dans lequel on laissait infuser, pendant plusieurs jours, une certaine graine noire. Quelques matelots de Dampier avaient autrefois déserté dans ces îles; ils y avaient reçu des indigènes une femme, un champ et des instruments aratoires. Ce souvenir détermina trois matelots du -Saint-Jean-Baptiste- à suivre leur exemple. Mais Surville n’était pas homme à laisser s’émietter ainsi son équipage. Il fit donc saisir vingt-six Indiens, qu’il se proposait de retenir pour otages jusqu’à ce que ses hommes lui eussent été ramenés. «Parmi ces Indiens qui étaient ainsi garrottés, dit Crozet dans la relation qu’il a publiée du voyage de Surville, il y en eut plusieurs qui eurent le courage de se précipiter dans la mer, et, au grand étonnement de l’équipage, ils eurent le courage et l’adresse de nager jusqu’à une de leurs pirogues, qui se tenait à une assez grande distance du vaisseau pour n’en avoir rien à redouter.» On expliqua aux sauvages qu’on n’avait agi de la sorte avec eux que pour déterminer leurs camarades à ramener les trois déserteurs. Ils firent signe alors qu’ils comprenaient, et tous furent relâchés, à l’exception de six qui avaient été pris à terre. Leur hâte à quitter le vaisseau et à se jeter dans leurs pirogues ne rendait pas leur retour probable. Aussi fut-on fort surpris de les voir revenir peu de temps après avec des exclamations de joie. Le doute n’était plus possible, ce ne pouvaient être que les déserteurs qu’ils ramenaient au commandant. En effet, ils montèrent à bord et déposèrent liés, garrottés et ficelés,... trois superbes cochons! Surville trouva la plaisanterie détestable, si c’en était une; il repoussa les indigènes avec un air si courroucé, qu’ils se jetèrent dans leurs pirogues et disparurent. Vingt-quatre heures plus tard, le -Saint-Jean-Baptiste- quittait les Bashees et emmenait trois des Indiens capturés pour remplacer les déserteurs. Le 7 octobre, après une assez longue route dans le sud-est, une terre fut aperçue par 6° 56′ de latitude méridionale et par 151° 30′ de longitude à l’est du méridien de Paris, à laquelle fut donné le nom d’île de la Première-Vue. «On la côtoya jusqu’au 13 octobre, jour où l’on découvrit un excellent port, à l’abri de tout vent, formé par une multitude de petites îles. M. de Surville y jeta l’ancre et le nomma port Praslin; il est situé par 7° 25′ de latitude sud et par 151° 55′ de longitude estimée à l’est du méridien de Paris.» En entrant dans ce port, les Français aperçurent quelques Indiens armés de lances, qui portaient sur le dos une espèce de bouclier. Bientôt, le -Saint-Jean-Baptiste- fut entouré de pirogues, montées par une foule d’Indiens, très prodigues de démonstrations hostiles. On parvint cependant à les apaiser. Une trentaine des plus hardis grimpèrent à bord et examinèrent avec la plus grande attention tout ce qu’ils avaient sous les yeux. Bientôt même, il fallut contenir les autres, car, l’équipage comptant beaucoup de malades, il importait de ne pas laisser un trop grand nombre d’indigènes envahir le bâtiment. Cependant, malgré le bon accueil qu’ils recevaient, les sauvages ne paraissaient pas rassurés, et leur contenance indiquait une défiance excessive. Au moindre mouvement qui se faisait sur le vaisseau, ils sautaient dans leurs pirogues ou se jetaient à la mer. L’un d’eux semblait toutefois témoigner un peu plus de confiance. Surville lui fit quelques présents. L’Indien répondit à cette politesse en faisant entendre qu’il se trouvait au fond du port un endroit où l’on pourrait faire de l’eau. Le commandant donna ordre d’armer les embarcations, et en remit le commandement à son second, nommé Labbé. «Les sauvages paraissaient impatients de voir les canots quitter le vaisseau, dit Fleurieu dans ses -Découvertes des Français-, et, à peine eurent-ils débordé, qu’ils furent suivis par toutes les pirogues. Une des embarcations semblait servir de guide aux autres, c’était celle que montait l’Indien qui avait fait à Surville des offres de service. Sur l’arrière du bâtiment, un personnage, debout, ayant dans ses mains des paquets d’herbe, les tenait élevés à la hauteur de sa tête et faisait divers gestes en cadence. Dans le milieu de la même pirogue, un jeune homme, debout aussi et appuyé sur une longue lance, conservait la contenance la plus grave. Des paquets de fleurs rouges étaient passés dans ses oreilles et dans la cloison de son nez, et ses cheveux étaient poudrés de chaux à blanc.» Cependant, certaines allées et venues éveillèrent les soupçons des Français, qui furent conduits dans une sorte de cul-de-sac, où les naturels affirmaient qu’on trouverait de l’eau douce. Labbé, malgré les invitations pressantes des indigènes, ne voulut pas engager ses embarcations, par deux ou trois pieds d’eau, sur un fond de vase. Il se contenta donc de débarquer un caporal et quatre soldats. Ceux-ci revinrent bientôt, en déclarant qu’ils n’avaient vu de tous côtés que marais où l’on enfonçait jusqu’à la ceinture. Évidemment les sauvages avaient médité une trahison. Labbé se garda bien de leur montrer qu’il avait pénétré leur dessein, et leur demanda de lui indiquer une source. [Illustration: CARTE DES DÉCOUVERTES DE SURVILLE d'après Fleurieu.] [Illustration: On rassembla celles de leurs armes qu’on trouva éparses. (Page 228.)] Les indigènes conduisirent alors les embarcations dans un endroit éloigné de trois lieues et d’où il était impossible de voir le navire. Le caporal fut détaché de nouveau avec quelques hommes; mais il ne trouva qu’une source très pauvre, à peine suffisante pour le désaltérer, lui et ses compagnons. Pendant son absence, les naturels avaient tout mis en œuvre pour déterminer Labbé à descendre à terre, lui montrant l’abondance des cocos et des autres fruits, essayant même de s’emparer de la bosse ou de la gaffe de la chaloupe. «Plus de deux cent cinquante insulaires, dit la relation, armés de lances de sept à huit pieds de long, d’épées ou de massues en bois, de flèches et de pierres, quelques-uns portant des boucliers, étaient rassemblés sur la plage et observaient les mouvements des bateaux. Lorsque les cinq hommes qui avaient formé le détachement mirent le pied à bord pour se rembarquer, les sauvages fondirent sur eux, blessèrent un soldat d’un coup de massue, le caporal d’un coup de lance et plusieurs autres personnes de différentes manières. M. Labbé reçut lui-même deux flèches dans les cuisses et une pierre à la jambe. On fit feu sur les traîtres. Une première décharge les étourdit au point qu’ils restèrent comme immobiles; elle fut d’autant plus meurtrière, qu’étant réunis en peloton à une ou deux toises seulement des bateaux, tous les coups portèrent. Leur stupéfaction donna le temps d’en faire une seconde, qui les mit en déroute; mais il parut que la mort de leur chef contribua beaucoup à précipiter leur fuite. M. Labbé, l’ayant distingué, séparé des combattants, levant les mains au ciel, se frappant la poitrine et les encourageant de la voix, l’ajusta et le renversa d’un coup de fusil. Ils traînèrent ou emportèrent leurs blessés, et laissèrent trente ou quarante morts sur le champ de bataille. On mit alors pied à terre; on rassembla celles de leurs armes qu’on trouva éparses; on détruisit leurs pirogues, et l’on se contenta d’en emmener une à la remorque.» Cependant, Surville désirait ardemment capturer quelque indigène qui pût lui servir de guide, et qui, comprenant la supériorité des armes européennes, engageât ses compatriotes à ne rien entreprendre contre les Français. Dans ce but, il imagina un expédient singulier. Par son ordre, on embarqua, dans la pirogue dont il s’était emparé, deux matelots nègres, auxquels il avait poudré la tête et qu’il avait déguisés de telle manière, que les naturels devaient s’y méprendre. En effet, une pirogue s’approcha bientôt du -Saint-Jean-Baptiste-, et ceux qui la montaient, voyant deux des leurs qui paraissaient faire quelques échanges avec les étrangers, s’avancèrent davantage. Lorsque les Français jugèrent qu’elle était à bonne distance, ils lancèrent deux embarcations à sa poursuite. Les naturels gagnaient du terrain. On se décida donc à tirer pour les arrêter. En effet, un des indigènes, tué sur le coup, fit chavirer l’embarcation en tombant à la mer, et le second, qui n’avait pas plus de quatorze à quinze ans, essaya de gagner la côte à la nage. «Il se défendit avec le plus grand courage, faisant quelquefois semblant de se mordre, mais mordant bien réellement ceux qui le tenaient. On lui lia les pieds et les mains, et on le conduisit au vaisseau. Il y contrefit le mort pendant une heure; mais, lorsqu’on l’avait mis sur son séant et qu’il se laissait retomber sur le pont, il avait grande attention que l’épaule portât avant la tête. Quand il fut las de jouer ce rôle, il ouvrit les yeux, et, voyant que l’équipage mangeait, il demanda du biscuit, en mangea de fort bon appétit, et fit divers signes très expressifs. On eut soin de le lier et de le veiller pour empêcher qu’il ne se jetât à la mer.» Pendant la nuit, il fallut employer la mousquetade pour écarter les embarcations qui s’approchaient dans l’intention de surprendre le vaisseau. Le lendemain, on embarqua le naturel et on le conduisit sur un îlot qu’on appela, depuis, île de l’Aiguade. A peine était-il débarqué, qu’on s’aperçut qu’il avait presque entièrement coupé ses liens avec une coquille tranchante. On ramena le jeune sauvage par un autre chemin au bord de la mer; lorsqu’il vit qu’on voulait le rembarquer, il se roula sur le rivage en poussant des hurlements, et, dans sa fureur, il mordait le sable. Les matelots parvinrent enfin à découvrir une source assez abondante, et ils purent faire du bois. Un des arbres que l’on coupa parut propre à la teinture, car il teignait en rouge l’eau de la mer. On fit bouillir l’écorce, et les pièces de coton qu’on trempa dans cette décoction prirent une teinte rouge très prononcée. Quelques choux palmistes, de très bonnes huîtres et plusieurs sortes de coquillages fournirent de précieux rafraîchissements à l’équipage. Le -Saint-Jean-Baptiste- comptait, en effet, beaucoup de scorbutiques. Surville avait espéré que cette relâche les remettrait; mais la pluie, qui ne cessa pas de tomber pendant six jours, empira tellement leur mal, que trois d’entre eux périrent avant même qu’on eût quitté le mouillage. Ce port reçut le nom de port Praslin, et la grande île ou l’archipel auquel il appartient, celui de terre des Arsacides, à cause de la duplicité de ses habitants. «Le port Praslin, dit Fleurieu, serait un des plus beaux ports de l’univers si la qualité du fond ne s’opposait à ce qu’il fût un bon port. Il est de forme à peu près circulaire, si l’on y comprend toutes les îles que l’on découvrait du point où le -Saint-Jean-Baptiste- était mouillé.... La férocité des peuples qui habitent les îles du port Praslin n’a pas permis de pénétrer dans l’intérieur du pays, et l’on n’a pu examiner que les parties voisines de la mer. On n’a aperçu aucun terrain cultivé, ni dans la course que les bateaux ont faite jusqu’au fond du port, ni sur l’île de l’Aiguade, qu’on a visitée dans toute son étendue.» Tels sont les renseignements assez superficiels que Surville put se procurer, soit par lui-même, soit par ses gens. Ils furent heureusement complétés par ceux que fournit l’indigène capturé, dont le nom était Lova-Salega, et qui était doué d’une merveilleuse faculté pour apprendre les langues. Les productions de l’île étaient, suivant ce dernier, le palmiste, le cocotier et plusieurs autres arbres à amande, le caféier sauvage, l’ébénier, le tacamaca, ainsi que divers arbres résineux ou gommiers, le bananier, la canne à sucre, l’igname, l’anis, enfin une plante appelée -binao- dont les indigènes se servaient comme de pain. Les bois étaient animés par des vols de cacatois, de lauris, de pigeons ramiers, de merles un peu plus gros que ceux d’Europe. Dans les marais, on trouvait le courlis, l’alouette de mer, une sorte de bécasse et des canards. En fait de quadrupèdes, le pays ne nourrissait que des chèvres et des cochons à demi sauvages. «Les habitants de port Praslin, dit Fleurieu, d’après les journaux manuscrits qu’il eut entre les mains, sont d’une stature assez commune, mais ils sont forts et nerveux. Ils ne paraissent pas avoir une même origine--remarque précieuse;--les uns sont parfaitement noirs, d’autres ont le teint cuivré. Les premiers ont les cheveux crépus et fort doux au toucher. Leur front est petit, les yeux sont médiocrement enfoncés, le bas du visage est pointu et garni d’un peu de barbe, leur figure porte une empreinte de férocité. Quelques-uns des cuivrés ont les cheveux lisses. En général, ils les coupent autour de la tête à la hauteur des oreilles. Quelques-uns n’en conservent que sur la tête en forme de calotte, rasent tout le reste avec une pierre tranchante et en réservent seulement en bas un cercle de la largeur d’un pouce. Ces cheveux et les sourcils sont poudrés avec de la chaux, ce qui leur donne l’apparence d’être teints en jaune.» Les hommes et les femmes sont absolument nus; mais il faut avouer que l’impression causée par cette nudité n’est pas aussi choquante que si l’on voyait un Européen sans vêtement, car le visage, les bras et généralement toutes les parties du corps de ces indigènes sont tatoués, et quelques-uns de ces dessins annoncent même un goût tout à fait singulier. Leurs oreilles sont percées ainsi que la cloison de leur nez, et le cartilage, sous le poids des objets qu’ils y suspendent, retombe souvent jusqu’à la lèvre supérieure. L’ornement le plus ordinaire que portent les habitants du port Praslin est un chapelet de dents d’hommes. On en avait tout aussitôt conclu qu’ils étaient anthropophages, bien qu’on eût rencontré la même mode chez des peuplades qui n’étaient nullement cannibales; mais les réponses embrouillées de Lova et la tête d’homme à demi grillée que Bougainville trouva sur une pirogue de l’île Choiseul, ne laissent aucun doute sur l’existence de cette pratique barbare. Ce fut le 21 octobre, c’est-à-dire après neuf jours de relâche, que le -Saint-Jean-Baptiste- quitta le port Praslin. Le lendemain et les jours suivants, des terres hautes et montagneuses ne cessèrent d’être en vue. Le 2 novembre, Surville aperçut une île, qui reçut le nom d’île des Contrariétés, à cause des vents qui s’opposèrent, pendant trois jours, à la marche du navire. Cette île présentait un paysage délicieux. Elle était bien cultivée et devait être fort peuplée, à en juger d’après le nombre de pirogues qui ne cessèrent d’entourer le -Saint-Jean-Baptiste-. Les indigènes se décidèrent avec peine à monter à bord. Enfin, un chef grimpa sur le pont. Son premier soin fut de s’emparer des hardes d’un matelot, et il ne se décida que difficilement à les rendre. Il se dirigea ensuite vers la poupe et amena le pavillon blanc, qu’il voulait s’approprier. Ce ne fut pas sans peine qu’on parvint à l’en détourner. Enfin il grimpa jusqu’à la hune d’artimon, contempla, de ce poste élevé, toutes les parties du bâtiment, et, une fois descendu, se mit à gambader; puis, s’adressant à ses compagnons restés dans les canots, il les engagea par ses paroles et par des gestes, au moins fort singuliers, à venir le rejoindre. Une douzaine d’entre eux s’y hasardèrent. Ils ressemblaient aux indigènes du port Praslin, mais ils parlaient une autre langue et ne pouvaient se faire entendre de Lova-Salega. Leur séjour à bord ne fut pas de longue durée, car, l’un d’eux s’étant emparé d’un flacon et l’ayant jeté à la mer, le commandant en témoigna quelque mécontentement; ce qui les détermina aussitôt à regagner leurs pirogues. L’aspect de la terre était si riant et les scorbutiques avaient un tel besoin de rafraîchissements, que Surville résolut d’expédier une chaloupe afin de tâter les dispositions des habitants. L’embarcation n’eut pas plus tôt quitté le bord qu’elle fut entourée de pirogues, montées par une foule de guerriers. Il fallut prévenir les hostilités imminentes en tirant quelques coups de fusil, qui dispersèrent les assaillants. Pendant la nuit, une flottille se dirigea vers le -Saint-Jean-Baptiste-, et, dans une pensée d’humanité, Surville n’attendit pas que les naturels fussent tout près pour faire tirer quelques pièces chargées à mitraille, ce qui les mit aussitôt en fuite. Il ne fallait donc pas songer à débarquer, et Surville reprit la mer. Il découvrit successivement les îles des Trois-Sœurs, du Golfe et les îles de la Délivrance, les dernières du groupe. Cet archipel, que Surville venait de reconnaître, n’était autre que celui des îles Salomon, dont nous avons déjà raconté la première découverte par Mendana. L’habile navigateur venait de remonter cent quarante lieues de côtes dont il avait levé la carte, et il avait en outre dessiné une série de quatorze vues très curieuses de ce littoral. Cependant, à tout prix, s’il ne voulait pas voir la mort décimer son équipage, il fallait que Surville gagnât une terre où il pût débarquer ses malades et leur procurer des vivres frais. Il se résolut donc à gagner la Nouvelle-Zélande, qui n’avait pas été visitée depuis Tasman. Ce fut le 12 décembre 1769 que Surville en aperçut les côtes par 35° 37′ de latitude australe, et, cinq jours après, il jetait l’ancre dans une baie qu’il appela baie Lauriston. Au fond se trouvait une anse, qui reçut le nom de Chevalier, en l’honneur des promoteurs de l’expédition. Il est bon de remarquer que le capitaine Cook était en train de reconnaître cette terre depuis le commencement d’octobre, et qu’il devait passer quelques jours après devant la baie Lauriston, sans apercevoir le bâtiment français. Au mouillage de l’anse Chevalier, Surville fut surpris par une épouvantable tempête qui le mit à deux doigts de sa perte; mais son habileté nautique était si bien connue de ses matelots qu’ils ne se troublèrent pas un instant, et exécutèrent les manœuvres ordonnées par leur capitaine avec un sang-froid dont les Zélandais furent malheureusement seuls à être témoins. En effet, la chaloupe qui portait les malades à terre n’avait pas eu le temps de rallier le bord, lorsque l’orage éclata dans toute sa fureur, et elle fut jetée dans une anse qui prit le nom d’anse du Refuge. Les matelots et les malades trouvèrent un accueil empressé auprès d’un chef nommé Naginoui, qui les reçut dans sa case et leur prodigua tous les rafraîchissements qu’il put se procurer pendant leur séjour. Un des canots, qui était à la traîne derrière le -Saint-Jean-Baptiste-, avait été enlevé par les vagues. Surville l’aperçut échoué dans l’anse du Refuge. Il l’envoya chercher; mais on n’en trouva plus que l’amarre; les naturels l’avaient enlevé. Ce fut en vain qu’on remonta la rivière; il n’y avait nulle trace de l’embarcation. Surville ne voulut pas laisser ce vol impuni; il fit signe à quelques Indiens qui se tenaient auprès de leurs pirogues de venir près de lui. L’un d’entre eux accourut, fut aussitôt saisi et emmené à bord. Les autres prirent la fuite. «On s’empara d’une pirogue, dit Crozet, on brûla les autres, on mit le feu aux cases et l’on se rendit au vaisseau. L’Indien qui fut arrêté fut reconnu par le chirurgien pour être le chef qui les avait si généreusement secourus pendant la tempête; c’était l’infortuné Naginoui, qui, après les services qu’il avait rendus, devait être bien éloigné de s’attendre au traitement qu’on lui préparait, lorsqu’il accourut au premier signe de Surville.» Il mourut le 24 mars 1770, devant l’île Juan-Fernandez. Nous passerons sous silence les observations que le navigateur français fit sur les habitants et les productions de la Nouvelle-Zélande, car elles feraient double emploi avec celles de Cook. Surville, convaincu qu’il ne pourrait pas se procurer les vivres dont il avait besoin, reprit la mer quelques jours après, et fit route par 27 à 28° de latitude sud; mais le scorbut, qui faisait tous les jours de nouveaux ravages, le détermina à gagner au plus vite la côte du Pérou. Il l’aperçut le 5 avril 1770, et, trois jours plus tard, il jetait l’ancre devant la barre de Chilca, à l’entrée du Callao. Dans son empressement à descendre à terre pour procurer des secours à ses malades, Surville ne voulut confier à personne le soin d’aller voir le gouverneur. Par malheur, son embarcation fut renversée par les lames qui brisaient sur la barre, et un seul des matelots qui la montaient put se sauver. Surville et tous les autres furent noyés. Ainsi périt misérablement cet habile navigateur, trop tôt pour les services qu’il était en état de rendre à la science et à sa patrie. Quant au -Saint-Jean-Baptiste-, il fut retenu «pendant trois années» devant Lima, par les délais interminables des douanes espagnoles. Ce fut Labbé qui en prit le commandement et le ramena à Lorient, le 23 août 1773. Comme nous l’avons raconté précédemment, M. de Bougainville avait conduit en Europe un Taïtien du nom d’Aoutourou. Lorsque cet indigène manifesta le désir de revoir sa patrie, le gouvernement français l’avait envoyé à l’île de France, avec l’ordre aux administrateurs de cette colonie de lui faciliter son retour à Taïti. Un officier de la marine militaire, Marion-Dufresne, saisit avec empressement cette occasion et vint proposer à Poivre, intendant des îles de France et de Bourbon, de transporter, à ses frais et sur un bâtiment qui lui appartenait, le jeune Aoutourou à Taïti. Il demandait seulement qu’un navire de l’État lui fût adjoint, et qu’on lui avançât quelque argent pour l’aider dans les préparatifs de l’expédition. Nicolas-Thomas Marion-Dufresne, né à Saint-Malo le 22 décembre 1729, était entré fort jeune dans la marine. Nommé le 16 octobre 1746 lieutenant de frégate, il n’était encore que capitaine de brûlot à cette époque. Il avait cependant servi partout avec distinction, mais nulle part avec plus de bonheur que dans les mers de l’Inde. La mission qu’il s’offrait à remplir n’était pour lui que le prétexte d’un voyage de découvertes qu’il voulait faire dans les mers océaniennes. Au reste, ces projets furent approuvés par Poivre, administrateur intelligent et ami du progrès, qui lui remit des instructions détaillées sur les recherches qu’il allait tenter dans l’hémisphère sud. A cette époque, Cook n’avait pas encore démontré la non-existence du continent austral. [Illustration: Pirogues des îles de l’Amirauté. (-Fac-simile. Gravure ancienne.-)] Poivre aurait vivement désiré découvrir la partie septentrionale de ces terres, qu’il jugeait voisines de nos colonies et où il espérait rencontrer un climat plus tempéré. Il comptait également y trouver des bois de mâture et la plupart des ressources et des approvisionnements qu’il était obligé de faire venir à grands frais de la métropole; enfin, peut-être y existait-il un port sûr, où les navires seraient à l’abri de ces ouragans qui désolent presque périodiquement les îles de France et de Bourbon. D’ailleurs, la cour venait d’envoyer un lieutenant de vaisseau, M. de Kerguelen, pour faire des découvertes dans ces mers inconnues. L’expédition de Marion, qui allait tenter une route différente, ne pouvait que concourir sérieusement à la solution du problème. [Illustration: On leur présenta un brandon enflammé. (Page 245.)] Ce fut le 18 octobre 1771 que le -Mascarin-, commandé par Marion, et le -Marquis de Castries-, sous les ordres du chevalier Du Clesmeur, enseigne de vaisseau, mirent à la voile. Ils relâchèrent tout d’abord à Bourbon. Là, ils prirent Aoutourou, qui emportait malheureusement en lui le germe de la petite vérole, qu’il avait contracté à l’île de France. La maladie se déclara, et il fallut quitter Bourbon pour ne pas la communiquer aux habitants. Les deux navires gagnèrent alors le fort Dauphin, à la côte de Madagascar, afin de donner au mal le temps de faire son effet avant d’atteindre le Cap, où il fallait compléter les approvisionnements. Le jeune Aoutourou ne tarda pas à succomber. Dans ces conditions, fallait-il rentrer à l’île de France, désarmer les bâtiments et abandonner la campagne? Marion ne le pensa pas. Rendu plus libre de ses mouvements, il résolut de s’illustrer par quelque voyage nouveau et fit passer dans l’esprit de ses compagnons l’enthousiasme qui l’animait. Il gagna donc le cap de Bonne-Espérance, où il compléta en peu de jours les vivres nécessaires à une campagne de dix-huit mois. La route fut aussitôt dirigée au sud vers les terres découvertes, en 1739, par Bouvet de Lozier et qu’il fallait chercher à l’est du méridien de Madagascar. Depuis le 28 décembre 1771, jour où les navires avaient quitté le Cap, jusqu’au 11 janvier, la navigation n’eut rien de remarquable. On reconnut alors, par l’observation de la latitude, 20° 43′ à l’est du méridien de Paris, qu’on se trouvait sous le parallèle (40 à 41 degrés sud) des îles désignées dans les cartes de Van Keulen sous les noms de Dina et Marvézen, et non marquées sur les cartes françaises. Bien que le nombre des oiseaux terrestres fît conjecturer à Marion qu’il n’était pas loin de ces îles, il quitta ces parages le 9 janvier, persuadé que la recherche du continent austral devait uniquement fixer son attention. Le 11 janvier, on était par 45° 43′ de latitude sud, et bien qu’on fût alors dans l’été de ces régions, le froid était très vif et la neige ne cessait de tomber. Deux jours plus tard, au milieu d’un brouillard épais, auquel la pluie avait succédé, Marion découvrit une terre, qui s’étendait de l’ouest-sud-ouest à l’ouest-nord-ouest, à quatre à cinq lieues de distance. La sonde indiqua quatre-vingts brasses avec un fond de gros sable mêlé de corail. Cette terre fut prolongée jusqu’à ce qu’on la vît derrière les bâtiments, c’est-à-dire pendant un parcours de six à sept lieues. Elle paraissait très élevée et couverte de montagnes. Elle reçut le nom de terre d’Espérance. C’était marquer combien Marion espérait atteindre le continent austral. Cette île, Cook devait la désigner, quatre ans plus tard, sous le nom d’île du Prince-Édouard. Une autre terre gisait dans le nord de la première: «Je remarquai, dit Crozet, rédacteur du voyage de Marion, en rangeant cette île, qu’à sa partie du N.-E. il y avait une anse vis-à-vis de laquelle paraissait une grande caverne. Autour de cet antre, on voyait une multitude de grosses taches blanches, qui ressemblaient de loin à un troupeau de moutons. Il y avait apparence que, si le temps l’eût permis, nous eussions trouvé un mouillage vis-à-vis de cette anse. Je crus y apercevoir une cascade qui tombait des montagnes. En doublant l’île, nous découvrîmes trois îlots qui en étaient détachés; deux étaient en dedans d’un grand enfoncement que forme la côte, et le troisième terminait sa pointe septentrionale. Cette île nous parut aride, d’environ sept à huit lieues de circonférence, sans verdure, sa côte assez saine et sans danger. M. Marion la nomma l’île de la Caverne.» Ces deux terres australes sont situées par la latitude de 45° 45′ sud et par 34° 31′ à l’est du méridien de Paris, un demi-degré à l’est de la route suivie par Bouvet. Le lendemain, la terre d’Espérance fut reconnue à six lieues du rivage et parut très verte. Le sommet des montagnes était fort élevé et couvert de neige. Les navigateurs se préparaient à chercher un mouillage, lorsque les deux bâtiments s’abordèrent pendant les opérations de sondage, et se firent de mutuelles avaries. Les réparations prirent trois jours. Le temps, qui avait été favorable, se gâta, le vent devint violent. Il fallut continuer la route en suivant le quarante-sixième parallèle. Le 24 janvier furent découvertes de nouvelles terres. «Elles nous parurent d’abord former deux îles, dit Crozet; j’en dessinai la vue à la distance de huit lieues, et bientôt on les prit pour deux caps et l’on crut voir dans l’éloignement une continuité de terre entre deux. Elles sont situées par 45° 5′ sud et par la longitude estimée à l’est du méridien de Paris de 42°. M. Marion les nomma les îles Froides.» Bien qu’on eût fait peu de voile pendant la nuit, il fut impossible de revoir ces îles le lendemain. Le -Castries- fit, ce jour-là, signal qu’il apercevait terre. Elle gisait à dix ou douze lieues dans l’est-sud-est de la première. Mais une brume épaisse, qui ne dura pas moins de douze heures, la pluie continuelle, le froid, très vif et très rude pour des hommes peu vêtus, empêchèrent d’en approcher à plus de six ou sept lieues. Le lendemain 24, cette côte fut revue, ainsi qu’une nouvelle terre, qui reçut le nom d’île Aride et qui est aujourd’hui connue sous le nom d’île Crozet. Marion put enfin mettre un canot à la mer et ordonna à Crozet d’aller prendre possession, au nom du roi, de la plus grande des deux îles, qui est située par la latitude méridionale de 46° 30′ et par la longitude estimée à l’orient du méridien de Paris de 43°. «M. Marion la nomma l’île de la Prise de Possession. (Elle est aujourd’hui désignée sous le nom d’île Marion.) C’était la sixième île que nous découvrions dans cette partie australe..... Je gagnai aussitôt une éminence, d’où je découvris de la neige dans plusieurs vallées; la terre paraissait aride, couverte d’un petit gramen très fin... Je ne pus découvrir dans l’île aucun arbre ou arbrisseau... Cette île, exposée aux ravages continuels des vents orageux de l’ouest, qui règnent toute l’année dans ces parages, ne paraît pas habitable. Je n’y ai trouvé que des loups marins, des pingouins, des damiers, des plongeons et toutes les espèces d’oiseaux aquatiques que les navigateurs rencontrent en pleine mer, lorsqu’ils passent le cap de Bonne-Espérance. Ces animaux, qui n’avaient jamais vu d’hommes, n’étaient point farouches et se laissaient prendre à la main. Les femelles de ces oiseaux couvaient leurs œufs avec tranquillité; d’autres nourrissaient leurs petits; les loups marins continuaient leurs sauts et leurs jeux en notre présence, sans paraître le moins du monde effarouchés.» Marion suivit donc les 46 et 47e degrés de latitude au milieu d’un brouillard si intense qu’il fallait continuellement tirer des coups de canon pour ne pas se perdre, et qu’on ne se voyait pas d’un bout à l’autre du pont. Le 2 février, les deux bâtiments se trouvaient par 47° 22′ de longitude orientale, c’est-à-dire à 1° 18′ des terres découvertes, le 13 du même mois, par les flûtes du roi -la Fortune- et -le Gros-Ventre-, sous le commandement de MM. de Kerguelen et de Saint-Allouarn. Nul doute que, sans l’accident arrivé au -Castries-, Marion les eût rencontrées. Lorsqu’il eut atteint 90 degrés à l’est du méridien de Paris, Marion changea de route et fit voile pour la terre de Van-Diemen. Aucun incident ne se produisit pendant cette traversée, et les deux navires jetèrent l’ancre dans la baie de Frédéric-Henri. Les canots furent aussitôt dépassés, et un fort détachement se dirigea vers la terre, où l’on découvrait une trentaine de naturels, terre qui devait être très peuplée, à en juger d’après les feux et les fumées que l’on avait aperçus. «Les naturels du pays, dit Crozet, se présentèrent de bonne grâce; ils ramassèrent du bois et firent une espèce de bûcher. Ils présentèrent ensuite aux nouveaux débarqués quelques branchages de bois sec allumés et parurent les inviter à mettre le feu au bûcher. On ignorait ce que voulait dire cette cérémonie et on alluma le bûcher. Les sauvages ne parurent point étonnés; ils restèrent autour de nous sans faire aucune démonstration, ni d’amitié, ni d’hostilité; ils avaient avec eux leurs femmes et leurs enfants. Les hommes, ainsi que les femmes, étaient d’une taille ordinaire, d’une couleur noire, les cheveux cotonnés, et tous également nus, hommes et femmes; quelques femmes portaient leurs enfants sur le dos, attachés avec des cordes de jonc. Les hommes étaient tous armés de bâtons pointus et de quelques pierres, qui nous parurent tranchantes, semblables à des fers de hache. «Nous tentâmes de les gagner par de petits présents; ils rejetèrent avec mépris tout ce qu’on leur présenta, même le fer, les miroirs, des mouchoirs et des morceaux de toile. On leur fit voir des poules et des canards qu’on avait apportés du vaisseau, pour leur faire entendre qu’on désirait en acheter d’eux. Ils prirent ces bêtes, qu’ils témoignèrent ne pas connaître, et les jetèrent avec un air de colère.» Il y avait déjà une heure qu’on essayait de gagner ces sauvages, lorsque Marion et Du Clesmeur débarquèrent. On leur présenta aussitôt un brandon enflammé, et ceux-ci n’hésitèrent pas à allumer un bûcher tout préparé, dans la persuasion que c’était une cérémonie pacifique. Ils se trompaient, car les naturels se retirèrent aussitôt, et firent voler une grêle de pierres qui blessèrent les deux commandants. On leur répondit par quelques coups de fusil, et tout le monde se rembarqua. Lors d’une nouvelle tentative de débarquement, à laquelle s’opposèrent les sauvages avec une grande bravoure, il fallut répondre à leur agression par une fusillade qui en blessa plusieurs et en tua un. Les hommes prirent terre aussitôt et poursuivirent les naturels, qui n’essayèrent pas de résister. Deux détachements furent ensuite envoyés à la découverte d’une aiguade et d’arbres propres à refaire la mâture du -Castries-. Six jours se passèrent à ces recherches infructueuses. Toutefois, ils ne furent pas perdus pour la science, car on fit nombre d’observations curieuses. «Par les tas considérables de coquillages que nous avons trouvés de distance en distance, dit Crozet, nous avons jugé que la nourriture ordinaire des sauvages était des moules, des pinnes-marines, des peignes, des cames et divers coquillages semblables.» N’est-il pas singulier de retrouver à la Nouvelle-Zélande ces débris de cuisine si communs sur les côtes scandinaves et que nous avons déjà signalés dans l’isthme de Panama? L’homme n’est-il pas partout le même, et les mêmes besoins ne lui inspirent-ils pas les mêmes actes? Voyant qu’il était inutile de passer plus de temps à chercher de l’eau et du bois afin de remâter le -Castries- et de radouber le -Mascarin- qui faisait beaucoup d’eau, Marion appareilla le 10 mars pour la Nouvelle-Zélande, qu’il atteignait quatorze jours plus tard. Découverte en 1642 par Tasman, visitée en 1772 par Cook et Surville, cette terre commençait à être connue. Les deux bâtiments atterrirent près du mont Egmont; mais le rivage était tellement accore en cet endroit, que Marion fit regagner le large et revint prendre connaissance de la terre, le 31 mars, par 36° 30′ de latitude. Il prolongea alors la côte, et, malgré les vents contraires, remonta dans le nord jusqu’aux îles des Trois-Rois. Il n’y avait pas moyen d’y aborder. Il fallut donc rallier la grande terre, et l’ancre fut jetée auprès du cap Maria-Van-Diemen, extrémité la plus septentrionale de la Nouvelle-Zélande. Le mouillage était mauvais, comme il fut facile de s’en apercevoir, et, après diverses tentatives, Marion s’arrêta, le 11 mai, à la baie des îles de Cook. Des tentes furent dressées dans une des îles, où l’on trouva du bois et de l’eau, et les malades y furent installés sous la garde d’un fort détachement. Les naturels vinrent aussitôt à bord, quelques-uns même y couchèrent, et les échanges, facilités par l’usage d’un vocabulaire de Taïti, se firent bientôt sur une grande échelle. «Je remarquai avec étonnement, dit Crozet, parmi les sauvages qui vinrent à bord des vaisseaux dès les premiers jours, trois espèces d’hommes, dont les uns, qui paraissaient les vrais indigènes, sont d’un blanc tirant sur le jaune; ceux-ci sont les plus grands, et leur taille ordinaire est de cinq pieds neuf à dix pouces, leurs cheveux noirs sont lisses et plats; des hommes plus basanés et un peu moins grands, les cheveux un peu crépus; enfin de véritables nègres à têtes cotonnées et moins grands que les autres, mais en général plus larges de poitrine. Les premiers ont très peu de barbe et les nègres en ont beaucoup.» Observations curieuses, dont la justesse devait être vérifiée plus tard. Il est inutile de s’étendre sur les mœurs des Néo-Zélandais, sur leurs villages fortifiés dont Marion donne une minutieuse description, sur leurs armes, leurs vêtements et leur nourriture; ces détails sont déjà connus des lecteurs. Les Français avaient trois postes à terre: celui des malades sur l’île Matuaro; un second sur la grande terre, qui servait d’entrepôt et de point de communication avec le troisième, c’est-à-dire l’atelier des charpentiers, établi à deux lieues plus loin, au milieu des bois. Les gens de l’équipage, séduits par les caresses des sauvages, faisaient de longues courses dans l’intérieur et recevaient partout un cordial accueil. Enfin, la confiance s’établit si bien, que, malgré les représentations de Crozet, Marion ordonna de désarmer les chaloupes et les canots lorsqu’ils iraient à terre. Imprudence impardonnable dans le pays où Tasman avait dû nommer «baie des Assassins» le premier endroit où il eût atterri, où Cook avait trouvé des anthropophages et failli être massacré! Le 8 juin, Marion descendit à terre, où il fut accueilli avec des démonstrations d’amitié plus grandes encore que d’habitude. On le proclama grand chef du pays, et les naturels lui placèrent dans les cheveux quatre plumes blanches, insignes de la souveraineté. Quatre jours plus tard, Marion descendit de nouveau à terre avec deux jeunes officiers, MM. de Vaudricourt et Le Houx, un volontaire et le capitaine d’armes, quelques matelots, en tout dix-sept personnes. Le soir, personne ne revint au vaisseau. On n’en fut pas inquiet, car on connaissait les mœurs hospitalières des sauvages. On crut seulement que Marion avait couché à terre pour être plus à portée de visiter le lendemain les travaux de l’atelier. Le 13 juin, le -Castries- envoya sa chaloupe faire l’eau et du bois pour sa consommation journalière. A neuf heures, un homme fut aperçu qui nageait vers les vaisseaux. On lui envoya un bateau pour le ramener à bord. C’était un des chaloupiers, le seul qui eût échappé au massacre de tous ses camarades. Il avait reçu deux coups de lance dans le côté et était fort maltraité. D’après son récit, les sauvages avaient tout d’abord montré des dispositions aussi amicales que d’habitude. Ils avaient même transporté à terre sur leurs épaules les matelots qui craignaient de se mouiller. Puis, lorsque ceux-ci se furent dispersés pour ramasser leurs paquets de bois, les indigènes avaient reparu, armés de lances, de casse-têtes et de massues, et s’étaient jetés, au nombre de sept ou huit, sur chacun des matelots. Pour lui, il n’avait été attaqué que par deux hommes, qui l’avaient blessé de deux coups de lance, et comme par bonheur il n’était pas très loin de la mer, il avait pu fuir jusqu’au rivage, où il s’était caché au milieu des broussailles. De là, il avait assisté au massacre de tous ses compagnons. Les sauvages les avaient ensuite dépouillés, leur avaient ouvert le ventre et commençaient à les couper en morceaux, lorsqu’il était sorti sans bruit de sa cachette et s’était jeté à l’eau dans l’espoir de gagner le navire à la nage. Les seize hommes du canot qui accompagnaient Marion et dont on n’avait pas de nouvelles avaient-ils éprouvé le même sort? C’était vraisemblable. En tout cas, il fallait, sans perdre une minute, prendre des mesures pour sauver les trois postes établis à terre. Le chevalier Du Clesmeur prit aussitôt le commandement, et c’est grâce à son énergie que le désastre ne fut pas plus grand. La chaloupe du -Mascarin- fut armée et expédiée à la recherche du canot de Marion et de sa chaloupe, avec ordre d’avertir tous les postes et de se porter au secours du plus éloigné, l’atelier où l’on façonnait les mâts et les espars. En route, sur le littoral, furent découvertes les deux embarcations, près du village de Tacoury; elles étaient entourées de sauvages, qui les avaient pillées, après avoir égorgé les matelots. [Illustration: Il avait assisté au massacre de tous ses camarades. (Page 247.)] Sans s’arrêter à essayer de reprendre les embarcations, l’officier fit force de rames, afin d’arriver à temps à l’atelier. Le poste, heureusement, n’avait pas encore été assailli par les naturels. Les travaux furent aussitôt arrêtés, les outils et les armes rassemblés, les fusils chargés, et les objets qu’on ne pouvait emporter furent enterrés sous les débris de la baraque, à laquelle on mit le feu. Puis la retraite s’opéra au milieu de plusieurs troupes de sauvages, qui répétaient ces sinistres paroles: «-Tacouri maté Marion-, Tacouri a tué Marion!» Deux lieues furent ainsi faites, sans qu’aucune agression eût été tentée contre les soixante hommes dont se composait le détachement. Lorsqu’on arriva à la chaloupe, les sauvages se rapprochèrent. Crozet fit embarquer tout d’abord les matelots chargés de paquets, puis, traçant une ligne par terre, il fit comprendre que le premier qui la franchirait serait immédiatement passé par les armes. Ordre fut alors donné de s’asseoir, et ce fut un spectacle imposant que celui de ce millier de naturels obéissant sans résister, malgré leur désir de se précipiter sur une proie qu’ils voyaient leur échapper! [Illustration: On trouva le crâne d’un homme. (Page 250.)] Crozet s’embarqua le dernier. Il n’eut pas plus tôt mis le pied dans la chaloupe, que le cri de guerre retentit, les javelots et les pierres furent lancés de toutes parts. Aux démonstrations menaçantes avaient succédé les hostilités, et les sauvages entraient dans l’eau pour mieux ajuster leurs adversaires. Crozet se vit alors dans la nécessité de faire sentir à ces malheureux la supériorité de ses armes et fit commencer le feu. Les Néo-Zélandais, voyant tomber leurs camarades morts ou blessés sans qu’ils parussent avoir été touchés, demeuraient stupides. Tous auraient été tués, si Crozet n’eût mis fin au massacre. Les malades furent ramenés à bord sans accident, et le poste, renforcé et se tenant sur ses gardes, ne fut pas inquiété. Le lendemain, les naturels, qui possédaient sur l’île Matuaro un village important, tentèrent d’empêcher les matelots de faire l’eau et le bois dont ils avaient besoin. Ceux-ci marchèrent alors contre eux la bayonnette au fusil et les poursuivirent jusqu’à leur village, où ils se renfermèrent. On entendait la voix des chefs qui les excitaient au combat. Le feu commença dès qu’on fut arrivé à portée de pistolet de la porte du village, et il fut si bien dirigé, que les chefs furent les premières victimes. Dès qu’ils les virent tomber, les naturels prirent la fuite. On en tua une cinquantaine, on culbuta le reste dans la mer, et le village fut brûlé. Il ne fallait plus songer à amener sur la plage ces beaux mâts faits avec les cèdres qu’on avait eu tant de peine à abattre, et, pour refaire la mâture, on dut se contenter d’un assemblage de pièces de bois embarquées sur les vaisseaux. Quant à l’approvisionnement de sept cents barriques d’eau et de soixante-dix cordes de bois de chauffage indispensables pour le voyage, comme il ne restait plus qu’une chaloupe, il ne fallut pas moins d’un mois pour l’achever. Cependant, on n’était pas exactement fixé sur le sort du capitaine Marion et des hommes qui l’accompagnaient. Un détachement bien armé se rendit donc au village de Tacouri. Le village était abandonné. On n’y trouva que quelques vieillards qui n’avaient pu suivre leurs camarades fugitifs et qui étaient assis à la porte de leurs maisons. On voulut les capturer. Un d’eux alors, sans paraître beaucoup s’émouvoir, frappa un soldat avec un javelot qu’il tenait à la main. On le tua, mais on ne fit aucun mal aux autres, qu’on laissa dans le village. Toutes les maisons furent fouillées soigneusement. On trouva dans la cuisine de Tacouri le crâne d’un homme qui avait été cuit depuis peu de jours, où il restait encore quelques parties charnues, dans lesquelles se voyaient l’empreinte des dents des anthropophages. On y vit aussi un morceau de cuisse humaine, qui tenait à une broche de bois, et qui était aux trois quarts mangé. Dans une autre maison, on trouva une chemise, qu’on reconnut avoir appartenu à l’infortuné Marion. Le col de cette chemise était tout ensanglanté, et l’on y voyait trois ou quatre trous également tachés de sang sur le côté. Dans différentes autres maisons, furent saisis une partie des vêtements et les pistolets du jeune de Vaudricourt, qui avait accompagné son commandant, puis les armes du canot et un tas de lambeaux des hardes des malheureux matelots. Le doute n’était malheureusement plus possible. Procès-verbal fut dressé de la mort des victimes, et le chevalier Du Clesmeur rechercha dans les papiers de Marion quels étaient ses projets pour la continuation du voyage. Il n’y trouva que les instructions données par l’intendant de l’île de France. L’état-major fut alors assemblé, et, vu l’état lamentable des bâtiments, il fut décidé qu’on abandonnerait la recherche de nouvelles terres, qu’on gagnerait les îles d’Amsterdam et de Rotterdam, puis les Mariannes et les Philippines, où l’on avait chance de se débarrasser de la cargaison, avant de rentrer à l’île de France. Le 14 juillet, le port de la Trahison,--c’est ainsi que Du Clesmeur nomma la baie des îles,--fut quitté, et les navires se dirigèrent vers les îles d’Amsterdam et de Rotterdam, au nord desquelles ils passèrent le 6 août. La navigation fut favorisée par un temps splendide, circonstance heureuse, car le scorbut avait fait de tels ravages parmi les matelots qu’il en restait bien peu en état de travailler. Enfin, le 20 septembre, fut découverte l’île de Guaham, la plus grande des Mariannes, où il ne fut possible de mouiller que sept jours plus tard. La relation publiée par Crozet contient des détails très précis et très circonstanciés sur cette île, ses productions et ses habitants. Nous n’en retiendrons que cette phrase aussi courte qu’explicite: «L’île de Guaham, dit-il, nous a paru un paradis terrestre; l’air y est excellent, les eaux sont bonnes, les légumes et les fruits parfaits, les troupeaux de bœufs innombrables, ainsi que ceux de cabris, de cochons; toute espèce de volailles y est multipliée à l’infini.» Parmi les productions, Crozet cite le «rima», dont le fruit est bon à manger lorsqu’il est parvenu à toute sa grosseur et qu’il est encore vert. «C’est dans cet état, dit-il, que ces insulaires le cueillent pour le manger. Ils le dépouillent de sa peau raboteuse et le coupent par tranches comme un morceau de pain. Lorsqu’ils veulent le conserver, ils le coupent par tranches circulaires et, dans cette forme de galette très mince, ils le font sécher au soleil ou au four. Ce biscuit naturel conserve sa qualité de pain pendant plusieurs années et beaucoup plus longtemps que notre meilleur biscuit de vaisseau.» Du port d’Agana, Crozet gagna les Philippines, où il mouilla à Cavite, dans la baie de Manille. C’est en cet endroit que le -Castries- et le -Mascarin- se quittèrent pour rentrer séparément à l’île de France. Quelques années auparavant, un vaillant officier de la marine militaire, le chevalier Jacques-Raymond de Giron de Grenier, qui appartenait à cette pléiade d’hommes distingués, les Chazelle, les Borda, les Fleurieu, les Du Maitz de Goimpy, les Chabert, les Verdun de la Crenne, qui contribuèrent avec tant de zèle aux progrès de la navigation et de la géographie, avait utilisé ses loisirs pendant une station à l’île de France pour explorer les mers avoisinantes. Sur la corvette -l’Heure du Berger-, il avait fait une croisière très fructueuse, rectifiant les positions de l’écueil de Saint-Brandon, du banc de Saya-de-Malha, reconnaissant en détail, dans les Séchelles, les îles Saint-Michel, Rocquepire, Agalega, corrigeant la carte des îles d’Adu et de Diego-Garcia. S’appuyant alors sur les rapports des courants avec les vents de mousson, qu’il avait étudiés spécialement, il proposa une route abrégée et constante pour aller de l’île de France aux Indes. C’était une économie de huit cents lieues de chemin; la chose valait la peine qu’on l’étudiât sérieusement. Le ministre de la marine, qui avait vu la proposition de Grenier bien accueillie par l’Académie de Marine, résolut de confier le soin de l’examiner à quelque officier de vaisseau qui eût l’habitude de ce genre de travaux. Ce fut Yves-Joseph de Kerguelen qui fut choisi. Pendant les deux campagnes de 1767 et 1768, pour l’encouragement et la protection de la pêche de la morue aux côtes d’Islande, ce navigateur avait levé le plan d’un grand nombre de ports et de rades, réuni beaucoup d’observations astronomiques, rectifié la carte de l’Islande et recueilli sur ce pays encore très peu connu une foule d’observations aussi exactes qu’intéressantes. C’est ainsi qu’on lui devait les premiers détails authentiques sur les «geysers», ces sources d’eau chaude qui s’élèvent parfois à de grandes hauteurs, et des renseignements curieux touchant l’existence de bois fossiles qui prouvent qu’à une époque géologique antérieure, l’Islande, aujourd’hui complètement dépourvue d’arbres, possédait d’immenses forêts. En même temps, Kerguelen avait publié des détails très nouveaux sur les mœurs, les usages et les coutumes des habitants. «Les femmes, disait-il, ont des robes, des camisoles et des tabliers d’un drap appelé -wadmel-, qui se fait en Islande; elles mettent par-dessus leur camisole une robe très ample, assez semblable à celle des jésuites, mais elle ne descend pas si bas que les jupes qu’elle laisse voir. Cette robe est de différente couleur, mais plus souvent noire; on la nomme -hempe-. Elle est garnie d’un ruban de velours ou de quelque autre ornement.... Leur coiffure a l’air d’une pyramide ou d’un pain de sucre de deux ou trois pieds de hauteur. Elles se coiffent avec un grand mouchoir d’une très grosse toile, qui se tient tout droit, qui est couvert d’un autre mouchoir plus fin qui forme la figure que je viens de dire....» Enfin, cet officier avait réuni des documents très sérieux sur le Danemark, les Lapons, les Samoyèdes et les archipels des Féroë, des Orcades et des Shetland, qu’il avait explorés en détail. Kerguelen, chargé de reconnaître la route proposée par Grenier, demanda au ministre de mettre à profit son armement pour aller reconnaître les terres australes découvertes, en 1739, par Bouvet de Lozier. L’abbé Terray, qui venait de succéder au duc de Praslin, lui donna le commandement du vaisseau -le Berryer-, qui emporta de Lorient pour quatorze mois de vivres, trois cents hommes d’équipage et quelques munitions destinées à l’île de France. L’abbé Rochon était adjoint à Kerguelen pour faire des observations astronomiques. Dès qu’il fut arrivé à l’île de France, le 20 août 1771, Kerguelen changea le -Berryer- pour la flûte -la Fortune-, à laquelle fut réunie la petite flûte -le Gros-Ventre-, de seize canons avec cent hommes d’équipage sous le commandement de M. de Saint-Allouarn. Aussitôt que ces deux bâtiments furent parés, Kerguelen mit à la voile et fit route au nord, afin de reconnaître l’archipel des îles Mahé. Pendant un orage furieux, les sondes jetées par la -Fortune- accusèrent des profondeurs de moins en moins grandes, trente, dix-neuf, dix-sept, quatorze brasses. A ce moment, l’ancre fut jetée et tint bon jusqu’à la fin de l’orage. «Le jour vint enfin nous tirer d’inquiétude, dit Kerguelen, nous ne vîmes ni terre ni rocher. Le -Gros-Ventre- était à trois lieues sous le vent. Il ne pouvait concevoir que je fusse à l’ancre, car le bruit du tonnerre et des éclairs ne lui avait pas permis de distinguer ni d’entendre mes signaux.... En effet, il n’y a pas d’exemple qu’un bâtiment ait jamais mouillé la nuit, en pleine mer, sur un banc inconnu. J’appareillai et je me laissai dériver en sondant. Je trouvai longtemps quatorze, puis vingt, vingt-cinq, et vingt-huit brasses. Je perdis tout à coup le fond, ce qui prouve que c’est le sommet d’une montagne. Ce banc nouveau, que j’ai nommé Banc de la Fortune, gît nord-ouest et sud-est; il est par 7° 16′ de latitude sud, et 55° 50′ de longitude est.» La -Fortune- et le -Gros-Ventre- s’élevèrent ensuite au cinquième degré sud, route recommandée par le chevalier de Grenier. Les deux commandants reconnurent que les vents soufflaient constamment de l’est en cette saison, gagnèrent les Maldives, et prolongèrent Ceylan depuis la Pointe de Galles jusqu’à la baie de Trinquemalay. Au retour, la mousson était changée. Les vents régnants étaient bien ceux de l’ouest et du sud-ouest, comme l’annonçait Grenier. La route que ce dernier proposait offrait donc des avantages incontestables. L’expérience est venue, depuis ce moment, si bien les démontrer, qu’on n’en suit plus d’autre. Rentré le 8 décembre à l’île de France, Kerguelen accéléra tellement ses préparatifs de départ, qu’il put appareiller le 12 janvier 1772. Il fit route droit au sud, car, à supposer qu’il découvrît quelque terre dans cette direction, celle qui serait le moins éloignée serait évidemment la plus utile à notre colonie. Dès le 1er février, de nombreux vols d’oiseaux semblèrent indiquer la proximité de la terre. La grêle succédait à la neige. On rencontrait à la fois gros temps, gros vent, grosse mer. La première terre fut reconnue le 12. Le lendemain, on en découvrit une seconde, et, bientôt après, un gros cap, très élevé. Le jour suivant, à sept heures du matin, le soleil ayant dissipé les nuages, on distingua très nettement une ligne de côtes qui s’étendait sur une longueur de vingt-cinq lieues. On était alors par 49° 40′ de latitude australe et 61° 10′ de longitude orientale. Par malheur, les orages succédaient aux orages, et les deux bâtiments eurent grand mal à ne pas se laisser affaler sur la côte. Quant à Kerguelen, il fut emporté dans le nord par les courants, peu de temps après avoir détaché une embarcation qui devait essayer d’accoster. «Me voyant si éloigné de terre, dit Kerguelen dans sa relation, j’examinai le parti que j’avais à prendre, je considérai que l’état de ma mâture ne me permettait pas de porter de la voile pour me relever de la côte, et que, n’ayant pas de chaloupe pour porter mes ancres, je m’exposais infiniment sur la côte, qu’il était presque impossible de retrouver dans les brumes le -Gros-Ventre-, dont j’étais séparé depuis plusieurs jours, d’autant plus que les vents avaient été toujours variables, et que nous avions essuyé une tempête.... Ces réflexions, jointes à ce que le -Gros-Ventre- était un excellent bâtiment et qu’il avait sept mois de vivres, me déterminèrent à faire route pour l’île de France, où j’arrivai le 16 mars.» Heureusement, il n’était rien arrivé de funeste au -Gros-Ventre-. Son canot avait eu le temps de revenir. M. de Boisguehenneuc, qui avait débarqué, avait pris possession de cette terre, avec toutes les formalités requises, et laissé un écrit dans une bouteille, qui fut trouvée en 1776 par le capitaine Cook. Kerguelen repassa en France; mais le succès de sa campagne lui avait fait de nombreux ennemis. Leurs attaques devinrent encore plus vives, lorsqu’on vit que le roi le faisait capitaine de vaisseau et chevalier de Saint-Louis, le 1er janvier 1772. Les bruits les plus calomnieux se répandirent. On alla même jusqu’à l’accuser d’avoir coulé sa conserve -le Gros-Ventre-, pour être seul à tirer bénéfice des découvertes qu’il avait faites de concert avec M. de Saint-Allouarn. Cependant, toutes ces criailleries n’influencèrent pas le ministère, qui résolut de confier le commandement d’une seconde expédition à Kerguelen. Le vaisseau -le Roland- et la frégate -l’Oiseau-, cette dernière sous les ordres de M. de Saux de Rosnevet, quittèrent Brest le 26 mars 1772. Lorsqu’il atteignit le Cap, Kerguelen fut obligé d’y faire une relâche 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 13 14 15 16 17 18 19 20 21 22 23 24 25 26 27 28 29 30 31 32 33 34 35 36 37 38 39 40 41 42 43 44 45 46 47 48 49 50 51 52 53 54 55 56 57 58 59 60 61 62 63 64 65 66 67 68 69 70 71 72 73 74 75 76 77 78 79 80 81 82 83 84 85 86 87 88 89 90 91 92 93 94 95 96 97 98 99 100 101 102 103 104 105 106 107 108 109 110 111 112 113 114 115 116 117 118 119 120 121 122 123 124 125 126 127 128 129 130 131 132 133 134 135 136 137 138 139 140 141 142 143 144 145 146 147 148 149 150 151 152 153 154 155 156 157 158 159 160 161 162 163 164 165 166 167 168 169 170 171 172 173 174 175 176 177 178 179 180 181 182 183 184 185 186 187 188 189 190 191 192 193 194 195 196 197 198 199 200 201 202 203 204 205 206 207 208 209 210 211 212 213 214 215 216 217 218 219 220 221 222 223 224 225 226 227 228 229 230 231 232 233 234 235 236 237 238 239 240 241 242 243 244 245 246 247 248 249 250 251 252 253 254 255 256 257 258 259 260 261 262 263 264 265 266 267 268 269 270 271 272 273 274 275 276 277 278 279 280 281 282 283 284 285 286 287 288 289 290 291 292 293 294 295 296 297 298 299 300 301 302 303 304 305 306 307 308 309 310 311 312 313 314 315 316 317 318 319 320 321 322 323 324 325 326 327 328 329 330 331 332 333 334 335 336 337 338 339 340 341 342 343 344 345 346 347 348 349 350 351 352 353 354 355 356 357 358 359 360 361 362 363 364 365 366 367 368 369 370 371 372 373 374 375 376 377 378 379 380 381 382 383 384 385 386 387 388 389 390 391 392 393 394 395 396 397 398 399 400 401 402 403 404 405 406 407 408 409 410 411 412 413 414 415 416 417 418 419 420 421 422 423 424 425 426 427 428 429 430 431 432 433 434 435 436 437 438 439 440 441 442 443 444 445 446 447 448 449 450 451 452 453 454 455 456 457 458 459 460 461 462 463 464 465 466 467 468 469 470 471 472 473 474 475 476 477 478 479 480 481 482 483 484 485 486 487 488 489 490 491 492 493 494 495 496 497 498 499 500 501 502 503 504 505 506 507 508 509 510 511 512 513 514 515 516 517 518 519 520 521 522 523 524 525 526 527 528 529 530 531 532 533 534 535 536 537 538 539 540 541 542 543 544 545 546 547 548 549 550 551 552 553 554 555 556 557 558 559 560 561 562 563 564 565 566 567 568 569 570 571 572 573 574 575 576 577 578 579 580 581 582 583 584 585 586 587 588 589 590 591 592 593 594 595 596 597 598 599 600 601 602 603 604 605 606 607 608 609 610 611 612 613 614 615 616 617 618 619 620 621 622 623 624 625 626 627 628 629 630 631 632 633 634 635 636 637 638 639 640 641 642 643 644 645 646 647 648 649 650 651 652 653 654 655 656 657 658 659 660 661 662 663 664 665 666 667 668 669 670 671 672 673 674 675 676 677 678 679 680 681 682 683 684 685 686 687 688 689 690 691 692 693 694 695 696 697 698 699 700 701 702 703 704 705 706 707 708 709 710 711 712 713 714 715 716 717 718 719 720 721 722 723 724 725 726 727 728 729 730 731 732 733 734 735 736 737 738 739 740 741 742 743 744 745 746 747 748 749 750 751 752 753 754 755 756 757 758 759 760 761 762 763 764 765 766 767 768 769 770 771 772 773 774 775 776 777 778 779 780 781 782 783 784 785 786 787 788 789 790 791 792 793 794 795 796 797 798 799 800 801 802 803 804 805 806 807 808 809 810 811 812 813 814 815 816 817 818 819 820 821 822 823 824 825 826 827 828 829 830 831 832 833 834 835 836 837 838 839 840 841 842 843 844 845 846 847 848 849 850 851 852 853 854 855 856 857 858 859 860 861 862 863 864 865 866 867 868 869 870 871 872 873 874 875 876 877 878 879 880 881 882 883 884 885 886 887 888 889 890 891 892 893 894 895 896 897 898 899 900 901 902 903 904 905 906 907 908 909 910 911 912 913 914 915 916 917 918 919 920 921 922 923 924 925 926 927 928 929 930 931 932 933 934 935 936 937 938 939 940 941 942 943 944 945 946 947 948 949 950 951 952 953 954 955 956 957 958 959 960 961 962 963 964 965 966 967 968 969 970 971 972 973 974 975 976 977 978 979 980 981 982 983 984 985 986 987 988 989 990 991 992 993 994 995 996 997 998 999 1000