encore que la jeune fille eût quitté la forteresse. Le geôlier d'ailleurs, fort méchant homme au fond, jouissait du plaisir d'avoir inspiré à sa fille une profonde terreur. Mais tandis qu'il se félicitait d'avoir à conter une si belle histoire au compagnon Jacob, Jacob était aussi sur la route de Delft. Seulement, grâce à sa carriole, il avait déjà quatre lieues d'avance sur Rosa et sur le batelier. Tandis qu'il se figurait Rosa tremblant ou boudant dans sa chambre, Rosa gagnait du terrain. Personne, excepté le prisonnier, n'était donc où Gryphus croyait que chacun était. Rosa paraissait si peu chez son père depuis qu'elle soignait sa tulipe, que ce ne fut qu'à l'heure du dîner, c'est-à-dire à midi, que Gryphus s'aperçut qu'au compte de son appétit, sa fille boudait depuis trop longtemps. Il la fit appeler par un de ses porte-clefs; puis comme celui-ci descendit en annonçant qu'il l'avait cherchée et appelée en vain, il résolut de la chercher et de l'appeler lui-même. Il commença par aller droit à sa chambre; mais il eut beau frapper, Rosa ne répondit point. On fit venir le serrurier de la forteresse; le serrurier ouvrit la porte, mais Gryphus ne trouva pas plus Rosa que Rosa n'avait trouvé la tulipe. Rosa, en ce moment, venait d'entrer à Rotterdam. Ce qui fait que Gryphus ne la trouva pas plus à la cuisine que dans sa chambre, pas plus au jardin que dans la cuisine. Qu'on juge de la colère du geôlier, lorsqu'ayant battu les environs, il apprit que sa fille avait loué un cheval, et, comme Bradamante ou Clorinde, était partie en véritable chercheuse d'aventures, sans dire où elle allait. Gryphus remonta furieux chez van Baërle, l'injuria, le menaça, secoua tout son pauvre mobilier, lui promit le cachot, lui promit le cul de basse-fosse, lui promit la faim et les verges. Cornélius, sans même écouter ce que disait le geôlier, se laissa maltraiter, injurier, menacer, demeurant morne, immobile, anéanti, insensible à toute émotion, mort à toute crainte. Après avoir cherché Rosa de tous les côtés, Gryphus chercha Jacob, et comme il ne le trouva pas plus qu'il n'avait retrouvé sa fille, il soupçonna dès ce moment Jacob de l'avoir enlevée. Cependant, la jeune fille, après avoir fait une halte de deux heures à Rotterdam, s'était remise en route. Le soir même elle couchait à Delft, et le lendemain elle arrivait à Harlem, quatre heures après que Boxtel y était arrivé lui-même. Rosa se fit conduire tout d'abord chez le président de la société horticole, maître van Herysen. Elle trouva le digne citoyen dans une situation que nous ne saurions omettre de dépeindre, sans manquer à tous nos devoirs de peintre et d'historien. Le président rédigeait un rapport au comité de la société. Ce rapport était sur grand papier et de la plus belle écriture du président. Rosa se fit annoncer sous son simple nom de Rosa Gryphus; mais ce nom, si sonore qu'il fût, était inconnu du président, car Rosa fut refusée. Il est difficile de forcer les consignes en Hollande, pays des digues et des écluses. Mais Rosa ne se rebuta point, elle s'était imposé une mission et s'était juré à elle-même de ne se laisser abattre ni par les rebuffades, ni par les brutalités, ni par les injures. --Annoncez à M. le président, dit-elle, que je viens lui parler pour la tulipe noire. Ces mots, non moins magiques que le fameux: -Sésame, ouvre-toi-, des -Mille et une Nuits-, lui servirent de -passe-porte-. Grâce à ces mots, elle pénétra jusque dans le bureau du président van Herysen, qu'elle trouva galamment en chemin pour venir à sa rencontre. C'était un bon petit homme au corps grêle, représentant assez exactement la tige d'une fleur dont la tête formait le calice, deux bras vagues et pendants simulaient la double feuille oblongue de la tulipe, un certain balancement qui lui était habituel complétait sa ressemblance avec cette fleur lorsqu'elle s'incline sous le souffle du vent. Nous avons dit qu'il s'appelait M. van Herysen. --Mademoiselle, s'écria-t-il, vous venez, dites-vous, de la part de la tulipe noire? Pour M. le président de la société horticole, la -tulipa nigra- était une puissance de premier ordre, qui pouvait bien, en sa qualité de reine des tulipes, envoyer des ambassadeurs. --Oui, monsieur, répondit Rosa, je viens du moins pour vous parler d'elle. --Elle se porte bien? fit van Herysen avec un sourire de tendre vénération. --Hélas! monsieur, je ne sais, dit Rosa. --Comment! lui serait-il donc arrivé quelque malheur? --Un bien grand, oui, monsieur, non pas à elle, mais à moi. --Lequel? --On me l'a volée. --On vous a volé la tulipe noire? --Oui, monsieur. --Savez-vous qui? --Oh! je m'en doute, mais je n'ose encore accuser. --Mais la chose sera facile à vérifier. --Comment cela? --Depuis qu'on vous l'a volée, le voleur ne saurait être loin. --Pourquoi ne peut-il être loin? --Mais parce que je l'ai vue il n'y a pas deux heures. --Vous avez vu la tulipe noire? s'écria Rosa en se précipitant vers M. van Herysen. --Comme je vous vois, mademoiselle. --Mais où cela? --Chez votre maître, apparemment. --Chez mon maître? --Oui. N'êtes-vous pas au service de M. Isaac Boxtel? --Moi? --Sans doute, vous. --Mais pour qui donc me prenez-vous, monsieur? --Mais pour qui me prenez-vous, vous-même? --Monsieur, je vous prends, je l'espère, pour ce que vous êtes, c'est-à-dire pour l'honorable M. van Herysen, bourgmestre de Harlem et président de la société horticole. --Et vous venez me dire? --Je viens vous dire, monsieur, que l'on m'a volé ma tulipe. --Votre tulipe alors est celle de M. Boxtel. Alors, vous vous expliquez mal mon enfant; ce n'est pas à vous, mais à M. Boxtel qu'on a volé la tulipe. --Je vous répète, monsieur, que je ne sais pas ce que c'est que M. Boxtel et que voilà la première fois que j'entends prononcer ce nom. --Vous ne savez pas ce que c'est que M. Boxtel, et vous aviez aussi une tulipe noire? --Mais il y en a donc une autre? demanda Rosa toute frissonnante. --Il y a celle de M. Boxtel, oui. --Comment est-elle? --Noire, pardieu! --Sans tache? --Sans une seule tache, sans le moindre point. --Et vous avez cette tulipe? Elle est déposée ici? --Non, mais elle y sera déposée, car je dois en faire l'exhibition au comité avant que le prix ne soit décerné. --Monsieur, s'écria Rosa, ce Boxtel, cet Isaac Boxtel, qui se dit propriétaire de la tulipe noire... --Et qui l'est en effet. --Monsieur, n'est-ce point un homme maigre? --Oui. --Chauve? --Oui. --Ayant l'œil hagard? --Je crois que oui. --Inquiet, voûté, jambes torses? --En vérité, vous faites le portrait, trait pour trait de M. Boxtel. --Monsieur, la tulipe est-elle dans un pot de faïence bleue et blanche à fleurs jaunâtres qui représente une corbeille sur trois faces du pot? --Ah! quant à cela, j'en suis moins sûr, j'ai plus regardé la fleur que le pot. --Monsieur, c'est ma tulipe, c'est celle qui m'a été volée; monsieur, c'est mon bien; monsieur, je viens le réclamer ici devant vous, à vous. --Oh! oh! fit M. van Herysen en regardant Rosa. Quoi! vous venez réclamer ici la tulipe de M. Boxtel? Tudieu, vous êtes une hardie commère. --Monsieur, dit Rosa un peu troublée de cette apostrophe, je ne dis pas que je viens réclamer la tulipe de M. Boxtel, je dis que je viens réclamer la mienne. --La vôtre? --Oui: celle que j'ai plantée, élevée moi-même. --Eh bien, allez trouver M. Boxtel à l'hôtellerie du Cygne blanc, vous vous arrangerez avec lui; quant à moi, comme le procès me paraît aussi difficile à juger que celui qui fût porté devant le feu roi Salomon, et que je n'ai pas la prétention d'avoir sa sagesse, je me contenterai de faire mon rapport, de constater l'existence de la tulipe noire et d'ordonnancer les cent mille florins à son inventeur. Adieu, mon enfant. --Oh! monsieur! monsieur! insista Rosa. --Seulement, mon enfant, continua van Herysen, comme vous êtes jolie, comme vous êtes jeune, comme vous n'êtes pas encore pervertie, recevez mon conseil. Soyez prudente en cette affaire, car nous avons un tribunal et une prison à Harlem; de plus, nous sommes extrêmement chatouilleux sur l'honneur des tulipes. Allez, mon enfant, allez. M. Isaac Boxtel, hôtel du Cygne blanc. Et M. van Herysen, reprenant sa belle plume, continua son rapport interrompu. XXVI Un membre de la société horticole Rosa éperdue, presque folle de joie et de crainte à l'idée que la tulipe noire était retrouvée, prit le chemin de l'hôtellerie du Cygne blanc, suivie toujours de son batelier, robuste enfant de la Frise, capable de dévorer à lui seul dix Boxtels. Pendant la route, le batelier avait été mis au courant; il ne reculait pas devant la lutte, au cas où une lutte s'engagerait; seulement, ce cas échéant, il avait ordre de ménager la tulipe. Mais arrivée dans le Groote Markt, Rosa s'arrêta tout à coup; une pensée subite venait de la saisir, semblable à cette Minerve d'Homère, qui saisit Achille par les cheveux, au moment où la colère va l'emporter. --Mon Dieu! murmura-t-elle, j'ai fait une faute énorme, j'ai perdu peut-être et Cornélius, et la tulipe et moi!... J'ai donné l'éveil, j'ai donné des soupçons. Je ne suis qu'une femme, ces hommes peuvent se liguer contre moi, et alors je suis perdue... Oh! moi perdue, ce ne serait rien, mais Cornélius, mais la tulipe! Elle se recueillit un moment. --Si je vais chez ce Boxtel et que je ne le connaisse pas, si ce Boxtel n'est pas mon Jacob, si c'est un autre amateur qui, lui aussi, a découvert la tulipe noire, ou bien si ma tulipe a été volée par un autre que celui que je soupçonne, ou a déjà passé dans d'autres mains, si je ne reconnais pas l'homme, mais seulement ma tulipe, comment prouver que la tulipe est à moi? D'un autre côté, si je reconnais ce Boxtel pour le faux Jacob, qui sait ce qu'il adviendra? Tandis que nous contesterons ensemble, la tulipe mourra! Oh! inspirez-moi, sainte Vierge! il s'agit du sort de ma vie, il s'agit du pauvre prisonnier qui expire peut-être en ce moment. Cette prière faite, Rosa attendit pieusement l'inspiration qu'elle demandait au ciel. Cependant un grand bruit bourdonnait à l'extrémité du Groote Markt. Les gens couraient, les portes s'ouvraient; Rosa, seule, était insensible à tout ce mouvement de la population. --Il faut, murmura-t-elle, retourner chez le président. --Retournons, dit le batelier. Ils prirent la petite rue de la Paille qui les mena droit au logis de M. van Herysen, lequel, de sa plus belle écriture et avec sa meilleure plume, continuait à travailler à son rapport. Partout, sur son passage, Rosa n'entendait parler que de la tulipe noire et du prix de cent mille florins; la nouvelle courait déjà la ville. Rosa n'eut pas peu de peine à pénétrer de nouveau chez M. van Herysen, qui cependant se sentit ému, comme la première fois, au mot magique de la tulipe noire. Mais quand il reconnut Rosa, dont il avait dans son esprit, fait une folle, ou pis que cela, la colère le prit et il voulut la renvoyer. Mais Rosa joignit les mains, et avec cet accent d'honnête vérité qui pénètre les cœurs: --Monsieur, dit-elle, au nom du ciel! ne me repoussez pas: écoutez, au contraire, ce que je vais vous dire, et si vous ne pouvez me faire rendre justice, du moins vous n'aurez pas à vous reprocher un jour, en face de Dieu, d'avoir été complice d'une mauvaise action. Van Herysen trépignait d'impatience; c'était la seconde fois que Rosa le dérangeait au milieu d'une rédaction à laquelle il mettait son double amour-propre de bourgmestre et de président de la société horticole. --Mais mon rapport! s'écria-t-il, mon rapport sur la tulipe noire! --Monsieur, continua Rosa avec la fermeté de l'innocence et de la vérité, monsieur, votre rapport sur la tulipe noire reposera, si vous ne m'écoutez, sur des faits criminels ou sur des faits faux. Je vous en supplie, monsieur, faites venir ici, devant vous et devant moi, ce M. Boxtel, que je soutiens, moi, être M. Jacob, et je jure Dieu de lui laisser la propriété de sa tulipe si je ne reconnais pas et la tulipe et son propriétaire. --Pardieu! la belle avance, dit van Herysen. --Que voulez-vous dire? --Je vous demande ce que cela prouvera quand vous les aurez reconnus? --Mais enfin, dit Rosa désespérée, vous êtes honnête homme, monsieur. Eh bien, si non seulement vous alliez donner le prix à un homme pour une œuvre qu'il n'a pas faite, mais encore pour une œuvre volée. Peut-être l'accent de Rosa avait-il amené une certaine conviction dans le cœur de van Herysen et allait-il répondre plus doucement à la pauvre fille, quand un grand bruit se fit entendre dans la rue, qui paraissait purement et simplement être une augmentation du bruit que Rosa avait déjà entendu, mais sans y attacher d'importance, au Groote Markt, et qui n'avait pas eu le pouvoir de la réveiller de sa fervente prière. Des acclamations bruyantes ébranlèrent la maison. M. van Herysen prêta l'oreille à ces acclamations, qui pour Rosa n'avaient point été un bruit d'abord, et maintenant n'étaient qu'un bruit ordinaire. --Qu'est-ce que cela? s'écria le bourgmestre, qu'est-ce cela? Serait-il possible et ai-je bien entendu? Et il se précipita vers son antichambre, sans plus se préoccuper de Rosa qu'il laissa dans son cabinet. À peine arrivé dans son antichambre, M. van Herysen poussa un grand cri en apercevant le spectacle de son escalier envahi jusqu'au vestibule. Accompagné, ou plutôt suivi de la multitude, un jeune homme vêtu simplement d'un habit de petit velours violet brodé d'argent montait avec une noble lenteur les degrés de pierre, éclatants de blancheur et de propreté. Derrière lui marchaient deux officiers, l'un de la marine, l'autre de la cavalerie. Van Herysen, se faisant faire place au milieu des domestiques effarés, vint s'incliner, se prosterner presque devant le nouvel arrivant, qui causait toute cette rumeur. --Monseigneur, s'écria-t-il, monseigneur, Votre Altesse chez moi! honneur éclatant à jamais pour mon humble maison. --Cher M. van Herysen, dit Guillaume d'Orange avec une sérénité qui, chez lui, remplaçait le sourire, je suis un vrai Hollandais, moi, j'aime l'eau, la bière et les fleurs, quelquefois même ce fromage dont les Français estiment le goût; parmi les fleurs, celles que je préfère sont naturellement les tulipes. J'ai ouï dire à Leyde que la ville de Harlem possédait enfin la tulipe noire, et, après m'être assuré que la chose était vraie, quoique incroyable, je viens en demander des nouvelles au président de la société d'horticulture. --Oh! monseigneur, monseigneur, dit van Herysen ravi, quelle gloire pour la société si ses travaux agréent à Votre Altesse. --Vous avez la fleur ici? dit le prince qui sans doute se repentait déjà d'avoir trop parlé. --Hélas, non, monseigneur, je ne l'ai pas ici. --Et où est-elle? --Chez son propriétaire. --Quel est ce propriétaire? --Un brave tulipier de Dordrecht. --De Dordrecht? --Oui. --Et il s'appelle?... --Boxtel. --Il loge? --Au Cygne blanc; je vais le mander, et si, en attendant, Votre Altesse veut me faire l'honneur d'entrer au salon, il s'empressera, sachant que monseigneur est ici, d'apporter sa tulipe à monseigneur. --C'est bien, mandez-le. --Oui, Votre Altesse. Seulement... --Quoi? --Oh! rien d'important, monseigneur. --Tout est important dans ce monde, M. van Herysen. --Eh bien, monseigneur, une difficulté s'élevait. --Laquelle? --Cette tulipe est déjà revendiquée par des usurpateurs. Il est vrai qu'elle vaut cent mille florins. --En vérité! --Oui, monseigneur, par des usurpateurs, par des faussaires. --C'est un crime cela, M. van Herysen. --Oui, Votre Altesse. --Et, avez-vous les preuves de ce crime? --Non, monseigneur, la coupable... --La coupable, monsieur?... --Je veux dire, celle qui réclame la tulipe, monseigneur, est là, dans la chambre à côté. --Là! Qu'en pensez-vous, M. van Herysen? --Je pense, monseigneur, que l'appât des cent mille florins l'aura tentée. --Et elle réclame la tulipe? --Oui, monseigneur. --Et que dit-elle, de son côté, comme preuve? --J'allais l'interroger, quand Votre Altesse est entrée. --Écoutons-la, M. van Herysen, écoutons-la; je suis le premier magistrat du pays, j'entendrai la cause et ferai justice. --Voilà mon roi Salomon trouvé, dit van Herysen en s'inclinant et en montrant le chemin au prince. Celui-ci allait prendre le pas sur son interlocuteur, quand s'arrêtant soudain: --Passez devant, dit-il, et appelez-moi monsieur. Ils entrèrent dans le cabinet. Rosa était toujours à la même place, appuyée à la fenêtre et regardant par les vitres dans le jardin. --Ah! ah! une Frisonne, dit le prince en apercevant le casque d'or et les jupes rouges de Rosa. Celle-ci se retourna au bruit, mais à peine vit-elle le prince, qui s'asseyait à l'angle le plus obscur de l'appartement. Toute son attention, on le comprend, était pour cet important personnage que l'on appelait van Herysen, et non pour cet humble étranger qui suivait le maître de la maison, et qui probablement ne s'appelait pas Monsieur. L'humble étranger prit un livre dans la bibliothèque et fit signe à van Herysen de commencer l'interrogatoire. Van Herysen, toujours à l'invitation du jeune homme à l'habit violet, s'assit à son tour, et tout heureux et tout fier de l'importance qui lui était accordée: --Ma fille, dit-il, vous me promettez la vérité, toute la vérité sur cette tulipe? --Je vous la promets. --Eh bien! parlez donc devant monsieur; monsieur est un des membres de la société horticole. --Monsieur, dit Rosa, que vous dirai-je que je ne vous ai point dit déjà? --Eh bien alors? --Alors, j'en reviendrai à la prière que je vous ai adressée. --Laquelle? --De faire venir ici M. Boxtel avec sa tulipe; si je ne la reconnais pas pour la mienne, je le dirai franchement; mais si je la reconnais, je la réclamerai, dussé-je aller devant Son Altesse le stathouder lui-même, mes preuves à la main! --Vous avez donc des preuves, la belle enfant? --Dieu, qui sait mon bon droit, m'en fournira. Van Herysen échangea un regard avec le prince, qui, depuis les premiers mots de Rosa, semblait essayer de rappeler ses souvenirs, comme si ce n'était point la première fois que cette voix douce frappât ses oreilles. Un officier partit pour aller chercher Boxtel. Van Herysen continua l'interrogatoire. --Et sur quoi, dit-il, basez-vous cette assertion, que vous êtes la propriétaire de la tulipe noire? --Mais sur une chose bien simple, c'est que c'est moi qui l'ai plantée et cultivée dans ma propre chambre. --Dans votre chambre, et où était votre chambre? --À Loewestein. --Vous êtes à Loewestein? --Je suis la fille du geôlier de la forteresse. Le prince fit un petit mouvement qui voulait dire:--Ah! c'est cela, je me rappelle maintenant. Et tout en faisant semblant de lire, il regarda Rosa avec plus d'attention encore qu'auparavant. --Et vous aimez les fleurs? continua van Herysen. --Oui, monsieur. --Alors, vous êtes une savante fleuriste? Rosa hésita un instant, puis avec un accent tiré du plus profond de son cœur: --Messieurs, je parle à des gens d'honneur? dit-elle. L'accent était si vrai, que van Herysen et le prince répondirent tous deux en même temps par un mouvement de tête affirmatif. --Eh bien, non, ce n'est pas moi qui suis une savante fleuriste, non! moi je ne suis qu'une pauvre fille du peuple, une pauvre paysanne de la Frise, qui, il y a trois mois encore, ne savait ni lire ni écrire. Non! la tulipe n'a pas été trouvée par moi-même. --Et par qui a-t-elle été trouvée? --Par un pauvre prisonnier de Loewestein. --Par un prisonnier de Loewestein? dit le prince. Au son de cette voix, ce fut Rosa qui tressaillit à son tour. --Par un prisonnier d'État alors, continua le prince, car à Loewestein, il n'y a que des prisonniers d'État? Et il se remit à lire, ou du moins fit semblant de se remettre à lire. --Oui, murmura Rosa tremblante, oui, par un prisonnier d'État. Van Herysen pâlit en entendant prononcer un pareil aveu devant un pareil témoin. --Continuez, dit froidement Guillaume au président de la société horticole. --Oh! monsieur, dit Rosa en s'adressant à celui qu'elle croyait son véritable juge, c'est que je vais m'accuser bien gravement. --En effet, dit van Herysen, les prisonniers d'État doivent être au secret à Loewestein. --Hélas! monsieur. --Et, d'après ce que vous dites, il semblerait que vous auriez profité de votre position comme fille du geôlier et que vous auriez communiqué avec lui pour cultiver des fleurs? --Oui, monsieur, murmura Rosa éperdue; oui, je suis forcée de l'avouer, je le voyais tous les jours. --Malheureuse! s'écria M. van Herysen. Le prince leva la tête en observant l'effroi de Rosa et la pâleur du président. --Cela, dit-il de sa voix nette et fermement accentuée, cela ne regarde pas les membres de la société horticole; ils ont à juger de la tulipe noire et ne connaissent pas les délits politiques. Continuez, jeune fille, continuez. Van Herysen, par un éloquent regard, remercia au nom des tulipes le nouveau membre de la société horticole. Rosa, rassurée par cette espèce d'encouragement que lui avait donné l'inconnu, raconta tout ce qui s'était passé depuis trois mois, tout ce qu'elle avait fait, tout ce qu'elle avait souffert. Elle parla des duretés de Gryphus, de la destruction du premier caïeu, de la douleur du prisonnier, des précautions prises pour que le second caïeu arrivât bien, de la patience du prisonnier, de ses angoisses pendant leur séparation; comment il avait voulu mourir de faim parce qu'il n'avait plus de nouvelles de sa tulipe; de la joie qu'il avait éprouvée à leur réunion, enfin de leur désespoir à tous deux lorsqu'ils avaient su que la tulipe qui venait de fleurir leur avait été volée une heure après sa floraison. Tout cela était dit avec un accent de vérité qui laissait le prince impassible, en apparence du moins, mais qui ne laissait pas de faire son effet sur M. van Herysen. --Mais, dit le prince, il n'y a pas longtemps que vous connaissiez ce prisonnier. Rosa ouvrit ses grands yeux et regarda l'inconnu, qui s'enfonça dans l'ombre, comme s'il eût voulu fuir ce regard. --Pourquoi cela, monsieur? demanda-t-elle. --Parce qu'il n'y a que quatre mois que le geôlier Gryphus et sa fille sont à Loewestein. --C'est vrai, monsieur. --Et à moins que vous n'ayez sollicité le changement de votre père pour suivre quelque prisonnier qui aurait été transporté de la Haye à Loewestein... --Monsieur! fit Rosa en rougissant. --Achevez, dit Guillaume. --Je l'avoue, j'avais connu le prisonnier à la Haye. --Heureux prisonnier! dit en souriant Guillaume. En ce moment l'officier qui avait été envoyé près de Boxtel rentra et annonça au prince que celui qu'il était allé quérir le suivait avec sa tulipe. XXVII Le troisième caïeu L'annonce du retour de Boxtel était à peine faite, que Boxtel entra en personne dans le salon de M. van Herysen, suivi de deux hommes portant dans une caisse le précieux fardeau, qui fut déposé sur une table. Le prince, prévenu, quitta le cabinet, passa dans le salon, admira et se tut, et revint silencieusement prendre sa place dans l'angle obscur où lui-même avait placé son fauteuil. Rosa, palpitante, pâle, pleine de terreur, attendait qu'on l'invitât à aller voir à son tour. Elle entendit la voix de Boxtel. --C'est lui! s'écria-t-elle. Le prince lui fit signe d'aller regarder dans le salon par la porte entr'ouverte. --C'est ma tulipe, s'écria Rosa, c'est elle, je la reconnais. Ô mon pauvre Cornélius. Et elle fondit en larmes. Le prince se leva, alla jusqu'à la porte, où il demeura un instant dans la lumière. Les yeux de Rosa s'arrêtèrent sur lui. Plus que jamais elle était certaine que ce n'était pas la première fois qu'elle voyait cet étranger. --M. Boxtel, dit le prince, entrez donc ici. Boxtel accourut avec empressement et se trouva face à face avec Guillaume d'Orange. --Son Altesse! s'écria-t-il en reculant. --Son Altesse! répéta Rosa tout étourdie. À cette exclamation partie à sa gauche, Boxtel se retourna et aperçut Rosa. À cette vue, tout le corps de l'envieux frissonna comme au contact d'une pile de Volta. --Ah! murmura le prince se parlant à lui-même, il est troublé. Mais Boxtel, par un puissant effort sur lui-même, s'était déjà remis. --M. Boxtel, dit Guillaume, il paraît que vous avez trouvé le secret de la tulipe noire? --Oui, monseigneur, répondit Boxtel d'une voix où perçait un peu de trouble. Il est vrai que ce trouble pouvait venir de l'émotion que le tulipier avait éprouvée en reconnaissant Guillaume. --Mais, reprit le prince, voici une jeune fille qui prétend l'avoir trouvé aussi. Boxtel sourit de dédain et haussa les épaules. Guillaume suivait tous ses mouvements avec un intérêt de curiosité remarquable. --Ainsi, vous ne connaissez pas cette jeune fille? dit le prince. --Non, monseigneur. --Et vous, jeune fille, connaissez-vous M. Boxtel? --Non, je ne connais pas M. Boxtel, mais je connais M. Jacob. --Que voulez-vous dire? --Je veux dire qu'à Loewestein, celui qui se fait appeler Isaac Boxtel se faisait appeler M. Jacob. --Que dites-vous à cela, M. Boxtel? --Je dis que cette jeune fille ment, monseigneur. --Vous niez avoir jamais été à Loewestein? Boxtel hésita; l'œil fixe et impérieusement scrutateur, le prince l'empêchait de mentir. --Je ne puis nier avoir été à Loewestein, monseigneur, mais je nie avoir volé la tulipe. --Vous me l'avez volée et dans ma chambre! s'écria Rosa indignée. --Je le nie. --Écoutez, niez-vous m'avoir suivie dans le jardin, le jour où je préparai la plate-bande où je devais l'enfouir? Niez-vous m'avoir suivie dans le jardin où j'ai fait semblant de la planter? Niez-vous ce soir-là vous être précipité, après ma sortie, sur l'endroit où vous espériez trouver le caïeu? Niez-vous avoir fouillé la terre avec vos mains, mais inutilement, Dieu merci! car ce n'était qu'une ruse pour reconnaître vos intentions? Dites, niez-vous tout cela? Boxtel ne jugea point à propos de répondre à ces diverses interrogations. Mais laissant la polémique entamée avec Rosa et se retournant vers le prince: --Il y a vingt ans, monseigneur, dit-il que je cultive les tulipes à Dordrecht; j'ai même acquis dans cet art une certaine réputation: une de mes hybrides porte au catalogue un nom illustre. Je l'ai dédiée au roi de Portugal. Maintenant voici la vérité. Cette jeune fille savait que j'avais trouvé la tulipe noire, et de concert avec un certain amant qu'elle a dans la forteresse de Loewestein, cette jeune fille a formé le projet de me ruiner en s'appropriant le prix de cent mille florins que je gagnerai, j'espère, grâce à votre justice. --Oh! s'écria Rosa outrée de colère. --Silence, dit le prince. Puis se tournant vers Boxtel: --Et quel est, dit-il, ce prisonnier que vous dites être l'amant de cette jeune fille? Rosa faillit s'évanouir, car le prisonnier était recommandé par le prince comme un grand coupable. Rien ne pouvait être plus agréable à Boxtel que cette question. --Quel est ce prisonnier? répéta-t-il. --Ce prisonnier, monseigneur, est un homme dont le nom seul prouvera à Votre Altesse combien elle peut avoir foi en sa probité. Ce prisonnier est un criminel d'État, condamné une fois à mort. --Et qui s'appelle...? Rosa cacha sa tête dans ses deux mains avec un mouvement désespéré. --Qui s'appelle Cornélius van Baërle, dit Boxtel et qui est le propre filleul de ce scélérat de Corneille de Witt. Le prince tressaillit. Son œil calme jeta une flamme, et le froid de la mort s'étendit de nouveau sur son visage immobile. Il alla à Rosa et lui fit du doigt signe d'écarter ses mains de son visage. Rosa obéit, comme eût fait sans voir une femme soumise à un pouvoir magnétique. --C'est donc pour suivre cet homme que vous êtes venue me demander à Leyde le changement de votre père? Rosa baissa la tête et s'affaissa écrasée en murmurant: --Oui, monseigneur. --Poursuivez, dit le prince à Boxtel. --Je n'ai rien à dire, continua celui-ci, Votre Altesse sait tout. Maintenant, voici ce que je ne voulais pas dire, pour ne pas faire rougir cette fille de son ingratitude. Je suis venu à Loewestein parce que mes affaires m'y appelaient; j'y ai fait connaissance avec le vieux Gryphus, je suis devenu amoureux de sa fille, je l'ai demandée en mariage, et comme je n'étais pas riche, imprudent que j'étais, je lui ai confié mon espérance de toucher cent mille florins; et pour justifier cette espérance, je lui ai montré la tulipe noire. Alors, comme son amant, à Dordrecht, pour faire prendre le change sur les complots qu'il tramait, affectait de cultiver des tulipes, tous deux ont comploté ma perte. La veille de la floraison de la fleur, la tulipe a été enlevée de chez moi par cette jeune fille, portée dans sa chambre, où j'ai eu le bonheur de la reprendre au moment où elle avait l'audace d'expédier un messager pour annoncer à MM. les membres de la société d'horticulture qu'elle venait de trouver la grande tulipe noire; mais elle ne s'est pas démontée pour cela. Sans doute pendant les quelques heures qu'elle l'a gardée dans sa chambre, l'aura-t-elle montrée à quelques personnes qu'elle appellera en témoignage? Mais heureusement, monseigneur, vous voilà prévenu contre cette intrigue et ses témoins. --Oh! mon Dieu! mon Dieu! l'infâme! gémit Rosa en larmes, en se jetant aux pieds du stathouder, qui, tout en la croyant coupable, prenait en pitié son horrible angoisse. --Vous avez mal agi, jeune fille, dit-il, et votre amant sera puni pour vous avoir ainsi conseillée; car vous êtes si jeune et vous avez l'air si honnête, que je veux croire que le mal vient de lui et non de vous. --Monseigneur! monseigneur! s'écria Rosa, Cornélius n'est pas coupable. Guillaume fit un mouvement. --Pas coupable de vous avoir conseillée. C'est cela que vous voulez dire, n'est-ce pas? --Je veux dire, monseigneur, que Cornélius n'est pas plus coupable du second crime qu'on lui impute qu'il ne l'est du premier. --Du premier? Et savez-vous quel a été ce premier crime? Savez-vous de quoi il a été accusé et convaincu? D'avoir, comme complice de Corneille de Witt, caché la correspondance du grand pensionnaire et du marquis de Louvois. --Eh bien! monseigneur, il ignorait qu'il fût détenteur de cette correspondance; il l'ignorait entièrement. Eh! mon Dieu! il me l'eût dit. Est-ce que ce cœur de diamant aurait pu avoir un secret qu'il m'eût caché? Non, non, monseigneur, je le répète, dussé-je encourir votre colère, Cornélius n'est pas plus coupable du premier crime que du second, et du second que du premier. Oh! si vous connaissiez mon Cornélius, monseigneur! --Un de Witt! s'écria Boxtel. Eh! monseigneur ne le connaît que trop, puisqu'il lui a déjà fait une fois grâce de la vie. --Silence, dit le prince. Toutes ces choses d'État, je l'ai déjà dit, ne sont point du ressort de la société horticole de Harlem. Puis, fronçant le sourcil: --Quant à la tulipe, soyez tranquille, M. Boxtel, ajouta-t-il, justice sera faite. Boxtel salua, le cœur plein de joie, et reçut les félicitations du président. --Vous, jeune fille, continua Guillaume d'Orange, vous avez failli commettre un crime, je ne vous en punirai pas; mais le vrai coupable paiera pour vous deux. Un homme de son nom peut conspirer, trahir même... mais il ne doit pas voler. --Voler! s'écria Rosa, voler! lui, Cornélius, oh! monseigneur, prenez garde; mais il mourrait s'il entendait vos paroles! mais vos paroles le tueraient plus sûrement que n'eût fait l'épée du bourreau sur le Buitenhof. S'il y a eu un vol, monseigneur, je le jure, c'est cet homme qui l'a commis. --Prouvez-le, dit froidement Boxtel. --Eh bien, oui. Avec l'aide de Dieu je le prouverai, dit la Frisonne avec énergie. Puis se retournant vers Boxtel: --La tulipe était à vous? --Oui. --Combien avait-elle de caïeux? Boxtel hésita un instant; mais il comprit que la jeune fille ne ferait pas cette question si les deux caïeux connus existaient seuls. --Trois, dit-il. --Que sont devenus ces caïeux? demanda Rosa. --Ce qu'ils sont devenus?... l'un a avorté, l'autre a donné la tulipe noire... --Et le troisième? --Le troisième? --Le troisième, où est-il? --Le troisième est chez moi, dit Boxtel tout troublé. --Chez vous? Où cela? À Loewestein ou à Dordrecht? --À Dordrecht, dit Boxtel. --Vous mentez! s'écria Rosa. Monseigneur, ajouta-t-elle en se tournant vers le prince, la véritable histoire de ces trois caïeux, je vais vous la dire, moi. Le premier a été écrasé par mon père dans la chambre du prisonnier, et cet homme le sait bien, car il espérait s'en emparer, et quand il vit cet espoir déçu, il faillit se brouiller avec mon père qui le lui enlevait. Le second, soigné par moi, a donné la tulipe noire, et le troisième, le dernier, (la jeune fille le tira de sa poitrine), le troisième le voici dans le même papier qui l'enveloppait avec les deux autres quand, au moment de monter sur l'échafaud, Cornélius van Baërle me les donna tous trois. Tenez, monseigneur, tenez. Et Rosa, démaillotant le caïeu du papier qui l'enveloppait, le tendit au prince, qui le prit de ses mains et l'examina. --Mais, monseigneur, cette jeune fille ne peut-elle pas l'avoir volé comme la tulipe? balbutia Boxtel effrayé de l'attention avec laquelle le prince examinait le caïeu et surtout de celle avec laquelle Rosa lisait quelques lignes tracées sur le papier resté entre ses mains. Tout à coup les yeux de la jeune fille s'enflammèrent, elle relut haletante ce papier mystérieux, et poussant un cri en tendant le papier au prince: --Oh! lisez, monseigneur, dit-elle, au nom du Ciel, lisez! Guillaume passa le troisième caïeu au président, prit le papier et lut. À peine Guillaume eut-il jeté les yeux sur cette feuille qu'il chancela; sa main trembla comme si elle était prête à laisser échapper le papier; ses yeux prirent une effrayante expression de douleur et de pitié. Cette feuille, que venait de lui remettre Rosa, était la page de la Bible que Corneille de Witt avait envoyée à Dordrecht, par Craeke, le messager de son frère Jean, pour prier Cornélius de brûler la correspondance du grand pensionnaire avec Louvois. Cette prière, on se le rappelle, était conçue en ces termes: «Cher filleul, «Brûle le dépôt que je t'ai confié, brûle-le sans le regarder, sans l'ouvrir, afin qu'il demeure inconnu à toi-même: les secrets du genre de celui qu'il contient tuent les dépositaires. Brûle-le, et tu auras sauvé Jean et Corneille. «Adieu, et aime-moi. «CORNEILLE DE WITT. «20 août 1672.» Cette feuille était à la fois la preuve de l'innocence de van Baërle et son titre de propriété aux caïeux de la tulipe. Rosa et le stathouder échangèrent un seul regard. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 51 52 53 54 55 56 57 58 59 60 61 62 63 64 65 66 67 68 69 70 71 72 73 74 75 76 77 78 79 80 81 82 83 84 85 86 87 88 89 90 91 92 93 94 95 96 97 98 99 100 101 102 103 104 105 106 107 108 109 110 111 112 113 114 115 116 117 118 119 120 121 122 123 124 125 126 127 128 129 130 131 132 133 134 135 136 137 138 139 140 141 142 143 144 145 146 147 148 149 150 151 152 153 154 155 156 157 158 159 160 161 162 163 164 165 166 167 168 169 170 171 172 173 174 175 176 177 178 179 180 181 182 183 184 185 186 187 188 189 190 191 192 193 194 195 196 197 198 199 200 201 202 203 204 205 206 207 208 209 210 211 212 213 214 215 216 217 218 219 220 221 222 223 224 225 226 227 228 229 230 231 232 233 234 235 236 237 238 239 240 241 242 243 244 245 246 247 248 249 250 251 252 253 254 255 256 257 258 259 260 261 262 263 264 265 266 267 268 269 270 271 272 273 274 275 276 277 278 279 280 281 282 283 284 285 286 287 288 289 290 291 292 293 294 295 296 297 298 299 300 301 302 303 304 305 306 307 308 309 310 311 312 313 314 315 316 317 318 319 320 321 322 323 324 325 326 327 328 329 330 331 332 333 334 335 336 337 338 339 340 341 342 343 344 345 346 347 348 349 350 351 352 353 354 355 356 357 358 359 360 361 362 363 364 365 366 367 368 369 370 371 372 373 374 375 376 377 378 379 380 381 382 383 384 385 386 387 388 389 390 391 392 393 394 395 396 397 398 399 400 401 402 403 404 405 406 407 408 409 410 411 412 413 414 415 416 417 418 419 420 421 422 423 424 425 426 427 428 429 430 431 432 433 434 435 436 437 438 439 440 441 442 443 444 445 446 447 448 449 450 451 452 453 454 455 456 457 458 459 460 461 462 463 464 465 466 467 468 469 470 471 472 473 474 475 476 477 478 479 480 481 482 483 484 485 486 487 488 489 490 491 492 493 494 495 496 497 498 499 500 501 502 503 504 505 506 507 508 509 510 511 512 513 514 515 516 517 518 519 520 521 522 523 524 525 526 527 528 529 530 531 532 533 534 535 536 537 538 539 540 541 542 543 544 545 546 547 548 549 550 551 552 553 554 555 556 557 558 559 560 561 562 563 564 565 566 567 568 569 570 571 572 573 574 575 576 577 578 579 580 581 582 583 584 585 586 587 588 589 590 591 592 593 594 595 596 597 598 599 600 601 602 603 604 605 606 607 608 609 610 611 612 613 614 615 616 617 618 619 620 621 622 623 624 625 626 627 628 629 630 631 632 633 634 635 636 637 638 639 640 641 642 643 644 645 646 647 648 649 650 651 652 653 654 655 656 657 658 659 660 661 662 663 664 665 666 667 668 669 670 671 672 673 674 675 676 677 678 679 680 681 682 683 684 685 686 687 688 689 690 691 692 693 694 695 696 697 698 699 700 701 702 703 704 705 706 707 708 709 710 711 712 713 714 715 716 717 718 719 720 721 722 723 724 725 726 727 728 729 730 731 732 733 734 735 736 737 738 739 740 741 742 743 744 745 746 747 748 749 750 751 752 753 754 755 756 757 758 759 760 761 762 763 764 765 766 767 768 769 770 771 772 773 774 775 776 777 778 779 780 781 782 783 784 785 786 787 788 789 790 791 792 793 794 795 796 797 798 799 800 801 802 803 804 805 806 807 808 809 810 811 812 813 814 815 816 817 818 819 820 821 822 823 824 825 826 827 828 829 830 831 832 833 834 835 836 837 838 839 840 841 842 843 844 845 846 847 848 849 850 851 852 853 854 855 856 857 858 859 860 861 862 863 864 865 866 867 868 869 870 871 872 873 874 875 876 877 878 879 880 881 882 883 884 885 886 887 888 889 890 891 892 893 894 895 896 897 898 899 900 901 902 903 904 905 906 907 908 909 910 911 912 913 914 915 916 917 918 919 920 921 922 923 924 925 926 927 928 929 930 931 932 933 934 935 936 937 938 939 940 941 942 943 944 945 946 947 948 949 950 951 952 953 954 955 956 957 958 959 960 961 962 963 964 965 966 967 968 969 970 971 972 973 974 975 976 977 978 979 980 981 982 983 984 985 986 987 988 989 990 991 992 993 994 995 996 997 998 999 1000