plus beau diamant qu'elle pût trouver dans l'écrin de la douleur. Les portes s'ouvrirent les unes après les autres devant le père Courtois. Arrivée à la dernière, Amélie mit la main sur l'épaule du geôlier. Il lui semblait entendre quelque chose comme un chant. Elle écouta avec plus d'attention: une voix disait des vers. Mais cette voix n'était point celle de Morgan; cette voix lui était inconnue. C'était à la fois quelque chose de triste comme une élégie, de religieux comme un psaume. La voix disait: -J'ai révélé mon coeur au Dieu de l'innocence;- -Il a vu mes pleurs pénitents;- -Il guérit mes remords, il m'arme de constance:- -Les malheureux sont ses enfants, - - - -Mes ennemis, riant, ont dit dans leur colère;- -»Qu'il meure, et sa gloire avec lui!»- -Mais à mon coeur calmé le Seigneur dit en père:- -»Leur haine sera ton appui.»- - - -À tes plus chers amis ils ont prêté leur rage;- -Tout trompe ta simplicité:- -Celui que tu nourris court vendre ton image,- -Noir de sa méchanceté.- - - -Mais Dieu t'entend gémir; Dieu, vers qui te ramène- -Un vrai remords né de douleurs;- -Dieu qui pardonne enfin à la nature humaine- -D'être faible dans les malheurs.- - - -J'éveillerai pour toi la pitié, la justice- -De l'incorruptible avenir:- -Eux-mêmes épureront, par leur long artifice, - -Ton honneur qu'ils pensent ternir.- - - -Soyez béni, mon Dieu, vous qui daignez me rendre- -L'innocence et son noble orgueil;- -Vous qui, pour protéger le repos de ma cendre,- -Veillerez près de mon cercueil!- - - -Au banquet de la vie, infortuné convive,- -J'apparus un jour, et je meurs;- -Je meurs, et sur ma tombe, où lentement j'arrive,- -Nul ne viendra verser des pleurs.- - - -Salut, champs que j'aimais, et vous, douce verdure,- -Et vous, riant exil des bois!- -Ciel, pavillon de l'homme, admirable nature,- -Salut pour la dernière fois!- - - -Ah! puissent voir longtemps votre beauté sacrée- -Tant d'amis sourds à mes adieux!- -Qu'ils meurent pleins de jour! que leur mort soit pleurée- -Qu'un ami leur ferme les yeux!- La voix se tut; sans doute, la dernière strophe était dite. Amélie, qui n'avait pas voulu interrompre la méditation suprême des condamnés et qui avait reconnu la belle ode de Gilbert, écrite par lui sur le grabat d'un hôpital, la veille de sa mort, fit signe au geôlier qu'il pouvait ouvrir. Le père Courtois qui, tout geôlier qu'il était, semblait partager l'émotion de la jeune fille, fit le plus doucement possible qu'il put tourner la clef dans la serrure: la porte s'ouvrit. Amélie embrassa d'un coup d'oeil l'ensemble du cachot et des personnages qui l'habitaient. Valensolle, debout, appuyé à la muraille, tenait encore à la main le livre où il venait de lire les vers qu'Amélie avait entendus; Jahiat était assis près d'une table, la tête appuyée sur sa main; Ribier était assis sur la table même; près de lui, au fond, Sainte-Hermine, les yeux fermés, et comme s'il eût été plongé dans le plus profond sommeil, était couché sur le lit. À la vue de la jeune fille qu'ils reconnurent pour Amélie, Jahiat et Ribier se levèrent. Morgan resta immobile; il n'avait rien entendu. Amélie alla droit à lui, et comme si le sentiment qu'elle éprouvait pour son amant était sanctifié par l'approche de la mort, sans s'inquiéter de la présence de ses trois amis, elle s'approcha de Morgan, et, tout en appuyant ses lèvres sur les lèvres du prisonnier, elle murmura: -- Réveille-toi, mon Charles; c'est ton Amélie qui vient tenir sa parole. Morgan jeta un cri joyeux et enveloppa la jeune fille de ses deux bras. -- Monsieur Courtois, dit Montbar, vous êtes un brave homme; laissez ces deux pauvres jeunes gens ensemble: ce serait une impiété que de troubler par notre présence les quelques minutes qu'ils ont encore à rester ensemble sur cette terre. Le père Courtois, sans rien dire, ouvrit la porte du cachot voisin. Valensolle, Jahiat et de Ribier y entrèrent: il ferma la porte sur eux. Puis, faisant signe à Charlotte de le suivre, il sortit à son tour. Les deux amants se trouvèrent seuls. Il y a des scènes qu'il ne faut pas tenter de peindre, des paroles qu'il ne faut pas essayer de répéter; Dieu, qui les écoute de son trône immortel, pourrait seul dire ce qu'elles contiennent de sombres joies et de voluptés amères. Au bout d'une heure, les deux jeunes gens entendirent la clef tourner de nouveau dans la serrure. Ils étaient tristes, mais calmes, et la conviction que leur séparation ne serait pas longue leur donnait cette douce sérénité. Le digne geôlier avait l'air plus sombre et plus embarrassé encore à cette seconde apparition qu'à la première. Morgan et Amélie le remercièrent en souriant. Il alla à la porte du cachot où étaient enfermés les trois amis et ouvrit cette porte en murmurant -- Par ma foi, c'est bien le moins qu'ils passent cette nuit ensemble, puisque c'est leur dernière nuit. Valensolle, Jahiat et Ribier rentrèrent. Amélie, en tenant Morgan enveloppé dans son bras gauche, leur tendit la main à tous les trois. Tous les trois baisèrent, l'un après l'autre, sa main froide et humide, puis Morgan la conduisit jusqu'à la porte. -- Au revoir! dit Morgan. -- À bientôt! dit Amélie. Et ce rendez-vous pris dans la tombe fut scellé d'un long baiser, après lequel ils se séparèrent avec un gémissement si douloureux, qu'on eût dit que leurs deux coeurs venaient de se briser en même temps. La porte se referma derrière Amélie, les verrous et les clefs grincèrent. -- Eh bien? demandèrent ensemble Valensolle, Jahiat et Ribier. -- Voici, répondit Morgan en vidant sur la table le sac de nuit. Les trois jeunes gens poussèrent un cri de joie en voyant ces pistolets brillants et ces lames aiguës. C'était ce qu'ils pouvaient désirer de plus après la liberté; c'était la joie douloureuse et suprême de se sentir maîtres de leur vie, et, à la rigueur, de celle des autres. Pendant ce temps, le geôlier reconduisait Amélie jusqu'à la porte de la rue. Arrivé là, il hésita un instant; puis, enfin, l'arrêtant par le bras: -- Mademoiselle de Montrevel, lui dit-il, pardonnez-moi de vous causer une telle douleur, mais il est inutile que vous alliez à Paris... -- Parce que le pourvoi est rejeté et que l'exécution a lieu demain, n'est-ce pas? répondit Amélie. Le geôlier, dans son étonnement, fit un pas en arrière. -- Je le savais, mon ami, continua Amélie. Puis, se tournant vers sa femme de chambre: -- Conduis-moi jusqu'à la prochaine église, Charlotte, dit-elle; tu viendras m'y reprendre demain lorsque tout sera fini. La prochaine église n'était pas bien éloignée: c'était Sainte- Claire. Depuis trois mois à peu près, sous les ordres du premier consul, elle venait d'être rendue au culte. Comme il était tout près de minuit, l'église était fermée; mais Charlotte connaissait la demeure du sacristain et elle se chargea de l'aller éveiller. Amélie attendit debout, appuyée contre la muraille, aussi immobile que les figures de pierre qui ornent la façade. Au bout d'une demi-heure, le sacristain arriva. Pendant cette demi-heure, Amélie avait vu passer une chose qui lui avait paru lugubre. C'étaient trois hommes vêtus de noir, conduisant une charrette, qu'à la lueur de la lune elle avait reconnue être peinte en rouge. Cette charrette portait des objets informes: planches démesurées, échelles étranges peintes de la même couleur; elle se dirigeait du côté du bastion Montrevel, c'est-à-dire vers la place des exécutions. Amélie devina ce que c'était; elle tomba à genoux et poussa un cri. À ce cri, les hommes vêtus de noir se retournèrent; il leur sembla qu'une des sculptures du porche s'était détachée de sa niche et s'était agenouillée. Celui qui paraissait être le chef des hommes noirs fit quelques pas vers Amélie. -- Ne m'approchez pas, monsieur! cria celle-ci; ne m'approchez pas! L'homme reprit humblement sa place et continua son chemin. La charrette disparut au coin de la rue des Prisons; mais le bruit de ses roues retentit encore longtemps sur le pavé, et dans le coeur d'Amélie. Lorsque le sacristain et Charlotte revinrent, ils trouvèrent la jeune fille à genoux. Le sacristain fit quelques difficultés pour ouvrir l'église à une pareille heure; mais une pièce d'or et le nom de mademoiselle de Montrevel levèrent ses scrupules. Une seconde pièce d'or le détermina à illuminer une petite chapelle. C'était celle où, tout enfant, Amélie avait fait sa première communion. Cette chapelle illuminée, Amélie s'agenouilla au pied de l'autel et demanda qu'on la laissât seule. Vers trois heures du matin, elle vit s'éclairer la fenêtre aux vitraux de couleurs qui surmontait l'autel de la Vierge. Cette fenêtre s'ouvrait par hasard à l'orient, de sorte que le premier rayon du soleil vint droit à la jeune fille comme un messager de Dieu. Peu à peu, la ville s'éveilla: Amélie remarqua qu'elle était plus bruyante que d'habitude; bientôt même les voûtes de l'église tremblèrent, au bruit des pas d'une troupe de cavaliers; cette troupe se rendait du côté de la prison. Un peu avant neuf heures, la jeune fille entendit une grande rumeur, et il lui sembla que chacun se précipitait du même côté. Elle essaya de s'enfoncer plus avant encore dans la prière pour ne plus entendre ces différents bruits, qui parlaient à son coeur une langue inconnue, et dont cependant les angoisses qu'elle éprouvait lui disaient tout bas qu'elle comprenait chaque mot. C'est que, en effet, il se passait à la prison une chose terrible, et qui méritait bien que tout le monde courût la voir. Lorsque, vers neuf heures du matin, le père Courtois était entré dans leur cachot, pour annoncer aux condamnés tout à la fois que leur pourvoi était rejeté et qu'ils devaient se préparer à la mort, il les avait trouvés tous les quatre armés jusqu'aux dents. Le geôlier, pris à l'improviste, fut attiré dans le cachot, la porte fut fermée derrière lui; puis, sans qu'il essayât même de se défendre, tant sa surprise était inouïe, les jeunes gens lui arrachèrent son trousseau de clefs, et, ouvrant puis refermant la porte située en face de celle par laquelle le geôlier était entré, ils le laissèrent enfermé à leur place, et se trouvèrent, eux, dans le cachot voisin, où, la veille, Valensolle, Jahiat et Ribier avaient attendu que l'entrevue entre Morgan et Amélie fût terminée. Une des clefs du trousseau ouvrait la seconde porte de cet autre cachot; cette porte donnait sur la cour des prisonniers. La cour des prisonniers était, elle, fermée par trois portes massives qui, toutes trois, donnaient dans une espèce de couloir donnant lui-même dans la loge du concierge du présidial. De cette loge du concierge du présidial, on descendait par quinze marches dans le préau du parquet, vaste cour fermée par une grille. D'habitude, cette grille n'était fermée que la nuit. Si, par hasard, les circonstances ne l’avaient pas fait fermer le jour, il était possible que cette ouverture présentât une issue à leur fuite. Morgan trouva la clef de la cour des prisonniers, l'ouvrit, se précipita, avec ses compagnons, de cette cour dans la loge du concierge du présidial, et s'élança sur le perron donnant dans le préau du tribunal. Du haut de cette espèce de plate-forme, les quatre jeunes gens virent que tout espoir était perdu. La grille du préau était fermée, et quatre-vingts hommes à peu près, tant gendarmes que dragons, étaient rangés devant cette grille. À la vue des quatre condamnés libres et bondissant de la loge du Concierge sur le perron, un grand cri, cri d'étonnement et de terreur tout à la fois, s'éleva de la foule. En effet, leur aspect était formidable. Pour conserver toute la liberté de leurs mouvements, et peut-être aussi pour dissimuler l'épanchement du sang qui se manifeste si vite sur une toile blanche, ils étaient nus jusqu'à la ceinture. Un mouchoir, noué autour de leur taille, était hérissé d'armes. Il ne leur fallut qu'un regard pour comprendre qu'ils étaient maîtres de leur vie, mais qu'ils ne l'étaient pas de leur liberté. Au milieu des clameurs qui s'élevaient de la foule et du cliquetis des sabres qui sortaient des fourreaux, ils conférèrent un instant. Puis, après leur avoir serré la main, Montbar se détacha de ses compagnons, descendit les quinze marches et s'avança vers la grille. Arrivé à quatre pas de cette grille, il jeta un dernier regard et un dernier sourire à ses compagnons, salua gracieusement la foule redevenue muette, et, s'adressant aux soldats: -- Très bien, messieurs les gendarmes! Très bien, messieurs les dragons! dit-il. Et, introduisant dans sa bouche l'extrémité du canon d'un de ses pistolets, il se fit sauter la cervelle. Des cris confus et presque insensés suivirent l'explosion, mais cessèrent presque aussitôt; Valensolle descendit à son tour: lui tenait simplement à la main un poignard à lame droite, aiguë, tranchante. Ses pistolets, dont il ne paraissait pas disposé à faire usage, étaient restés à sa ceinture. Il s'avança vers une espèce de petit hangar supporté par trois colonnes, s'arrêta à la première colonne, y appuya le pommeau du poignard, dirigea la pointe vers son coeur, prit la colonne entre ses bras, salua une dernière fois ses amis, et serra la colonne jusqu'à ce que la lame tout entière eût disparu dans sa poitrine. Il resta un instant encore debout; mais une pâleur mortelle s'étendit sur son visage, puis ses bras se détachèrent, et il tomba mort au pied de la colonne. Cette fois la foule resta muette. Elle était glacée d'effroi. C'était le tour de Ribier: lui tenait à la main ses deux pistolets. Il s'avança jusqu'à la grille; puis, arrivé là, il dirigea les canons de ses pistolets sur les gendarmes. Il ne tira pas, mais les gendarmes tirèrent. Trois ou quatre coups de feu se firent entendre, et Ribier tomba percé de deux balles. Une sorte d'admiration venait de faire, parmi les assistants, place aux sentiments divers qui, à la vue de ces trois catastrophes successives, s'étaient succédé dans son coeur. Elle comprenait que ces jeunes gens voulaient bien mourir, mais qu'ils tenaient à mourir comme ils l'entendraient, et surtout, comme des gladiateurs antiques, à mourir avec grâce. Elle fit donc silence lorsque Morgan, resté seul, descendit, en souriant, les marches du perron, et fit signe qu'il voulait parler. D'ailleurs, que lui manquait-il, à cette foule avide de sangs? On lui donnait plus qu'on ne lui avait promis. On lui avait promis quatre morts, mais quatre morts uniformes, quatre têtes tranchées; et on lui donnait quatre morts différentes, pittoresques, inattendues; il était donc bien naturel qu'elle fît silence lorsqu'elle vit s'avancer Morgan. Morgan ne tenait à la main ni pistolets, ni poignard; poignard et pistolets reposaient à sa ceinture. Il passa près du cadavre de Valensolle et vint se placer entre ceux de Jahiat et de Ribier. -- Messieurs, dit-il, transigeons. Il se fit un silence comme si la respiration de tous les assistants était suspendue. -- Vous avez eu un homme qui s'est brûlé la cervelle (il désigna Jahiat); un autre qui s'est poignardé (il désigna Valensolle); un troisième qui a été fusillé (il désigna Ribier); vous voudriez voir guillotiner le quatrième, je comprends cela. Il passa un frissonnement terrible dans la foule. -- Eh bien, continua Morgan, je ne demande pas mieux que de vous donner cette satisfaction. Je suis prêt à me laisser faire, mais je désire aller à l'échafaud de mon plein gré et sans que personne me touche; celui qui m'approche, -je le brûle, -si ce n'est monsieur, continua Morgan en montrant le bourreau. C'est une affaire que nous avons ensemble et qui, de part et d'autre, ne demande que des procédés. Cette demande, sans doute, ne parut pas exorbitante à la foule, car de toute part on entendit crier: -- Oui! oui! oui! L'officier de gendarmerie vit que ce qu'il y avait de plus court était de passer par où voulait Morgan. -- Promettez-vous, dit-il, si l'on vous laisse les pieds et les mains libres, de ne point chercher à vous échapper? -- J'en donne ma parole d'honneur, reprit Morgan. -- Eh bien, dit l'officier de gendarmerie, éloignez-vous et laissez-nous enlever les cadavres de vos camarades. -- C'est trop juste, dit Morgan. Et il alla, à dix pas d'où il était, s'appuyer contre la muraille. La grille s'ouvrit. Les trois hommes vêtus de noir entrèrent dans la cour, ramassèrent l'un après l’autre les trois corps. Ribier n'était point tout à fait mort; il rouvrit les yeux et parut chercher Morgan. -- Me voilà, dit celui-ci, sois tranquille, cher ami, -j'en suis.- Ribier referma les yeux sans faire entendre une parole. Quand les trois corps furent emportés: -- Monsieur, demanda l'officier de gendarmerie à Morgan, êtes-vous prêt? -- Oui, monsieur, répondit Morgan en saluant avec une exquise politesse. -- Alors, venez. -- Me voici, dit Morgan. Et il alla prendre place entre le peloton de gendarmerie et le détachement de dragons. -- Désirez-vous monter dans la charrette ou aller à pied, monsieur? demanda le capitaine. -- À pied, à pied, monsieur: je tiens beaucoup à ce que l'on sache que c'est une fantaisie que je me passe en me laissant guillotiner; mais je n'ai pas peur. Le cortège sinistre traversa la place des Lices, et longea les murs du jardin de l'hôtel Montbazon. La charrette traînant les trois cadavre marchait la première; puis venaient les dragons; puis Morgan, marchant seul dans un intervalle libre d'une dizaine de pas; puis les gendarmes, précédés de leur capitaine. À l'extrémité du mur, le cortège tourna à gauche. Tout à coup, par l’ouverture qui se trouvait alors entre le jardin et la grande halle, Morgan aperçut l’échafaud qui dressait vers le ciel ses deux poteaux rouges comme deux bras sanglants. -- Pouah! dit-il, je n'avais jamais vu de guillotine, et je ne savais point que ce fût aussi laid que cela. Et, sans autre explication, tirant son poignard de sa ceinture, il se le plongea jusqu'au manche dans la poitrine. Le capitaine de gendarmerie vit le mouvement sans pouvoir le prévenir et lança son cheval vers Morgan, resté debout, au grand étonnement de tout le monde et de lui-même. Mais Morgan, tirant un de ses pistolets de sa ceinture et l’armant: -- Halte-là! dit-il; il est convenu que personne ne me touchera; je mourrai seul ou nous mourrons trois; c'est à choisir. Le capitaine fit faire à son cheval un pas à reculons. -- Marchons, dit Morgan. Et, en effet, il se remit en marche. Arrivé au pied de la guillotine, Morgan tira le poignard de sa blessure et s'en frappa une seconde fois aussi profondément que la première. Un cri de rage plutôt que de douleur lui échappa. -- Il faut, en vérité, que j'aie l'âme chevillée dans le corps, dit-il. Puis, comme les aides voulaient l'aider à monter l'escalier au haut duquel l'attendait le bourreau: -- Oh! dit-il, encore une fois, que l'on ne me touche pas! Et il monta les six degrés sans chanceler. Arrivé sur la plate-forme, il tira le poignard de sa blessure et s'en donna un troisième coup. Alors un effroyable éclat de rire sortit de sa bouche, et jetant aux pieds du bourreau le poignard qu'il venait d'arracher de sa troisième blessure, aussi inutile que les deux premières: -- Par ma foi! dit-il, j'en ai assez; à ton tour, et tire-toi de là comme tu pourras. Une minute après, la tête de l’intrépide jeune homme tombait sur l'échafaud, et, par un phénomène de cette implacable vitalité qui s'était révélée en lui, bondissait et roulait hors de l'appareil du supplice. Allez à Bourg comme j'y ai été, et l'on vous dira qu'en bondissant, cette tête avait prononcé le nom d'Amélie. Les morts furent exécutés après le vivant; de sorte que les spectateurs, au lieu de perdre quelque chose aux événements que nous venons de raconter, eurent double spectacle. LIV -- LA CONFESSION Trois jours après les événements dont on vient de lire le récit, vers les sept heures du soir, une voiture couverte de poussière et attelée de deux chevaux de poste blancs d'écume, s'arrêtait à la grille du château des Noires-Fontaines. Au grand étonnement de celui qui paraissait si pressé d'arriver, la grille était toute grande ouverte, des pauvres encombraient la cour, et le perron était couvert d'hommes et de femmes agenouillés. Puis, le sens de l'ouïe s'éveillant au fur et à mesure que l'étonnement donnait plus d'acuité à celui de la vue, le voyageur crut entendre le tintement d'une sonnette. Il ouvrit vivement la portière, sauta à bas de la chaise, traversa la cour d'un pas rapide, monta le perron et vit l'escalier qui menait au premier étage couvert de monde. Il franchit cet escalier comme il avait franchi le perron, et entendit un murmure religieux qui lui parut venir de la chambre d'Amélie. Il s'avança vers cette chambre; elle était ouverte. Au chevet étaient agenouillés madame de Montrevel et le petit Édouard, un peu plus loin Charlotte, Michel et son fils. Le curé de Sainte-Claire administrait les derniers sacrements à Amélie; cette scène lugubre n'était éclairée que par la lueur des cierges. On avait reconnu Roland dans le voyageur dont la voiture venait de s'arrêter devant la grille; on s'écarta sur son passage, il entra la tête découverte, et alla s'agenouiller près de sa mère. La mourante, couchée sur le dos, les mains jointes, la tête soulevée par son oreiller, les yeux fixés au ciel dans une espèce d'extase, ne parut point s'apercevoir de l'arrivée de Roland. On eût dit que le corps était encore de ce monde, mais que l'âme était déjà flottante entre la terre et le ciel. La main de madame de Montrevel chercha celle de Roland, et la pauvre mère, l'ayant trouvée, laissa tomber en sanglotant sa tête sur l'épaule de son fils. Ces sanglots maternels ne furent sans doute pas plus entendus d'Amélie que la présence de Roland n'en avait été remarquée; car la jeune fille garda l'immobilité la plus complète. Seulement, lorsque le viatique lui eut été administré, lorsque la béatitude éternelle lui eut été promise par la bouche consolatrice du prêtre, ses lèvres de marbre parurent s'animer, et elle murmura, d'une voix faible, mais intelligible: -- Ainsi soit-il. Alors, la sonnette tinta de nouveau; l'enfant de choeur qui la portait sortit le premier, puis les deux clercs qui portaient les cierges, puis celui qui portait la croix, puis enfin le prêtre, qui portait Dieu. Tous les étrangers suivirent le cortège; les personnes de la maison et les membres de la famille restèrent seuls. La maison, un instant auparavant pleine de bruit et de monde, resta silencieuse et presque déserte. La mourante n'avait pas bougé: ses lèvres s'étaient refermées, ses mains étaient restées jointes, ses yeux levés au ciel. Au bout de quelques minutes, Roland se pencha à l’oreille de madame de Montrevel, et lui dit à voix basse: -- Venez, ma mère, j'ai à vous parler. Madame de Montrevel se leva; elle poussa le petit Édouard vers le lit de sa soeur; l’enfant se dressa sur la pointe des pieds, et baisa Amélie au front. Puis madame de Montrevel vint après lui, s'inclina sur sa fille, et, tout en sanglotant, déposa un baiser à la même place. Roland vint à son tour, le coeur brisé, mais les yeux secs; il eût donné bien des choses pour verser les larmes qui noyaient son coeur. Il embrassa Amélie comme avaient fait son frère et sa mère. Amélie parut aussi insensible à ce baiser qu'elle l'avait été aux deux précédents. L'enfant marchant le premier, madame de Montrevel et Roland, suivant Édouard, s'avancèrent donc vers la porte. Au moment d'en franchir le seuil, tous trois s'arrêtèrent en tressaillant. Ils avaient entendu le nom de Roland distinctement prononcé. Roland se retourna. Amélie une seconde fois prononça le nom de son frère. -- M'appelles-tu, Amélie? demanda Roland. -- Oui, répondit la voix de la mourante. -- Seul, ou avec ma mère? -- Seul. Cette voix, sans accentuation, mais cependant parfaitement intelligible, avait quelque chose de glacé; elle semblait un écho d'un autre monde. -- Allez, ma mère, dit Roland; vous voyez que c'est à moi seul que veut parler Amélie. -- Oh! mon Dieu! murmura madame de Montrevel, resterait-il un dernier espoir? Si bas que ces mots eussent été prononcés, la mourante les entendit. -- Non, ma mère, dit-elle; Dieu a permis que je revisse mon frère; mais, cette nuit, je serai près de Dieu. Madame de Montrevel poussa un gémissement profond. -- Roland! Roland! fit-elle, ne dirait-on point qu'elle y est déjà? Roland lui fit signe de le laisser seul; madame de Montrevel s'éloigna avec le petit Édouard. Roland rentra, referma la porte, et, avec une indicible émotion, revint au chevet du lit d'Amélie. Tout le corps était déjà en proie à ce qu'on appelle la roideur cadavérique, le souffle eût à peine terni une glace, tant il était faible; les yeux seuls, démesurément ouverts, étaient fixes et brillants, comme si tout ce qui restait d'existence dans ce corps condamné avant l'âge s'était concentré en eux. Roland avait entendu parler de cet état étrange que l'on nomme l’extase, et qui n'est rien autre chose que la catalepsie. Il comprit qu'Amélie était en proie à cette mort anticipée. -- Me voilà, ma soeur, dit-il; que me veux-tu? -- Je savais que tu allais arriver, répondit la jeune fille toujours immobile, et j'attendais. -- Comment savais-tu que j'allais arriver? demanda Roland. -- Je te voyais venir. Roland frissonna. -- Et, demanda-t-il, savais-tu pourquoi je venais? -- Oui; aussi j'ai tant prié Dieu du fond de mon coeur, qu'il a permis que je me levasse et que j'écrivisse. -- Quand cela? -- La nuit dernière. -- Et la lettre? -- Elle est sous mon oreiller, prends-la et lis. Roland hésita un instant; sa soeur n'était-elle point en proie au délire? -- Pauvre Amélie! murmura Roland. -- Il ne faut pas me plaindre, dit la jeune fille, je vais le rejoindre. -- Qui cela? demanda Roland. -- Celui que j'aimais et que tu as tué. Roland poussa un cri: c'était bien du délire, de qui sa soeur voulait-elle parler? -- Amélie, dit-il, j'étais venu pour t'interroger. -- Sur lord Tanlay, je le sais, répondit la jeune fille. -- Tu le sais! et comment cela? -- Ne t'ai-je pas dit que je t’avais vu venir et que je savais pourquoi tu venais? -- Alors, réponds-moi. -- Ne me détourne pas de Dieu et de lui, Roland; je t'ai écrit, lis ma lettre. Roland passa sa main sous l'oreiller, convaincu que sa soeur était en délire. À son grand étonnement, il sentit un papier qu'il tira à lui. C'était une lettre sous enveloppe; sur l'enveloppe étaient écrits ces quelques mots: «Pour Roland, qui arrive demain.» Il s'approcha de la veilleuse, afin de lire plus facilement. La lettre était datée de la veille à onze heures du soir. Roland lut: «Mon frère, nous avons chacun une chose terrible à nous pardonner...» Roland regarda sa soeur, elle était toujours immobile. Il continua: «J'aimais Charles de Sainte-Hermine; je faisais plus que de l'aimer: il était mon amant...» -- Oh! murmura le jeune homme entre ses dents, il mourra! -- Il est mort, dit Amélie. Roland jeta un cri d'étonnement; il avait dit si bas les paroles auxquelles répondait Amélie, qu'à peine les avait-il entendues lui-même. Ses yeux se reportèrent sur la lettre: «Il n'y avait aucune union possible entre la soeur de Roland de Montrevel et le chef des compagnons de Jéhu; là était le secret terrible que je ne pouvais pas dire et qui me dévorait. «Une seule personne devait le savoir et l’a su; cette personne, c'est sir John Tanlay. «Dieu bénisse l’homme au coeur loyal qui m'avait promis de rompre un mariage impossible et qui a tenu parole. «Que la vie de lord Tanlay te soit sacrée, ô Roland! c'est le seul ami que j'aie eu dans ma douleur, le seul homme dont les larmes se soient mêlées aux miennes. «J'aimais Charles de Sainte-Hermine, j'étais la maîtresse de Charles: voilà la chose terrible que tu as à me pardonner. «Mais en échange, c'est toi qui es cause de sa mort: voilà la chose terrible que je te pardonne. «Et maintenant arrive vite, ô Roland, puisque je ne dois mourir que quand tu seras arrivé. «Mourir, c'est le revoir; mourir, c'est le rejoindre pour ne le quitter jamais; je suis heureuse de mourir.» Tout était clair et précis, il était évident qu'il n'y avait pas dans cette lettre trace de délire. Roland la relut deux fois et resta un instant immobile, muet, haletant, plein d'anxiété; mais, enfin, la pitié l’emporta sur la colère. Il s'approcha d'Amélie, étendit la main sur elle, et d'une voix douce: -- Ma soeur, dit-il, je te pardonne. Un léger tressaillement agita le corps de la mourante. -- Et maintenant, dit-elle, appelle notre mère; c'est dans ses bras que je dois mourir. Roland alla à la porte et appela madame de Montrevel. Sa chambre était ouverte; elle attendait évidemment, et accourut. -- Qu'y a-t-il de nouveau? s'informa-t-elle vivement. -- Rien, répondit Roland, sinon qu’Amélie demande à mourir dans vos bras. Madame de Montrevel entra et alla tomber à genoux devant le lit de sa fille. Elle, alors, comme si un bras invisible avait détaché les liens qui semblaient la retenir sur sa couche d'agonie, se souleva lentement, détachant les mains de dessus sa poitrine et laissant glisser une de ses mains dans celle de sa mère: -- Ma mère, dit-elle, vous m'avez donné la vie, vous me l’avez ôtée, soyez bénie; c'était ce que vous pouviez faire de plus maternel pour moi, puisqu'il n'y avait plus pour votre fille de bonheur possible en ce monde. Puis, comme Roland était allé s'agenouiller de l’autre côté du lit; laissant, comme elle avait fait pour sa mère, tomber sa seconde main dans la sienne: -- Nous nous sommes pardonnés tous deux, frère, dit-elle. -- Oui, pauvre Amélie, répondit Roland, et, je l’espère, du plus profond de notre coeur. -- Je n'ai plus qu'une dernière recommandation à te faire. -- Laquelle? -- N'oublie pas que lord Tanlay a été mon meilleur ami. -- Sois tranquille, dit Roland, la vie de lord Tanlay m'est sacrée. Amélie respira. Puis, d'une voix dans laquelle il était impossible de reconnaître une autre altération qu'une faiblesse croissante: -- Adieu, Roland! dit-elle, adieu, ma mère! vous embrasserez Édouard pour moi. Puis, avec un cri sorti du coeur et dans lequel il y avait plus de joie que de tristesse: -- Me voilà, Charles; dit-elle, me voilà. Et elle retomba sur son lit, retirant à elle, dans le mouvement qu'elle faisait, ses deux mains, qui allèrent se rejoindre sur sa poitrine. Roland et madame de Montrevel se relevèrent et s'inclinèrent sur elle chacun de son côté. Elle avait repris sa position première; seulement, ses paupières s'étaient refermées, et le faible souffle qui sortait de sa poitrine s'était éteint. Le martyre était consommé, Amélie était morte. LV -- L'INVULNÉRABLE Amélie était morte dans la nuit du lundi au mardi, c'est-à-dire du 2 au 3 juin 1800. Dans la soirée du jeudi, c'est-à-dire du 5, il y avait foule au grand Opéra, où l'on donnait la seconde représentation d'-Ossian, ou les Bardes.- On savait l'admiration profonde que le premier consul professait pour les chants recueillis par Mac Pherson, et par flatterie autant que par choix littéraire, l’Académie nationale de musique avait commandé un opéra qui, malgré les diligences faites, était arrivé un mois environ après que le général Bonaparte avait quitté Paris pour aller rejoindre l'armée de réserve. Au balcon de gauche, un amateur de musique se faisait remarquer par la profonde attention qu'il prêtait au spectacle, lorsque, dans l'intervalle du premier au second acte, l'ouvreuse, se glissant entre les deux rangs de fauteuils, s'approcha de lui et demanda à demi-voix: -- Pardon, monsieur, n'êtes-vous point lord Tanlay? -- Oui, répondit l’amateur de musique. -- En ce cas, milord, un jeune homme qui aurait, dit-il, une communication de la plus haute importance à vous faire, vous prie d'être assez bon pour venir le joindre dans le corridor. -- Oh! oh! fit sir John; un officier? -- Il est en bourgeois, milord; mais, en effet, sa tournure indique un militaire. -- Bon! dit sir John, je sais ce que c'est. Il se leva et suivit l'ouvreuse. À l'entrée du corridor attendait Roland. Lord Tanlay ne parut aucunement étonné de le voir; seulement la figure sévère du jeune homme réprima en lui ce premier élan de l'amitié profonde, qui l'eût porté à se jeter au cou de celui qui le faisait demander. -- Me voici, monsieur, dit sir John. Roland s'inclina. -- Je viens de votre hôtel, milord, dit Roland; vous avez, à ce qu'il paraît, pris depuis quelque temps la précaution de dire au concierge où vous allez, afin que les personnes qui pourraient avoir affaire à vous sachent où vous rencontrer. -- C'est vrai, monsieur. -- La précaution est bonne, surtout pour les gens qui, venant de loin et étant pressés, n'ont, comme moi, pas le loisir de perdre leur temps. -- Alors, demanda sir John, c'est pour me revoir que vous avez quitté l'armée, et que vous êtes venu à Paris? -- Uniquement pour avoir cet honneur, milord; et j'espère que vous devinerez la cause de mon empressement, et m'épargnerez toute explication. -- Monsieur, dit sir John, à partir de ce moment, je me tiens à votre disposition. -- À quelle heure deux de mes amis pourront-ils se présenter chez vous demain, milord? -- Mais depuis sept heures du matin jusqu'à minuit, monsieur; à moins que vous n'aimiez mieux que ce soit tout de suite? -- Non, milord; j'arrive à l'instant même, et il me faut le temps de trouver ces deux amis et de leur donner mes instructions. Ils ne vous dérangeront donc, selon toute probabilité, que demain de onze heures à midi; seulement, je vous serais bien obligé si l'affaire que nous avons à régler par leur intermédiaire pouvait se régler dans la même journée. -- Je crois la chose possible, monsieur, et, du moment où il s'agit de satisfaire votre désir, le retard ne viendra pas de mon côté. -- Voilà tout ce que je désirais savoir, milord; je serais donc désolé de vous déranger plus longtemps. Et Roland salua. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 51 52 53 54 55 56 57 58 59 60 61 62 63 64 65 66 67 68 69 70 71 72 73 74 75 76 77 78 79 80 81 82 83 84 85 86 87 88 89 90 91 92 93 94 95 96 97 98 99 100 101 102 103 104 105 106 107 108 109 110 111 112 113 114 115 116 117 118 119 120 121 122 123 124 125 126 127 128 129 130 131 132 133 134 135 136 137 138 139 140 141 142 143 144 145 146 147 148 149 150 151 152 153 154 155 156 157 158 159 160 161 162 163 164 165 166 167 168 169 170 171 172 173 174 175 176 177 178 179 180 181 182 183 184 185 186 187 188 189 190 191 192 193 194 195 196 197 198 199 200 201 202 203 204 205 206 207 208 209 210 211 212 213 214 215 216 217 218 219 220 221 222 223 224 225 226 227 228 229 230 231 232 233 234 235 236 237 238 239 240 241 242 243 244 245 246 247 248 249 250 251 252 253 254 255 256 257 258 259 260 261 262 263 264 265 266 267 268 269 270 271 272 273 274 275 276 277 278 279 280 281 282 283 284 285 286 287 288 289 290 291 292 293 294 295 296 297 298 299 300 301 302 303 304 305 306 307 308 309 310 311 312 313 314 315 316 317 318 319 320 321 322 323 324 325 326 327 328 329 330 331 332 333 334 335 336 337 338 339 340 341 342 343 344 345 346 347 348 349 350 351 352 353 354 355 356 357 358 359 360 361 362 363 364 365 366 367 368 369 370 371 372 373 374 375 376 377 378 379 380 381 382 383 384 385 386 387 388 389 390 391 392 393 394 395 396 397 398 399 400 401 402 403 404 405 406 407 408 409 410 411 412 413 414 415 416 417 418 419 420 421 422 423 424 425 426 427 428 429 430 431 432 433 434 435 436 437 438 439 440 441 442 443 444 445 446 447 448 449 450 451 452 453 454 455 456 457 458 459 460 461 462 463 464 465 466 467 468 469 470 471 472 473 474 475 476 477 478 479 480 481 482 483 484 485 486 487 488 489 490 491 492 493 494 495 496 497 498 499 500 501 502 503 504 505 506 507 508 509 510 511 512 513 514 515 516 517 518 519 520 521 522 523 524 525 526 527 528 529 530 531 532 533 534 535 536 537 538 539 540 541 542 543 544 545 546 547 548 549 550 551 552 553 554 555 556 557 558 559 560 561 562 563 564 565 566 567 568 569 570 571 572 573 574 575 576 577 578 579 580 581 582 583 584 585 586 587 588 589 590 591 592 593 594 595 596 597 598 599 600 601 602 603 604 605 606 607 608 609 610 611 612 613 614 615 616 617 618 619 620 621 622 623 624 625 626 627 628 629 630 631 632 633 634 635 636 637 638 639 640 641 642 643 644 645 646 647 648 649 650 651 652 653 654 655 656 657 658 659 660 661 662 663 664 665 666 667 668 669 670 671 672 673 674 675 676 677 678 679 680 681 682 683 684 685 686 687 688 689 690 691 692 693 694 695 696 697 698 699 700 701 702 703 704 705 706 707 708 709 710 711 712 713 714 715 716 717 718 719 720 721 722 723 724 725 726 727 728 729 730 731 732 733 734 735 736 737 738 739 740 741 742 743 744 745 746 747 748 749 750 751 752 753 754 755 756 757 758 759 760 761 762 763 764 765 766 767 768 769 770 771 772 773 774 775 776 777 778 779 780 781 782 783 784 785 786 787 788 789 790 791 792 793 794 795 796 797 798 799 800 801 802 803 804 805 806 807 808 809 810 811 812 813 814 815 816 817 818 819 820 821 822 823 824 825 826 827 828 829 830 831 832 833 834 835 836 837 838 839 840 841 842 843 844 845 846 847 848 849 850 851 852 853 854 855 856 857 858 859 860 861 862 863 864 865 866 867 868 869 870 871 872 873 874 875 876 877 878 879 880 881 882 883 884 885 886 887 888 889 890 891 892 893 894 895 896 897 898 899 900 901 902 903 904 905 906 907 908 909 910 911 912 913 914 915 916 917 918 919 920 921 922 923 924 925 926 927 928 929 930 931 932 933 934 935 936 937 938 939 940 941 942 943 944 945 946 947 948 949 950 951 952 953 954 955 956 957 958 959 960 961 962 963 964 965 966 967 968 969 970 971 972 973 974 975 976 977 978 979 980 981 982 983 984 985 986 987 988 989 990 991 992 993 994 995 996 997 998 999 1000