portait le nom de Tawai-Pounamou.
[Illustration: Une fia-toka. (-Fac-simile. Gravure ancienne.-)]
[Illustration: Une famille néo-zélandaise. (-Fac-simile. Gravure
ancienne.-)]
La côte était le plus souvent stérile et ne paraissait pas habitée. Au
reste, il fallut presque toujours se tenir à quatre ou cinq lieues du
rivage.
Dans la nuit du 9 mars, l’-Endeavour- passa sur quelques rochers, et
l’on reconnut, au matin, qu’il avait couru les plus grands dangers.
On donna le nom de «Pièges» à ces récifs, qui semblent placés pour
surprendre les navigateurs trop confiants.
Le même jour, Cook reconnut ce qui lui parut être l’extrémité
méridionale de la Nouvelle-Zélande, et l’appela cap Sud. C’était la
pointe de l’île Steward. Les grosses lames venant du sud-ouest, qui
frappèrent le bâtiment, tandis qu’il doublait ce cap, convainquirent
le capitaine Cook qu’il n’y avait pas de terre dans cette direction.
Aussi reprit-il la route du nord pour achever, par la rive occidentale,
le périple de la Nouvelle-Zélande.
Presque à l’extrémité méridionale de cette côte, on découvrit une baie
à laquelle fut donné le nom de Dusky. Cette région était stérile,
escarpée, couverte de neige. Mesurant à son entrée trois ou quatre
milles, la baie Dusky, qui semblait être aussi profonde que large,
renfermait plusieurs îles, derrière lesquelles un navire aurait trouvé,
sans doute, un excellent abri. Mais Cook crut prudent de ne pas s’y
arrêter, sachant que le vent nécessaire pour sortir ne souffle qu’une
fois par mois dans ces parages. Il ne fut pas d’accord, en cette
circonstance, avec plusieurs de ses officiers, qui, ne considérant que
l’avantage présent, ne songeaient pas aux inconvénients d’une relâche
dont on ne pouvait prévoir la durée.
Aucun incident ne marqua la reconnaissance du rivage occidental de
Tawai-Pounamou.
«Depuis la baie Dusky, dit Cook, jusqu’à 44° 20′ de latitude, il y a
une chaîne étroite de collines qui s’élèvent directement de la mer et
qui sont couvertes de forêts. Derrière et tout près de ces collines,
on voit des montagnes qui forment une autre chaîne d’une élévation
prodigieuse et qui est composée de rochers entièrement stériles
et dépouillés, excepté dans les endroits où ils sont couverts de
neige, qu’on aperçoit sur la plupart en grandes masses.... Il n’est
pas possible d’imaginer une perspective plus sauvage, plus brute et
plus effrayante que celle de ce pays, lorsqu’on le contemple de la
mer, car, dans toute la portée de la vue, on n’aperçoit rien que les
sommets des rochers, qui sont si près les uns des autres, qu’au lieu
de vallées, il n’y a que des fissures entre eux.»
De 44° 20′ jusqu’à 42° 81′, l’aspect change; les montagnes s’enfoncent
dans l’intérieur; la mer est bordée de collines et de vallées fertiles.
De 42° 8′ jusqu’à 41° 30′, il n’y a qu’une côte, qui surgit
verticalement de la mer et que coiffent de sombres forêts. D’ailleurs,
l’-Endeavour- se tint trop loin du rivage, et le temps était trop
sombre pour qu’on pût distinguer les particularités du littoral. Après
avoir ainsi achevé le tour du pays, le navire regagna l’entrée de la
Reine-Charlotte.
Cook fit là provision d’eau et de bois; puis, il résolut de regagner
l’Angleterre, en suivant la route qui lui permettrait de mieux remplir
l’objet de son voyage. A son grand regret, car il aurait voulu décider
s’il existe ou non un continent austral; il lui était aussi impossible
de rentrer en Europe par le cap Horn que par le cap de Bonne-Espérance.
Au milieu de l’hiver, sous une latitude très méridionale, son bâtiment
n’était pas en état de mener à bonne fin cette entreprise. Il n’y
avait donc pas d’autre parti à prendre que de faire route par les
Indes-Orientales, et, dans ce but, de gouverner à l’ouest jusqu’à la
côte orientale de la Nouvelle-Hollande.
Mais, avant de raconter les péripéties de cette seconde partie de la
campagne, il est bon de jeter un regard en arrière, et de résumer les
observations que les voyageurs avaient recueillies sur la situation,
les productions et les habitants de la Nouvelle-Zélande.
Dans le volume précédent, on a vu que ce pays avait été découvert par
Abel Tasman, et nous avons rapporté les incidents qui en avaient marqué
d’un trait de sang la reconnaissance par le capitaine hollandais.
Jamais la Nouvelle-Zélande, sauf les côtes vues par Tasman en 1642,
n’avait été visitée par un navire européen. Elle était à ce point
inconnue, qu’on ne savait si elle ne faisait pas partie du continent
austral, ainsi que le croyait Tasman, qui lui avait donné le nom de
Terre des États. A Cook appartenait la gloire de déterminer la position
et de relever les côtes de ces deux grandes îles, situées entre 34° et
48° de latitude sud et 180° et 194° de longitude ouest.
Tawai-Pounamou était montueuse, stérile, et ne semblait que très
peu peuplée. Eaheinomauwe présentait un aspect plus engageant, des
collines, des montagnes et des vallées couvertes de bois, arrosées
par de gais ruisseaux. D’après les remarques faites par MM. Banks
et Solander, sur le climat et le sol, Cook formulait ainsi ses
conclusions, que les événements devaient confirmer: «Que, si les
Européens formaient un établissement dans ce pays, il leur en coûterait
peu de soins et de travaux pour y faire croître, en grande abondance,
tout ce dont on a besoin.»
En fait de quadrupèdes, la Nouvelle-Zélande ne nourrissait que des rats
et des chiens, ces derniers réservés pour la table. Mais si la faune
était pauvre, la flore semblait fort riche. Parmi les végétaux qui
frappèrent le plus vivement les Anglais, voici ce que dit la relation:
«Les habitants se servent, en guise de chanvre et de lin, d’une
plante qui surpasse toutes celles qu’on emploie aux mêmes usages dans
les autres pays.... L’habillement ordinaire des Néo-Zélandais est
composé de feuilles de cette plante sans beaucoup de préparations;
ils en fabriquent d’ailleurs leurs cordons, leurs lignes et leurs
cordages, qui sont beaucoup plus forts que tous ceux qu’on fait avec
du chanvre et auxquels ils ne peuvent être comparés. Ils tirent de la
même plante, préparée d’une autre manière, de longues fibres minces,
luisantes comme de la soie et aussi blanches que de la neige; ils
manufacturent leurs plus belles étoffes avec ces fibres, qui sont
aussi d’une force surprenante. Leurs filets, d’une grandeur énorme,
sont formés de ces feuilles; tout le travail consiste à les couper en
bandes de largeur convenable, qu’on noue ensemble.»
Cette plante merveilleuse, de laquelle on s’était tellement engoué,
après la description lyrique qu’on vient de lire et celle non
moins enthousiaste qu’en devait faire quelques années plus tard La
Billardière, est aujourd’hui connue sous le nom de «phormium tenax».
En effet, il a fallu rabattre des espérances que ces récits avaient
fait naître! Suivant l’opinion de l’éminent chimiste Duchartre,
l’action prolongée de la chaleur humide et surtout le blanchissage
désagrègent en peu de temps les cellules de cette plante, et, après
un ou deux lessivages, les tissus qui en sont fabriqués se réduisent
en étoupe. Cependant, elle donne lieu à un commerce d’exportation
considérable. M. Al. Kennedy, dans son très curieux ouvrage sur la
Nouvelle-Zélande, nous apprend que si, en 1865, on n’exportait que
quinze balles de phormium, quatre ans plus tard, ce qui est presque
invraisemblable, ce chiffre s’était élevé à 12,162 balles, pour monter,
en 1870, à 32,820 balles, dont la valeur était de 132,578 livres
sterling.
Quant aux habitants, grands et bien proportionnés, ils étaient alertes,
vigoureux et très adroits. Les femmes n’avaient pas cette délicatesse
d’organes, cette gracilité de formes qui les distinguent dans tout
autre pays. Vêtues de la même façon que les hommes, on ne pouvait les
reconnaître qu’à la douceur de leur voix et à la vivacité de leur
physionomie. Si les naturels d’une même tribu avaient entre eux les
relations les plus affectueuses, implacables envers leurs ennemis,
ils ne leur faisaient pas de quartier, et les cadavres servaient à
d’horribles festins, que le défaut de nourriture animale explique sans
les excuser.
«Peut-être, dit Cook, paraîtra-t-il étrange qu’il y ait des guerres
fréquentes dans un pays où il y a si peu d’avantages à obtenir la
victoire.»
Mais, outre la nécessité de se procurer de la viande, qui amène la
fréquence de ces guerres, ce qu’ignorait Cook, c’est que la population
était partagée en deux races distinctes, naturellement ennemies.
D’anciennes traditions rapportent que les Maoris sont venus, il y a
environ treize cents ans, des îles Sandwich. On a lieu de les croire
exactes, si l’on réfléchit que cette belle race polynésienne a peuplé
tous les archipels semés sur cette immense partie de l’océan Pacifique.
Partis de l’île Haouaïki, qui serait l’Havaï des îles Sandwich ou la
Saouaï de l’archipel des Navigateurs, les Maoris auraient refoulé ou
presque détruit la race autochtone.
En effet, les premiers colons ont observé chez les indigènes de la
Nouvelle-Zélande deux types parfaitement distincts; l’un, le plus
important, rappelait, à ne pouvoir s’y méprendre, les naturels des
Havaï, des Marquises, des Tonga, tandis que l’autre offrait la plus
grande ressemblance avec la race mélanésienne. Ces informations,
recueillies par Freycinet, et plus récemment confirmées par
Hochstetter, sont en parfait accord avec ce fait curieux, rapporté par
Cook, que Tupia, originaire de Taïti, put se faire comprendre sans
difficulté des Néo-Zélandais.
Les migrations des Polynésiens sont aujourd’hui bien connues, grâce
aux progrès de la linguistique et de l’anthropologie; mais elles
n’étaient que soupçonnées du temps de Cook, qui fut l’un des premiers à
recueillir les légendes relatives à ce sujet.
«Chacun de ces peuples, dit-il, croit par tradition que ses pères
vinrent, il y a longtemps, d’un autre pays, et ils pensent tous,
d’après cette même tradition, que ce pays s’appelait Heawise.»
Le sol ne nourrissait, à cette époque, aucun autre quadrupède que
le chien; encore avait-il dû être importé. Aussi les Néo-Zélandais
n’avaient-ils guère pour subsistance quotidienne que des végétaux
et certains volatiles, en petit nombre, qui restèrent inconnus aux
Anglais. Heureusement, les côtes étaient excessivement poissonneuses,
ce qui permettait aux habitants de ne pas mourir de faim.
Accoutumés à la guerre et regardant tout étranger comme un ennemi,
ne voyant peut-être en lui qu’un animal de boucherie, les indigènes
étaient tout naturellement portés à attaquer les Anglais. Mais, dès
qu’ils eurent été bien convaincus de la faiblesse de leurs moyens et de
la puissance de leurs adversaires dès qu’ils se furent rendu compte que
l’on évitait, le plus possible, de se servir des engins de mort dont
ils avaient vu les terribles effets, ils traitèrent les navigateurs en
amis, et se conduisirent toujours avec une loyauté qui n’était pas sans
surprendre.
Si les insulaires, que les navigateurs avaient fréquentés jusqu’alors,
n’avaient aucune idée de la décence et de la pudeur, il n’en était pas
de même des Néo-Zélandais, et Cook en donne plus d’une preuve curieuse.
Sans être aussi propres que les habitants de Taïti, dont le climat
est beaucoup plus chaud, sans se baigner aussi souvent, cependant,
ils avaient soin de leur personne, et faisaient preuve d’une certaine
coquetterie. C’est ainsi qu’ils oignaient leur chevelure avec une huile
ou graisse de poisson et d’oiseau, qui, devenue rance en peu de temps,
les rendait presque aussi désagréables à l’odorat que des Hottentots.
Ils avaient l’habitude de se tatouer, et certains de ces tatouages
dénotaient, en même temps qu’une habileté de main prodigieuse, un goût
qu’on ne s’attendait pas à rencontrer chez ces populations primitives.
A leur grande surprise, les Anglais constatèrent que les femmes
donnaient moins d’attention à leur toilette que les hommes. Leurs
cheveux étaient coupés court, sans ornements, et elles portaient
les mêmes vêtements que leurs maris. Pour toute coquetterie, elles
se passaient dans les oreilles les choses les plus extraordinaires,
étoffes, plumes, os de poisson, morceaux de bois, sans compter qu’elles
y suspendaient, au moyen d’un cordon, des aiguilles en talc vert, des
ongles ou des dents de leurs parents défunts, et généralement tous les
objets qu’elles pouvaient se procurer.
Ceci rappelle une aventure, arrivée à une Taïtienne, que Cook rapporte
dans sa relation. Envieuse de tous les objets qu’elle voyait, cette
femme voulut se faire passer un cadenas dans le lobe de l’oreille. On
y consentit, puis, devant elle, on jeta la clé à la mer. Au bout d’un
certain temps, soit qu’elle fût gênée par le poids de ce singulier
ornement, soit qu’elle voulût le remplacer par un autre, elle demanda
à plusieurs reprises qu’on le lui enlevât. En lui refusant d’accéder à
ce désir, on lui fit comprendre que sa demande avait été indiscrète, et
que, puisqu’elle avait désiré ce singulier pendant d’oreille, il était
juste qu’elle en supportât les inconvénients.
Quant aux vêtements des Zélandais, ils ne consistaient qu’en une
première pièce d’étoffe, tenant le milieu entre le roseau et le drap,
attachée aux épaules et pendant sur les genoux, et en une seconde
enroulée autour de la ceinture, qui descendait jusqu’à terre. Cette
dernière partie de leur costume n’était pas d’un usage habituel. Aussi,
lorsqu’ils n’avaient que la partie supérieure de cet habillement et
qu’ils s’accroupissaient, ils ressemblaient à une maison couverte de
chaume. Ces sortes de couvertures étaient quelquefois décorées d’une
façon très élégante, au moyen de franges de diverses couleurs, et, plus
rarement, de fourrure de chien, découpée par bandes.
C’était surtout la construction de leurs pirogues qui marquait
l’industrie de ces peuples. Les embarcations de guerre pouvaient porter
de quarante à cinquante hommes armés, et l’une d’elles, qui fut mesurée
à Ulaga, n’avait pas moins de soixante-huit pieds de long. Elles
étaient magnifiquement décorées d’ouvrages à jour et garnies de franges
flottantes en plumes noires. Ce sont ordinairement les plus petites qui
ont des balanciers. Il arrive aussi quelquefois que deux pirogues sont
jointes ensemble. Quant aux embarcations de pêche, elles étaient ornées
à la proue et à la poupe d’une figure d’homme grimaçante, au visage
hideux, à la langue pendante, aux yeux formés de deux coquillages
blancs. Souvent deux pirogues étaient accouplées, et les plus petites
portaient seules des balanciers destinés à assurer leur équilibre.
«Comme l’intempérance et le défaut d’exercice sont peut-être l’unique
principe des maladies, dit Cook, il ne paraîtra pas surprenant que
ces peuples jouissent sans interruption d’une santé parfaite. Toutes
les fois que nous sommes allés dans leurs bourgs, les enfants et
les vieillards, les hommes et les femmes se rassemblaient autour de
nous, excités par la même curiosité qui nous portait à les regarder;
nous n’en avons jamais aperçu un seul qui parût affecté de quelque
maladie, et, parmi ceux que nous avons vus entièrement nus, nous
n’avons jamais remarqué la plus légère éruption sur la peau, ni
aucune trace de pustules ou de boutons.»
II
Reconnaissance de la côte orientale de l’Australie.
--Observations sur les naturels et les productions de la
contrée.--Échouage de l’-Endeavour-.--Dangers continuels de la
navigation.--Traversée du détroit de Torrès.--Les indigènes de
la Nouvelle-Guinée.--Retour en Angleterre.
Ce fut le 31 mars 1770 que Cook quitta le cap Farewell et la
Nouvelle-Zélande, pour faire route à l’ouest. Le 19 avril, il aperçut
une terre qui s’étendait du nord-est à l’ouest par 37° 58′ de latitude
sud et 210° 39′ de longitude ouest. C’était, suivant lui, d’après la
carte de Tasman, le pays appelé par ce navigateur Terre de Van-Diemen.
En tout cas, il ne lui fut pas loisible de vérifier si la partie de la
côte qu’il avait devant lui se rattachait à la Tasmanie. En remontant
vers le nord, il en nomma tous les accidents: pointe de Hicks,
Ram-head, cap Howe, mont Dromadaire, pointe Upright, Pigeon-House, etc.
Cette portion de l’Australie était montagneuse et couverte d’arbres
espacés. Quelques fumées indiquaient que le littoral était habité; mais
la population, assez clairsemée, d’ailleurs, n’eut rien de plus pressé
que de s’enfuir, aussitôt que les Anglais se préparèrent à débarquer.
Les premiers naturels qui furent aperçus étaient armés de longues
piques et d’une pièce de bois dont la forme ressemblait assez à celle
d’un cimeterre. C’était le fameux «boomerang», arme de jet si terrible
dans la main des indigènes, si inoffensive entre celles des Européens.
Le visage de ces sauvages semblait être couvert d’une poudre blanche;
leur corps était zébré de larges raies de la même couleur, qui, passant
obliquement sur la poitrine, ressemblaient aux bandoulières des
soldats, et ils portaient, aux cuisses et aux jambes, des raies de
même nuance qu’on aurait prises à distance pour des jarretières, s’ils
n’eussent été complètement nus.
[Illustration: Tête de Néo-Zélandais tatouée. (-Fac-simile. Gravure
ancienne.-)]
Un peu plus loin, les Anglais essayèrent encore de débarquer. Mais
deux naturels qu’on avait d’abord essayé d’apprivoiser en leur jetant
des clous, de la verroterie et d’autres bagatelles, se livrèrent à
des démonstrations si menaçantes, qu’on se vit obligé de tirer un
coup de fusil au-dessus de leur tête. La détonation les frappa tout
d’abord de stupeur; mais, dès qu’ils ne se sentirent pas blessés, ils
commencèrent les hostilités, en lançant des pierres et des javelots.
Un coup de fusil, chargé à plomb, fut alors tiré dans les jambes du
plus âgé. Le pauvre sauvage s’enfuit sur-le-champ vers une des cases,
et revint aussitôt avec un bouclier pour recommencer le combat, qui
finit cependant, dès qu’il fut convaincu de son impuissance. Les
Anglais en profitèrent pour prendre terre et gagner les habitations,
où ils trouvèrent un grand nombre de lances. Dans cette même baie, on
débarqua un détachement avec des futailles pour faire de l’eau; mais
il fut impossible d’entrer en communication avec les indigènes, qui
s’enfuyaient, dès qu’on se dirigeait de leur côté.
[Illustration: C’étaient des Kanguros. (Page 141.)]
Pendant une excursion qu’ils firent à terre, Cook, Banks et Solander
aperçurent les traces de plusieurs animaux. Les oiseaux étaient
nombreux et d’une remarquable beauté. La grande quantité de plantes que
les naturalistes trouvèrent en cet endroit engagea Cook à lui donner
le nom de Botany-Bay (baie Botanique). Étendue, sûre et commode, cette
baie est située par 34° de latitude et 208° 37′ de longitude ouest. On
pouvait s’y procurer facilement de l’eau et du bois.
«Les arbres, dit Cook, sont pour le moins aussi grands que les chênes
d’Angleterre, et j’en vis un qui y ressemblait assez. C’est le même
qui distille une gomme rouge pareille au -sang de dragon-.»
Ce devait être, sans doute, une espèce d’eucalyptus. Parmi les
différentes sortes de poissons qui fourmillaient dans ces parages, il
faut citer la raie bouclée, dont l’une, après qu’on l’eut vidée, pesait
encore trois cent trente-six livres.
Le 6 mai, Cook quitta Botany-Bay et continua de remonter le littoral
vers le nord, en s’en tenant éloigné de deux ou trois milles. La
navigation, le long de cette côte, fut assez monotone. Les seuls
incidents qui vinrent un peu l’animer furent les différences subites et
imprévues des fonds de la mer et les lignes de brisants qu’il fallut
éviter.
Dans une descente qu’ils effectuèrent un peu plus loin, les
explorateurs reconnurent que le pays était manifestement plus mauvais
qu’aux environs de Botany-Bay. Le sol était sec et sablonneux, les
rampes des collines étaient couvertes d’arbres, clair-semés, isolés et
sans broussailles. Les matelots y tuèrent une outarde, qui fut déclarée
le meilleur gibier qu’on eût mangé depuis le départ d’Angleterre. C’est
pourquoi cet endroit reçut le nom de Bustard-Bay. On y recueillit
également une grande quantité d’huîtres de toute espèce et notamment de
petites huîtres perlières.
Le 25 mai, l’-Endeavour- se trouva, à un mille de terre, vis-à-vis
d’une pointe qui coupait exactement le tropique du Capricorne. On
constata le lendemain que la marée monta et descendit de sept pieds.
Le flux portait à l’ouest et le reflux à l’est, juste le contraire de
ce qu’on avait éprouvé à Bustard-Bay. En cet endroit, les îles étaient
nombreuses, le chenal étroit et très peu profond.
Le 29, Cook, espérant trouver un endroit commode pour nettoyer la
quille et les fonds de son bâtiment, débarqua, avec Banks et Solander,
dans une large baie. Mais à peine furent-ils descendus à terre
qu’ils se trouvèrent fort empêchés dans leur marche par une herbe
épaisse, barbue et remplie de graines piquantes,--sans doute une sorte
de spinifex,--qui s’attachait aux vêtements, les transperçait et
pénétrait jusqu’à la chair. En même temps, des nuages de maringouins
et de moustiques s’abattaient sur eux et les accablaient de piqûres
douloureuses. On découvrit un lieu commode pour les réparations à
faire, mais ce fut inutilement que l’on chercha une aiguade. Des
gommiers, semés çà et là, perlaient d’énormes nids de fourmis
blanches, qui, s’attaquant aux bourgeons, les avaient bientôt vidés de
leur gomme. Des vols nombreux de papillons aux couleurs éclatantes se
jouaient autour des explorateurs.
C’étaient là, sans doute, des observations curieuses, intéressantes
à plus d’un point de vue; mais elles ne satisfaisaient guère le
commandant, qui ne trouvait pas à refaire sa provision d’eau. Ainsi se
décelait au premier abord ce qui forme le caractère le plus tranché de
ce nouveau monde, le manque de sources, de rivières et de fleuves.
Une seconde excursion, faite dans la soirée du même jour, ne fut
pas plus fructueuse. Toutefois, Cook constata que la baie était
très profonde, et il résolut d’en faire le tour dès le lendemain.
Il ne tarda pas à remarquer que la largeur du passage, où il était
entré, augmentait rapidement et finissait par former un vaste lac en
communication avec la mer par le nord-ouest. Un autre bras s’enfonçait
aussi dans l’est, et on pouvait penser que ce lac devait avoir une
autre communication avec la mer par le fond de la baie.
Cette partie de l’Australie reçut de Cook le nom de Nouvelle-Galles
du Sud. Stérile, sablonneuse, aride, elle était dépourvue de tout ce
qui est indispensable à l’établissement d’une colonie. Cet examen
superficiel, cette reconnaissance purement hydrographique, ne pouvait
apprendre aux Anglais que c’était là, cependant, au point de vue
minéralogique, une des parties les plus riches de ce nouveau monde.
Du 31 mai au 10 juin, la navigation se poursuivit aussi monotone.
A cette dernière date, l’-Endeavour-, qui venait de parcourir sans
accident, sur cette côte inconnue, au milieu des bas-fonds et des
brisants, un espace de vingt-deux degrés, soit treize cents milles, se
trouva tout à coup exposé au danger le plus grand qu’il soit possible
d’imaginer.
On était alors par 16 degrés de latitude sud et 214° 39′ de longitude
ouest, lorsque Cook, voyant devant lui deux îlots bas et couverts de
bois, ordonna de tenir le large pendant la nuit, afin de chercher les
îles découvertes par Quiros dans ces parages, archipel que certains
géographes ont mal à propos réuni à la grande terre. A partir de neuf
heures du soir, la sonde accusa, de quart d’heure en quart d’heure, une
profondeur moins grande. Tout le monde était sur le pont, et l’ancre
était parée, lorsque l’eau devint plus profonde. On en conclut que
le bâtiment avait passé sur l’extrémité des bancs de sable aperçus
au coucher du soleil, et l’on se réjouit de voir ce danger évité. La
profondeur augmentant toujours, Cook et les officiers qui n’étaient pas
de quart rentrèrent dans leurs cabines.
Cependant, à onze heures, la sonde, après avoir marqué vingt brasses,
passa tout à coup à dix-sept, et, avant qu’on eût le temps de la
rejeter, l’-Endeavour- avait touché, et, battu par les vagues,
talonnait sur les pointes d’un roc.
La situation était très grave. Enlevé par la lame par-dessus le bord
d’un récif de corail, l’-Endeavour- était retombé dans un creux de
l’écueil. Déjà, à la clarté de la lune, on pouvait voir flotter autour
du bâtiment une partie de la fausse quille et du doublage.
Par malheur, l’échouage avait eu lieu à marée haute. Il ne fallait donc
pas compter sur le flot pour dégager le bâtiment. Sans perdre de temps,
on jeta par-dessus bord les six canons, les barils, les tonneaux, le
lest de fer et tout ce qui pouvait alléger le navire, qui continuait
à raguer contre le roc. La chaloupe fut mise à la mer, les vergues et
les huniers furent abattus, l’amarre de toue fut jetée à tribord, et
l’on allait laisser tomber du même côté l’ancre d’affourche, lorsqu’on
s’aperçut que l’eau était plus profonde à l’arrière. Mais, bien qu’on
virât avec ardeur au cabestan, il fut impossible de dégager le bâtiment.
Au jour naissant, la position apparut dans toute son horreur. Huit
lieues séparaient le bâtiment de la terre. Pas une île intermédiaire
où se réfugier, s’il venait à s’entr’ouvrir, comme c’était à craindre.
Bien qu’on se fût débarrassé de plus de cinquante tonneaux en poids,
la pleine mer ne fit gagner qu’un pied et demi de flot. Heureusement,
le vent s’était apaisé, sans quoi l’-Endeavour- n’eût bientôt plus été
qu’une épave. Cependant, la voie d’eau augmentait rapidement, bien que
deux pompes fussent sans cesse en mouvement. Il fallut en monter une
troisième.
Terrible alternative! Si le bâtiment était dégagé, il coulait bas dès
qu’il cesserait d’être soutenu par le roc; s’il restait échoué, il
serait bientôt démoli par les lames qui en disjoignaient les membrures!
Et les embarcations étaient insuffisantes pour porter, à la fois, tout
l’équipage à terre!
N’y avait-il pas à craindre qu’en cette circonstance, la discipline ne
fût foulée aux pieds? Qui pouvait répondre qu’une lutte fratricide ne
rendrait pas le désastre irréparable? Et quand bien même une partie
des matelots gagnerait la côte, quel sort leur était réservé sur une
plage inhospitalière, où les filets et les armes à feu suffiraient à
peine à leur procurer la nourriture? Que deviendraient, enfin, ceux qui
auraient dû rester sur le navire? Ces réflexions terribles, tous les
faisaient alors. Mais, tant est grand le sentiment du devoir, si fort
le pouvoir d’un chef qui a su se faire aimer de son équipage, que ces
alarmes ne se traduisirent par aucun cri, par aucun désordre.
Les forces des hommes qui n’étaient pas employés aux pompes furent
sagement ménagées pour l’instant où allait se décider le sort commun.
Les mesures furent si habilement prises, qu’au moment où la mer battit
son plein, tout le monde s’attela au cabestan, et, le navire dégagé,
on constata qu’il ne faisait pas plus d’eau que lorsqu’il était sur le
récif.
Mais ces matelots qui, depuis vingt-quatre heures, avaient passé par
tant d’angoisses, étaient à bout de forces. On fut bientôt obligé de
les remplacer aux pompes toutes les cinq minutes, car ils tombaient
épuisés.
A ce moment, une mauvaise nouvelle vint porter le découragement à son
comble. L’homme chargé de mesurer la hauteur de l’eau dans la cale
annonça qu’elle avait monté de dix-huit pouces en quelques instants.
Fort heureusement, on s’aperçut presque aussitôt qu’il avait mal pris
ses mesures, et la joie de l’équipage fut telle, que tout danger lui
parut passé.
Un officier, nommé Monkhouse, eut alors une idée excellente. Sur le
flanc du navire, il fit appliquer une bonnette, dans laquelle on avait
mélangé du fil de caret, de la laine et les excréments des animaux
embarqués. On parvint de cette manière à aveugler en partie la voie
d’eau. De ce moment, les hommes qui parlaient d’échouer le navire sur
la côte, pour reconstruire avec ses débris une embarcation qui les
conduirait aux Indes-Orientales, ne songèrent plus qu’à trouver un
havre convenable pour le radouber.
Ce havre désiré, ils l’atteignirent le 17 juin, à l’embouchure d’un
cours d’eau que Cook appela rivière de l’Endeavour. Les travaux
nécessaires pour le carénage du bâtiment furent aussitôt entrepris et
menés le plus rapidement possible. Les malades furent débarqués, et
l’état-major descendit à terre, à plusieurs reprises, afin d’essayer de
tuer quelque gibier et de procurer aux scorbutiques un peu de viande
fraîche. Tupia aperçut un animal, que Banks, d’après sa description,
jugea devoir être un loup. Mais, quelques jours après, on en chassa
plusieurs autres, qui sautaient sur leurs deux pieds de derrière
et faisaient des bonds prodigieux. C’étaient des kanguroos, grands
marsupiaux qu’on ne rencontre qu’en Australie, et que n’avait encore
observés aucun Européen.
En cet endroit, les naturels se montrèrent bien moins farouches que
partout ailleurs sur cette côte. Non seulement, ils se laissèrent
approcher, mais, traités avec cordialité par les Anglais, ils
demeurèrent plusieurs jours dans leur société.
«Ils étaient, en général, dit la relation, d’une taille ordinaire,
mais ils avaient les membres d’une petitesse remarquable; leur peau
était couleur de suie ou de ce qu’on peut nommer couleur chocolat
foncé; leurs cheveux, noirs sans être laineux, étaient coupés courts;
les uns les avaient lisses, et les autres bouclés... Plusieurs
parties de leur corps avaient été peintes en rouge, et l’un d’eux
portait, sur la lèvre supérieure et sur la poitrine, des raies de
blanc qu’il appelait «carbanda». Les traits de leur visage étaient
bien loin d’être désagréables; ils avaient les yeux très vifs, les
dents blanches et unies, la voix douce et harmonieuse.»
Plusieurs portaient un ornement singulier, dont Cook n’avait encore
vu d’exemple qu’à la Nouvelle-Zélande: c’était un os d’oiseau de la
grosseur du doigt, passé dans le cartilage qui sépare les deux narines.
Un peu plus tard, une querelle éclata à propos de tortues, dont
l’équipage s’était emparé et dont les naturels prétendaient avoir leur
part, sans avoir, cependant le moins du monde participé à leur capture.
Voyant qu’on ne voulait pas accéder à leur demande, ils se retirèrent
furieux et mirent le feu aux herbes au milieu desquelles était assis le
campement des Anglais. Ceux-ci perdirent dans l’incendie tout ce qui
était combustible, et le feu, courant au loin sur les collines, leur
offrit durant la nuit un spectacle magnifique.
MM. Banks, Solander et plusieurs autres avaient fait, pendant ce temps,
des chasses heureuses; ils avaient tué des kanguroos, des opossums,
une espèce de putois, des loups, plusieurs sortes de serpents, dont
quelques-uns étaient venimeux. Ils virent aussi des volées d’oiseaux,
milans, faucons, cacatois, loriots, perroquets, pigeons, et nombre
d’autres qui leur étaient inconnus.
Dès qu’il fut sorti de la rivière Endeavour, Cook put juger de la
difficulté de la navigation dans ces parages. De tous côtés, ce
n’étaient qu’écueils et hauts fonds. Le soir même, on fut forcé de
jeter l’ancre, car il était impossible d’avancer pendant la nuit, à
travers ce dédale de brisants, sans risquer d’échouer. A l’extrême
portée de la vue, la mer semblait déferler sur une ligne d’écueils avec
plus de violence que sur les autres, et il semblait que ce dût être la
dernière.
Lorsque Cook y arriva, après cinq jours de lutte contre un vent
contraire, il découvrit trois îles, qui gisaient à quatre ou cinq
lieues dans le nord. Mais ses tribulations n’étaient pas près de leur
fin. Le navire se trouva de nouveau entouré de récifs et de chaînes
d’îlots bas et rapprochés, entre lesquels il semblait impossible de se
risquer. Cook se demanda s’il ne serait pas plus prudent de retourner
en arrière pour chercher un autre passage. Mais le retard que devait
occasionner un pareil détour l’aurait certainement empêché d’arriver
à temps dans les Indes. Enfin, il y avait à ce projet un obstacle
insurmontable: il ne restait que trois mois de provisions sur le
bâtiment.
Au moment où la situation semblait désespérée, Cook résolut de
s’éloigner le plus possible de la côte et de tenter de franchir la
barre extérieure des brisants. Il ne tarda pas à trouver un chenal, qui
le conduisit en peu de temps en pleine mer.
«Un si heureux changement de situation se fit vivement sentir, dit
Kippis. L’âme des Anglais en était remplie, et leur contenance
annonçait leur satisfaction. Ils avaient été près de trois mois
continuellement menacés de périr. Quand ils passaient la nuit à
l’ancre, ils entendaient autour d’eux une mer impétueuse qui se
brisait contre les rochers, et ils savaient que, si malheureusement
le câble de l’ancre cassait, ils n’échapperaient pas au naufrage. Ils
avaient parcouru trois cent soixante milles, obligés d’avoir sans
cesse un homme occupé à jeter le plomb et à sonder les écueils à
travers lesquels ils naviguaient, chose dont aucun autre vaisseau ne
pourrait peut-être fournir un aussi long exemple.»
S’ils ne venaient pas d’échapper à un danger si imminent, les Anglais
auraient encore eu plus d’un sujet d’inquiétude, en songeant à la
longueur de la route qu’il leur restait à parcourir, à travers des mers
peu connues, sur un navire qui faisait neuf pouces d’eau à l’heure,
avec des pompes en mauvais état et des provisions qui tiraient à leur
fin.
D’ailleurs, les navigateurs n’avaient échappé à ces dangers terribles
que pour être exposés, le 16 août, à un péril presque aussi grand.
Entraînés par la marée vers une ligne de brisants, au-dessus de
laquelle l’écume de la mer jaillissait à une hauteur prodigieuse,
dans l’impossibilité de jeter l’ancre, sans le moindre souffle de
vent, il ne leur restait d’autre ressource que de mettre les canots
à la mer pour remorquer le navire. Malgré les efforts des matelots,
l’-Endeavour- n’était plus qu’à cent pas du récif, lorsqu’une brise
légère, si faible même qu’en toute autre circonstance on ne l’aurait
pas remarquée, s’éleva et suffit pour écarter le bâtiment. Mais, dix
minutes plus tard, elle tombait, les courants reprenaient leur force,
et l’-Endeavour- était encore une fois emporté à deux cents pieds
des brisants. Après plusieurs alternatives non moins décevantes, une
ouverture étroite fut aperçue.
«Le danger qu’elle offrait était moins cruel que de demeurer dans
une situation si horrible, dit la relation. Un vent léger qui se
leva heureusement, le travail des canots et le flux conduisirent le
vaisseau devant l’ouverture, à travers laquelle il passa avec une
épouvantable rapidité. La force de ce torrent empêcha l’-Endeavour-
de dériver d’aucun côté du canal, qui n’avait pourtant pas plus d’un
mille de large, et dont la profondeur était extrêmement inégale,
donnant tantôt trente brasses, tantôt sept, d’un fond sale.»
[Illustration: Flotte d’Otaïti rassemblée à Oparée. (-Fac-simile.
Gravure ancienne.-)]
[Illustration: Trois Indiens sortirent du bois. (Page 146.)]
Si nous nous sommes arrêté un peu longuement sur les péripéties de
cette campagne, c’est qu’elle s’accomplissait sur des mers inexplorées,
au milieu de brisants et de courants, qui, dangereux encore pour
les marins, lorsqu’ils sont marqués sur les cartes, le deviennent
bien davantage, lorsqu’on s’avance, comme le faisait Cook depuis
qu’il suivait la côte de la Nouvelle-Hollande, au milieu d’obstacles
inconnus, que la sûreté du coup d’œil et l’instinct du marin ne
réussissent pas toujours à éviter.
Une dernière question restait à éclaircir: la Nouvelle-Hollande et
la Nouvelle-Guinée ne forment-elles qu’une seule terre? Sont-elles
séparées par un bras de mer ou par un détroit?
Cook se rapprocha donc de terre, malgré les dangers de cette route, et
suivit la côte de l’Australie vers le nord. Le 21 août, il doubla la
pointe la plus septentrionale de la Nouvelle-Hollande, à laquelle il
donna le nom de cap York, et s’engagea dans un chenal semé d’îles près
de la grande terre, ce qui lui fit concevoir l’espoir d’avoir enfin
découvert le passage de la mer de l’Inde. Puis, il atterrit encore
une fois, arbora le pavillon anglais, prit solennellement possession,
au nom du roi Georges III, de toute la côte orientale, depuis le
trente-huitième degré de latitude jusqu’à cet endroit, situé au dixième
et demi sud, donna à ce pays le nom de Nouvelle-Galles du Sud, et, pour
clore dignement cette cérémonie, fit tirer trois volées de canon.
Cook alors pénétra dans le détroit de Torrès, qu’il appela détroit de
l’-Endeavour-, découvrit et nomma les îles Wallis, situées au milieu de
l’entrée sud-ouest, l’île Booby, les îles du prince de Galles, et il se
dirigea vers la côte méridionale de la Nouvelle-Guinée, qu’il suivit
jusqu’au 3 septembre, sans pouvoir débarquer.
Ce jour-là, avec onze personnes bien armées, parmi lesquelles étaient
Solander, Banks et ses domestiques, Cook descendit à terre. A peine
étaient-ils éloignés du bateau d’un quart de mille, que trois Indiens
sortirent des bois en poussant de grands cris et coururent sus aux
Anglais.
«Celui qui s’approcha le plus, dit la relation, lança de sa main
quelque chose qui fut porté sur un de ses côtés et qui brûlait comme
de la poudre à canon; mais nous n’entendions point de bruit.»
Cook et ses compagnons furent obligés de tirer sur ces naturels pour
regagner leur embarcation, d’où ils purent les examiner à loisir.
Ils ressemblaient tout à fait aux Australiens, portaient comme eux
les cheveux courts et étaient entièrement nus; seulement, leur peau
paraissait un peu moins foncée,--sans doute parce qu’elle n’était pas
aussi sale.
«Pendant ce temps, les indigènes lâchaient leurs feux par
intervalles, quatre ou cinq à la fois. Nous ne pouvons imaginer ce
que c’est que ces feux, ni quel était leur but en les jetant; ils
avaient dans leurs mains un bâton court, peut-être une canne creuse,
qu’ils agitaient de côté et d’autre, et à l’instant nous voyions du
feu et de la fumée, exactement comme il en part d’un coup de fusil,
et qui ne duraient pas plus longtemps. On observa du vaisseau ce
phénomène surprenant, et l’illusion y fut si grande, que les gens
à bord crurent que les Indiens avaient des armes à feu; et nous
n’aurions pas douté nous-mêmes qu’ils ne tirassent sur nous des coups
de fusil, si notre bateau n’avait pas été assez près pour entendre
dans ce cas le bruit de l’explosion.»
C’est là un fait resté inexpliqué, malgré le grand nombre de
commentaires auxquels il a donné lieu, et que peut seul rendre croyable
le témoignage toujours véridique du grand navigateur.
Plusieurs des officiers anglais demandaient instamment à débarquer pour
récolter des noix de coco et certains autres fruits; mais le commandant
ne voulut pas risquer la vie de ses matelots pour une satisfaction
aussi futile. D’ailleurs, il avait hâte de gagner Batavia, afin d’y
faire caréner son navire. Enfin, il jugeait inutile de demeurer plus
longtemps dans des parages, depuis longtemps fréquentés par les
Espagnols et les Hollandais, où il n’y avait plus de découvertes à
faire.
Cependant, il rectifia, en passant, la position des îles Arrow
et Weasel; puis, il gagna Timor et relâcha à l’île de Savu, où
les Hollandais s’étaient établis depuis peu de temps. Là, Cook se
ravitailla, et, par une observation soigneuse, détermina sa position
par 10° 35′ de latitude sud et 237° 30′ de longitude ouest.
Après cette courte relâche, l’-Endeavour- atteignit Batavia, où il
fut caréné. Mais, après tant de fatigues éprouvées, ce séjour dans
un pays malsain, où la fièvre est endémique, fut fatal à l’équipage.
Banks, Solander, Cook et la plupart des matelots tombèrent malades;
plusieurs moururent, notamment Monckhouse le chirurgien, Tupia et le
petit Tayeto. Dix hommes seulement n’éprouvèrent pas les atteintes de
la fièvre. Le 27 décembre, l’-Endeavour- mit en mer, et s’arrêta, le 5
janvier 1771, à l’île du Prince, pour prendre des vivres.
Depuis ce moment, les maladies, qui avaient commencé à sévir parmi
l’équipage, s’aggravèrent. Vingt-trois personnes succombèrent, parmi
lesquelles on doit particulièrement regretter l’astronome Green.
Après avoir relâché au cap de Bonne-Espérance, où il reçut l’excellent
accueil dont il avait si grand besoin, Cook reprit la mer, toucha à
Sainte-Hélène, et mouilla aux Dunes, le 11 juin 1772, après une absence
qui avait duré près de quatre années.
Ainsi finit le premier voyage de Cook, «voyage, dit Kippis, dans
lequel il éprouva tant de dangers, découvrit tant de pays et montra
tant de fois qu’il possédait une âme supérieure, digne des périlleuses
entreprises et des efforts courageux auxquels il s’était exposé!»
CHAPITRE IV
SECOND VOYAGE DU CAPITAINE COOK
I
La recherche du continent austral.--Deuxième relâche à la
Nouvelle-Zélande.--L’archipel Pomotou.--Second séjour à
Taïti.--Reconnaissance des îles Tonga.--Troisième relâche
à la Nouvelle-Zélande.--Seconde croisière dans l’océan
Austral.--Reconnaissance de l’île de Pâques.--Visite aux îles
Marquises.
Quand bien même le gouvernement n’aurait pas voulu récompenser James
Cook pour la manière dont il venait de s’acquitter de la mission qui
lui avait été confiée, la voix publique se serait prononcée en sa
faveur. Nommé dans la marine royale au grade de «commander», à la
date du 29 août, le grand navigateur, fier des services qu’il avait
rendus à l’Angleterre et à la science, ne trouva pas la récompense à la
hauteur de son mérite. Il aurait vivement désiré le grade de capitaine
de vaisseau. Lord Sandwich, alors à la tête de l’Amirauté, lui fit
observer qu’on ne pouvait le lui donner sans déroger à tous les usages
admis et blesser l’ordre du service naval.
Quoi qu’il en fût, Cook s’occupait à réunir tous les matériaux
nécessaires à la rédaction de son voyage; mais, bientôt, chargé d’une
besogne trop importante, il remit ses notes et ses journaux entre les
mains du docteur Hawkesworth, qui devait se charger d’en mener à bien
la publication.
En même temps, les observations qu’il avait faites, de concert avec
M. Green, sur le passage de Vénus, ses calculs et ses relèvements
astronomiques, étaient soumis à la Société royale, qui ne tarda pas à
en reconnaître tout le mérite.
Les résultats si importants que le capitaine Cook avait obtenus
n’étaient cependant pas complets, en ce sens qu’ils ne détruisaient pas
d’une manière irrécusable la croyance à un continent austral. Cette
chimère tenait encore au cœur de bien des savants. Tout en étant forcés
de reconnaître que ni la Nouvelle-Zélande ni l’Australie ne faisaient
partie de ce continent, et que l’-Endeavour- avait navigué par des
latitudes sous lesquelles on aurait dû le rencontrer, ils affirmaient
qu’il se trouvait plus au sud et déduisaient toutes les conséquences
que sa découverte devait produire.
Le gouvernement résolut alors de vider une question en suspens depuis
tant d’années et d’envoyer dans ce but une expédition, dont le
commandant était tout naturellement désigné. La nature de ce voyage
exigeait des bâtiments d’une construction particulière. L’-Endeavour-
ayant été envoyé aux îles Falkland, le bureau de la marine reçut
ordre d’acheter les deux navires qui lui paraîtraient le plus propres
à ce service. Cook, consulté, exigea qu’ils fussent solides, qu’ils
eussent un faible tirant d’eau, et cependant une capacité suffisante
pour contenir des vivres et des munitions proportionnés à la force de
l’équipage et à la durée de la campagne.
L’Amirauté acheta donc deux bâtiments, construits à Whitby par celui-là
même qui avait fait l’-Endeavour-. Le plus grand jaugeait 462 tonneaux
et fut nommé -la Résolution-. Le second n’en portait que 336, et
s’appela -l’Aventure-. Ils furent armés à Deptford et à Woolwich.
Cook reçut le commandement de -la Résolution-, et le capitaine Tobias
Furneaux, qui avait été second lieutenant de Wallis, fut élevé à
celui de -l’Aventure-. Les second et troisième lieutenants, ainsi que
plusieurs des bas officiers et des matelots embarqués, avaient déjà
fait la campagne de l’-Endeavour-.
Comme il est facile de le penser, tous les soins imaginables furent
donnés à l’armement. Lord Sandwich et le capitaine Palliser en
suivirent eux-mêmes les diverses phases.
Chaque vaisseau emportait pour deux ans et demi de provisions de toute
espèce. Des articles extraordinaires furent accordés à Cook, qui les
avait réclamés comme antiscorbutiques. C’étaient de la drèche, de la
choucroute, des choux salés, des tablettes de bouillon, du salep, de
la moutarde, ainsi que de la marmelade de carottes et du jus de moût
de bière épaissi, qu’on l’avait chargé d’essayer sur la recommandation
du baron Storch, de Berlin, et de M. Pelham, secrétaire du Bureau des
commissaires aux vivres.
On eut soin également d’embarquer sur chaque bâtiment les couples d’une
petite embarcation de vingt tonneaux, destinée à transporter l’équipage
pour le cas où les navires viendraient à périr.
Un peintre de paysage, William Hodges, deux naturalistes, Jean Reinhold
Forster et son fils Georges, deux astronomes, W. Wales et W. Bayley,
furent répartis sur les deux bâtiments avec les meilleurs instruments
d’observation.
Rien, en un mot, n’avait été négligé pour tirer parti de cette
expédition. Elle allait apporter, en effet, un immense contingent
d’informations nouvelles, qui devait singulièrement contribuer aux
progrès des sciences naturelles et physiques, de l’ethnographie, de la
navigation et de la géographie.
«Je reçus à Plymouth, dit Cook, mes instructions datées du 25 juin.
On m’enjoignit de me rendre avec promptitude à l’île Madère; d’y
embarquer du vin et de marcher au delà du cap de Bonne-Espérance,
où je devais rafraîchir les équipages et me fournir des provisions
et des autres choses dont j’aurais besoin; de m’avancer au sud, et
de tâcher de retrouver le cap de la Circoncision, qu’on dit avoir
été découvert par M. Bouvet dans le 54e parallèle sud et à environ
11° 20′ de longitude est du méridien de Greenwich; si je rencontrais
ce cap, de m’assurer s’il fait partie du continent ou si c’est une
île; dans le premier cas, de ne rien négliger pour en parcourir la
plus grande étendue possible; d’y faire les remarques et observations
de toute espèce qui seraient de quelque utilité à la navigation et au
commerce et qui tendraient au progrès des sciences naturelles.
«On me recommandait aussi d’observer le génie, le tempérament, le
caractère et le nombre des habitants, s’il y en avait, et d’employer
tous les moyens honnêtes afin de former avec eux une liaison
d’alliance et d’amitié.
«Mes instructions portaient ensuite de tenter des découvertes à
l’est ou à l’ouest, suivant la situation où je me trouverais, et de
m’approcher du pôle austral le plus qu’il me serait possible et aussi
longtemps que l’état des vaisseaux, la santé de l’équipage et les
provisions le permettraient; d’avoir soin de toujours réserver assez
de provisions pour atteindre quelque port connu, où j’en chargerais
de nouvelles pour le retour en Angleterre.
«Elles me prescrivaient en outre, si le cap de la Circoncision
est une île, ou si je ne venais pas à bout de le retrouver, d’en
faire, dans le premier cas, le relèvement nécessaire, et, dans
tous les deux, de cingler au sud tant qu’il me resterait l’espoir
de rencontrer le continent; de marcher ensuite à l’est afin de
rechercher ce continent et de découvrir les îles qui pourraient être
situées dans cette partie de l’hémisphère austral; de tenir toujours
des latitudes élevées et de poursuivre mes découvertes, comme on l’a
dit ci-dessus, au plus près du pôle, jusqu’à ce que j’eusse fait le
tour du globe; de me rendre enfin au cap de Bonne-Espérance et de là
à Spithead.»
Le 13 juillet, Cook appareilla du canal de Plymouth et arriva, le 29
du même mois, à Funchal, dans l’île de Madère. Là, il prit quelques
rafraîchissements et continua sa route vers le sud. Mais, bientôt,
convaincu que l’approvisionnement d’eau ne pourrait suffire pour
atteindre le cap de Bonne-Espérance, il résolut de couper sa traversée
en s’arrêtant aux îles du Cap-Vert, et mouilla, le 10 août, dans le
port de Praya, qu’il quitta quatre jours plus tard.
Cook avait profité de sa relâche dans ce port pour réunir, comme il
avait l’habitude de le faire, tous les renseignements qui pouvaient
être utiles aux navigateurs. Sa description est aujourd’hui d’autant
plus précieuse que les lieux ont complètement changé, et que les
conditions de la relâche ont été modifiées par suite des travaux
accomplis dans le port.
Le 23 du même mois, à la suite de rafales violentes qui avaient forcé
tout le monde à se tenir sur le pont, Cook, connaissant les effets
pernicieux de l’humidité dans les climats chauds, et continuellement
préoccupé de maintenir son équipage en bonne santé, ordonna d’aérer
l’entrepont. Il y fit même allumer du feu, afin de le fumer et de
le sécher rapidement, et prit non seulement les précautions qui lui
avaient été recommandées par lord Sandwich et sir Hugh Palliser,
mais aussi celles qui lui étaient suggérées par l’expérience de sa
précédente campagne.
Aussi, grâce à cette prévoyance de tous les instants, n’y avait-il pas
un seul malade sur la -Résolution- lorsqu’elle arriva, le 30 octobre,
au cap de Bonne-Espérance. Accompagné du capitaine Furneaux et de MM.
Forster, Cook alla rendre aussitôt visite au gouverneur hollandais,
le baron de Plettemberg, qui s’empressa de mettre à sa disposition
toutes les ressources de la colonie. Là, il apprit que deux vaisseaux
français, partis de l’île Maurice au mois de mars, avaient touché au
Cap avant de se diriger vers les mers australes, où ils allaient tenter
des découvertes sous le commandement du capitaine Marion.
Ce fut également pendant cette relâche, plus longue qu’on n’avait
compté, que Forster rencontra le botaniste suédois, Sparmann, élève
de Linné, et qu’il l’engagea à l’accompagner en lui promettant des
appointements élevés. On ne saurait trop louer, en cette circonstance,
le désintéressement de Forster, qui ne craignit pas de s’adjoindre
un rival, et qui le paya même de ses deniers, afin de rendre plus
complètes les études qu’il devait faire sur l’histoire naturelle des
pays à visiter.
Le 22 novembre, l’ancre fut levée, et les deux bâtiments reprirent
la route du sud, afin de se mettre à la recherche du cap de la
Circoncision, découvert par le capitaine Bouvet, le 1er janvier 1739.
Comme la température ne devait pas tarder à se refroidir, Cook fit
distribuer à ses matelots les vêtements chauds qui lui avaient été
fournis par l’Amirauté.
Du 29 novembre au 6 décembre, une terrible tempête se déchaîna. Les
bâtiments, jetés hors de leur route, furent entraînés dans l’est, à
ce point qu’il fallut renoncer à chercher le cap de la Circoncision.
Une autre conséquence de ce mauvais temps et du passage subit de la
chaleur à l’extrême froid, fut la perte de presque tous les animaux
vivants, embarqués au Cap. Enfin, l’humidité incommoda si gravement
les matelots, qu’il fallut augmenter les rations d’eau-de-vie pour les
exciter au travail.
[Illustration: Iles de glace.]
Le 10 décembre, par 50° 40′ de latitude australe, furent rencontrées
les premières glaces. La pluie, la neige, se succédaient sans
interruption. Le brouillard même ne tarda pas à devenir si intense, que
les bâtiments n’aperçurent un de ces écueils flottants que lorsqu’ils
en étaient à peine éloignés d’un mille. Une de ces îles, dit la
relation, n’avait pas moins de 200 pieds de haut, 400 de large et 2,000
de long.
«En supposant que ce morceau fût d’une forme absolument régulière,
sa profondeur au-dessous de l’eau devait être de 1,800 pieds, et sa
hauteur entière d’environ 2,000 pieds, et, d’après les dimensions
qu’on vient d’énoncer, toute sa masse devait contenir 1,600 millions
de pieds cubes de glace.»
[Illustration: Pirogue de guerre néo-zélandaise. (-Fac-simile. Gravure
ancienne.-)]
Plus on s’enfonçait dans le sud, plus le nombre de ces blocs
augmentait. La mer était si agitée, que les lames escaladaient ces
montagnes glacées et retombaient de l’autre côté, en une fine et
impalpable poussière. Le spectacle frappait l’âme d’admiration! Mais à
ce sentiment succédait aussitôt la terreur, quand on songeait que si le
bâtiment était frappé d’une de ces masses prodigieuses, il coulerait
immédiatement à pic! Cependant, l’habitude du danger ne tardait pas
à engendrer l’indifférence, et l’on ne pensait plus qu’aux sublimes
beautés de ces luttes du terrible élément.
Le 14 décembre, une énorme banquise, dont l’extrémité se perdait sous
l’horizon, empêcha les deux bâtiments de piquer plus longtemps au sud,
et il fallut la longer. Ce n’était pas une plaine unie, car on y voyait
çà et là des montagnes semblables à celles qu’on avait rencontrées les
jours précédents. Quelques personnes crurent apercevoir la terre sous
la glace. Cook, lui-même, y fut un instant trompé; mais le brouillard,
en se dissipant, rendit évidente une erreur facilement explicable.
On constata le lendemain que les bâtiments étaient entraînés par un
vif courant. Forster père et Wales, l’astronome, descendirent dans
une embarcation pour mesurer sa vitesse. Tandis qu’ils procédaient à
cette opération, le brouillard s’épaissit tellement, qu’ils perdirent
complètement de vue le navire. Dans une misérable chaloupe, sans
instruments et sans provisions, au milieu d’une mer immense, loin
de toute côte, environnés de glaces, leur situation était terrible.
Ils errèrent longtemps sur ce désert, ne pouvant parvenir à se faire
entendre. Puis, ils cessèrent de ramer afin de ne pas trop s’écarter.
Enfin, ils commençaient à perdre tout espoir, lorsque le son lointain
d’une cloche parvint à leurs oreilles. Ils firent aussitôt force de
rames dans cette direction; l’-Aventure- répondit à leurs cris et les
recueillit, après quelques heures d’une terrible angoisse.
L’opinion alors généralement admise était que les glaces se formaient
dans les baies ou à l’embouchure des rivières. Aussi, les explorateurs
se croyaient-ils dans le voisinage d’une terre, située sans doute au
sud, derrière l’infranchissable banquise.
Déjà plus de trente lieues avaient été parcourues à l’ouest, sans qu’il
eût été possible de trouver dans la glace une ouverture qui conduisît
au sud. Le capitaine Cook résolut alors de faire une route aussi longue
dans l’est. S’il ne rencontrait pas la terre, il espérait du moins
doubler la banquise, pénétrer plus avant vers le pôle, et mettre fin
aux incertitudes des physiciens.
Cependant, bien qu’on fût au milieu de l’été pour cette partie du
globe, le froid devenait chaque jour plus intense. Les matelots s’en
plaignaient, et des symptômes de scorbut apparaissaient à bord. Des
distributions de vêtements plus chauds et le recours aux médicaments
indiqués en pareil cas, moût de bière et jus de citron, eurent bientôt
raison de la maladie et permirent aux équipages de supporter les
rigueurs de la température.
Le 29 décembre, Cook acquit la certitude que la banquise n’était jointe
à aucune terre. Il résolut alors de se porter dans l’est aussi loin que
le méridien de la Circoncision, à moins que quelque obstacle ne vînt
l’arrêter.
Tandis qu’il mettait ce projet à exécution, le vent devint si violent,
la mer si agitée, que la navigation, au milieu des glaces flottantes,
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