-- Auguste, reprit Bonaparte, avait rendu des lois contre les célibataires; il les privait de leurs droits de citoyens romains. -- Auguste... -- Eh bien? -- J'attendrai que vous soyez Auguste; vous n'êtes encore que César. Bonaparte s'approcha du jeune homme. -- Il y a des noms, mon cher Roland, dit-il en lui posant la main sur l'épaule, que je ne veux pas voir s'éteindre, et le nom de Montrevel est de ceux-là. -- Eh bien! général, est-ce qu'à mon défaut, et en supposant que, par un caprice, une fantaisie, un entêtement, je me refuse à la perpétuer, est-ce qu'il n'y a pas mon frère! -- Comment ton frère? tu as donc un frère? -- Mais oui, j'ai un frère! pourquoi donc n'aurais-je pas un frère? -- Quel âge a-t-il? -- Onze à douze ans. -- Pourquoi ne m'as-tu jamais parlé de lui? --Parce que j'ai pensé que les faits et gestes d'un gamin de cet âge-là ne vous intéresseraient pas beaucoup. -- Tu te trompes, Roland: je m'intéresse à tout ce qui touche mes amis; il fallait me demander quelque chose pour ce frère. -- Quoi, général? -- Son admission dans un collège de Paris. -- Bah! vous avez assez de solliciteurs autour de vous sans que j'en grossisse le nombre. -- Tu entends, il faut qu'il vienne dans un collège de Paris; quand il aura l'âge, je le ferai entrer à l'École militaire ou à quelque autre école que je fonderai d'ici là. -- Ma foi, général, répondit Roland, à l'heure qu'il est, comme si j'eusse deviné vos bonnes intentions à son égard, il est en route ou bien près de s'y mettre. -- Comment cela? -- J'ai écrit, il y a trois jours, à ma mère d'amener l'enfant à Paris; je comptais lui choisir un collège sans vous en rien dire, et, quand il aurait l'âge, vous en parler... en supposant toutefois que mon anévrisme ne m'ait pas enlevé d'ici là. Mais, dans ce cas... -- Dans ce cas? -- Dans ce cas, je laissais un bout de testament à votre adresse, qui vous recommandait la mère, le fils et la fille, tout le bataclan. -- Comment, la fille? -- Oui, ma soeur. -- Tu as donc aussi une soeur? -- Parfaitement: -- Quel âge? -- Dix-sept ans. -- Jolie? -- Charmante! -- Je me charge de son établissement. Roland se mit à rire. -- Qu'as-tu? lui demanda le premier consul. -- Je dis, général, que je vais faire mettre un écriteau au-dessus de la grande porte du Luxembourg. -- Et sur cet écriteau? -- -Bureau de mariages-. -- Ah çà! mais, si tu ne veux pas te marier, toi, ce n'est point une raison pour que ta soeur reste fille. Je n'aime pas plus les vieilles filles que les vieux garçons. -- Je ne vous dis pas, mon général, que ma soeur restera vieille fille; c'est bien assez qu'un membre de la famille Montrevel encoure votre mécontentement. -- Eh bien, alors, que me dis-tu? -- Je vous dis que, si vous le voulez bien, comme la chose la regarde, nous la consulterons là-dessus. -- Ah! ah! y aurait-il quelque passion de province? -- Je ne dirais pas non! J'avais quitté la pauvre Amélie fraîche et souriante, je l’ai retrouvée pâle et triste. Je tirerai tout cela au clair avec elle; et, puisque vous voulez que je vous en reparle, eh bien, je vous en reparlerai. -- Oui, à ton retour de la Vendée; c'est cela. -- Ah! je vais donc en Vendée? -- Est-ce comme pour le mariage? as-tu des répugnances? -- Aucunement. -- Eh bien, alors, tu vas en Vendée. -- Quand cela? -- Oh! rien ne presse, et, pourvu que tu partes demain matin... -- À merveille! plus tôt si vous voulez; dites-moi ce que j'y vais faire. -- Une chose de la plus haute importance, Roland. -- Diable! ce n'est pas une mission diplomatique, je présume? -- Si, c'est une mission diplomatique pour laquelle j’ai besoin d’un homme qui ne soit pas diplomate. -- Oh! général, comme je fais votre affaire! Seulement, vous comprenez, moins je suis diplomate, plus il me faut des instructions précises. -- Aussi vais-je te les donner. Tiens, vois-tu cette carte? Et il montra au jeune homme une grande carte du Piémont étendue à terre et éclairée par une lampe suspendue au plafond. -- Oui, je la vois, répondit Roland, habitué à suivre son général dans tous les bonds inattendus de son génie; seulement, c’est une carte du Piémont. -- Oui, c’est une carte du Piémont. -- Ah! Il est donc question de l’Italie? -- Il est toujours question de l’Italie. -- Je croyais qu’il s’agissait de la Vendée? -- Secondairement. -- Ah çà, général, vous n’allez pas m’envoyer dans la Vendée et vous en aller en Italie, vous? -- Non, sois tranquille. -- À la bonne heure! Je vous préviens que, dans ce cas là, je déserte et vous rejoins. -- Je te le permets; mais revenons à Mélas. -- Pardon, général, c’est la première fois que nous en parlons. -- Oui; mais il y a longtemps que j’y pense. Sais-tu où je bats Mélas? -- Parbleu! -- Où cela? -- Où vous le rencontrerez. Bonaparte se mit à rire. -- Niais! dit-il avec la plus intime familiarité. Puis se couchant sur la carte: -- Viens ici, dit-il à Roland. Roland se coucha à côté de lui. -- Tiens, reprit Bonaparte, voilà où je le bats. -- Près d’Alexandrie? -- À deux ou trois lieues. Il a à Alexandrie ses magasins, ses hôpitaux, son artillerie, ses réserves; il ne s’en éloignera pas. Il faut que je frappe un grand coup, je n'obtiendrai la paix qu'à cette condition. Je passe les Alpes -- il montra le grand Saint- Bernard -- je tombe sur Mélas au moment où il s'y attend le moins, et je le bats à plate couture. -- Oh! je m'en rapporte bien à vous pour cela. -- Mais, tu comprends, pour que je m'éloigne tranquille, Roland, pas d'inflammation d'entrailles, c'est-à-dire pas de Vendée derrière moi. -- Ah! voilà votre affaire: pas de Vendée! et vous m'envoyez en Vendée pour que je supprime la Vendée. -- Ce jeune homme m'a dit de la Vendée des choses très graves. Ce sont de braves soldats que ces Vendéens conduits par un homme de tête; il y a Georges Cadoudal surtout... Je lui ai fait offrir un régiment, qu'il n'acceptera pas. -- Peste! il est bien dégoûté. -- Mais il y a une chose dont il ne se doute point. -- Qui, Cadoudal? -- Cadoudal. C'est que l'abbé Bernier, m’a fait des ouvertures. -- L'abbé Bernier? -- Oui. -- Qu'est-ce que c'est que cela, l’abbé Bernier? -- C'est le fils d’un paysan de l'Anjou, qui peut avoir aujourd'hui de trente-trois à trente-quatre ans, qui était curé à Saint-Laud à Angers lors de l’insurrection, qui a refusé le serment, et qui s'est jeté parmi les Vendéens. Deux ou trois fois la Vendée a été pacifiée, une ou deux fois on l’a crue morte. On se trompait: la Vendée était pacifiée; mais l’abbé Bernier n'avait pas signé la paix; la Vendée était morte, mais l’abbé Bernier était vivant. Un jour, la Vendée fut ingrate envers lui: il voulait être nommé agent général de toutes les armées royalistes de l'intérieur; Stofflet pesa sur la décision et fit nommer le comte Colbert de Maulevrier, son ancien maître. À deux heures du matin, le conseil s'était séparé, l'abbé Bernier avait disparu. Ce qu'il fit, cette nuit-là, Dieu et lui pourraient seuls le dire; mais, à quatre heures du matin, un détachement républicain entourait la métairie où dormait Stofflet désarmé et sans défense. À quatre heures et demie, Stofflet était pris; huit jours après, il était exécuté à Angers... Le lendemain, d'Autichamp prenait le commandement en chef, et, le même jour, afin de ne pas tomber dans la même faute que son prédécesseur Stofflet, il nommait l’abbé Bernier agent général... Y es-tu? -- Parfaitement! -- Eh bien, l'abbé Bernier, agent général des puissances belligérantes, fondé des pleins pouvoirs du comte d'Artois, l'abbé Bernier m'a fait faire des ouvertures. -- À vous, à Bonaparte, premier consul, il daigne...? Savez-vous que c'est très bien de la part de l'abbé Bernier? Et vous acceptez les ouvertures de l'abbé Bernier? -- Oui, Roland; que la Vendée me donne la paix, je lui rouvre ses églises, je lui rends ses prêtres. -- Et s'ils chantent le -Domine, salvum fac- -regem?- -- Cela vaut encore mieux que de ne rien chanter du tout. Dieu est tout puissant et décidera. La mission te convient-elle, maintenant que je te l'ai expliquée? -- À merveille! -- Eh bien, voilà une lettre pour le général Rédouville. Il traitera avec l'abbé Bernier, comme général en chef de l’armée de l’Ouest; mais tu assisteras à toutes les conférences: lui, ne sera que ma parole; toi, tu es ma pensée. Maintenant, pars le plus tôt possible; plus tôt tu reviendras, plus tôt Mélas sera battu. -- Général, je vous demande le temps d'écrire à ma mère, voilà tout. -- Où doit-elle descendre? -- Hôtel des Ambassadeurs. -- Quand crois-tu qu'elle arrive? -- Nous sommes dans la nuit du 21 au 22 janvier; elle arrivera le 23 au soir ou le 24 au matin. -- Et elle descend hôtel des Ambassadeurs? -- Oui, général. -- Je me charge de tout. -- Comment! vous vous chargez de tout? -- Certainement! ta mère ne peut pas rester à l'hôtel. -- Où voulez-vous donc qu'elle reste? -- Chez un ami. -- Elle ne connaît personne à Paris. -- Je vous demande bien pardon, monsieur Roland: elle connaît le citoyen Bonaparte, premier consul, et la citoyenne Joséphine, sa femme. -- Vous n'allez pas loger ma mère au Luxembourg, général; je vous préviens que cela la gênerait beaucoup. -- Non, mais je la logerai rue de la Victoire. -- Oh! général! -- Allons! allons! c'est décidé. Pars et reviens le plus vite possible. Roland prit la main du premier consul pour la baiser; mais Bonaparte, l'attirant vivement à lui: -- Embrasse-moi, mon cher Roland, lui dit-il, et bonne chance. Deux heures après, Roland roulait en chaise de poste sur la route d'Orléans. Le lendemain, à neuf heures du matin, il entrait à Nantes après trente-trois heures de voyage. XXIX -- LA DILIGENCE DE GENÈVE À l’heure à peu près où Roland entrait à Nantes, une diligence pesamment chargée s'arrêtait à l'auberge de la Croix-d'Or au milieu de la grande rue de Châtillon-sur-Seine. Les diligences se composaient, à cette époque, de deux compartiments seulement, le coupé et l’intérieur. La rotonde est une adjonction d’invention moderne. La diligence à peine arrêtée, le postillon mit pied à terre et ouvrit les portières. La voiture éventrée donna passage aux voyageurs. Ces voyageurs, voyageuses comprises, atteignaient en tout au chiffre de sept personnes. Dans l'intérieur, trois hommes, deux femmes et un enfant à la mamelle. Dans le coupé, une mère et son fils. Les trois hommes de l'intérieur étaient, l'un un médecin de Troyes, l'autre un horloger de Genève, le troisième un architecte de Bourg. Les deux femmes étaient, l'une une femme de chambre qui allait rejoindre sa maîtresse à Paris, l’autre une nourrice. L'enfant était le nourrisson de cette dernière: elle le ramenait à ses parents. La mère et le fils du coupé étaient, la mère une femme d'une quarantaine d'années, gardant les traces d'une grande beauté, et le fils un enfant de onze à douze ans. La troisième place du coupé était occupée par le conducteur. Le déjeuner était préparé, comme d'habitude, dans la grande salle de l'hôtel; un de ces déjeuners que le conducteur, d'accord sans doute avec l’hôte, ne laisse jamais aux voyageurs le temps de manger. La femme et la nourrice descendirent pour aller chez le boulanger y prendre chacune un petit pain chaud, auquel la nourrice joignit un saucisson à l'ail, et toutes deux remontèrent dans la voiture, où elles s'établirent tranquillement pour déjeuner, s'épargnant ainsi les frais, sans doute trop considérables pour leur budget, du déjeuner de l’hôte. Le médecin, l’architecte, l'horloger, la mère et son fils entrèrent à l'auberge, et, après s'être rapidement chauffés en passant à la grande cheminée de la cuisine, entrèrent dans la salle à manger et se mirent à table. La mère se contenta d'une tasse de café à la crème et de quelques fruits. L'enfant, enchanté de constater qu'il était un homme, par l’appétit du moins, attaqua bravement le déjeuner à la fourchette. Le premier moment fut, comme toujours, donné à l'apaisement de la faim. L'horloger de Genève prit le premier la parole: -- Ma foi! citoyen, dit-il (dans les endroits publics on s'appelait encore citoyen), je vous avouerai franchement que je n'ai été aucunement fâché ce matin quand j'ai vu venir le jour. -- Monsieur ne dort pas en voiture? demanda le médecin. -- Si fait, monsieur, répondit le compatriote de Jean-Jacques; d'habitude, au contraire, je ne fais qu'un somme; mais l’inquiétude a été plus forte que la fatigue. -- Vous craigniez de verser? demanda l’architecte. -- Non pas, j'ai de la chance, sous ce rapport, et je crois qu'il suffit que je sois dans une voiture pour qu'elle devienne inversable; non, ce n'est point cela encore. -- Qu'était-ce donc? demanda le médecin. -- C'est qu'on dit là-bas, à Genève, que les routes de France ne sont pas sûres. -- C'est selon, dit l’architecte. -- Ah! c'est selon, fit le Genevois. -- Oui, continua l’architecte; ainsi, par exemple, si nous transportions avec nous de l'argent du gouvernement, nous serions bien sûrs d'être arrêtés, ou plutôt nous le serions déjà. -- Vous croyez? dit le Genevois. -- Ça, c'est immanquable; je ne sais comment ces diables de compagnons de Jéhu s'y prennent pour être si bien renseignés; mais ils n'en manquent pas une. Le médecin fit un signe de tête affirmatif. -- Ah! ainsi, demanda le Genevois au médecin, vous aussi, vous êtes de l'avis de monsieur? -- Entièrement. -- Et, sachant qu'il y a de l’argent du gouvernement sur la diligence, auriez-vous fait l'imprudence de vous y embarquer? -- Je vous avoue, dit le médecin, que j'y eusse regardé à deux fois. -- Et vous, monsieur? demanda le questionneur à l'architecte. -- Oh! moi, répondit celui-ci, étant appelé par une affaire très pressée, je fusse parti tout de même. -- J'ai bien envie, dit le Genevois, de faire descendre ma valise et mes caisses et d'attendre la diligence de demain, parce que j'ai pour une vingtaine de mille francs de montres dans mes caisses; nous avons eu de la chance jusque aujourd'hui, mais il ne faut pas tenter Dieu. -- N'avez-vous pas entendu, monsieur, dit la mère se mêlant à la conversation, que nous ne courions risque d'être arrêtés -- ces messieurs le disent du moins -- que dans le cas où nous porterions de l’argent du gouvernement? -- Eh bien, c'est justement cela, reprit l’horloger en regardant avec inquiétude tout autour de lui: nous en avons là! La mère pâlit légèrement en regardant son fils: avant de craindre pour elle, toute mère craint pour son enfant. -- Comment! nous en transportons? reprirent en même temps, et d'une voix émue à des degrés différents, le médecin et l'architecte; êtes-vous bien sûr de ce que vous dites? -- Parfaitement sûr, monsieur. -- Alors, vous auriez dû nous le dire plus tôt, ou, nous le disant maintenant, vous deviez nous le dire tout bas. -- Mais, répéta le médecin, monsieur n'est peut-être pas bien certain de ce qu'il dit? -- Ou monsieur s'amuse peut-être? ajouta l’architecte. -- Dieu m'en garde! -- Les Genevois aiment fort à rire, reprit le médecin. -- Monsieur, dit le Genevois fort blessé que l'on pût penser qu'il aimât à rire, monsieur, je l'ai vu charger devant moi. -- Quoi? -- L'argent. -- Et y en a-t-il beaucoup? -- J'ai vu passer bon nombre de sacs. -- Mais d'où vient cet argent-là? -- Il vient du trésor des ours de Berne. Vous n'êtes pas sans savoir, messieurs, que les ours de Berne ont eu jusqu'à cinquante et même soixante mille livres de rente. Le médecin éclata de rire. -- Décidément, dit-il, monsieur nous fait peur. -- Messieurs, dit l’horloger, je vous donne ma parole d'honneur... -- En voiture, messieurs! cria le conducteur ouvrant la porte; en voiture! nous sommes en retard de trois quarts d'heure. -- Un instant, conducteur, un instant, dit l'architecte, nous nous consultons. -- Sur quoi? -- Fermez donc la porte, conducteur, et venez ici. -- Buvez donc un verre de vin avec nous, conducteur. -- Avec plaisir, messieurs, dit le conducteur; un verre de vin, cela ne se refuse pas. Le conducteur tendit son verre; les trois voyageurs trinquèrent avec lui. Au moment où il allait porter le verre à sa bouche, le médecin lui arrêta le bras. -- Voyons, conducteur, franchement, est-ce que c'est vrai? -- Quoi? -- Ce que nous dit monsieur. Et il montra le Genevois. -- Monsieur Féraud? -- Je ne sais pas si monsieur s'appelle M. Féraud. -- Oui, monsieur, c'est mon nom, pour vous servir, dit le Genevois en s'inclinant, Féraud et compagnie, horlogers, rue du Rempart, n° 6, à Genève. -- Messieurs, dit le conducteur, en voiture! -- Mais vous ne nous répondez pas. -- Que diable voulez-vous que je vous réponde? vous ne me demandez rien. -- Si fait, nous vous demandons s'il est vrai que vous transportez dans votre diligence une somme considérable appartenant au gouvernement français? -- Bavard! dit le conducteur à l'horloger; c'est vous qui avez dit cela? -- Dame, mon cher monsieur... -- Allons, messieurs, en voiture. -- Mais c'est qu'avant de remonter, nous voudrions savoir... -- Quoi? si j'ai de l’argent au gouvernement? Oui, j'en ai; maintenant, si nous sommes arrêtés, ne soufflez pas un mot, et tout se passera à merveille. -- Vous êtes sûr? -- Laissez-moi arranger l’affaire avec ces messieurs. -- Que ferez-vous si l'on nous arrête? demanda le médecin à l'architecte. -- Ma foi! je suivrai le conseil du conducteur. -- C'est ce que vous avez de mieux à faire, reprit celui-ci. -- Alors, je me tiendrai tranquille, dit l’architecte. -- Et moi aussi, dit l'horloger. -- Allons, messieurs, en voiture, dépêchons-nous. L'enfant avait écouté toute cette conversation le sourcil contracté, les dents serrées. -- Eh bien, moi, dit-il à sa mère, si nous sommes arrêtés, je sais bien ce que je ferai. -- Et que feras-tu? demanda celle-ci. -- Tu verras. -- Que dit ce jeune enfant? demanda l'horloger. -- Je dis que vous êtes tous des poltrons, répondit l'enfant sans hésiter. -- Eh bien, Édouard! fit la mère, qu'est-ce que cela? -- Je voudrais qu'on arrêtât la diligence, moi, dit l’enfant, l'oeil étincelant de volonté. -- Allons, allons, messieurs, au nom du ciel! en diligence, s'écria pour la dernière fois le conducteur. -- Conducteur, dit le médecin, je présume que vous n'avez pas d'armes. -- Si fait, j'ai des pistolets. -- Malheureux! Le conducteur se pencha à son oreille, et, tout bas: -- Soyez tranquille, docteur; ils ne sont chargés qu'à poudre. -- À la bonne heure. Et il ferma la portière de l'intérieur. -- Allons, postillon, en route! Et tandis que le postillon fouettait ses chevaux et que la lourde machine s'ébranlait, il referma la portière du coupé. -- Ne montez-vous pas avec nous, conducteur? demanda la mère. -- Merci, madame de Montrevel, répondit le conducteur, j'ai affaire sur l'impériale. Puis, en passant devant l'ouverture du carreau: -- Prenez garde, dit-il, que M. Édouard ne touche aux pistolets qui sont dans la poche, il pourrait se blesser. -- Bon! dit l'enfant, comme si l'on ne savait pas ce que c'est que des pistolets: j'en ai de plus beaux que les vôtres, allez, que mon ami sir John m'a fait venir d'Angleterre; n'est-ce pas, maman? -- N'importe, dit madame de Montrevel; je t'en prie, Édouard, ne touche à rien. -- Oh! sois tranquille, petite mère. Seulement, il répéta à demi-voix: -- C'est égal, si les compagnons de Jéhu nous arrêtent, je sais bien ce que je ferai, moi. La diligence avait repris sa marche pesante et roulait vers Paris. Il faisait une de ces belles journées d’hiver qui font comprendre, à ceux qui croient la nature morte, que la nature ne meurt pas, mais dort seulement. L'homme qui vit soixante et dix ou quatre- vingts ans, dans ses longues années a des nuits de dix à douze heures, et se plaint que la longueur de ses nuits abrège encore la brièveté de ses jours; la nature, qui a une existence infinie, les arbres, qui ont une vie millénaire, ont des sommeils de cinq mois, qui sont des hivers pour nous et qui ne sont que des nuits pour eux. Les poètes chantent, dans leurs vers envieux, l’immortalité de la nature, qui meurt chaque automne et ressuscite chaque printemps; les poètes se trompent: la nature ne meurt pas chaque automne, elle s'endort; la nature ne ressuscite pas chaque printemps, elle se réveille. Le jour où notre globe mourra réellement, il sera bien mort, et alors il roulera dans l'espace ou tombera dans les abymes du chaos, inerte, muet, solitaire, sans arbres, sans fleurs, sans verdure, sans poètes. Or, par cette belle journée du 23 février 1800, la nature endormie semblait rêver du printemps; un soleil brillant, presque joyeux, faisait étinceler, sur l'herbe du double fossé qui accompagnait la route dans toute sa longueur, ces trompeuses perles de givre qui fondent aux doigts des enfants et qui réjouissent l’oeil du laboureur lorsqu'elles tremblent à la pointe de ses blés, sortant bravement de terre. On avait ouvert les vitres de la diligence, pour donner passage à ce précoce sourire de Dieu, et l'on disait au rayon, depuis si longtemps absent: Sois le bienvenu, voyageur que nous avions cru perdu dans les profonds nuages de l'ouest ou dans les vagues tumultueuses de l'Océan. Tout à coup, et après avoir roulé une heure à peu près depuis Châtillon, en arrivant à un coude de la rivière, la voiture s'arrêta sans obstacle apparent; seulement, quatre cavaliers s'avançaient tranquillement au pas de leurs chevaux, et l'un d'eux, qui marchait à deux ou à trois pas en avant des autres, avait fait de la main, au postillon, signe de s’arrêter. Le postillon avait obéi. -- Oh! maman, dit le petit Édouard qui, debout malgré les recommandations de madame de Montrevel, regardait par l'ouverture de la vitre baissée; oh! maman, les beaux chevaux! Mais pourquoi donc ces cavaliers ont-ils un masque! Nous ne sommes point en carnaval. Madame de Montrevel rêvait; une femme rêve toujours un peu: jeune, à l'avenir; vieille, au passé. Elle sortit de sa rêverie, avança à son tour la tête hors de la diligence, et poussa un cri. Édouard se retourna vivement. -- Qu'as-tu donc, mère! lui demanda-t-il. Madame de Montrevel, pâlissant, le prit dans ses bras sans lui répondre. On entendait des cris de terreur dans l’intérieur de la diligence. -- Mais qu'y a-t-il donc? demandait le petit Édouard en se débattant dans la chaîne passée à son cou par le bras de sa mère. -- Il y a, mon petit ami, dit d'une voix pleine de douceur un des hommes masqués en passant sa tête dans le coupé, que nous avons un compte à régler avec le conducteur, un compte qui ne regarde en rien MM. les voyageurs; dites donc à madame votre mère de vouloir bien agréer l’hommage de nos respects, et de ne pas faire plus d'attention à nous que si nous n'étions pas là. Puis, passant à l’intérieur: -- Messieurs, votre serviteur, dit-il, ne craignez rien pour votre bourse ou pour vos bijoux, et rassurez la nourrice; nous ne sommes pas venus pour faire tourner son lait. Puis au conducteur: -- Allons! père Jérôme, nous avons une centaine de mille francs sur l’impériale et dans les coffres, n'est-ce pas? -- Messieurs, je vous assure... -- L'argent est au gouvernement, il appartient au trésor des ours de Berne; soixante et dix mille francs sont en or, le reste en argent; l'argent est sur la voiture, l’or dans le coffre du coupé; est-ce cela, et sommes-nous bien renseignés? À ces mots -dans le coffre du coupé-, madame de Montrevel poussa un second cri de terreur; elle allait se trouver en contact immédiat avec ces hommes qui, malgré leur politesse, lui inspiraient une profonde terreur. -- Mais qu'as-tu donc, mère? qu'as-tu donc? demandait l’enfant avec impatience. -- Tais-toi, Édouard, tais-toi. -- Pourquoi me taire? -- Ne comprends-tu pas? -- Non. -- La diligence est arrêtée. -- Pourquoi? mais dis donc pourquoi?... Ah! mère, je comprends. -- Non, non, dit madame de Montrevel, tu ne comprends pas. -- Ces messieurs, ce sont des voleurs. -- Garde-toi bien de dire cela. -- Comment! ce ne sont pas des voleurs? les voilà qui prennent l'argent du conducteur. En effet, l'un d'eux chargeait, sur la croupe de son cheval, les sacs d'argent que le conducteur lui jetait de dessus l’impériale. -- Non, dit madame de Montrevel, non, ce ne sont pas des voleurs. Puis, baissant la voix: -- Ce sont des -compagnons de Jéhu.- -- Ah! dit l’enfant, ce sont donc ceux-là qui ont assassiné mon ami sir John? Et l’enfant devint très pâle à son tour, et sa respiration commença de siffler entre ses dents serrées. En ce moment, un des hommes masqués ouvrit la portière du coupé, et, avec la plus exquise politesse: -- Madame la comtesse, dit-il, à notre grand regret, nous sommes forcés de vous déranger; mais nous avons, ou plutôt le conducteur a affaire dans le coffre de son coupé; soyez donc assez bonne pour mettre un instant pied à terre; Jérôme fera la chose aussi vite que possible. Puis, avec un accent de gaieté qui n'était jamais complètement absent de cette voix rieuse: -- N'est-ce pas, Jérôme? dit-il. Jérôme répondit du haut de sa diligence, confirmant les paroles de son interlocuteur. Par un mouvement instinctif, et pour se mettre entre le danger et son fils, s'il y avait danger, madame de Montrevel, tout en obéissant à l’invitation, avait fait passer Édouard derrière elle. Cet instant avait suffi à l’enfant pour s'emparer des pistolets du conducteur. Le jeune homme à la voix rieuse aida, avec les plus grands égards, madame de Montrevel à descendre, fit signe à un de ses compagnons de lui offrir le bras, et se retourna vers la voiture. Mais, en ce moment, une double détonation se fit entendre; Édouard venait de faire feu de ses deux mains sur le compagnon de Jéhu, qui disparut dans un nuage de fumée. Madame de Montrevel jeta un cri et s'évanouit. Plusieurs cris, expressions de sentiments divers, répondirent au cri maternel. Dans l’intérieur, ce fut un cri d'angoisse; on était bien convenu de n'opposer aucune résistance, et voilà que quelqu'un résistait. Chez les trois autres jeunes gens, ce fut un cri de surprise; c'était la première fois qu'arrivait pareille chose. Ils se précipitèrent vers leur camarade, qu'ils croyaient pulvérisé. Ils le trouvèrent debout, sain et sauf, et riant aux éclats, tandis que le conducteur, les mains jointes, s'écriait: -- Monsieur, je vous jure qu'il n'y avait pas de balles; monsieur, je vous proteste qu'ils étaient chargés à poudre seulement. -- Pardieu! fit le jeune homme, je le vois bien qu'ils étaient chargés à poudre seulement: mais la bonne intention y était... n'est-ce pas, mon petit Édouard? Puis, se retournant vers ses compagnons: -- Avouez, messieurs, dit-il, que voilà un charmant enfant, qui est bien le fils de son père, et le frère de son frère; bravo, Édouard, tu seras un homme un jour! Et, prenant l'enfant dans ses deux bras, il le baisa malgré lui sur les deux joues. Édouard se débattait comme un démon, trouvant sans doute qu'il était humiliant d'être embrassé par un homme sur lequel il venait de tirer deux coups de pistolet. Pendant ce temps, un des trois autres compagnons avait emporté la mère d'Édouard à quelques pas de la diligence, et l’avait couchée sur un manteau au bord d'un fossé. Celui qui venait d'embrasser Édouard avec tant d'affection et de persistance la chercha un instant des yeux, et l’apercevant: -- Avec tout cela, dit-il, madame de Montrevel ne revient pas à elle; nous ne pouvons abandonner une femme dans cet état, messieurs; conducteur, chargez-vous de M. Édouard. Il remit l'enfant entre ses bras, et s'adressant à l'un de ses compagnons: -- Voyons, toi, l’homme aux précautions, dit-il, est-ce que tu n'as pas sur toi quelque flacon de sels ou quelque bouteille d'eau de mélisse? -- Tiens, répondit celui auquel il s'adressait. Et il tira de sa poche un flacon de vinaigre anglais. -- Là! maintenant, dit le jeune homme, qui paraissait le chef de la bande, termine sans moi avec maître Jérôme; moi, je me charge de porter secours à madame de Montrevel. Il était temps, en effet; l'évanouissement de madame de Montrevel prenait peu à peu le caractère d'une attaque de nerfs: des mouvements saccadés agitaient tout son corps, et des cris sourds s'échappaient de sa poitrine. Le jeune homme s'inclina vers elle et lui fit respirer les sels. Madame de Montrevel rouvrit des yeux effarés, et tout en appelant: «Édouard! Édouard!» d'un geste involontaire, elle fit tomber le masque de celui qui lui portait secours. Le visage du jeune homme se trouva à découvert. Le jeune homme, courtois et rieur -- nos lecteurs l’ont déjà reconnu --, c'était Morgan. Madame de Montrevel demeura stupéfaite à l’aspect de ces beaux yeux bleus, de ce front élevé, de ces lèvres gracieuses, de ces dents blanches entrouvertes par un sourire. Elle comprit qu'elle ne courait aucun danger aux mains d'un pareil homme et que rien de mal n'avait pu arriver à Édouard. Et, traitant Morgan non pas comme le bandit qui est la cause de l’évanouissement, mais comme l'homme du monde qui porte secours à une femme évanouie: -- Oh! monsieur, dit-elle, que vous êtes bon! Et il y avait, dans ces paroles et dans l’intonation avec laquelle elles avaient été prononcées, tout un monde de remerciements, non seulement pour elle, mais pour son enfant. Avec une coquetterie étrange et qui était tout entière dans son caractère chevaleresque, Morgan, au lieu de ramasser vivement son masque et de le ramener assez rapidement sur son visage pour que madame de Montrevel n'en gardât qu'un souvenir passager et confus, Morgan répondit par une salutation au compliment, laissa à sa physionomie tout le temps de produire son effet, et, passant le flacon de d'Assas aux mains de madame de Montrevel, renoua seulement alors les cordons de son masque. Madame de Montrevel comprit cette délicatesse du jeune homme. -- Oh! monsieur, dit-elle, soyez tranquille, en quelque lieu et dans quelque situation que je vous retrouve, vous m'êtes inconnu. -- Alors, madame, dit Morgan, c'est à moi de vous remercier et de vous dire, à mon tour, que vous êtes bonne! -- Allons, messieurs les voyageurs, en voiture! dit le conducteur avec son intonation habituelle et comme si rien d'extraordinaire ne s'était passé. -- Êtes-vous tout à fait remise, madame, et avez-vous besoin encore de quelques instants? demanda Morgan; la diligence attendrait. -- Non, messieurs, c'est inutile; je vous en rends grâces et me sens parfaitement bien. Morgan présenta son bras à madame de Montrevel, qui s'y appuya pour traverser tout le revers du chemin et pour remonter dans la diligence. Le conducteur y avait déjà introduit le petit Édouard. Lorsque madame de Montrevel eut repris sa place, Morgan, qui avait déjà fait la paix avec la mère, voulut la faire avec le fils. -- Sans rancune, mon jeune héros, dit-il en lui tendant la main. Mais l’enfant reculait. ---- Je ne donne pas la main à un voleur de grande route, dit-il. Madame de Montrevel fit un mouvement d’effroi. -- Vous avez un charmant enfant, madame, dit Morgan; seulement, il a des préjugés. Et, saluant avec la plus grande courtoisie: -- Bon voyage, madame! ajouta t-il en fermant, la portière. -- En route! cria le conducteur. La voiture s'ébranla. -- Oh! pardon, monsieur, s'écria madame de Montrevel, votre flacon! votre flacon! -- Gardez-le, madame, dit Morgan, quoique j'espère que vous soyez assez bien remise pour n'en avoir plus besoin. Mais l’enfant, l’arrachant des mains de sa mère: -- Maman ne reçoit pas de cadeau d'un voleur, dit-il. Et il jeta le flacon par la portière. -- Diable! murmura Morgan avec le premier soupir que ses compagnons lui eussent entendu pousser, je crois que je fais bien de ne pas demander ma pauvre Amélie en mariage. Puis, à ses camarade: -- Allons! messieurs, dit-il, est-ce fini? -- Oui! répondirent ceux-ci d'une seule voix. -- Alors, à cheval et en route! N’oublions pas que nous devons être ce soir à neuf heures à l'opéra. Et, sautant en selle, il s'élança le premier par-dessus le fossé, gagna le bord de la rivière, et, sans hésiter, s'engagea dans le gué indiqué sur la carte de Cassini par le faux courrier. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 51 52 53 54 55 56 57 58 59 60 61 62 63 64 65 66 67 68 69 70 71 72 73 74 75 76 77 78 79 80 81 82 83 84 85 86 87 88 89 90 91 92 93 94 95 96 97 98 99 100 101 102 103 104 105 106 107 108 109 110 111 112 113 114 115 116 117 118 119 120 121 122 123 124 125 126 127 128 129 130 131 132 133 134 135 136 137 138 139 140 141 142 143 144 145 146 147 148 149 150 151 152 153 154 155 156 157 158 159 160 161 162 163 164 165 166 167 168 169 170 171 172 173 174 175 176 177 178 179 180 181 182 183 184 185 186 187 188 189 190 191 192 193 194 195 196 197 198 199 200 201 202 203 204 205 206 207 208 209 210 211 212 213 214 215 216 217 218 219 220 221 222 223 224 225 226 227 228 229 230 231 232 233 234 235 236 237 238 239 240 241 242 243 244 245 246 247 248 249 250 251 252 253 254 255 256 257 258 259 260 261 262 263 264 265 266 267 268 269 270 271 272 273 274 275 276 277 278 279 280 281 282 283 284 285 286 287 288 289 290 291 292 293 294 295 296 297 298 299 300 301 302 303 304 305 306 307 308 309 310 311 312 313 314 315 316 317 318 319 320 321 322 323 324 325 326 327 328 329 330 331 332 333 334 335 336 337 338 339 340 341 342 343 344 345 346 347 348 349 350 351 352 353 354 355 356 357 358 359 360 361 362 363 364 365 366 367 368 369 370 371 372 373 374 375 376 377 378 379 380 381 382 383 384 385 386 387 388 389 390 391 392 393 394 395 396 397 398 399 400 401 402 403 404 405 406 407 408 409 410 411 412 413 414 415 416 417 418 419 420 421 422 423 424 425 426 427 428 429 430 431 432 433 434 435 436 437 438 439 440 441 442 443 444 445 446 447 448 449 450 451 452 453 454 455 456 457 458 459 460 461 462 463 464 465 466 467 468 469 470 471 472 473 474 475 476 477 478 479 480 481 482 483 484 485 486 487 488 489 490 491 492 493 494 495 496 497 498 499 500 501 502 503 504 505 506 507 508 509 510 511 512 513 514 515 516 517 518 519 520 521 522 523 524 525 526 527 528 529 530 531 532 533 534 535 536 537 538 539 540 541 542 543 544 545 546 547 548 549 550 551 552 553 554 555 556 557 558 559 560 561 562 563 564 565 566 567 568 569 570 571 572 573 574 575 576 577 578 579 580 581 582 583 584 585 586 587 588 589 590 591 592 593 594 595 596 597 598 599 600 601 602 603 604 605 606 607 608 609 610 611 612 613 614 615 616 617 618 619 620 621 622 623 624 625 626 627 628 629 630 631 632 633 634 635 636 637 638 639 640 641 642 643 644 645 646 647 648 649 650 651 652 653 654 655 656 657 658 659 660 661 662 663 664 665 666 667 668 669 670 671 672 673 674 675 676 677 678 679 680 681 682 683 684 685 686 687 688 689 690 691 692 693 694 695 696 697 698 699 700 701 702 703 704 705 706 707 708 709 710 711 712 713 714 715 716 717 718 719 720 721 722 723 724 725 726 727 728 729 730 731 732 733 734 735 736 737 738 739 740 741 742 743 744 745 746 747 748 749 750 751 752 753 754 755 756 757 758 759 760 761 762 763 764 765 766 767 768 769 770 771 772 773 774 775 776 777 778 779 780 781 782 783 784 785 786 787 788 789 790 791 792 793 794 795 796 797 798 799 800 801 802 803 804 805 806 807 808 809 810 811 812 813 814 815 816 817 818 819 820 821 822 823 824 825 826 827 828 829 830 831 832 833 834 835 836 837 838 839 840 841 842 843 844 845 846 847 848 849 850 851 852 853 854 855 856 857 858 859 860 861 862 863 864 865 866 867 868 869 870 871 872 873 874 875 876 877 878 879 880 881 882 883 884 885 886 887 888 889 890 891 892 893 894 895 896 897 898 899 900 901 902 903 904 905 906 907 908 909 910 911 912 913 914 915 916 917 918 919 920 921 922 923 924 925 926 927 928 929 930 931 932 933 934 935 936 937 938 939 940 941 942 943 944 945 946 947 948 949 950 951 952 953 954 955 956 957 958 959 960 961 962 963 964 965 966 967 968 969 970 971 972 973 974 975 976 977 978 979 980 981 982 983 984 985 986 987 988 989 990 991 992 993 994 995 996 997 998 999 1000