qu’elle a conservé. L’escadre passa devant cette île sans la visiter, et fut poussée, la nuit suivante, par le vent et les courants, au milieu d’un groupe d’îles basses qu’on ne s’attendait pas à rencontrer. La galère -l’Africaine- se brisa contre un écueil, et les deux conserves faillirent éprouver le même sort. Ce ne fut qu’après cinq jours d’efforts, d’inquiétudes et de dangers qu’elles parvinrent à se dégager et à regagner la haute mer. Les habitants de cet archipel étaient grands, leurs cheveux lisses et longs, leur corps peint de différentes couleurs. On est absolument d’accord aujourd’hui pour reconnaître dans la description que Roggewein nous a laissée du groupe des îles Pernicieuses, l’archipel auquel Cook a donné le nom d’îles Palliser. Le lendemain matin du jour où il avait échappé aux dangers des îles Pernicieuses, Roggewein découvrit une île à laquelle il imposa le nom d’Aurore. Très-basse, elle s’élevait à peine au-dessus de l’eau, et si le soleil avait tardé de paraître, le -Tienhoven- s’y serait perdu. La nuit allait venir, lorsqu’on aperçut une nouvelle terre, qui reçut le nom de Vesper, et qu’il est assez difficile de reconnaître, si elle n’appartient pas aux Palliser. Roggewein continua de cingler à l’ouest entre le quinzième et le seizième parallèle, et ne tarda pas à se trouver «tout à coup» au milieu d’îles à demi noyées. «A mesure que nous en approchâmes, dit Behrens, nous vîmes un grand nombre de canots naviguant le long des côtes, et nous ne doutâmes pas que le pays fût bien peuplé. En approchant de plus près encore, nous reconnûmes que c’est un amas de plusieurs îles situées tout près les unes des autres; enfin, nous y entrâmes insensiblement si avant que nous commençâmes à craindre de ne pouvoir nous en dégager, et l’amiral fit monter en haut du mât un des pilotes pour découvrir par où l’on en pouvait sortir. Nous dûmes notre salut au calme qui régnait alors; la moindre agitation eût fait échouer nos vaisseaux contre les rochers sans qu’il eût été possible d’y apporter le moindre secours. Nous sortîmes donc sans fâcheux accident. Ces îles sont au nombre de six, toutes fort riantes, et, prises ensemble, elles peuvent avoir une étendue de trente lieues. Elles sont situées à vingt-cinq lieues à l’ouest des îles Pernicieuses. Nous leur donnâmes le nom de -Labyrinthe-, parce que, pour en sortir, nous fûmes obligés de faire plusieurs détours.» Certains auteurs ont identifié ce groupe avec les îles du Prince-de-Galles, de Byron. Telle n’est pas l’opinion de Fleurieu. Dumont d’Urville croit qu’il s’agit ici du groupe de Vliegen, déjà vu par Schouten et Lemaire. Après trois jours de navigation toujours vers l’ouest, les Hollandais aperçurent une île de belle apparence. Des cocotiers, des palmiers, et une luxuriante verdure annonçaient sa fertilité. Comme on ne trouva pas de fond près du rivage, il fallut se contenter de la faire visiter par des détachements bien armés. Les Hollandais versèrent, encore une fois bien inutilement, le sang d’une population inoffensive qui les attendait sur le rivage et n’avait d’autre tort que d’être trop nombreuse. A la suite de cette exécution, plus digne de barbares que d’hommes civilisés, on essaya de faire revenir les naturels par des présents aux chefs et des démonstrations d’amitié bien trompeuses. Ceux-ci ne s’y laissèrent pas prendre. Mais, ayant attiré les matelots dans l’intérieur, ils se ruèrent sur eux et les attaquèrent à coups de pierres. Bien qu’une décharge en eût jeté bon nombre par terre, ils continuèrent cependant, avec une grande bravoure, à assaillir les étrangers, et ils les forcèrent à se rembarquer en emportant leurs blessés et leurs morts. Nécessairement, les Hollandais crièrent à la trahison, ne sachant de quelle épithète flétrir la félonie et la déloyauté de leurs adversaires! Mais, qui donc eut les premiers torts? Qui donc fut l’agresseur? Et, en admettant que quelques vols eussent été commis, ce qui est possible, fallait-il punir si sévèrement, et sur toute une population, le tort de quelques individus qui ne pouvaient pas avoir des idées bien nettes touchant la propriété? Malgré les pertes qu’ils venaient d’éprouver, les Hollandais donnèrent à cette terre, en souvenir des rafraîchissements qu’ils y avaient rencontrés, le nom d’île de la Récréation. Roggewein la place sous le seizième parallèle; mais sa longitude est si mal indiquée, qu’il a été impossible de la reconnaître. Roggewein devait-il poursuivre dans l’ouest la recherche de l’île Espiritu-Santo de Quiros? Devait-il, au contraire, remonter au nord pour gagner les Indes Orientales avec la mousson favorable? Le conseil de guerre, auquel il soumit cette alternative, adopta ce dernier parti. Le troisième jour de cette navigation, furent découvertes, à la fois, trois îles, qui reçurent le nom de Bauman, du capitaine du -Tienhoven-, qui les avait aperçues le premier. Les insulaires vinrent trafiquer autour des navires, pendant que le rivage était couvert d’une foule nombreuse de naturels armés d’arcs et de lances. Ils étaient blancs et ne différaient des Européens qu’en ce que quelques-uns avaient la peau brûlée par les ardeurs du soleil. Leur corps n’était pas orné de peintures. Une bande d’étoffe, artistement tissée et garnie de franges, les enveloppait de la ceinture aux talons. Un chapeau de même étoffe les abritait, et des colliers de fleurs odorantes entouraient leur cou. «Il faut avouer, dit Behrens, que c’est la nation la plus humanisée et la plus honnête que nous ayons vue dans les îles de la mer du Sud; charmés de notre arrivée, ils nous reçurent comme des dieux, et, lorsque nous nous disposâmes à partir, ils témoignèrent les regrets les plus vifs.» Selon toute vraisemblance, ce sont les habitants des îles des Navigateurs. Après avoir reconnu des îles que Roggewein crut être celles des Cocos et des Traîtres, visitées déjà par Schouten et Lemaire, et que Fleurieu, les considérant comme une découverte hollandaise, appelle îles Roggewein; après avoir aperçu les îles Tienhoven et Groningue, que Pingré croit être la Santa-Cruz de Mendana, l’expédition atteignit enfin les côtes de la Nouvelle-Irlande, où elle se signala par de nouveaux massacres. De là, elle gagna les rivages de la Nouvelle-Guinée, et, après avoir traversé les Moluques, jeta l’ancre à Batavia. Là, ses compatriotes, moins humains que quelques-unes des peuplades que Roggewein avait visitées, confisquèrent les deux bâtiments, emprisonnèrent matelots et officiers, sans distinction de grade, et les envoyèrent en Europe pour qu’on leur fît leur procès. Crime impardonnable, ils avaient mis le pied sur des terres appartenant à la Compagnie des Indes Orientales, alors qu’eux-mêmes étaient sous les ordres de la Compagnie des Indes Occidentales! Il s’ensuivit un procès, et la Compagnie d’Orient fut condamnée à restituer tout ce qu’elle avait saisi et à payer des dommages considérables. Depuis son retour au Texel, le 11 juillet 1723, nous perdons complètement de vue Roggewein, et nous n’avons aucun détail sur les dernières années de son existence. Il faut savoir le plus grand gré à Fleurieu d’avoir débrouillé le chaos de cette longue navigation, et d’avoir jeté un peu de lumière sur une expédition qui mériterait d’être mieux connue. Le 17 juin 1764, des instructions signées du lord de l’Amirauté étaient remises au commodore Byron. Elles commençaient ainsi: «Comme rien n’est plus propre à contribuer à la gloire de cette nation en qualité de puissance maritime, à la dignité de la couronne de la Grande-Bretagne et aux progrès de son commerce et de sa navigation, que de faire des découvertes de régions nouvelles; et comme il y a lieu de croire qu’on peut trouver dans la mer Atlantique, entre le cap de Bonne-Espérance et le détroit de Magellan, des terres et des îles fort considérables, inconnues jusqu’ici aux puissances de l’Europe, situées dans des latitudes commodes pour la navigation et dans des climats propres à la production de différentes denrées utiles au commerce; enfin, comme les îles de Sa Majesté, appelées îles de Pepys ou îles de Falkland, situées dans l’espace qu’on vient de désigner, n’ont pas été examinées avec assez de soin pour qu’on puisse avoir une idée exacte de leurs côtes et de leurs productions, quoi qu’elles aient été découvertes et visitées par des navigateurs anglais; Sa Majesté, ayant égard à ces considérations et n’imaginant aucune conjoncture aussi favorable à une entreprise de ce genre que l’état de paix profonde dont jouissent heureusement ses royaumes, a jugé à propos de la mettre à exécution....» Quel était donc le marin éprouvé sur qui le choix du gouvernement anglais s’était arrêté? C’était le Commodore John Byron, né le 8 novembre 1723. Dès son enfance, il avait montré la passion la plus vive pour la carrière maritime et s’était embarqué à dix-sept ans sur un des bâtiments de l’escadre de l’amiral Anson, chargée d’aller détruire les établissements Espagnols sur les côtes du Pacifique. Nous avons raconté plus haut les malheurs qui fondirent sur cette expédition, avant l’incroyable fortune qui devait marquer sa dernière partie. Le bâtiment sur lequel Byron était embarqué, le -Wager-, fit naufrage en débouquant du détroit de Magellan, et l’équipage, fait prisonnier par les Espagnols, fut emmené au Chili. Après une captivité qui n’avait pas duré moins de trois ans, Byron parvint à s’échapper et fut recueilli par un bâtiment de Saint-Malo, qui le ramena en Europe. Il reprit aussitôt du service, se signala en plusieurs rencontres pendant la guerre contre la France, et ce fut, sans doute, le souvenir de son premier voyage autour du monde, si malheureusement interrompu, qui attira sur lui l’attention de l’Amirauté. Les bâtiments qu’on lui confiait étaient armés avec soin. Le -Dauphin- était un navire de guerre de sixième rang qui portait 24 canons, 150 matelots, 3 lieutenants et 37 bas officiers. La -Tamar- était un sloop de 16 canons, sur lequel embarquèrent, sous le commandement du capitaine Mouat, 90 matelots, 3 lieutenants et 27 bas officiers. Le début ne fut pas heureux. Le 21 juin, l’expédition quitta les Dunes; mais, en descendant la Tamise, le -Dauphin- toucha, et il fallut entrer à Plymouth pour l’abattre en carène. Le 3 juillet, l’ancre fut définitivement levée, et, dix jours plus tard, Byron s’arrêtait à Funchal, dans l’île de Madère, pour prendre quelques rafraîchissements. Il fut également obligé de relâcher aux îles du cap Vert pour faire de l’eau, celle qui était embarquée n’ayant pas tardé à se corrompre. Rien ne vint contrarier la navigation des deux bâtiments anglais jusqu’à la vue du cap Frio. Seulement, Byron fit cette singulière remarque, plusieurs fois constatée depuis, que le doublage en cuivre de ses bâtiments semblait écarter le poisson, qu’il aurait dû rencontrer en abondance dans ces parages. Les chaleurs accablantes et les pluies continuelles avaient couché sur les cadres une bonne partie des équipages. Aussi le besoin d’une relâche et de vivres frais se faisait-il sentir. On devait la trouver à Rio-Janeiro, où l’on arriva le 12 décembre. Byron y reçut un accueil empressé de la part du vice-roi, et il raconte ainsi sa première entrevue: «Lorsque je vins lui faire visite, j’en fus reçu avec le plus grand appareil; environ soixante officiers étaient rangés devant le palais. La garde était sous les armes. C’étaient de très beaux hommes, très bien tenus. Son Excellence, accompagnée de la noblesse, vint me recevoir sur l’escalier. Je fus salué par quinze coups de canon tirés du fort le plus voisin. Nous entrâmes ensuite dans la salle d’audience, où, après une conversation d’un quart d’heure, je pris congé et fus reconduit avec les mêmes cérémonies....» Nous dirons un peu plus tard combien la réception faite au capitaine Cook, quelques années après, ressemble peu à celle qui venait d’être faite à Byron. Le commodore obtint sans peine la permission de débarquer ses malades et rencontra les plus grandes facilités pour se procurer des rafraîchissements. Il n’eut à se plaindre que des tentatives réitérées des Portugais pour amener la désertion de ses matelots. Les chaleurs insupportables que les équipages éprouvèrent à Rio, abrégèrent la durée de la relâche. Le 16 octobre, l’ancre fut enfin levée, mais il fallut attendre à l’entrée de la baie, pendant quatre ou cinq jours, qu’un vent de terre permît aux navires de gagner la haute mer. Jusqu’alors, la destination des bâtiments avait été tenue secrète. Byron appela à son bord le commandant de la -Tamar-, et, en présence des matelots assemblés, il lut ses instructions, qui lui prescrivaient, non pas de se rendre aux Indes Orientales, comme il en avait été question jusqu’alors, mais d’entrer dans la mer du Sud pour y faire des découvertes qui pourraient être d’une grande importance pour l’Angleterre. Dans cette vue, les lords de l’Amirauté accordaient aux équipages une double paye, sans parler de l’avancement et des gratifications, si l’on était content d’eux. De cette courte harangue, la seconde partie fut la plus agréable aux matelots, qui l’accueillirent avec des acclamations joyeuses. Jusqu’au 29 octobre, on fit voile au sud sans incidents. Alors, des grains subits et de violentes rafales se succédèrent et dégénérèrent en une épouvantable tempête, pendant laquelle le commodore fit jeter par-dessus bord quatre canons, pour éviter de sombrer sous voiles. Le lendemain, le temps devint un peu plus maniable; mais il faisait aussi froid qu’en Angleterre à cette époque de l’année, bien que novembre répondît au mois de mai de l’hémisphère boréal. Comme le vent faisait continuellement dériver le bâtiment dans l’est, Byron commença à craindre qu’il fût très difficile de ranger la côte de Patagonie. Tout à coup, le 12 novembre, quoique aucune côte ne fût marquée en cet endroit sur les cartes, retentit à plusieurs reprises le cri: Terre! terre à l’avant! Les nuages obscurcissaient à ce moment presque tout le tour de l’horizon, et le tonnerre succédait aux éclairs presque sans relâche. «Je crus remarquer, dit Byron, que ce qui avait tout d’abord paru être une île, présentait deux montagnes escarpées; mais, en regardant du côté du vent, il me sembla que la terre qui se joignait à ces montagnes s’étendait au loin dans le sud-est; en conséquence, nous gouvernâmes S.-O. Je fis monter des officiers au haut des mâts pour observer au vent et vérifier cette découverte; tous assurèrent qu’ils voyaient une grande étendue de terre..... Puis, nous portâmes à l’E.-S.-E. La terre semblait se montrer toujours sous la même apparence. Les montagnes paraissaient bleues, comme cela est assez ordinaire par un temps obscur et pluvieux, lorsqu’on n’en est pas éloigné.... Bientôt, quelques-uns crurent entendre et voir la mer briser sur un rivage de sable; mais, ayant gouverné encore environ une heure avec toute la circonspection possible, ce que nous avions pris pour la terre s’évanouit tout d’un coup, et nous fûmes convaincus, à notre grand étonnement, que ce n’avait été qu’une terre de brume.... J’ai été presque continuellement en mer, continue Byron, depuis vingt-sept ans; mais je n’ai point d’idée d’une illusion si générale et si soutenue..... Il n’est pas douteux que, si le temps ne se fût pas éclairci assez promptement pour faire disparaître, à nos yeux, ce que nous avions pris pour la terre, tout ce qu’il y avait à bord aurait fait serment qu’il avait découvert la terre à cette hauteur. Nous nous trouvions alors par les 43° 46′ de lat. S. et 60° 5′ de long. O.» [Illustration: CARTE DU =DÉTROIT DE MAGELLAN= d’après Bougainville. -Gravé par E. Morieu.-] Le lendemain, survint un coup de vent épouvantable, annoncé par les cris perçants de plusieurs centaines d’oiseaux qui fuyaient. Il ne dura pas plus de vingt minutes. Cependant ce fut assez pour coucher le navire sur le flanc avant qu’on eût pu larguer la grande amure, qui fut coupée. En même temps, l’écoute de la grand’voile renversait le premier lieutenant, l’envoyait rouler au loin, et la misaine, qui n’était pas entièrement amenée, était mise en pièces. [Illustration: Une troupe d’hommes à cheval arboraient un pavillon blanc. (Page 34.)] Les jours qui suivirent ne furent pas beaucoup plus favorisés. En outre, le navire était si peu calé que sa dérive devenait très considérable, dès qu’il ventait bon frais. A la suite d’une navigation aussi tourmentée, le 24 novembre, Byron atteignit,--avec quel bonheur, on le comprend!--l’île des Pingouins et le port Désiré. Mais les agréments de cette station ne devaient pas justifier l’impatience qu’avait eue l’équipage d’y parvenir. Descendus à terre, les marins anglais ne découvrirent, en s’avançant dans l’intérieur, qu’une campagne déserte, des collines aréneuses, pas un seul arbre. En fait de gibier, quelques guanacos furent aperçus de trop loin pour être tirés, mais on put prendre un certain nombre de gros lièvres, qu’on n’eut pas de peine à forcer. Seule, la chasse des veaux marins et des oiseaux aquatiques fournit assez pour «régaler toute une flotte». D’une mauvaise tenue, mal abrité, le port Désiré offrait encore ce grave inconvénient, qu’on ne pouvait s’y procurer qu’une eau saumâtre. Quant aux habitants, on n’en vit pas trace. Une longue station en cet endroit étant inutile et dangereuse, Byron se mit, le 25, à la recherche de l’île Pepys. La position de cette terre était des plus incertaines. Halley la plaçait à 80° à l’est du continent. Cowley, le seul qui assurât l’avoir vue, prétendait qu’elle gisait par 47° de latitude S., mais sans fixer sa longitude. Il y avait là un problème intéressant à résoudre. Après avoir croisé au N., au S. et à l’E., Byron, persuadé que cette île n’existait pas, fit route pour gagner les Sébaldines et le premier port où il pourrait trouver l’eau et le bois dont il avait le plus pressant besoin. Une tempête l’assaillit, pendant laquelle les vagues furent si terribles, que Byron n’avait rien vu de pareil, même lorsqu’il avait doublé le cap Horn avec l’amiral Anson. La tourmente passée, il reconnut le cap des Vierges, qui forme l’entrée septentrionale du détroit de Magellan. Dès que le bâtiment fut assez près du rivage, les matelots purent distinguer une troupe d’hommes à cheval qui arboraient un pavillon blanc et faisaient signe de descendre à terre. Curieux de voir ces Patagons sur lesquels les voyageurs précédents étaient si peu d’accord, Byron gagna la côte avec un fort détachement de soldats armés. Il trouva là près de cinq cents hommes, presque tous à cheval, d’une taille gigantesque, et qui semblaient être des monstres à figure humaine. Leur corps était peint de la manière la plus hideuse, leur visage était sillonné de lignes de diverses couleurs, leurs yeux entourés de cercles bleus, noirs ou rouges, de sorte qu’ils semblaient porter d’immenses lunettes. Presque tous étaient sans vêtements, à l’exception d’une peau jetée sur leurs épaules, le poil en dedans, et plusieurs portaient des bottines. Singulier costume, primitif et peu coûteux! Avec eux, on voyait des chiens en grande quantité, des chevaux fort petits, d’une très vilaine apparence, mais qui n’en étaient pas moins extrêmement rapides. Les femmes montaient à cheval comme les hommes, sans étriers, et tous galopaient sur le rivage de la mer, bien qu’il fût semé de très grosses pierres excessivement glissantes. Cette entrevue fut amicale. Byron distribua à cette race de géants une foule de babioles, des rubans, de la verroterie et du tabac. Aussitôt qu’il eut rallié le -Dauphin-, Byron entra avec le flot dans le détroit de Magellan. Il n’avait pas l’intention de le traverser, mais voulait seulement y chercher un havre sûr et commode où il pût faire de l’eau et du bois, avant de se remettre à la recherche des îles Falkland. Au sortir du second goulet, Byron releva les îles Sainte-Élisabeth, Saint-Barthélemy, Saint-Georges, la pointe Sandy. Près de cette dernière, il rencontra un pays délicieux, des sources, des bois, des prairies émaillées de fleurs qui répandaient dans l’air un parfum exquis. Le paysage était animé par des centaines d’oiseaux, dont une espèce reçut le nom «d’oie peinte», que lui valut son plumage nuancé des plus brillantes couleurs. Mais nulle part on ne rencontra un endroit où le canot pût accoster sans courir les plus grands dangers. Partout l’eau était très basse et la mer brisait avec force. Des poissons, et notamment de magnifiques mulets, des oies, des bécasses, des sarcelles et beaucoup d’autres oiseaux d’un excellent goût furent pêchés ou tués par les équipages. Byron fut donc forcé de continuer sa route jusqu’au port Famine, où il arriva le 27 décembre. «Nous étions, dit-il, à l’abri de tous les vents, à l’exception de celui du S.-E. qui souffle rarement, et si un vaisseau venait à chasser en côte dans l’intérieur de la baie, il n’y recevrait aucun dommage, parce qu’il y règne un fond doux. Il flotte le long des côtes une quantité de bois assez considérable pour en charger aisément mille vaisseaux, de sorte que nous n’étions point dans le cas d’en aller couper dans la forêt.» Au fond de cette baie débouche une rivière, la Sedger, dont l’eau est excellente. Ses bords sont plantés de grands et superbes arbres, propres à faire d’excellents mâts. Sur leurs branches perchaient une multitude de perroquets et autres oiseaux au plumage étincelant. Dans ce port Famine, l’abondance ne cessa de régner pendant tout le séjour de Byron. Le 5 janvier 1765, aussitôt que ses équipages furent complètement remis de leurs fatigues, et les navires approvisionnés, le commodore reprit la recherche des îles Falkland. Sept jours plus tard, il découvrait une terre dans laquelle il crut reconnaître les îles de Sebald de Weert; mais, en s’en approchant, il s’aperçut que ce qu’il avait pris pour trois îles n’en formait qu’une seule, qui s’étendait au loin dans le sud. Il ne douta pas qu’il ne fût en présence de l’archipel marqué sur les cartes de cette époque sous le nom de New-Islands, par 51° de latitude S. et 63° 32′ de longitude O. Tout d’abord, Byron tint le large, car il importait de ne pas être jeté par des courants sur une côte qu’il ne connaissait pas. Puis, après ce relevé sommaire, une embarcation fut détachée, afin de suivre la côte de plus près et d’y chercher un havre sûr et commode, qu’elle ne tarda pas à rencontrer. Il reçut le nom de port Egmont, en l’honneur du comte d’Egmont, alors premier lord de l’Amirauté. «Je ne pense pas, dit Byron, qu’on puisse trouver un plus beau port; le fond est excellent, l’aiguade est facile, tous les vaisseaux de l’Angleterre pourraient y être mouillés à l’abri de tous les vents. Les oies, les canards, les sarcelles s’y trouvaient en telle abondance, que les matelots étaient las d’en manger. Le défaut de bois est ici général, à l’exception de quelques troncs d’arbres qui flottent le long des côtes et qui y sont portés vraisemblablement du détroit de Magellan.» L’oseille sauvage, le céleri, ces excellents anti-scorbutiques, se rencontraient de tous côtés. Le nombre des loups et des lions marins, ainsi que celui des pingouins, était si considérable, qu’on ne pouvait marcher sur la grève sans les voir fuir en troupes nombreuses. Des animaux semblables au loup, mais qui avaient plutôt la figure du renard, sauf la taille et la queue, attaquèrent plusieurs fois les matelots, qui eurent toutes les peines du monde à se défendre. Il ne serait pas facile de dire comment ils sont venus en cette contrée, éloignée du continent d’au moins cent lieues, ni dans quel endroit ils trouvent un refuge, car ces îles ne produisent, en fait de végétaux, que des joncs, des glaïeuls et pas un seul arbre. Le récit de cette partie du voyage de Byron ne forme, dans la biographie Didot, qu’un tissu inextricable d’erreurs. «La flottille, dit M. Alfred de Lacaze, s’engagea, le 17 février, dans le détroit de Magellan, mais fut forcée de relâcher près du port Famine dans une baie qui prit le nom de port Egmont...» Confusion singulière, qui démontre la légèreté avec laquelle sont parfois rédigés les articles de cet important recueil. Byron prit possession du port Egmont et des îles adjacentes, appelées Falkland, au nom du roi d’Angleterre. Cowley leur avait donné le nom d’îles Pepys, mais, suivant toute probabilité, le premier qui les ait découvertes est le capitaine Davis, en 1592. Deux ans plus tard, sir Richard Hawkins vit une terre qu’on suppose être la même et à laquelle il donna le nom de Virginie, en l’honneur de sa souveraine, la reine Élisabeth. Enfin, des bâtiments de Saint-Malo visitèrent cet archipel. C’est sans doute ce qui lui a fait donner par Frézier le nom d’îles Malouines. Après avoir nommé un certain nombre de rochers, d’îlots et de caps, le 27 janvier Byron quitta le port Egmont et fit voile pour le port Désiré, qu’il atteignit neuf jours plus tard. Il y trouva la -Floride-, vaisseau-transport, qui lui apportait d’Angleterre les vivres et les rechanges nécessaires à sa longue navigation. Mais ce mouillage était trop périlleux, la -Floride- et la -Tamar- étaient en trop mauvais état pour qu’il fût possible de procéder à une opération aussi longue qu’un transbordement. Byron envoya donc sur la -Floride- un de ses bas officiers, qui avait une parfaite connaissance du détroit de Magellan, et mit à la voile avec ses deux conserves pour le port Famine. A plusieurs reprises, il rencontra, dans le détroit, un bâtiment français qui semblait faire la même route que lui. A son retour en Angleterre, il apprit que c’était l’-Aigle-, commandé par M. de Bougainville, qui venait sur la côte de Patagonie faire des coupes de bois nécessaires à la nouvelle colonie française des îles Falkland. Pendant ses différentes escales dans le détroit, l’expédition anglaise reçut la visite de plusieurs hordes de Fuégiens. «Je n’avais pas encore vu, dit Byron, de créatures si misérables. Ils étaient nus, à l’exception d’une peau très puante de loup de mer, jetée sur leurs épaules; ils étaient armés d’arcs et de flèches, qu’ils me présentèrent pour quelques grains de collier et d’autres bagatelles. Les flèches, longues de deux pieds, étaient faites de roseau et armées d’une pierre verdâtre; les arcs, dont la corde était de boyau, avaient trois pieds de longueur. «Quelques fruits, des moules, des débris de poisson pourri, jetés par la tempête sur le rivage, constituaient toute leur nourriture. Il n’y eut guère que les cochons qui voulurent goûter de leurs mets; c’était un gros morceau de baleine déjà en putréfaction et dont l’odeur infectait l’air au loin. L’un d’eux découpait, avec les dents, cette charogne et en présentait les morceaux à ses compagnons, qui les mangeaient avec la voracité de bêtes féroces. «Plusieurs de ces misérables sauvages se déterminèrent à monter à bord. Voulant leur faire fête, un de mes bas officiers joua du violon, et quelques matelots dansèrent. Ils furent enchantés de ce petit spectacle. Impatients d’en marquer leur reconnaissance, l’un d’eux se hâta de descendre dans sa pirogue; il en rapporta un petit sac de peau de loup de mer où était une graisse rouge dont il frotta le visage du joueur de violon. Il aurait bien souhaité me faire le même honneur, auquel je me refusai; mais il fit tous ses efforts pour vaincre ma modestie, et j’eus toutes les peines du monde à me défendre de recevoir la marque d’estime qu’il voulait me donner.» Il n’est pas inutile de rapporter ici l’opinion de Byron, marin expérimenté, sur les avantages et les inconvénients qu’offre la traversée du détroit de Magellan. Il n’est pas d’accord avec la plupart des autres navigateurs qui ont visité ces parages. «Les dangers et les difficultés que nous avons essuyés, dit-il, pourraient faire croire qu’il n’est pas prudent de tenter ce passage et que les vaisseaux qui partent d’Europe, pour se rendre dans la mer du Sud, devraient tous doubler le cap Horn. Je ne suis point du tout de cette opinion, quoique j’aie doublé deux fois le cap Horn. Il est une saison de l’année où, non pas un seul vaisseau, mais toute une flotte peut en trois semaines traverser le détroit, et, pour profiter de la saison la plus favorable, il convient d’y entrer dans le mois de décembre. Un avantage inestimable, qui doit toujours décider les navigateurs, est qu’on y trouve en abondance du céleri, du cochléaria, des fruits, et plusieurs autres végétaux anti-scorbutiques.... Les obstacles que nous eûmes à vaincre et qui nous retinrent dans le détroit, du 17 février au 8 avril, ne peuvent être imputés qu’à la saison de l’équinoxe, saison ordinairement orageuse, et qui, plus d’une fois, mit notre patience à l’épreuve.» Jusqu’au 26 avril, jour où il eut connaissance de Mas-a-fuero, l’une des îles du groupe de Juan-Fernandez, Byron avait fait route au N.-O. Il s’empressa d’y débarquer quelques matelots, qui, après avoir fait provision d’eau et de bois, chassèrent des chèvres sauvages, auxquelles ils trouvèrent un goût aussi délicat qu’à la meilleure venaison d’Angleterre. Durant cette relâche, il se produisit un fait assez singulier. Un violent ressac brisait sur la côte et empêchait les embarcations d’approcher la grève. Bien qu’il fût muni d’une ceinture de sauvetage, l’un des matelots débarqués, qui ne savait pas nager, ne voulut jamais se jeter à la mer pour regagner la chaloupe. Menacé d’être abandonné sur cette île déserte, il se refusait énergiquement à se risquer, lorsqu’un de ses camarades vint lui passer adroitement, autour du corps, une corde à laquelle il avait fait un nœud coulant et dont l’autre bout était resté dans la chaloupe. Lorsqu’il y arriva, le malheureux avait avalé, dit la relation d’Hawkesworth, une si grande quantité d’eau, qu’en le retirant il paraissait être sans vie. On le suspendit par les pieds; il reprit bientôt ses sens, et, le jour suivant, il était parfaitement rétabli. Malgré cette cure, véritablement merveilleuse, nous ne prendrons pas sur nous de la recommander aux Sociétés de sauvetage. En quittant Mas-a-fuero, Byron changea de route, afin de chercher la terre de Davis,--aujourd’hui l’île de Pâques,--que les géographes plaçaient par 27° 30′ et à cent lieues environ à l’ouest de la côte américaine. Huit jours furent consacrés à cette recherche. Byron, n’ayant rien découvert après cette croisière qu’il ne pouvait prolonger plus longtemps, parce qu’il avait l’intention de visiter l’archipel Salomon, fit route au nord-ouest. Le 22 mai, le scorbut apparut sur les vaisseaux et ne tarda pas à faire des progrès alarmants. Par bonheur, le 7 juin, par 14° 58′ de longitude ouest, la terre fut aperçue du haut des mâts. Le lendemain, on se trouvait en présence de deux îles qui semblaient offrir une riante perspective. C’étaient de grands arbres touffus, des arbrisseaux et des bosquets, au milieu desquels circulaient quelques naturels, qui ne tardèrent pas à se réunir sur la plage et à allumer des feux. Byron détacha aussitôt une embarcation pour chercher un mouillage. Elle revint sans avoir trouvé de fond à une encâblure du littoral. Les pauvres scorbutiques, qui s’étaient traînés sur les gaillards, regardaient avec une douloureuse envie cette île fertile, où se trouvait le remède à leurs maux, mais dont la nature leur défendait l’entrée. «Ils voyaient, dit la relation, des cocotiers en abondance, chargés de fruits dont le lait est peut-être le plus puissant antiscorbutique qu’il y ait au monde; ils supposaient avec raison qu’il devait y avoir des limons, des bananes et d’autres fruits des tropiques, et, pour comble de désagrément, ils voyaient des écailles de tortues éparses sur le rivage. Tous ces rafraîchissements, qui les auraient rendus à la vie, n’étaient pas plus à leur portée que s’ils en eussent été séparés par la moitié du globe; mais, en les voyant, ils sentaient plus violemment le malheur d’en être privés.» Byron ne voulut pas prolonger plus longtemps le supplice de Tantale auquel étaient soumis ses malheureux matelots; après avoir donné à ce groupe le nom d’îles du Désappointement, il remit à la voile le 8 juin. Le lendemain même, il eut connaissance d’une nouvelle terre, longue, basse, couverte de cocotiers. Au milieu s’étendait un lagon avec un petit îlot. Ce seul aspect indiquait la formation madréporique de cette terre, simple «attoll» qui n’était pas encore, mais qui allait devenir une île. Aussi l’embarcation, envoyée pour sonder, trouva-t-elle partout une côte accore, aussi escarpée qu’un mur. Pendant ce temps, les indigènes se livraient à des démonstrations hostiles. Deux d’entre eux pénétrèrent même dans l’embarcation. L’un vola la veste d’un matelot, l’autre mit la main à la corne du chapeau du quartier-maître; mais, ne sachant comment s’en emparer, il le tira à lui au lieu de le lever, ce qui permit au quartier-maître de s’opposer à cette tentative. Deux grandes pirogues, montées chacune par une trentaine de rameurs, firent mine alors d’attaquer les chaloupes, mais celles-ci leur donnèrent aussitôt la chasse. Au moment où elles vinrent s’échouer au rivage, une lutte s’engagea, et les Anglais, sur le point d’être accablés par le nombre, durent faire usage de leurs armes. Trois ou quatre insulaires restèrent sur le carreau. [Illustration: L’un d’eux découpait avec les dents... (Page 37.)] Le lendemain, quelques matelots et les scorbutiques qui avaient pu quitter leur hamac descendirent à terre. Les naturels, effrayés par la leçon qu’ils avaient reçue la veille, se tinrent cachés, tandis que les Anglais cueillaient des noix de coco et récoltaient des plantes antiscorbutiques. Ces rafraîchissements leur furent d’un si grand secours, que, peu de jours après, il n’y avait plus un seul malade à bord. Des perroquets, des colombes d’une rare beauté et très familières, d’autres oiseaux inconnus composaient toute la faune de cette île, qui reçut le nom du Roi-Georges. Celle qui fut découverte ensuite fut appelée île du Prince-de-Galles. Toutes ces terres faisaient partie de l’archipel des Pomotou, également appelées îles Basses, nom qui leur convient parfaitement. [Illustration: Seul, un miroir eut le don d’exciter leur étonnement. (Page 47.)] Le 21, nouvelle chaîne d’îles avec ceinture de brisants. Aussi, Byron renonça-t-il à en prendre plus ample connaissance, car il aurait fallu courir plus de risques que l’atterrissement ne promettait d’avantages. Byron les nomma îles du Danger. Six jours plus tard, l’île du Duc d’York fut découverte. Les Anglais n’y rencontrèrent pas d’habitants, mais en tirèrent deux cents noix de coco, qui leur parurent d’un prix inestimable. Un peu plus loin, par 1° 18′ de latitude sud et 173° 46′ de longitude ouest, une île isolée, située à l’est de l’archipel Gilbert, reçut le nom de Byron. La chaleur était alors accablante, et les matelots, affaiblis par ce long voyage, ne mangeant qu’une nourriture insuffisante et malsaine, ne buvant qu’une eau putride, furent presque tous attaqués de la dysenterie. Enfin, le 28 juillet, Byron reconnut avec joie les îles Saypan et Tinian, qui font partie de l’archipel des Mariannes ou des Larrons, et il vint mouiller dans l’endroit même où le lord Anson avait jeté l’ancre avec le -Centurion-. Aussitôt furent dressées les tentes pour les scorbutiques. Presque tous les matelots avaient ressenti les atteintes de cette terrible maladie, plusieurs même étaient à toute extrémité. Le commandant entreprit alors de pénétrer dans les bois épais qui descendaient jusqu’à l’extrême limite du rivage, pour y chercher ces paysages délicieux dont on lit les descriptions enchanteresses dans le récit du chapelain de lord Anson. Qu’ils étaient loin de la réalité, ces récits enthousiastes! De tous côtés, c’étaient des forêts impénétrables, des fouillis de plantes, de ronces ou d’arbustes enchevêtrés, qu’on ne pouvait traverser sans laisser, à chaque pas, des lambeaux de ses vêtements. En même temps, des nuées de moustiques s’abattaient sur les explorateurs et les piquaient cruellement. Le gibier était rare, farouche, l’eau détestable, la rade on ne peut plus dangereuse en cette saison. La relâche s’annonçait donc sous de mauvais auspices. Cependant, on finit par découvrir des limons, des oranges amères, des cocos, le fruit à pain, des goyaves et quelques autres fruits. Si ces productions offraient des ressources excellentes pour les scorbutiques, qu’elles eurent bientôt remis sur pied, l’air, chargé d’émanations marécageuses, détermina des accès de fièvre si violents, que deux matelots en moururent. De plus, la pluie ne cessait de tomber, et la chaleur était accablante. «J’avais été, dit Byron, sur les côtes de Guinée, aux Indes Occidentales et dans l’île Saint-Thomas, qui est sous la ligne, et jamais je n’avais éprouvé une si vive chaleur.» Toutefois, on parvenait à se procurer assez facilement de la volaille et des cochons sauvages, pesant ordinairement deux cents livres; mais il fallait consommer ces viandes sur place, sinon elles étaient pourries au bout d’une heure. Enfin, le poisson qu’on prenait sur cette côte était si malsain, que tous ceux qui en mangèrent, même sobrement, furent très dangereusement malades et coururent risque de la vie. Le 1er octobre, les deux bâtiments, amplement pourvus de rafraîchissements et de provisions, quittèrent la rade de Tinian, après un séjour de neuf semaines. Byron reconnut l’île d’Anatacan, déjà vue par Anson, et continua à faire route au nord, dans l’espoir de rencontrer la mousson du N.-E. avant d’arriver aux Bashees, archipel qui forme l’extrémité nord des Philippines. Le 22, il aperçut l’île Grafton, la plus septentrionale de ce groupe, et, le 3 novembre, il atteignit l’île de Timoan, que Dampier avait signalée comme un lieu où l’on pouvait se procurer facilement des rafraîchissements. Mais les habitants, qui sont de race malaise, repoussèrent avec mépris les haches, les couteaux et les instruments de fer qu’on leur offrait en échange de quelques volailles. Ils voulaient des roupies. Ils finirent cependant par se contenter de quelques mouchoirs pour prix d’une douzaine de volailles, d’une chèvre et de son chevreau. Par bonheur, la pêche fut abondante, car il fut à peu près impossible de se procurer des vivres frais. Byron remit donc à la voile le 7 novembre, passa au large de Poulo-Condor, relâcha à Poulo-Taya, où il rencontra un sloop portant pavillon hollandais, mais sur lequel ne se trouvaient que des Malais. Puis, il atteignit Sumatra, dont il rangea la côte, et laissa tomber l’ancre, le 28 novembre, à Batavia, siège principal de la puissance hollandaise aux Indes Orientales. Sur la rade, il y avait alors plus de cent vaisseaux, grands ou petits, tant florissait, à cette époque, le commerce de la Compagnie des Indes. La ville était dans toute sa prospérité. Ses rues larges et bien percées, ses canaux admirablement entretenus et bordés de grands arbres, ses maisons régulières, lui donnaient un aspect qui rappelait singulièrement les villes des Pays-Bas. Portugais, Chinois, Anglais, Hollandais, Persans, Maures et Malais s’y croisaient sur les promenades et dans les quartiers d’affaires. Les fêtes, les réceptions, les plaisirs de tout genre donnaient à l’étranger une haute idée de la prospérité de cette ville, et contribuaient à en rendre le séjour agréable. Le seul inconvénient,--et il était considérable pour des équipages qui venaient de faire une si longue campagne,--était l’insalubrité du lieu, où les fièvres sont endémiques. Byron, qui le savait, se hâta d’embarquer ses approvisionnements et remit à la voile, après douze jours de relâche. Si court qu’eût été ce séjour, il avait encore été trop long. Les bâtiments venaient à peine de franchir le détroit de la Sonde, qu’une terrible fièvre putride coucha sur les cadres la moitié de l’équipage et détermina la mort de trois matelots. Le 10 février, après quarante-huit jours de navigation, Byron aperçut la côte d’Afrique, et jeta l’ancre trois jours plus tard dans la baie de la Table. La ville du Cap lui fournit toutes les ressources dont on pouvait avoir besoin. Vivres, eau, médicaments, tout fut embarqué avec une rapidité qu’expliquait l’impatience du retour, et la proue des navires fut enfin dirigée vers les rives de la patrie. Deux incidents marquèrent la traversée de l’Atlantique: «A la hauteur de Sainte-Hélène, dit Byron, par un beau temps et un vent frais, à une distance considérable de la terre, le vaisseau reçut une secousse aussi rude que s’il eût donné sur un banc. La violence de ce mouvement nous alarma tous, et nous courûmes sur le pont. Nous vîmes la mer se teindre de sang sur une très grande étendue, ce qui dissipa nos craintes. Nous en conclûmes que nous avions touché sur une baleine ou sur un grampus, et que, vraisemblablement, notre vaisseau n’en avait reçu aucun dommage, ce qui était vrai.» Enfin, quelques jours plus tard, la -Tamar- se trouvait dans un tel état de délabrement, des avaries si graves étaient survenues à son gouvernail, qu’on fut obligé d’inventer une machine pour le remplacer et l’aider à gagner les Antilles, car c’eût été trop risquer que de lui faire continuer le voyage. Le 9 mai 1766, le -Dauphin- jetait l’ancre aux Dunes, après un voyage autour du monde qui avait duré près de vingt-trois mois. De toutes les circumnavigations qu’avaient tentées les Anglais, celle-ci était la plus heureuse. Jusqu’à cette époque, aucun voyage purement scientifique n’avait été essayé. Si les résultats n’en furent pas aussi féconds qu’on pouvait l’espérer, il faut s’en prendre, non au commandant qui fit preuve d’habileté, mais bien plutôt aux lords de l’Amirauté, dont les instructions ne furent pas assez précises et qui n’eurent pas le soin d’embarquer, comme on le fit plus tard, des savants spéciaux pour les diverses branches de la science. Au reste, pleine justice fut rendue à Byron. On lui conféra le titre d’amiral, et on lui donna un commandement important dans les Indes Orientales. Mais cette dernière partie de sa vie, qui finit en 1686, n’est pas de notre ressort. Nous n’en parlerons donc pas. II Wallis et Carteret.--Préparatifs de l’expédition.--Pénible navigation dans le détroit de Magellan. Séparation du -Dauphin- et du -Swallow-.--L’île Whitsunday.--L’île de la Reine-Charlotte.--Iles Cumberland, Henri, etc.--Tahiti.--Les îles Howe, Boskaven et Keppel.--L’île Wallis.--Batavia.--Le Cap.--Les Dunes.--Découverte des îles Pitcairn, Osnabruck, Glocester, par Carteret.--L’archipel Santa-Cruz.--Les îles Salomon.--Le canal Saint-Georges et la Nouvelle-Irlande.--Les îles Portland et de l’Amirauté.--Macassar et Batavia. --Rencontre de Bougainville dans l’Atlantique. L’élan était enfin donné, et l’Angleterre entrait dans la voie de ces grandes expéditions scientifiques qui devaient être si fécondes et porter si haut la réputation de sa marine. Quelle admirable école, que ces voyages de circumnavigation, où les équipages, officiers et matelots, sont à toute heure en présence de l’imprévu, où les qualités du marin, du militaire, de l’homme même trouvent à s’exercer! Si, pendant les guerres de la Révolution et de l’Empire, la marine anglaise nous écrasa presque toujours de sa supériorité, ne faut-il pas l’attribuer autant à ce que ses matelots s’étaient formés à cette rude besogne qu’aux déchirements de notre patrie, qui nous avaient privés des services de presque tout l’état-major maritime? Quoiqu’il en soit, l’Amirauté anglaise organisa, aussitôt le retour de Byron, une nouvelle expédition. Il semble même qu’elle ait mis beaucoup trop de hâte dans ses préparatifs. Le -Dauphin- était rentré aux Dunes au commencement de mai, et six semaines après, le 19 juin, le capitaine Samuel Wallis en recevait le commandement. Cet officier, après avoir conquis tous ses grades dans la marine militaire, avait exercé un important commandement au Canada et contribué à la prise de Louisbourg. Quelles furent les qualités qui le recommandèrent, plus que tel autre de ses compagnons d’armes, au choix de l’Amirauté pour une expédition de ce genre? nous ne le savons; mais les nobles lords n’eurent pas lieu de se repentir du choix qu’ils avaient fait. Wallis procéda sans retard aux réparations dont le -Dauphin- avait besoin, et, le 21 août, c’est-à-dire moins d’un mois après avoir reçu sa commission, il rejoignit, sur la rade de Plymouth, le sloop -Swallow- et la flûte -Prince-Frédéric-. De ces deux bâtiments, le second était commandé par le lieutenant Brine; le premier avait pour capitaine Philippe Carteret, officier des plus distingués, qui venait d’accomplir le tour du monde avec le commodore Byron, et dont ce second voyage allait tout particulièrement accroître la réputation. Malheureusement, le -Swallow- semblait peu propre à la campagne qu’on allait exiger de lui. Ayant déjà trente ans de services, ce bâtiment était très légèrement doublé, sa quille n’était même pas garnie de clous qui, à défaut d’un doublage, auraient pu le défendre des vers; enfin, les vivres et les marchandises d’échange furent si singulièrement répartis, que le -Swallow- n’en reçut qu’une quantité bien moindre que le -Dauphin-. Vainement Carteret réclama du fil de caret, une forge, du fer et différents objets qu’il savait par expérience lui devoir être indispensables. L’Amirauté répondit que le vaisseau et l’armement étaient très propres à l’usage qu’on en attendait. Cette réponse confirma Carteret dans l’idée qu’il n’irait pas plus loin que les îles Falkland. Il n’en prit pas moins toutes les mesures que son expérience lui dictait. Dès que le chargement fut complet, c’est-à-dire le 22 août 1766, les navires mirent à la voile. Il ne fallut pas longtemps à Wallis pour s’apercevoir que le -Swallow- était aussi mauvais voilier que possible et qu’il lui réservait plus d’un embarras pendant la campagne. Cependant, nul incident ne vint marquer la traversée jusqu’à Madère, où les bâtiments s’arrêtèrent pour remplacer les provisions déjà consommées. En quittant ce port, le commandant remit à Carteret copie de ses instructions et lui assigna le port Famine, dans le détroit de Magellan, pour lieu de rendez-vous, dans le cas où ils viendraient à être séparés. Le séjour au port Praya, dans l’île Santiago, fut abrégé, parce que la petite vérole y faisait de grands ravages, et Wallis empêcha même ses équipages de descendre à terre. Peu de temps après avoir passé l’équateur, le -Prince-Frédéric- fit signal d’avarie, et il fallut lui envoyer le charpentier pour aveugler une voie d’eau sous la joue de bâbord. Ce bâtiment, dont les vivres étaient de mauvaise qualité, comptait déjà un grand nombre de malades. Le 19 novembre, vers 8 heures du soir, les équipages aperçurent dans le N.-E. un météore d’une apparence très extraordinaire, qui courut horizontalement vers le S.-O. avec une prodigieuse rapidité. Pendant près d’une minute, il fut visible, et il laissa derrière lui une traînée de lumière si vive, que le tillac en fut éclairé comme en plein midi. Le 8 décembre fut enfin reconnue la côte de la Patagonie. Wallis la longea jusqu’au cap de la Vierge-Marie, où il descendit à terre avec des détachements armés du -Swallow- et du -Prince-Frédéric-. Une troupe d’indigènes, qui les attendait sur le rivage, reçut, avec des témoignages de satisfaction, les couteaux, les ciseaux et les autres bagatelles qu’on a l’habitude de distribuer en semblable occurrence; mais ils ne voulurent céder à aucun prix les guanaques, les autruches et le peu de gibier qu’on vit entre leurs mains. «Nous prîmes, dit Wallis, la mesure de ceux qui étaient les plus grands. L’un d’eux avait six pieds six pouces, plusieurs avaient cinq pieds cinq pouces, mais la taille du plus grand nombre était de cinq pieds six pouces ou six pieds.» Notez qu’il s’agit ici de pieds anglais, qui ne sont que de 305 millimètres. Si la taille de ces naturels n’égalait pas celle des géants dont avaient parlé les premiers voyageurs, elle n’en était pas moins très extraordinaire. «Chacun, ajoute la relation, avait à sa ceinture une arme de trait singulière: c’étaient deux pierres rondes couvertes de cuir et pesant chacune environ une livre, qui étaient attachées aux deux bouts d’une corde d’environ huit pieds de long. Ils s’en servent comme d’une fronde, en tenant une des pierres dans la main et en faisant tourner l’autre autour de la tête jusqu’à ce qu’elle ait acquis une force suffisante; alors, ils la lancent contre l’objet qu’ils veulent atteindre. Ils sont si adroits à manier cette arme, qu’à la distance de quinze verges, ils peuvent frapper des deux pierres à la fois un but qui n’est pas plus grand qu’un shilling. Ce n’est cependant pas leur usage d’en frapper le guanaque ni l’autruche quand ils font la chasse à ces animaux.» Wallis emmena huit de ces Patagons à son bord. Ces sauvages ne se montrèrent pas aussi surpris qu’on l’aurait cru, à la vue de tant d’objets extraordinaires et nouveaux pour eux. Seul, un miroir eut le don d’exciter leur étonnement. Ils avançaient, reculaient, faisaient mille tours et grimaces devant la glace, riaient aux éclats et se parlaient avec animation les uns aux autres. Les cochons vivants les arrêtèrent un moment; mais ils s’amusèrent surtout à regarder les poules de Guinée et les dindons. On eut beaucoup de peine à les décider à quitter le vaisseau. Ils regagnèrent pourtant le rivage, en chantant et en faisant des signes de joie à leurs compatriotes qui les attendaient sur la grève. [Illustration: CARTE DE LA =POLYNÉSIE=. Gravé par E. Morieu.] Le 17 décembre, Wallis fit signal au -Swallow- de prendre la tête de l’escadrille pour pénétrer dans le détroit de Magellan. Au port Famine, le commandant fit dresser à terre deux grandes tentes pour les malades, les coupeurs de bois et les voiliers. Du poisson en quantité suffisante pour en faire un repas chaque jour, une grande abondance de céleri et des fruits acides semblables à la canneberge et à l’épine-vinette, telles furent les ressources qu’offrit cette relâche, et qui, en moins de quinze jours, remirent complètement sur pied les nombreux scorbutiques du bord. Quant aux bâtiments, ils furent radoubés et calfatés en partie, les voiles raccommodées, les agrès et les manœuvres, qui avaient considérablement fatigué, dépassés et visités, et l’on fut bientôt en état de reprendre la mer. Mais, auparavant, Wallis fit couper une grande quantité de bois, que l’on chargea sur le -Prince-Frédéric- pour être transporté aux îles Falkland, où il n’en pousse pas. Il fit en même temps arracher avec le plus grand soin plusieurs milliers de jeunes arbres, dont les racines furent entourées d’une motte de terre afin de faciliter leur transplantation au port Egmont,--ce qui devait fournir, s’ils reprenaient, comme il y avait lieu de l’espérer, une ressource précieuse pour cet archipel déshérité. Enfin, les provisions de la flûte furent réparties sur le -Dauphin- et le -Swallow-. Le premier en prit pour un an et le second pour dix mois. [Illustration: Des indigènes tenaient à la main des rameaux de bananiers. (Page 53.)] Nous ne nous étendrons pas sur les divers incidents qui marquèrent la navigation des deux bâtiments dans le détroit de Magellan, tels que coups de vent imprévus, tempêtes et rafales de neige, courants incertains et rapides, grandes marées et brouillards, qui mirent plus d’une fois les deux navires à deux doigts de leur perte. Le -Swallow-, surtout, était dans un état de délabrement si fâcheux, que le capitaine Carteret pria Wallis de considérer que son navire ne pouvait plus être utile à l’expédition, et de lui prescrire ce qui serait le plus avantageux au bien public. «Les ordres de l’Amirauté sont formels, répondit Wallis, vous devez vous y conformer et accompagner le -Dauphin- tant qu’il sera possible. Je sais que le -Swallow- est mauvais voilier, je prendrai donc son temps et suivrai ses mouvements, car il importe que, si l’un des deux bâtiments éprouve quelque accident, l’autre soit à portée de lui donner toute l’assistance en son pouvoir.» Carteret n’avait rien à répondre; il se tut, mais il augurait mal de la fin de l’expédition. Lorsque les bâtiments s’approchèrent de l’ouverture du détroit sur le Pacifique, le temps devint détestable. Une brume épaisse, des rafales de neige et de pluie, des courants qui chassaient les navires sur des brisants, une mer démontée, tels furent les obstacles qui retinrent les navigateurs dans le détroit jusqu’au 10 avril. Ce jour-là, à la hauteur du cap Pilar, le -Dauphin- et le -Swallow- furent séparés et ne se retrouvèrent plus, Wallis ayant négligé de fixer un lieu de rendez-vous en cas de séparation. Avant de suivre Wallis dans son voyage à travers le Pacifique, nous donnerons avec lui quelques détails sur les misérables habitants de la Terre de Feu et sur l’aspect général du pays. Aussi grossiers, aussi misérables que possible, ces naturels se nourrissaient de la chair crue des veaux marins et des pingouins. «Un de nos gens, qui pêchait à la ligne, dit Wallis, donna à l’un de ces Américains un poisson vivant qu’il venait de prendre et qui était un peu plus gros qu’un hareng. L’Américain le prit avec l’avidité d’un chien à qui on donne un os. Il tua d’abord le poisson en lui donnant un coup de dents près des ouïes et se mit à le manger en commençant par la tête et en allant jusqu’à la queue, sans rejeter les arêtes, les nageoires, les écailles ni les boyaux.» Au reste, ces indigènes avalaient tout ce qu’on leur donnait, que ce fût cru ou cuit, frais ou salé, mais ils ne voulurent jamais boire que de l’eau. Ils n’avaient pour se couvrir qu’une misérable peau de phoque, leur tombant jusqu’aux genoux. Leurs armes n’étaient que des javelines armées d’un os de poisson. Tous avaient les yeux malades, ce que les Anglais attribuèrent à leur habitude de vivre au milieu de la fumée pour se garantir des moustiques. Enfin, ils exhalaient une odeur insupportable, comparable à celle des renards, et qui provenait, sans doute, de leur excessive malpropreté. Pour n’être pas engageant, ce tableau n’en est pas moins d’une ressemblance frappante, comme tous les voyageurs ont pu le constater. Il semble, pour ces sauvages si voisins de la brute, que le monde n’ait pas marché. Les progrès de la civilisation sont pour eux lettre morte, et ils continuent à végéter misérablement comme leurs pères, sans souci d’améliorer leur existence, sans éprouver le besoin d’un plus grand confortable. «Nous quittâmes ainsi, dit Wallis, cette sauvage et inhabitable région, où, pendant près de quatre mois, nous fûmes presque sans cesse en danger de faire naufrage, où, au milieu de l’été, le temps était nébuleux, froid et orageux, où presque partout les vallées étaient sans verdure et les montagnes sans bois, enfin, où la terre qui se présente à la vue ressemble plus aux ruines d’un monde qu’à l’habitation d’êtres animés.» A peine hors du détroit, Wallis fit route à l’ouest avec des vents impétueux, des brouillards intenses et une si grosse mer, que, pendant plusieurs semaines de suite, il n’y eut pas un seul endroit sec sur le vaisseau. Cette humidité constante engendra des rhumes et de grosses fièvres, auxquelles succéda bientôt le scorbut. Lorsqu’il eut atteint 32° de latitude sud et 100° de longitude ouest, le navigateur piqua droit au nord. Le 6 juin, deux îles furent découvertes à la joie générale. Les canots, aussitôt armés et équipés, gagnèrent le rivage sous la conduite du 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 51 52 53 54 55 56 57 58 59 60 61 62 63 64 65 66 67 68 69 70 71 72 73 74 75 76 77 78 79 80 81 82 83 84 85 86 87 88 89 90 91 92 93 94 95 96 97 98 99 100 101 102 103 104 105 106 107 108 109 110 111 112 113 114 115 116 117 118 119 120 121 122 123 124 125 126 127 128 129 130 131 132 133 134 135 136 137 138 139 140 141 142 143 144 145 146 147 148 149 150 151 152 153 154 155 156 157 158 159 160 161 162 163 164 165 166 167 168 169 170 171 172 173 174 175 176 177 178 179 180 181 182 183 184 185 186 187 188 189 190 191 192 193 194 195 196 197 198 199 200 201 202 203 204 205 206 207 208 209 210 211 212 213 214 215 216 217 218 219 220 221 222 223 224 225 226 227 228 229 230 231 232 233 234 235 236 237 238 239 240 241 242 243 244 245 246 247 248 249 250 251 252 253 254 255 256 257 258 259 260 261 262 263 264 265 266 267 268 269 270 271 272 273 274 275 276 277 278 279 280 281 282 283 284 285 286 287 288 289 290 291 292 293 294 295 296 297 298 299 300 301 302 303 304 305 306 307 308 309 310 311 312 313 314 315 316 317 318 319 320 321 322 323 324 325 326 327 328 329 330 331 332 333 334 335 336 337 338 339 340 341 342 343 344 345 346 347 348 349 350 351 352 353 354 355 356 357 358 359 360 361 362 363 364 365 366 367 368 369 370 371 372 373 374 375 376 377 378 379 380 381 382 383 384 385 386 387 388 389 390 391 392 393 394 395 396 397 398 399 400 401 402 403 404 405 406 407 408 409 410 411 412 413 414 415 416 417 418 419 420 421 422 423 424 425 426 427 428 429 430 431 432 433 434 435 436 437 438 439 440 441 442 443 444 445 446 447 448 449 450 451 452 453 454 455 456 457 458 459 460 461 462 463 464 465 466 467 468 469 470 471 472 473 474 475 476 477 478 479 480 481 482 483 484 485 486 487 488 489 490 491 492 493 494 495 496 497 498 499 500 501 502 503 504 505 506 507 508 509 510 511 512 513 514 515 516 517 518 519 520 521 522 523 524 525 526 527 528 529 530 531 532 533 534 535 536 537 538 539 540 541 542 543 544 545 546 547 548 549 550 551 552 553 554 555 556 557 558 559 560 561 562 563 564 565 566 567 568 569 570 571 572 573 574 575 576 577 578 579 580 581 582 583 584 585 586 587 588 589 590 591 592 593 594 595 596 597 598 599 600 601 602 603 604 605 606 607 608 609 610 611 612 613 614 615 616 617 618 619 620 621 622 623 624 625 626 627 628 629 630 631 632 633 634 635 636 637 638 639 640 641 642 643 644 645 646 647 648 649 650 651 652 653 654 655 656 657 658 659 660 661 662 663 664 665 666 667 668 669 670 671 672 673 674 675 676 677 678 679 680 681 682 683 684 685 686 687 688 689 690 691 692 693 694 695 696 697 698 699 700 701 702 703 704 705 706 707 708 709 710 711 712 713 714 715 716 717 718 719 720 721 722 723 724 725 726 727 728 729 730 731 732 733 734 735 736 737 738 739 740 741 742 743 744 745 746 747 748 749 750 751 752 753 754 755 756 757 758 759 760 761 762 763 764 765 766 767 768 769 770 771 772 773 774 775 776 777 778 779 780 781 782 783 784 785 786 787 788 789 790 791 792 793 794 795 796 797 798 799 800 801 802 803 804 805 806 807 808 809 810 811 812 813 814 815 816 817 818 819 820 821 822 823 824 825 826 827 828 829 830 831 832 833 834 835 836 837 838 839 840 841 842 843 844 845 846 847 848 849 850 851 852 853 854 855 856 857 858 859 860 861 862 863 864 865 866 867 868 869 870 871 872 873 874 875 876 877 878 879 880 881 882 883 884 885 886 887 888 889 890 891 892 893 894 895 896 897 898 899 900 901 902 903 904 905 906 907 908 909 910 911 912 913 914 915 916 917 918 919 920 921 922 923 924 925 926 927 928 929 930 931 932 933 934 935 936 937 938 939 940 941 942 943 944 945 946 947 948 949 950 951 952 953 954 955 956 957 958 959 960 961 962 963 964 965 966 967 968 969 970 971 972 973 974 975 976 977 978 979 980 981 982 983 984 985 986 987 988 989 990 991 992 993 994 995 996 997 998 999 1000