faire il résultait du moins ceci: c'est que Torrès avait dit la vérité, lorsqu'il affirmait qu'un de ses camarades de la milice était mort, et qu'il l'avait assisté à ses derniers moments. Quant à cette hypothèse qu'Ortega lui eût remis le document en question, elle devenait maintenant très admissible. Rien de plus probable aussi que ce document eût rapport à l'attentat, dont Ortega était réellement l'auteur, et qu'il renfermait l'aveu de sa culpabilité, accompagné de circonstances qui ne permettraient pas de la mettre en doute. Ainsi donc, si ce document avait pu être lu, si la clef en avait été trouvée, si le chiffre sur lequel reposait son système avait été connu, nul doute que la vérité se fût enfin fait jour! Mais ce chiffre, Fragoso ne le savait pas! Quelques présomptions de plus, la quasi-certitude que l'aventurier n'avait rien inventé, certaines circonstances tendant à prouver que le secret de cette affaire était renfermé dans le document, voilà tout ce que le brave garçon rapportait de sa visite au chef de cette milice à laquelle avait appartenu Torrès. Et pourtant, si peu que ce fût, il avait hâte de tout conter au juge Jarriquez. Il savait qu'il n'y avait pas une heure à perdre, et voilà pourquoi, ce matin-là, vers huit heures, il arrivait, brisé de fatigue, à un demi-mille de Manao. Cette distance qui le séparait encore de la ville, Fragoso la franchit en quelques minutes. Une sorte de pressentiment irrésistible le poussait en avant, et il en était presque arrivé à croire que le salut de Joam Dacosta se trouvait maintenant entre ses mains. Soudain Fragoso s'arrêta, comme si ses pieds eussent irrésistiblement pris racine dans le sol. Il se trouvait à l'entrée de la petite place, sur laquelle s'ouvrait une des portes de la ville. Là, au milieu d'une foule déjà compacte, la dominant d'une vingtaine de pieds, se dressait le poteau du gibet, auquel pendait une corde. Fragoso sentit ses dernières forces l'abandonner. Il tomba. Ses yeux s'étaient involontairement fermés. Il ne voulait pas voir, et ces mots s'échappèrent de ses lèvres: «Trop tard! trop tard!...» Mais, par un effort surhumain, il se releva. Non! il n'était pas trop tard! Le corps de Joam Dacosta ne se balançait pas au bout de cette corde! «Le juge Jarriquez! le juge Jarriquez!» cria Fragoso. Et, haletant, éperdu, il se jetait vers la porte de la ville, il remontait la principale rue de Manao, et tombait, à demi mort, sur le seuil de la maison du magistrat. La porte était fermée. Fragoso eut encore la force de frapper à cette porte. Un des serviteurs du magistrat vint ouvrir. Son maître ne voulait recevoir personne. Malgré cette défense, Fragoso, repoussa l'homme qui lui défendait l'entrée de la maison, et d'un bond il s'élança jusqu'au cabinet du juge. «Je reviens de la province où Torrès a fait son métier de capitaine des bois! s'écria-t-il. Monsieur le juge, Torrès a dit vrai!... Suspendez... suspendez l'exécution! Vous avez retrouvé cette milice? Oui! Et vous me rapportez le chiffre du document?...» Fragoso ne répondit pas. «Alors, laissez-moi! laissez-moi!» s'écria le juge Jarriquez, qui, en proie à un véritable accès de rage, saisit le document pour l'anéantir. Fragoso lui prit les mains et l'arrêta. «La vérité est là! dit-il. --Je le sais, répondit le juge Jarriquez; mais qu'est-ce qu'une vérité qui ne peut se faire jour! --Elle apparaîtra!... il le faut!... il le faut! --Encore une fois, avez-vous le chiffre?... --Non! répondit Fragoso, mais, je vous le répète, Torrès n'a pas menti!... Un de ses compagnons avec lequel il était étroitement lié est mort, il y a quelques mois, et il n'est pas douteux que cet homme lui ait remis le document qu'il venait vendre à Joam Dacosta! --Non! répondit le juge Jarriquez, non!... cela n'est pas douteux... pour nous, mais cela n'a pas paru certain pour ceux qui disposent de la vie du condamné!... Laissez-moi!» Fragoso, repoussé, ne voulait pas quitter la place. À son tour, il se traînait aux pieds du magistrat. «Joam Dacosta est innocent! s'écria-t-il. Vous ne pouvez le laisser mourir! Ce n'est pas lui qui a commis le crime de Tijuco! C'est le compagnon de Torrès, l'auteur du document! C'est Ortega!...» À ce nom, le juge Jarriquez bondit. Puis, lorsqu'une sorte de calme eut succédé dans son esprit à la tempête qui s'y déchaînait, il retira le document de sa main crispée, il l'étendit sur sa table, il s'assit, et passant la main sur ses yeux: «Ce nom!... dit-il... Ortega!... Essayons!» Et le voilà, procédant avec ce nouveau nom, rapporté par Fragoso, comme il avait déjà fait avec les autres noms propres vainement essayés par lui. Après l'avoir disposé au-dessus des six premières lettres du paragraphe, il obtint la formule suivante: -O r t e g a P h y j s l- «Rien! dit-il, cela ne donne rien!» Et, en effet, l'-h- placée sur l'-r- ne pouvait s'exprimer par un chiffre, puisque dans l'ordre alphabétique, cette lettre occupe un rang antérieur à celui de la lettre -r-. Le -p-, l'-y-, le -j-, disposés sous les lettres -o-, -t-, -e-, seuls se chiffraient par 1, 4, 5. Quant à l'-s- et à l'-l- placés à la fin de ce mot, l'intervalle qui les sépare du -g- et de l'-a- étant de douze lettres, impossible de les exprimer par un seul chiffre. Donc, ils ne correspondaient ni au -g- ni à l'-a-. En ce moment, des cris terrifiants s'élevèrent dans la rue, des cris de désespoir. Fragoso se précipita à l'une des fenêtres qu'il ouvrit, avant que le magistrat n'eût pu l'en empêcher. La foule encombrait la rue. L'heure était venue à laquelle le condamné allait sortir de la prison, et un reflux de cette foule s'opérait dans la direction de la place où se dressait le gibet. Le juge Jarriquez, effrayant à voir, tant son regard était fixe, dévorait les lignes du document. «Les dernières lettres! murmura-t-il. Essayons encore les dernières lettres!» C'était le suprême espoir. Et alors, d'une main, dont le tremblement l'empêchait presque d'écrire, il disposa le nom d'Ortega au-dessus des six dernières lettres du paragraphe, ainsi qu'il venait de faire pour les six premières. Un premier cri lui échappa. Il avait vu, tout d'abord, que ces six dernières lettres étaient inférieures dans l'ordre alphabétique à celles qui composaient le nom d'Ortega, et que, par conséquent, elles pourraient toutes se chiffrer et composer un nombre. Et, en effet, lorsqu'il eut réduit la formule, en remontant de la lettre inférieure du document à la lettre supérieure du mot, il obtint: -O r t e g a 4 3 2 5 1 3 S u v j h d- Le nombre, ainsi composé, était 432513. Mais ce nombre était-il enfin celui qui avait présidé à la formation du document? Ne serait-il pas aussi faux que ceux qui avaient été précédemment essayés? En cet instant, les cris redoublèrent, des cris de pitié qui trahissaient la sympathique émotion de toute cette foule. Quelques minutes encore, c'était tout ce qui restait à vivre au condamné! Fragoso, fou de douleur, s'élança hors de la chambre!... Il voulait revoir une dernière fois son bienfaiteur, qui allait mourir!... Il voulait se jeter au-devant du funèbre cortège, l'arrêter en criant: «Ne tuez pas ce juste! Ne le tuez pas!...» Mais déjà le juge Jarriquez avait disposé le nombre obtenu au-dessus des premières lettres du paragraphe, en le répétant autant de fois qu'il était nécessaire, comme suit: 432513432513432513432513 -Phyjslyddqfdzxgasgzzqqeh- Puis, reconstituant les lettres vraies en remontant dans l'ordre alphabétique, il lut: -Le véritable auteur du vol de...- Un hurlement de joie lui échappa! Ce nombre, 432513, c'était le nombre tant cherché! Le nom d'Ortega lui avait permis de le refaire! Il tenait enfin la clef du document, qui allait incontestablement démontrer l'innocence de Joam Dacosta, et, sans en lire davantage, il se précipita hors de son cabinet, puis dans la rue, criant: «Arrêtez! Arrêtez!» Fendre la foule qui s'ouvrit devant ses pas, courir à la prison, que le condamné quittait à ce moment, pendant que sa femme, ses enfants, s'attachaient à lui avec la violence du désespoir, ce ne fut que l'affaire d'un instant pour le juge Jarriquez. Arrivé devant Joam Dacosta, il ne pouvait plus parler, mais sa main agitait le document, et, enfin, ce mot s'échappait de ses lèvres: «Innocent! innocent!» CHAPITRE DIX-NEUVIÈME LE CRIME DE TIJUCO À l'arrivée du juge, tout le funèbre cortège s'était arrêté. Un immense écho avait répété après lui et répétait encore ce cri qui s'échappait de toutes les poitrines: «Innocent! innocent!» Puis, un silence complet s'établit. On ne voulait pas perdre une seule des paroles qui allaient être prononcées. Le juge Jarriquez s'était assis sur un banc de pierre, et là, pendant que Minha, Benito, Manoel, Fragoso l'entouraient, tandis que Joam Dacosta retenait Yaquita sur son coeur, il reconstituait tout d'abord le dernier paragraphe du document au moyen du nombre, et, à mesure que les mots se dégageaient nettement sous le chiffre qui substituait la véritable lettre à la lettre cryptologique, il les séparait, il les ponctuait, il lisait à haute voix. Et voici ce qu'il lut au milieu de ce profond silence: -Le véritable auteur du vol des diamants et de- 43 251343251 343251 34 325 134 32513432 51 34 -Ph yjslyddqf dzxgas gz zqq ehx gkfndrxu ju gi l'assassinat des soldats qui escortaient le convoi,- 32513432513 432 5134325 134 32513432513 43 251343 -ocytdxvksbx hhu ypohdvy rym huhpuydkjox ph etozsl commis dans la nuit du vingt-deux janvier mil huit- 251343 2513 43 2513 43 251343251 3432513 432 5134 -etnpmv ffov pd pajx hy ynojyggay meqynfu qln mvly cent vingt-six, n'est donc pas Joam Dacosta, injustement- 3251 34325134 3251 3432 513 4325 1343251 34325134325 -fgsu zmqiztlb qgyu gsqe ubv nrcr edgruzb lrmxyuhqhpz condamné à mort; c'est moi, le misérable employé de- 13432513 4 3251 3432 513 43 251343251 3432513 43 -drrgcroh e pqxu fivv rpl ph onthvddqf hqsntzh hh l'administration du district diamantin; oui, moi seul,- 251343251343251 34 32513432 513432513 432 513 4325 -nfepmqkyuuexto gz gkyuumfv ijdqdpzjq syk rpl xhxq- -qui signe de mon vrai nom, Ortega.- 134 32513 43 251 3432 513 432513 -rym vkloh hh oto zvdk spp suvjhd.- Cette lecture n'avait pu être achevée, sans que d'interminables hurrahs se fussent élevés dans l'air. Quoi de plus concluant, en effet, que ce dernier paragraphe qui résumait le document tout entier, qui proclamait si absolument l'innocence du fazender d'Iquitos, qui arrachait au gibet cette victime d'une effroyable erreur judiciaire! Joam Dacosta, entouré de sa femme, de ses enfants, de ses amis, ne pouvait suffire à presser les mains qui se tendaient vers lui. Quelle que fût l'énergie de son caractère, la réaction se faisait, des larmes de joie s'échappaient de ses yeux, et en même temps son coeur reconnaissant s'élevait vers cette Providence qui venait de le sauver si miraculeusement, au moment, où il allait subir la dernière expiation, vers ce Dieu qui n'avait pas voulu laisser s'accomplir ce pire des crimes, la mort d'un juste! Oui! la justification de Joam Dacosta ne pouvait plus soulever aucun doute! Le véritable auteur de l'attentat de Tijuco avouait lui-même son crime, et il dénonçait toutes les circonstances dans lesquelles il s'était accompli! En effet, le juge Jarriquez, au moyen du nombre, venait de reconstituer toute la notice cryptogrammatique. Or, voici ce qu'avouait Ortega. Ce misérable était le collègue de Joam Dacosta, employé comme lui, à Tijuco, dans les bureaux du gouverneur de l'arrayal diamantin. Le jeune commis, désigné pour accompagner le convoi à Rio de Janeiro, ce fut lui. Ne reculant pas à cette horrible idée de s'enrichir par l'assassinat et le vol, il avait indiqué aux contrebandiers le jour exact où le convoi devait quitter Tijuco. Pendant l'attaque des malfaiteurs qui attendaient le convoi au-delà de Villa-Rica, il feignit de se défendre avec les soldats de l'escorte; puis, s'étant jeté parmi les morts, il fut emporté par ses complices, et c'est ainsi que le soldat, qui survécut seul à ce massacre, put affirmer qu'Ortega avait péri dans la lutte. Mais le vol ne devait pas profiter au criminel, et, peu de temps après, il était dépouillé à son tour par ceux qui l'avaient aidé à commettre le crime. Resté sans ressources, ne pouvant plus rentrer à Tijuco, Ortega s'enfuit dans les provinces du nord du Brésil, vers ces districts du Haut-Amazone où se trouvait la milice des «capitaës do mato». Il fallait vivre. Ortega se fit admettre dans cette peu honorable troupe. Là, on ne demandait ni qui on était, ni d'où l'on venait. Ortega se fit donc capitaine des bois, et, pendant de longues années, il exerça ce métier de chasseur d'hommes. Sur ces entrefaites, Torrès, l'aventurier, dépourvu de tout moyen d'existence, devint son compagnon. Ortega et lui se lièrent intimement. Mais, ainsi que l'avait dit Torrès, le remords vint peu à peu troubler la vie du misérable. Le souvenir de son crime lui fit horreur. Il savait qu'un autre avait été condamné à sa place! Il savait que cet autre, c'était son collègue Joam Dacosta! Il savait enfin que, si cet innocent avait pu échapper au dernier supplice, il ne cessait pas d'être sous le coup d'une condamnation capitale! Or, le hasard fit que, pendant une expédition de la milice, entreprise, il y avait quelques mois, au-delà de la frontière péruvienne, Ortega arriva aux environs d'Iquitos, et que là, dans Joam Garral, qui ne le reconnut pas, il retrouva Joam Dacosta. Ce fut alors qu'il résolut de réparer, en la mesure du possible, l'injustice dont son ancien collègue était victime. Il consigna dans un document tous les faits relatifs à l'attentat de Tijuco; mais il le fit sous la forme mystérieuse que l'on sait, son intention étant de le faire parvenir au fazender d'Iquitos avec le chiffre qui permettait de le lire. La mort n'allait pas le laisser achever cette oeuvre de réparation. Blessé grièvement dans une rencontre avec les noirs de la Madeira, Ortega se sentit perdu. Son camarade Torrès était alors près de lui. Il crut pouvoir confier à cet ami le secret qui avait si lourdement pesé sur toute son existence. Il lui remit le document écrit tout entier de sa main, en lui faisant jurer de le faire parvenir à Joam Dacosta, dont il lui donna le nom et l'adresse, et de ses lèvres s'échappa, avec son dernier soupir, ce nombre 432513, sans lequel le document devait rester absolument indéchiffrable. Ortega mort, on sait comment l'indigne Torrès s'acquitta de sa mission, comment il résolut d'utiliser à son profit le secret dont il était possesseur, comment il tenta d'en faire l'objet d'un odieux chantage. Torrès devait violemment périr avant d'avoir accompli son oeuvre, et emporter son secret avec lui. Mais ce nom d'Ortega, rapporté par Fragoso, et qui était comme la signature du document, ce nom avait enfin permis de le reconstituer, grâce à la sagacité du juge Jarriquez. Oui! c'était là la preuve matérielle tant cherchée, c'était l'incontestable témoignage de l'innocence de Joam Dacosta, rendu à la vie, rendu à l'honneur! Les hurrahs redoublèrent lorsque le digne magistrat eut, à haute voix et pour l'édification de tous, tiré du document cette terrible histoire. Et, dès ce moment, le juge Jarriquez, possesseur de l'indubitable preuve, d'accord avec le chef de la police, ne voulut pas que Joam Dacosta, en attendant les nouvelles instructions qui allaient être demandées à Rio de Janeiro, eût d'autre prison que sa propre demeure. Cela ne pouvait faire difficulté, et ce fut au milieu du concours de la population de Manao que Joam Dacosta, accompagné de tous les siens, se vit porté plutôt que conduit jusqu'à la maison du magistrat comme un triomphateur. En ce moment, l'honnête fazender d'Iquitos était bien payé de tout ce qu'il avait souffert pendant de si longues années d'exil, et, s'il en était heureux, pour sa famille plus encore que pour lui, il était non moins fier pour son pays que cette suprême injustice n'eût pas été définitivement consommée! Et, dans tout cela, que devenait Fragoso? Eh bien! l'aimable garçon était couvert de caresses! Benito, Manoel, Minha l'en accablaient, et Lina ne les lui épargnait pas! Il ne savait à qui entendre, et il se défendait de son mieux! Il n'en méritait pas tant! Le hasard seul avait tout fait! Lui devait-on même un remerciement, parce qu'il avait reconnu en Torrès un capitaine des bois? Non, assurément. Quant à l'idée qu'il avait eue d'aller rechercher la milice à laquelle Torrès avait appartenu, il ne semblait pas qu'elle pût améliorer la situation, et, quant à ce nom d'Ortega, il n'en connaissait même pas la valeur! Brave Fragoso! Qu'il le voulût ou non, il n'en avait pas moins sauvé Joam Dacosta! Mais, en cela, quelle étonnante succession d'événements divers, qui avaient tous tendu au même but: la délivrance de Fragoso, au moment où il allait mourir d'épuisement dans la forêt d'Iquitos, l'accueil hospitalier qu'il avait reçu à la fazenda, la rencontre de Torrès à la frontière brésilienne, son embarquement sur la jangada, et, enfin, cette circonstance que Fragoso l'avait déjà vu quelque part! «Eh bien, oui! finit par s'écrier Fragoso, mais ce n'est pas à moi qu'il faut rapporter tout ce bonheur, c'est à Lina! À moi! répondit la jeune mulâtresse. Eh, sans doute! sans la liane, sans l'idée de la liane, est-ce que j'aurais jamais pu faire tant d'heureux!» Si Fragoso et Lina furent fêtés, choyés par toute cette honnête famille, par les nouveaux amis que tant d'épreuves leur avaient faits à Manao, il est inutile d'y insister. Mais le juge Jarriquez, n'avait-il pas sa part, lui aussi, dans cette réhabilitation de l'innocent? Si, malgré toute la finesse de ses talents d'analyste, il n'avait pu lire ce document, absolument indéchiffrable pour quiconque n'en possédait pas la clef, n'avait-il pas du moins reconnu sur quel système cryptographique il reposait? Sans lui, qui aurait pu, avec ce nom seul d'Ortega, reconstituer le nombre que l'auteur du crime et Torrès, morts tous les deux, étaient seuls à connaître? Aussi les remerciements ne lui manquèrent-ils pas! Il va sans dire que, le jour même, partait pour Rio de Janeiro un rapport détaillé sur toute cette affaire, auquel était joint le document original, avec le chiffre qui permettait de le lire. Il fallait attendre que de nouvelles instructions fussent envoyées du ministère au juge de droit, et nul doute qu'elles n'ordonnassent l'élargissement immédiat du prisonnier. C'était quelques jours à passer encore à Manao; puis, Joam Dacosta et les siens, libres de toute contrainte, dégagés de toute inquiétude, prendraient congé de leur hôte, se rembarqueraient, et continueraient à descendre l'Amazone jusqu'au Para, où le voyage devait se terminer par la double union de Minha et de Manoel, de Lina et de Fragoso, conformément au programme arrêté avant le départ. Quatre jours après, le 4 septembre, arrivait l'ordre de mise en liberté. Le document avait été reconnu authentique. L'écriture en était bien celle de cet Ortega, l'ancien employé du district diamantin, et il n'était pas douteux que l'aveu de son crime, avec les plus minutieux détails qu'il en donnait, n'eût été entièrement écrit de sa main. L'innocence du condamné de Villa-Rica était enfin admise. La réhabilitation de Joam Dacosta était judiciairement reconnue. Le jour même, le juge Jarriquez dînait avec la famille à bord de la jangada, et, le soir venu, toutes les mains pressaient les siennes. Ce furent de touchants adieux; mais ils comportaient l'engagement de se revoir à Manao, au retour, et, plus tard, à la fazenda d'Iquitos. Le lendemain matin, 5 septembre, au lever du soleil, le signal du départ fut donné. Joam Dacosta, Yaquita, leur fille, leurs fils, tous étaient sur le pont de l'énorme train. La jangada, démarrée, commença à prendre le fil du courant, et, lorsqu'elle disparut au tournant du rio Negro, les hurrahs de toute la population, pressée sur la rive, retentissaient encore. CHAPITRE VINGTIÈME LE BAS-AMAZONE Que dire maintenant de cette seconde partie du voyage qui allait s'accomplir sur le cours du grand fleuve? Ce ne fut qu'une suite de jours heureux pour l'honnête famille. Joam Dacosta revivait d'une vie nouvelle, qui rayonnait sur tous les siens. La jangada dériva plus rapidement alors sur ces eaux encore gonflées par la crue. Elle laissa sur la gauche le petit village de Don Jose de Maturi, et, sur la droite, l'embouchure de cette Madeira, qui doit son nom à la flottille d'épaves végétales, à ces trains de troncs dénudés ou verdoyants qu'elle apporte du fond de la Bolivie. Elle passa au milieu de l'archipel Caniny, dont les îlots sont de véritables caisses à palmiers, devant le hameau de Serpa, qui, successivement transporté d'une rive à l'autre, a définitivement assis sur la gauche du fleuve ses maisonnettes, dont le seuil repose sur le tapis jaune de la grève. Le village de Silves, bâti sur la gauche de l'Amazone, la bourgade de Villa-Bella, qui est le grand marché de guarana de toute la province, restèrent bientôt en arrière du long train de bois. Ainsi fut-il du village de Faro et de sa célèbre rivière de Nhamundas, sur laquelle, en 1539, Orellana prétendit avoir été attaqué par des femmes guerrières qu'on n'a jamais revues depuis cette époque, légende qui a suffi pour justifier le nom immortel du fleuve des Amazones. Là finit la vaste province du Rio Negro. Là commence la juridiction du Para, et, ce jour même, 22 septembre, la famille, émerveillée des magnificences d'une vallée sans égale, entrait dans cette portion de l'empire brésilien, qui n'a d'autre borne à l'est que l'Atlantique. «Que cela est magnifique! disait sans cesse la jeune fille. --Que c'est long! murmurait Manoel. --Que c'est beau! répétait Lina. --Quand serons-nous donc arrivés!» murmurait Fragoso. Le moyen de s'entendre, s'il vous plaît, en un tel désaccord de points de vue! Mais, enfin, le temps s'écoulait gaiement, et Benito, ni patient, ni impatient, lui, avait recouvré toute sa bonne humeur d'autrefois. Bientôt la jangada se glissa entre d'interminables plantations de cacaotiers d'un vert sombre, sur lequel tranchait le jaune des chaumes ou le rouge des tuiles, qui coiffaient les buttes des exploitants des deux rives, depuis Obidos jusqu'à la bourgade de Monte-Alegre. Puis s'ouvrit l'embouchure du rio Trombetas, baignant de ses eaux noires les maisons d'Obidos, une vraie petite ville et même une «citade», avec de larges rues bordées de jolies habitations, important entrepôt du produit des cacaotiers, qui ne se trouve plus qu'à cent quatre-vingts grands milles de Bélem. On vit alors le confluent de Tapajoz, aux eaux d'un Vert gris, descendues du sud-ouest; puis Santarem, riche bourgade, où l'on ne compte pas moins de cinq mille habitants, Indiens pour la plupart, et dont les premières maisons reposaient sur de vastes grèves de sable blanc. Depuis son départ de Manao, la jangada ne s'arrêtait plus en descendant le cours moins encombré de l'Amazone. Elle dérivait jour et nuit sous l'oeil vigilant de son adroit pilote. Plus de haltes, ni pour l'agrément des passagers, ni pour les besoins du commerce. On allait toujours, et le but approchait rapidement. À partir d'Alemquer, située sur la rive gauche, un nouvel horizon se dessina aux regards. Au lieu des rideaux de forêts qui l'avaient fermé jusqu'alors, ce furent, au premier plan, des collines, dont l'oeil pouvait suivre les molles ondulations, et, en arrière, la cime indécise de véritables montagnes, se dentelant sur le fond lointain du ciel. Ni Yaquita, ni sa fille, ni Lina, ni la vieille Cybèle n'avaient encore rien vu de pareil. Mais, dans cette juridiction du Para, Manoel était chez lui. Il pouvait donner un nom à cette double chaîne, qui rétrécissait peu à peu la vallée du grand fleuve. «À droite, dit-il, c'est la sierra de Paruacarta, qui s'arrondit en demi-cercle vers le sud! À gauche, c'est la sierra de Curuva, dont nous aurons bientôt dépassé les derniers contreforts! --Alors on approche? répétait Fragoso. --On approche!» répondait Manoel. Et les deux fiancés se comprenaient sans doute, car un même petit hochement de tête, on ne peut plus significatif, accompagnait la demande et la réponse. Enfin, malgré les marées qui, depuis Obidos, commençaient à se faire sentir et retardaient quelque peu la dérive de la jangada, la bourgade de Monte-Alegre fut dépassée, puis celle de Praynha de Onteiro, puis l'embouchure du Xingu, fréquentée par ces Indiens Yurumas, dont la principale industrie consiste à préparer les têtes de leurs ennemis pour les cabinets d'histoire naturelle. Sur quelle largeur superbe se développait alors l'Amazone, et comme on pressentait déjà que ce roi des fleuves allait bientôt s'évaser comme une mer! Des herbes, hautes de huit à dix pieds, hérissaient ses plages, en les bordant d'une forêt de roseaux. Porto de Mos, Boa-Vista, Gurupa dont la prospérité est en décroissance, ne furent bientôt plus que des points laissés en arrière. Là, le fleuve se divisait en deux bras importants qu'il tendait vers l'Atlantique: l'un courait au nord-est, l'autre s'enfonçait vers l'est, et, entre eux, se développait la grande île de Marajo. C'est toute une province que cette île. Elle ne mesure pas moins de cent quatre-vingts lieues de tour. Diversement coupée de marais et de rios, toute en savanes à l'est, toute en forêts à l'ouest, elle offre de véritables avantages pour l'élevage des bestiaux qu'elle compte par milliers. Cet immense barrage de Marajo est l'obstacle naturel qui a forcé l'Amazone à se dédoubler avant d'aller précipiter ses torrents d'eaux à la mer. À suivre le bras supérieur, la jangada, après avoir dépassé les îles Caviana et Mexiana, aurait trouvé une embouchure large de cinquante lieues; mais elle eût aussi rencontré la barre de «prororoca», ce terrible mascaret, qui, pendant les trois jours précédant la nouvelle ou la pleine lune, n'emploie que deux minutes, au lieu de six heures, à faire marner le fleuve de douze à quinze pieds au-dessus de son étiage. C'est donc là un véritable raz de marée, redoutable entre tous. Très heureusement, le bras inférieur, connu sous le nom de canal des Brèves, qui est le bras naturel du Para, n'est pas soumis aux éventualités de ce terrible phénomène, mais bien à des marées d'une marche plus régulière. Le pilote Araujo le connaissait parfaitement. Il s'y engagea donc, au milieu de forêts magnifiques, longeant çà et là quelques îles couvertes de gros palmiers muritis, et le temps était si beau qu'on n'avait même pas à redouter ces coups de tempête qui balayent parfois tout ce canal des Brèves. La jangada passa, quelques jours après, devant le village de ce nom, qui bien que bâti sur des terrains inondés pendant plusieurs mois de l'année, est devenu, depuis 1845, une importante ville de cent maisons. Au milieu de cette contrée fréquentée par les Tapuyas, ces Indiens du Bas-Amazone se confondent de plus en plus avec les populations blanches, et leur race finira par s'y absorber. Cependant la jangada descendait toujours. Ici, elle rasait, au risque de s'y accrocher, ces griffes de mangliers, dont les racines s'étendaient sur les eaux comme les pattes de gigantesques crustacés; là, le tronc lisse des palétuviers au feuillage vert pale, servait de point d'appui aux longues gaffes de l'équipe, qui la renvoyaient au fil du courant. Puis ce fut l'embouchure du Tocantins, dont les eaux, dues aux divers rios de la province de Goyaz, se mêlent à celles de l'Amazone par une large embouchure; puis le Moju, puis la bourgade de Santa-Ana. Tout ce panorama des deux rives se déplaçait majestueusement, sans aucun temps d'arrêt, comme si quelque ingénieux mécanisme l'eût obligé à se dérouler d'aval en amont. Déjà de nombreuses embarcations qui descendaient le fleuve, ubas, égariteas, vigilindas, pirogues de toutes formes, petits et moyens caboteurs des parages inférieurs de l'Amazone et du littoral de l'Atlantique, faisaient cortège à la jangada, semblables aux chaloupes de quelque monstrueux vaisseau de guerre. Enfin apparut sur la gauche Santa-Maria de Bélem do Para, la «ville», comme on dit dans le pays, avec les pittoresques rangées de ses maisons blanches à plusieurs étages, ses convents enfouis sous les palmiers, les clochers de sa cathédrale et de Nostra-Señora de Merced, la flottille de ses goélettes, bricks et trois-mâts, qui la relient commercialement avec l'ancien monde. Le coeur des passagers de la jangada leur battait fort. Ils touchaient enfin au terme de ce voyage qu'ils avaient cru ne pouvoir plus atteindre. Lorsque l'arrestation de Joam Dacosta les retenait encore à Manao, c'est-à-dire à mi-chemin de leur itinéraire, pouvaient-ils espérer de jamais voir la capitale de cette province du Para? Ce fut dans cette journée du 15 octobre,--quatre mois et demi après avoir quitté la fazenda d'Iquitos--, que Bélem leur apparut à un brusque tournant du fleuve. L'arrivée de la jangada était signalée depuis plusieurs jours. Toute la ville connaissait l'histoire de Joam Dacosta. On l'attendait, cet honnête homme! On réservait le plus sympathique accueil aux siens et à lui! Aussi des centaines d'embarcations vinrent-elles au-devant du fazender, et bientôt la jangada fut envahie par tous ceux qui voulaient fêter le retour de leur compatriote, après un si long exil. Des milliers de curieux,--il serait plus juste de dire des milliers d'amis--, se pressaient sur le village flottant, bien avant qu'il eût atteint son poste d'amarrage; mais il était assez vaste et assez solide pour porter toute une population. Et parmi ceux qui s'empressaient ainsi, une des premières pirogues avait amené Mme Valdez. La mère de Manoel pouvait enfin presser dans ses bras la nouvelle fille que son fils lui avait choisie. Si la bonne dame n'avait pu se rendre à Iquitos, n'était-ce pas comme un morceau de la fazenda que l'Amazone lui apportait avec sa nouvelle famille? Avant le soir, le pilote Araujo avait solidement amarré la jangada au fond d'une anse, derrière la pointe de l'arsenal. Là devait être son dernier lieu de mouillage, sa dernière halte, après huit cents lieues de dérive sur la grande artère brésilienne. Là, les carbets des Indiens, les cases des noirs, les magasins qui renfermaient une cargaison précieuse, seraient peu à peu démolis; puis, l'habitation principale, enfouie sous sa verdoyante tapisserie de feuillage et de fleurs, disparaîtrait à son tour; puis, enfin, la petite chapelle, dont la modeste cloche répondait alors aux éclatantes sonneries des églises de Bélem. Mais, auparavant, une cérémonie allait s'accomplir sur la jangada même: le mariage de Manoel et de Minha, le mariage de Lina et de Fragoso. Au padre Passanha appartenait de célébrer cette double union, qui promettait d'être si heureuse. Ce serait dans la petite chapelle que les époux recevraient de ses mains la bénédiction nuptiale. Si, trop étroite, elle ne pouvait contenir que les seuls membres de la famille Dacosta, l'immense jangada n'était-elle pas là pour recevoir tous ceux qui voulaient assister à cette cérémonie, et si elle-même ne suffisait pas encore, tant l'affluence devait être grande, le fleuve n'offrait-il pas les gradins de son immense berge à cette foule sympathique, désireuse de fêter celui qu'une éclatante réparation venait de faire le héros du jour? Ce fut le lendemain, 16 octobre, que les deux mariages furent célébrés en grande pompe. Dès les dix heures du matin, par une journée magnifique, la jangada recevait la foule des assistants. Sur la rive, on pouvait voir presque toute la population de Bélem qui se pressait dans ses habits de fête. À la surface du fleuve, les embarcations, chargées de visiteurs, se tenaient en abord de l'énorme train de bois, et les eaux de l'Amazone disparaissaient littéralement sous cette flottille jusqu'à la rive gauche du fleuve. Lorsque la cloche de la chapelle tinta son premier coup, ce fut comme un signal de joie pour les oreilles et pour les yeux. En un instant, les églises de Bélem répondirent au clocher de la jangada. Les bâtiments du port se pavoisèrent jusqu'en tête des mâts, et les couleurs brésiliennes furent saluées par les pavillons nationaux des autres pays. Les décharges de mousqueterie éclatèrent de toutes parts, et ce n'était pas sans peine que ces joyeuses détonations pouvaient rivaliser avec les violents hurrahs qui s'échappaient par milliers dans les airs! La famille Dacosta sortit alors de l'habitation, et se dirigea à travers la foule vers la petite chapelle. Joam Dacosta fut accueilli par des applaudissements frénétiques. Il donnait le bras à Mme Valdez. Yaquita était conduite par le gouverneur de Bélem, qui, accompagné des camarades du jeune médecin militaire, avait voulu honorer de sa présence la cérémonie du mariage. Lui, Manoel, marchait près de Minha, charmante dans sa fraîche toilette de mariée; puis venait Fragoso, tenant par la main Lina toute rayonnante; suivaient enfin Benito, la vieille Cybèle, les serviteurs de l'honnête famille, entre la double rangée du personnel de la jangada. Le padre Passanha attendait les deux couples à l'entrée de la chapelle. La cérémonie s'accomplit simplement, et les mêmes mains qui avaient autrefois béni Joam et Yaquita, se tendirent, cette fois encore, pour donner la bénédiction nuptiale à leurs enfants. Tant de bonheur ne devait pas être altéré par le chagrin des longues séparations. En effet, Manoel Valdez n'allait pas tarder à donner sa démission pour rejoindre toute la famille à Iquitos, où il trouverait à exercer utilement sa profession comme médecin civil. Naturellement, le couple Fragoso ne pouvait hésiter a suivre ceux qui étaient pour lui plutôt des amis que des maîtres. Mme Valdez n'avait pas voulu séparer tout cet honnête petit monde; mais elle y avait mis une condition: c'était qu'on vînt souvent la voir à Bélem. Rien ne serait plus facile. Le grand fleuve n'était-il pas là comme un lien de communication qui ne devait plus se rompre entre Iquitos et Bélem? En effet, dans quelques jours, le premier paquebot allait commencer son service régulier et rapide, et il ne mettrait qu'une semaine à remonter cette Amazone que la jangada avait mis tant de mois à descendre. L'importante opération commerciale, bien menée par Benito, s'acheva dans les meilleures conditions, et bientôt de ce qu'avait été cette jangada,--c'est-à-dire un train de bois formé de toute une forêt d'Iquitos--, il ne resta plus rien. Puis, un mois après, le fazender, sa femme, son fils, Manoel et Minha Valdez, Lina et Fragoso, repartirent par l'un des paquebots de l'Amazone pour revenir au vaste établissement d'Iquitos, dont Benito allait prendre la direction. Joam Dacosta y rentra la tête haute, cette fois, et ce fut toute une famille d'heureux qu'il ramena au-delà de la frontière brésilienne! Quant à Fragoso, vingt fois par jour on l'entendait répéter: «Hein! sans la liane!» Et il finit même par donner ce joli nom à la jeune mulâtresse, qui le justifiait bien par sa tendresse pour ce brave garçon. «À une lettre près, disait-il! Lina, Liane, n'est-ce pas la même chose?» 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 51 52 53 54 55 56 57 58 59 60 61 62 63 64 65 66 67 68 69 70 71 72 73 74 75 76 77 78 79 80 81 82 83 84 85 86 87 88 89 90 91 92 93 94 95 96 97 98 99 100 101 102 103 104 105 106 107 108 109 110 111 112 113 114 115 116 117 118 119 120 121 122 123 124 125 126 127 128 129 130 131 132 133 134 135 136 137 138 139 140 141 142 143 144 145 146 147 148 149 150 151 152 153 154 155 156 157 158 159 160 161 162 163 164 165 166 167 168 169 170 171 172 173 174 175 176 177 178 179 180 181 182 183 184 185 186 187 188 189 190 191 192 193 194 195 196 197 198 199 200 201 202 203 204 205 206 207 208 209 210 211 212 213 214 215 216 217 218 219 220 221 222 223 224 225 226 227 228 229 230 231 232 233 234 235 236 237 238 239 240 241 242 243 244 245 246 247 248 249 250 251 252 253 254 255 256 257 258 259 260 261 262 263 264 265 266 267 268 269 270 271 272 273 274 275 276 277 278 279 280 281 282 283 284 285 286 287 288 289 290 291 292 293 294 295 296 297 298 299 300 301 302 303 304 305 306 307 308 309 310 311 312 313 314 315 316 317 318 319 320 321 322 323 324 325 326 327 328 329 330 331 332 333 334 335 336 337 338 339 340 341 342 343 344 345 346 347 348 349 350 351 352 353 354 355 356 357 358 359 360 361 362 363 364 365 366 367 368 369 370 371 372 373 374 375 376 377 378 379 380 381 382 383 384 385 386 387 388 389 390 391 392 393 394 395 396 397 398 399 400 401 402 403 404 405 406 407 408 409 410 411 412 413 414 415 416 417 418 419 420 421 422 423 424 425 426 427 428 429 430 431 432 433 434 435 436 437 438 439 440 441 442 443 444 445 446 447 448 449 450 451 452 453 454 455 456 457 458 459 460 461 462 463 464 465 466 467 468 469 470 471 472 473 474 475 476 477 478 479 480 481 482 483 484 485 486 487 488 489 490 491 492 493 494 495 496 497 498 499 500 501 502 503 504 505 506 507 508 509 510 511 512 513 514 515 516 517 518 519 520 521 522 523 524 525 526 527 528 529 530 531 532 533 534 535 536 537 538 539 540 541 542 543 544 545 546 547 548 549 550 551 552 553 554 555 556 557 558 559 560 561 562 563 564 565 566 567 568 569 570 571 572 573 574 575 576 577 578 579 580 581 582 583 584 585 586 587 588 589 590 591 592 593 594 595 596 597 598 599 600 601 602 603 604 605 606 607 608 609 610 611 612 613 614 615 616 617 618 619 620 621 622 623 624 625 626 627 628 629 630 631 632 633 634 635 636 637 638 639 640 641 642 643 644 645 646 647 648 649 650 651 652 653 654 655 656 657 658 659 660 661 662 663 664 665 666 667 668 669 670 671 672 673 674 675 676 677 678 679 680 681 682 683 684 685 686 687 688 689 690 691 692 693 694 695 696 697 698 699 700 701 702 703 704 705 706 707 708 709 710 711 712 713 714 715 716 717 718 719 720 721 722 723 724 725 726 727 728 729 730 731 732 733 734 735 736 737 738 739 740 741 742 743 744 745 746 747 748 749 750 751 752 753 754 755 756 757 758 759 760 761 762 763 764 765 766 767 768 769 770 771 772 773 774 775 776 777 778 779 780 781 782 783 784 785 786 787 788 789 790 791 792 793 794 795 796 797 798 799 800 801 802 803 804