La robe de Milady n'en fut pas moins tachée de sang en une
seconde.
Milady était tombée à la renverse et semblait évanouie.
Felton arracha le couteau.
«Voyez, Milord, dit-il d'un air sombre, voici une femme qui était
sous ma garde et qui s'est tuée!
-- Soyez tranquille, Felton, dit Lord de Winter, elle n'est pas
morte, les démons ne meurent pas si facilement, soyez tranquille
et allez m'attendre chez moi.
-- Mais, Milord...
-- Allez, je vous l'ordonne.»
À cette injonction de son supérieur, Felton obéit; mais, en
sortant, il mit le couteau dans sa poitrine.
Quant à Lord de Winter, il se contenta d'appeler la femme qui
servait Milady et, lorsqu'elle fut venue, lui recommandant la
prisonnière toujours évanouie, il la laissa seule avec elle.
Cependant, comme à tout prendre, malgré ses soupçons, la blessure
pouvait être grave, il envoya, à l'instant même, un homme à cheval
chercher un médecin.
CHAPITRE LVIII
ÉVASION
Comme l'avait pensé Lord de Winter, la blessure de Milady n'était
pas dangereuse; aussi dès qu'elle se trouva seule avec la femme
que le baron avait fait appeler et qui se hâtait de la
déshabiller, rouvrit-elle les yeux.
Cependant, il fallait jouer la faiblesse et la douleur; ce
n'étaient pas choses difficiles pour une comédienne comme Milady;
aussi la pauvre femme fut-elle si complètement dupe de sa
prisonnière, que, malgré ses instances, elle s'obstina à la
veiller toute la nuit.
Mais la présence de cette femme n'empêchait pas Milady de songer.
Il n'y avait plus de doute, Felton était convaincu, Felton était à
elle: un ange apparût-il au jeune homme pour accuser Milady, il le
prendrait certainement, dans la disposition d'esprit où il se
trouvait, pour un envoyé du démon.
Milady souriait à cette pensée, car Felton, c'était désormais sa
seule espérance, son seul moyen de salut.
Mais Lord de Winter pouvait l'avoir soupçonné, mais Felton
maintenant pouvait être surveillé lui-même.
Vers les quatre heures du matin, le médecin arriva; mais depuis le
temps où Milady s'était frappée, la blessure s'était déjà
refermée: le médecin ne put donc en mesurer ni la direction, ni la
profondeur; il reconnut seulement au pouls de la malade que le cas
n'était point grave.
Le matin, Milady, sous prétexte qu'elle n'avait pas dormi de la
nuit et qu'elle avait besoin de repos, renvoya la femme qui
veillait près d'elle.
Elle avait une espérance, c'est que Felton arriverait à l'heure du
déjeuner, mais Felton ne vint pas.
Ses craintes s'étaient-elles réalisées? Felton, soupçonné par le
baron, allait-il lui manquer au moment décisif? Elle n'avait plus
qu'un jour: Lord de Winter lui avait annoncé son embarquement pour
le 23 et l'on était arrivé au matin du 22.
Néanmoins, elle attendit encore assez patiemment jusqu'à l'heure
du dîner.
Quoiqu'elle n'eût pas mangé le matin, le dîner fut apporté à
l'heure habituelle; Milady s'aperçut alors avec effroi que
l'uniforme des soldats qui la gardaient était changé.
Alors elle se hasarda à demander ce qu'était devenu Felton. On lui
répondit que Felton était monté à cheval il y avait une heure, et
était parti.
Elle s'informa si le baron était toujours au château; le soldat
répondit que oui, et qu'il avait ordre de le prévenir si la
prisonnière désirait lui parler.
Milady répondit qu'elle était trop faible pour le moment, et que
son seul désir était de demeurer seule.
Le soldat sortit, laissant le dîner servi.
Felton était écarté, les soldats de marine étaient changés, on se
défiait donc de Felton.
C'était le dernier coup porté à la prisonnière.
Restée seule, elle se leva; ce lit où elle se tenait par prudence
et pour qu'on la crût gravement blessée, la brûlait comme un
brasier ardent. Elle jeta un coup d'oeil sur la porte: le baron
avait fait clouer une planche sur le guichet; il craignait sans
doute que, par cette ouverture, elle ne parvint encore, par
quelque moyen diabolique, à séduire les gardes.
Milady sourit de joie; elle pouvait donc se livrer à ses
transports sans être observée: elle parcourait la chambre avec
l'exaltation d'une folle furieuse ou d'une tigresse enfermée dans
une cage de fer. Certes, si le couteau lui fût resté, elle eût
songé, non plus à se tuer elle-même, mais, cette fois, à tuer le
baron.
À six heures, Lord de Winter entra; il était armé jusqu'aux dents.
Cet homme, dans lequel, jusque-là, Milady n'avait vu qu'un
gentleman assez niais, était devenu un admirable geôlier: il
semblait tout prévoir, tout deviner, tout prévenir.
Un seul regard jeté sur Milady lui apprit ce qui se passait dans
son âme.
«Soit, dit-il, mais vous ne me tuerez point encore aujourd'hui;
vous n'avez plus d'armes, et d'ailleurs je suis sur mes gardes.
Vous aviez commencé à pervertir mon pauvre Felton: il subissait
déjà votre infernale influence, mais je veux le sauver, il ne vous
verra plus, tout est fini. Rassemblez vos hardes, demain vous
partirez. J'avais fixé l'embarquement au 24, mais j'ai pensé que
plus la chose serait rapprochée, plus elle serait sûre. Demain à
midi j'aurai l'ordre de votre exil, signé Buckingham. Si vous
dites un seul mot à qui que ce soit avant d'être sur le navire,
mon sergent vous fera sauter la cervelle, et il en a l'ordre; si,
sur le navire, vous dites un mot à qui que ce soit avant que le
capitaine vous le permette, le capitaine vous fait jeter à la mer,
c'est convenu. Au revoir, voilà ce que pour aujourd'hui j'avais à
vous dire. Demain je vous reverrai pour vous faire mes adieux!»
Et sur ces paroles le baron sortit.
Milady avait écouté toute cette menaçante tirade le sourire du
dédain sur les lèvres, mais la rage dans le coeur.
On servit le souper; Milady sentit qu'elle avait besoin de forces,
elle ne savait pas ce qui pouvait se passer pendant cette nuit qui
s'approchait menaçante, car de gros nuages roulaient au ciel, et
des éclairs lointains annonçaient un orage.
L'orage éclata vers les dix heures du soir: Milady sentait une
consolation à voir la nature partager le désordre de son coeur; la
foudre grondait dans l'air comme la colère dans sa pensée, il lui
semblait que la rafale, en passant, échevelait son front comme les
arbres dont elle courbait les branches et enlevait les feuilles;
elle hurlait comme l'ouragan, et sa voix se perdait dans la grande
voix de la nature, qui, elle aussi, semblait gémir et se
désespérer.
Tout à coup elle entendit frapper à une vitre, et, à la lueur d'un
éclair, elle vit le visage d'un homme apparaître derrière les
barreaux.
Elle courut à la fenêtre et l'ouvrit.
«Felton! s'écria-t-elle, je suis sauvée!
-- Oui, dit Felton! mais silence, silence! il me faut le temps de
scier vos barreaux. Prenez garde seulement qu'ils ne vous voient
par le guichet.
-- Oh! c'est une preuve que le Seigneur est pour nous, Felton,
reprit Milady, ils ont fermé le guichet avec une planche.
-- C'est bien, Dieu les a rendus insensés! dit Felton.
-- Mais que faut-il que je fasse? demanda Milady.
-- Rien, rien; refermez la fenêtre seulement. Couchez-vous, ou, du
moins, mettez-vous dans votre lit tout habillée; quand j'aurai
fini, je frapperai aux carreaux. Mais pourrez-vous me suivre?
-- Oh! oui.
-- Votre blessure?
-- Me fait souffrir, mais ne m'empêche pas de marcher.
-- Tenez-vous donc prête au premier signal.»
Milady referma la fenêtre, éteignit la lampe, et alla, comme le
lui avait recommandé Felton, se blottir dans son lit. Au milieu
des plaintes de l'orage, elle entendait le grincement de la lime
contre les barreaux, et, à la lueur de chaque éclair, elle
apercevait l'ombre de Felton derrière les vitres.
Elle passa une heure sans respirer, haletante, la sueur sur le
front, et le coeur serré par une épouvantable angoisse à chaque
mouvement qu'elle entendait dans le corridor.
Il y a des heures qui durent une année.
Au bout d'une heure, Felton frappa de nouveau.
Milady bondit hors de son lit et alla ouvrir. Deux barreaux de
moins formaient une ouverture à passer un homme.
«Êtes-vous prête? demanda Felton.
-- Oui. Faut-il que j'emporte quelque chose?
-- De l'or, si vous en avez.
-- Oui, heureusement on m'a laissé ce que j'en avais.
-- Tant mieux, car j'ai usé tout le mien pour fréter une barque.
-- Prenez», dit Milady en mettant aux mains de Felton un sac plein
d'or.
Felton prit le sac et le jeta au pied du mur.
«Maintenant, dit-il, voulez-vous venir?
-- Me voici.»
Milady monta sur un fauteuil et passa tout le haut de son corps
par la fenêtre: elle vit le jeune officier suspendu au-dessus de
l'abîme par une échelle de corde.
Pour la première fois, un mouvement de terreur lui rappela qu'elle
était femme.
Le vide l'épouvantait.
«Je m'en étais douté, dit Felton.
-- Ce n'est rien, ce n'est rien, dit Milady, je descendrai les
yeux fermés.
-- Avez-vous confiance en moi? dit Felton.
-- Vous le demandez?
-- Rapprochez vos deux mains; croisez-les, c'est bien.»
Felton lui lia les deux poignets avec son mouchoir, puis par-
dessus le mouchoir, avec une corde.
«Que faites-vous? demanda Milady avec surprise.
-- Passez vos bras autour de mon cou et ne craignez rien.
-- Mais je vous ferai perdre l'équilibre, et nous nous briserons
tous les deux.
-- Soyez tranquille, je suis marin.»
Il n'y avait pas une seconde à perdre; Milady passa ses deux bras
autour du cou de Felton et se laissa glisser hors de la fenêtre.
Felton se mit à descendre les échelons lentement et un à un.
Malgré la pesanteur des deux corps, le souffle de l'ouragan les
balançait dans l'air.
Tout à coup Felton s'arrêta.
«Qu'y a-t-il? demanda Milady.
-- Silence, dit Felton, j'entends des pas.
-- Nous sommes découverts!»
Il se fit un silence de quelques instants.
«Non, dit Felton, ce n'est rien.
-- Mais enfin quel est ce bruit?
-- Celui de la patrouille qui va passer sur le chemin de ronde.
-- Où est le chemin de ronde?
-- Juste au-dessous de nous.
-- Elle va nous découvrir.
-- Non, s'il ne fait pas d'éclairs.
-- Elle heurtera le bas de l'échelle.
-- Heureusement elle est trop courte de six pieds.
-- Les voilà, mon Dieu!
-- Silence!»
Tous deux restèrent suspendus, immobiles et sans souffle, à vingt
pieds du sol; pendant ce temps les soldats passaient au-dessous
riant et causant.
Il y eut pour les fugitifs un moment terrible.
La patrouille passa; on entendit le bruit des pas qui s'éloignait,
et le murmure des voix qui allait s'affaiblissant.
«Maintenant, dit Felton, nous sommes sauvés.»
Milady poussa un soupir et s'évanouit.
Felton continua de descendre. Parvenu au bas de l'échelle, et
lorsqu'il ne sentit plus d'appui pour ses pieds, il se cramponna
avec ses mains; enfin, arrivé au dernier échelon il se laissa
pendre à la force des poignets et toucha la terre. Il se baissa,
ramassa le sac d'or et le prit entre ses dents.
Puis il souleva Milady dans ses bras, et s'éloigna vivement du
côté opposé à celui qu'avait pris la patrouille. Bientôt il quitta
le chemin de ronde, descendit à travers les rochers, et, arrivé au
bord de la mer, fit entendre un coup de sifflet.
Un signal pareil lui répondit, et, cinq minutes après, il vit
apparaître une barque montée par quatre hommes.
La barque s'approcha aussi près qu'elle put du rivage, mais il n'y
avait pas assez de fond pour qu'elle pût toucher le bord; Felton
se mit à l'eau jusqu'à la ceinture, ne voulant confier à personne
son précieux fardeau.
Heureusement la tempête commençait à se calmer, et cependant la
mer était encore violente; la petite barque bondissait sur les
vagues comme une coquille de noix.
«Au sloop, dit Felton, et nagez vivement.»
Les quatre hommes se mirent à la rame; mais la mer était trop
grosse pour que les avirons eussent grande prise dessus.
Toutefois on s'éloignait du château; c'était le principal. La nuit
était profondément ténébreuse, et il était déjà presque impossible
de distinguer le rivage de la barque, à plus forte raison n'eût-on
pas pu distinguer la barque du rivage.
Un point noir se balançait sur la mer.
C'était le sloop.
Pendant que la barque s'avançait de son côté de toute la force de
ses quatre rameurs, Felton déliait la corde, puis le mouchoir qui
liait les mains de Milady.
Puis, lorsque ses mains furent déliées, il prit de l'eau de la mer
et la lui jeta au visage.
Milady poussa un soupir et ouvrit les yeux.
«Où suis-je? dit-elle.
-- Sauvée, répondit le jeune officier.
-- Oh! sauvée! sauvée! s'écria-t-elle. Oui, voici le ciel, voici
la mer! Cet air que je respire, c'est celui de la liberté. Ah!...
merci, Felton, merci!»
Le jeune homme la pressa contre son coeur.
«Mais qu'ai-je donc aux mains? demanda Milady; il me semble qu'on
m'a brisé les poignets dans un étau.»
En effet, Milady souleva ses bras: elle avait les poignets
meurtris.
«Hélas! dit Felton en regardant ces belles mains et en secouant
doucement la tête.
-- Oh! ce n'est rien, ce n'est rien! s'écria Milady: maintenant je
me rappelle!»
Milady chercha des yeux autour d'elle.
«Il est là», dit Felton en poussant du pied le sac d'or.
On s'approchait du sloop. Le marin de quart héla la barque, la
barque répondit.
«Quel est ce bâtiment? demanda Milady.
-- Celui que j'ai frété pour vous.
-- Où va-t-il me conduire?
-- Où vous voudrez, pourvu que, moi, vous me jetiez à Portsmouth.
-- Qu'allez-vous faire à Portsmouth? demanda Milady.
-- Accomplir les ordres de Lord de Winter, dit Felton avec un
sombre sourire.
-- Quels ordres? demanda Milady.
-- Vous ne comprenez donc pas? dit Felton.
-- Non; expliquez-vous, je vous en prie.
-- Comme il se défiait de moi, il a voulu vous garder lui-même, et
m'a envoyé à sa place faire signer à Buckingham l'ordre de votre
déportation.
-- Mais s'il se défiait de vous, comment vous a-t-il confié cet
ordre?
-- Étais-je censé savoir ce que je portais?
-- C'est juste. Et vous allez à Portsmouth?
-- Je n'ai pas de temps à perdre: c'est demain le 23, et
Buckingham part demain avec la flotte.
-- Il part demain, pour où part-il?
-- Pour La Rochelle.
-- Il ne faut pas qu'il parte! s'écria Milady, oubliant sa
présence d'esprit accoutumée.
-- Soyez tranquille, répondit Felton, il ne partira pas.»
Milady tressaillit de joie; elle venait de lire au plus profond du
coeur du jeune homme: la mort de Buckingham y était écrite en
toutes lettres.
«Felton..., dit-elle, vous êtes grand comme Judas Macchabée! Si
vous mourez, je meurs avec vous: voilà tout ce que je puis vous
dire.
-- Silence! dit Felton, nous sommes arrivés.»
En effet, on touchait au sloop.
Felton monta le premier à l'échelle et donna la main à Milady,
tandis que les matelots la soutenaient, car la mer était encore
fort agitée.
Un instant après ils étaient sur le pont.
«Capitaine, dit Felton, voici la personne dont je vous ai parlé,
et qu'il faut conduire saine et sauve en France.
-- Moyennant mille pistoles, dit le capitaine.
-- Je vous en ai donné cinq cents.
-- C'est juste, dit le capitaine.
-- Et voilà les cinq cents autres, reprit Milady, en portant la
main au sac d'or.
-- Non, dit le capitaine, je n'ai qu'une parole, et je l'ai donnée
à ce jeune homme; les cinq cents autres pistoles ne me sont dues
qu'en arrivant à Boulogne.
-- Et nous y arriverons?
-- Sains et saufs, dit le capitaine, aussi vrai que je m'appelle
Jack Buttler.
-- Eh bien, dit Milady, si vous tenez votre parole, ce n'est pas
cinq cents, mais mille pistoles que je vous donnerai.
-- Hurrah pour vous alors, ma belle dame, cria le capitaine, et
puisse Dieu m'envoyer souvent des pratiques comme Votre
Seigneurie!
-- En attendant, dit Felton, conduisez-nous dans la petite baie de
Chichester, en avant de Portsmouth; vous savez qu'il est convenu
que vous nous conduirez là.»
Le capitaine répondit en commandant la manoeuvre nécessaire, et
vers les sept heures du matin le petit bâtiment jetait l'ancre
dans la baie désignée.
Pendant cette traversée, Felton avait tout raconté à Milady:
comment, au lieu d'aller à Londres, il avait frété le petit
bâtiment, comment il était revenu, comment il avait escaladé la
muraille en plaçant dans les interstices des pierres, à mesure
qu'il montait, des crampons, pour assurer ses pieds, et comment
enfin, arrivé aux barreaux, il avait attaché l'échelle, Milady
savait le reste.
De son côté, Milady essaya d'encourager Felton dans son projet,
mais aux premiers mots qui sortirent de sa bouche, elle vit bien
que le jeune fanatique avait plutôt besoin d'être modéré que
d'être affermi.
Il fut convenu que Milady attendrait Felton jusqu'à dix heures; si
à dix heures il n'était pas de retour, elle partirait.
Alors, en supposant qu'il fût libre, il la rejoindrait en France,
au couvent des Carmélites de Béthune.
CHAPITRE LIX
CE QUI SE PASSAIT À PORTSMOUTH LE 23 AOÛT 1628
Felton prit congé de Milady comme un frère qui va faire une simple
promenade prend congé de sa soeur en lui baisant la main.
Toute sa personne paraissait dans son état de calme ordinaire:
seulement une lueur inaccoutumée brillait dans ses yeux, pareille
à un reflet de fièvre; son front était plus pâle encore que de
coutume; ses dents étaient serrées, et sa parole avait un accent
bref et saccadé qui indiquait que quelque chose de sombre
s'agitait en lui.
Tant qu'il resta sur la barque qui le conduisait à terre, il
demeura le visage tourné du côté de Milady, qui, debout sur le
pont, le suivait des yeux. Tous deux étaient assez rassurés sur la
crainte d'être poursuivis: on n'entrait jamais dans la chambre de
Milady avant neuf heures; et il fallait trois heures pour venir du
château à Londres.
Felton mit pied à terre, gravit la petite crête qui conduisait au
haut de la falaise, salua Milady une dernière fois, et prit sa
course vers la ville.
Au bout de cent pas, comme le terrain allait en descendant, il ne
pouvait plus voir que le mât du sloop.
Il courut aussitôt dans la direction de Portsmouth, dont il voyait
en face de lui, à un demi-mille à peu près, se dessiner dans la
brume du matin les tours et les maisons.
Au-delà de Portsmouth, la mer était couverte de vaisseaux dont on
voyait les mâts, pareils à une forêt de peupliers dépouillés par
l'hiver, se balancer sous le souffle du vent.
Felton, dans sa marche rapide, repassait ce que dix années de
méditations ascétiques et un long séjour au milieu des puritains
lui avaient fourni d'accusations vraies ou fausses contre le
favori de Jacques VI et de Charles Ier.
Lorsqu'il comparait les crimes publics de ce ministre, crimes
éclatants, crimes européens, si on pouvait le dire, avec les
crimes privés et inconnus dont l'avait chargé Milady, Felton
trouvait que le plus coupable des deux hommes que renfermait
Buckingham était celui dont le public ne connaissait pas la vie.
C'est que son amour si étrange, si nouveau, si ardent, lui faisait
voir les accusations infâmes et imaginaires de Lady de Winter,
comme on voit au travers d'un verre grossissant, à l'état de
monstres effroyables, des atomes imperceptibles en réalité auprès
d'une fourmi.
La rapidité de sa course allumait encore son sang: l'idée qu'il
laissait derrière lui, exposée à une vengeance effroyable, la
femme qu'il aimait ou plutôt qu'il adorait comme une sainte,
l'émotion passée, sa fatigue présente, tout exaltait encore son
âme au-dessus des sentiments humains.
Il entra à Portsmouth vers les huit heures du matin; toute la
population était sur pied; le tambour battait dans les rues et sur
le port; les troupes d'embarquement descendaient vers la mer.
Felton arriva au palais de l'Amirauté, couvert de poussière et
ruisselant de sueur; son visage, ordinairement si pâle, était
pourpre de chaleur et de colère. La sentinelle voulut le
repousser; mais Felton appela le chef du poste, et tirant de sa
poche la lettre dont il était porteur:
«Message pressé de la part de Lord de Winter», dit-il.
Au nom de Lord de Winter, qu'on savait l'un des plus intimes de Sa
Grâce, le chef de poste donna l'ordre de laisser passer Felton,
qui, du reste, portait lui-même l'uniforme d'officier de marine.
Felton s'élança dans le palais.
Au moment où il entrait dans le vestibule un homme entrait aussi,
poudreux, hors d'haleine, laissant à la porte un cheval de poste
qui en arrivant tomba sur les deux genoux.
Felton et lui s'adressèrent en même temps à Patrick, le valet de
chambre de confiance du duc. Felton nomma le baron de Winter,
l'inconnu ne voulut nommer personne, et prétendit que c'était au
duc seul qu'il pouvait se faire connaître. Tous deux insistaient
pour passer l'un avant l'autre.
Patrick, qui savait que Lord de Winter était en affaires de
service et en relations d'amitié avec le duc, donna la préférence
à celui qui venait en son nom. L'autre fut forcé d'attendre, et il
fut facile de voir combien il maudissait ce retard.
Le valet de chambre fit traverser à Felton une grande salle dans
laquelle attendaient les députés de La Rochelle conduits par le
prince de Soubise, et l'introduisit dans un cabinet où Buckingham,
sortant du bain, achevait sa toilette, à laquelle, cette fois
comme toujours, il accordait une attention extraordinaire.
«Le lieutenant Felton, dit Patrick, de la part de Lord de Winter.
-- De la part de Lord de Winter! répéta Buckingham, faites
entrer.»
Felton entra. En ce moment Buckingham jetait sur un canapé une
riche robe de chambre brochée d'or, pour endosser un pourpoint de
velours bleu tout brodé de perles.
«Pourquoi le baron n'est-il pas venu lui-même? demanda Buckingham,
je l'attendais ce matin.
-- Il m'a chargé de dire à Votre Grâce, répondit Felton, qu'il
regrettait fort de ne pas avoir cet honneur, mais qu'il en était
empêché par la garde qu'il est obligé de faire au château.
-- Oui, oui, dit Buckingham, je sais cela, il a une prisonnière.
-- C'est justement de cette prisonnière que je voulais parler à
Votre Grâce, reprit Felton.
-- Eh bien, parlez.
-- Ce que j'ai à vous dire ne peut être entendu que de vous,
Milord.
-- Laissez-nous, Patrick, dit Buckingham, mais tenez-vous à portée
de la sonnette; je vous appellerai tout à l'heure.»
Patrick sortit.
«Nous sommes seuls, monsieur, dit Buckingham, parlez.
-- Milord, dit Felton, le baron de Winter vous a écrit l'autre
jour pour vous prier de signer un ordre d'embarquement relatif à
une jeune femme nommée Charlotte Backson.
-- Oui, monsieur, et je lui ai répondu de m'apporter ou de
m'envoyer cet ordre et que je le signerais.
-- Le voici, Milord.
-- Donnez», dit le duc.
Et, le prenant des mains de Felton, il jeta sur le papier un coup
d'oeil rapide. Alors, s'apercevant que c'était bien celui qui lui
était annoncé, il le posa sur la table, prit une plume et
s'apprêta à signer.
«Pardon, Milord, dit Felton arrêtant le duc, mais Votre Grâce
sait-elle que le nom de Charlotte Backson n'est pas le véritable
nom de cette jeune femme?
-- Oui, monsieur, je le sais, répondit le duc en trempant la plume
dans l'encrier.
-- Alors, Votre Grâce connaît son véritable nom? demanda Felton
d'une voix brève.
-- Je le connais.»
Le duc approcha la plume du papier.
«Et, connaissant ce véritable nom, reprit Felton, Monseigneur
signera tout de même?
-- Sans doute, dit Buckingham, et plutôt deux fois qu'une.
-- Je ne puis croire, continua Felton d'une voix qui devenait de
plus en plus brève et saccadée, que Sa Grâce sache qu'il s'agit de
Lady de Winter...
-- Je le sais parfaitement, quoique je sois étonné que vous le
sachiez, vous!
-- Et Votre Grâce signera cet ordre sans remords?»
Buckingham regarda le jeune homme avec hauteur.
«Ah çà, monsieur, savez-vous bien, lui dit-il, que vous me faites
là d'étranges questions, et que je suis bien simple d'y répondre?
-- Répondez-y, Monseigneur, dit Felton, la situation est plus
grave que vous ne le croyez peut-être.»
Buckingham pensa que le jeune homme, venant de la part de Lord de
Winter, parlait sans doute en son nom et se radoucit.
«Sans remords aucun, dit-il, et le baron sait comme moi que Milady
de Winter est une grande coupable, et que c'est presque lui faire
grâce que de borner sa peine à l'extradition.»
Le duc posa sa plume sur le papier.
«Vous ne signerez pas cet ordre, Milord! dit Felton en faisant un
pas vers le duc.
-- Je ne signerai pas cet ordre, dit Buckingham, et pourquoi?
-- Parce que vous descendrez en vous-même, et que vous rendrez
justice à Milady.
-- On lui rendra justice en l'envoyant à Tyburn, dit Buckingham;
Milady est une infâme.
-- Monseigneur, Milady est un ange, vous le savez bien, et je vous
demande sa liberté.
-- Ah çà, dit Buckingham, êtes-vous fou de me parler ainsi?
-- Milord, excusez-moi! je parle comme je puis; je me contiens.
Cependant, Milord, songez à ce que vous allez faire, et craignez
d'outrepasser la mesure!
-- Plaît-il?... Dieu me pardonne! s'écria Buckingham, mais je
crois qu'il me menace!
-- Non, Milord, je prie encore, et je vous dis: une goutte d'eau
suffit pour faire déborder le vase plein, une faute légère peut
attirer le châtiment sur la tête épargnée malgré tant de crimes.
-- Monsieur Felton, dit Buckingham, vous allez sortir d'ici et
vous rendre aux arrêts sur-le-champ.
-- Vous allez m'écouter jusqu'au bout, Milord. Vous avez séduit
cette jeune fille, vous l'avez outragée, souillée; réparez vos
crimes envers elle, laissez-la partir librement, et je n'exigerai
pas autre chose de vous.
-- Vous n'exigerez pas? dit Buckingham regardant Felton avec
étonnement et appuyant sur chacune des syllabes des trois mots
qu'il venait de prononcer.
-- Milord, continua Felton s'exaltant à mesure qu'il parlait,
Milord, prenez garde, toute l'Angleterre est lasse de vos
iniquités; Milord, vous avez abusé de la puissance royale que vous
avez presque usurpée; Milord, vous êtes en horreur aux hommes et à
Dieu; Dieu vous punira plus tard, mais, moi, je vous punirai
aujourd'hui.
-- Ah! ceci est trop fort!» cria Buckingham en faisant un pas vers
la porte.
Felton lui barra le passage.
«Je vous le demande humblement, dit-il, signez l'ordre de mise en
liberté de Lady de Winter; songez que c'est la femme que vous avez
déshonorée.
-- Retirez-vous, monsieur, dit Buckingham, ou j'appelle et vous
fais mettre aux fers.
-- Vous n'appellerez pas, dit Felton en se jetant entre le duc et
la sonnette placée sur un guéridon incrusté d'argent; prenez
garde, Milord, vous voilà entre les mains de Dieu.
-- Dans les mains du diable, vous voulez dire, s'écria Buckingham
en élevant la voix pour attirer du monde, sans cependant appeler
directement.
-- Signez, Milord, signez la liberté de Lady de Winter, dit Felton
en poussant un papier vers le duc.
-- De force! vous moquez-vous? holà, Patrick!
-- Signez, Milord!
-- Jamais!
-- Jamais!
-- À moi», cria le duc, et en même temps il sauta sur son épée.
Mais Felton ne lui donna pas le temps de la tirer: il tenait tout
ouvert et caché dans son pourpoint le couteau dont s'était frappée
Milady; d'un bond il fut sur le duc.
En ce moment Patrick entrait dans la salle en criant:
«Milord, une lettre de France!
-- De France!» s'écria Buckingham, oubliant tout en pensant de qui
lui venait cette lettre.
Felton profita du moment et lui enfonça dans le flanc le couteau
jusqu'au manche.
«Ah! traître! cria Buckingham, tu m'as tué...
-- Au meurtre!» hurla Patrick.
Felton jeta les yeux autour de lui pour fuir, et, voyant la porte
libre, s'élança dans la chambre voisine, qui était celle où
attendaient, comme nous l'avons dit, les députés de La Rochelle,
la traversa tout en courant et se précipita vers l'escalier; mais,
sur la première marche, il rencontra Lord de Winter, qui, le
voyant pâle, égaré, livide, taché de sang à la main et à la
figure, lui sauta au cou en s'écriant:
«Je le savais, je l'avais deviné et j'arrive trop tard d'une
minute! oh! malheureux que je suis!»
Felton ne fit aucune résistance; Lord de Winter le remit aux mains
des gardes, qui le conduisirent, en attendant de nouveaux ordres,
sur une petite terrasse dominant la mer, et il s'élança dans le
cabinet de Buckingham.
Au cri poussé par le duc, à l'appel de Patrick, l'homme que Felton
avait rencontré dans l'antichambre se précipita dans le cabinet.
Il trouva le duc couché sur un sofa, serrant sa blessure dans sa
main crispée.
«La Porte, dit le duc d'une voix mourante, La Porte, viens-tu de
sa part?
-- Oui, Monseigneur, répondit le fidèle serviteur d'Anne
d'Autriche, mais trop tard peut-être.
-- Silence, La Porte! on pourrait vous entendre; Patrick, ne
laissez entrer personne: oh! je ne saurai pas ce qu'elle me fait
dire! mon Dieu, je me meurs!»
Et le duc s'évanouit.
Cependant, Lord de Winter, les députés, les chefs de l'expédition,
les officiers de la maison de Buckingham, avaient fait irruption
dans sa chambre; partout des cris de désespoir retentissaient. La
nouvelle qui emplissait le palais de plaintes et de gémissements
en déborda bientôt partout et se répandit par la ville.
Un coup de canon annonça qu'il venait de se passer quelque chose
de nouveau et d'inattendu.
Lord de Winter s'arrachait les cheveux.
«Trop tard d'une minute! s'écriait-il, trop tard d'une minute! oh!
mon Dieu, mon Dieu, quel malheur!»
En effet, on était venu lui dire à sept heures du matin qu'une
échelle de corde flottait à une des fenêtres du château; il avait
couru aussitôt à la chambre de Milady, avait trouvé la chambre
vide et la fenêtre ouverte, les barreaux sciés, il s'était rappelé
la recommandation verbale que lui avait fait transmettre
d'Artagnan par son messager, il avait tremblé pour le duc, et,
courant à l'écurie, sans prendre le temps de faire seller son
cheval, avait sauté sur le premier venu, était accouru ventre à
terre, et sautant à bas dans la cour, avait monté précipitamment
l'escalier, et, sur le premier degré, avait, comme nous l'avons
dit, rencontré Felton.
Cependant le duc n'était pas mort: il revint à lui, rouvrit les
yeux, et l'espoir rentra dans tous les coeurs.
«Messieurs, dit-il, laissez-moi seul avec Patrick et La Porte.
«Ah! c'est vous, de Winter! vous m'avez envoyé ce matin un
singulier fou, voyez l'état dans lequel il m'a mis!
-- Oh! Milord! s'écria le baron, je ne m'en consolerai jamais.
-- Et tu aurais tort, mon cher de Winter, dit Buckingham en lui
tendant la main, je ne connais pas d'homme qui mérite d'être
regretté pendant toute la vie d'un autre homme; mais laisse-nous,
je t'en prie.»
Le baron sortit en sanglotant.
Il ne resta dans le cabinet que le duc blessé, La Porte et
Patrick.
On cherchait un médecin, qu'on ne pouvait trouver.
«Vous vivrez, Milord, vous vivrez, répétait, à genoux devant le
sofa du duc, le messager d'Anne d'Autriche.
-- Que m'écrivait-elle? dit faiblement Buckingham tout ruisselant
de sang et domptant, pour parler de celle qu'il aimait, d'atroces
douleurs, que m'écrivait-elle? Lis-moi sa lettre.
-- Oh! Milord! fit La Porte.
-- Obéis, La Porte; ne vois-tu pas que je n'ai pas de temps à
perdre?»
La Porte rompit le cachet et plaça le parchemin sous les yeux du
duc; mais Buckingham essaya vainement de distinguer l'écriture.
«Lis donc, dit-il, lis donc, je n'y vois plus; lis donc! car
bientôt peut-être je n'entendrai plus, et je mourrai sans savoir
ce qu'elle m'a écrit.»
La Porte ne fit plus de difficulté, et lut:
«Milord,
«Par ce que j'ai, depuis que je vous connais, souffert par vous et
pour vous, je vous conjure, si vous avez souci de mon repos,
d'interrompre les grands armements que vous faites contre la
France et de cesser une guerre dont on dit tout haut que la
religion est la cause visible, et tout bas que votre amour pour
moi est la cause cachée. Cette guerre peut non seulement amener
pour la France et pour l'Angleterre de grandes catastrophes, mais
encore pour vous, Milord, des malheurs dont je ne me consolerais
pas.
«Veillez sur votre vie, que l'on menace et qui me sera chère du
moment où je ne serai pas obligée de voir en vous un ennemi.
«Votre affectionnée,
«Anne.»
Buckingham rappela tous les restes de sa vie pour écouter cette
lecture; puis, lorsqu'elle fut finie, comme s'il eût trouvé dans
cette lettre un amer désappointement:
«N'avez-vous donc pas autre chose à me dire de vive voix, La
Porte? demanda-t-il.
-- Si fait, Monseigneur: la reine m'avait chargé de vous dire de
veiller sur vous, car elle avait eu avis qu'on voulait vous
assassiner.
-- Et c'est tout, c'est tout? reprit Buckingham avec impatience.
-- Elle m'avait encore chargé de vous dire qu'elle vous aimait
toujours.
-- Ah! fit Buckingham, Dieu soit loué! ma mort ne sera donc pas
pour elle la mort d'un étranger!...»
La Porte fondit en larmes.
«Patrick, dit le duc, apportez-moi le coffret où étaient les
ferrets de diamants.»
Patrick apporta l'objet demandé, que La Porte reconnut pour avoir
appartenu à la reine.
«Maintenant le sachet de satin blanc, où son chiffre est brodé en
perles.»
Patrick obéit encore.
«Tenez, La Porte, dit Buckingham, voici les seuls gages que
j'eusse à elle, ce coffret d'argent, et ces deux lettres. Vous les
rendrez à Sa Majesté; et pour dernier souvenir... (il chercha
autour de lui quelque objet précieux)... vous y joindrez...»
Il chercha encore; mais ses regards obscurcis par la mort ne
rencontrèrent que le couteau tombé des mains de Felton, et fumant
encore du sang vermeil étendu sur la lame.
«Et vous y joindrez ce couteau», dit le duc en serrant la main de
La Porte.
Il put encore mettre le sachet au fond du coffret d'argent, y
laissa tomber le couteau en faisant signe à La Porte qu'il ne
pouvait plus parler; puis, dans une dernière convulsion, que cette
fois il n'avait plus la force de combattre, il glissa du sofa sur
le parquet.
Patrick poussa un grand cri.
Buckingham voulut sourire une dernière fois; mais la mort arrêta
sa pensée, qui resta gravée sur son front comme un dernier baiser
d'amour.
En ce moment le médecin du duc arriva tout effaré; il était déjà à
bord du vaisseau amiral, on avait été obligé d'aller le chercher
là.
Il s'approcha du duc, prit sa main, la garda un instant dans la
sienne, et la laissa retomber.
«Tout est inutile, dit-il, il est mort.
-- Mort, mort!» s'écria Patrick.
À ce cri toute la foule rentra dans la salle, et partout ce ne fut
que consternation et que tumulte.
Aussitôt que Lord de Winter vit Buckingham expiré, il courut à
Felton, que les soldats gardaient toujours sur la terrasse du
palais.
«Misérable! dit-il au jeune homme qui, depuis la mort de
Buckingham, avait retrouvé ce calme et ce sang-froid qui ne
devaient plus l'abandonner; misérable! qu'as-tu fait?
-- Je me suis vengé, dit-il.
-- Toi! dit le baron; dis que tu as servi d'instrument à cette
femme maudite; mais je te le jure, ce crime sera son dernier
crime.
-- Je ne sais ce que vous voulez dire, reprit tranquillement
Felton, et j'ignore de qui vous voulez parler, Milord; j'ai tué
M. de Buckingham parce qu'il a refusé deux fois à vous-même de me
nommer capitaine: je l'ai puni de son injustice, voilà tout.»
De Winter, stupéfait, regardait les gens qui liaient Felton, et ne
savait que penser d'une pareille insensibilité.
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