Berlin-.
Après dix jours de séjour à Cuenca, Humboldt gagna le district de
Jaen, leva la carte du Marañon, jusqu’au Rio-Napo, et combla, grâce
aux observations astronomiques qu’il put faire, le -desideratum-
que présentait la carte levée par La Condamine. Le 23 octobre 1802,
Humboldt faisait son entrée à Lima, où il put observer avec succès le
passage de Mercure.
Après un séjour d’un mois dans cette capitale, il partit pour Guyaquil,
d’où il se rendit par mer à Acapulco, dans la Nouvelle-Espagne.
[Illustration: MONDE CONNU ET INCONNU A LA FIN DU XVIIIe SIÈCLE. -Gravé
par E. Morieu, 28 r. de Bréa, Paris.-]
La masse prodigieuse de notes que Humboldt recueillit pendant l’année
qu’il résida dans ce pays, et qui le mirent à même de publier son
-Essai sur la Nouvelle-Espagne-, suffirait à prouver, s’il en était
besoin, après ce que nous avons dit de ses courses antérieures, quelle
était sa passion de s’instruire, quelles étaient son indomptable
énergie et sa prodigieuse faculté de travail.
Tout à la fois, il s’occupait des antiquités et de l’histoire du
Mexique; il étudiait le caractère, les mœurs et la langue des
habitants; en même temps, il faisait des observations d’histoire
naturelle, de physique, de chimie, d’astronomie et de géographie. Cette
universalité est véritablement merveilleuse.
Les mines de Tasco, de Moran, de Guanajuato, qui produisent plusieurs
millions de piastres par an, attirent tout d’abord l’attention de
Humboldt, dont les premières études avaient porté sur la géologie. Puis
il observe le volcan de Jerullo, qui, le 29 septembre 1759, au milieu
d’une plaine immense, à trente-six lieues de la mer, à plus de quarante
lieues de tout foyer volcanique, avait jailli de la terre et formé une
montagne de cendres et de scories haute de dix-sept cents pieds.
A Mexico, les deux voyageurs trouvèrent toutes les ressources
nécessaires pour mettre en ordre les collections immenses qu’ils
avaient réunies, pour classer et coordonner leurs observations, pour
préparer l’atlas géologique qu’ils allaient publier.
Enfin, au mois de janvier 1804, ils quittèrent cette ville afin de
reconnaître le versant oriental des Cordillères et mesurer les deux
volcans gigantesques de Puebla.
Humboldt, après cette dernière exploration, descendit à la Vera-Cruz,
fut assez heureux pour échapper à la fièvre jaune qui dévastait la
contrée, gagna la Havane, où il avait, en 1800, déposé la meilleure
partie de ses collections, consacra quelques semaines, à Philadelphie,
à l’étude nécessairement sommaire de la constitution politique des
États-Unis, et revint en Europe au mois d’août 1804.
Les résultats des voyages de Humboldt étaient tels, qu’on peut dire
qu’il est le véritable découvreur de l’Amérique équinoxiale. Avant
lui, on exploitait cette terre sans la connaître, et quantité des
innombrables richesses qu’elle produit étaient absolument ignorées. Il
faut le proclamer hautement, jamais voyageur n’avait fait accomplir un
tel pas à la géographie physique et à toutes les sciences qui en sont
voisines. Humboldt est le type accompli du voyageur.
FIN DES GRANDS NAVIGATEURS DU XVIIIe SIÈCLE
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