-- Nous réunir à vous! et pour quoi faire? -- Pour sauver la République. -- Sauver la République!.. il fut un temps, général, où vous aviez l’honneur d'en être le soutien; mais, aujourd'hui, c'est à nous qu'est réservée la gloire de la sauver. -- La sauver! fit Bonaparte, et avec quoi? avec les moyens que vous donne votre Constitution? Voyez donc! elle croule de toute part, et, quand même je ne la pousserais pas du doigt à cette heure, elle n'aurait pas huit jours à vivre. -- Ah! s'écria Moulin, vous avouez enfin vos projets hostiles! -- Mes projets ne sont pas hostiles! s’écria Bonaparte en frappant le parquet du talon de sa botte; la République est en péril, il faut la sauver, je le veux! -- Vous le voulez dit Gohier, mais il me semble que c'est au Directoire, et non à vous, de dire: «Je le veux!» -- Il n'y a plus de Directoire! -- En effet, on m'a dit qu'un instant avant notre entrée, vous aviez annoncé cela. -- Il n'y a plus de Directoire du moment où Sieyès et Roger-Ducos ont donné leur démission. -- Vous vous trompez: il y a un Directoire tant qu'il reste trois directeurs, et ni Moulin, ni moi, ni Barras, ne vous avons donné la nôtre. En ce moment, on glissa un papier dans la main de Bonaparte en disant: -- Lisez! Bonaparte lut. -- Vous vous trompez vous-même, reprit-il: Barras a donné sa démission, car la voici. La loi veut que vous soyez trois pour exister: vous n'êtes que deux! et qui résiste à la loi, vous l’avez dit tout à l'heure, est un rebelle. Puis, donnant le papier au président: -- Réunissez, dit-il, la démission du citoyen Barras à celle des citoyens Sieyès et Ducos, et proclamez la déchéance du Directoire. Moi, je vais l’annoncer à mes soldats. Moulin et Gohier restèrent anéantis; cette démission de Barras détruisait tous leurs projets. Bonaparte n'avait plus rien à faire au conseil des Anciens, et il lui restait encore beaucoup de choses à faire dans la cour des Tuileries. Il descendit, suivi de ceux qui l'avaient accompagné pour monter. À peine les soldats le virent-ils reparaître, que les cris de «Vive Bonaparte!» retentirent plus bruyants et plus pressés qu'à son arrivée. Il sauta sur son cheval et fit signe qu'il voulait parler. Dix mille voix qui éclataient en cris se turent à la fois, et le silence se fit comme par enchantement. -- Soldats! dit Bonaparte d'une voix si puissante, que tout le monde l’entendit, vos compagnons d'armes, qui sont aux frontières, sont dénués des choses les plus nécessaires; le peuple est malheureux. Les auteurs de tant de maux sont les factieux contre lesquels je vous rassemble aujourd'hui. J'espère sous peu vous conduire à la victoire; mais, auparavant, il faut réduire à l'impuissance de nuire tous ceux qui voudraient s'opposer au bon ordre public et à la prospérité générale! Soit lassitude du gouvernement dictatorial, soit fascination exercée par l'homme magique qui en appelait à la victoire, si longtemps oubliée en son absence, des cris d'enthousiasme s'élevèrent, et, comme une traînée de poudre enflammée, se communiquèrent des Tuileries au Carrousel, du Carrousel aux rues adjacentes. Bonaparte profita de ce mouvement, et, se tournant vers Moreau: -- Général, lui dit-il, je vais vous donner une preuve de l’immense confiance que j'ai en vous. Bernadotte, que j'ai laissé chez moi, et qui refuse de nous suivre, a eu l’audace de me dire que, s'il recevait un ordre du Directoire, il l'exécuterait, quels que fussent les perturbateurs. Général, je vous confie la garde du Luxembourg; la tranquillité de Paris et le salut de la République sont entre vos mains. Et, sans attendre la réponse de Moreau, il mit son cheval au galop et se porta sur le point opposé de la ligne. Moreau, par ambition militaire, avait consenti à jouer un rôle dans ce grand drame: il était forcé d'accepter celui que lui distribuait l’auteur. Gohier et Moulin, en revenant au Luxembourg, ne trouvèrent rien de changé en apparence; toutes les sentinelles étaient à leurs postes. Ils se retirèrent dans un des salons de la présidence afin de se consulter. Mais à peine venaient-ils d'entrer en conférence, que le général Jubé, commandant du Luxembourg, recevait l'ordre de rejoindre Bonaparte aux Tuileries avec la garde directoriale, et que Moreau prenait sa place avec des soldats encore électrisés par le discours de Bonaparte. Cependant, les deux directeurs rédigeaient un message au conseil des Cinq-Cents, message où ils protestaient énergiquement contre ce qui venait de se faire. Quand il fut terminé, Gohier le remit à son secrétaire, et Moulin, tombant d'inanition, passa chez lui pour prendre quelque nourriture. Il était près de quatre heures de l’après-midi. Un instant après, le secrétaire de Gohier rentra tout agité. -- Eh bien! lui demanda Gohier, vous n'êtes pas encore parti? -- Citoyen président, répondit le jeune homme, nous sommes prisonniers au palais! -- Comment! prisonniers? -- La garde est changée, et ce n'est plus le général Jubé qui la commande. -- Qui le remplace donc? -- J'ai cru entendre que c'était le général Moreau. -- Moreau? impossible!... et Barras, le lâche! où est-il? -- Parti pour sa terre de Grosbois. -- Ah! il faut que je voie Moulin! s'écria Gohier en s'élançant vers la porte. Mais, à l'entrée du corridor, il trouva une sentinelle qui lui barra le passage. Gohier voulut insister. -- On ne passe pas! dit la sentinelle. -- Comment! on ne passe pas? -- Non. -- Mais je suis le président Gohier. -- On ne passe pas! c'est la consigne. Gohier vit que cette consigne, il ne parviendrait point à la faire lever. L'emploi de la force était impossible. Il rentra chez lui. Pendant ce temps, le général Moreau se présentait chez Moulin: il venait pour se justifier. Mais, sans vouloir l’entendre, l'ex-directeur lui tourna le dos; et, comme Moreau insistait: -- Général, lui dit-il, passez dans l’antichambre: c'est la place des geôliers. Moreau courba la tête et comprit seulement alors dans quel piège, fatal à sa renommée, il venait de tomber. À cinq heures, Bonaparte reprenait le chemin de la rue de la Victoire; tout ce qu'il y avait de généraux et d'officiers supérieurs à Paris l'accompagnaient. Les plus aveugles, ceux qui n'avaient pas compris le 13 vendémiaire, ceux qui n'avaient pas compris le retour d'Égypte, venaient de voir rayonner au-dessus des Tuileries l'astre flamboyant de son avenir; et, chacun ne pouvant être planète, c'était à qui se ferait satellite! Les cris de «Vive Bonaparte!» qui venaient du bas de la rue du Mont-Blanc, et montaient comme une marée sonore vers la rue de la Victoire, annoncèrent à Joséphine le retour de son époux. L'impressionnable créole l’attendait avec anxiété; elle s'élança au-devant de lui, tellement émue qu'elle ne pouvait prononcer une seule parole. -- Voyons, voyons, lui dit Bonaparte redevenant le bonhomme qu'il était dans son intérieur, tranquillise-toi; tout ce que l'on a pu faire aujourd'hui est fait. -- Et tout est-il fait, mon ami? -- Oh! non, répondit Bonaparte. -- Ainsi, ce sera à recommencer demain? -- Oui; mais demain, ce n'est qu'une formalité. La -formalité- fut un peu rude; mais chacun sait le résultat des événements de Saint-Cloud: nous nous dispenserons donc de les raconter, nous reportant tout de suite au résultat, pressé que nous sommes de revenir au véritable sujet de notre drame, dont la grande figure historique, que nous y avons introduite, nous a un instant écarté. Un dernier mot. Le 20 brumaire, à une heure du matin, Bonaparte était nommé premier consul pour dix ans, et se faisait adjoindre Cambacérès et Lebrun, à titre de seconds consuls, bien résolu toutefois à concentrer dans sa personne, non seulement les fonctions de ses deux collègues, mais encore celles des ministres. Le 20 brumaire au soir, il couchait au Luxembourg, dans le lit du citoyen Gohier, mis en liberté dans la journée; ainsi que son collègue Moulin. Roland fut nommé gouverneur du château du Luxembourg. XXV -- UNE COMMUNICATION IMPORTANTE Quelque temps après cette révolution militaire, qui avait eu un immense retentissement dans toute l’Europe, dont elle devait un instant bouleverser la face comme la tempête bouleverse la face de l'Océan; quelque temps après, disons-nous, dans la matinée du 30 nivôse, autrement et plus clairement dit pour nos lecteurs, du 20 janvier 1800, Roland, en décachetant la volumineuse correspondance que lui valait sa charge nouvelle, trouva, au milieu de cinquante autres demandes d'audience, une lettre ainsi conçue: «Monsieur le gouverneur, «Je connais votre loyauté, et vous allez voir si j'en fais cas. «J'ai besoin de causer avec vous pendant cinq minutes; pendant ces cinq minutes, je resterai masqué. «J'ai une demande à vous faire. «Cette demande, vous me l'accorderez ou me la refuserez; dans l'un et l’autre cas, n'essayant de pénétrer dans le palais du Luxembourg que pour l’intérêt du premier consul Bonaparte et de la cause royaliste, à laquelle j'appartiens, je vous demande votre parole d'honneur de me laisser sortir librement comme vous m'aurez laissé entrer. «Si demain, à sept heures du soir, je vois une lumière isolée à la fenêtre située au-dessous de l'horloge, c'est que le colonel Roland de Montrevel m'aura engagé sa parole d'honneur, et je me présenterai hardiment à la petite porte de l'aile gauche du palais, donnant sur le jardin. «Afin que vous sachiez d'avance à qui vous engagez ou refusez votre parole, je signe d'un nom qui vous est connu, ce nom ayant déjà, dans une circonstance que vous n'avez probablement pas oubliée, été prononcé devant vous - - «-MORGAN,- - - «-Chef des compagnons de Jéhu.»- Roland relut deux fois la lettre, resta un instant pensif; puis, tout à coup, il se leva, et, passant dans le cabinet du premier consul, il lui tendit silencieusement la lettre. Celui-ci la lut sans que son visage trahît la moindre émotion, ni même le moindre étonnement, et, avec un laconisme tout lacédémonien: -- Il faut mettre la lumière, dit-il. Et il rendit la lettre à Roland. Le lendemain, à sept heures du soir, la lumière brillait à la fenêtre, et, à sept heures cinq minutes, Roland, en personne, attendait à la petite porte du jardin. Il y était à peine depuis quelques instants, que trois coups furent frappés à la manière des francs-maçons, c'est-à-dire deux et un. La porte s'ouvrit aussitôt: un homme enveloppé d'un manteau se dessina en vigueur sur l’atmosphère grisâtre de cette nuit d'hiver; quant à Roland, il était absolument caché dans l’ombre. Ne voyant personne, l’homme au manteau demeura une seconde immobile. -- Entrez, dit Roland. -- Ah! c'est vous, colonel. -- Comment savez-vous que c'est moi? demanda Roland. -- Je reconnais votre voix. -- Ma voix! mais, pendant les quelques secondes où nous nous sommes trouvés dans la même chambre, à Avignon, je n'ai point prononcé une seule parole. -- En ce cas, j'aurai entendu votre voix ailleurs. Roland chercha où le chef des compagnons de Jéhu avait pu entendre sa voix. Mais celui-ci, gaiement: -- Est-ce une raison, colonel, parce que je connais votre voix, pour que nous restions à cette porte? -- Non pas, dit Roland; prenez-moi par le pan de mon habit, et suivez-moi; j'ai défendu à dessein qu'on éclairât l'escalier et le corridor qui conduisent à ma chambre. -- Je vous sais gré de l'intention; mais, avec votre parole, je traverserais le palais d'un bout à l’autre, fût-il éclairé -a giorno-, comme disent les Italiens. -- Vous l’avez, ma parole, répondit Roland; ainsi, montez hardiment. Morgan n'avait pas besoin d'être encouragé, il suivit hardiment son guide. Au haut de l'escalier, celui-ci prit un corridor aussi sombre que l'escalier lui-même, fit une vingtaine de pas, ouvrit une porte et se trouva dans sa chambre. Morgan l'y suivit. La chambre était éclairée, mais par deux bougies seulement. Une fois entré, Morgan rejeta son manteau et déposa ses pistolets sur une table. -- Que faites-vous? demanda Roland. -- Ma foi, avec votre permission, dit gaiement son interlocuteur, je me mets à mon aise. -- Mais ces pistolets dont vous vous dépouillez...? -- Ah çà! croyez-vous que ce soit pour vous que je les ai pris? -- Pour qui donc? -- Mais pour dame Police; vous entendez bien que je ne suis pas disposé à me laisser prendre par le citoyen Fouché, sans brûler quelque peu la moustache au premier de ses sbires qui mettra la main sur moi. -- Alors, une fois ici, vous avez la conviction de n'avoir plus rien à craindre? -- Parbleu! dit le jeune homme, puisque j'ai votre parole. -- Alors, pourquoi n'ôtez-vous pas votre masque? -- Parce que ma figure n'est que moitié à moi; l’autre moitié est à mes compagnons. Qui sait si un seul de nous, reconnu, n'entraîne pas les autres à la guillotine? car vous pensez bien, colonel, que je ne me dissimule pas que c'est là le jeu que nous jouons. -- Alors, pourquoi le jouez-vous? -- Ah! que voilà une bonne question! Pourquoi allez-vous sur le champ de bataille; où une balle peut vous trouer la poitrine ou un boulet vous emporter la tête? -- C'est bien différent, permettez-moi de vous le dire: sur un champ de bataille, je risque une mort honorable. -- Ah çà! vous figurez-vous que, le jour où j'aurai eu le cou tranché par le triangle révolutionnaire, je me croirai déshonoré? Pas le moins du monde: j'ai la prétention d'être un soldat comme vous; seulement, tous ne peuvent pas servir leur cause de la même façon: chaque religion a ses héros et ses martyrs; bienheureux dans ce monde les héros, mais bienheureux dans l'autre les martyrs! Le jeune homme avait prononcé ces paroles avec une conviction qui n'avait pas laissé que d'émouvoir ou plutôt d'étonner Roland. -- Mais, continua Morgan, abandonnant bien vite l'exaltation, et revenant à la gaieté qui paraissait le trait distinctif de son caractère, je ne suis pas venu pour faire de la philosophie politique; je suis venu pour vous prier de me faire parler au premier consul. -- Comment! au premier consul? s'écria Roland. -- Sans doute; relisez ma lettre: je vous dis que j'ai une demande à vous faire? -- Oui. -- Eh bien, cette demande, c'est de me faire parler au général Bonaparte. -- Permettez, comme je ne m'attendais point à cette demande... -- Elle vous étonne: elle vous inquiète même. Mon cher colonel, vous pourrez, si vous ne vous en rapportez pas à ma parole, me fouiller des pieds à la tête, et vous verrez que je n'ai d'autres armes que ces pistolets, que je n'ai même plus, puisque les voilà sur votre table. Il y a mieux: prenez-en un de chaque main, placez-vous entre le premier consul et moi, et brûlez-moi la cervelle au premier mouvement suspect que je ferai. La Condition vous va-t-elle? -- Mais si je dérange le premier consul pour qu'il écoute la communication que vous avez à lui faire, vous m'assurez que cette communication en vaut la peine? -- Oh! quant à cela, je vous en réponds! Puis, avec son joyeux accent: -- Je suis pour le moment, ajouta-t-il, l'ambassadeur d'une tête couronnée, ou plutôt découronnée, ce qui ne la rend pas moins respectable pour les nobles coeurs; d'ailleurs, je prendrai peu de temps à votre général, monsieur Roland, et, du moment où la conversation traînera en longueur, il pourra me congédier; je ne me le ferai pas redire à deux fois, soyez tranquille. Roland demeura un instant pensif et silencieux. -- Et c'est au premier consul seul que vous pouvez faire cette communication? -- Au premier consul seul, puisque, seul, le premier consul peut me répondre. -- C'est bien, attendez-moi, je vais prendre ses ordres. Roland fit un pas vers la chambre de son général; mais il s'arrêta, jetant un regard d'inquiétude vers une foule de papiers amoncelés sur sa table. Morgan surprit ce regard. -- Ah! bon! dit-il, vous avez peur qu'en votre absence je ne lise ces paperasses? Si vous saviez comme je déteste lire! c'est au point que ma condamnation à mort serait sur cette table, que je ne me donnerais pas la peine de la lire; je dirais: C'est l'affaire du greffier, à chacun sa besogne. Monsieur Roland, j'ai froid aux pieds, je vais en votre absence me les chauffer, assis dans votre fauteuil; vous m'y retrouverez à votre retour, et je n'en aurai pas bougé. -- C'est bien, monsieur, dit Roland. Et il entra chez le premier consul. Bonaparte causait avec le général Hédouville, commandant en chef des troupes de la Vendée. En entendant la porte s'ouvrir, il se retourna avec impatience. -- J'avais dit à Bourrienne que je n'y étais pour personne. -- C'est ce qu'il m'a appris en passant, mon général; mais je lui ai répondu que je n'étais pas quelqu'un. -- Tu as raison. Que me veux-tu? dis vite. -- Il est chez moi. -- Qui cela? -- L'homme d'Avignon. -- Ah! ah! et que demande-t-il? -- Il demande à vous voir. -- À me voir, moi? -- Oui; vous, général; cela vous étonne? -- Non; mais que peut-il avoir à me dire. -- Il a obstinément refusé de m'en instruire; mais j'oserais affirmer que ce n'est ni un importun ni un fou. -- Non; mais c'est peut-être un assassin. Roland secoua la tête. -- En effet, du moment où c'est toi qui l'introduis... -- D'ailleurs, il ne se refuse pas à ce que j'assiste à la conférence: je serai entre vous et lui. Bonaparte réfléchit un instant. -- Fais-le entrer, dit-il. -- Vous savez, mon général, qu'excepté moi... -- Oui; le général Hédouville aura la complaisance d'attendre une seconde; notre conversation n'est point de celles que l'on épuise en une séance. Va, Roland. Roland sortit, traversa le cabinet de Bourrienne, rentra dans sa chambre, et retrouva Morgan, qui se chauffait les pieds comme il avait dit. -- Venez! le premier consul vous attend, dit le jeune homme. Morgan se leva et suivit Roland. Lorsqu'ils rentrèrent dans le cabinet de Bonaparte, celui-ci était seul. Il jeta un coup d'oeil rapide sur le chef des compagnons de Jéhu, et ne fit point de doute que ce ne fût le même homme qu'il avait vu à Avignon. Morgan s'était arrêté à quelques pas de la porte, et, de son côté, regardait curieusement Bonaparte, et s'affermissait dans la conviction que c'était bien lui qu'il avait entrevu à la table d'hôte le jour où il avait tenté cette périlleuse restitution des deux cents louis volés par mégarde à Jean Picot. -- Approchez, dit le premier consul. Morgan s'inclina et fit trois pas en avant. Bonaparte répondit à son salut par un léger signe de tête. -- Vous avez dit à mon aide de camp, le colonel Roland, que vous aviez une communication à me faire. -- Oui, citoyen premier consul. -- Cette communication exige-t-elle le tête-à-tête? -- Non, citoyen premier consul, quoiqu'elle soit d'une telle importance... -- Que vous aimeriez mieux que je fusse seul.. -- Sans doute, mais la prudence... -- Ce qu'il y a de plus prudent en France, citoyen Morgan, c'est le courage. -- Ma présence chez vous, général, est une preuve que je suis parfaitement de votre avis. Bonaparte se retourna vers le jeune colonel. -- Laisse-nous seuls, Roland, dit-il. -- Mais, mon général!... insista celui-ci. Bonaparte s'approcha de lui; puis, tout bas: -- Je vois ce que c'est, reprit-il: tu es curieux de savoir ce que ce mystérieux chevalier de grand chemin peut avoir à me dire, sois tranquille, tu le sauras... -- Ce n'est pas cela; mais, si, comme vous le disiez tout à l'heure, cet homme était un assassin? -- Ne m'as-tu pas répondu que non? Allons, ne fais pas l’enfant, laisse-nous. Roland sortit. -- Nous voilà seuls, monsieur dit le premier consul; parlez! Morgan, sans répondre, tira une lettre de sa poche et la présenta au général. Le général l'examina: elle était à son adresse et fermée d'un cachet aux trois fleurs de lis de France. -- Oh! oh! dit-il, qu'est-ce que cela, monsieur? -- Lisez, citoyen premier consul. Bonaparte ouvrit la lettre et alla droit à la signature. -- «Louis» dit-il. -- Louis, répéta Morgan. -- Quel Louis? -- Mais Louis de Bourbon, je présume. -- M. le comte de Provence, le frère de Louis XVI? -- Et, par conséquent, Louis XVIII depuis que son neveu le Dauphin est mort. Bonaparte regarda de nouveau l'inconnu; car il était évident que ce nom de Morgan, qu'il s'était donné, n'était qu'un pseudonyme destiné à cacher son véritable nom. Après quoi, reportant son regard sur la lettre, il lut: «3 janvier 1800, «Quelle que soit leur conduite apparente, monsieur, des hommes tels que vous n'inspirent jamais d'inquiétude; vous avez accepté une place éminente, je vous en sais gré: mieux que personne, vous savez ce qu'il faut de force et de puissance pour faire le bonheur d'une grande nation: Sauvez la France de ses propres fureurs, et vous aurez rempli le voeu de mon coeur; rendez-lui son roi, et les générations futures béniront votre mémoire. Si vous doutez que je sois susceptible de reconnaissance, marquez votre place, fixez le sort de vos amis. Quant à mes principes, je suis Français; clément par caractère, je le serai encore par raison. Non, le vainqueur de Lodi, de Castiglione et d’Arcole, le conquérant de l’Italie et de l’Égypte ne peut préférer à la gloire une vaine célébrité. Ne perdez pas un temps précieux: nous pouvons assurer la gloire de la France, je dis- nous -parce que j'ai besoin de Bonaparte pour cela et qu'il ne le pourrait sans moi. Général, l'Europe vous observe, la gloire vous attend, et je suis impatient de rendre le bonheur à mon peuple. «LOUIS.» Bonaparte se retourna vers le jeune homme, qui attendait debout, immobile et muet comme une statue. -- Connaissez-vous le contenu de cette lettre? demanda-t-il. Le jeune homme s'inclina. -- Oui, citoyen premier consul. -- Elle était cachetée, cependant. -- Elle a été envoyée sous cachet volant à celui qui me l'a remise, et, avant même de me la confier, il me l'a fait lire afin que j'en connusse bien toute l'importance. -- Et peut-on savoir le nom de celui qui vous l'a confiée? -- Georges Cadoudal. Bonaparte, tressaillit légèrement. -- Vous connaissez Georges Cadoudal? demanda-t-il. -- C'est mon ami. -- Et pourquoi vous l'a-t-il confiée, à vous, plutôt qu'à un autre? -- Parce qu'il savait qu'en me disant que cette lettre devait vous être remise en main propre, elle serait remise comme il le désirait. -- En effet, monsieur, vous avez tenu votre promesse. -- Pas encore tout à fait, citoyen premier consul. -- Comment cela? ne me l'avez-vous pas remise? -- Oui; mais j'ai promis, de rapporter une réponse. -- Et si je vous dis que je ne veux pas en faire? -- Vous aurez répondu, pas précisément comme j'eusse désiré que vous le fissiez; mais ce sera toujours une réponse. Bonaparte demeura quelques instants pensif. Puis, sortant de sa rêverie par un mouvement d'épaules: -- Ils sont fous! dit-il. -- Qui cela, citoyen? demanda Morgan. -- Ceux qui m'écrivent de pareilles lettres; fous, archifous! Croient-ils donc que je suis de ceux qui prennent leurs exemples dans le passé, qui se modèlent sur d'autres hommes? Recommencer Monk! à quoi bon? Pour faire un Charles II! Ce n'est, ma foi, pas la peine. Quand on a derrière soi Toulon, le 13 vendémiaire, Lodi, Castiglione, Arcole, Rivoli, les Pyramides, on est un autre homme que Monk, et l'on a le droit d'aspirer à autre chose qu'au duché d'Albemarle et au commandement des armées de terre et de mer de Sa Majesté Louis XVIII. -- Aussi, vous dit-on de faire vos conditions, citoyen premier consul. Bonaparte tressaillit au son de cette voix comme s'il eût oublié que quelqu'un était là. -- Sans compter, reprit-il, que c'est une famille perdue, un rameau mort d'un tronc pourri; les Bourbons se sont tant mariés entre eux, que c'est une race abâtardie, qui a usé sa sève et toute sa vigueur dans Louis XIV. Vous connaissez l'histoire, monsieur? dit Bonaparte en se tournant vers le jeune homme. -- Oui, général, répondit celui-ci; du moins, comme un ci-devant peut la connaître. -- Eh bien, vous avez dû remarquer dans l'histoire, dans celle de France surtout, que chaque race a son point de départ, son point culminant et sa décadence. Voyez les Capétiens directs: partis de Hugues, ils arrivent à leur apogée avec Philippe-Auguste et Louis IX, et tombent avec Philippe V et Charles IV. Voyez les Valois: partis de Philippe VI, ils ont leur point culminant dans François Ier et tombent avec Charles IX et Henri III. Enfin, voyez les Bourbons: partis de Henri IV, ils ont leur point culminant dans Louis XIV et tombent avec Louis XV et Louis XVI; seulement, ils tombent plus bas que les autres: plus bas dans la débauche avec Louis XV, plus bas dans le malheur avec Louis XVI. Vous me parlez des Stuarts, et vous me montrez l'exemple de Monk. Voulez-vous me dire qui succède à Charles II? Jacques II; et à Jacques II? Guillaume d'Orange, un usurpateur. N'aurait-il pas mieux valu, je vous le demande, que Monk mît tout de suite la couronne sur sa tête? Eh bien, si j'étais assez fou pour rendre le trône à Louis XVIII, comme Charles II, il n'aurait pas d'enfants, comme Jacques II, son frère Charles X lui succéderait, et, comme Jacques II, il se ferait chasser par quelque Guillaume d'Orange. Oh! non, Dieu n'a pas mis la destinée d'un beau et grand pays qu'on appelle la France entre mes mains pour que je la rende à ceux qui l'ont jouée et qui l'ont perdue. -- Remarquez, général, que je ne vous demandais pas tout cela. -- Mais, moi, je vous le demande... -- Je crois que vous me faites l'honneur de me prendre pour la postérité. Bonaparte tressaillit, se retourna, vit à qui il parlait, et se tut. -- Je n'avais besoin, continua Morgan avec une dignité qui étonna celui auquel il s'adressait, que d'un oui ou d'un non. -- Et pourquoi aviez-vous besoin de cela? -- Pour savoir si nous continuerions de vous faire la guerre comme à un ennemi, ou si nous tomberions à vos genoux comme devant un sauveur. -- La guerre! dit Bonaparte, la guerre! insensés ceux qui me la font; ne voient-ils pas que je suis l'élu de Dieu? -- Attila disait la même chose. -- Oui; mais il était l’élu de la destruction, et moi, je suis celui de l'ère nouvelle; l’herbe séchait où il avait passé: les moissons mûriront partout où j'aurai passé la charrue. La guerre! dites-moi ce que sont devenus ceux qui me l’ont faite Ils sont couchés dans les plaines du Piémont, de la Lombardie ou du Caire. -- Vous oubliez la Vendée. La Vendée est toujours debout. -- Debout, soit; mais ses chefs? mais Cathelineau, mais Lescure, mais La Rochejacquelein, mais d'Elbée, mais Bonchamp, mais Stofflet, mais Charrette? -- Vous ne parlez là que des hommes: les hommes ont été moissonnés, c'est vrai; mais le principe est debout, et tout autour de lui combattent aujourd'hui d'Autichamp, Suzannet, Grignon, Frotté, Châtillon, Cadoudal; les cadets ne valent peut- être pas les aînés; mais pourvu qu'ils meurent à leur tour, c'est tout ce que l'on peut exiger d'eux. -- Qu'ils prennent garde! si je décide une campagne de la Vendée, je n'y enverrai ni des Santerre ni des Rossignol! -- La Convention y a envoyé Kléber, et le Directoire Hoche!... -- Je n'enverrai pas, j'irai moi-même. -- Il ne peut rien leur arriver de pis que d'être tués, comme Lescure, ou fusillés, comme Charette. -- Il peut leur arriver que je leur fasse grâce. -- Caton nous a appris comment on échappait au pardon de César. -- Ah! faites attention: vous citez un républicain! -- Caton est un de ces hommes dont on peut suivre l'exemple, à quelque parti que l'on appartienne. -- Et si je vous disais que je tiens la Vendée dans ma main?... -- Vous? -- Et que, si je veux, dans trois mois elle sera pacifiée? Le jeune homme secoua la tête. -- Vous ne me croyez pas? -- J'hésite à vous croire. -- Si je vous affirme que ce que je dis est vrai; si je vous le prouve en vous disant par quel moyen, ou plutôt par quels hommes, j'y arriverai? -- Si un homme comme le général Bonaparte m'affirme une chose, je la croirai, et si cette chose qu'il m'affirme est la pacification de la Vendée, je lui dirai à mon tour: Prenez garde! mieux vaut pour vous la Vendée combattant que la Vendée conspirant: la Vendée combattant, c'est l'épée; la Vendée conspirant c'est le poignard. -- Oh! je le connais, votre poignard, dit Bonaparte; le voilà! Et il alla prendre dans un tiroir le poignard qu'il avait tiré des mains de Roland et le posa sur une table, à la portée de la main de Morgan. -- Mais, ajouta-t-il, il y a loin de la poitrine de Bonaparte au poignard d'un assassin; essayez plutôt. Et il s'avança sur le jeune homme en fixant sur lui son regard de flamme. -- Je ne suis pas venu ici pour vous assassiner, dit froidement le jeune homme; plus tard, si je crois votre mort indispensable au triomphe de la cause, je ferai de mon mieux, et, si alors je vous manque, ce n'est point parce que vous serez Marius et que je serai le Cimbre... Vous n'avez pas autre chose à me dire, citoyen premier consul? continua le jeune homme en s'inclinant. -- Si fait; dites à Cadoudal que, lorsqu'il voudra se battre contre l'ennemi au lieu de se battre contre des Français, j'ai dans mon bureau son brevet de colonel tout signé. -- Cadoudal commande, non pas à un régiment, mais à une armée; vous n'avez pas voulu déchoir en devenant, de Bonaparte, Monk; pourquoi voulez-vous qu'il devienne, de général, colonel?... Vous n'avez pas autre chose à me dire, citoyen premier consul? -- Si fait; avez-vous un moyen de faire passer ma réponse au comte de Provence? -- Vous voulez dire au roi Louis XVIII? -- Ne chicanons pas sur les mots; à celui qui m'a écrit. -- Son envoyé est au camp des Aubiers. -- Eh bien! je change d'avis, je lui réponds; ces Bourbons sont si aveugles, que celui-là interpréterait mal mon silence. Et Bonaparte, s'asseyant à son bureau, écrivit la lettre suivante avec une application indiquant qu'il tenait à ce qu'elle fût lisible. «J'ai reçu, monsieur, votre lettre; je vous remercie de la bonne opinion que vous y exprimez sur moi. Vous ne devez pas souhaiter votre retour en France, il vous faudrait marcher sur cent mille cadavres; sacrifiez votre intérêt au repos et au bonheur de la France, l’histoire vous en tiendra compte. Je ne suis point insensible aux malheurs de votre famille, et j'apprendrai avec plaisir que vous êtes environné de tout ce qui peut contribuer à la tranquillité de votre retraite. «BONAPARTE.» Et, pliant et cachetant la lettre, il écrivit l'adresse: -À monsieur le comte de Provence, -la remit à Morgan, puis appela Roland, comme s'il pensait bien que celui-ci n'était pas loin. -- Général?... demanda le jeune officier, paraissant en effet au même instant. -- Reconduisez monsieur jusque dans la rue, dit Bonaparte; jusque- là, vous répondez de lui. Roland s'inclina en signe d'obéissance, laissa passer le jeune homme, qui se retira sans prononcer une parole, et sortit derrière lui. Mais, avant de sortir, Morgan jeta un dernier regard sur Bonaparte. Celui-ci était debout, immobile, muet et les bras croisés, l'oeil fixé sur ce poignard, qui préoccupait sa pensée plus qu'il ne voulait se l'avouer à lui-même. En traversant la chambre de Roland, le chef des compagnons de Jéhu reprit son manteau et ses pistolets. Tandis qu'il les passait à sa ceinture: -- Il paraît, lui dit Roland, que le citoyen premier consul vous a montré le poignard que je lui ai donné. -- Oui, monsieur, répondit Morgan. -- Et vous l’avez reconnu? -- Pas celui-là particulièrement... tous nos poignards se ressemblent. -- Eh bien! fit Roland, je vais vous dire d'où il vient. -- Ah!... Et d'où vient-il? -- De la poitrine d'un de mes amis, où vos compagnons, et peut- être vous-même l’aviez enfoncé. -- C'est possible, répondit insoucieusement le jeune homme; mais votre ami se sera exposé à ce châtiment. -- Mon ami a voulu voir ce qui ce passait la nuit dans la chartreuse de Seillon. -- Il a eu tort. -- Mais, moi, j'avais eu le même tort la veille, pourquoi ne m'est-il rien arrivé? -- Parce que sans doute quelque talisman vous sauvegardait. -- Monsieur, je vous dirai une chose: c'est que je suis un homme de droit chemin et de grand jour; il en résulte que j'ai horreur du mystérieux. -- Heureux ceux qui peuvent marcher au grand jour et suivre le grand chemin, monsieur de Montrevel. -- C'est pour cela que je vais vous dire le serment que j'ai fait, monsieur Morgan. En tirant le poignard que vous avez vu de la poitrine de mon ami, le plus délicatement possible, pour ne pas en tirer son âme en même temps, j'ai fait serment que ce serait désormais entre ses assassins et moi une guerre à mort, et c'est en grande partie pour vous dire cela à vous-même que je vous ai donné la parole qui vous sauvegardait. -- C'est un serment que j'espère vous voir oublier, monsieur de Montrevel. -- C'est un serment que je tiendrai dans toutes les occasions, monsieur Morgan, et vous serez bien aimable de m'en fournir une le plus tôt possible. -- De quelle façon, monsieur? -- Eh bien! mais, par exemple, en acceptant avec moi une rencontre soit au bois de Boulogne, soit au bois de Vincennes; nous n'avons pas besoin de dire, bien entendu, que nous nous battons parce que vous ou vos amis avez donné un coup de poignard à lord Tanlay. Non, nous dirons ce que vous voudrez, que c'est à propos, par exemple... (Roland chercha) de l’éclipse de lune qui doit avoir lieu le 12 du mois prochain. Le prétexte vous va-t-il? -- Le prétexte m'irait, monsieur, répondit Morgan avec un accent de mélancolie dont on l’eût cru incapable, si le duel lui-même me pouvait aller. Vous avez fait un serment, et vous le tiendrez, dites-vous? Eh bien! tout initié en fait un aussi en entrant dans la compagnie de Jéhu: c'est de n'exposer dans aucune querelle particulière une vie qui appartient à sa cause, et non plus à lui. -- Oui; si bien que vous assassinez, mais ne vous battez pas. -- Vous vous trompez, nous nous battons quelquefois. -- Soyez assez bon pour m'indiquer une occasion d'étudier ce phénomène. -- C'est bien simple: tâchez, monsieur de Montrevel, de vous trouver, avec cinq ou six hommes résolus comme vous, dans quelque diligence portant l'argent du gouvernement; défendez ce que nous attaquerons, et l’occasion que vous cherchez sera venue; mais, croyez-moi, faites mieux que cela: ne vous trouvez pas sur notre chemin. -- C'est une menace, monsieur? dit le jeune homme en relevant la tête. -- Non, monsieur, fit Morgan d'une voix douce, presque suppliante, c'est une prière. -- M'est-elle particulièrement adressée, ou la feriez-vous à un autre? -- Je la fais à vous particulièrement. Et le chef des compagnons de Jéhu appuya sur ce dernier mot. -- Ah! ah! fit le jeune homme, j'ai donc le bonheur de vous intéresser? -- Comme un frère, répondit Morgan, toujours de sa même voix douce et caressante. -- Allons, dit Roland, décidément c'est une gageure. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 51 52 53 54 55 56 57 58 59 60 61 62 63 64 65 66 67 68 69 70 71 72 73 74 75 76 77 78 79 80 81 82 83 84 85 86 87 88 89 90 91 92 93 94 95 96 97 98 99 100 101 102 103 104 105 106 107 108 109 110 111 112 113 114 115 116 117 118 119 120 121 122 123 124 125 126 127 128 129 130 131 132 133 134 135 136 137 138 139 140 141 142 143 144 145 146 147 148 149 150 151 152 153 154 155 156 157 158 159 160 161 162 163 164 165 166 167 168 169 170 171 172 173 174 175 176 177 178 179 180 181 182 183 184 185 186 187 188 189 190 191 192 193 194 195 196 197 198 199 200 201 202 203 204 205 206 207 208 209 210 211 212 213 214 215 216 217 218 219 220 221 222 223 224 225 226 227 228 229 230 231 232 233 234 235 236 237 238 239 240 241 242 243 244 245 246 247 248 249 250 251 252 253 254 255 256 257 258 259 260 261 262 263 264 265 266 267 268 269 270 271 272 273 274 275 276 277 278 279 280 281 282 283 284 285 286 287 288 289 290 291 292 293 294 295 296 297 298 299 300 301 302 303 304 305 306 307 308 309 310 311 312 313 314 315 316 317 318 319 320 321 322 323 324 325 326 327 328 329 330 331 332 333 334 335 336 337 338 339 340 341 342 343 344 345 346 347 348 349 350 351 352 353 354 355 356 357 358 359 360 361 362 363 364 365 366 367 368 369 370 371 372 373 374 375 376 377 378 379 380 381 382 383 384 385 386 387 388 389 390 391 392 393 394 395 396 397 398 399 400 401 402 403 404 405 406 407 408 409 410 411 412 413 414 415 416 417 418 419 420 421 422 423 424 425 426 427 428 429 430 431 432 433 434 435 436 437 438 439 440 441 442 443 444 445 446 447 448 449 450 451 452 453 454 455 456 457 458 459 460 461 462 463 464 465 466 467 468 469 470 471 472 473 474 475 476 477 478 479 480 481 482 483 484 485 486 487 488 489 490 491 492 493 494 495 496 497 498 499 500 501 502 503 504 505 506 507 508 509 510 511 512 513 514 515 516 517 518 519 520 521 522 523 524 525 526 527 528 529 530 531 532 533 534 535 536 537 538 539 540 541 542 543 544 545 546 547 548 549 550 551 552 553 554 555 556 557 558 559 560 561 562 563 564 565 566 567 568 569 570 571 572 573 574 575 576 577 578 579 580 581 582 583 584 585 586 587 588 589 590 591 592 593 594 595 596 597 598 599 600 601 602 603 604 605 606 607 608 609 610 611 612 613 614 615 616 617 618 619 620 621 622 623 624 625 626 627 628 629 630 631 632 633 634 635 636 637 638 639 640 641 642 643 644 645 646 647 648 649 650 651 652 653 654 655 656 657 658 659 660 661 662 663 664 665 666 667 668 669 670 671 672 673 674 675 676 677 678 679 680 681 682 683 684 685 686 687 688 689 690 691 692 693 694 695 696 697 698 699 700 701 702 703 704 705 706 707 708 709 710 711 712 713 714 715 716 717 718 719 720 721 722 723 724 725 726 727 728 729 730 731 732 733 734 735 736 737 738 739 740 741 742 743 744 745 746 747 748 749 750 751 752 753 754 755 756 757 758 759 760 761 762 763 764 765 766 767 768 769 770 771 772 773 774 775 776 777 778 779 780 781 782 783 784 785 786 787 788 789 790 791 792 793 794 795 796 797 798 799 800 801 802 803 804 805 806 807 808 809 810 811 812 813 814 815 816 817 818 819 820 821 822 823 824 825 826 827 828 829 830 831 832 833 834 835 836 837 838 839 840 841 842 843 844 845 846 847 848 849 850 851 852 853 854 855 856 857 858 859 860 861 862 863 864 865 866 867 868 869 870 871 872 873 874 875 876 877 878 879 880 881 882 883 884 885 886 887 888 889 890 891 892 893 894 895 896 897 898 899 900 901 902 903 904 905 906 907 908 909 910 911 912 913 914 915 916 917 918 919 920 921 922 923 924 925 926 927 928 929 930 931 932 933 934 935 936 937 938 939 940 941 942 943 944 945 946 947 948 949 950 951 952 953 954 955 956 957 958 959 960 961 962 963 964 965 966 967 968 969 970 971 972 973 974 975 976 977 978 979 980 981 982 983 984 985 986 987 988 989 990 991 992 993 994 995 996 997 998 999 1000