Les naturels, petits, au corps ramassé quoique assez bien proportionné,
au visage rond et aplati, sont assez disgracieux. Des yeux petits,
enfoncés et chassieux, ainsi que des pommettes saillantes, ne
contribuent pas à les embellir. Quant à la couleur de leur peau, il
est assez difficile de la démêler sous l’épaisse couche de crasse
et le mélange de substances noires et rouges qui la recouvrent.
Leur chevelure, dure, épaisse, hirsute, couverte d’ocre, de duvet
d’oiseaux et de toutes les ordures que la négligence et le temps y ont
accumulées, contribue encore à rendre leur aspect hideux.
Moins noires que les hommes, les femmes sont encore plus laides; leur
taille épaisse, courte, leurs pieds tournés en dedans, leur saleté
inouïe en font des êtres repoussants. La coquetterie, qui est innée
chez la femme, les a déterminées, pour ajouter à leur beauté naturelle,
à employer un ornement labial aussi bizarre qu’incommode, dont nous
avons déjà dit quelques mots, à propos du séjour de Cook dans les mêmes
parages.
«On pratique, à environ six lignes au-dessous de la lèvre inférieure,
par le moyen d’une incision, une fente longitudinale parallèle à la
bouche; on y insère, dans le principe, une brochette de fer ou de
bois et l’on augmente graduellement, et de temps à autre, le volume
de ce corps étranger, en suivant le progrès de l’âge. On parvient
enfin à y introduire une pièce de bois proprement travaillée, dont
la forme et la grandeur sont à peu près celles du cuilleron d’une
cuiller à bouche. L’effet de cet ornement est de rabattre, par le
poids de sa partie saillante, la lèvre inférieure sur le menton, de
développer les charmes d’une grande bouche béante, qui prend la forme
de celle d’un four, et de mettre à découvert une rangée de dents
jaunes et sales. Comme ce cuilleron s’ôte et se replace à volonté,
lorsqu’il est supprimé, la fente transversale de la lèvre présente
une seconde bouche, qui, par son ouverture, ne le cède point à la
bouche naturelle, et, chez quelques femmes, elle a plus de trois
pouces de longueur.»
Le -Solide- quitta la baie de Tchinkitané, le 21 août, et se dirigea
dans le sud-est pour reconnaître les îles de la Reine-Charlotte, vues,
en 1786, par La Pérouse. Elles s’étendent sur une longueur d’à peu
près soixante-dix lieues. Le 23, Étienne Marchand aperçut la baie des
Manteaux (Cloak-Bay de Dixon), dont la reconnaissance fut faite avec le
plus grand soin par le capitaine Chanal.
Le lendemain, les chaloupes entrèrent dans le canal de Cox et
traitèrent de l’achat de quelques pelleteries avec les Indiens.
L’étonnement des navigateurs fut grand à la vue de deux immenses
tableaux, peints très anciennement, et de sculptures gigantesques, qui,
pour n’avoir que les plus lointains rapports avec les chefs-d’œuvre de
la Grèce, n’en témoignaient pas moins de goûts artistes qu’on était
loin d’attendre de ces populations misérables.
Les terres qui forment la baie et le détroit de Cox sont basses et
couvertes de sapins. Le sol, composé de débris de plantes et de
rochers, ne paraît pas avoir grande profondeur, et les productions sont
les mêmes qu’à Tchinkitané.
Le nombre des habitants peut être évalué à quatre cents. Leur taille ne
diffère pas sensiblement de celle des Européens. Ils sont moins hideux
que les Tchinkitanéens.
Comme cette relâche dans la Cloak-Bay ne produisait pas le nombre
de fourrures sur lequel Marchand avait compté, il expédia, sous le
commandement du capitaine Chanal, une embarcation qui visita les îles
situées au sud. Cette reconnaissance eut pour but de relever la plupart
de ces îles qui n’avaient pas encore été visitées. Seul le vaisseau
de Dixon avait parcouru ces parages, mais personne de son équipage
n’était descendu à terre. Il ne faut donc pas s’étonner si beaucoup
de ses assertions furent démenties ou rectifiées par cet examen plus
approfondi.
Après avoir vu l’entrée de Nootka, on se rendit à celle de Berkley;
mais, au moment où le -Solide- allait y pénétrer, apparut un
trois-mâts qui, par la route qu’il tenait, annonçait devoir visiter le
littoral au sud, ce que se promettait de faire le capitaine Marchand.
Cette découverte engagea le navigateur français à gagner aussitôt les
côtes de la Chine, afin de s’y défaire de sa cargaison, avant que le
vaisseau qu’il venait d’apercevoir eût eu le temps de s’y rendre et de
lui faire concurrence.
La meilleure route à suivre était celle des îles Sandwich, et, le 5
octobre, les Français purent apercevoir les sommets des Mauna-Loa et
Mauna-Koa entièrement libres de neige,--ce qui est en contradiction
formelle avec l’assertion du capitaine King.
Dès que l’île O-Whyhee eut été reconnue, Marchand prit le sage parti de
faire tous ses achats sous voiles. Il tira de cette île des cochons,
des volailles, des cocos, des bananes et d’autres fruits, parmi
lesquels on fut heureux de reconnaître des citrouilles et des melons
d’eau, provenant sans doute des graines semées par le capitaine Cook.
Quatre jours furent consacrés à l’acquisition de ces rafraîchissements;
puis on suivit la route de la Chine en prenant connaissance de Tinian,
l’une des Mariannes.
On se rappelle combien était enchanteur le tableau tracé de cette île
par le commodore Anson. Byron, avons-nous dit, avait été tout étonné
de lui trouver un aspect tout différent. C’est qu’une cinquantaine
d’années auparavant, Tinian était florissante et comptait trente mille
habitants. Mais une maladie épidémique, apportée par les conquérants
espagnols, avait décimé la population, dont les misérables restes
furent bientôt arrachés à cette terre pour être transportés à Guaham.
Marchand ne débarqua pas à Tinian, dont la nature sauvage avait repris
possession, au dire de tous les voyageurs qui y avaient relâché
depuis Byron, et il manœuvra pour prendre connaissance de la pointe
méridionale de Formose.
A Macao, qu’il avait atteinte le 28 novembre, Marchand apprit des
nouvelles qui le déconcertèrent. Le gouvernement chinois venait de
prohiber, sous les peines les plus sévères, toute introduction de
fourrures dans les ports du midi de l’empire. Était-ce une clause
ignorée de quelque traité secret conclu avec la Russie? Cette défense
était-elle due à l’avarice et à la cupidité de quelques mandarins?
On ne sait; mais ce qui est certain, c’est qu’il était absolument
impossible de l’enfreindre.
Marchand écrivit aux représentants de la maison Baux, à Canton. La même
prohibition existait dans cette ville, et il ne fallait pas songer à
remonter à Whampoa, où le navire serait taxé à des droits dont le total
ne s’élèverait pas à moins de six mille piastres.
Étienne Marchand n’avait plus qu’à gagner l’île de France et, de là,
Marseille, son port d’armement. C’est ce qu’il fit. Nous n’avons aucune
raison pour nous arrêter sur ce voyage de retour, qui ne présenta que
les incidents ordinaires à toutes les traversées de ce genre.
Quels étaient les résultats scientifiques du voyage? Peu considérables
au point de vue géographique, ils se décomposaient de la manière
suivante: Découverte de la partie des îles Marquises qui avait échappé
à Cook et à ses prédécesseurs, reconnaissance plus approfondie du
pays, des mœurs et des usages des habitants de Santa-Christina dans le
même archipel, des baies Tchinkitané et des Manteaux, de l’archipel
de la Reine-Charlotte à la côte d’Amérique. C’eût été bien peu pour
une expédition officielle, c’était beaucoup pour un navire armé par de
simples particuliers. En même temps, les capitaines Marchand, Chanal et
Masse avaient si bien su mettre à profit les nouvelles méthodes, ils
avaient étudié avec tant de fruit les relations de leurs devanciers,
qu’ils étaient parvenus à donner à leur route une précision que bien
peu de navigateurs avaient pu atteindre. A leur tour, ils allaient
contribuer à l’instruction de leurs successeurs par l’exactitude de
leurs cartes et de leurs relevés.
Les circonstances ne devaient pas être aussi favorables, il s’en
faut, pour la publication du récit d’une expédition scientifique que
le gouvernement français allait envoyer, quelques années plus tard,
dans le but de reconnaître les côtes de l’Australie. Bien que les
résultats de la campagne du capitaine Nicolas Baudin aient été des plus
abondants, il semble que, jusqu’à ce jour, le mauvais sort se soit
attaché à cette expédition, et que tous les dictionnaires biographiques
et les relations de voyage se soient donné le mot pour en parler aussi
peu que possible.
Depuis le jour où Tasman avait reconnu la côte occidentale de la
Nouvelle-Hollande, bien des progrès avaient été accomplis pour la
connaissance de cet immense continent mystérieux. Cook avait relevé
la côte orientale tout entière, signalé le détroit de l’Endeavour et
chaudement recommandé à son gouvernement les avantages qu’on pourrait
tirer d’un établissement à la baie Botanique. En 1788, Phillip avait
jeté, avec ses convicts, les premiers fondements de Port-Jackson et de
la puissance anglaise dans cette cinquième partie du monde.
En 1795 et 1796, le midshipman Flinders et le chirurgien Bass, avec une
chétive embarcation, le -Tom-Pouce-, avaient exploré sur une longueur
de vingt milles la rivière Georges et reconnu en détail une longue
suite de côtes.
En 1797, Bass avait signalé l’existence d’un port spacieux, qu’il avait
nommé Western, à cause de sa situation.
«Ses provisions étaient alors épuisées, dit Desborough Cooley, et,
malgré son désir ardent de faire un relèvement exact et détaillé de
sa nouvelle découverte, il se vit obligé de revenir sur ses pas. Il
n’avait emporté des provisions que pour six semaines, et cependant, à
l’aide du poisson et des oiseaux de mer qu’il rencontra en abondance,
il réussit à faire durer son voyage cinq semaines de plus, bien
qu’il ramenât à son bord deux convicts qu’il avait retrouvés. Ce
voyage de six cents milles, dans une barque non pontée, est un des
plus remarquables que l’on connaisse. Il ne fut point entrepris sous
l’empire d’une nécessité rigoureuse, mais avec l’intention décidée
d’explorer des rivages inconnus et dangereux.»
Accompagné de Flinders, Bass avait, en 1798, découvert le détroit
qui porte aujourd’hui son nom et sépare la Tasmanie de la
Nouvelle-Hollande, et avait accompli sur un schooner de vingt-cinq
tonneaux le périple de la terre de Van-Diemen. Les renseignements que
rapportaient ces hardis explorateurs sur les rivières, les ports de ce
pays, étaient des plus importants pour sa colonisation future. Aussi
Bass et Flinders furent-ils reçus avec enthousiasme à Port-Jackson.
De retour en Angleterre, Flinders y avait reçu, avec le brevet
de lieutenant de vaisseau, le commandement de l’-Investigator-,
spécialement armé pour un voyage de découvertes sur les rivages
de l’Australie. Les côtes méridionale et nord-ouest, le golfe de
Carpentarie et le détroit de Torrès, telles devaient être les étapes de
cette campagne.
L’attention publique en France était depuis quelque temps attirée sur
la Nouvelle-Hollande par les récits de Cook et de d’Entrecasteaux.
Pays singulier, aux productions animales étranges, tantôt couvert de
forêts d’eucalyptus gigantesques, tantôt dénudé, ne nourrissant qu’un
maigre spinifex, ce continent devait longtemps encore se dérober à
nos regards curieux et opposer aux explorateurs des obstacles presque
infranchissables.
Ce fut l’Institut qui se fit le porte-voix de l’opinion publique, en
réclamant du gouvernement une expédition aux terres australes. Sur sa
présentation, vingt-quatre savants furent désignés pour prendre part au
voyage.
«Jamais un développement aussi considérable n’avait été donné à cette
partie de la composition des voyages de découvertes, jamais des
moyens aussi grands de succès n’avaient été préparés. Astronomes,
géographes, minéralogistes, botanistes, zoologistes, dessinateurs,
jardiniers, tous s’y trouvaient en nombre double, triple ou même
quintuple.»
[Illustration: Porteuse d’eau à Timor. (-Fac-simile. Gravure
ancienne.-)]
On remarquait dans cet état-major scientifique Leschenaut de Latour,
François Péron et Bory de Saint-Vincent. Les officiers et les
matelots avaient été triés sur le volet. Au nombre des premiers, nous
devons citer François-André Baudin, Peureux de Mélay, Hyacinthe de
Bougainville, Charles Baudin, Emmanuel Hamelin, Pierre Milius, Mangin,
Duval d’Ailly, Henri de Freycinet, qui tous parvinrent au grade de
contre-amiral ou d’amiral, Le Bas Sainte-Croix, Pierre-Guillaume
Gicquel, Jacques-Philippe Montgéry, Jacques de Saint-Cricq, Louis de
Freycinet, futurs capitaines de vaisseau.
[Illustration: Cabane de naturels de la terre d’Endracht. (-Fac-simile.
Gravure ancienne.-)]
«Ce que la composition de ce voyage et son objet promettaient de
résultats avantageux, dit la relation, le plan de ses opérations
paraissait devoir le garantir. Tout ce que l’expérience des autres
navigateurs avait appris, jusqu’à ce jour, sur les parages que
nous devions parcourir, tout ce que la théorie et le raisonnement
pouvaient en déduire et y ajouter, avait servi de base à cet
important travail. Les vents irréguliers, les moussons, les courants
avaient été calculés d’une manière tellement exacte, que la source
principale des contrariétés que nous éprouvâmes, dans la suite, fut
de nous être écartés plusieurs fois de ces précieuses instructions.»
Après avoir équipé à l’île de France un troisième navire d’un faible
tirant d’eau, les navigateurs devaient reconnaître toute la terre de
Diemen, les détroits de d’Entrecasteaux, de Bass et de Banks, puis,
après avoir fixé la situation des îles Hunter, s’enfoncer derrière
les îles Saint-Pierre et Saint-François, visiter la portion du
continent masquée par elles et y chercher le détroit qui, pensait-on,
allait rejoindre le golfe de Carpentarie et coupait en deux la
Nouvelle-Hollande.
Cette première partie de la campagne terminée, il fallait reconnaître
les terres de Leuwin, d’Edels, d’Endracht, remonter la rivière des
Cygnes aussi loin que possible, lever la carte de l’île Rottnest et
de la côte qui l’avoisine, compléter la reconnaissance de la baie des
Chiens-Marins, fixer certaines positions de la terre de Witt, et, après
avoir quitté la côte au cap Nord-Ouest, aller prendre à Timor, dans les
Moluques, un repos qu’on aurait bien gagné.
Dès que les équipages seraient remis de leurs fatigues, on devait
parcourir la côte de la Nouvelle-Guinée, afin de voir si quelques
détroits ne la séparaient pas en plusieurs îles, visiter ensuite le
golfe de Carpentarie à fond, reconnaître quelques parties de la terre
d’Arnheim, pour gagner enfin l’île de France, d’où l’on reviendrait en
Europe.
C’était là un magnifique programme, où l’on reconnaît la main de celui
qui avait tracé les instructions de La Pérouse et de d’Entrecasteaux.
Les résultats de cette expédition, si elle était conduite avec
habileté, devaient être considérables.
Une corvette de trente canons, -le Géographe-, et une grosse gabarre,
-le Naturaliste-, avaient été armées au Havre pour cette expédition.
Rien n’avait été négligé pour que les approvisionnements fussent
abondants et de bonne qualité: instruments de physique et d’astronomie
construits par les plus habiles fabricants, bibliothèque formée des
meilleurs ouvrages sur chaque navire, passeports les plus flatteurs
signés par tous les gouvernements de l’Europe, crédits illimités,
ouverts sur toutes les places d’Asie et d’Afrique. En un mot, on avait
pris toutes les mesures pour assurer le succès de cette importante
exploration.
Le 19 octobre 1800, les deux navires sortaient du Havre aux
acclamations d’une foule immense. Le port de Santa-Cruz, à Ténériffe,
retint quelque temps les navigateurs, qui ne s’arrêtèrent plus qu’à
l’île de France, où furent laissés, le 23 avril 1801, plusieurs
officiers trop gravement malades pour continuer la campagne.
Ce début n’était pas encourageant. Le mécontentement ne fit
qu’augmenter à la nouvelle qu’on n’aurait plus qu’une demi-livre de
pain frais par semaine, que la ration de vin serait remplacée par
trois seizièmes de bouteille de mauvais tafia de l’île de France, que
le biscuit et les salaisons constitueraient à l’avenir la nourriture
habituelle. Ces précautions prématurées allaient être la source des
maladies qui devaient éprouver les équipages et du mécontentement d’une
partie de l’état-major scientifique.
La durée de la traversée d’Europe à l’île de France, le long séjour
dans cette dernière île avaient fait perdre une partie de la saison
favorable. Baudin, craignant de se porter vers la terre de Diemen,
résolut de commencer son exploration par la côte nord-ouest de la
Nouvelle-Hollande. Il ne réfléchissait pas qu’en agissant ainsi, il
aurait toujours à descendre vers les régions australes, et que ses
progrès en ce sens coïncideraient avec la marche de la saison.
Le 27 mai, fut découverte la côte de la Nouvelle-Hollande. Elle était
basse, stérile, sablonneuse. Successivement, on reconnut et l’on nomma
la baie du Géographe, le cap du Naturaliste, l’anse Depuch et la
pointe Piquet. En ce lieu, les naturalistes descendirent à terre, où
ils firent une assez riche moisson de plantes et de coquillages. Mais,
pendant ce temps, la violence de la mer éloignait les deux navires, et
vingt-cinq hommes de l’équipage durent passer plusieurs jours à terre,
n’ayant pour boire qu’une eau saumâtre, ne pouvant tuer gibier de poil
ou de plume, n’ayant pour se nourrir qu’une sorte de perce-pierre, qui
fournit une très grande quantité de carbonate de soude et contient un
suc très âcre.
On fut obligé d’abandonner une chaloupe que les flots avaient jetée à
terre, des fusils, des sabres, des cartouches, des câbles, des palans
et une grande quantité d’objets.
«Mais, ce qu’il y eut de plus déplorable dans ce dernier désastre,
dit la relation, ce fut la perte de l’un des meilleurs matelots du
-Naturaliste-, le nommé Vasse, de la ville de Dieppe. Entraîné trois
fois par les vagues au moment où il cherchait à se rembarquer, il
disparut au milieu d’elles, sans qu’il fût possible de lui porter
aucun secours, ou même de s’assurer de sa mort, tant la violence des
flots était grande alors, tant l’obscurité était profonde.»
Ce mauvais temps devait durer. Le vent soufflait par rafales; il
tombait continuellement une pluie fine, et une brume épaisse fit
bientôt perdre de vue le -Naturaliste-, qu’on ne devait retrouver qu’à
Timor.
Aussitôt qu’il eut eu connaissance de l’île Rottnest, où rendez-vous,
en cas de séparation, avait été donné au capitaine Hamelin, Baudin, à
la surprise générale, donna l’ordre de faire route pour la baie des
Chiens-Marins, à la terre d’Endracht.
Toute cette partie de la Nouvelle-Hollande n’est qu’un prolongement de
côtes abaissées, d’un niveau presque uniforme, sablonneuses, stériles,
rougeâtres ou grisâtres, sillonnées en différents endroits de ravins
superficiels, presque partout taillées à pic, défendues souvent par des
récifs inabordables et justifiant tout à fait l’épithète de «côtes de
fer» que leur donne l’ingénieur hydrographe Boullanger.
Depuis l’île Dirck-Hatichs, où commence la terre d’Endracht, les îles
Doore, Bernier, sur lesquelles on rencontra le kanguro à bandes, la
rade de Dampier furent successivement reconnues jusqu’à la baie des
Chiens-Marins, qui fut explorée à fond.
Après la terre d’Endracht, qui n’offrait aucune ressource, ce fut
la terre de Witt, qui s’étend du cap Nord-Ouest jusqu’à la terre
d’Arnheim, comprenant environ dix degrés de latitude sur quinze de
longitude, qui fut suivie dans tous ses détails. Les mêmes incidents,
les mêmes dangers y éprouvèrent les explorateurs, qui nommèrent
successivement les îles Lhermite, Forestier, Dupuch au sol volcanique,
les Basses du Géographe, haut-fond qu’on eut beaucoup de peine à
éviter, les îles Bedout, Lacépède, les caps Borda et Mollien, les îles
Champagny, d’Arcole, Freycinet, Lucas, etc.
«Au milieu de ces îles nombreuses, dit la relation, rien ne sourit
à l’imagination; le sol est nu; le ciel ardent s’y montre toujours
pur et sans nuage; les flots ne sont guère agités que par les orages
nocturnes: l’homme semble avoir fui ces rivages ingrats; nulle part,
du moins, on ne rencontre de traces de son séjour ou de sa présence.
«Le navigateur, effrayé, pour ainsi dire, de cette hideuse solitude,
assailli de dangers sans cesse renaissants, s’étonne et détourne
ses regards fatigués de ces bords malheureux, et, lorsqu’il vient à
penser que ces îles inhospitalières confinent, pour ainsi dire, à
celles du grand archipel d’Asie, sur lesquelles la nature se plut à
répandre ses trésors et ses bienfaits, il a peine à concevoir comment
une stérilité si profonde peut se rencontrer à côté d’une fécondité
si grande.»
La reconnaissance de cette côte désolée finit par la découverte de
l’archipel Bonaparte, par 13° 15′ de latitude australe et 123° 30′ de
longitude du méridien de Paris.
«Les aliments détestables, auxquels nous étions réduits depuis notre
départ de l’île de France, avaient fatigué les tempéraments les plus
robustes; le scorbut exerçait déjà ses ravages, et plusieurs matelots
en étaient grièvement atteints. Notre provision d’eau touchait à sa
fin, et nous avions acquis la certitude de l’impossibilité de la
renouveler sur ces tristes bords. L’époque du renversement de la
mousson approchait, et les ouragans qu’il traîne à sa suite devaient
être évités sur ces côtes; enfin, il fallait nous procurer une
chaloupe, opérer notre réunion avec le -Naturaliste-.
«Toutes ces considérations déterminèrent le commandant à se diriger
vers l’île de Timor, où il mouilla le 22 août, sur la rade de
Coupang.»
Nous n’entrerons pas dans le détail de la réception qui fut faite aux
navigateurs. Le cœur, sans doute, est toujours réjoui par l’affabilité
des manières; mais, si le souvenir en est toujours précieux pour celui
qui en a été l’objet, le récit n’a pas le même charme pour le lecteur
désintéressé. Ce qu’il faut savoir, c’est que l’équipage avait le plus
grand besoin de repos, et que dix hommes violemment atteints du scorbut
avaient été débarqués. Combien d’autres dont les gencives fongueuses et
saignantes attestaient le misérable état!
Si le scorbut céda rapidement à l’application des remèdes usités en
pareil cas, il fut malheureusement remplacé par la dysenterie, qui, en
peu de jours, jeta dix-huit hommes sur les cadres.
Enfin, le 21 septembre, parut le -Naturaliste-. Il avait attendu avec
la plus grande patience le -Géographe- dans la baie des Chiens-Marins,
rendez-vous que Baudin avait fixé et où il ne s’était pas présenté.
Les officiers avaient profité de cette longue relâche pour lever, dans
le plus grand détail, le plan de la côte et des îles Rottnest, de la
rivière des Cygnes et des Abrolhos.
Sur l’île Dirck-Hatichs, le capitaine Hamelin avait découvert deux
inscriptions hollandaises gravées sur des assiettes d’étain. L’une
constatait le passage, le 25 octobre 1616, du navire -Eendraght-,
d’Amsterdam; l’autre, le séjour en ce lieu du -Geelwinck-, sous le
commandement du capitaine Vlaming, en 1697.
Il résulte des travaux du -Naturaliste- «que la prétendue baie des
Chiens-Marins forme un grand enfoncement de cinquante lieues environ de
profondeur, à le prendre du cap Cuvier vers le nord jusqu’à l’extrémité
du golfe Henri-Freycinet; que toute la côte orientale est exclusivement
formée par le continent; que celle de l’ouest se compose de l’îlot
de Koks, de l’île Bernier, de l’île de Doore, de l’île Dirck-Hatichs
et d’une partie des terres continentales. Le milieu de ce vaste
enfoncement est occupé par la presqu’île Péron, à l’est et à l’ouest de
laquelle se trouvent les havres Hamelin et Henri-Freycinet.»
Les maladies, auxquelles étaient en proie les malheureux navigateurs,
n’avaient eu pour résultat que d’amener un apaisement momentané entre
le commandant Baudin et son état-major. Lui-même avait été atteint
d’une fièvre pernicieuse ataxique d’une telle violence, que, pendant
plusieurs heures, on le crut mort. Cela ne l’empêcha pas, huit jours
après son rétablissement, de faire arrêter un de ses officiers, M.
Picquet, enseigne de vaisseau, à qui les états-majors des deux
vaisseaux ne cessèrent de donner les témoignages d’estime et d’amitié
les plus flatteurs. A sa rentrée en France, M. Picquet fut promu
lieutenant de vaisseau. C’est assez dire qu’il n’était pas coupable!
Le capitaine Baudin avait interverti le plan d’opérations que
l’Institut lui avait remis. Il devait maintenant faire voile pour la
terre de Diemen. Partis de Timor le 13 novembre 1801, les Français
aperçurent, deux mois après, jour pour jour, les côtes australes de
cette île. La maladie continuait de sévir avec la même violence, et le
nombre de ses victimes était relativement considérable.
Les deux navires donnèrent dans le détroit d’Entrecasteaux, détroit qui
avait échappé à Tasman, à Furneaux, à Cook, à Marion, à Hunter et à
Bligh, et dont la découverte était le fruit d’une erreur qui aurait pu
devenir dangereuse.
Cette relâche avait pour but de renouveler la provision d’eau. Aussi
plusieurs embarcations furent-elles aussitôt envoyées à la découverte.
«A neuf heures et demie, dit Péron, nous étions à l’entrée du port
des Cygnes. De tous les lieux que j’ai pu voir pendant le cours de
notre long voyage, celui-ci m’a paru le plus pittoresque et le plus
agréable. Sept plans de montagnes qui s’élèvent comme par degrés
vers l’intérieur des terres forment la perspective du fond du port.
A droite et à gauche, des collines élevées l’enceignent de toutes
parts, et présentent dans leur développement un grand nombre de
petits caps arrondis et de petites anses romantiques. Sur tous les
points, la végétation la plus active multiplie ses productions;
les rivages sont bordés d’arbres puissants, tellement rapprochés
entre eux qu’il est presque impossible de pénétrer dans les forêts
qu’ils composent. D’innombrables essaims de perroquets, de cacatoès,
revêtus des plus riches couleurs, voltigeaient sur leur sommet, et de
charmantes mésanges à collier bleu d’outre-mer folâtraient sous leur
ombrage. Les flots, dans ce port, étaient extrêmement calmes, et leur
surface était à peine agitée par la marche de nombreuses légions de
cygnes noirs.»
Tous les détachements envoyés à la recherche d’une aiguade ne furent
pas aussi contents de leur entrevue avec les habitants que celui de
Péron. Le capitaine Hamelin, accompagné de MM. Leschenaut et Petit, de
plusieurs officiers et matelots, avait rencontré quelques naturels,
auxquels il avait fait de nombreux présents. Au moment où ils se
rembarquaient, les Français furent assaillis d’une grêle de pierres,
dont l’une contusionna assez gravement le capitaine Hamelin. Vainement
les sauvages brandissaient leurs zagaies et multipliaient les gestes
menaçants, pas un seul coup de fusil ne fut tiré contre eux. Rare
exemple de modération et d’humanité!
«Les travaux géographiques de l’amiral d’Entrecasteaux, à la terre
de Diemen, sont d’une perfection si grande, dit la relation, qu’il
serait peut-être impossible de trouver ailleurs rien de supérieur
en ce genre, et M. Beautemps-Beaupré, leur auteur principal,
s’est acquis par là des droits incontestables à l’estime de ses
compatriotes, à la reconnaissance des navigateurs de tous les pays.
Partout où les circonstances permirent à cet habile ingénieur de
faire des recherches suffisantes, il ne laissa à ses successeurs
aucune lacune à remplir. Le canal d’Entrecasteaux, les baies et
les ports nombreux qui s’y rattachent, sont surtout dans ce cas.
Malheureusement, il n’en est pas ainsi de la portion de la terre de
Diemen qui se trouve dans le nord-est du canal et qui ne fut que très
superficiellement visitée par les canots de l’amiral français.»
C’est cette partie de la côte que s’attachèrent surtout à relever les
hydrographes, de manière à relier leurs observations à celles de leurs
compatriotes et à former un ensemble qui ne laissât rien à désirer.
Ces travaux, qui rectifièrent et complétèrent ceux de d’Entrecasteaux,
retinrent les navires jusqu’au 5 février. Ils procédèrent alors à
la reconnaissance de la côte sud-est de la terre de Diemen. Les
détails de cette navigation sont toujours les mêmes. Les incidents ne
varient guère et n’offrent d’intérêt qu’au géographe. Aussi, malgré
l’importance et le soin de ces relèvements, ne nous y attarderons-nous
que lorsque nous pourrons glaner quelque anecdote.
Ce furent ensuite la côte orientale de la Tasmanie, les détroits de
Banks et de Bass qu’explorèrent le -Naturaliste- et le -Géographe-.
«Le 6 mars, dans la matinée, nous prolongeâmes à grande distance
les îlots Taillefer et l’île Schouten. A midi environ, nous nous
trouvions par le travers du cap Forestier, lorsque notre ingénieur
géographe, M. Boullanger, partit dans le grand canot commandé par
M. Maurouard pour aller relever de plus près tous les détails de la
côte. Le bâtiment devait suivre une route parallèle à celle du canot
et ne le jamais perdre de vue; mais, à peine M. Boullanger était-il
parti depuis un quart d’heure, que notre commandant, prenant tout à
coup et sans aucune espèce de raison apparente, la bordée du large,
s’éloigna; bientôt l’embarcation disparut à nos yeux. Ce ne fut qu’à
la nuit qu’on revira de bord sur la terre. Une brise violente s’était
élevée; à chaque instant elle fraîchissait davantage; nos manœuvres
furent indécises, la nuit survint et nous déroba la vue des côtes, le
long desquelles nous venions d’abandonner nos malheureux compagnons.»
Les trois jours suivants furent employés, mais vainement, à leur
recherche.
Dans les termes si mesurés de la relation, ne semble-t-il pas percer
une indignation véritable contre la manière d’agir du commandant
Baudin? Quel pouvait être son dessein? En quoi pouvait lui servir
l’abandon de ses matelots et de deux de ses officiers? Mystère que n’a
pu éclaircir pour nous la lecture assidue de la relation de Péron.
[Illustration: Vue de Sidney. (-Fac-simile. Gravure ancienne.-)]
Pénétrer dans les détroits de Banks et de Bass, c’était marcher sur
les brisées de ce dernier et de Flinders, qui avaient fait de ces
parages leur domaine privilégié et le théâtre de leurs découvertes.
Mais, lorsque, le 29 mars 1802, le -Géographe- commença de suivre
la côte sud-ouest de la Nouvelle-Hollande, seule la portion qui va
du cap Leuwin aux îles Saint-Pierre et Saint-François était connue;
c’est-à-dire que l’espace qui s’étend depuis la limite orientale de la
terre de Nuyts jusqu’au port Western n’avait pas encore été foulé par
un pied européen. On comprendra toute l’importance de cette navigation,
lorsqu’on saura qu’il s’agissait de déterminer si la Nouvelle-Hollande
ne formait qu’une seule île, et si de grandes rivières ne venaient pas
de ce côté déboucher dans la mer.
[Illustration: Une voile fut signalée à l’horizon. (Page 345.)]
L’île Latreille, le cap du Mont-Thabor, le cap Folard, la baie
Descartes, le cap Boufflers, la baie d’Estaing, la baie de Rivoli,
le cap Monge, furent successivement reconnus et nommés. On venait de
faire une pêche miraculeuse de dauphins, lorsqu’une voile fut signalée
à l’horizon. Tout d’abord, on crut que c’était le -Naturaliste-,
dont on avait été séparé par de violentes rafales dans la nuit du 7
au 8 mars. Comme ce bâtiment courait à contre-bord, il fut bientôt
par le travers du -Géographe-. Il arbora les couleurs anglaises.
C’était l’-Investigator-, parti d’Europe, depuis huit mois, sous les
ordres de Flinders, dans le but de compléter la reconnaissance de la
Nouvelle-Hollande. Depuis trois mois, Flinders explorait la côte;
il avait eu autant à souffrir que les Français des ouragans et des
tempêtes; l’une des dernières lui avait fait perdre, dans le détroit de
Bass, son canot avec huit hommes et son premier officier.
Le cap Crétet, la presqu’île Fleurieu, longue de vingt milles environ,
le golfe Saint-Vincent, ainsi nommé par Flinders, l’île des Kanguros,
les îles Altorpe, le golfe Spencer, sur la côte occidentale duquel se
trouve le port Lincoln, un des plus beaux et des plus sûrs que possède
la Nouvelle-Hollande, les îles Saint-François et Saint-Pierre, furent
tour à tour visités par le -Géographe-. Certes, pour compléter cette
campagne hydrographique, il eût été nécessaire de pénétrer, comme le
réclamaient les instructions nautiques données au capitaine Baudin,
derrière les îles Saint-Pierre et Saint-François; mais les tempêtes s’y
opposèrent, et ce devait être la tâche d’une nouvelle campagne.
Le scorbut, d’ailleurs, continuait à faire d’effrayants ravages dans
les rangs des explorateurs. Plus de la moitié des matelots étaient
incapables de service. Deux des timoniers étaient seuls debout. Comment
en aurait-il été autrement, sans vin, sans eau-de-vie, alors qu’on
n’avait pour se désaltérer qu’une eau putride et insuffisante, que du
biscuit criblé de larves d’insectes, que des salaisons pourries, dont
le goût et l’odeur suffisaient à lever le cœur?
D’ailleurs l’hiver commençait pour les régions australes. L’équipage
avait le besoin le plus pressant du repos. Le point de relâche le plus
voisin était Port-Jackson, la route la plus courte pour y parvenir,
le détroit de Bass. Baudin, qui semble n’avoir jamais voulu suivre
les sentiers frayés, en jugea autrement et donna l’ordre de doubler
l’extrémité méridionale de la terre de Diemen.
Le 20 mai, l’ancre fut jetée dans la baie de l’Aventure. Les malades
en état de marcher furent portés à terre, et l’on y fit aisément l’eau
nécessaire. Mais déjà ces mers orageuses n’étaient plus tenables; une
brume épaisse les enveloppait, et l’on n’était averti du voisinage de
la côte que par le bruit effrayant des lames énormes qui déferlaient
sur les rochers. Le nombre des malades augmentait. Chaque jour, l’Océan
engloutissait quelque nouvelle victime. Le 4 juin, il ne restait plus
que six hommes en état de se tenir sur le pont, et jamais la tempête
n’avait été plus terrible. Et cependant le -Géographe- parvint encore
une fois à échapper au péril!
Le 17 juin, fut signalé un navire qui apprit aux navigateurs que le
-Naturaliste-, après avoir attendu sa conserve à Port-Jackson, était
parti à sa recherche, que le canot abandonné avait été recueilli
par un navire anglais et que son équipage était alors embarqué sur
le -Naturaliste-. Le -Géographe- était attendu avec la plus vive
impatience à Port-Jackson, où des secours de toute sorte lui avaient
été préparés.
Depuis trois jours le -Géographe- était devant Port-Jackson, sans que
la faiblesse de ses matelots lui permît d’y entrer, lorsqu’une chaloupe
anglaise se détacha du rivage, lui amenant un pilote et les hommes
nécessaires aux manœuvres.
«D’une entrée qui n’a pas plus de deux milles en travers, dit la
relation, le Port-Jackson s’étend jusqu’à former un bassin spacieux
ayant assez d’eau pour les plus grands navires, offrant assez
d’espace pour contenir en pleine sûreté tous ceux qu’on voudrait y
rassembler: mille vaisseaux de ligne pourraient y manœuvrer aisément,
avait dit le commodore Phillip.
«Vers le milieu de ce port magnifique et sur son bord méridional,
dans une des anses principales, s’élève la ville de Sydney. Assise
sur le revers de deux coteaux voisins l’un de l’autre, traversée dans
sa longueur par un petit ruisseau, cette ville naissante offre un
coup d’œil agréable et pittoresque.
«Ce qui frappe tout d’abord les yeux, ce sont les batteries, puis
l’hôpital, qui peut contenir deux ou trois cents malades et dont
toutes les pièces ont été apportées d’Angleterre par le commodore
Phillip. Puis, ce sont de grands magasins au pied desquels les
plus gros navires peuvent venir décharger leurs cargaisons. Sur
les chantiers étaient en construction des goëlettes et des bricks
entièrement construits des bois du pays.
«Consacrée pour ainsi dire par la découverte du détroit qui sépare
la Tasmanie de la Nouvelle-Hollande, la chaloupe de M. Bass est
conservée dans le port avec une sorte de respect religieux; quelques
tabatières faites avec le bois de sa quille sont des reliques
dont les possesseurs se montrent aussi fiers que jaloux, et M. le
gouverneur ne crut pas pouvoir faire un présent plus honorable à
notre commandant, que celui d’un morceau du bois de cette chaloupe
enchâssé dans une large bande d’argent, autour de laquelle étaient
gravés les principaux détails de la découverte du détroit de Bass.»
Il faut admirer ensuite la prison, pouvant contenir cent
cinquante à deux cents prisonniers, les magasins au vin et autres
approvisionnements, la place d’armes, sur laquelle donne la maison
du gouverneur, les casernes, l’observatoire et l’église, dont les
fondements étaient à cette époque à peine sortis de terre.
La métamorphose qui s’était opérée chez les convicts n’était pas moins
intéressante à observer.
«La population de la colonie était pour nous un nouveau sujet
d’étonnement et de méditation. Jamais peut-être un plus digne objet
d’étude ne fut offert à l’homme d’État et au philosophe; jamais
peut-être l’heureuse influence des institutions sociales ne fut
prouvée d’une manière plus évidente et plus honorable qu’aux rives
lointaines dont nous parlons. Là, se trouvent réunis ces brigands
redoutables qui furent si longtemps la terreur du gouvernement de
leur patrie; repoussés du sein de la société européenne, relégués
aux extrémités du globe, placés dès le premier instant de leur
exil entre la certitude du châtiment et l’espoir d’un sort plus
heureux, environnés sans cesse par une surveillance inflexible autant
qu’active, ils ont été contraints à déposer leurs mœurs antisociales.
«La plupart d’entre eux, après avoir expié leurs crimes par un dur
esclavage, sont rentrés dans les rangs des citoyens. Obligés de
s’intéresser eux-mêmes au maintien de l’ordre et de la justice, pour
la conservation des propriétés qu’ils ont acquises, devenus presque
en même temps époux et pères, ils tiennent à leur état présent par
les liens les plus puissants et les plus chers.
«La même révolution, déterminée par les mêmes moyens, s’est opérée
chez les femmes, et de misérables filles, insensiblement rendues à
des principes de conduite plus réguliers, forment aujourd’hui des
mères de famille intelligentes et laborieuses...»
L’accueil qui fut fait à Port-Jackson à l’expédition française fut on
ne peut plus cordial. Toutes les facilités possibles furent accordées
aux savants pour continuer leurs observations. En même temps, les
vivres, les rafraîchissements, les secours de tout genre leur étaient
prodigués par l’autorité militaire et par les simples particuliers.
Les courses aux environs furent des plus fructueuses. Les naturalistes
eurent l’occasion d’examiner les fameuses plantations de vigne de
Rose-Hill. Les meilleurs plants du Cap, des Canaries, de Madère, de
Xérès et de Bordeaux, avaient été transportés en cet endroit.
«Dans aucune partie du monde, répondaient les vignerons interrogés,
la vigne ne pousse avec plus de force et de vigueur que dans
celui-ci. Toutes les apparences, pendant deux ou trois mois, se
réunissent pour promettre à nos soins des récoltes abondantes; mais
à peine le plus léger souffle vient-il à partir du nord-ouest que
tout est perdu sans ressource; bourgeons, fleurs et feuilles, rien ne
résiste à son ardeur dévorante; tout se flétrit, tout meurt.»
Bientôt après, la culture des vignes, transplantées dans un milieu plus
favorable, allait prendre une extension considérable, et les vignobles
australiens, sans être aujourd’hui devenus des crus renommés,
fournissent un vin agréable à boire et très chargé d’alcool.
A trente milles de Sydney se déroule la chaîne des Montagnes-Bleues,
qui fut longtemps la limite des connaissances des Européens. Le
lieutenant Dawes, le capitaine Teuch Paterson, qui remonta la
rivière Hawkesburg, ce Nil de la Nouvelle-Hollande, Hacking, Bass et
Barraillier, avaient jusqu’alors tenté sans succès de franchir ces
montagnes escarpées.
Déjà, à cette époque, l’écartement des arbres dans les forêts voisines
de la ville, l’abondance et l’excellente qualité des herbages avaient
fait considérer la Nouvelle-Galles du Sud comme un excellent pâturage.
Des bêtes à cornes et des moutons avaient été importés en quantité.
«Ils s’y sont tellement multipliés, que, dans les seules bergeries
de l’État, on comptait, à une époque peu éloignée de celle de notre
séjour à Port-Jackson, 1800 bêtes à cornes, dont 514 taureaux, 121
bœufs et 1165 vaches. La progression de l’accroissement de ces
animaux est si rapide, que, dans l’espace de onze mois seulement, le
nombre des bœufs et des vaches a été porté de 1856 à 2450; ce qui
suppose pour l’année entière une augmentation de 650 individus ou du
tiers de la totalité.
«Qu’on calcule maintenant la marche d’un tel accroissement d’animaux
pour une période de trente ans, et l’on restera persuadé qu’en le
réduisant même à moitié, la Nouvelle-Hollande se trouverait alors
couverte sur ce point d’innombrables troupeaux de bétail.
«Les moutons ont fourni des résultats encore plus avantageux;
et telle est la rapidité de leur multiplication sur ces rivages
lointains, que le capitaine Mac-Arthur, un des plus riches
propriétaires de la Nouvelle-Galles du Sud, ne craint pas d’assurer,
dans un mémoire publié à cet effet, qu’avant vingt ans, la
Nouvelle-Hollande pourra fournir seule à l’Angleterre toute la laine
qu’on y importe aujourd’hui des pays voisins, et dont le prix d’achat
s’élève chaque année, dit-il, à 1,800,000 livres sterling (environ 43
millions de francs).»
On sait aujourd’hui combien ces estimations, toutes merveilleuses
qu’elles paraissaient alors, étaient peu exagérées. Mais, certes, il
était intéressant de prendre cette industrie pastorale, aujourd’hui
si florissante, à ses premiers débuts et de recueillir l’impression
d’étonnement que les résultats déjà acquis avaient produite sur les
navigateurs français.
Les équipages avaient en partie recouvré la santé; mais le nombre des
matelots capables de continuer la campagne était tellement restreint,
qu’il fallut se résigner à renvoyer en France le -Naturaliste-, après
en avoir tiré les hommes les plus valides. Il fut remplacé par une
goëlette de trente tonneaux nommée -le Casuarina-, dont le commandement
fut confié à Louis de Freycinet. Le faible échantillon de ce bâtiment
et son peu de tirant d’eau devaient le rendre précieux pour le service
du littoral.
Le -Naturaliste-, avec le compte rendu de l’expédition, les résultats
des observations de tout genre faites pendant les deux campagnes,
emportait encore, dit Péron, «plus de 40,000 animaux de toutes les
classes, recueillis sur tant de plages pendant les deux années qui
venaient de s’écouler. Trente-trois grosses caisses étaient remplies
de ces collections, les plus nombreuses et les plus riches qu’aucun
voyageur eût jamais fait parvenir en Europe, et qui, étalées en partie
dans la maison que j’occupais avec M. Bellefin, firent l’admiration de
tous les Anglais instruits et particulièrement du célèbre naturaliste
M. Paterson.»
Le -Géographe- et le -Casuarina- quittèrent Port-Jackson le 18 novembre
1802. Pendant cette nouvelle campagne, les navigateurs découvrirent
et explorèrent successivement l’île King, les îles Hunter, la partie
nord-ouest de la terre de Diemen, ce qui complétait la géographie du
littoral de cette grande île; puis, à partir du 27 décembre jusqu’au
15 février 1803, le capitaine Baudin reconnut, sur la côte sud-ouest
de l’Australie, l’île des Kanguros et les deux golfes qui s’ouvrent en
face.
«C’est un phénomène bien étrange, dit Péron, que ce caractère de
monotonie, de stérilité, si généralement empreint sur les diverses
parties de la Nouvelle-Hollande et sur les îles nombreuses qui s’y
rattachent; un tel phénomène devient encore plus inconcevable par
le contraste qui existe entre ce continent et les terres voisines.
Ainsi, vers le nord-ouest, nous avions vu les îles fertiles de
l’archipel de Timor offrir à nos regards leurs hautes montagnes,
leurs rivières, leurs ruisseaux nombreux et leurs forêts profondes,
lorsqu’à peine quarante-huit heures s’étaient écoulées depuis notre
départ des côtes noyées, arides et nues de la terre de Witt; ainsi,
vers le sud, nous avions admiré les puissants végétaux de la terre de
Diemen et les monts sourcilleux qui s’élèvent sur toute la surface de
cette terre; plus récemment encore, nous avions célébré la fraîcheur
de l’île King et sa fécondité.
«La scène change; nous touchons aux rivages de la Nouvelle-Hollande,
et, pour chaque point de nos observations, il faudra désormais
reproduire ces sombres tableaux, qui, tant de fois déjà, ont fatigué
l’esprit du lecteur, comme ils étonnent le philosophe, comme ils
affligent le navigateur.»
Les ingénieurs, détachés avec le -Casuarina- pour reconnaître le golfe
Spencer et la presqu’île d’York qui le sépare du golfe Saint-Vincent,
après avoir opéré leurs relèvements dans le plus grand détail et avoir
constaté qu’aucun grand fleuve ne se jette en cet endroit dans la mer,
furent contraints d’abréger leur reconnaissance du port Lincoln, car
le terme prescrit pour le retour à l’île des Kanguros allait expirer.
Certains d’être abandonnés s’ils étaient en retard, ils ne se hâtèrent
pas assez, cependant, car, lorsqu’ils atteignirent cette île, le 1er
février, le -Géographe- avait mis à la voile, sans s’inquiéter du
-Casuarina-, qui n’avait pourtant que fort peu de vivres.
Baudin continua seul l’exploration de la côte et le relèvement de
l’archipel Saint-François, travail très important, puisque, depuis
la découverte de ces îles par Peter Nuyts, en 1627, aucun navigateur
ne les avait visitées en détail. Flinders venait bien d’opérer cette
reconnaissance, mais Baudin l’ignorait, et ce navigateur se croyait le
premier Européen venu dans ces parages depuis leur découverte.
Lorsque le -Géographe- arriva, le 6 février, dans le port du
Roi-Georges, il y trouva le -Casuarina- tellement avarié, qu’il avait
fallu l’échouer sur la plage.
Découvert en 1791 par Vancouver, le port du Roi-Georges est d’une
importance d’autant plus grande, que, sur une étendue de côtes au moins
égale à la distance de Paris à Pétersbourg, c’est le seul point bien
connu de la Nouvelle-Hollande où il soit possible de se procurer de
l’eau douce en tout temps.
Malgré cela, tout le pourtour de la rade est stérile. «L’aspect de
l’intérieur du pays sur ce point, dit M. Boullanger dans son journal,
est véritablement horrible, les oiseaux même y sont rares; c’est un
désert silencieux.»
Au fond d’une des indentations de cette baie, qu’on appelle le havre
aux Huîtres, un naturaliste, M. Faure, découvrit un cours d’eau, la
rivière des Français, dont l’embouchure était large comme la Seine à
Paris. Il entreprit de la remonter et de s’enfoncer ainsi, le plus
loin possible, dans l’intérieur du pays. A deux lieues à peu près
de l’embouchure, l’embarcation se trouva arrêtée par deux digues
solidement construites en pierres sèches qui se rattachaient à une
petite île et interceptaient tout passage.
«Cette muraille était percée par des embrasures placées, pour la
plupart, au-dessus de la ligne de marée basse et dont la partie
tournée vers la mer était très large, tandis que l’autre était, vers
l’intérieur du pays, beaucoup plus étroite. Par ce moyen, le poisson
qui, à mer haute, remontait la rivière, pouvait aisément traverser
la chaussée; mais, toute retraite lui étant à peu près interdite, ce
poisson se trouvait dans une espèce de réservoir, où il était facile
aux pêcheurs de le prendre ensuite à leur gré.»
M. Faure devait trouver cinq autres de ces murailles dans l’espace de
moins d’un tiers de mille. Singulier exemple de l’ingéniosité de ces
peuples barbares, pourtant si voisins de la brute!
[Illustration: Les malades furent transportés à terre. (Page 346.)]
Ce fut dans ce même port du Roi-Georges qu’un des officiers
du -Géographe-, M. Ransonnet, plus heureux que Vancouver et
d’Entrecasteaux, put avoir une entrevue avec les habitants de cette
contrée. C’était la première fois qu’il était donné à un Européen de
les aborder.
«A peine nous parûmes, dit M. Ransonnet, que huit naturels, qui
nous avaient en vain appelés par leurs gestes et par leurs cris le
premier jour de notre apparition sur cette côte, se présentèrent
d’abord tous réunis; ensuite trois d’entre eux, qui sans doute
étaient des femmes, s’éloignèrent. Les cinq autres, après avoir jeté
leurs sagaies au loin, probablement pour nous convaincre de leurs
intentions pacifiques, vinrent nous aider à débarquer. Les matelots,
à mon exemple, leur offrirent divers présents, qu’ils reçurent avec
un air de satisfaction, mais sans empressement. Soit apathie, soit
confiance, après avoir reçu ces objets, ils nous les rendaient avec
une sorte de plaisir, et lorsque nous leur remettions de nouveau ces
mêmes objets, ils les abandonnaient sur la terre ou sur les roches
voisines.
[Illustration: Bonaparte lui fit un excellent accueil. (Page 358.)]
«Plusieurs chiens très beaux et très grands se trouvaient avec eux;
je fis mon possible pour les engager à m’en céder un; je leur offris,
à cet effet, tout ce qui était en mon pouvoir, mais leur volonté fut
inébranlable. Il paraît qu’ils s’en servent surtout pour la chasse
des kanguros, dont ils font leur nourriture, ainsi que du poisson,
que je leur ai vu, moi-même, darder avec leurs sagaies. Ils burent
du café, mangèrent du biscuit et du bœuf salé; mais ils refusèrent
de manger du lard que nous leur offrîmes et le laissèrent sur des
pierres sans y toucher.
«Ces hommes sont grands, maigres et très agiles; ils ont les cheveux
longs, les sourcils noirs, le nez court, épaté et renfoncé à sa
naissance, les yeux caves, la bouche grande, les lèvres saillantes,
les dents très belles et très blanches. L’intérieur de leur bouche
paraissait noir comme l’extérieur de leur corps.
«Les trois plus âgés d’entre eux, qui pouvaient avoir de quarante
à cinquante ans, portaient une grande barbe noire; ils avaient les
dents comme limées et la cloison des narines percée; leurs cheveux
étaient taillés en rond et naturellement bouclés. Les deux autres,
que nous jugeâmes être âgés de seize à dix-huit ans, n’offraient
aucune espèce de tatouage; leur longue chevelure était réunie en un
chignon poudré d’une terre rouge dont les vieux avaient le corps
frotté.
«Du reste, tous étaient nus et ne portaient d’autre ornement qu’une
espèce de large ceinture composée d’une multitude de petits cordons
tissus de poil de kanguro. Ils parlent avec volubilité et chantent
par intervalles, toujours sur le même ton, et en s’accompagnant
des mêmes gestes. Malgré la bonne intelligence qui ne cessa de
régner entre nous, ils ne voulurent jamais nous permettre d’aller
vers l’endroit où les autres naturels, probablement leurs femmes,
s’étaient allés cacher.»
A la suite d’une relâche de douze jours dans le port du Roi-Georges,
les navigateurs reprirent la mer. Ils rectifièrent et complétèrent les
cartes de d’Entrecasteaux et de Vancouver, relatives aux terres de
Leuwin, d’Edels et d’Endracht, qui furent successivement prolongées et
relevées du 7 au 26 mars. De là, Baudin passa à la terre de Witt, dont
les détails étaient presque entièrement inconnus, lorsqu’il l’avait
abordée pour la première fois. Il espérait être plus heureux que de
Witt, Vianen, Dampier et Saint-Allouarn, qui avaient été constamment
repoussés de cette terre; mais les hauts-fonds, les récifs, les bancs
de sable rendaient cette navigation extrêmement dangereuse.
A ces périls vint bientôt se joindre une illusion singulière, le
mirage. L’effet en était tel, que «le -Géographe-, qui naviguait à plus
d’une lieue des brisants, paraissait en être environné de toutes parts,
et qu’il n’était personne, à bord du -Casuarina-, qui ne le crût dans
un péril imminent. La magie de l’illusion ne fut détruite que par son
excès même.»
Le 3 mai, le -Géographe-, accompagné du -Casuarina-, jetait pour
la seconde fois l’ancre dans le port de Coupang, à Timor. Juste un
mois plus tard, après s’être ravitaillé complètement, le capitaine
Baudin quittait Timor et faisait voile d’abord pour la Terre de Witt,
où il espérait trouver des brises de terre et de mer propres à le
faire avancer dans l’est, puis ensuite pour l’île de France, où il
mourut, le 16 septembre 1803. L’état de plus en plus précaire de sa
santé n’influa-t-il pas singulièrement sur le caractère de ce chef
d’expédition, et l’état-major aurait-il eu autant à se plaindre d’un
homme dont toutes les facultés eussent été en équilibre? C’est aux
physiologistes qu’il appartient de répondre.
Le 23 mars, le -Géographe- entrait dans la rade de Lorient, et, trois
jours après, on commençait à débarquer les diverses collections
d’histoire naturelle qu’il rapportait.
«Indépendamment d’une foule de caisses de minéraux, de plantes
desséchées, de poissons, de reptiles et de zoophytes conservés dans
l’alcool, de quadrupèdes et d’oiseaux empaillés ou disséqués, nous
avions encore soixante-dix grandes caisses remplies de végétaux en
nature, comprenant près de deux cents espèces de plantes utiles,
environ six cents espèces de graines, enfin une centaine d’animaux
vivants.»
Nous compléterons ces renseignements par quelques détails extraits du
rapport fait au gouvernement par l’Institut. Ils ont particulièrement
trait à la collection zoologique réunie par MM. Péron et Lesueur.
«Plus de cent mille échantillons d’animaux d’espèces grandes et
petites la composent; elle a déjà fourni plusieurs genres importants;
il en reste bien davantage encore à faire connaître, et le nombre
des espèces nouvelles, d’après le rapport du professeur du Muséum,
s’élève à plus de deux mille cinq cents.»
Si l’on rappelle maintenant que le deuxième voyage de Cook,--le plus
brillant qui eût été fait jusqu’à ce jour,--n’en a cependant fourni
que deux cent cinquante, et que tous les voyages réunis de Carteret,
de Wallis, de Furneaux, de Meares, de Vancouver lui-même, n’en ont pas
tous ensemble produit un nombre aussi considérable; si l’on observe
qu’il en est de même de toutes les expéditions françaises, il en
résulte que MM. Péron et Lesueur auront eux seuls plus fait connaître
d’animaux nouveaux que tous les naturalistes voyageurs de ces derniers
temps.
Quant aux résultats géographiques et hydrographiques, ils étaient
considérables. Le gouvernement anglais s’est toujours refusé à les
reconnaître, et Desborough Cooley, dans son -Histoire des Voyages-,
subordonne complètement les découvertes de Baudin à celles de Flinders.
Au reste, on alla jusqu’à supposer que Flinders n’avait été retenu
prisonnier pendant six ans et demi à l’île de France que pour laisser
aux rédacteurs français le loisir de consulter ses cartes et de
combiner d’après elles la relation de leur voyage. Cette accusation est
tellement absurde, qu’il suffit de l’avoir reproduite. Nous ne nous
ferons pas l’injure de la combattre.
Les deux navigateurs anglais et français ont joué chacun un assez beau
rôle dans l’histoire de la découverte des côtes de l’Australie pour
qu’il soit nécessaire d’élever l’un aux dépens de l’autre. La part
qui revient à chacun d’eux nous semble avoir été faite avec beaucoup
de justice et de discernement dans la préface de la seconde édition
du -Voyage de découvertes australes- de Péron, revue et corrigée par
Louis de Freycinet. Nous y renvoyons le lecteur que cette querelle
d’antériorité de découvertes peut intéresser.
CHAPITRE II
1
2
3
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5
6
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9
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