Gohier sentit le coup. Il comprenait tout le parti que le génie
entreprenant de Bonaparte pouvait tirer de cet isolement.
-- Et depuis quand, demanda-t-il à Fouché, un ministre de la
police est-il transformé en messager du conseil des Anciens?
-- Voilà ce qui vous trompe, citoyen président, répondit l'ex-
conventionnel; je suis ce matin plus ministre de la police que
jamais, puisque je viens vous dénoncer un acte qui peut avoir les
plus graves conséquences.
Fouché ne savait pas encore comment tournerait la conspiration de
la rue de la victoire; il n'était point fâché de se ménager une
porte de retraite au Luxembourg.
Mais Gohier, tout honnête qu'il était, connaissait trop bien
l'homme pour être sa dupe.
-- C'était hier qu'il fallait m'annoncer le décret, citoyen
ministre, et non ce matin; car, en me faisant cette communication,
vous ne devancez que de quelques instants l'annonce officielle qui
va m'en être faite.
En effet, en ce moment, un huissier ouvrit la porte et prévint le
président qu'un envoyé des inspecteurs du palais des Anciens était
là et demandait à lui faire une communication.
-- Qu'il entre! dit Gohier.
Le messager entra, et présenta une lettre au président.
Celui-ci la décacheta vivement et lut:
«Citoyen président,
«la commission s'empresse de vous faire part du décret de la
translation de la résidence du Corps législatif à Saint-Cloud.
«Le décret va vous être expédié; mais des mesures de sûreté
exigent des détails dont nous nous occupons.
«Nous vous invitons à venir à la commission des Anciens; vous y
trouverez Sieyès et Ducos.
«Salut fraternel,
«BARILLON -- FARGUES -- CORNET.»
-- C'est bien, dit Gohier au messager en le congédiant d'un signe.
Le messager sortit.
Gohier se retourna vers Fouché:
-- Ah! dit-il, le complot est bien mené: on m'annonce le décret,
mais on ne me l'envoie pas; par bonheur vous allez me dire dans
quels termes il est conçu.
-- Mais, dit Fouché, je n'en sais rien.
-- Comment! il y a séance au conseil des Anciens, et vous,
ministre de la police, vous n'en savez rien, quand cette séance
est extraordinaire, quand elle a été arrêtée par lettres?
-- Si fait, je savais la séance, mais je n'ai pu y assister.
-- Et vous n'y aviez pas un de vos secrétaires, un sténographe,
qui pût, paroles pour paroles, vous rendre compte de cette séance,
quand, selon toute probabilité, cette séance va disposer du sort
de la France?... Ah! citoyen Fouché, vous êtes un ministre de la
police bien maladroit ou plutôt bien adroit!
-- Avez-vous des ordres à me donner citoyen président? demanda
Fouché.
-- Aucun, citoyen ministre, répondit le président. Si le
Directoire juge à propos de donner des ordres, il les donnera à
des hommes qu'il croira dignes de sa confiance. Vous pouvez
retourner vers ceux qui vous envoient, ajouta-t-il en tournant le
dos à son interlocuteur.
Fouché sortit. Gohier sonna aussitôt.
Un huissier entra.
-- Passez chez Barras, chez Sieyès, chez Ducos et chez Moulin, et
invitez-les à se rendre à l'instant même chez moi... Ah! prévenez
en même temps, madame Gohier de passer dans mon cabinet et
d'apporter la lettre de madame Bonaparte qui nous invite à
déjeuner.
Cinq minutes après, madame Gohier entrait, la lettre à la main et
tout habillée; l'invitation était pour huit heures du matin; il
était plus de sept heures et demie, et il fallait vingt minutes au
moins pour aller du Luxembourg à la rue de la Victoire.
-- Voici, mon ami, dit madame Gohier en présentant la lettre à son
mari; c'est pour huit heures.
-- Oui, répondit Gohier, je ne doute pas de l'heure, mais du jour.
Et, prenant la lettre des mains de sa femme, il relut:
«Venez, mon cher Gohier et votre femme, déjeuner demain avec moi,
à huit heures du matin... n'y manquez pas... j'ai à causer avec
vous sur des choses très intéressantes.»
-- Ah! continua-t-il, il n'y a pas à s'y tromper!
-- Eh bien, mon ami, y allons-nous? demanda madame Gohier.
-- Toi, tu y vas, mais pas moi. Il nous survient un événement
auquel le citoyen Bonaparte n'est probablement pas étranger, et
qui nous retient, mes collègues et moi au Luxembourg.
-- Un événement grave?
-- Peut-être.
-- Alors, je reste près de toi.
-- Non pas: tu ne peux m'être d'aucune utilité. Va chez madame
Bonaparte; je me trompe peut-être, mais, s'il s'y passe quelque
chose d'extraordinaire et qui te paraisse alarmant, fais-le-moi
savoir par un moyen quelconque; tout sera bon, je comprendrai à
demi-mot.
-- C'est bien, mon ami, j'y vais; l'espoir de têtre utile là-bas
me décide.
-- Va!
En ce moment l'huissier rentra.
-- Le général Moulin me suit, dit-il; le citoyen Barras est au
bain et va venir; les citoyens Sieyès et Ducos sont sortis à cinq
heures du matin et ne sont point rentrés.
-- Voilà les deux traîtres! dit Gohier. Barras n'est que dupe.
Et, embrassant sa femme:
-- Va! dit-il, va!
En se retournant, madame Gohier se trouva face à face avec le
général Moulin; celui-ci, d'un caractère emporté, paraissait
furieux.
-- Pardon, citoyenne, dit-il.
Puis, s'élançant dans le cabinet de Gohier:
--Eh bien, dit-il, vous savez ce qui se passe, président?
-- Non; mais je m'en doute.
-- Le corps législatif est transféré à Saint-Cloud; le général
Bonaparte est chargé de l'exécution du décret, et la force armée
est mise sous ses ordres.
-- Ah! voilà le fond du sac! dit Gohier. Eh bien, il faut nous
réunir et lutter.
-- Vous avez entendu: Sieyès et Roger Ducos ne sont pas au palais.
-- Parbleu! ils sont aux Tuileries! Mais Barras est au bain;
courons chez Barras. Le Directoire peut prendre des arrêtés du
moment où il est en majorité; nous sommes trois: je le répète,
luttons!
-- Alors, faisons dire à Barras de venir nous trouver aussitôt
qu'il sera sorti du bain.
-- Non, allons le trouver avant quil en sorte.
Les deux directeurs sortirent et se dirigèrent vivement vers
lappartement de Barras.
Ils le trouvèrent effectivement au bain; ils insistèrent pour
entrer.
-- Eh bien? demanda Barras en les apercevant.
-- Vous savez?
-- Rien au monde!
Ils lui racontèrent alors ce quils savaient eux-mêmes.
-- Ah! dit Barras, tout m'est expliqué maintenant.
-- Comment?
-- Oui, voilà pourquoi il n'est pas venu hier au soir.
-- Qui
-- Eh! Bonaparte!
-- Vous l'attendiez hier au soir?
-- Il m'avait fait dire par un de ses aides de camp qu'il
viendrait de onze heures à minuit.
-- Et il n'est pas venu?
-- Non; il m'a envoyé Bourrienne avec sa voiture en me faisant
dire qu'un violent mal de tête le retenait au lit, mais que ce
matin, de bonne heure, il serait ici.
Les directeurs se regardèrent.
-- C'est clair! dirent-ils.
-- Maintenant, continua Barras, j'ai envoyé Bollot, mon
secrétaire, un garçon très intelligent, à la découverte.
Il sonna, un domestique parut.
-- Aussitôt que le citoyen Bollot rentrera, dit Barras, vous le
prierez de se rendre ici.
-- Il descend à l'instant même de voiture dans la cour du palais.
-- Qu'il monte! qu'il monte!
Bollot était déjà à la porte.
-- Eh bien? firent les trois directeurs.
-- Eh bien, le général Bonaparte, en grand uniforme, accompagné
des généraux Beurnonville, Mac Donald et Moreau, marche sur les
Tuileries, dans la cour desquelles dix mille hommes l'attendent!
-- Moreau!... Moreau est avec lui! s'écria Gohier.
-- À sa droite!
-- Je vous lai toujours dit! s'écria Moulin, avec sa rudesse
militaire, Moreau, c'est une... salope et pas autre chose!
-- Êtes-vous toujours d'avis de résister, Barras? demanda Gohier
-- Oui, répondit Barras.
-- Eh bien, alors, habillez-vous et venez nous rejoindre dans la
salle des séances.
-- Allez, dit Barras, je vous suis.
Les deux directeurs se rendirent dans la salle des séances.
Au bout de dix minutes d'attente:
-- Nous aurions dû attendre Barras, dit Moulin: si Moreau est une
s..., Barras est une p...!
Deux heures après, ils attendaient encore Barras.
Derrière eux, on avait introduit, dans la même salle de bain,
Talleyrand et Bruix, et, en causant avec eux, Barras avait oublié
qu'il était attendu.
Voyons ce qui s'était passé rue de la Victoire.
À sept heures, contre son habitude, Bonaparte était levé et
attendait en grand uniforme dans sa chambre.
Roland entra.
Bonaparte était parfaitement calme; on était à la veille d'une
bataille.
-- N'est-il venu personne encore, Roland? demanda-t-il.
-- Non, mon général, répondit le jeune homme; mais j'ai entendu
tout à l'heure le roulement d'une voiture.
-- Moi aussi, dit Bonaparte.
En ce moment, on annonça:
-- Le citoyen Joseph Bonaparte et le citoyen général Bernadotte.
Roland interrogea Bonaparte de l'oeil.
Devait-il rester ou sortir?
Il devait rester.
Roland resta debout à l'angle d'une bibliothèque, comme une
sentinelle à son poste.
-- Ah! ah! fit Bonaparte en voyant Bernadotte habillé comme la
surveille en simple bourgeois, vous avez donc décidément horreur
de l'uniforme, général?
-- Ah çà! reprit Bernadotte, pourquoi diable serais-je en uniforme
à sept heures du matin, quand je ne suis pas de service?
-- Vous y serez bientôt.
-- Bon! je suis en non-activité.
-- Oui; mais, moi, je vous remets en activité.
-- Vous?
-- Oui, moi.
-- Au nom du Directoire?
-- Est-ce qu'il y a encore un Directoire?
-- Comment! il n'y a plus de Directoire?
-- N'avez-vous pas vu, en venant ici, des soldats échelonnés dans
les rues conduisant aux Tuileries?
-- Je les ai vus et m'en suis étonné.
-- Ces soldats, ce sont les miens.
-- Pardon! dit Bernadotte, j'avais cru que c'étaient ceux de la
France.
-- Eh! moi ou la France, n'est-ce pas tout un?
-- Je l'ignorais, dit froidement Bernadotte.
-- Alors, vous vous en doutez maintenant; ce soir, vous en serez
sûr. Tenez, Bernadotte, le moment est suprême, décidez-vous!
-- Général, dit Bernadotte, j'ai le bonheur d'être en ce moment
simple citoyen; laissez-moi rester simple citoyen.
-- Bernadotte, prenez garde, qui n'est pas pour moi est contre
moi!
-- Général, faites attention à vos paroles; vous mavez dit:
«Prenez garde!» si cest une menace, vous savez que je ne les
crains pas.
Bonaparte revint à lui et lui prit les deux mains.
-- Eh! oui, je sais cela; voilà pourquoi je veux absolument vous
avoir avec moi. Non seulement je vous estime, Bernadotte, mais
encore je vous aime. Je vous laisse avec Joseph; vous êtes beaux-
frères; que diable! entre parents, on ne se brouille pas.
-- Et vous, où allez-vous?
-- En votre qualité de Spartiate, vous êtes un rigide observateur
des lois, n'est-ce pas? Eh bien, voici un décret rendu cette nuit
par le conseil des Cinq-Cents, qui me confère immédiatement le
commandement de la force armée de Paris; j'avais donc raison,
ajouta-t-il, de vous dire que les soldats que vous avez rencontrés
sont mes soldats, puisqu'ils sont sous mes ordres.
Et il remit entre les mains de Bernadotte l'expédition du décret
qui avait été rendu à six heures du matin.
Bernadotte lut le décret depuis la première jusqu'à la dernière
ligne.
-- À ceci, je n'ai rien à ajouter, fit-il: veillez à la sûreté de
la représentation nationale, et tous les bons citoyens seront avec
vous.
-- Eh bien, soyez donc avec moi, alors!
-- Permettez-moi, général, d'attendre encore vingt-quatre heures
pour voir comment vous remplirez votre mandat.
-- Diable d'homme, va! fit Bonaparte.
Alors, le prenant par le bras et l'entraînant à quelques pas de
Joseph:
-- Bernadotte, reprit-il, je veux jouer franc jeu avec vous!
-- À quoi bon, répondit celui-ci, puisque je ne suis pas de votre
partie?
-- N'importe! vous êtes à la galerie et je veux que la galerie
dise que je n'ai pas triché.
-- Me demandez-vous le secret?
-- Non...
-- Vous faites bien; car dans ce cas jeusse refusé d'écouter vos
confidences.
-- Oh! mes confidences, elles ne sont pas longues!... Votre
Directoire est détesté, votre Constitution est usée; il faut faire
maison nette et donner une autre direction au gouvernement. Vous
ne me répondez pas?
-- J'attends ce qui vous reste à me dire.
-- Ce qui me reste à vous dire, c'est d'aller mettre votre
uniforme; je ne puis vous attendre plus longtemps: vous viendrez
me rejoindre aux Tuileries au milieu de tous nos camarades.
Bernadotte secoua la tête.
-- Vous croyez que vous pouvez compter sur Moreau, sur
Beurnonville, sur Lefebvre, reprit Bonaparte; tenez, regardez par
la fenêtre, qui voyez-vous là... là! Moreau et Beurnonville! Quant
à Lefebvre, je ne le vois pas, mais je suis certain que je ne
ferai pas cent pas sans le rencontrer... Eh bien, vous décidez-
vous?
-- Général, reprit Bernadotte, je suis l'homme qui se laisse le
moins entraîner par lexemple, et surtout par le mauvais exemple.
Que Moreau, que Beurnonville, que Lefebvre fassent ce qu'ils
veulent; je ferai, moi, ce que je dois.
-- Ainsi, vous refusez positivement de m'accompagner aux
Tuileries?
-- Je ne veux pas prendre part à une rébellion.
-- Une rébellion! une rébellion! et contre qui? Contre un tas
d'imbéciles qui avocassent du matin au soir dans leur taudis!
-- Ces imbéciles, général, sont en ce moment les représentants de
la loi, la Constitution les sauvegarde; ils sont sacrés pour moi.
-- Au moins, promettez-moi une chose, barre de fer que vous êtes!
-- Laquelle?
-- C'est de rester tranquille.
-- Je resterai tranquille comme citoyen; mais...
-- Mais quoi?... Voyons, je vous ai vidé mon sac, videz le vôtre!
-- Mais, si le Directoire me donne lordre d'agir, je marcherai
contre les perturbateurs, quels qu'ils soient.
-- Ah çà! mais vous croyez donc que je suis ambitieux? dit
Bonaparte.
Bernadotte sourit.
-- Je le soupçonne, dit-il.
-- Ah! par ma foi! dit Bonaparte, vous ne me connaissez guère;
j'en ai assez de la politique, et, si je désire une chose, c'est
la paix. Ah! mon cher, la Malmaison avec cinquante mille livres de
rente, et je donne ma démission de tout le reste. Vous ne voulez
pas me croire; je vous invite à venir m'y voir dans trois mois,
et, si vous aimez la pastorale, eh bien, nous en ferons ensemble.
Allons, au revoir! je vous laisse avec Joseph, et, malgré vos
refus, je vous attends aux Tuileries... Tenez, voilà nos amis qui
s'impatientent.
On criait: «Vive Bonaparte!»
Bernadotte pâlit légèrement.
Bonaparte vit cette pâleur.
-- Ah! ah! murmura-t-il, jaloux... Je me trompais, ce n'est point
un Spartiate: cest un Athénien!
En effet, comme l'avait dit Bonaparte, ses amis s'impatientaient.
Depuis une heure que le décret était affiché, le salon, les
antichambres et la cour de lhôtel étaient encombrés.
La première personne que Bonaparte rencontra au haut de lescalier
fut son compatriote le colonel Sébastiani.
Il commandait le 9e régiment de dragons.
-- Ah! c'est vous, Sébastiani! dit Bonaparte. Et vos hommes?
-- En bataille dans la rue de la Victoire, général.
-- Bien disposés?
-- Enthousiastes! Je leur ai fait distribuer dix mille cartouches
qui étaient en dépôt chez moi.
-- Oui; mais qui n'en devaient sortir que sur un ordre du
commandant de Paris. Savez-vous que vous avez brûlé vos vaisseaux,
Sébastiani?
-- Prenez-moi avec vous dans votre barque, général; j'ai foi en
votre fortune.
-- Tu me prends pour César, Sébastiani?
-- Par ma foi! on se tromperait de plus loin... Il y a, en outre,
dans la cour de votre hôtel, une quarantaine d'officiers de toutes
armes, sans solde, et que le Directoire laisse depuis un an dans
le dénuement le plus complet; ils n'ont d'espoir qu'en vous,
général; aussi sont-ils prêts à se faire tuer pour vous.
-- C'est bien. Va te mettre à la tête de ton régiment et fais-lui
tes adieux!
-- Mes adieux! comment cela, général?
-- Je te le troque contre une brigade. Va, va!
Sébastiani ne se le fit pas répéter deux fois; Bonaparte continua
son chemin.
Au bas de lescalier, il rencontra Lefebvre.
-- C'est moi, général, dit Lefebvre.
-- Toi!... Eh bien, et la 17e division militaire, où est-elle?
-- J'attends ma nomination, pour la faire agir.
-- N'es-tu pas nommé?
-- Par le Directoire, oui; mais, comme je ne suis pas un traître,
je viens de lui envoyer ma démission, afin qu'il sache qu'il ne
doit pas compter sur moi.
-- Et tu viens pour que je te nomme, afin que j'y puisse compter,
moi?
-- Justement!
-- Vite, Roland, un brevet en blanc; remplis-le aux noms du
général, que je n'aie plus qu'à y mettre mon nom. Je le signerai
sur l'arçon de ma selle.
-- Ce sont ceux-là qui sont les bons, dit Lefebvre.
-- Roland?
Le jeune homme, qui avait déjà fait quelques pas pour obéir, se
rapprocha de son général.
-- Prends sur ma cheminée, lui dit Bonaparte à voix basse, une
paire de pistolets à deux coups, et apporte-les-moi en même temps.
On ne sait pas ce qui peut arriver.
-- Oui, général, dit Roland; d'ailleurs, je ne vous quitterai pas.
-- À moins que je n'aie besoin de te faire tuer ailleurs.
-- C'est juste, dit le jeune homme.
Et il courut remplir la double commission qu'il venait de
recevoir.
Bonaparte allait continuer son chemin quand il aperçut comme une
ombre dans le corridor.
Il reconnut Joséphine et courut à elle.
-- Mon Dieu! lui dit celle-ci, y a-t-il donc tant de danger?
-- Pourquoi cela?
-- Je viens d'entendre l'ordre que tu as donné à Roland.
-- C'est bien fait! voilà ce que c'est que d'écouter aux portes...
Et Gohier?
-- Il n'est pas venu.
-- Ni sa femme?
-- Sa femme est là.
Bonaparte écarta Joséphine de la main et entra dans le salon. Il y
vit madame Gohier, seule et assez pâle.
-- Eh quoi! demanda-t-il sans autre préambule, le président ne
vient pas?
-- Cela ne lui a pas été possible, général, répondit madame
Gohier.
Bonaparte réprima un mouvement d'impatience.
-- Il faut absolument qu'il vienne, dit-il. Écrivez-lui que je
l'attends; je vais lui faire porter la lettre.
-- Merci, général, répliqua madame Gohier, j'ai mes gens ici: ils
s'en chargeront.
-- Écrivez, ma bonne amie, écrivez, dit Joséphine.
Et elle présenta une plume, de lencre et du papier à la femme du
président.
Bonaparte était placé de façon à lire par-dessus lépaule de
celle-ci ce qu'elle allait écrire.
Madame Gohier le regarda fixement.
Il recula d'un pas en s'inclinant.
Madame Gohier écrivit.
Puis elle plia la lettre, et chercha de la cire; mais -- soit
hasard, soit préméditation -- il n'y avait sur la table que des
pains à cacheter.
Elle mit un pain à cacheter à la lettre et sonna.
Un domestique parut.
-- Remettez cette lettre à Comtois, dit madame Gohier, et qu'il la
porte à l'instant au Luxembourg.
Bonaparte suivit des yeux le domestique ou plutôt la lettre
jusqu'à ce que la porte fût refermée. Puis:
-- Je regrette, dit-il à madame Gohier de ne pouvoir déjeuner avec
vous; mais si le président a ses affaires, moi aussi, j'ai les
miennes. Vous déjeunerez avec ma femme; bon appétit!
Et il sortit.
À la porte, il rencontra Roland.
-- Voici le brevet, général, dit le jeune homme, et voilà la
plume.
Bonaparte prit la plume, et, sur le revers du chapeau de son aide
de camp, signa le brevet.
Roland présenta alors les deux pistolets au général.
-- Les as-tu visités? demanda celui-ci.
Roland sourit.
-- Soyez tranquille, dit-il, je vous réponds d'eux.
Bonaparte passa les pistolets à sa ceinture, et, tout en les y
passant, murmura:
-- Je voudrais bien savoir ce qu'elle a écrit à son mari.
-- Ce qu'elle a écrit, mon général, je vais vous le dire mot pour
mot.
-- Toi, Bourrienne?
-- Oui; elle a écrit: «Tu as bien fait de ne pas venir, mon ami:
tout ce qui se passe ici m'annonce que l'invitation était un
piège. Je ne tarderai à te rejoindre.»
-- Tu as décacheté la lettre?...
-- Général, Sextus Pompée donnait à dîner sur sa galère à Antoine
et à Lépide; son affranchi vint lui dire: «Voulez-vous que je vous
fasse empereur du monde? -- Comment cela? -- C'est bien simple: je
coupe le câble de votre galère, et Antoine et Lépide sont vos
prisonniers. -- Il fallait le faire sans me le dire, répondit
Sextus; maintenant, sur ta vie, ne le fais pas!» Je me suis
rappelé ces mots, général: -Il fallait le faire sans me le dire.-
Bonaparte resta un instant pensif; puis, sortant de sa rêverie:
-- Tu te trompes, dit-il à Bourrienne: cétait Octave, et non pas
Antoine, qui était avec Lépide sur la galère de Sextus.
Et il descendit dans la cour, bornant ses reproches à rectifier
cette faute historique.
À peine le général parut-il sur le perron, que les cris de «Vive
Bonaparte» retentirent dans la cour, et, se prolongeant jusqu'à la
rue, allèrent éveiller le même cri dans la bouche des dragons qui
stationnaient à la porte.
-- Voilà qui est de bon augure, général, dit Roland.
-- Oui; donne vite à Lefebvre son brevet, et, s'il n'a pas de
cheval, qu'il en prenne un des miens. Je lui donne rendez-vous
dans la cour des Tuileries.
-- Sa division y est déjà.
-- Raison de plus.
Alors, regardant autour de lui, Bonaparte vit Beurnonville et
Moreau qui l'attendaient; leurs chevaux étaient tenus par des
domestiques. Il les salua du geste, mais déjà bien plus en maître
qu'en camarade.
Puis, apercevant le général Debel sans uniforme, il descendit deux
marches et alla à lui.
-- Pourquoi en bourgeois? demanda-t-il.
-- Mon général, je n'étais aucunement prévenu; je passais par
hasard dans la rue, et, voyant un attroupement devant votre hôtel,
je suis entré, craignant que vous ne courussiez quelque danger.
-- Allez vite mettre votre uniforme.
-- Bon! je demeure à l'autre bout de Paris: ce serait trop long.
Et cependant, il fit un pas pour se retirer.
-- Qu'allez-vous faire?
-- Soyez tranquille, général.
Debel avait avisé un artilleur à cheval: l'homme était à peu près
de sa taille.
-- Mon ami, lui dit-il, je suis le général Debel; par ordre du
général Bonaparte, donne-moi ton habit et ton cheval: je te
dispense de tout service aujourd'hui. Voilà un louis pour boire à
la santé du général en chef. Demain, tu reviendras prendre le tout
chez moi; uniforme et cheval. Je demeure rue du Cherche-Midi, N°
11.
-- Et il ne m'arrivera rien?
-- Si fait, tu seras nommé brigadier.
-- Bon! fit lartilleur.
Et il remit son habit et son cheval au général Debel.
Pendant ce temps, Bonaparte avait entendu causer au-dessus de lui;
il avait levé la tête et avait vu Joseph et Bernadotte à sa
fenêtre.
-- Une dernière fois, général, dit-il à Bernadotte, voulez-vous
venir avec moi?
-- Non, lui répondit fermement celui-ci.
Puis, à voix basse:
-- Vous m'avez dit tout à l'heure de prendre garde? dit
Bernadotte.
-- Oui.
-- Eh bien, je vous le dis à mon tour, prenez garde.
-- À quoi?
-- Vous allez aux Tuileries?
-- Sans doute.
-- Les Tuileries sont bien près de la place de la Révolution.
-- Bah! dit Bonaparte, la guillotine a été transférée à la
barrière du Trône.
-- Qu'importe! c'est toujours le brasseur Santerre qui commande au
faubourg Saint-Antoine, et Santerre est farci de Moulin.
-- Santerre est prévenu qu'au premier mouvement qu'il tente, je le
fais fusiller. Venez-vous?
-- Non.
-- Comme vous voudrez. Vous séparez votre fortune de la mienne;
mais je ne sépare pas la mienne de la vôtre.
Puis, s'adressant à son piqueur:
-- Mon cheval, dit-il
On lui amena son cheval.
Mais, voyant un simple artilleur près de lui:
-- Que fais-tu là, au milieu des grosses épaulettes? dit-il.
L'artilleur se mit à rire.
-- Vous ne me reconnaissez pas, général? dit-il.
-- Ah! par ma foi, c'est vous, Debel! Et à qui avez-vous pris ce
cheval et cet uniforme?
-- À cet artilleur que vous voyez là, à pied et en bras de
chemise. Il vous en coûtera un brevet de brigadier.
-- Vous vous trompez, Debel, dit Bonaparte, il m'en coûtera deux:
un de brigadier et un de général de division. En marche,
messieurs! nous allons aux Tuileries.
Et, courbé sur son cheval, comme c'était son habitude, sa main
gauche tenant les rênes lâches, son poignet droit appuyé sur sa
cuisse, la tête inclinée, le front rêveur, le regard perdu, il fit
les premiers pas sur cette pente glorieuse et fatale à la fois,
qui devait le conduire au trône... et à Sainte-Hélène.
XXIV -- LE 18 BRUMAIRE
En débouchant dans la rue de la Victoire, Bonaparte trouva les
dragons de Sébastiani rangés en bataille.
Il voulut les haranguer; mais ceux-ci, l'interrompant aux premiers
mots:
-- Nous n'avons pas besoin d'explications, crièrent-ils; nous
savons que vous ne voulez que le bien de la République. Vive
Bonaparte!
Et le cortège suivit, aux cris de «Vive Bonaparte!», les rues qui
conduisaient de la rue de la Victoire aux Tuileries.
Le général Lefebvre, selon sa promesse, attendait à la porte du
palais.
Bonaparte, à son arrivée aux Tuileries, fut salué des mêmes vivats
qui l'avaient accompagné jusque-là.
Alors, il releva le front et secoua la tête. Peut-être n'était-ce
point assez pour lui que ce cri de «Vive Bonaparte!» et rêvait-il
déjà celui de «Vive Napoléon!»
Il s'avança sur le front de la troupe, et, entouré d'un immense
état-major, il lut le décret des Cinq-Cents qui transférait les
séances du corps législatif à Saint-Cloud et lui donnait le
commandement de la force armée.
Puis, de mémoire, ou en improvisant -- Bonaparte ne mettait
personne dans cette sorte de secret --, au lieu de la proclamation
qu'il avait dictée l'avant-veille à Bourrienne, il prononça celle-
ci:
«Soldats,
«Le conseil extraordinaire des Anciens m'a remis le commandement
de la ville et de l'armée.
«Je l'ai accepté pour seconder les mesures qu'il va prendre et qui
sont tout entières en faveur du peuple.
«La République est mal gouvernée depuis deux ans; vous avez espéré
que mon retour mettrait un terme à tant de maux; vous l'avez
célébré avec une union qui m'impose des obligations que je
remplis. Vous remplirez les vôtres, et vous seconderez votre
général avec l'énergie, la fermeté, la confiance que j'ai toujours
vues en vous.
«La liberté, la victoire, la paix, replaceront la République
française au rang qu'elle occupait en Europe, et que lineptie et
la trahison ont pu, seules, lui faire perdre.»
Les soldats applaudirent avec frénésie; c'était une déclaration de
guerre au Directoire, et des soldats applaudissent toujours à une
déclaration de guerre.
Le général mit pied à terre, au milieu des cris et des bravos.
Il entra aux Tuileries.
C'était la seconde fois qu'il franchissait le seuil du palais des
Valois, dont les voûtes avaient si mal abrité la couronne et la
tête du dernier Bourbon qui y avait régné.
À ses côtés marchait le citoyen Roederer.
En le reconnaissant, Bonaparte tressaillit.
-- Ah! dit-il, citoyen Roederer, vous étiez ici dans la matinée du
10 août?
-- Oui, général, répondit le futur comte de lEmpire.
-- C'est vous qui avez donné à Louis XVI le conseil de se rendre à
l'Assemblée nationale?
-- Oui.
-- Mauvais conseil, citoyen Roederer! je ne leusse pas suivi.
-- Selon que l'on connaît les hommes on les conseille. Je ne
donnerai pas au général Bonaparte le conseil que j'ai donné au roi
Louis XVI. Quand un roi a, dans son passé, la fuite à Varennes et
le 20 juin, il est difficile à sauver!
Au moment où Roederer prononçait ces paroles, on était arrivé
devant une fenêtre qui donnait sur le jardin des Tuileries.
Bonaparte s'arrêta, et, saisissant Roederer par le bras:
-- Le 20 juin, dit-il, j'étais là (et il montrait du doigt la
terrasse du bord de leau), derrière le troisième tilleul; je
pouvais voir, à travers la fenêtre ouverte, le pauvre roi avec le
bonnet rouge sur la tête; il faisait une piteuse figure, j'en eus
pitié.
-- Et que fîtes-vous?
-- Oh! je ne fis rien, je ne pouvais rien faire: j'étais
lieutenant d'artillerie; seulement j'eus envie d'entrer, comme les
autres, et de dire tout bas: «Sire! Donnez-moi quatre pièces
d'artillerie, et je me charge de vous balayer toute cette
canaille!»
Que serait-il arrivé si le lieutenant Bonaparte eût cédé à son
envie, et, bien accueilli par Louis XVI, eût, en effet, balayé
-cette canaille, -c'est-à-dire le peuple de Paris? En mitraillant,
le 20 juin, au profit du roi, n'eût-il plus eu à mitrailler, le 13
vendémiaire, au profit de la Convention?...
Pendant que l'ex-procureur-syndic, demeuré rêveur, esquissait
peut-être déjà, dans sa pensée, les premières pages de son
-Histoire du Consulat, -Bonaparte se présentait à la barre du
conseil des Anciens, suivi de son état-major, suivi lui-même de
tous ceux qui avaient voulu le suivre.
Quand le tumulte causé par larrivée de cette foule fut apaisé, le
président donna lecture au général du décret qui linvestissait du
pouvoir militaire. Puis, en linvitant à prêter serment:
-- Celui qui ne promit jamais en vain des victoires à la patrie,
ajouta le président, ne peut qu'exécuter religieusement sa
nouvelle promesse de la servir et de lui rester fidèle.
Bonaparte étendit la main et dit solennellement:
- -
--- Je le jure!-
Tous les généraux répétèrent après lui, chacun pour soi:
-- Je le jure!
Le dernier achevait à peine, quand Bonaparte reconnut le
secrétaire de Barras, ce même Bollot, dont le directeur avait
parlé le matin à ses deux collègues.
Il était purement et simplement venu là pour pouvoir rendre compte
à son patron de ce qui se passait; Bonaparte le crut chargé de
quelque mission secrète de la part de Barras.
Il résolut de lui épargner le premier pas, et, marchant droit au
jeune homme:
-- Vous venez de la part des directeurs? dit-il.
Puis, sans lui donner le temps de répondre:
-- Qu'ont-ils fait, continua-t-il, de cette France que j'avais
laissée si brillante? J'avais laissé la paix, j'ai retrouvé la
guerre; j'avais laissé des victoires, j'ai retrouvé des revers;
j'avais laissé les millions de lItalie, j'ai retrouvé la
spoliation et la misère! Que sont devenus cent mille Français que
je connaissais tous par leur nom? Ils sont morts!
Ce n'était point précisément au secrétaire de Barras que ces
choses devaient être dites; mais Bonaparte voulait les dire, avait
besoin de les dire; peu lui importait à qui il les disait.
Peut-être même, à son point de vue, valait-il mieux qu'il les dît
à quelqu'un qui ne pouvait lui répondre.
En ce moment, Sieyès se leva.
-- Citoyens, dit-il, les directeurs Moulin et Gohier demandent à
être introduits.
-- Ils ne sont plus directeurs, dit Bonaparte, puisqu'il n'y a
plus de Directoire.
-- Mais, objecta Sieyès, ils n'ont pas encore donné leur
démission.
-- Qu'ils entrent donc et qu'ils la donnent, répliqua Bonaparte.
Moulin et Gohier entrèrent.
Ils étaient pâles mais calmes; ils savaient qu'ils venaient
chercher la lutte, et que, derrière leur résistance, il y avait
peut-être Sinnamari. Les déportés qu'ils avaient faits au 18
fructidor leur en montraient le chemin.
-- Je vois avec satisfaction, se hâta de dire Bonaparte, que vous
vous rendez à nos voeux et à ceux de vos deux collègues.
Gohier fit un pas en avant, et, d'une voix ferme:
-- Nous nous rendons, non pas à vos voeux ni à ceux de nos deux
collègues, qui ne sont plus nos collègues, puisqu'ils ont donné
leur démission, mais aux voeux de la loi: elle veut que le décret
qui transfère à Saint-Cloud le siège du corps législatif soit
proclamé sans délai; nous venons remplir le devoir que nous impose
la loi, bien déterminés à la défendre contre les factieux, quels
quils soient, qui tenteraient à lattaquer.
-- Votre zèle ne nous étonne point, reprit froidement Bonaparte,
et c'est parce que vous êtes connu pour un homme aimant votre pays
que vous allez vous réunir à nous.
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