Quant au voyage à entreprendre, personne ne doutait de sa réussite.
Trois cent cinquante lieues seulement séparent les Malouines de
Montevideo, et les vents qui règnent dans ces parages, à cette époque
de l'année, permettraient à l'-Espérance---ainsi se nommait la chaloupe
transformée--de faire ce trajet en quelques jours.
Il fallait cependant prévoir le cas où cette frêle embarcation ne
pourrait atteindre la Plata. Aussi Freycinet était-il décidé à mettre
sur chantier, immédiatement après son départ, une goëlette de cent
tonneaux.
Bien que l'on fût très absorbé par ces travaux si variés et si
multiples, on n'en procédait pas moins aux observations ordinaires
d'astronomie, de physique, d'histoire naturelle et d'hydrographie. Il
semblait qu'on fût seulement en relâche.
Enfin le bâtiment fut achevé et mis à l'eau. Les instructions pour
son commandant, le capitaine Duperrey, étaient rédigées, son équipage
était choisi, on embarquait ses provisions, le départ était fixé au
surlendemain, lorsque, le 19 mars 1820, des cris se font entendre: «Un
navire! un navire!» Un sloop sous voiles était à l'entrée de la baie.
Plusieurs coups de canon furent tirés pour attirer son attention, et le
patron s'empressa de venir à terre.
En peu de mots, Freycinet eut exposé à ce dernier par suite de quelles
circonstances il se trouvait établi sur cette côte.
Le patron répondit qu'il était aux ordres d'un bâtiment américain, le
-Général-Knox-, employé à la pêche aux phoques, à l'île West, pointe la
plus occidentale des Malouines.
Un officier fut aussitôt chargé d'aller s'entendre avec le capitaine
de ce navire, sur la nature des secours qu'il pourrait donner aux
Français. Mais celui-ci demanda 135,750 francs pour conduire les
naufragés à Rio. C'était étrangement abuser des circonstances. Aussi
l'officier français ne voulut-il rien conclure sans l'assentiment de
son commandant et pria-t-il l'Américain de se rendre à la baie des
Français.
Pendant ces négociations, un nouveau navire, le -Mercury-, capitaine
Galvin, était entré dans la baie. Parti de Buenos-Ayres pour porter
des canons à Valparaiso, le -Mercury-, sur le point de doubler le
cap Horn, avait fait une voie d'eau considérable qui le forçait à se
radouber aux Malouines. Ce fut un heureux événement pour les Français,
et la concurrence qui allait en résulter ne pouvait tourner qu'à leur
avantage.
Freycinet offrit immédiatement au capitaine Galvin, pour réparer ses
avaries, les secours en matériaux et en hommes dont il disposait,
ajoutant que si ses charpentiers pouvaient radouber le navire, il lui
demanderait de le transporter avec ses compagnons à Rio-de-Janeiro.
Au bout de quinze jours, les réparations étaient terminées. Pendant ce
temps, la négociation avec le -Général Knox- s'était terminée par un
refus absolu, de la part de Freycinet, d'en passer par les exigences
du capitaine américain. Quant au capitaine Galvin, il fallut plusieurs
jours pour arriver à une solution avec lui et l'amener au traité que
voici:
1º Le capitaine Galvin s'engageait à conduire à Rio les naufragés,
leurs papiers, collections et instruments, ainsi que tout ce que l'on
pourrait embarquer des objets sauvés de l'-Uranie-.
2º Les naufragés devaient se nourrir pendant la traversée avec les
vivres mis en réserve pour eux.
3º Arrivés à destination, les Français devaient lui payer, dans les dix
jours, une somme de 97,740 francs.
Ainsi se termina cette laborieuse négociation par l'acceptation de
conditions vraiment léonines.
Avant de quitter les Malouines, le naturaliste Gaudichaud enrichit
cette terre misérable de plusieurs sortes de plantes, qui lui parurent
pouvoir être utiles aux navigateurs en relâche.
Quelques détails sur cet archipel ne seront pas sans intérêt. Composé
d'un grand nombre d'îlots et de deux îles principales, Conti et
Maidenland, ce groupe est compris entre 50° 57´ et 52° 45´ sud et 60°
4´ et 63° 48´ à l'ouest du méridien de Paris. La baie Française, située
à l'extrémité orientale de l'île Conti, est une vaste ouverture, plus
profonde que large, aux côtes accores et rocheuses.
La température est douce, malgré la latitude élevée de ces îles. La
neige n'est pas abondante et ne persiste pas plus de deux mois au
sommet des plus hautes montagnes. Les ruisseaux ne gèlent point, et
jamais lac ou marais glacé n'a pu porter un homme plus de vingt-quatre
heures de suite. D'après les observations de Weddell, qui a fréquenté
ces parages de 1822 à 1824, la température s'y serait considérablement
relevée depuis une quarantaine d'années, par suite du changement de
direction des grands bancs de glace, qui vont se perdre au milieu de
l'Atlantique.
[Illustration: La baie Française aux îles Malouines. (-Fac-simile.
Gravure ancienne.-)]
Au dire du naturaliste Quoy, il semblerait que les Malouines, à
considérer le peu de profondeur de la mer qui les sépare de l'Amérique
et la ressemblance qui existe entre leurs plaines herbeuses et les
pampas de Buenos-Ayres, aient fait partie autrefois du continent.
Ces plaines sont basses, marécageuses, couvertes de hautes herbes et
noyées l'hiver. On y rencontre de larges espaces d'une tourbe noire,
qui forme un excellent combustible.
Cette nature particulière du sol a empêché la végétation des arbres
que Bougainville avait voulu y acclimater et dont il ne restait plus
trace à l'époque du séjour de Freycinet. La plante la plus grande et la
plus commune est une sorte de glaïeul,--excellente pour la nourriture
des bestiaux,--qui sert de refuge à un grand nombre de phoques et à
des légions de manchots. C'est elle que de loin les premiers voyageurs
avaient prise pour des buissons élevés.
[Illustration: Le -Mercury- au mouillage dans la baie Française.
(Page 287.)]
Le céleri, le cochléaria, le cresson, le pissenlit, le framboisier,
l'oseille, la pimprenelle, sont les seules plantes utiles à l'homme
qu'on rencontre sur cet archipel.
Quant aux animaux, les bœufs, les porcs et les chevaux, importés par
les colons français et espagnols, s'étaient singulièrement multipliés
sur l'île Conti; mais la chasse que les baleiniers leur faisaient
devait bientôt en diminuer sensiblement le nombre.
Le seul quadrupède qui soit véritablement indigène aux Malouines est
le chien antarctique, dont le museau rappelle tout à fait celui du
renard. Aussi est-il appelé chien-renard ou loup-renard par quelques
baleiniers. Ces animaux féroces se jetèrent à l'eau pour attaquer les
marins de Byron. Ils se contentent maintenant des lapins,--qui n'ont
pas tardé à pulluler,--quand les phoques, qu'ils ne craignent pas de
combattre, parviennent à leur échapper.
Le 28 avril 1820, le -Mercury- prenait la mer, emportant vers
Rio-de-Janeiro Freycinet et son équipage. Mais le capitaine Galvin
n'avait pas réfléchi à ceci: c'est que, armé sous le pavillon des
indépendants de Buenos-Ayres, alors en guerre avec les Portugais, son
navire serait saisi en entrant à Rio, que ses matelots et lui-même
seraient faits prisonniers. Il essaya donc de faire revenir Freycinet
sur ses engagements, espérant le décider à débarquer à Montevideo.
Mais, celui-ci ne voulut y consentir sous aucun prétexte, et un nouveau
contrat fut substitué au premier.
Par ce dernier acte, Freycinet devenait, pour le compte de la marine
française, propriétaire du -Mercury-, moyennant la somme stipulée au
premier contrat.
Le 8 mai, on arrivait devant Montevideo, où Freycinet prit le
commandement du navire, auquel il donna le nom de la -Physicienne-. On
profita de cette relâche pour procéder à l'armement, à l'arrimage, à
la révision du gréement, à l'embarquement de l'eau et des provisions
nécessaires pour gagner Rio-de-Janeiro, que la -Physicienne-
n'atteignit pas sans avoir éprouvé des avaries assez importantes.
La -Physicienne- avait l'air si peu belliqueux, que, malgré la flamme
de bâtiment de guerre qui flottait en tête du grand mât, les douaniers
y furent trompés et voulurent la visiter comme un navire de commerce.
Des réparations très sérieuses étaient indispensables. Elles forcèrent
Freycinet à rester à Rio jusqu'au 18 septembre. Il prit alors
définitivement la route de France, et mouilla, le 13 novembre 1820, au
Havre, après une navigation de trois ans et deux mois, pendant laquelle
il avait parcouru 18,802 lieues marines ou 23,577 lieues moyennes de
France.
Quelques jours plus tard, Freycinet rentrait à Paris assez gravement
malade, et remettait au secrétariat de l'Académie des Sciences les
manuscrits scientifiques du voyage, qui ne formaient pas moins de
trente et un volumes in-4º. En même temps, les naturalistes de
l'expédition, Quoy, Gaimard et Gaudichaud déposaient les échantillons
qu'ils avaient réunis. On y comptait quatre espèces nouvelles de
mammifères, quarante-cinq de poissons, trente de reptiles, des
mollusques, des annélides, des polypes, etc., etc.
Traduit, suivant les lois militaires, devant un conseil de guerre, pour
y répondre de la perte de son bâtiment, Freycinet fut non seulement
acquitté à l'unanimité, mais encore chaudement félicité pour son
énergie, sa capacité et les mesures habiles et vigilantes qu'il avait
prises dans cette triste circonstance. Reçu quelque temps après par
le roi Louis XVIII, celui-ci le reconduisit en lui disant: «Vous êtes
entré ici capitaine de frégate, vous en sortirez capitaine de vaisseau.
Ne m'en remerciez pas et dites-moi seulement ce que Jean Bart répondit
à Louis XIV: «Sire, vous avez bien fait!»
Depuis ce moment, Freycinet consacra tout son temps à la publication
des résultats de son expédition. Le peu que nous en avons dit fait
comprendre qu'ils étaient immenses. Mais, consciencieux à l'excès,
l'explorateur ne voulait rien laisser paraître qui ne fût parfait,
et il tenait à mettre ses travaux à la hauteur des connaissances
acquises. On peut juger combien de temps il dut dépenser à classer les
nombreux matériaux qu'il avait rapportés. Aussi, lorsque la mort vint
le surprendre, le 18 août 1842, il n'avait pas encore mis la dernière
main à l'une des parties les plus curieuses et des plus neuves de son
travail, celle qui était relative aux langues de l'Océanie et à celle
des Mariannes en particulier.
A la fin de l'année 1821, le ministre de la marine, le marquis
de Clermont-Tonnerre, recevait un nouveau plan de voyage que lui
présentaient deux jeunes officiers, MM. Duperrey et Dumont d'Urville.
Le premier était à peine rentré en France depuis un an; second de
Freycinet sur l'-Uranie-, il avait, par ses connaissances scientifiques
et hydrographiques, rendu des services importants à l'expédition. Le
second, collaborateur du capitaine Gauttier, s'était fait remarquer
pendant les campagne hydrographiques que ce dernier venait de terminer
dans la Méditerranée et la mer Noire. Il avait le goût de la botanique
et des arts, et il avait été l'un des premiers à signaler la valeur
artistique de la -Vénus de Milo-, que l'on venait de découvrir.
Les objectifs que ces jeunes savants se proposaient étaient l'étude
des trois règnes de la nature, le magnétisme, la météorologie et la
détermination de la figure de la Terre.
«Quant à la géographie, dit Duperrey, nous nous proposions de constater
ou de rectifier, soit par des observations directes, soit par le
transport du temps, la position d'un grand nombre de points dans
différentes parties du globe, notamment dans les nombreux archipels
du Grand Océan, si féconds en naufrages et si remarquables par la
nature et la forme des îles basses, des bancs et des récifs qui les
composent; de tracer de nouvelles routes dans l'archipel Dangereux et
dans les îles de la Société, à côté des routes de Quiros, de Wallis,
de Bougainville et de Cook; de lier nos travaux hydrographiques à ceux
des voyages de d'Entrecasteaux et de M. de Freycinet dans la Polynésie,
à la Nouvelle-Hollande et dans les îles Moluques, et de visiter
particulièrement ces îles Carolines, découvertes par Magellan, sur
lesquelles, à l'exception de la partie orientale, examinée de nos jours
par le capitaine Kotzebue, nous n'avions que des descriptions bien
vagues, transmises par les missionnaires d'après le récit de quelques
sauvages égarés dans leurs pirogues et jetés par le vent sur les îles
Mariannes. Le langage, le caractère, les mœurs et la physionomie des
insulaires devaient être aussi l'objet d'observations particulières et
non moins curieuses.»
Les médecins de la marine Garnot et Lesson furent chargés des
observations d'histoire naturelle, tandis que l'état-major était
recruté parmi les officiers les plus instruits. On comptait, parmi
ces derniers, MM. Lesage, Jacquinot, Bérard, Lottin, de Blois et de
Blosseville.
L'Académie des sciences, très enthousiaste du plan de recherches
présenté par les promoteurs de cette campagne, mit à leur disposition
des instructions détaillées, dans lesquelles étaient exposés avec soin
les -desiderata- de la science. En même temps, les instruments les plus
perfectionnés étaient remis aux explorateurs.
Le bâtiment choisi fut un petit trois-mâts, ne tirant que douze à
treize pieds d'eau, la -Coquille-, qui était en réserve dans le port de
Toulon.
Le temps du radoub, de l'arrimage, de l'armement, ne permit pas à
l'expédition de partir avant le 11 août 1822. Elle arriva le 28 du même
mois à Ténériffe, où les officiers espéraient encore glaner quelques
épis, après les riches moissons d'observations que leurs devanciers y
avaient recueillies; mais le Conseil sanitaire, informé de l'apparition
de la fièvre jaune sur les bords de la Méditerranée, soumit la
-Coquille- à une quarantaine de quinze jours.
A cette époque, les opinions politiques étaient si surexcitées, une
telle fermentation régnait à Ténériffe, que les habitants étaient
chaque jour sur le point d'en venir aux mains. On comprend que, dans
ces circonstances, les regrets que durent éprouver les Français aient
été modérés. Aussi, les huit jours qu'ils passèrent à cette relâche
furent-ils entièrement consacrés au ravitaillement de la corvette ainsi
qu'à des observations astronomiques et magnétiques.
Le 1er septembre, l'ancre fut levée, et, le 6 octobre, on procéda à la
reconnaiscance des îlots de Martin-Vaz et de la Trinidad. Les premiers
sont des rochers élevés, d'une nudité repoussante. La Trinidad est une
terre haute, rocailleuse, stérile, dont quelques arbres couronnent la
partie méridionale. Cette île n'est autre que la fameuse Ascençao, qui,
pendant trois siècles, a été le but des recherches des explorateurs.
Le célèbre Halley, en 1700, avait pris possession de cet îlot au nom de
son gouvernement, qui dut le céder aux Portugais lorsque ceux-ci s'y
établirent à l'endroit où La Pérouse les trouva encore en 1785. Cet
établissement, inutile et coûteux, fut abandonné peu après, et l'île
n'a plus d'autres habitants fixes que des chiens, des cochons et des
chèvres, descendants des animaux autrefois importés.
En s'éloignant de la Trinidad, Duperrey avait le projet de se rendre
directement aux Malouines; mais une avarie, qu'il s'agissait de réparer
au plus tôt, lui fit prendre la résolution de s'arrêter à l'île
Sainte-Catherine. Là seulement il pouvait trouver à la fois le bois
nécessaire à la réparation de sa mâture et les rafraîchissements qui,
en raison de leur abondance, devaient être à bon marché.
Lorsqu'on approche de cette île, on est agréablement frappé de l'aspect
imposant et pittoresque de ses forêts épaisses, où les sassafras, les
lauriers, les cèdres, les orangers, les palétuviers se mêlent aux
bananiers et aux palmiers, dont les panaches élégants se balancent au
gré de la brise.
Au moment où la corvette jetait l'ancre, quatre jours seulement
s'étaient écoulés depuis que le Brésil, secouant le joug de la
métropole, avait déclaré son indépendance et proclamé comme empereur
le prince DomPedro d'Alcantara. Aussi le commandant, désirant
obtenir quelques renseignements sur ce changement politique et
s'assurer des dispositions des nouvelles autorités, envoya-t-il à
Nossa-Senhora-del-Desterro, capitale de l'île, une mission composée de
MM. d'Urville, de Blosseville, Gabert et Garnot.
Le gouvernement de la province était entre les mains d'une junte, qui
autorisa immédiatement les Français à couper les bois dont ils auraient
besoin, et invita le gouverneur du fort de Santa-Cruz à faciliter de
tous ses moyens leurs travaux scientifiques.
Quant aux vivres, on eut assez de peine à s'en procurer, les négociants
ayant fait passer leurs fonds à Rio dans la crainte des événements.
C'est vraisemblablement ce qui explique les difficultés que rencontra
le commandant de la -Coquille- dans un port qui avait été chaudement
recommandé par les capitaines Krusenstern et Kotzebue.
«Les habitants, dit la relation, étaient dans la persuasion de voir
bientôt des troupes ennemies descendre sur cette terre pour les
recoloniser, c'est-à-dire, selon eux, pour les rendre esclaves. Le
décret lancé le 1er août 1822, qui appelait tous les Brésiliens aux
armes pour la défense des côtes, et leur commandait de faire, dans
tout état de choses, une guerre de partisans, avait donné lieu à ces
craintes. Les résolutions, à la fois généreuses et pleines de vigueur,
qu'y déployait le prince DomPedro, avaient donné une haute idée de son
caractère et de ses projets d'émancipation. Pleins de confiance en ses
desseins, les partisans nombreux de l'indépendance étaient inspirés
d'un enthousiasme dont l'expansion était d'autant plus bruyante,
que leur esprit ardent avait été depuis longtemps comprimé. Dans
l'excès de leur joie, ils avaient couvert d'illuminations les villes
de Nossa-Senhora-del-Desterro, de Laguna, de San-Francisco, dont ils
avaient parcouru les rues en chantant des couplets en l'honneur de
DomPedro.»
Mais cet enthousiasme, dont toutes les villes faisaient preuve, n'était
pas partagé par les habitants de la campagne, gens paisibles, étrangers
aux émotions de la politique. Et si le Portugal avait été en état
d'appuyer ses décrets par l'envoi d'une escadre, nul doute que cette
province n'eût été facilement reconquise.
Ce fut le 30 octobre que la -Coquille- remit à la voile. Éprouvée dans
l'est du Rio-de-la-Plata par un de ces coups de vent redoutables,
connus sous le nom de «pampero», elle eut la fortune de s'en tirer sans
avarie.
Duperrey fit en cet endroit de très curieuses observations sur le
courant de la Plata. Déjà, Freycinet avait constaté que le cours
de ce fleuve, à cent lieues dans l'est de Montevideo, a encore une
vitesse de deux milles et demi à l'heure. Mais le commandant de la
-Coquille- reconnut que ce courant se fait sentir beaucoup plus loin;
il établit encore que, pressées par l'Océan, ces eaux sont contraintes
de se diviser en deux branches dans la direction prolongée des rives
à son embouchure; enfin, il attribue aux immenses résidus terreux,
tenus en suspension dans les eaux de la Plata, et qui, grâce au
ralentissement de la vitesse, se précipitent journellement au long des
côtes de l'Amérique, le peu de profondeur de la mer jusqu'aux terres
magellaniques.
Avant d'entrer dans la baie Française, la -Coquille-, poussée par un
vent favorable, avait croisé d'immenses troupeaux de baleines et de
dauphins, de manchots et de gorfous sauteurs, habitants ordinaires de
ces régions tempétueuses.
Ce ne fut pas sans un sentiment de plaisir bien naturel que Duperrey
et quelques-uns de ses compagnons revirent les Malouines, cette terre
qui, pendant trois mois, leur avait servi de refuge après le naufrage
de l'-Uranie-. Ils visitèrent la plage où leur camp avait été dressé;
les restes de la corvette étaient presque entièrement ensevelis dans
le sable, et ce qu'on en apercevait portait la trace des mutilations
faites par les avides baleiniers qui s'étaient succédés en cet endroit.
Partout, ce n'étaient que débris de toutes sortes, caronades aux
boutons de culasse fracassés, fragments de manœuvres, lambeaux de
vêtements, morceaux de voiles, loques informes et méconnaissables,
auxquelles se mêlaient les ossements des animaux qui avaient servi à la
nourriture des naufragés.
«Ce théâtre d'une infortune récente, dit la relation, avait une teinte
de désolation que rembrunissaient, à nos yeux, l'aridité du site et
l'état du ciel, qui était sombre et pluvieux au moment où nous le
visitâmes. Toutefois, il avait pour nous un attrait indéfinissable, et
il laissa dans notre âme une impression de vague mélancolie que nous
conservâmes longtemps après notre départ des Malouines.»
Le séjour de Duperrey aux Malouines se prolongea jusqu'au 17 décembre.
On s'était installé au milieu des ruines de l'établissement fondé par
Bougainville, pour exécuter les diverses réparations que nécessitait
l'état de la corvette. La chasse et la pêche avaient abondamment fourni
aux besoins des équipages; sauf les fruits et les légumes, tout se
trouvait en quantité, et c'est au sein de l'abondance que l'équipage se
préparait à affronter les dangers des mers du cap Horn.
Il fallut tout d'abord lutter contre des vents du sud-ouest et des
courants assez forts; puis les rafales et les brumes se succédèrent
jusqu'à ce que les navigateurs eussent atteint, le 19 janvier 1823,
l'île de la Mocha, dont nous avons eu déjà l'occasion de parler
brièvement.
Duperrey la place par 38° 20´ 30´´ de latitude sud et 76° 21´ 55´´ de
longitude ouest, et lui donne vingt-quatre milles de circonférence.
Formée d'une chaîne de montagnes d'une hauteur médiocre, qui
s'abaissent jusqu'à la mer, cette île fut le rendez-vous des premiers
explorateurs de l'océan Pacifique. Là, les boucaniers et les navires
marchands trouvaient des chevaux et des cochons sauvages, dont la
viande était d'une délicatesse proverbiale. On y rencontrait aussi
une eau pure et limpide, ainsi que quelques fruits européens, pommes,
pêches et cerises, provenant des arbres importés par les conquérants.
Mais, en 1823, toutes ces ressources avaient presque disparu,
gaspillées par les imprévoyants baleiniers.
Un peu plus loin, apparurent les deux «mamelles», qui marquent
l'embouchure du Bio-Bio, l'îlot de Quebra-Ollas, l'île Quiriquina;
puis, se déroula la baie de la Conception, où il ne se trouvait qu'un
seul baleinier anglais, qui allait doubler le cap Horn et auquel on
remit la correspondance et le résultat des travaux exécutés jusqu'à
cette époque.
[Illustration: Partout ce n'étaient que débris. (Page 287.)]
Le lendemain de l'arrivée, dès que le soleil vint éclairer la baie,
l'aspect de tristesse et de désolation qui, la veille, avait surpris
nos marins, leur parut encore plus frappant. Les maisons en ruines et
les rues silencieuses de la ville, sur la plage, quelques misérables
pirogues à demi défoncées, près desquelles errait un petit nombre de
pêcheurs aux vêtements sordides, des masures et des huttes béantes
devant lesquelles des femmes en haillons se peignaient mutuellement,
tel est le tableau lamentable qu'offrait le bourg de Talcahuano.
[Illustration: Cascade de Port-Praslin.
(-Fac-simile. Gravure ancienne.-)]
Pour contraster plus amèrement avec la misère des habitants, la nature
avait revêtu de ses plus opulentes parures les collines et les bois,
les jardins et les vergers; partout des fleurs éclatantes et des
fruits, dont la brillante couleur annonçait la maturité. Un soleil
implacable, un ciel sans nuage, ajoutaient encore à l'amertume de cette
scène.
Ces ruines, cette désolation, cette misère, étaient les résultats les
plus clairs des révolutions qui s'étaient succédées.
A Sainte-Catherine, les Français avaient été témoins de la déclaration
d'indépendance du Brésil; ils assistèrent ici à la chute du directeur
O'Higgins. Éludant la convocation d'un congrès, sacrifiant les
agriculteurs aux commerçants par l'augmentation des impôts directs
et la diminution des douanes, accusé de concussion ainsi que ses
ministres, O'Higgins avait soulevé contre lui la plus grande partie de
la population.
A la tête du mouvement qui se préparait contre lui était le général D.
Ramon Freire y Serrano, qui donna aux explorateurs l'assurance la plus
formelle que les événements n'entraveraient en rien l'approvisionnement
de la -Coquille-.
Le 26 janvier, deux corvettes entraient à la Concepcion; elles
portaient un Français, le colonel Beauchef, qui venait se joindre au
général Freire avec un régiment organisé par ses soins, et qui était,
par sa tenue, sa discipline, son instruction, l'un des plus beaux de
l'armée chilienne.
Le 2 février, les officiers de la -Coquille- allèrent visiter le
général Freire à la Concepcion. Plus on approchait de la ville, plus
étaient nombreux les champs dévastés, les maisons brûlées, plus
rares les habitants, à peine couverts de haillons. A l'entrée de la
Concepcion, sur un mât, était plantée la tête d'un bandit fameux, une
véritable bête féroce, Benavidez, qui avait commis toutes les horreurs
imaginables et dont le nom fut longtemps en exécration au Chili.
L'aspect de la ville était encore plus triste. Tour à tour brûlée
par les partis victorieux, la Concepcion n'était plus qu'un amas de
décombres, au milieu desquelles erraient à demi nus quelques rares
habitants, misérables restes d'une population opulente. L'herbe
poussait dans les rues; le palais de l'évêque, la cathédrale, seuls
édifices encore debout, mais béants, éventrés, ne devaient pas résister
longtemps aux intempéries des saisons.
Le général Freire, avant de se déclarer contre O'Higgins, avait imposé
la paix aux Araucaniens, braves indigènes qui avaient su conserver leur
indépendance et se montraient toujours prêts à envahir le territoire
espagnol. Quelques-uns étaient même employés comme auxiliaires dans les
troupes chiliennes. Duperrey, qui les vit et recueillit sur eux, du
général Freire et du colonel Beauchef, des informations véridiques, en
trace un portrait peu flatteur, dont voici le résumé:
Montés sur des chevaux rapides, les Araucaniens portent une longue
lance, un long coutelas, en forme de sabre, appelé «machete», et le
lasso, qu'ils sont si habiles à manier.
De taille ordinaire, de teint cuivré, leurs yeux sont petits, noirs et
vifs, leur nez un peu aplati, leurs lèvres épaisses, ce qui leur donne
une expression de férocité bestiale. Divisés en tribus jalouses les
unes des autres, amateurs effrénés de pillage, remuants, ils sont entre
eux en guerre perpétuelle.
«Si on les a vus quelquefois recevoir sous leurs -toldos- les vaincus
et prendre leur défense, dit la relation, ils ont toujours été portés
à cette action généreuse par un esprit de vengeance particulière;
c'est que, dans le parti opposé, se trouvait, comme alliée, une tribu
qu'ils voulaient exterminer. Chez eux, la haine domine toutes les
autres passions, et c'est elle seule qui est la garantie la plus
durable de leur fidélité. Ils sont tous d'une bravoure éprouvée,
ardents, impétueux, sans pitié pour leurs ennemis, qu'ils massacrent
avec une horrible impassibilité. Impérieux et vindicatifs, ils sont
d'une méfiance extrême à l'égard de tous ceux qu'ils ne connaissent
point, mais hospitaliers et généreux envers ceux qu'ils ont pris pour
amis. Véhéments dans toutes leurs passions, ils se montrent jaloux à
l'excès de leur liberté et de leurs droits et sont toujours prêts à les
maintenir les armes à la main. Ils gardent éternellement le souvenir de
la moindre injure, ne pardonnent jamais et ont une soif inextinguible
du sang de leurs ennemis.»
Tel est le portrait, ressemblance garantie, que Duperrey trace de
ces sauvages enfants des Andes, qui ont eu, du moins, le mérite de
résister, depuis le XVIe siècle, à tous les efforts des envahisseurs et
de conserver intacte leur indépendance.
Après le départ du général Freire et des troupes qu'il emmenait
avec lui, Duperrey mit à profit les instants pour activer
l'approvisionnement de son navire. L'eau et le biscuit furent bientôt
embarqués, mais il fallut un peu plus de temps pour le charbon de
terre, qu'on se procura sans dépense, en allant le ramasser dans une
mine à fleur de terre; on n'eut à payer que les muletiers, dont les
mules le transportèrent au bord de la mer.
Bien que les circonstances au milieu desquelles la -Coquille- relâchait
à la Concepcion fussent loin d'être gaies, la tristesse générale ne put
tenir contre les joies traditionnelles du carnaval. Les dîners, les
réceptions et les bals recommencèrent, et l'on ne s'aperçut du départ
de l'armée que par l'absence des cavaliers. Les officiers français,
pour reconnaître l'excellent accueil qui leur avait été fait, donnèrent
deux bals à Talcahuano, et plusieurs familles de la Concepcion firent
exprès le voyage pour y assister.
Par malheur, la relation de Duperrey s'interrompt au moment où il
va quitter le Chili, et nous n'avons plus de document officiel pour
raconter en détail cette intéressante et fructueuse campagne. Loin de
pouvoir suivre pas à pas l'original comme nous l'avons fait pour les
autres voyageurs, nous sommes obligés de faire à notre tour un résumé
des résumés que nous avons sous les yeux. Tâche ingrate, peu agréable
pour le lecteur, mais difficile pour l'écrivain, qui doit respecter
les faits et ne peut égayer son récit par des observations personnelles
et des anecdotes, parfois piquantes, de voyageurs.
Cependant, quelques-unes des lettres du navigateur au ministre de la
marine ont été publiées, et nous pouvons en extraire les détails qui
vont suivre.
Le 15 février 1823, la -Coquille- partit de la Concepcion pour Payta,
où s'étaient embarqués, en 1595, Alvarez de Mendana et Fernandez de
Quiros, pour le voyage de découvertes qui a illustré leurs noms; mais,
une quinzaine plus tard, le calme ayant surpris la corvette dans les
environs de l'île Laurenzo, Duperrey prit le parti de relâcher à Callao
pour y prendre quelques vivres frais.
On sait que Callao est le port de Lima. Aussi les officiers ne
pouvaient-ils se dispenser de faire une visite à la capitale du Pérou.
Ils ne furent pas favorisés par les circonstances. Les dames étaient
aux bains de mer de Miraflores, et les hommes les plus éminents du pays
les y avaient accompagnées. Ils durent donc se contenter de visiter les
habitations et les édifices les plus importants de la ville, et ils
rentrèrent le 4 mars à Callao. Le 9 du même mois, la -Coquille- jetait
l'ancre à Payta.
La position de cette place, entre l'équateur terrestre et l'équateur
magnétique, permit de se livrer à des observations sur la variation
diurne de l'aiguille aimantée. Les naturalistes y firent également
quelques excursions dans le désert de Piura; ils y récoltèrent de très
curieuses pétrifications coquillières dans un terrain tertiaire tout à
fait analogue à celui des environs de Paris.
Aussitôt qu'on eut épuisé à Payta tout ce qui pouvait offrir quelque
intérêt pour la science, la -Coquille- reprit sa route et fit voile
pour Taïti.
La navigation fut marquée par un incident qui aurait pu, sinon amener
la perte totale de l'expédition, du moins entraver sensiblement ses
progrès. Dans la nuit du 22 avril, la -Coquille- se trouvait dans les
parages de l'archipel Dangereux, lorsque l'officier de quart entendit
tout à coup le bruit des vagues déferlant sur les récifs. Il fit
aussitôt mettre en panne et, dès que le jour parut, on vit à quel
danger on venait d'échapper.
Un mille et demi, à peine, séparait la corvette d'une île basse, bien
boisée et bordée de rochers dans toute son étendue. Elle nourrissait
quelques habitants, et une pirogue vint près du bâtiment; mais son
équipage ne voulut jamais monter à bord. Duperrey dut renoncer à
visiter cette terre, qui reçut le nom de Clermont-Tonnerre; partout
la lame brisait avec violence sur les rochers, et il ne put que la
prolonger de bout en bout à une très petite distance.
Le lendemain et les jours suivants furent reconnus quelques îlots sans
grande importance, auxquels on imposa les noms d'Augier, de Freycinet
et de Lostanges.
Au lever du soleil, le 3 mai, on découvrit enfin les plages verdoyantes
et les montagnes boisées de Taïti. Comme ses prédécesseurs, Duperrey ne
peut s'empêcher de noter le changement radical qui s'est opéré dans les
mœurs et dans les habitudes des indigènes.
Pas une pirogue ne vint au-devant de la -Coquille-. C'était l'heure du
sermon lorsqu'elle entra dans la baie de Matavaï, et les missionnaires
avaient réuni la population entière de l'île, au nombre de sept mille
individus, dans la principale église de Papahoa pour y discuter
les articles d'un nouveau code de lois. Les orateurs taïtiens ne
le cédaient pas aux nôtres, paraît-il. Un grand nombre d'entre eux
possédaient le talent apprécié de parler pendant plusieurs heures pour
ne rien dire et d'enterrer les plus beaux projets sous les fleurs de
leur éloquence.
Voici comment d'Urville rend compte de l'une de ces séances:
«Le dessinateur de l'expédition, M. Lejeune, assistait seul à la séance
du lendemain, où des questions politiques furent soumises à l'Assemblée
populaire. Elle dura plusieurs heures, pendant lesquelles les chefs
prirent tour à tour la parole. Le plus brillant orateur de cette foule
était le chef Tati: la principale question agitée fut une capitation
annuelle à établir, à raison de cinq bambous d'huile par homme. Ensuite
on traita des impôts qui devaient être perçus, soit pour le compte du
roi, soit pour le compte des missionnaires. Nous sûmes plus tard que la
première question avait été résolue dans le sens affirmatif, mais que
la seconde, celle qui concernait les missionnaires, avait été ajournée
par eux, dans la prévision d'un échec. Quatre mille personnes environ
assistaient à cette espèce de congrès national.»
Depuis deux mois, Taïti avait abandonné le pavillon anglais pour
en adopter un qui lui fût personnel, et cette révolution pacifique
n'avait en rien altéré la confiance que le peuple manifestait envers
les missionnaires. Ceux-ci accueillirent parfaitement les Français et
leur fournirent, à des prix ordinaires, les rafraîchissements dont ils
avaient besoin.
Ce qu'il y avait de particulièrement curieux dans les réformes
accomplies par ces hommes, c'était la transformation complète de
la conduite des femmes. D'une facilité inouïe, au dire de Cook, de
Bougainville et des autres explorateurs contemporains, elles étaient
devenues d'une modestie, d'une retenue, d'une décence extrêmes, et
l'île tout entière avait pris un air de couvent aussi réjouissant
qu'invraisemblable.
De Taïti, la -Coquille- alla visiter l'île voisine, Borabora, qui
fait partie du même groupe et qui avait également adopté les mœurs
européennes.
Le 9 juin, la corvette, se dirigeant vers l'ouest, relevait tour à tour
les îles Salvage, Eoa, Santa-Cruz, Bougainville et Bouka; puis, elle
jetait enfin l'ancre, le 12 août, dans le port Praslin, fameux par sa
belle cascade sur la côte de la Nouvelle-Irlande.
«Les relations amicales qui s'établirent avec les naturels permettront
d'ajouter encore à l'histoire de l'homme quelques traits singuliers que
les précédents voyageurs n'avaient point eu l'occasion de noter.»
C'est ici que nous regrettons que la relation originale du voyage n'ait
pas été publiée en son entier, car la phrase précédente, qui se trouve
dans la notice abrégée parue dans les -Annales des Voyages-, ne fait
qu'exciter la curiosité sans la satisfaire.
L'élève Poret de Blosseville,--celui-là même qui devait se perdre avec
la -Lilloise- dans les glaces du pôle,--fit, bien que les sauvages
eussent tout mis en œuvre pour l'en dissuader, une course jusqu'à leur
village. Là, ils lui montrèrent une sorte de temple où se dressaient
plusieurs idoles informes et bizarres, placées sur une plate-forme
entourée de murs.
La carte du canal Saint-Georges fut levée avec soin; puis, Duperrey
alla visiter les îles autrefois reconnues par Schouten au N.-E. de
la Nouvelle-Guinée. Les trois journées des 26, 27 et 28 août furent
consacrées à leur relèvement. L'explorateur chercha ensuite sans les
trouver les îles Stephens, de Carteret, et, comparant sa route avec
celle qu'avait suivie d'Entrecasteaux, en 1792, il arriva à cette
conclusion, que ce groupe ne pouvait être que celui de la Providence,
anciennement découvert par Dampier.
Le 3 septembre fut reconnu le cap septentrional de la Nouvelle-Guinée.
Trois jours plus tard, la -Coquille- pénétrait dans le havre étroit et
rocailleux d'Offak, sur la côte nord-ouest de Waigiou, l'une des îles
des Papous. Forest était le seul navigateur qui eût parlé de ce havre.
Aussi Duperrey se montra-t-il particulièrement satisfait d'explorer ce
coin de terre presque vierge des pas de l'Européen. Il était en même
temps très intéressant pour la géographie de constater l'existence
d'une baie méridionale que séparait d'Offak un isthme très étroit.
Deux officiers, MM. d'Urville et de Blosseville, se livrèrent à ce
travail, que MM. Bérard, Lottin et de Blois de la Calande relièrent à
celui que Duperrey avait eu l'occasion de faire sur la côte, pendant la
campagne de l'-Uranie-. Cette terre se montra particulièrement riche en
productions végétales, et d'Urville put y réunir les éléments d'une
collection aussi précieuse par la nouveauté que par la beauté des types.
D'Urville et Lesson, curieux d'observer les habitants, qui
appartiennent à la race papoua, s'étaient embarqués, aussitôt leur
arrivée, sur un canot armé de sept hommes.
Par une pluie diluvienne, ils avaient déjà parcouru un long espace,
lorsqu'ils se trouvèrent tout à coup en face d'une case élevée sur
pilotis et recouverte de feuilles de latanier. A quelque distance se
tenait, blotti dans les buissons, un jeune sauvage qui semblait les
épier; un peu plus loin, un tas d'une douzaine de cocos fraîchement
cueillis, placé bien en vue, semblait inviter les promeneurs à se
rafraîchir. Les Français comprirent que c'était une offrande du jeune
sauvage qu'ils avaient entrevu et firent fête à ce présent venu si à
propos. Bientôt l'indigène, rassuré par le maintien paisible de nos
compatriotes, s'avança en disant -Bongous!- «bon» et en indiquant que
les cocos avaient été offerts par lui-même. Son attention délicate fut
récompensée par le don d'un collier et de pendants d'oreilles.
Au moment où d'Urville rejoignait son embarcation, il y trouva une
douzaine de Papous, qui jouaient, mangeaient et semblaient dans les
meilleurs termes avec ses canotiers.
«Ils m'eurent bientôt environné, dit-il, en répétant: -Capitan,
bongous!- et en me faisant toute sorte d'amitiés. Ces hommes sont en
général de petite stature, d'une complexion grêle et débile, sujets à
la lèpre; leurs traits ne sont pourtant point disgracieux; leur organe
est doux, leur maintien grave, poli et même empreint d'une certaine
mélancolie habituelle bien caractérisée.»
Parmi les statues antiques dont le Louvre est si riche, il en est
une, la -Polymnie-, qui est célèbre entre toutes par une expression
de rêverie mélancolique qu'on n'est pas habitué à rencontrer chez les
anciens. Il est assez singulier que d'Urville ait trouvé chez les
Papous, à l'état habituel, cet air de physionomie si bien caractérisé
dans la statue antique.
A bord, une autre troupe de naturels s'était conduite avec calme et
réserve, contrastant ainsi d'une façon bien marquée avec la plupart des
indigènes de l'Océanie.
La même impression fut ressentie par les Français dans leur visite au
rajah de l'île et dans celle qu'il leur rendit à bord de la -Coquille-.
Dans un des villages de la baie du sud, on vit une sorte de temple
où l'on remarqua plusieurs effigies grossières, peintes de diverses
couleurs et ornées de plumes et de nattes. Il fut impossible de se
procurer le moindre renseignement sur le culte que les naturels rendent
à ces idoles.
[Illustration: Naturels de la Nouvelle-Guinée.
(-Fac-simile. Gravure ancienne.-)]
Le 16 septembre, la Coquille remit sous voile, prolongea la bande
septentrionale des îles comprises entre Een et Yang, fit une courte
station à Cayeli et gagna Amboine, où l'accueil particulièrement
gracieux du gouverneur des Moluques, M. Merkus, reposa l'état-major des
nombreuses fatigues qu'il avait essuyées pendant cette rude campagne.
Le 27 octobre, la corvette reprenait sa course, se dirigeant vers
Timor en passant à l'ouest des îles Turtle et Lucepara. Puis, Duperrey
détermina la position de l'île du Volcan, reconnut les îles Wetter,
Babé, Dog, Cambing, et, donnant dans le détroit d'Ombay, releva un
grand nombre de points de cette chaîne d'îles qui, de Panter et
d'Ombay, se dirige vers Java.
[Illustration: Deux chefs vinrent prendre les voyageurs. (Page 299.)]
Après avoir dressé la carte de Java et vainement cherché les Trial
sur l'emplacement qu'on leur assigne, Duperrey se dirigea vers la
Nouvelle-Hollande, dont les vents contraires ne lui permirent pas de
longer la côte occidentale. Le 10 janvier 1824, il doublait enfin
l'île de Van-Diémen. Six jours plus tard, il apercevait les feux de
Port-Jackson et laissait tomber l'ancre le lendemain devant la ville de
Sydney.
Le gouverneur, sir Thomas Brisbane, qui avait été prévenu de l'arrivée
de l'expédition, lui fit un accueil empressé, aida de toutes ses forces
au ravitaillement, facilita avec la plus grande amabilité toutes les
réparations que nécessitait l'état de délabrement de la corvette, et
procura à MM. d'Urville et Lesson les moyens de faire une excursion
fructueuse au delà des montagnes Bleues, dans la plaine de Bathurst,
dont les Européens ne connaissaient encore que trop imparfaitement
toutes les ressources.
Ce fut seulement le 20 mars que Duperrey quitta l'Australie. Cette
fois, il dirigea sa course vers la Nouvelle-Zélande, qui avait été
un peu laissée de côté par ses prédécesseurs, et s'arrêta dans la
baie de Manawa, au fond de la vaste Baie des Iles. Des observations
de physique, de géographie, des recherches d'histoire naturelle,
occupèrent les loisirs des officiers. En même temps, les rapports
fréquents de l'équipage avec les naturels jetaient un jour nouveau
sur les mœurs, sur les idées religieuses, sur la langue, sur
l'état d'hostilité d'un peuple jusqu'alors rebelle à l'enseignement
des missionnaires. Ce que ces indigènes avaient apprécié dans la
civilisation, c'étaient les armes perfectionnées, qui leur permettaient
de donner plus facilement satisfaction à leurs goûts sanguinaires, et,
à cette époque, ils en possédaient déjà une grande quantité.
Le 17 avril, la -Coquille- abandonnait cette relâche, remontait vers la
ligne jusqu'à Rotuma, découverte, mais non visitée, par le capitaine
Wilson, en 1797. Les habitants, doux et hospitaliers, s'empressèrent
de fournir aux navigateurs tous les rafraîchissements dont ils avaient
besoin. Mais on ne fut pas longtemps à s'apercevoir que ces naturels,
profitant de la confiance qu'ils avaient su inspirer, dérobaient une
quantité d'objets, qu'on avait ensuite toutes les peines du monde à
leur faire restituer. Des ordres sévères furent donnés, et les voleurs,
surpris en flagrant délit, furent fustigés en présence de leurs
camarades, qui ne firent que rire plus franchement que les fustigés
eux-mêmes.
Parmi ces sauvages se trouvaient quatre Européens, qui avaient, quelque
temps auparavant, déserté le baleinier le -Rochester-. Aussi peu vêtus
que les naturels, tatoués et couverts comme eux de poudre jaune,
ils n'étaient reconnaissables qu'à leur peau plus blanche et à leur
mine plus éveillée. Satisfaits de leur sort, ils s'étaient créé une
famille à Rotouma, où ils comptaient bien finir leurs jours à l'abri
des soucis, des inquiétudes et des difficultés de la vie civilisée. Un
seul d'entre eux demanda à rester sur la -Coquille-, ce qui lui fut
accordé sans difficulté par Freycinet, mais ce que le chef de l'île ne
permit qu'en apprenant que deux convicts de Port-Jackson demandaient à
débarquer.
Malgré tout l'intérêt qu'offrait aux naturalistes cette population peu
connue, il fallait partir. La -Coquille- releva tout d'abord les îles
Coral et Saint-Augustin, découvertes par Maurelle en 1781. Ensuite, ce
furent l'île Drummond, dont les habitants, au teint très foncé, aux
membres grêles, à la physionomie peu intelligente, vinrent échanger
quelques coquilles tridacnes, vulgairement appelées bénitiers, contre
des couteaux et des hameçons, puis, les îles Sydenham et Henderville,
aux habitants entièrement nus; puis, Woolde, Hupper, Hall, Knox,
Charlotte, Matthews qui forment l'archipel Gilbert, enfin les groupes
des Mulgraves et de Marshall.
Le 3 juin, Duperrey reconnut l'île Ualan, qui avait été découverte en
1804 par le capitaine américain Croser. Comme elle ne figurait pas sur
les cartes, le commandant résolut d'en prendre une connaissance précise
et détaillée. L'ancre n'eut pas plus tôt mordu le fond, que Duperrey
et quelques-uns de ses officiers se faisaient descendre à terre. Ils y
trouvèrent un peuple doux et bienveillant, qui, leur offrant des cocos
et des fruits de l'arbre à pain, les conduisirent, à travers les sites
les plus pittoresques, jusqu'à la demeure de leur chef principal, leur
«uross-tôn», comme ils l'appelaient.
Voici, d'après Dumont d'Urville, la peinture des sites qu'ils durent
traverser avant d'arriver en présence de ce haut personnage:
«Nous flottions paisiblement au milieu d'un spacieux bassin que
ceignaient les verdoyantes forêts du rivage. Derrière nous s'élevaient
les hautes sommités de l'île, couvertes de tapis épais de verdure,
au-dessus desquels s'élançaient les tiges élégantes et mobiles des
cocotiers. Devant nous surgissait, au milieu des flots, la petite île
de Leilei, entourée des jolies cabanes des insulaires et couronnée par
un monticule de verdure... Qu'on joigne à cela une journée magnifique,
une température délicieuse, et l'on pourra se faire une idée des
sentiments qui remplissaient nos âmes, dans cette sorte de marche
triomphale, au milieu d'un peuple simple, paisible et généreux.»
Une foule, que d'Urville évalue à huit cents personnes, attendait les
embarcations devant un village propre et coquet, aux rues bien pavées.
Tout ce monde, les hommes d'un côté, les femmes de l'autre, gardait un
silence vraiment imposant. Deux chefs vinrent prendre les voyageurs
par la main et les guidèrent vers la demeure de l'uross-tôn. La foule,
toujours silencieuse, demeura dehors, tandis que les Français entraient
dans la case.
Bientôt parut l'uross-tôn, vieillard hâve et défait, affaissé par les
années, et qui devait avoir quatre-vingts ans. Par politesse, les
Français se levèrent à son entrée dans la salle, mais un murmure des
assistants leur apprit qu'ils venaient de manquer aux usages.
Ils jetèrent un regard autour d'eux. Tout le monde était prosterné le
front dans la poussière. Les chefs eux-mêmes n'avaient pu se dérober à
cette marque de respect. Le vieillard, un moment interdit de l'audace
des étrangers, imposa cependant silence à ses sujets, et vint s'asseoir
auprès d'eux. De petites tapes sur les joues, les épaules et les
cuisses, telles furent les marques d'amitié qu'il prodigua pour les
petits présents qui lui avaient été faits ainsi qu'à sa femme. Mais la
reconnaissance de ces souverains ne se traduisit que par le don de sept
«tots», dont cinq étaient du tissu le plus fin.
A la sortie de cette audience, les Français visitèrent le village et
furent tout étonnés d'y rencontrer deux colossales murailles de corail,
dont certains blocs pesaient plusieurs milliers.
Malgré quelques vols commis par les chefs, les dix jours de relâche se
passèrent paisiblement, et l'accord, qui avait si bien inauguré les
rapports entre les Français et les Ualanais, ne fut pas un seul instant
troublé.
«Il est facile, dit Duperrey, de se convaincre de quelle importance
l'île d'Ualan peut devenir un jour. Placée au milieu des îles
Carolines, sur la route des navires qui vont de la Nouvelle-Hollande en
Chine, elle leur présente à la fois des ports de carénage, de l'eau en
abondance et des rafraîchissements de différentes espèces. Ses peuples
sont généreux et pacifiques, et ils seront bientôt en état d'offrir aux
navigateurs un aliment indispensable à la mer, celui qui résultera,
sans doute, de deux truies pleines que nous leur avons laissées et
qu'ils ont reçues avec la plus vive reconnaissance.»
Les réflexions de Duperrey n'ont pas été justifiées par les événements,
et l'île d'Ualan, bien qu'une route d'Europe en Chine, par le sud
de Van-Diémen, passe dans ses parages, n'a guère plus d'importance
aujourd'hui qu'il y a cinquante ans. La vapeur a tellement bouleversé
les conditions de la navigation, elle a produit des changements si
radicaux, que les navigateurs du commencement du siècle ne pouvaient
les prévoir.
La -Coquille- n'avait quitté Ualan que depuis deux jours, lorsqu'elle
découvrit, les 17, 18 et 23 juin, de nouveaux îlots, dont les noms,
Pelelap, Takai, Aoura, Ougai, Mongoul, lui furent désignés par les
indigènes. Ce sont les groupes Mac-Askyll et Duperrey, dont les
habitants ressemblaient aux Ualanais, et qui, de même qu'aux îles
Radak, désignaient leurs chefs sous le nom de «tamons».
Le 24 du même mois, la -Coquille- donnait au milieu du groupe Hogoleu,
que Kotzebue avait cherché sous une latitude trop élevée, et dont
le commandant reconnut le gisement à quelques noms, donnés par les
naturels, qui se trouvent inscrits sur la carte du père Cantova. La
reconnaissance hydrographique de ce groupe, qui n'embrasse pas moins de
trente lieues de circonférence, fut faite par M. de Blois du 24 au 27
juin.
Ces îles sont pour la plupart hautes et terminées par des pitons
volcaniques; certaines autres accusent, par la disposition de leur
lagon, une origine madréporique.
Quant aux habitants, ils sont petits, mal conformés, atteints
d'infirmités répugnantes. Si jamais le dicton -mens sana in corpore
sano- peut trouver son application par antiphrase, c'est bien ici, car
ces naturels ne paraissent pas avoir une intelligence développée et
sont bien au-dessous des Ualanais. Déjà les modes étrangères semblaient
s'être implantées dans ces îles. Quelques-uns des indigènes portaient
des chapeaux pointus, à l'instar des Chinois; d'autres étaient revêtus
de nattes tressées, au milieu desquelles un trou permettait de passer
la tête; on aurait dit le «poncho» de l'Amérique du Sud; mais tous
méprisaient les miroirs, les colliers et les sonnettes; ils demandaient
des haches et du fer, ce qui annonçait de fréquents rapports avec les
Européens.
Après avoir reconnu les îles Tamatan, Fanendik et Ollap, les Martyres
des anciennes cartes, après avoir vainement cherché les îles Namoureck
et Ifelouk autour de la position que leur assignaient Arrowsmith et
Malaspina, la -Coquille-, le 26 juillet, à la suite d'une exploration
du nord de la Nouvelle-Guinée, s'arrêta au havre Doreï, sur la côte
S.-E., et y resta jusqu'au 9 août.
Cette relâche fut on ne peut plus fructueuse au point de vue de
l'histoire naturelle et de la géographie, de l'astronomie et de la
physique. Les indigènes de cette île appartiennent à la race des Papous
la plus pure. Leurs habitations sont des cases élevées sur des pieux,
et on y monte au moyen d'une pièce de bois entaillée qu'on rentre
tous les soirs à l'intérieur. Ces naturels des côtes sont, paraît-il,
toujours en guerre avec ceux de l'intérieur, les nègres Harfous ou
Arfakis. D'Urville, sous la conduite d'un jeune Papou, put pénétrer
jusqu'aux habitations de ces derniers. C'étaient des êtres doux,
hospitaliers et polis, qui ne ressemblaient guère au portrait que leurs
ennemis en avaient tracé.
La -Coquille-, après cette station, traversa de nouveau les Moluques,
stationna fort peu de temps à Sourabaya, sur la côte de Java, et, le
30 octobre, arriva aux îles de France et de Bourbon. Enfin, à la suite
d'une station à Sainte-Hélène, où les officiers français allèrent
visiter le tombeau de Napoléon, et à l'Ascension, où une colonie
anglaise s'était établie depuis 1815, la corvette entrait à Marseille,
le 24 avril 1825, après avoir fait trente et un mois et treize jours de
campagne, et franchi 24,894 lieues, sans perte d'homme, sans malade,
sans avarie.
Le succès tout à fait remarquable de cette expédition fit le plus
grand honneur à son jeune commandant et à tous les officiers qui,
avec un zèle infatigable, avaient procédé à toutes les observations
scientifiques. Aussi la moisson était-elle des plus riches.
Cinquante-deux cartes et des plans avaient été dressés, des collections
des trois règnes de la nature, aussi nombreuses que nouvelles, avaient
été réunies. Vocabulaires très nombreux, à l'aide desquels on espérait
reconstituer l'histoire des migrations des peuplades océaniennes,
renseignements curieux sur les productions des endroits visités, sur
l'état du commerce et de l'industrie des habitants, observations
relatives à la figure de la terre, recherches de magnétisme, de
météorologie et de botanique, tel était le bagage scientifique
considérable que la -Coquille- rapportait et dont la publication était
vivement attendue du monde savant.
II
Expédition du baron de Bougainville.--Relâche à Pondichéry.--La
ville blanche et la ville noire.--La main droite et la main
gauche.--Malacca.--Singapour et sa récente prospérité.--Relâche à
Manille.--La baie de Tourane.--Les singes et les habitants.--Les
rochers de marbre de Fay-Foë.--Diplomatie cochinchinoise.--Les
Anambas.--Le sultan de Madura.--Les détroits de Madura et
d'Allass.--Cloates et les Trials.--Van-Diémen.--Botany-Bay et
la Nouvelle-Galles du Sud.--Santiago et Valparaiso.--Retour
par le cap Horn.--Expédition de Dumont d'Urville sur
l'Astrolabe.--Le pic de Teyde.--L'Australie.--Relâche à la
Nouvelle-Zélande.--Tonga.--Tabou.--Escarmouches.--Nouvelle-Bretagne
et Nouvelle-Guinée.--Premières nouvelles du sort de La
Pérouse.--Vanikoro et ses habitants.--Relâche à Guaham.--Amboine et
Mauado.--Résultats de l'expédition.
L'expédition dont le commandement fut confié au baron de Bougainville
n'était, à proprement parler, ni un voyage scientifique ni une campagne
de découvertes. Son but principal était de montrer notre pavillon dans
l'extrême Orient, et de faire sentir à ces gouvernements peu scrupuleux
que la France entendait protéger ses nationaux et ses intérêts, partout
et en tout temps. Les instructions données à ce capitaine de vaisseau
portaient, en outre, qu'il aurait à remettre au souverain de la
Cochinchine une lettre du roi, ainsi que des présents qui devaient être
embarqués sur la frégate la -Thétis-.
M. de Bougainville devait aussi se livrer à des recherches
hydrographiques partout où il le pourrait, sans s'exposer à des retards
nuisibles à sa navigation, et réunir les notions les plus étendues sur
le commerce, les productions et les moyens d'échange des pays où il
s'arrêterait.
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