 72 73 74 75 76 77 78 79 80 81 82 83 84 85 86 87 88 89 90 91 92 93 94 95 96 97 98 99 100 101 102 103 104 105 106 107 108 109 110 111 112 113 114 115 116 117 118 119 120 121 122 123 124 125 126 127 128 129 130 131 132 133 134 135 136 137 138 139 140 141 142 143 144 145 146 147 148 149 150 151 152 153 154 155 156 157 158 159 160 161 162 163 164 165 166 167 168 169 170 171 172 173 174 175 176 177 178 179 180 181 182 183 184 185 186 187 188 189 190 191 192 193 194 195 196 197 198 199 200 201 202 203 204 205 206 207 208 209 210 211 212 213 214 215 216 217 218 219 220 221 222 223 224 225 226 227 228 229 230 231 232 233 234 235 236 237 238 239 240 241 242 243 244 245 246 247 248 249 250 251 252 253 254 255 256 257 258 259 260 261 262 263 264 265 266 267 268 269 270 271 272 273 274 275 276 277 278 279 280 281 282 283 284 285 286 287 288 289 290 291 292 293 294 295 296 297 298 299 300 301 302 303 304 305 306 307 308 309 310 311 312 313 314 315 316 317 318 319 320 321 322 323 324 325 326 327 328 329 330 331 332 333 334 335 336 337 338 339 340 341 342 343 344 345 346 347 348 349 350 351 352 353 354 355 356 357 358 359 360 361 362 363 364 365 366 367 368 369 370 371 372 373 374 375 376 377 378 379 380 381 382 383 384 385 386 387 388 389 390 391 392 393 394 395 396 397 398 399 400 401 402 403 404 405 406 407 408 409 410 411 412 413 414 415 416 417 418 419 420 421 422 423 424 425 426 427 428 429 430 431 432 433 434 435 436 437 438 439 440 441 442 443 444 445 446 447 448 449 450 451 452 453 454 455 456 457 458 459 460 461 462 463 464 465 466 467 468 469 470 471 472 473 474 475 476 477 478 479 480 481 482 483 484 485 486 487 488 489 490 491 492 493 494 495 496 497 498 499 500 501 502 503 504 505 506 507 508 509 510 511 512 513 514 515 516 517 518 519 520 521 522 523 524 525 526 527 528 529 530 531 532 533 534 535 536 537 538 539 540 541 542 543 544 545 546 547 548 549 550 551 552 553 554 555 556 557 558 559 560 561 562 563 564 565 566 567 568 569 570 571 572 573 574 575 576 577 578 579 580 581 582 583 584 585 586 587 588 589 590 591 592 593 594 595 596 597 598 599 600 601 602 603 604 605 606 607 608 609 610 611 612 613 614 615 616 617 618 619 620 621 622 623 624 625 626 627 628 629 630 631 632 633 634 635 636 637 638 639 640 641 642 643 644 645 646 647 648 649 650 651 652 653 654 655 656 657 658 659 660 661 662 663 664 665 666 667 668 669 670 671 672 673 674 675 676 677 678 679 680 681 682 683 684 685 686 687 688 689 690 691 692 693 694 695 696 697 698 699 700 701 702 703 704 705 706 707 708 709 710 711 712 713 714 715 716 717 718 719 720 721 722 723 724 725 726 727 728 729 730 731 732 733 734 735 736 737 738 739 740 741 742 743 744 745 746 747 748 749 750 751 752 753 754 755 756 757 758 759 760 761 762 763 764 765 766 767 768 769 770 771 772 773 774 775 776 777 778 779 780 781 782 783 784 785 786 787 788 789 790 791 792 793 794 795 796 797 798 799 800 801 802 803 804 805 806 807 808 809 810 811 812 813 814 815 816 817 818 819 820 821 822 823 824 825 826 827 828 829 830 831 832 833 834 835 836 837 838 839 840 841 842 843 844 845 846 847 848 849 850 851 852 853 854 855 856 857 858 859 860 861 862 863 864 865 866 867 868 869 870 871 872 873 874 875 876 877 878 879 880 881 882 883 884 885 886 887 888 889 890 891 892 893 894 895 896 897 898 899 900 901 902 903 904 905 906 907 908 909 910 911 912 913 914 915 916 917 918 919 920 921 922 923 924 925 926 927 928 929 930 931 932 933 934 935 936 937 938 939 940 941 942 943 944 945 946 947 948 949 950 951 952 953 954 955 956 957 958 959 960 961 962 963 964 965 966 967 968 969 970 971 972 973 974 975 976 977 978 979 980 981 982 983 984 985 986 987 988 989 990 991 992 993 994 995 996 997 998 999 1000